‹ Histoire d'Haiti (volume 4)Chapitre 3 sur 14 · PROCLAMATION · texte numérisé non relu

PROCLAMATION

Paris, le A Nivôse, Tan 8 de la République Fran* çaise upe et indivisible.

Les Consuls de la République Française , aux citoyens

de St'Domingue.

Citoyens , Une Constitution qui n*a pu se soutenir contre des violations multipliées est remplacée par un nouveau pacte destiné à atrermir la liberté. ^ * '

L'article 91 porte que les colonies françaises seront régies par des lois spéciales. Cette disposition dérive de la nature des choses et de la différence des climats. Les habitais des colonies françaises situées en Amérique, en Asie, en Afrique ne peuvent être gouvernés |)ar la même loi. La diflérence des habitudes, des mœurs, des înléréis , la diversité du sol , des cultures^ des productions e.Yige des modificalions diverses! Un des 'premiers actes de la nouvellt

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législature .sera la rédaction des lois destinées à vous régir. Loin* c|u'elies soient pour vous un sujet d alarmes vous. y reconnaîtrez la "Sagesse et la profondeur des vues qui animent les législateurs de la France. I^s Consuls de hi République en vous annonçant le nouveau pacte social vous déclarent que l3s principes saciés de la ]iberié et de l'égalité des noirs n'éprouveront jamais parmi vous <l'atteint« ni de modifications. S'il est dans la colonie des hommes malintentionnés^ s'il «n est qui conservent des relations avec les puissances ennemies, braves noirs, souvenez vous que le peupU français seul reconnaît votr« liberté et l'égalité de vos droits.

Le premier CûmuI , (Signé) BONAPARTE , etc. , etc.

Ces deux pièces ne purent satisfaire Toussaint Louverture qui lais* sa paraître quelque mécontentement , quoiqu'il eût été maintenu dans son grade de généi'al en chef. Il se sentit humilié de n'avoir pas reçu une lettre particulière du premier Consul qui, pensait-il, ne lui était pas supérieur; il s'en plaignit même très-amrrement. Mais cette disposition de la prociamalion qui livrait le sort des Doirs à un des premiers actes de la nouveiio législature Taffligeait surtout profondément. Il redoutait des mesures tendant au rélablissenient de l'esclavage, ou du moins à railaiblisstHnent de la prépondérance dos nouveaux libres. Les noirs avaient acquis leur li<* foerté en combattant les colons royaûstes , les Espagnols et les An* giais, comme les Français européens avaient ac(|uis la leur par des vie* toires sur les émigrés et la coalition. Il trouvait ini(]ue qu on pût songer à aliéner la liberté du peuple de St Domingue obtenue au prix de tant de sacrifices. En ell'et tous les droits civils et politiques dont jouissaient les noirs et les hommes.de couleur pouvaient leur être enlevés par un décret de la Métropole. Toussaint sentit plus que jamais le besoin de se rendre indépendant , a(in que I état politique des siens ne fut pas sans cesse laissé à la discrétion du gouvernement d-ançais 11 comprit aussi combien il lui importait de se hâter d écraser Rigaud qui , ajanl toujours (&i en la sincérité de la Métropole, était le plus grand obstacle à la proclamation de rindépendance de St Domingue. Il prit la ferme détermination de continuer au-travers du san^ sa marche vers le bonheur des masses noires. "^ Celles ci , en s'isolant de la France à l'aide des hommes de couleur victimes de la réaction de 1802 sous Lecicrc cl Rocharabeau, ont tout gagné : liberté, honneurs, richesses et un sol fécond qui doit leur demeurer à tout jamais si elles parviennent à établir une administration équitable, vigoureuse et libérale.

Bonaparte s'était flatte que Toussaint eût remis le commande* ment en chef au divisionnaire Michel qui lui môme s'était nourri de cette idée. Le général en chef ne tarda pas à découvrir queie

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Vieux divisionnaire avait celte prétention. Il ne vit dès lorS eil lui qu'un nouvel Hédouviile, l'accueillil 'avec froideur et dédain , et fit souiller a ses oreilles des projets d'assassinat ou de déportation. Michel déjà dégoùlé de la colonie par son arrestation sur la route de Slo Domingo , demanda à retourner en France. Toussaint s*empressa de lui accorder sa demande avec bienveillance ; mais il 1 exhorta à demeurer quelque temps encore dans la colonie, en attendant le résultat des négociations qu'il voulait entamer avec Rigaud.

Malgré les instances de Vincent et de Raymond , le général en chef ne voulut pas faire inscrire sur les drapeaux des troupes co« loniales ces mois : Braves Noirs , souvenez vous que h peuple Français seul reconnaît votre liberté et l'égalité de vos droits. Il déclara que les noirs ne devaient leur liberlé qu'à leqr héroïsme dans les combats. H partit du Cap et vint dans le courant de Juin dans le déparlenient de T Ouest. Il se rendit au Petit Goâve d'où il annonça par une proclamation en date du i9 Juin (1er Messidor) aux citoyens du Sud , (|u'il avait reçu du gouvernement consulaire des instructions qui lui prescrivaient de rétablir le plus tùt possible la paix et Tordre dans la colonie , qu'il accorderait à tous les révoltés amnis* tie pleine et eniièie s'ils mellaienl bas les armes. Nous voyons que Ronaparle suivait à l'égard de Sl-Domingue la môme politique que le Directoire : laisser les noirs s aflaiblir en écrasant les hommes de couleur, maintenir le plus fort dans ses grade et honneurs, et se taire a l'égard du plus faible.' L'autorité absolue de la Métropole devait être rétablie sur les ruines des deux partis. La mission du colonel Vincent en Europe avait eu pour résultat de laisser les choses telles qu'clles^ étaient avant son départ ; le gouvernement consulaire tout en maintenant Toussaint dans son grade de général en chef, gnrdail le silence sur la conduite de Rigaud; aussi la guerre continua l elle aNCc fureur.

L'amnistie du 1er Messidor n'ayant pas été accueillie par la population du Sud, Toussaint envoya l'ordre à Dessalincs île continuer la guerre. Celui cl qui avait son quartier général sur l'habitation Muzaine venait de se relever d'une maladie qui avait failli le conduire au tombeau.

Le 28 Juin , il apprit par des trsyisfuges que l'armée du Sud occupait la pl:nne du Fond des Nègres, quelle avait deux pièces en bronze du calibre de 4, que rinfanlerie poussait ses avant postes jusque près de Muzaine et que la cavalerie se tenait à la gauche de 1 infanterie sur une habilalion opposée. Le général Rigaud vint des Cayes se mettre à la lèle de ses troupes dont le chillre s'élevait à 800 hommes, et se détermina à attaquer. Mais Dessalincs, instruit de ses projets, le prévint. C'était le 29. Comme ce jour là il se trouvait gravement malade , il Qoniia le commandement en chef des

HISTOIRE d'uaiti. — (1800) 49

troupes au colonel Dommage, ofilicier de l'Artibonite, qui avait toute sa confiance; cependant il y avait dans Tarmée deux généraux de brigade, Laplume et Clervaux ; mais Laplume avait autrefois servi sous Rigau<I, et Clervaux était homme de couleur. Il demeura à Mnzaine avec le premier bataillon de la ie et la 7e demi-brigade. Dommage pénétra dans la plaine du Fond des Nègres à la tête de 10,000 hommes. Le 2e. et le 3e. bataillon de la 4e. for« niaient Tavant garde ; venaient ensuite les 8e., iOe« et iie. commandées par Laplume; les 6e. et 9e. formaient Tarrière- garde, sous les ordres de Glervaux. Rigaud avait euj'imprudence de se ranger en bataille au milieu de la plaine. Dommage Fattaqua audacieusement ; le combat fut opiniâtre ; et après deux heures d'une lutte sanglante, la 10e. enleva aux Rigaudins une des pièces de bronze. Afors Dommage pour les cerner de toutes parts déploya ses nombreuses colonnes. Rigaud pour n'être pas enveloppé ^battit en retraite ; mais la 4e. s élança sur lui avec impétuosité et le culbuta. I^ cavalerie du Sud au lieu de charger pour protéger la retraite de TioÊinterie , prit la fuite et atteignit Aquin bride abattue. La. plaine du Fond des Kègres était couverte de morts; et la 8e., la lie., là <>e. et la 9e. venaient d'y arriver. Il y avait une heure que la bataille était gagnée quand le 3e. régiment du Sud, de 200 hommes environ, déboucha dans la plaine et se présenta sur le champ de bataille. Ce faible corps fut tout-à-coup enveloppé et anéanti sous un. feu formidable. Ses drapeaux tombèrent au pouvoir de lennemi. Les troupes de Toussaint continuèrent leur marche jusqu'à Textrémité de la plaine. Là elles découvrirent deux camps , assis Tun à droite et l'autre à gauche, sur deux mornes qui forment la Petite Vallée. Laplume attaqua la fortification de gauche à la tète de 2,000 hommes , et la 8e. , ayant à sa tête Pierre-Louis Diane, son colonel, assaillit celle de droite. En moins d'une heure les deux positions furent enlevées. Les Rigaudins allèrent se réunir plus loin derrière un petit rempart sur le morne Trémé ou Dufrété. Le colonel Romain Cap qui s'était trouvé dans la fortification de droite n'avait opposé qu'une faible résistance. Comme Rigaud lui reprochait sa conduite, il lui repondit : le général Toussaint n'en veut qu'à vous seul. 11 prit ensuite la fuite à travers les bois. Ce même Romain Cap sera arrêté après la chute de Rigaud et livré au dernier supplice par Toussaint Louverture.;

Laplume ne put enlever le rempart derrière lequel s'étaient retranchés les Rigaudins; cependant le lendemain 30 Juin, il parvint à le tourner et à s en emparer. Ce fut dans cette affaire qu'Âuger qui s'était couvert de tant de gloire à Jacmel , fut mortellement blessé. Il alla terminer ses jours aux Cayes. Laplume par de fausses ma^ nœuvres sacrifia un grand nombre de ses soldats. On peut en juger j>ar les pertes de la compagnie des grenadiers du 1er bataillon de la

80 SlSTOIHfi D*HAITI.— (1800)

fie. qui eut qtiatfeningts liommes de tués. Le colonel Pierre Louis t)iane fut grièvemeni i)le6^. Le général Lnpiume, méconteni d avoir vu confier ie commandement en ctief de l'armée au colonel Doiii<mage n'avait donné que mollement. Dessalinies qui venait d'arriver de Muzaine au Fond des Nègres Tappela devant lui , le maltrai4a en paroles , le menaça de le frapper et de le faire fusiller. H le chassa de sa présence en lui disant qu'il dénoncerait sa conduite au gcnéfal en chef. Laplume^d relira en ^inclinant sans proférer une parole. Combien était déjà grande la puissance de Dessalines qui, général de brigade, jie craignait pas de traiter ainsi un général de brigade. Ce trait prouve aussi combien était fausse la position de tous ceux qui avaient autrefois servi sous Rigaud; Laplume générai de brigade avait en réa'lité moins d'influence sur les troupes qu'un chef de bataillon ou un colonel du Nord ou de TArtibonite. Dessalines sans offenser les officiers supérieurs de son armée pouvait la traiter comme le dernier des soldats.

Le 3e bataillon de la 7o. , comm:>ndé par Ouerrier , fut détaché de Tarmée pour conduire au Petit Goâve les blessés et les prisontïiers.

Les Rigaudins avaient laissé sur le ehamp de bataille beaucoiip de munitions de bouche y 800 pierres à feu , 54 gargousses de 8 et leurs deux pièces d'artillerie. Toussaint était au Petit-Goâve quand les prisonniers y arrivèrent; lorsqu'il en partit ces infortunés fureol fusillés la plupart. Le général en chef n'«ssi$tait que * rarement i ces scènes de carnage. Il niait toujoura d'en avoir eu connaissance, pleurait publiquement sur le sort des victimes et disait que Dessalines outrepassait ses instructiotis.

Dessalines ne donnant pas h Tennemi le temps de reprendre haleine ordonna à une division forte de 8,000 hommes , composée des 6e, 7e, 9e et 10e daller s'emparer des hauteurs de l'habitation Dufrclé. Clervaux ne put en prendre possession qu'après un com* bat des plus sanglans. Dessalines qui s'avançait sur deux colonnes, avec le reste de I armée , Tatteignil le 5 Juillet (16 Messidor). De Du- .ffété il découvrit tes troupes du Sud rangées dans la plaine qui s'é* tendait à ses pieds Elles étaient au nombre de 700 hommes cornpoandées par le général Rigaud en personne. Dessalines descendit des mornes avec la colonne de droite, pendant que Clervaux, gui< ^é au travers des bois et des ravins par Giles Bambara montagnard du Petit-Goâve, s'efforçait de tourner l'ennemi. Il forma trois divisions de la colonne de droite : la première ou l'avant-garde fut conHée au colonel Désir Laurent , la deuxième ou le centre au ù(h ionél Don^mage , la troisième ou l'arrière-garde au colonel Paul -Lou- *verture.

Le général Rigaud frappé de la force numérique de l'ennemi se replia avec précipitation sur le tM)urg d'Aquin. Le ccdottel Dommage 6'élM{a

fontre lui avec la ie demi-brigade, prenant la droite sur le colonel pésir Laurent. Rigaud à la lète de 700 hommes attendit de pied fer^ mêles 2,00& hommes qui formaient la division du centre. La 4e fut accueillie par un feu \if, soutenu, meurtrier, et abordée à la baïonnette; Dommage culbuté prit la fuite; la terreur se saisit de seà soldats qui jetèrent kurs fusils , en criant t sauve qui pe^t. Dessa* Jines indigné ordonna à la division du colonel Laurent de" croiser ta baïonnette sur la 4e pour 1 arrêter et la contraindre ^ retourner Qu feu ; ce fut en vain ; les fuyards qui n^avaient pas l'audace de faire volte-face , se précipitèrent avec fureur sur les baïonnettes d^ leurs compagnons d'ara.es et s^ouvrirent un passage Dessali nés ordonna y aussitôt après cet échec , à la 8e de serrer les rancs et d'attaquer l'ennemi. Gomme le colonel et les chefs de bataillon de ce corps avaient été blessés au Fond des Nègres, il en confia le coi^* mandement à Gabart Vaillant. Rigaud venait de ranger ses soldats par pelotons à l'entrée de la ville. La 8e, au pas de charge, atta-

3ua audacieusement l'ennemi par des fieux de chaussée; la fumeè evint si épaisse que les combattans cessèrent de se voir} Ton ^se fusillait presque a bout portant, à une distance de dix pas ; cepen. dast cédant à la force numérique, Rigaud commanda d'exécuter deèl feux de chaussée en retraite ; il avait deux pièces de canon qui enlevaient à chaque instant à l'ennemi des lignes entières^ Gabart np précipita avec les chasseurs de la 8e sur les canons, s'en empara et fit baïonnetter les artilleurs sur leurs pièces. En même temps Clervaux, après avoir tourné les Rigaudins , se présenta sur le champ de bataille avec 4,000 hommes. L'infanterie du Sud écrasée sous le feu de 6,000 hommes , prit la fuite. Rigaud dont le cheval ^ le chapeaH et les habits étaient percés de balles, se mita la tètedjd sa cavalerie qui n'était que de 50 dragons, et chargea la 8e; maûi il fut sans cesse arrêté par la mousqueterie. 11 se retirait vers le fort du rivage après avoir traversé la ville, quand Dessalines lança contre lui Uute sa cavalerie forte de 1500 hommes. Le chef d'es^cadran Desravines à la tète de cette cavalerie tailla en pièces les dragous du Sud. Rigaud faillit plusieurs fois d'être pris dans la dé^ roule. Un capitaine des dmgens de l'Artibonite, nommé CharlotinMar« cadieux, allait lui donner la mort lorsqu'il le reconnut; il laissa tomber son sabre et favorisa sa fuite. Tous les fuyards qui s'étaient préci« pités vers le rivage de la mer pour atteindre les embarcations des Çayes furent faits prisonniers par la cavalerie. Dessalines après avoir lancé à la poursuite de renn^milà divison Laplume ordonna à ses troupes de bivaquer. II était midi; l'armée se livrait au repos ^ quand to)it-à-coup tes sentinelles donnèrent l'alarme ; et ces cris aux arme$! aux armes! retentirent dans le bourg. C'était un corps ^e 300 hom* mes sortant de T Anse à-Veau, commandé par ie colonel Piverger, qui croyant lè)>qurff d'Aguin au popvoir de Rigaod^ ét^it TenU $î«

$i înSTOiRE P^HAITI. — (I80&)

lencieusemcnt se ranger sur la place d'arnaes \1s~a-vis de la maison qu'occupait Dessalines. Celui-ci n'eut que le temps de se sauver .par une porte dérobée et d'ordonner au 3o bataillon do la 4e d'aïlaquer Tennemi ; en même temps la générale était battue à travers la ville; les troupes se réunirent, et les Kigaujlns enveloppés de toutes paris se défend-ireni avec un rare courage. Quand la cavalerie les cliargea ils prirent la fuite; l'adjudant- général Blanchet et ]e colonel Baticlion alteignirenx les bois <ii éctiappcrent à la mort'; mais Piverger quoiqu il eût un l>ra$ fracassé par une balle continua à combattre vaillamment. 11 allait être victime de la fureur des soldats quand Dessalines se précipita vers lui , liii fit un rempart de son corps, et s'éeria : ne lui arrachez pas la vie, c'est un bravé ! Néanmoins les officiers de la 4e voulaient le percer de leurs épécs; Dessalines le prit sous le Iras , le conduisit au b;dcon de la maison qu'il occupait, l'entoura de considérations ^'t de soins; tout à-coup un coup de fusil part , la balle sitllo aux oreilles de Dessaliiies: c^'elait un offîcier .de la 4e qui voulant abattre Piverger avait failli luer son généraf. Cet officier fut arrélé, mis au cachot; l'on n'entendit plus parier de lui.

H était tombé au pouvoir des vainqueurs deu\ drapeaux , une pièce de 4 en bronze, deux pièces de 24 , des >munitions de bouche A le porte- feuille de Ri^aud.

On est vivement frappé de Tîncapacilé du général Rigaud comnre homme de guerre; Ion ne découvre ^ucun plan dans sa défense; H a ù combattre 14,000 hommes; il peut leur en ^op|V)*iei* 1,800, et cependant il se présente partout avec 800 ou 700 hommes ; sa [)etifce armée est dispersée ; elle est battue parliellemenf; Ton n'aperçoit pas Tespritqui dirige ; absence complète d intellect , pas d'ensemble dans les opéralions^ nul point de ralliement; les colonels cantonnés à TAnseà- Veau, aux* Côtes de Fer et ailleurs, ne recevant aucun ordre^ cherchent eux-mêmes rennemi et viennent se briser successivenieDC contre une niasse compacte dirigée avec intelligence et énergie.

Deux jours après la bataille dAquin (7 Juillet 1800, 18 Messidor) Dessalines a|)rès avoir laissé soiyt les ordres du général de brigade Lapluine, le reste de son armée, partit d^Aquin pour TAnse à-Veau avec 800 hommes. Un espace de dix lieues sépare Aquin de TAnseà-Veau. Dessalines ne put le même jour atteindre cette dernière ville à cause du débordement des rivières. Il . passa la nuil sur l'habitation Piémont à deux lieues de l'Anse-à* Veau. Dans la journée du 7 à deux heures de l'après-midi les Rigaudins avaient évacué cette ville après l'avoir livrée au pillage. Dessalines y enti^ le jour suivant. Beaucoup de cultivateurs et un grand nombre dé bourgeois fatigués de la guerre vinrent lui faire leur soumission* Il envoya à Toussaint Couverture ceux qui lui furent désignés comme les plus influens ; c'était les envoyer à ls|

JHSTOIRE d'hAITI. (1800)" Çj

»ori. II réunit la papulniion sur la place (Tannes et lui fitdoajDer lecture de ramuislie <lu V* Messidor.

Une goéleite soriie du Petit Trou crojanl la ville encore au pouvoir de Tairnée du Sud vint mouiller dhns la rade de TAnse-à Veau; elle fut prise et livrée au pillage. H tomba au pouvoir de Dessalines trois pièces de 24 , 5 pîé( es de 8 démontées; 3 pierrîerSs, 102* boulets dé* 24, cinq boulets de 8, onze écouvillons de différents calibres, onze ^rnes d amorce, un moule à balles, un baril et. demi, de ^poudre.

Le lendemain 9 Juillet (20" Messidor) à 4 Heures cte raprès-midi fl marcha sur le Petit Trou. Un espace de cinq li^^ues sépare co bourg de rAnscà Veau, l^arvenu à un quart de lieue dii bourg^ i4y divisa son armée en deux cofônnes. Lu première (bt confiée au colonel Paul Louverttire , et lui-même à lu tôte de la seconde pénétra dans Ih place; if y rencontra des cavaliers et des. canonniers alimenlant Te (ou qui avs^ti été mis au\. maisons. A la première dëcRarge qu'ifs essuyèrent ils abandonnèrent le bourg. Ce fut envaio que Dëssalincs Ui tirer du canon^ sur de nombreuses^ embarcations chargées de familles qui gagnaient^ la haute mer pour se rendre au Corarf et à Jérémie; il ne put les oouler à fond*. De même qaà rAnse-à-Veau. b(*aucoup^ de xullivatcurs vinrent lui faire leur soumission. Dessalines (|ui aétait fait {suivre des prisonniers faits à A/|Juin, embarqua- au- Peiil Trou pour St-Marc, le colonel Piverger, un capitaine dé la légron de TOucst et lïn grand' nombre d'officiers de l'armée du Sud. I^in- d'imiter sa générosité Toussaini les fera tous fusiller. Cependant dans ses proclamations il recommandait à Dessalinos de respecter les propriétés et les personnes tout ^n faisant triompher les armes de la République, de naintenir Tordre , de rétablir la culture dans les pays soumis , et surtout d'éviierVeffusion du sang. .

Dessalines partît du Petit-Trou ,, gravît le marne l'Asyle. et revint à Aq;uin saxis. avoir rencontré 1 eunonvi. Les débria. de la légion ée rOuest souples. ordres dé Gautliîer étaient campés au mornc.Saint- George, et à St-Louis. •il ne restait de ces héros que cent cinquante bomniQS environ. Après avoir accordé à ses troupes trois jours de repos,. Dessalines marcha sur St Louis. Son armée s'arrêta au pied* du morne- St-Georgc sur le sommet duquel étaient campés cent Ikommes commandés par le colonel Jean Cécile. 11 résolut de tourner cette position. H ordonna à Clèrvaux do gravir un morne presque inaccessible , autravers de précipices profonds , de rochers à pic et de grands arbres entrelacés, de lianes» I^es soldats des Ce et 9e demi-brigades grimpèrent avec gaieté, mais lentement, marchant en file r se passant mutuellement leurs fusils^ et s'entr'aidant en se doonant la main. S'ils avaient été attaqués dans ce9 gorges ilï auraient été exterminés. Mais Tennemi ne se dotUit pis qu'ils eussent pu passer par cet affrcus chemin. * Iktf î après aoiidi , U

fi4 HISTOIRE D*HAIT1.(1800)

général T'Ièrvaux était sorti de ces défilés et a\ait atteint le soilltne^ qe la montagne , qui était admirablement cultive. Il en descendit aussitôt après et se dirigea vers la rivière de St-George. Il rencontra on poste qu'il enleva , et traversa la rivière pour touriiér lô* Dourg de St Louis et couper la retraite à toute l'armée du Sud« ^ Jfean Cécile découvrant ses intentions abandonna sa position se replia sur St. Louis en opérant sa retraite au travers des maré-^ <iiages qui s'étendaient le long du rivage de la mer. La division' Çlervaux et celle que commandait Dessalines en personne se réu« firent au morne 'St Georges. De là toute Tarmée marcha sur Stlouis; elle s'arrêta sur l'habitation Allard où elle campa. Dessaïînes se disposait à s'emparer du bourg quand Toussaint lui fit codnaître que des négociations allaient être entamées avec le général l^igaud. U suspendit sa marche. De part et d'autre on ^tait fai^igué dé la guerre. Le découragement était devenu général dans le dTépartement du Sud ; des trahisons éclataient à chaque instant ; les cultivateurs qui s'étaient aperçus que Toussaint ne voulait pas ni ne pouvait rétablir l'esclavage se soumettaient de toutes parts. Quant $ Toussaint , cette guerre désastreuse ruinait ses projets d'ordre et dé travail dans le département du Sud. Rigaud fidèle à son système de défense se retirait en détruisant tout ce qu'il trouvait sur son

i'^as^ge , chassant devant lui les habitans et les bestiaux , incendianf es propriétés rurales, les bourga , les villes, barricadant les chemins et saccageant les récoltes.

Toussaint craignait encore de rencontrer aux Cayes qu'il voulait sauver des hurreurs d'un siège que résistance aussi opiniâtre que celle qu'il avait éprouvée à Jacmcl. G eût é.té verser un sang inutile, car la cause de Higaud était déjà entièrement perdue.

Au commencement de Juillet' il s'était résolu à envoyer àuprè^ de Rigaud pour lui demander la paix et. lui présenter l'amnistie du 1er Messidor , trois hommes sages et éclairés. Il avait choisi le colonel Tincent, le citoyen PhiUppc Gésar ji^e au tribunal dé Léogane, et le citoyen Arrault habitant de la même commune. La fiiission était délicate , et si le colonel Vincent n'avait pas été un des membres de la députation, T^xist^nce des envoyés eiii été compromise.

Le commissaire Roume leur avait dppn^ un saiif- conduit ainsi éonçu ;

Liberté, Egalité.

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