‹ Histoire d'Haiti (volume 4)Chapitre 4 sur 14 · SAUF-CONDUIT · texte numérisé non relu

SAUF-CONDUIT

'ilM âàp français le 8 Juillet iSOO (19 Messiào^ an .8) de ta li^

bli^ue françam %^n$ et in4iviiibU.

Vtt^éX iiiifiOûU fraôçife à St. Pômingûe ati(prl^« par c«î$ frl^

ntroias b^haiti. — (1800) M-

pentes y et en Ter tu des erdres à lui donnés f^gr lés^ Consuls dé la Républiqtie, le citoyen Vincent, directeur des fortifications à St. «Domingue, à se traosp,€M?ter immédiatement à la \ilie des Gayes ^ dans, tout autre endroit de Tarrondissenient do même noœ , où kii et ses deux collègues jugeraient nécessaire de se^ transporter , . pouf y porter au nom des Consuls Français, et en vertu des poii^^, v^rs^ à eux donnés par TÂgent national et par le général en chef (Jte Tarmée de Si. Doiningue, pour y porter , disons- nous ^ l'olivier de la paix, et ramener pae un accoinodement eltectif, Jatranqwl*^ Uté et le bonheur nécessaires à cette colonie infortunée-, ceq^ilne saurait s effectuer que par la réconciliation* sincère des habitans^e l'arrondissement- des Cayes avec leurs concitoyens du reste de lat colonie. Le citoyen Vincent et ses deux collègues. sont mis sou4< 1^ sauvegarde non seulement des lois françaises, mafs même du:. droit des gens qui règle les rappprts des peuples divisés par la guerre^.^ l'agence avertissant que toute personne q^l oserait s'opposer à leur marche ou-, les nvolester se rendrait^ responsable d'un crime impar^ donnable aux yeux de toutes les nations policées..

% 4 Agence vient de faire usage de cet avertissement^ ce n'est q|ie pour satisfaire à la responsabilité qui lui est imposée, car elle oroirait faire injure aux babitans de l'Arrondissement des Cayes ai oUe- imiaginait q(i'ils en eussent le besoin^

L'Agent parliculier f. ROÙMÉ.

Le Secrétaire général 4 L« Blamchabd^

Les envoyés munis- des instructions de- Toussaint Louverture sè~ rendirent à JacDHel où ils s'embarquèrent pour les Gayes sur une foêlette parlementaire. Quand ils arrivèrent en cet t$3 ville, ils fu,< rent accueillis avec indifférence par la plupart des eiic^yens. heg^ véral Rigaud était absent. Us voulurent remettre leurs dépèclies jà la Municipalité^ mais ils apprirent q^u'elle avait été suspendue de MS fonctions parce ^qu'dle a'vait plusieurs fois éi)ergiqMement demandé la paix. Dès que Rigaud ap||ri4 l'arrivée de la. dépulalioa il rentra aux. Gayes. Vincent ,, Bhihppe Gôsar et Arrauit lui lurent présentés par son frère Augustin 11 était extraordinaifeo»ent agilé; et après qu'il eut pris lecture des pièces qui maintenaient Tous* saint Louverture dans son grade de général en chef des armées de St-Oofflingue, il lafssa éclater- une fureur difficile i< peindre. Les Mets de tengeance, d'arrestation, d'^exécuiion sortirent. de sabouclre. Il eût méprisé le sauf-conduit et fait emprisonnen les députés si le* colonel Vincent ne lui avait présenté une lettre du jeune Ri- ^tid, placé au colTég^e de Liaincourt à l^ariis. Le jeun^ bomnfe di, iàit £ stn péré combien il avàil été ïoh'^i des soins tùni pàtern^U

44 BISTeiRB D*HAITI«--(I800)

qui augmentaient chaque jour, il établit le 15 Mai 1800 (25 floréal^ des bureaux de postes dans chaque commune, et le montant deS passe-ports délivrés fut versé dans le trésor public, à h diligence de», généraux commandant les arrondissemens. Il se réserva à lui seul le droit de délivrer des passe ports pour Télranger,

bans les campagnes où n'existait pas la révolte régnait un ordre admirable, mais qui rappelait un peu Tancien régime. Le cultivateur ne pouvait s'absenter de son habitation pour aller dans la ville la plus prochaine sans être muni d un permis délivré* gratis^ par son gérant, son propriétaire ou femi^ier ; le permis était sujet au visa du commandant militaire de la ville d'où il sortait pour retourner sur son habitation. Tous les trimestres le quart prélevé sur le revenu brut en faveur des cultivateurs de chaque habitatiou était reparti en présence du Juge de Paix , et du commandaof militaire de chaque commune qui dressaient un procès -verbal; ils y stipulaient en quelle denrée oonsislait.ce quart, ce qui en aurait été vendu , et le chiffre <le la somme repartie. Ils dressaient copie de ce procès-verbal et l'envoyaient au >chef de l'administration de la commune ; celui-ci la fa'sait parvenir à l'ordonnateur du département. Il devait èlre prouvé par celte pièce que le revenu entier de chaqu<[? habitation avait fourni quatre fois la valeur de* ce quart.

Le citoyen Idlinger, blanc Européen , homme d'un vrai talent, adjudant général de Tarmée de St.-Domingue, avait la haute clircctioa de cette administration quoique) ordonnateur seulement de la marine et des guerres du département du Nord.

Cependant Toussaint dont les vues embrassaient tout éprouvail de graves inquiétudes ; il lui semblait que la guerre civile dut dtirer longtemps encore ; son armée arrêtée h cha(]ue pas par une védistance opiniâtre n'avait obtenu que des succès fort lents. Rigaud pouvait se maintenir aux Cayes aussi longtemps que la légion de I Ouest avait tenu à Jacmel. De nouvelles insurrections pouvaient éclater dans le Nord et faire mitre une diversion dont cette fois Rigaud eût peut-être profité. Il était très préoccupé de Tac- :€ueil qui serait fait au Colonel Vincent par le Directoire exécutif; car jusqu'alors on ignorait à St.-Domingue. la révolution du 18 brumaire. Le commandement en chef de Tarmée pouvait lui être enlevé pour être confié à Rigaud. Alors la guerre eût pris un autre caractère ; il eût perdu son influence morale , le prestige de Tautorité de la Métropole, et en refusant de se soumettre à Rigaud il eût été à son tour considéré comme rebelle. Son rival encore puissant eût pu lécraser par une forte réaction.

Ce fut dans ces entrefaites que le colonel Vincent débarqua à S^*. -Domingo, dans les premiers jotirs de Juin 1800. Il était à la tête d'une députation composée du divisionnaire Michel et du Corn- Jiissaire Raymond. Dés que Toussaint apprit leur arrivée il expà***

«SToiRE d'haiti.— (1800) 4S

fâîa au devant d^eut des agens secrets chargés de surveiller leur conduite et de se saisir de leurs ' papiers dans les grands chemins. Il était déterminé à les rembarquer aussitôt après leur arrivée au Cap, si les dé^>êches. n'étaient pas favoiables à ses intérêts. Le Colonel Vincent n'était débarqué à Sto. Domingo que pour s'assurer de rétat de la colonie Française avant d'y pénétrer. Cette conduite qui dénotait une grande défiance avait blessé les susceptibilités de Toussaint et avait accru ses soupçons Cependant les trois membres de la déput;xtion avaient déjà servi sa cause avec chaleur dans la cok>nie. Deux officiers blancs furent arrêtes sur la grande route de Sto.-Domingo ; les dépêches dont ils étaient porteurs furent envo-» ^ées à Toussaint qui après les avoir lues s'assura que la députalion n'avait point d'arrière-mission. Le général Miehel qui était venu dans la colonie lors de la dernière mission de Sonthonax , qui s'était fait estimer des homnaes de toutesles couleti.rs, fut aussi arrêté sur la grande route du Cap; quant au colonel Vincent, on se saisit de sa personne sur la route du Port Républicain. Après avoir acquis la certt*. tude que leurs instructions ne lui étaient pas hostiles , Toussaint ordonna de les laisser pénétrer dans la partie Française. Il n'ajoutait pas foi à la bienveillance de la France à son égard depuis qu il avait cru qu'une expédition était partie pour St.-Domingue: ces deux fils, Isaac et Placide, avaient été embarqués' avec le géuéraf Sahuguct sur une escadre commandée par l'amiral Ganthaume, destinée à apporter des renforts à l'armée d'Egypte. Mais le gouvernement Français avait fait répandre le bruit que l'escadre se rendait à Sl.-Pomingue , afin d'attirer ratlenlion des Anglais hors de la As cdi terra née; et rembarquement des fils de Toussaint donnait du crédit à ce bruit. Toussaint s'attendait donc à chaque instant à l'arrivée d'une force européenne qui eût pu être emplo}ée au rétablissement, d'une manière absolue, de 1 autorité métropolitaine. U se transporta au Cap où il reçut la dépntation. Vincent lui annonça çfiiciellement la révolution, du 18 brumaire, 1 ctaùlissement du gouvernement consulaire , son maintien dans le grade de général eu chef des armées de St Domingue. Les deux princitiales pièces apportées par le colonel Vincent étaient les suivantes:*

Liberté , Égalité^

Paris le A Nivdse (25 Décembre 1799) , Tan 8^ de 1% République y une*et indivisible.

Les Consuls de la République arrêtent ce qui suit :

Art. 1er. Les citoyens Vincent ingénieur, Raimoud, homme de

'couleur, ex -agent , et le général Michel pai liront sans délai ^ et se

tendront k St Domingue»^

44 BiSTeiRS d'haïti.— (1800)

qui augmentaient chaque jour, il établit le 15 Mai 1800 (25 floréal) des bureaux de postes dans chaque commune, et le montant deS passe-ports délivrés fol versé dans le trésor public, à h diligence des. généraux commandant les arrondissemens. H se réserva à lui seul le droit de délivrer des passe ports pour l'étranger.

bans les campagnes où n'existait pas la révolte régnait un ordre admirable, mais qui rappelait un peu l'ancien régime. Le cultivateur ne pouvait s'absenter de son habitation pour aller dans la ville la plus prochaine sans être muni d un permis délivré' gratis^ par son gérant, son propriétaire ou fenwier ; le permis était sujet au visa du commandant militaire de la ville d où il sortait pour retourner sur son habitation. Tous les trimestres le quart prélevé sur le revenu brut en faveur des cultivateurs de chaque habitatioa était reparti en présence du Juge de Paix , et du commandant militaire de chaque commune qui dressaient un procès -verbal; ils y stipulaient en quelle denrée consistait. ce quart, ce qui en aurait été vendu , et le chiflre de la somme repartie. Ils dressaient copie de ce procès-verbal et l'envoyaient au >chef de l'administration de la commune ; celui-ci la fa'sait parvenir à l'ordonnateur du département. Il devait être prouvé par celte pièce que le revenu entier de chaqujs habitation avait fourni quatre fois la valeur de* ce t|uart.

Le citoyen Idlinger, blanc Européen , homme d\in vrai talent ^ adjudant général de Tarmée de St.-Domingue, avail la haute diroctioa de cette administration quoique ordonnateur seulement de la ma* rine et des guerres du département du Nord.

Cependant Toussaint dont les vues embrassaient tout cprouvail de graves inquiétudes ; il lui semblait que la guerre civile dut dqrer longtemps encore ; son armée arrêtée à chacpie pas par une résistance opiniâtre n'avait obtenu que des succès fort lents. Rigaud pouvait se maintenir aux Cajes aussi longtemps que la légion de I Ouest avait tenu à Jacmel. De nouvelles insurrections pouvaient éclater dans le Nord et faire naître une diversion dont cette fois Rigaud eût peut-être profilé. Il était très préoccupé de l'ac* cueil qui serait fait au Colonel Vincent par le Directoire exécutif; car jusqu'alors on ignorait à St.-Domingue. la révolution du 18 brumaire. Le commandement en chef de l'armée pouvait lui être enlevé pour être confié à Rigaud. Alors la guerre eût pris un autre caractère ; il eût perdu son influence morale , le prestige de l'autorité de la Métropole, et en refusant de se soumelire à Rigaud il eût été à son tour considéré comme rebelle. Son rival encore puissant eût pu Técraser par une forte réaction.

Ce fut dans ces entrefaites que le colonel Vincent débarqua k S^*.-Domingo, dans les premiers jours de Juin 1800. Il était à la tète d'une députation composée du divisionnaire Michel et du Cornjvissaire Raymond. Dés que Toussaint apprit leur arrivée il «xpà*«*

dîa au devant d^eut des agens secrets chargés de surveiller leur conduite et de se saisir de leurs ' papiers dans les grands chemins. Il était déterminé à les remburriuer aussitôt après leur arrivée au Cnp , si les dé(>éche$. n'étaient pas favoiables à ses intérêts. Le Colonel Vincent n'était débarqué à Sto. Domingo que pour s'assurer de l'étal de la colonie Française avant d'y pénétrer. Cette conduite qui dénotait une grande défiance avait blessé les susceptibilités de Toussaint et avait accru ses soupçons Cependant les trois membres de la déput;xtion avaient déjà servi sa cause avec chaleur dans la co^ k>nie. Deux officiers blancs furent arrêtés sur la grande route de Sto.-Domingo ; les dépêches dont ils étaient porteurs furent envo- ^ées à Toussaint qui après les avoir lues s'assura que la députalion n'avait point d'arrière-mission. Le général Michel qui était venu dans la colonie lors d^ la dernière mission de Sontlionax , qui s'était fait estimer des homiqes de toutesles cou leti.rs, fut aussi arrêté sur la grande route du Gap; quant au colonel Vincent, on se saisit de sa personne sur la routedu Port Républicain. Après avoir acquis la certi-. lude que leurs instructions ne lui étaient pas hostiles , Toussaint ordonna de les laisser pénétrer dans la partie Française. Il n'ajoutait pas foi à la bienveillance de la France à son égard depuis qu il avait cru qu'une expédition était partie pour St.-Domingue: ces deux lils, Isaac et Placide, avaient été embarqués' avec le généraf Sahuguet sur une escadre commandée par l'amiral Ganthaume, destinée à apporter des renforts à l'armée d'Egypte. Mais le gouvernement Français avait fait répandre le bruit que l'escadre se rendait à Si. Pomingue , aiin d'attirer ratlenlion des Anglais hors de la Aâcdilerranée; et rembarquement des tils de Toussaint donnait du crédit à ce bruit. Toussamt s'attendait donc à chaque instant i l'arrivée d'une force européenne qui eût pu être emplo}ée au rétablissement, dune manière absolue, de I autorité mélropolitaine. Il se transporta au Cap où il reçut la dépu talion. Vincent lui annonça Qfliciellement la révolution, du 18 brumaire, 1 lUaulisseuient du gouvernement consulaire , son maintien dvins le grade de général, en chef des armées de St Domingue. Les deux principales pièces apportées par le colonel \in<*eut étaient les suivantes:

Liberté , Égalité^

Paris lo 4 Nivôse (25 Décembre 1799) , l'an 8* de 1^ République, une*et indivisible.

Les Consuls de la République arrêtent ce qui suit :

Art. ier. Les citoyens Vincent ingénieur, Raimoud, homme de

'couleur, ex -agent, et le général Michel pai liront sans délais et se

tendront 4 St Domingue»^

44 HiSTdiRB d'haiti.--(1800)

qui augmentaient chaque jour, il établit le 15 Mai 1800 (25 floréal) des bureaux de postes dans chaque commune, et le montant de^ passe-ports délivrés fut versé dans le trésor public, à h diligence des. généraux commandant les arrondissemens. Il se réserva à lui seul le droit de délivrer des passe poi Is pour Télranger.

Dans les campagnes où n'existait pas la révolte régnait un ordre admirable, mais qui rappelait un peu l'ancien régime. Le cultivateur ne pouvait s'absenter de son habitation pour aller dans la ville la plus prochaine sans être muni d un permis délivré' gratis^ par son gérant, son propriétaire ou femtier ; le permis était sujet au visa du commandant militaire de la ville d où il sortait pour retourner sur son habitation. Tous les trimestres le quart prélevé sur le revenu brut en faveur des cultivateurs de chaque habitatioa était reparti en présence du Juge de Paix , et du commandaaf militaire de chaque commune qui dressaient un procès -ver bal; ils j stipulaient en quelle denrée oonsistait.ce quart, ce qui en aurait été vendu, et le chiffre de la somme repartie. Ils dressaient copie de ce procès-verbal et renvoyaient au >chef de l'administration de la commune ; celui-ci la fa'sait parvenir à l'ordonnateur du département. Il devait èlre prouvé par celle pièce que le revenu entier de chaque habitation avait fourni quatre fois la valeur de*ee t|uart.

Le citoyen Idlinger, blanc Européen , homme d'un vrai (aient, adjudant général deTarmée de St.-Domingue, avait la haute iliroctioa de cette administration quoique; ordonnateur seulement de la ma* rine et des guerres du département du Nord.

Cependant Toussaint dont les vues embrassaient tout éprouvail de graves inquiétudes ; il lui semblait que la guerre civil-e dût durer longtemps encore ; son armée arrêtée à cha(]ue pas par une résistance opiniâtre n'avait obtenu que dos succès fort lents. Rigaud pouvait se maintenir aux Gajes aussi longtemps que la légion (iii rOuest avait tenu à Jacmel. De nouvelles insurrections pouvaient éclater dans le Nord et faire naître une diversion dont cette fois Rigaud eût peut-être profité. Il était très préoccupé de l'accueil qui serait fait au Colonel Vincent par le Directoire exécutif; car jusqu'alors on ignorait à St.>Domingue. la révolution du 18 brumaire. Le commandement en chef de l'armée pouvait lui être enlevé pour être confié à Rigaud. Alors la guerre eût pris un autre caractère ; il eût perdu son influence morale , le prestige de l'autorité de la Métropole, et en refusant de se soumelirc à Rigaud il eût été à son tour considéré comme rebelle. Son rival encore puissant eût pu 1 écraser par une forte réaction.

Ce fut dans ces entrefaites que le colonel Vincent débarqua à S^.-Domingo, dans les premiers jours de Juin 1800. Il était à la tète d'une députation composée du divisionnaire Michel et du Cornjiissaire Raymond. Dés que Tous$aint apprit leur arrivée il exp4***

dla au devant d^eut des agens secrets chargés de surveiller leur conduite et de se saisir de leurs ' papiers dans les grands chemins. Il était déterminé à les rembarquer aussitôt après leur arrivée au Cr)p , si les dé|^>êches. n'éiuient pas favoiables à ses intérêts. Le Colonel Vincent n'était débarqué à Sto. Domingo que pour s'assurer de l'état de la colonie Française avant d'y pénétrer. Celte conduite qui dénotait une grande défiance avait blessé les susceptibilités de Toussaint et avait accru ses soupçons Cependant les trois membres de la déput;)tion avaient déjà servi sa ca!ise avec chaleur dans la co*k>nie. Deux officiers blancs furent arrêtés sur la grande route de Sto.-Domingo ; les dépêches dont ils étaient porteurs furent envoyées à Toussaint qui après les avoir lues s'assura que la députatioD n'avait point d'arrière-mission. Le général Miehel qui était ifenu dans la colonie lors de la dernière mission de Sonthonax , qui s'était fait estimer des homiqes de toutesles couletirs, fut aussi arrêté sur la grande route du Cap; quant au colonel Vincent, on se saisit de sa personne sur la route du Port Républicain. Après avoir acquis la certi*. tude que leurs instructions ne lui étaient pas hostiles , Toussaint ordonna de les laisser pénétrer dans la partie Française. Il n ajoutait pas foi à la bienveillance de la France à son égard depuis qu il avait cru qu'une expédition était partie pour St.Domingue: ces deux fils, Isaac et Placide, avaient été embarqués' avec le généraf Sahuguct sur une escadre commandée par l'amiral Ganthaume, destinée à apporter des renforts à Tarmce d'Egypte. Mais le gouvernement Français avait fait répandre le bruit que l'escadre se rendait à Sl.-Domingue , afin d'attirer l'attention des Anglais hors de la Méditerranée; et rembarquement des fils de Toussaint donnait du crédit à ce bruit. Toussamt s'attendait donc à chaque instant à l'arrivée d'une force européenne qui eût pu être emplo}ée au rétablissement, d'une manière absolue, de 1 autorité mélropolitaine. il se transporta au Cap où il reçut la dépu talion. Vincent lui annonça officiellement la révolution, du 18 brumaire, 1 ctiiulissement du gouvernement consulaire , son maintien duns le grade de général en chef des armées de St Domingue. Les deux principales pièces apportées par le colonel Vincent étaient les suivantes:*

Liberté , Égalité^

Paris le A Nivôse (25 Décembre 1799) , l'an 8* de I9 République, une^^et indivisible.

Les Consuls de la République arrêtent ee qui suit : Art. 1er. Les citoyens Vincent ingénieur, Raimoud, homme de 'couleur, ex -agent , et le général Michel pai tirent sans délai, et se tendront à St Domingue*^

•O- • HISTOIRE d'haitk— (1800)

accompagné jusqu'à la Colianne par le colonel fean Cécile. Il arrivât à Tiburon avec toute sa iàmille , et trois ofliciers , Dorgelia, Lamarre qui deviiH plus tard si célèbre, et un nommé T Angevin. Maispen* danl la route ces officiers avaieni découvert combien il y avait peu: de générosité en son cœur , combien il comprenait pou 'le dévoue* ment : il n'avait cessé de leur faire sentir la différence qu'il établissait entre eux et ses pnrens. Aussi se déterminèrent-ils k ne pas le suivre, malgré toutes ses instances. Dès q.u'il se fut embarqué , ilsretournèrent aux Cayes, résolus à braver toute la fureur de Toussaint Louverlure, en lequel ils. trouveront cependant delà géncrosilé.

Toussaint avait maintes fois éprouvé les cruelles in<]uiétudes da pouvoir; il comprit ce qu il y a de noble et d'héroïque dans la= fidélité; Tinfortune pouvant aussi le frapper, il ne voulut pas punir le dévouement exercé envers un rival malheureux. Rigaud et ses parcns se rendirent à la Guadeloupe } le gouverneur de celte il(^ leur donna une franche hospitalité. Us s'bmbarquërent ensuite pour France. Quand ils arrivèrent à Brest , ils vécurent sous la surveillance de la police, sans être inquiétés, de manière même à ne s'ea pas douter. *

La plupart des officiers supérieurs de Tarmée du Sud dbnt Texistcnce était menacée, les Faubcrt , les GefTrard , les Delva , les Bonnet, les Birot , etc. , .etc. s embarquèret^t aux Cayés avant l'arrivée de Bessalines. Ils furent accompagnés jusqu'au rivage par toute la. population noire et jaune. Ils se dispersèrent les uns dans les Antilles d'autres sur le continent Américain. Ils vécurent dans une profonde misère ; Rigaud en parlant des Caves avait refusé de f^artager avec eux unef somme assez importante qu il avait en sa possession. Pétion fut plus heureux que ses compagnons d'infortune ; i[ reçut à Paris un traitement honorable du gouvernement consulaire.

Quant aux colons royalistes qui avaient toujours été en disgrâce sous i administration de Rigaud, ils létnoignaient hautement leur joie de la prochaine arrivée de Toussaint Louverlure , et se mon., iraient aussi fiers et arrogans qu'ils avaient été humbles et rampant^ pendant la guerre civile.

Telle fut^la fin de ces luttes intestines que la marche de Toussaint \ers lindépendance de Si Domingue avait fait naître. Rigaud qui redoutait pour sa caste Tailiance du parti colonial avec le gé* néral en chef représentant des masses noires , avait voulu s*appuyer sur la Métro|4le pour résister à celle ligue formidable. H craignait Vinfluence politique des anciens colons qui, voyant des rivaux dans les hommes de couleur, né travailloient qu'à leur destruction depuis 1790) et il croyait avoir tout à craindre de Toussaint, dont il n-'i«

* Rigaud rerint à Saint Domingue avec l'expédition de Leclerc da 1802. ^ m ^

. îïiSToiiiE d'haiti.— (1800) 6t

Snoralt pas Vammoslté contre les muKitres depuis qu'il avait eu h leur isputer la prépondérance politique dans rÀriibonite et dans ie Nord, <en luttant contre Blanc Gassenave et Viflale. Rigaud eC la plupart -des anciens libres , ayant dès Taurore de la révolution embrassé la cause de la liberté, éprouvaient de la répugnance à ré- <^onna!tre la suprématie d'un citoyen qui combattait dans les rangs ^espagnols pour le rétablissement de l'esclavage , pendant qu'ils re-. \endiquaient les droits de Thomme. r4'est pour ce moiif que nous ^voyons presque tous les anciens libres nègres et mulàlres, connus avant la révolution sous la dénomination de gens de couleur, se rallier aU parti de Rigaud. Mais la Métropole qui craignait que les deux partis ne se réunissent un jour contre elle, mus par des intérêts demeurés toujoifrs communs à Tégard du blanc , les laissait VâiTaiblir Tun et Tautre par une guerre acharnée. Elle avait I espoir de rétablir sur les ruines des deux rivaux son autorité qui se perdait au milieu de ces luttes dont le^ intérêts étaient étrangers à sa poliiiqiie.

Rigaud conduisit cette guerre en mauvais capitaine; dè^ la prise du Petit-Goâve il commrt les fautes les plus graves; il demeura aux Cayes quand les populations noires elles mêmes de TOuest et d'une partie du Nord lui tendaient les bras ; il excita sur tous les points de la colonie les passions des hommes de couleur, et partout il les abandonna aux vengeances de Toussaint Louverlure. Sa chûle entraîna celle d'une foule de familles que ses fautes avaient corn»

{promises; égoïste, colère, jaloux de totfle influence, il fut, des 'origine de Ta révolution , Tenncmi secret de Bauvais dont la gloire toujours pure le tourmentait. Sur la |terre d'exil , il refusa le pain quotidien à ses compagnons d'info||une qu'accablait la misère. "

Cependant la haine contre Toussaint s'était tellement développoor dans le Sud que Rigaud y laissa de profonds regrets •ti une aveugle admiration. Les vengeances horribles qu'exerça le général en chef au mépris de Tamnistie du 1er Messidor, 'firent encore gémir davantage sur la chute d'un chef dont les fautes et les folles passions avaient bouleversé la colonie de fond en comble.

Toussaint venait de renverser le plus grand obstacle à son projet d'indépendance ; désormais il marchera à pas do géant vers le but qu'il se proposait d'atteindre.

* Dessalines poursuivant sa marche entra aux Cayes en triompha* teur. Son armée, quoiqu'elle eût éprouvé toutes sortes de privations, ne se livra à aucun excès. Il s'élança à la poui suite de Rigaud. Ce ne fut qu'au pied du morne de tTîburon qu'il apprit son embarquement. Il revint aux Cayes oii il attendit le général en chef. Les colons apprenant l'arrivée de Toussaint Louverturc excitèrent une fgule de dames à lui faire une adre^sse* Le 2 Aoiït 1800 (U

âlSTOIlLfi P^HAIJI.— (1^00) •

Xheri;nû}Qr) celles ci envayèreoi à sa jmsD.coiUre j^jie députalion çha?- ^ée de lui offrir )e .téraoignage 4e leur r«*conqgii$^aince. Leur^ seij- }imeo3 étâicnii ei^rimés |;ar le^ yçrs suivans :

f Magnajoirac héros que désigna la France » • Pour être de ces lieujt le pieg réparateur, t Tu (iiis palire chez nous la flatteuse espéra.acie ' fi pe voir revivre î 'i la paî.x et le bonheur. f Tuis^e de tes yertuç l'éloanant assemblajge f T assurer uiifs place à rimm.orta)iié; f INous en entretenons T^gréable présage « En répélant que riep ne fut naieux inérité. « iQue tes jours prolojigés jusqu'à Tâge d'enfanop ^« Me cessent de couler e^eippts de tous malheur^, « fi fil convaincu surtout d^ notre reconnaissance c Reçois avec qeci Toffrânde de dos cœurs i»

Celte adress.e fut suivie d'.u;iQ autre pièce'enfantée par la terreurj cinguanlfe doux signatures d houiniea noîrs^ jaunes et blaacs la couvraient Elle était remplie des plus basses (latt.eries envers, Toussaint Lou\crture, el drs injures les plus grossières contre Rigaud. Celui ci y olait traité dipfâmie, de Jbrjgand, de parjure, d assassin*. Chacun cherchait à sauver sa tête menacée de la vengeance de Tou^ saint Juouverlure ; mais toutes ces adulations ne sauveront pas la population vaincue de la«plus horrible proscription.

Le jour qui suivit l'envoi de ces adresses Toussaint Louverture entra aux Cayes. Malgré les efforts des colons pour ^donner à )a ville une ph}sionQmie de réjouissance , ki tristesse régnait partout. L'a Ijudant général Ta|p^au\ qui n'avait cessé de trahir Rigaud pendant la gniTie ci\ile, se présenta devant le général en chef, portant une longiie barbe, et se prosterna à ses pieds en lui disant: J avais fait vœux de ne couper ma barbe qu^après le triomnhe de vos arnies. Toussaint lui rcpondiL : >U>us m'en avez trop dit M. Toureaux; sortez de ma présence. Il ne voulut plus lu recevoir, le couvrii même de mépris. Toureaux , repoussé du cercle des favoris de Toussaint , devenu Iqbjet du dédain général, tomba dans le plus profond chagrin.

Le général en «Aof fit publier (5 Août 1800 , 17 thermidor) dans toutes les rues de la ville , que ses ennemis étant terrassés , il éuîl déterminé à faire le bonheur de son pays, qu'il était pénétré de cettet preseription de T Eglise : pardonnons à peux qui nous ont odenscs; et qu il maintenait en couséquepce toutes les di$positioi|ig Je son amnistie du 1er Messidor.

Le lendemain il ^dressa une proclamation à la population du Su^.' Apres avpir r^cçpitulé la plupart ^^s malheurs ^9 ki guerre çivilo

iiiSToiRC d'haîti.— (1800.) 6S

qu'il attribua à 'Ki^aud , i) rappela aux habitans du Sud , avec 41 ne profonde liypocrisî« , son amnistie du premier Messidor; il les exhorta à se réunir autour de }ui, en les appelant /r#e« el amis. Il leur annonça que les personnes seraient respectées , et qu'il n'aurait élç clément qu*à demi s*il ne s'occupait des mesures Jos plus propres à rcujair' les membres d'une même famille, à nUablir chaque citoyen dans sa propriété. Il exprima que ceux dont la conscience était demeurée pure , et qui n'avaient été entraînés que par séductions ou par crainte avaient été assez punis par les fiiusses alarme^ 4)ont on les avait environnés; il leur annonça en conséquence, que les citoyens du département du $ud dont les biens n'avaient jamais été séquestrés ou dont les séquestres avaient été levés avant l'époque de la guerre civile, et dont les propriétés avaient été séquestrées depuis la guerre civile présenteraient leurs titres à rofiicier d'ad* ministration de leur arrondissement qui , après examen de leur précédente mise en possession, serait tenu de lever le séquestre ^et de les réintégrer dans leurs droits purement et simplement. ^ déclara en outre que vu les dépenses extraordinaires de la guerre, ies récoltes demeurées sur les habitations du Sud , séquestrées en conséquence de l'abandon fait par les propriétaires qui avaient suivi le général Bigaud , seraient partagées ainsi qu'il suit : la moitié pour Ja République , et celte moitié serait transportée dans les magasins de l'Etat aux frais des propriétaires, le quart pour les propriétaires^ ec l'autre quart pour les cultivateurs.

il annonça encore que la guerre civile citant finie , les cultivateur^ retournef aient sur leurs habitations respectives pour s occuper imji.édiatement de la culture ; que ceux qui se trouvaient dan.s le^ villes, bourgs et autres endroits en sortiraient sur le champ pour se rendre chez eux afin d'y travailler avec ardeur, que les commandans de communes «et d'arrondissements, les capitaines de sections ^ les inspecteurs de ^culture, les ofliciers de gendarmerie étaient tenus de faire exécuter ses instructions , sous leur responsal)iiité personnelle.

Cette responsabilité était telle qu'ils per.daiout leurs tètes si la culture était négligée dans l'étendue de leurs eommandehiens.

Pendant cet intervalle Dessatioes partait des Cayes suivi 4^ la plus grande partie de Tarmée sous ses ordres et s'acheminait surjhéféniie. Cette ville était commandée par un vieillard , hompic do couleur, nommé Gaspard. Les blancs de la Grand'-^nsequi de tout temps abhorraient les mulâtres et (|ui avaient beauc up souiferlsous Tautorité de#Bigaud , se redressaient avec fierté else réiinissaient. Hs ne respiraient que vengeances. Ils n'ignoraient pas que tout ce qu'ils pourraient faire souUVir aux gens de couleur ne serait pas condamné par Toussaint Louverture. « ^

Dès qu'ils apprirent que Dessalines approchait de leur ville, ils • formèrent une .garde d'honneur de 3Q0 cavaliers et vinrent au-

61 HISTOIRE d'iîaiti. — (1800).

devant de l'armce qui Iraversaît dfins des bacs la rivlèrô de Jérrmîe. Dessalines qui détesta toujours les blancs , dès qu'il lesaperçul, s'a(}|>rocha d'eux, cl leur ordonna de se disperser tous, sous peine d*ôlre fusillés. La terreur se répandit parmi eux, et ils retournèrent à Jér^imie bride abattue, honteux nie Faceueil qu'ils avaient reçu , et craignant d'être confondus avec les Rîgau» dins.

Dessalines entra dans la place à la tète de son armée; il y régna aussitôt une consternation générale. Le lendemain commencèrent les exécutions des Rigaudins noirs et jaunes. Beaucoup de citoyens qiri n'avaient pas pris une part active aux affaires pu* bliques furent dénoncés par les -colons , arrêtés et baïonnettes. D'autres élaîcnt, le soir, assassinés dans les rues ou chez eux. Chaque après-midi Dessalines en faisait réunir un grand nombre sur la plage près du fort Lapointe ; après une S6ule décharge on tuait a aoups de baïonnettes ceux qui n'avaient pas été atteints ou qui , blessés seulement , respiraient encore. La plupart des hommes noirs et de couleur qui , sous Rigaud , avaient exercé quelque influence, avaient déjà pris la fuite en s'embar<|uant pour les Antilles. Deèsalines cruel par instinct et excité par Toussaint Louverture se baigna dans le sang. En même temps de semblables massacres avaient lieu au Corail, au Peiîl-ïrou, à l'Anse-a-Veau , à Miragoâne, et au Petit Goâve.

Après avoir été fêlé par les colons , Toussaint partit des Gayes emportant les noms de tous ceux des Rigaudins noirs et de couleur qui devaient être sacriiiés. Par son amnistie il retenait ceux qu'il- avait l'intention de faire mourir. Le 23 Août il avait déterminé les limites du déparlement du Sud et avait nommé le général Laplume commandant en chef de ce département. Quand il traver« sa' Aquin il nomma le colonel Néretle commandant» de l'Arrondis- Vmeiil de celle Ville. H alteigiiit Léogane le 30 Août. Aussitôt après son arrivée en celte ville, il ordonna aux troupes qui avaient fait la campagne du Sud de s^ réunir. Dessalines partit de Jérémie après y avoir laissé un balaiilon de la 4e. , sous les ordres de Dommage , devenu commandant de l'Arrondissement de la Grand'* Anse.

L'armée expéditbnnaire du Sud ne tarda pas à être réunie à Léogane. Il y eut en cotte ville une fête religieuse et patriotique. Toules les troupes massées sur la place d'armes- furent passées ten revue par le général en chef qui ensuite monta sur^l'autel de la patrie et leur dit : « Vous avez défendu avec le courage qui ca- « ractérise 1 homme libre l'attentat fait à vos droits par Rigaud. € Vous voiis êtes couverts de gloire, et pour que vous ne la ter- € Dissiez jamais par une action indigne de vous , chaque demibri € gado composant 1 armée aura uq tableau 9Ù seront inscrits eu gros

BisToiRfi d'uaiti.— (1800) 85

t caractères ^ le nom du ehof de la demi-brigade et ensuite ces c mots: la discipline, la subordination et la bravoure' ont procuré « la \ietoire. » Il leur recommanda ensuite de toujours prier Dieu à qui seul ils devaient leurs triomphes. Il descendit de Taulel de la pairie et se rendit à Téglise suivi de tous les oniciers supérieurs de Tarmée. Après qu on eut chanté le Te-Deum il monta en chaire, et ordonna au général Dessalines de s'approcheride lui : il ôla à celuici de ses propres mains le ceinturon de général de brigade , et le remplaça par celui de général de division. Il appela ensuite le général Clervaux , le serra dans ses bras et lui fit don d'une superbe carabine, eo lui disant que personne, excepté le général en chef ne s'était servi de cette arme. Les oTticiers supérieurs retournèrent à la tète de leurs corps au milieu des chants de la musique militaire. Le reste deflPjournée s'écoula en fêtes et en réjouissances. Toussaint qui ne songeait qu'à s'isoler de la métropole avait préféré cette ins* criplion : la discipline, la subordination et la bravoure ont procuré la victoire, à celle qu'avait envoyée Bonaparte: braves noirs, sou* i^enez-vous que le peuple français seul reconnaît votre liberté et^ Tégalilé de vos droits.

Après avait fait incorporer dans les demi brigades du Nord et de TArtibonite les débris des régimens du Sud il ordonna à Dessalines de se rendre à St. Marc avec l'armée. Après avoir atteint le quartier de l'Artibonite les troupes se retirèrent dans leurs cantonnemens rrspectits.

Il \ avait à Léogane trois cents prisonniers noirs et jaunes du parti de Rigaud. D'a|îrès les ordres de Toussaint ils furent conduits non loin de la ville, dans des lieux écartés, et furent impitoyabieiiit-nt immolés , en présence^ d'une compagnie des- guides du général en chef. Lorsque ces cavaliers se furent assurés que ces malheureux ne donnaient plus aucun signe de vie, ils abandonnèrent le champ de carnage et se retirèrent dans la grande route du Port au Prince. Toussaint se rendant en cette ville ne tarda pas à les rencontrer. Il était calme et préoccupé. Tout est-il tranquille*, demanda-t-il à rofficier qui commandait, ses guides? — Oui général 6o chef. — Vous n'avez rien entendu, n'est ce pas? — Non général en chef. — Il n'y a pas eu d'assassinat de ce côlé-cîî — Non gé-^ néral en chef. — J'en suis heureux, cai» je hais les scélérats; mon amnistje est donc bien observée? — Oui, général en chef. — Je suis content de vous , jjeune homme; vous comprenez votre devoir; continuez de la même manière , vous serez récompensé. Il pariait à MH officier de couleur nommé Lerebours. Celui ci pour sauver sa tète se garda bien de dire qu'il avait été témoin du massacre qui venait d'avoir lieu.

Toussaint niait le plus souvent ces affreuses exécvtions qu'il or* donnait lui*mème. Il en accusait Dessalines qu'il ne cessa jamais

W HISTOIRE D*IIAITI.— (1800)

cependant de combler ie faveurs. Dès qu'il arriva au Port-au-lPrînce, Dessalines vinl (-y joindre. Il y avait en celle viiie une cin« quanlaine de prisonniers rigaudins^ lanl officiers , soldats que bourgeois. Dessalines les conduisit hors de la ville dans un petit bois près de l'hôpital. Tous ceux qui en marchant à la mort démon-? traient de la fierté ^t de la résignation, excilèrent son admiration et furent sauvés. "^ iLes autres furent tués à coups d« baïonnette. Il existe encore aujourd*bui dans la savane qui s'étend derrière riiôpilal une croix dite des Martyrs, élevée sur la fosse commune qui recevait les cadavres de ces infortunés. Souvent des âmes pieuses s'y rendent pour adresser des prières à rElernel. Un de ces malheureux , percé de coups de baïonnettes, respirait encore ; vers le milieu de U nuit, alors que les gardes .s'él£)ient retirés, g^se traina vers une case où brillait une lumière. Une femme noî^^le reçut, le traita avec humanité, et alla le lendemain se jeter aux pieds du général en chef lui demandant la grâce de l'infortuné. — Lui faire grâce, s'écria Toussaint, et pourquoi? qu'a t-il fait? — Il se meurt, répondit la femme; il est percé de coups. — A t-on arrêté .ses assassins? demanda Toussaint Louverture. II ordonna

3u'on le transportât en ^a présence. Des qu'il le vit, il versa es larmes et déplora un tel crime. Il lui fit donner toutes sortes de soins ; el cet homme nommé Ratèau vécut bien des années après, Tous&aint se rendit ensuite à St--Marc où il y avait dans les cachots 600 Rigaudins. Il ordonna à Dessalines de les faire exécuter. Celui ci ût d'abord conduire $ur le rivage sablonneux de lai mer les plus marquants d*entre eux. Le colonel Piverger, horone <Jo couleur , et le commandant Gulant , noir , marchaient bras dessus bras dessaus et chantaient que le sort le plus beau et le plus di* gne d'envie était de mpurir pour sa pairie. Dessalines dit à Ga* lant : comment un noir intrépide comme toi a*t-il pu servir la cause des mulâtres? tu ne dois pas mourir; passe soldat dans la 4e. — Moi , soldat , répondit Galant ! Si je le deviens, mon premier coup da fusil sera pour toi. Il embrassa Piverger; et ils reçurent l'un et l'autre la mort avec un courage héroïque. Les exécutions continuèrent pendant trois jours consécutifs. La ville était daps la cons* temalion ; le ciel était sombre, une pluie fine tombait, et le soleil peadant ces jours de deuil he brilla pas un instant sur la ville, uoa remarquait parmi les assassins Cézaire Savary, homme de couleur , qui , armé d'un couteau , poignardait ces infortunés avec une ra^e difficile à peindre. Quand il abandonnait la plage, il se readaU couvert de sang dans les cabarets , buvait en cbaatant , et ra* contait avec quelle dextérité il donnait la mort.

* Cesi ainsi que les c^mmandans Qétm et Bazeijus âcbappëren^ |i^ la mort. '

HISTOIRE t)UlAITI.<^(180e)

DessaKnes de son côte sauvait un grand nolnifare de prisonEii9ré en les incorporant dans la 4\ demi brigade. Déjà le 3"". batailtod de ce corps s'élevait à 95Ù hommes et le deuxième à 800.

Toussaint blâma sévèrement la conduite de Dessalines et partit pour les Gonaïves exprimant hautement son mécontentement. Comme il restait encore des prisonniers , Dessatines ne voulant pas les feiré massacrer à St. Marc , les achemina sur les Gonaîves. Mais quand ils arrivèrent au-delà du pont de l'Ester ils furent baîoanettÀ pv trois compagnies de la i^. qui les accompagnaient.

Quand Toussaint parvint au\ Gooatves il réunit dans la savant du Morne de l Hôpital 7â Rigaudins et les fit fusiller. Leurs cadavres demeurèrent sans sépulture. En même temps huit olBciers du Stid , hommes de couleur , étalent conduits sur la plage pour être exécutés. On leur proposa, js'ils voulaient avoir la vie sauve de crier à bas le général Rigaud. (Is répondirent par dest inveeti* ves contre le général Toussaint. On Icjs Jia à la bouche des canons^ et fis furent emportés par la mitraille.

Le général en chef parcourut ensuite d'autres quartier$ et s*ia* forma avec toutes les apparences d'une ijfiquiétude réelle de nôm« breux mulâtres dont il avait ordonné la mort. Quand on lui disait qu'ils n'existaient plus , il s'écriait : je n'avais pas commandé de faire tant de mal ; j'avais dit de taiiier l'arbre, mais non pas de le déucinirr. L*Hist6ire ne doit pas oublier madame Dessalines qui bravant les fureurs de Toussaint sauva un grand nombre d'infortuii $ en leur donnant asile, souvent même sous son. toit.

En iitt me temps Toussaint songeait aux moyens de neutraliser led bie;jhits de son amnistie, particulièrement dans le département du Sud. D'après ses ordres le général Laplume qui déjà avait été gagné par les colons contre les hommes de couleur envoya dans le quartier du Mallini, commune de Gavaillon , des émissaires qui s'a* dressant a un mulâtre nommé Hambourge Marlot , habitant de ce quartier , le firent entrer dans une conspiratioff contre Toussaint Louverture. Marlot croyant à la sincérité des envoyés de Laplume réunit chez lui quelques habitans ses amis et leur proposa de prendre les armes contre le général en chef. Ce projet d'insurrection fut repoussé par la plupai^t dé ceux qui avaient été appelés à la réunion. Marlot ne voyant plus paraître dans son quartier les hommes qui 9' étaient abouchés avec lui, tomba dans l'inquiétude la plus vive. Toot-à coup le bruit circula aux Cayes qu'une insurrec* lion venait d'éclater au Malfini. Le général Laplume y envoya ua ëatailton qui trouva le quartier dans la plus parfaite tranauiUité. Marlot fut arrêté chez lui ; il n'opposa aucune résistance ; il lut conduit aux Cayes, mis en prison ei fusillé dans la même jouraëe. Vu grand nombre de soldafis et d'officiers noirs et jaunes de l'an* ^ime Armée du Sdd tbr«at artèlie* et; ettibarqués fow JdcineL

68 HISTOIRE »'ll4ITI.— (1800)

Quand ils arrivèrent en cette ville , Dieudonné Jambon leur fit lier les mains derrière le dos et les achemina sur le Port-Républicain. Ils étaient conduits par le commandant , Lacroix qui eut pour eux toutes sortes d^égards , défendit aux soldats de les maltraiter. Mais quand il arrivèrent à Léogane ils furent livrés à un conducteur brutal qui les obligea à parcourir à pied et au pas de course la route du Port- Républicain, l'espace de 8 lieues, en cinq heures. On les embarqua ensuite pour St,-Marc où ils furent les uns incor|X)rés dans la 4*. d'autres fusillés. Sous préexte de révolte beaucoup d'hommes noirs et jaunes connus par l«nr dévouement à Rigaud furent arrêtés dans les hauteurs de Tiburon et exécutés.

La domination de Toussaint établie par des réactions sanglantes se trouva momentanément consolidée dens le département du *Sud. La terreur régna de toutes parts ; on n'osait prononcer le nom de Rigaud dans les conversations lés plus innocentes; et si l'on par* lait de Toussaint ce n'était que pour en iaire le plus grand éloge.

Presque tous ceux qui ont écrit sur Toussaint Louverture ont avancé qu'il avait fait massacrer plus de trente mille hommes de couleur. Avant la révolution de 1789, alors que la population de couleur était le plus considérable, elle ne comptait que cinquante mille âmes. Comment une population de cinquante mille âmes auraitelle pu fournir trente mille hommes au fer des bourreaux. D'après les renseignements que j'ai obtenus, Toussaint Lcuxeriure a fait exécuter tant pendant la guerre civile qu'api es la chute de son rival, sur tous les points de la colonie, cinq mille hommes Rigaudins dequa* torze ans à Tàge le plus avancé. Dans cette quantité on pou« vait compter un tiers d'hommes noirs. Comme dans l'ancien régime on appelait gens de couleur les nègres et les mulâtres libres, et que la plupart des anciens libres des deux couleurs appartenaient au parti de Rigaud, on disait'vulgairement qu'on avait fait mourir cent hommes de couleur du Sud , quand on avait sacrifié cinquante mulâtret et cinquante noirs environ. Je n'entends pas excuser ces crimes abominables qui plus tard ont amené la chute violente de Toussaint Louverture ; mais avant tout il faut être vrai. Que ces crimes aient été commis sur un grand ou sur un petit nombre de personnes, ils n'emportent pas moins l'exécration de la postérité.

Peu de jours après l'exécution de Pi verger et de Galant k St.- Marc, un habitant de l'Artibonite nommé Cotro, noir, indigné de tant de crimes inutiles, prit les armes à la tète d'une cinquantaine d'hommes et alla camper au fort de la Crète à Pierrot , près de la Petite Rivière, Dessalines marcha contre lui avec deux bataillons § l'unde la 46. l'autre de la JBe. Il cerna le fort qu'occupait Cotro et l'exhorta a se rendre à la Petite Rivière de l'Artibonite où il écouterait ses griefs. Il lui promit sur soo honneur que rien ne lui

HISTOIRE d'bAITI. (1800)

sernft fait. Les insurgés sortirent du fort et se rendirent i la Mîtnicipalité. Ils furent aussitôt arrêtés , tués à coups de baionnettes» Leurs cadavres furent jetés dans le fleuve de l'Artibonile. Cette révolte avait été étouffée en moins de trois jours.

LIVBÉ VINGTIÈME.

êommaifê, Toussaint s'abandonfie entlèretnent au parti colonial — Fonrati'on d'an« garde d'honneur. — Administration intelligente et vigoureuse. — Fête célébrée au Cap pour la conquête du Sud. — Adresse de radtninistrntion municipale du Cap à Toussaint Leuverture. — Inondation dans la plaine de l' A rtibonite — Ordonnance de Toussaint à l'égard des cultivateurs. — Propos répandus dans fe9 campagnes contre Toussaint Louverture. — Ordonnonce de Toussaint. — Les voleurs et les assassins jugés par des conseils de guerre. — 2^ Novenibre 1900, la ville du Cap fête Toussaint Louverture. — Adresse de Toussaint au peuple de St-Domingue.— Droit de vingt pour cent. — Arrêté du 28 Frimaire. — Correspondance de Toussaint avec Pabbé Urégoire. — ^On annonce l'arrivée dans la colonie de quelques prêtres européena.— ^Protestation des prêtres du département du Nord — Mésintelligence entre Roume et Toussaint. — Arrestation de Roume Son départ pour l'Europe. — Arrêté du 10 Frimaire. — Julien Raymond administrateur général des domaines. Campagne de l'Est, — iVIoyse marche contre Saint Yagup — Lettre de Toussaint ou gouvarneur de Santo-Domingo. — Réponse du gouverneur espagnol — Arrivé© au Cap d'une dépêche par laquelle il est défendu à Toussaint de s'emparer de la partie de l'Est.-— Départ de Toussaint pour Sto-Domingo. — Batailles de Guayabia et ae Sabanagrande gagnées par Moyse — Celui-ci s'empare de St-Yague — Bataille de Nisao gagnée sur les généraux A. Chanlatte et Kerverseau — Toussaint adresse des fthcitations à Gbuthier ancien officier de la légion de l'Ouest. — Entrée du général Wi chef à Sto-Domingo. — Paul Louverture nommé commandant de Sto- Domingo. «-^ProclamatioA de la liberté des o^laves de l'Est —Départ des généraux Chaa*

Hi0ToiR£ d'haiti. — (I80D) 7t

hitte ri Kervorsean. — Toussaint parcourt les environs de Sinto- Domingo. — Arrêté ài 5 Février 1801 pour la nomination dts députés à l'nsscmblée centrale. —Arrêté du 7 du môme mois — Formation des compagnies de gendarmerie. — Arrêté du 12 Février 1801. — Don Garcia part pour les colonies espagnolrs— - Toussaint parcourt le département de Cibao. — Etat intérieur de ce département -—Arrivée de l'évêque Mau vieil le. — Toussaint rtioorne dans la partie française* —Réception qui lui est fuit*» au Port-au-Prince. — Assassinat de Gauthier. — Mos- ?acre d'un grand nombre dd^sorcicrs oppriés vaudoux par Dessalines — Expédition dirigée con'.re Lamonr Dérence. — Mrsurfs prises contre la piraterie.-— Arrêté du .8 JMai-r-^Les maisons de jeu sont fermées. •

Depuis la conquête du déparlemeiU du Sud , Te général en chef âég^fié des préoceupaljons de la guerre civile , s'cfl'orçail , par une administralion sage et vigoureuse, de faire aimer son gouvernement.

, il se plaça enliérement sous TinflueDcedu parti colonial, et adopta^ autant que les circonstances le permeUaîent, les formes royalistes

- ^e lancien régime. Il s entoura de toute la splendeur d'un puis-sant monarque ,j et réunit autour de lui de nombreux coloas- blanc^ €t de brillantes dames blanches qcri composèrent sa cour. U appela surtout auprès de sa personne ceux des blancs qui ayn'nt ser- >i dans les rangs anglais on espagnols , ayant à redouter les vengeances de la République , ne pouvaient que songer à s'isoler de la métropole, Il couvrit le clergé royaliste de sa puissante protection, et combla les prêtres de toutes sortes de tiveurs. 11] for> ma, une garde d'honneur composée d'un régiment de cavalerie et d un régiiiKHi d infanterie. Celte garde forte de deux mille hommes, fut rich^Mneul velue; le commandement de l'infanterie fut confié à un olTiri^'i' nu.r'^iabile et courageux, le lieutenant colonel Magny; et celui de ia cavalerie aux che& d'escadron Monpoint, noir, et Morisset homme de couleur. Les corps de musique de ces deux régiments étaient composés d'alfemands. Afin de prouver toute sa sympathie pour la cause royaliste qu^l avait servie avec zèle jus-* qu'en i793, il donna aux soldais de sa garde un costume qui rappelait celui des anciens gardes du corps : ils portaient les cou leurs et le trèfle des troupes royales des rois de France. Ces deux nouveaux régimens composés d hommes choivsi$ dans les ditlerentes demi-brigades de l'armée étaient parfaitement disciplinés, et pouvaient rivaliser de tactique avec les meilleures troupes européennes. Beaucoup de jeunes gens nobles, O Gorman , St.* James, riches planteurs, y étstient ofliciers. Il plaça dans toutes les branches de Tadministration des hommes habiles , la plupart européens. Idliiiger, directeur général des domaines ,' en afl'erniaot des habitations aux ofliciers noirs pour de modiques redevances, donna à la culture une nouvelle vigueur. Les propriétés des hommes de couleur qui avaient fui en grand' nombr* , gérées au profit du^ tjrésor j^ublic fourtiissaient au géoéral en chef des sommes con-

73 ' HISTOIRE d'baiti. — (1800)

sidérables dont il dispoteit sans contpôle. Les blancs que la révo-^ Uition avait dispersés dans les Iles voisines et sur le continent américain , rappelés par le général en chef lui-même , se hâtèrent de rentrer dans la colonie. L'ancien gérant de Thabitalion Bréda était revenu à St.-Domingue lors de la seconde mission de Sonihonax ; quoique celui-ci eût promis à Toussaint ^de ne pas Tinquiéter, il avait lini cependant par le contraindre à se rembarquer. , Le gé-* néral en chef Texhorta par une lettre à rentrer dans File où il trouverait le même bonheur qu'autrefois. Peu de temps aprùs il débarqua an Port Républicain ; c'était un créole blanc. Il se rendit au Palais National où il Vit Toussaint au milieu d'un cercle éblouissant de dames blanches, d'ofQciers noirs couverts d'or. Il s'avança hardiment pour I embrasser. D'un geste le général en chef Farrèta et lui dit: « Doucement, M' le gérant; il y a aujourd'hui « plus de distance dé moi à vous qu'il n'y en avait autrefois de vous € à moi. Rentrez sur l'habitation Bréda; soyez juste et inflexible; « faites Bien travailler les* noirs afin d'ajouter par la prospérité de € vos petits intérêts à la prospérité [générale de l'administration du « premier des noirs , du général en chef de St. Domii\gue. » Le gérant se retira un peu humilié, et se rendit à Bréda près du Gap où il se livra avec ardeur à la gestion de son habitation.

Le général en chef voulant tout voir par lui-même ne se laissa pas étourdir par les immenses succès qu'il avait obtenus ; il parcourut la colonie dans toutes les directions , accompagné seulement d'un escadron de sa garde d'honneur. Sa prodigieuse activité^ ré* pandait partout l'étonnement et la terreur. Les ^^mmandans d'arrondissemens pouvant {être à chaque instant surpm par ses visites ne négligeaient pas leurs devoirs.

La ville du Cap quoiqu'elle ne le' possédât pas dans son sein ^ célébra par une fête brillant^, la conquête du département du Sud. La veille de la cérémonie, au coucher du soleil, une salve d'artillerie annonça la fête. Le lendemain, au point du jour, le canon se fit entendre ; la générale fut battue , la garde nationale et les troupes de ligne prirent les armes, et toutes les autorités civiles et militaires se rendirent à la mairie. A six heures elles étaient réunies au palais national; les iroupes étaient rangées sur la place d'armes. Le général Moyse qui commandait dans le Nord sortit du palais national précédé d'un nombreux état major , et se rendit au champ de Mars. A son arrivée sur la place d'armes , le canon retentit, la musique fit entendre les airs guerriers de la France. Toutes les autorités prirent leurs places. Le père Brelle, curé de la ville du Gap, monta sur l'autel de la patrie couvert de* fleurs et surmonté de guirlandes , et prononça un long discours. « Après avoir félicité la colonie entière de l'événement important qui « iaisait le sujet 4e la joie universelle, après «voir parlé avec la oha«

^HISTOIRE d'haiti.— (1800) . 7S

« leur du sentiment des effets heureux que cet événement allait c produire, » il fit une digression en transportant Taudiloire au milieu des armées françaises. Là cotait Bonaparte qui renversait' tout devant lui ; ici c'était Tou$isaint Louvertui e qui maîtrisait la fortune. Il descendit de Taulel au milieu des salves d'applaudisscmens , et la messe fut chantée avec pompe au centre du chan7p do Mars. Après la cérémonie la foule s'écoula on criant vive Toussaint Louverture. Pendant le reste de la journée il y eut de spicn* dides banquets où fraternisèrent les ciloyens; dans la soirée la ville fut illuminée. Quelques semaines après, le 29 AoCit (11 Fructidor) l'administration municipale du Cap envoya au général en chef une adresse de félicitations. Eile annonça également aux citoyens du Nord la fin de la guerre civile , la fuite de Rigaud. , brigand fameux par ses crimes ; elle vanta la générosité de Toussaint , ot termina ainsi son adresse : • Que les esprits .inquiets et remuans qui prê- « client une fausse doctrine, et qui par des discours séditieux cher*^ € client à troubler Tharmonie qui doit régner entre les citoyens , « soient dénoncés par les bons ciloyens , aux autorités civiles et mi- « litaires ; que les médians ne soient pas ménagés ^ et que la so» « cicté en soit purgée. > Alors se manifestaient tous les vices qui naissent de la bassesse et de 1 adulation ; pour plaire à Toussaint devenu le dispensateur des places et des honneurs , on ne craignait pas de prêcher la délation dans les pièces officielles. Par leâ soins énergiques de Toussaint la prospérité renaissait partout dans les campagnes. Le quartier de TArti bonite surtout commençait à reprendre son ancienne splendeur ; miis le développement agricole de ce quartier fut un moment suspendu par une aiVreusc inondation. Dans les derniers jours de vendémiaire an 9 ( du 2 au 8 octobre 1800) des pluies abondantes tombèrent nuit et jour dans la plaine de lArtibonite; et dans la nuit du ii au 12 octobre (du 19 au 20 vendémiaire), le fleuve sortit de son lit avec une horrible violence. La plupart des établissemens , ^sucreries, etc. furent emportés lAr les eaux; beaucoup de cultivateurs ^périrent. Toussaint se hâta d'accourir au secours |des habilans ; il pénétra non pas sans danger dans la plaine encore inondée, et prodigua des consolations à toutes les familles qui avaient été ruinées. Mais à^ St. Marc il fut tellement assailli de demander de toutes espèces fpar les victimes de Tinohdation qu'il lit un règlement par lequel ii prit une mesure générale relativement aux indemnités à accorder à ceux qui avaient soulTert des débordemens du fleuve. Il revint au Port-Républicain d'où il lança une ordonnance par laquelle il invitait les gérans et conducteurs d'habitations à remplir leurs devoirs avec zélé, (les cultivateurs et cultivatrices à retourner sur leurs habitations respectives y les pères et mères de famille à élever leurs enfans dans la crainte de Dieu. Il déclara que ceux qui rcc^eraient des

74 HISTOIRE d'iiaiti.— (1800)

cuUivaleurs scraicnl condamnés à une nmendedeS , 4 ou 800 livres; r|i]'iis seraient emprisonnes pendant un mois; et pendant trois mois eo cas de récidive , s'ils ne pouvaient payer Tamende ; que les cultivateurs qui refuseraîcnt d'aller nu travail y seraient contraints, que s'il survenait des négligonrès d:)ns i adminislralion des campagnes les gé* néraflx comnnndant les arromlissenicns en seraient responsables; que les mililaires ne pourraient entretenir des femmes dans les caserneSy et que* les commandans de place qui souffriraient des cultivateurs ihi\s les vills ,el bourgs, les jours de décade, seraient punis d'arrêt ou destitués.

Cependant beaucoup de français europtk'^ns , du parti républicain particulièrement , voyant Toussaint marclier à grands pas vois T indépendance de St.. Uomingue, s indignaient du dévouement aveugle à sa personne des cultivateurs du Nord et de i'Artib'onite , malgré les mauvais traitcmens qu ils éprouvaient à peu près comme dans l'ancien régime, lis disaient aux anciens laboureurs de leurs habitations pour les excitera la révolte: « Vous dites que vous ôtes libres; néaa- « moins vous allez être forcés à rentrer, chez nous ; vi là nous^ « vous mènerons comme ancii^nnemcnl , et nous vous ferons voir « que vous n'êtes point libres. » Les cultivateurs rapportaient ces propos aux autorités militaires qui les transmettaient uu général en chef. Ces paroles inquiètiient Tjjjsjiint Louvei^ture; accueillies favorablement, elles auraient, pu ébranler sa puissance sur les masses. Il employa les mesures \e^ plus énergiques pour les étoulfi^r. i iles ne tendaient qu'à contrarier la restauration de St. D(»n»ingue , à troubler la ^tranquillité publi(|ue , à perpétuer lanarchie et à faire naître de nouveau les plus grands maux. Il ne craignit pjs de publier qu'il ne contraignait les cultivateurs au travail qu'aliu d'euqic K'her le vagabondage et le libertinage , et de les renJrc dignes de l'4 liberté qu ils avaient acquise par les armes. Il ordonna aux. ^utûM'iics militaires d'arrêter ceux qui tiendraient de pareils propos /ct de les mtUtre en prison. Son ordonnance pciirtait: « Sic-est un « propriéuire il n'en sortira pas qu'il n'ait payé 2,000 liyre^d'a- « mende ; si cesl un militaire graJé , il sera cassé et remis simple « soldat. Si c est tout autre particulier non habitant ni militaire, « il sera également arrêté , puni de piyson et incorporé dans^ un « régiment s'il est d'âge; dans [le cas contraire sa détantîon sera € prolongiie selon la nature des propos. Si c'est une femme Icl'e • nu'ellc soit, elle paiera l'amende précitée , ^t faute de pouvoir payer, c détenue en prison pendant deux mois. »

Donnant suite à son système de fer, il établit, le 20 Octobre, iles conseils de guerre et de revision , pour le vol , l'assassinat , le pillage et le viol. Le môme jour il renvoya des bureaux de de l'administration et de la marine, un grand nombi*e de fonctionnaires qui ne lui coavenaieat pas , sons prétexte que la cm$e pu-

tilstôiàÊ i/haiti.— (1800) 'îo

btiffue était trop pauvre pour cpi'on pût continuer à les payer. H organisa une nouvelle administration beaucoup plus simple et p^s propre à faciliter la restauration clos (inanees.

Dans le courant de Novembre il partit du Port-Républicain pour le Cap. Quand il arriva* aux Gonaïves ^ ville Icmoin de tant d horreurs commises par ses ordres , il reçut les fclicilalions de la population qui s*c(ait portée en foule au« devant de lui; il fut couvert de lauriers au milieu des plus grandes acclamations -populaires; on l'appela le Spartacus moderne » le grand homme prédit par Raynal. De* puis* peu |de temps les Gonaïves étaient devenus te séjour de ses priu cipaux favoris.

Le 21 Novembre (2 frimaire) On apprit au Cap qu'il allait y arriver le jour suivant. A quatre heures du matin du 22 , la générale fui battue } la garde nationale et les troupes de ligue fournissant une force de 4,000 hommes se rangèrent dans la rue française. A' six heures, les autorités partirent de la Mairie, et se rendirent à la Barrière-Bouteille pour le recevoir. Il n éiait qu'à une lieue de la ^ilie. Elles se placèrent des deux eôtés d un arc de triomphe sous lequel il devait passer. Une foule de jeunes tilles étaient chargées de lui lancer des couronnes dos qu'il paraîtrait. La multitude le découvrit tout à coup au milieu de ses oftieiers. L'ontho.usiasnïc fut tel que Tordre de la cérémonie fut oublié; hommes, femmes et cnfausse précipitèrent au-devant de lui II est pressé de toutes parts; ou li'entend que les cris de vive Toussaint Louverture; un giarid nom* bre de citoyens ivres de joie di mandent à l'enibrasser. H dcsccn* dit de cheval, traversa cette foule en délire cl se diiigea vers te palais national. Alois l'épouse i\w citoyen Allier, un des hauts Ibnolionnaires de la colonie, dame blanche d'une rare beauté , se présenta sur son passage, et lui adressa, .au milieu d'un peuple immense, comme Torgane des dames du Gap, les vers qui suivent:....

Vois tout un peuple entier

Qui te doit son bonheur ,

Accourir sur les pas de ton libérateur ;

Interprète des cœurs de tout ce qui t'entoure

^e vieiis te présenter le prix de la bravoure.

En même temps elle lui plaça sur la tôte une couronne ^de lauriers. Continuant avec assurance la lecture de ses vers, elle le compara à Bonaparte, et demanda à Dieu qu'il vécut encore teni ans. Quand elle eût fini Toussaint l'embrassa et se rendit au palais national suivi de sa garde d honneur. Le général en chef fit aussitôt défiler devant lui It'S troupes qui composaient la garnison de la place , ainsi quQ la garde nationale. Il se transporta ensuite à la Mairie où il entendit les diseçurs du président do radxninistration municipale ;

1f6 HISTOIRE D*HAÏTI.— (1800)

de lordonnateur du départemtînt du Nord , du conlrôleur de Ta marine , du président du tribunal civil , du président du tribunal du commerce, du président de la commission du commerce, et du juge de paix de la ville. Dans tous ces discours on le compara à à Bacchus , à Hercule, à Alexandre le grand et à Bonarparte. Le président du tribunal civil lui avait dit : « Enfin nos vœux sont rem- « plis; votre valeur soutenue par le Dieu des combats a triomphé « du tyran du Sud. Nouveau Gain, il fuit chargé de la malédic- « tion publique et portant à jamais le signe de la réprobation. »

Le reste de la journée s'écoula en fêtes de toutes espèces ; et dans la soirée la ville eût étémagniiiquc-ment illuminée, si une pluie abondante n'était tombée. Il y eut cependant de beaux feux d'ar^ tifiee ; et d^ns tous h^s transparens on voyait en grandes lettres : « T^ussûinî pacificateur du Sud. »

La loge de l'Amitié lui rendit aussi dé grands honneurs. On lisait dans Tentablement d*un temple d'ordre toscan dressé sur une place publique : La maçonnerie source des vertus offre ses hommages au yénérai en chef.

Le peuple chantait dans les rues sur l'air, de la Marseillaise un hymne composé sur ses hauts faits. ^'

* Les deux couplets les plus remarquables étaient les suivans :

Les Anglais ces foudres do guerre , Ont éprouvé nos bataillons; Leur sang a rougi la poussière Leurs corps ont comblé nos sillons.

Armé d^m courage intrépide , Toussaint partout guidait nos pas , Et ()^ns laction de -nos combats Son panache était notre guide.

Terrible aux ennemis ,

Humain pour ses amis , Toussaint , Toussaint , reçois nos vœux ,

Par toi tout est heureux.

Désormais vivant tous en frères > Soyons heureux dans ce pays; Général, è^yez notre père, Kt vos enfans seront amis.^ Kos devo rs pour notre patrie , A l'exemple d* vos vertus , Sauront payer tous les tributs Que chacun doit pendant sa vie.

. Terrible aux ennemis.

Humain pour ses amis , Toussaint, Toussaint, reçois nos vœur , Par toi tout est heureux.

Toussaint .avait «besoin de ces grandes solennités pour étourdir le peuple et lui faire oublier les crimes affreux qui avaient été com* mis et qui se comraellaient encore. Cependant cette journée ne fut pas heureuse pour tous. Les hommes de couleur Rigaudinsque Dessalines avait incerporés dans les troupes du Nord , marchant nu* pieds, couverts de haillons à la suite des demi brigades , étaient d'autant plus maltraités qu'ils étaient plus tristes de la joie populaire. Jusqu'alors aucune voix 'ne s était fait entendre en leur fa* ireur ; et ils étaient toujours écrasés sôus le bâton des soldats noirs. Peu de jours après, le général en chef pour encourager au tra* vail les cultivateurs et les autres classes de la société , adressa au peuple les paroles suivantes : « Peuple de St. Domingue , si votre salut y celui de votre liberté ont pu légitimer votre résistance à la nouvelle oppression dont \ous étiez menaCs!'S, rappelez- vous que du moment que vous êtes rentrés dans vos droits , vous devez soumission h la loi, respect à vos magistrats. La liberté dont vous vous gloriûez vous impose de plus grandes obligations (|ue Tesclavage d'où vous êtes sortis. C'est à la société, c'est à la grande faimille dont vous faites partie que vous devez remploi d'un temps que vous sacrifiiez jadis à l'ambition d'un maître. Vous devez concourir avec tous ses mt^mbres au bonheur général, et vous ne pouvez y parvenir qu'en remplissant les obligations qu'elle impose. Elle vous fait une loi du travail; elle exige de vous la pratiq\ie des vertus qui constituent un bon citoyen ; et ce ne sera que lorsque vous les aurez acquises et que vous les pratiquerez , que vous justilierez ce beau titre ; et ee ne sera qu'alors que vous n*aurez plus à redouter lés entreprises liberticides de vos ennemi^. Vous n'oubliez pas, mes. chers amis, que votre plus sûr guide pour y parvenir doit être la religion. C'est le Dieu de la nature que nous adorons qui brisa nos fers, et cet ouvrage de ses mains sera inébranlable , d nous le méritons; il nous fait une loi de la reconnaisbance, et colle reconnaissance nous dicte nos devoirs. »

Il termina son adresse en ordonnant aux autorités , sous leur propre responsabilité , de faire exécuter ses instructions.

Depuis la chute de Rigaud, Toussaint se plaignait souvent à ses favoris de l'ingratitude des anglais envers lui ; ceux-ci étaient réellement^ devenus froids à son égard; ils avaient découvert sa prolpnde dissimulation, son système par lequel il employait tout ce^qui s'offrait à lui pour parvenir à ses lins, toujours avec l'arrière pensée de profiter seul des secours qui pourraient lui être fournis. Ainsi il était bien disposé i s'aider des forces delà Grande-Bretagne pour se détai^er de la France ; mais il ne formulait pas les avantages qu'il eût accordés aux anglais à St. Domingue : delà l'hésitation Qu'ail démontrait à laccomplissemeat de son projet d'indépeûdancei

78 HisTemc d^haiti.— (1800)

le gouvornemcnl britannique entendait faire de 4uî rinstriiment' de sa politique contre la Fiance; pour lui qui se sentait déjà puissant, qui ne voulait subir aucune intluonce^ il ne prétendait se servir de 4a puissance anglaise qu'afin de r<îaliser ses vastes plans d'ambition.

pari'ait(

trairté, certains du moins qu'à une époque non éloignée la France perdrait St. Domîngue par la réaction devenue inévitable dans cette île depuis la révolution du 18 Brumaire.

Toqssainî Louverture croyait qu'il n'avait nul intérêt à ménager encore les ongla's contre lesquels il se montrait très irrité depuis qu'ils axaient capturé les gros navires qu'il avait expédiés devant Jacmel , pendant la guerre civile. Il pensa qu'il ppurrait facilement exciter une insurrection à la Jamaïque, si un jour le gouvernement britannique lui dé venait hostile. Nous le verrons plus tard envoyer dans celte ile des émissaires chargés d'y propager la révolte; mais il§ seront arrêtés et exécutés. Tel était à cette époque le caractère de.^ relations de Toussaint avec les Anglais. Son ambition avait atteint !\ un tel degré de développement qu'il songeait à étendre sa domination sur tout Tarçhipel des Antilles. Selon ses calculs l'tle de Cube devait être une proie facile après un soulèvement général opéré à la Jamaïque.

Il continua à se livrer avec sou 'ardeur ordinaire aux détails do l'administration. Il avait découvert de grands abus que fai^nit naître le quart de subvention. H se détermina ù le convertir en un simple droit sur les objets d'importation et d'exportaiion. Il décréta que les droits du quart de subvention , du seizième ^t du vingtième , établis sur les revenus des habitations^ et perçus en nature étaient désormais abolis. Toutes Icsdenri'vss devant être exportées de la colonie lurent soumises à un droit de sortie de 20 pour cent; toutes les marchandises importées furent soumises également à un droit de 20 pour cent. Les droits d'importation et d'exportation durent être perçus en numéraire. Les maisons des villes et des bourgs , les embarcadères payèrent une imposition de 20 pour cent sur là valeur de leur loyer; les manufactures telles que

Suildives , tanneries , chaufourneries , poteries, briqueteries, tuileries ont les produits se consommaient dans la colonie furent ï^jssi as* ftujetties» à un droit de 20 pour cent , sur la valeur de tous les objets qui y étaient fabriqués. Les fermiers 'd'habitations- doni les baux avaient été passés par Tadministraiion , et qui étaient exempts du droit de subvention, obtinrent une diminution du tiers sur le prix de leurs fermes , en dédommagement de l'accroissement des droits d'exportation. Le 28 Frimaire (19 Décembre 4800) il fixa Im; appointemms des ejSieier^ des douanes établies dans c^aeua d«l

HISTOIRE p'iLUTI.— (1800.) T»'

ports d'exportation. Le contrôleur reçut 10,000 francs par on . le directeur 8,000 francs, le vcrificalcur 7,000 francs, le [)escur 0,000. lis ne touchaient pas leurs appointemens du trésorier ; ils étaient payés d'après des ordres particuliers du général en chef.

Sur les représenfalions de M** Slevcns consul général des lllals- Cnîs , rarrêté du 21 Frimaire an 9 ( 12 Eféccmbre 1800 ) sera ma* difié le 40 Nivôse ( 1" Janvier 1801 ). En conséquence les marchandises importées à St. Domingue seront soumises à un droit de 10 pour cent au lieu de 20 pour cent. Toussaint se plaisait ii être agréable au gouvernement fédéral des Ëiats Unis qui lui avait rendu d immenses services pendant la guerre civile. A répoque dont nous parlons les seuls ports d importation et d'exportation étaient le Cap, le Môle, le Fort- Liberté , le Port-Républicain, les Gonaïves, Jacmel , les Cayes, St. Louis et l'Anse-à Veau.

En 1707 Toussaint dont les idées s'étaient dés lors considérablement développées avait demandé à Tabbé Grégoire pour los placer dans les différentes communes de la colonie , douze bons prêtres soumis aux lois de la Répupliqne. L*abbé Mauvieille curé de iNoisy la Sec près de Paris lui avait répondu le 26 Mars 1800 ( 5 Germinal) au nom de Tabbé Grégoire, et lui avait annoncé que sa lettre à riihistre abbé et sa proclamation à Tarmée de St. Domingue coneeroant le cuite catholique , avaient été insérées dans les annales de la Religion. Grégoire avait fait choix de Tabbô Mauvieille pour conduire auprès de Toussaint Louvei turc les prêtres (|ue celui ci avait demandés. Mauvieille était sur le point de s'embarquer accompagné de douze ecelésiastiques lorsque le concile national de France sas-sembla. Après avoir réorganisé la religion en France , ce concile jeta uf) coup-d'œil sur les colonies. Quatre sièges épiscopaux furenl établis à St. Domingue. L'abbé Mauvieille ((ui fut désigné par le concile pour en occupei* un, réunit des livres de piété, des vases, des ornemens d église et attendit le moment de son départ. Il n'arrivera è St. Domingue qu'en Mars 1801 et sera comblé d'honneurs par le générai en clief. Mais les curés déjà établis dans la colonie principalement ceux du département du Nord, les pères Brdle, Duburcq , Balthazar , Torelli, Placide, Layer et Antheaume , craj^ gnani la supériorité des ecclésiastiques qui étaient attendus firent une profession de foi par laquelle ils déclarèrent qu*ils avaient été envoyés dans la colonie par le Pape, et que eelui^-ci n'ayant pas autor risé le concile tenu à Paris, ils refuseraient de communiquer avec. les nouveaux ecclésiastiques que devait envoyer rassemblée tendue ea Franoe , les considérant comme schismatiques. Cçite profession de foi injurieuse pour l'abbé Grégoire excita le mécontenlemeat de Toussaint ; et les prêtres du département du Nord failUreni payer de leurs tètes leur iinprudente démarche.

▲ la même époque Toussaiii4 apprit p^r un no^imé Il^pbaâl H

«0 HÎSTOmc D^HAtTI.— (1800).

prochaine arriv<5e de MauvîciJle, cl reçut de longs détails sur lespro* grès de ses enCanâ qui étaient a Tlnstitut National à Paris. Il fut SI satisfait de ces nouvelles qu'il les répandit dans toute la colonie sur les feuilles publiques.

Ayant écrasé dans la partie française tous ceux qui contrariaieni son ambition il résolut de s'emparer de la partie espagnole. Avant d'entrer eu campagne il voulut s'as-^urer de la personne de Tagent Rouine qui s'obstinait toujours à ne pas autoriser la prise de pos* session de la colonie espagnole. Il prétendit qu'il était influencé par des inlrig(\ns ennemis de la France. Le 5 Frimaire ( 26 Novembre) après l'avoir violemment fait arrêter, il mit deux voitur-es à sa disposition et commanda au général Moyse de le conduire sous es* corle au Dundon, avec ordre de l'y retenir prisonnier jusqu'à ce qu'il fût rappelé par le gouvernement français. Cet acte de violence exercé sur le représentant de la France ne produisit aucune sensation dans la colonie qui , depuis l'embarquement d'Hédouville et la chute de Rigaud, était dominée par la puissance de Toussaint Louverture. Toussaint s'acharnait contre Roume non seulement parce(|u'il ne Tautorisait pas à prendre possession de la partie espagnole, mais encore parce qu'il avait refusé de déclarer que tous ceux qui viendraient dans la colonie avec des passe ports d*un nommé Pothicr receveur particulier des droiu de la République à St.-Yague de Cube , en seraient chassés.

On avait trouvé dans le porte-feuille de Rigaud , après la bataille d'Aquin , des lettres de Pothier. R9ume avait répondu au gonjjal en chef qu'il respecterait la signature de Pothier aussi long-temps que celui-ci conserverait sa qualité d'agent consulaire du gouvern^*nient français. Néanmoins Toussaint lit publier dans le bullnin officiel de St. Domingue un arrêté par lequel défense fut faite à n importe quel voyageur de pénétrer dans la colonie muni d'un passe-port de Pothier. C'était faire acte de souveraineté. S'eflbrçant de justifier sa conduite à l'égard de l'agenf du Directoire . il publia que celui-ci aulieu de consacrer ses facultés morales et physiques , ainsi que lexigeaient les devoirs de sa place et sa qualité de représentant du gouvernement français, au bonheur de St. Domingue, ne prenait conseils que des intrigans qui Tenvironnaienl , semait la discorde dans la colonie, fomentait les troubles qui n'avaient cessé • de l'agiter. Toussaint s'était toujours montré très -favorable à l'Agent tant que celui-ci , en agissant en harmonie avec les intérêts de la Métropole , avait secondé ses vues ambitieuses ; mais il en était devenu l'ennemi implacable , dès qu'il avait rencontré en lui un obstacle au développement de ses vastes^ projets. Il déclara que l'Afrent, malgré les calomnies qu'il avail lancées contre lui dans sea ettres pour France et Sto-Domingo , serait à l'abri [de tout désagrément 3 mais que le respect qu'il devait à soa caractère ne Tçm*

Histoire d'haiti.— (1800) Ôl

pécherait pas de prendre les mesures les plus sages pour lui dter la faculto de tramer de nouveau contre la tranquillité qui venait d'être rétablie après tant do violentes secousses. Il publia en outre qu'il ne l'avait envoyé au Dondon en lieu de sûreté qu'afln de l'isoler des intrigans et de répondre aux plaintes que toutes les communes lui avaient adressées, à son sujjet , par Torgane de leurs ipagis- Irals.

Roume se sentant profondément humilié de ta conduite de Toussaint à son égard, demanda à retourner en France. Le colonel \incent, à force d'instances, obtint du général en chef qu'il s'em* barquàt- Cette circonstance ajoutera encore au tnéoonteniementdé Bonaparte relativement à la conduite de Toussaint qui n'était, à son avis , qu'un ageflfl secret des anglais , trahissant la France tout en ia 'bénissant dans ses actes officiels.

Après le départ deRoumo les rigueurs exercées contre les hommes jàe couleur prirent une nouvelle vigueur. Ceux qui n'avaient pas donné les témoignages les plus éclatans deleur dévouement à Toussaint Louverture continuèrent à être persécutés, tl leur fut exprès* sèment défendu de sortir de la colonie et des villes où ils se troutaicnt ; tous ceux qui cautionnés avaient été épargnés étaient obligés de se présenter tous les matins à Tautorité, afin qu'on s'assurât 2 u'ils ne s'étaient pas évadés. Toussaint ayant appris que malgré sa éfense , beaucoup d'hommes de couleur fuyaient la proscription , arrêta le. 10 Frimaire (!"' Décembre 1800) que nul ne pourrait sortir de la colonie sans être muni d'un passeportTsigné de lui; que celui (|ui sciait pris à bord d un bâtiment en départ , sans être muni d*un passeport, paierait une amende de 6,000 gourdes, sinon subirait deux années de prison; que celui qui parviendrait â s'échapper aurait ses biens coniisqués au profit de la République; que le capitaine qui sérail pris favorisant la fuite d'un individu quelconque serait condamné, la première fois, à 4,000 gourdes d'amende, la seconde fois à 0,000 gourdes, la troisième fois à voir confisquer son InUiment. Cependant pour donner des preuves de sa sympathie aut hommes de'couleur qui se montraient fidèles à sa personne, il ins'^ ialla solennellement au Cap, Julien Raymond , administrateur général des domaines nationaux.

Pendant cet intervalle il faisait ses préparatifs dans le plus grand secret pour entreprendre la con(|uàtede TEst , et acheminait destrou- *pes sur Laxavon et le Miiebalais. Il ordonna au général Moysede se tenir prêt à marcher sur Santo- Domingo, avec 3,000 hommes, par la voie de St.-Yague. Il devait de son côté entrer en campagne avec 4,000 hommes par la route méridionale.

Pendant que le général Moyse frandiissait la rivière du Massacre , Toussaint écrivit au gouverneur de Sto. Domingo la lettre suivante :

mKSr^'

-^- tr

4, «.ro«. .'u^;r'-('^^

^^ . >^ ^„ g fiO Décembre 180Ù. )

CapFrançah, i9 Fvimaire an 9 [i )

;'av^:s eu rbonneur de vous mander des Cayes^

, ilonseigneur, l^^^']^^^ premier voyage au Cap, de vous écrire,

* ^"^^ ^loZ"^ ZnTnder justice de n^^^ faite au gouvernement en

' I^Z^rsonne d'un de ses officiers généraux , son envoyé auprès de

« y.^ience espagnole. Je vous avoue que si j'ai dû être surpris d'un

« \^édési contraire aux règles établies entre nations policées , mon

* devoir me prescrit impéraiîvemenl d'en obtenir une réparation. J*es-

• Are donc, M.^\ que vous ne me la laisserez pas plus longtemps ' ^^sirer en répondant d'une manière satisfaisante à ma réclamation.

• ^pes raisons d'étal ont déterminé Tagence du ^gouvernement à !L*ordonner le sept Floréal an 8 de prendre , au nom de la Ré-

* publique Française , possession de cette pprtion de Tlle cédée ^ à la France par S. M. G. d'après le traité conclu à Bâie entre les

(Jeux nations ; en conséquence , je vous préviens que j'ai chargé « le général Moyae , commandant en chef de la division du Nord de g cette importante opération; et d'après Toutrage qu'a essuyé legou* g vernement en la personne du général Âgé , pour la même mission^ ^ i*ai dû faire aocompagner le général Mo^fse d'une force armée suf- « iisanie pour l'exécution du traité, et pour la protection de toute c cette partie de l'Ile contre les entreprises quelconques des ennemis « de la République. Je désire de tout mon cœur que la conduite « franche et loyale des habîtans et la vôtre, Monseigneur, réalisent mes

< espérances et me mettent à même de contremander la plusgrande i[ partie des troupes que l'expériedce a nécessité de mettre en mou« « vement pour assurer la pleine et entière exécution des ordres da c gouvernement.

« J'espère *^alement » Monseigneur , que vous voudrez bien ne pas c laisser ignorer aux espagnols qui resteront soumis aux lois français c ses que leurs personnes et leurs propriétés seront respectées et « qu'il ne sera rien innové aux usages religieux ^qu'ils proressent, c^ Recevez, je vous en prie. Monseigneur, la parole inviolable du « militaire; soyez en même temps persuadé que si j'insiste à la « réparation que je réclame de Votre Excellence , c'est parceque j'ai « uniquement à coeur, en faisant respecter le nom français, d'en-

< tretenir la liaison d'amilé qui existe entre les deux métropoles, (V Que Dieu vous prenne en sa sainte garde.

(f J'ai l'honneur d'être avec tous les égards dus à votre mérite et t ù- votre dignité, M.'^, vôtre très humble et très-obéissant serviteur.

< Le général en ehef de l'armée de St. Domingue ,

c (Signé, Toussaint LOUVERTURÈ. >

HISTOIRE d'haITI. — (I8OI)

Lé gouverneur don Garcia reçut ç;elte lettre pendant qtt'on eélébrailJl^ messe dans^a caihédrale'de Sto. Domingo le 6 Janvier 1801. Il apprit en môme temps que les troupes de Toussaint avaient déjà pénétré dans leSji pays espagnols. Il fit aussitôt battre la généraleet tirer le canon d'alarnie« Il expédia au\ commandons des villes et bourgs Tordre d'opposer la plus vive résistance à Tarmée noire ; et le même jour il répondit à Tous^ saint Louverture qu*il ne concevait pas sa conduite, que le saiig espagnol se verserait toutes les fois que par son effusion il pourrai^ en résulter quelque honneur au gouvernement de la métropole , et qu'il conserverait intacte la partie de l'Est jusqu'à ce qu'il eut reç^ du gouvernement de Madrid Tordre d'en agir autrement. En mèmç temps le . général Antoine Chanlatte convoquait à la fortification prin* cipale de la ville tous les citoyens , et à son hôtel particulier tou^ les français qui se trouvaient à Sto. Domingo. Malgré les effort^ du général Chanlatte pour soulever la masse de la population, fort peu d'espagnols se réunirent ; ils étaient hostiles à Toussaint Louverture , et cependant ils ce montraient peu disposés à combattre^ Quani aux français qui étaient au nombre d'une centaiAe, ils ré-pondirent tous à Tappel qui leur avait été fait. Enfin le commis* saire Chanlatte, en armant des africains qu'il fit entrer dans les rangs d'un petit bataillon de Groupes de ligne espagnole , put réunir neuf cents hommes. Ce fut avec cette poignée d'hommes indisciplinés et sans tactique qu'il entreprit d'arrêter la marche de Tous** saint Louverture II établit en embuscade sur les bords du fleuvç le Nisao , dans le département de TOzama , quelques compagnies da régiment des Cantabres; il envoya Tordre à quelques cents de miliciens dé garder les passages de Guayabin et a Amina , dans le départe* ment de Cibao.

Pour tromper les espagnols sur la rapidité de la marche de sed troupes Toussaint était demeuré au Cap pendant qu*elles pénétraient dans la partie de TEst. En même temps un bâtiment de guerre Français vint mouiller dans la rade de cette ville. Il était porteur de dépèches par lesquelles le gouvernement consulaire défendait an général en chef de prendre possession do la partie de TEst. Toussaint apprit l'objet de la mission du navire avant que le capitaine eut eu le temps de débarquer. Il sortit aussitôt de la ville avec la plus grande précipitation , et s'élança sur la route du Mirebalais où il devait se mettre à la tête de la division qui marchait sur Sto. Domingo par la route méridionale. Le capitaine voulant lui remettre les dépêches des consuls le poursuivit sans l'atteindre pendant quarante huit beures. Toussaint avait eu le temps de joindre ses troupes et d'en* trer eu campagne. Comme il p'avait pas reçu la lettre des consuls, U prétendait qu'il n'agissait pjsis cootrairemeat aux ordres du gouveraement métropolitain. ^ .^

Pendant cet ioA^ryallç le géuérf^l Mojse parti dé la riyièrç d,u Jtfasr

é4 HISTOIRE »'lj^AITI.— (1801)

sacro, h la tôte de plus de 3,000 hommes, atteignait laVivièrede Gûayabin distante de vingt lieues de St. Yague. Le général Pagcot qui commandait l'avant garde de celle division décou\rit de Taulre côté de la rivière un cent de milicrcns espagnols , sous les ordres d*un nommé don Francisco Reyes. Gelui-cî se disposait ù entrer en pourparler avec les français qtrand un coup de fusil partit des rangs de ses soldats. Les troupes sous les ordres de Moyse répondirent aussitôt par une décfiarge de mousqneterve , et te combal s'engagea; Après un quart d'heure d'un feu assez vif de part et d'autre , les espagnols prirent la itiite et ^e retirèrent à la Sabanagrande de Maho, à dix lieues de St. Yagee. Là se trouvaient déjà réunis dans un camp retranché trois-cents volontaires sous les ordres du capitaine de cavalerie don Domingo Perez. Le général Moyse les attaqua avec impétuosité. Après avoir résisté a son ciioc pendant une demi-heure, ils furent 'contraints de prendre la fuite, cédant à la supériorité numérique, et laissèrent sur lé champ de bataille un capitaine de cavaierîe nommé don Cayétano Rason. tis se retirèrent à *t. Yajgue. Le l\ Janrviep 4801 le général Moyse atteignK les murs de cette place ; le lendemain le lieutenant colonel don Perez Guerra lui en ouvrit les portes, après tme honorable capitulation. Moyse conlia le commandement de la ville au généra} Pageol et continua sa marche sur San to- Domingo.

Le général en chef de son côté, était arrivé le 5 Janvier 1801 à S* Juan de la Maguana. 11 était à la tête des ?e et 10e defni brigades commandées par Ghs Bélair et Jn- Philippe Daut, et df> quelques compagnies de la 8e« Ces troupes formaient une brigade que commandait en chef le colonel Paul Louverture. Toussaint lança une proclamation dans laquelle il annonça que malgré les insultes faites au général Agé Tannée précédente par don Joachin Garcia , il n'entendait pas que les espagnols fussent traités en ennemis; |ît promit sûrelé et protection aux personnes , ainsi qu'aux propriétés , et il exhorta les espagnols k revenir «de ieur erreur. Les habiians du quartier de St. Juan qui ne se remua pas , furent j>arfaîtement traités. Le général en chef continuant sa marche parvint à Azua sans obstacle le i2 Janvier i801. Il trouva la ville dans une parfaite tranquillité ; le jour qui suivit son arrivée il écrivit à don Joachin Garcia que ni lui ni ses troupes ne respiraient la vengeance ^ qu'il ne voulait que le bonheur des espagnols, et que le décret dii 17 Floréal qui rautorisait à prendre possession de la ' partie de l'Est n'avait pas été rapporté par celui de Prairial , puisque ce dernier n'avait point été oulciellement notifié. Il termina sa lettre en reprochant amèrement à Don Joachin Garcia d'avoir insulté le gouvernement français dans la personne du général Agé. Toussaint continua sa n)arche avec» une rapidité prodigieuse ; son infanterie (it jusqu'à vingt-cinq lieues par jour. Quand son avant-garde » que comman-

HISTOIRE d'HAITI. (1801) èS

ât\\l le lieutenant colonel Gauthier/ atteignit la rivière de NisaO), elle rencontra les Espagnols. Gauthier à la tôte d'une centaine d'hommes, débris do la légion de l'Ouest de Jacmel , attaqua vigoureusement les généraux Chaaiatte et Kerverseau ; ceux ci résistèrent énergiquement ; mais le colonel' Ghs. Bélair arrivant sur lo champ de bataille avoc la 7e. , décida le succès de la bataille ; les Espagnols iiyant perdu plus de deux-cents hommes battirent ea retraite» Quelques heures après lo combat, Toussaint Louverture atteignit le Nisao; là il apprit la brillante conduite qu'avait tenue Gauthier; il s'approcha de lui, l'embrassa et lui dit qu'il voyait avec bonheur qu'il était déteriniRé à servir sa cause a\eG autant décourage qu'il en avait déployé pendant la guerre civile en faveur de Rigaud. Ea lui adrcssa'nb ces paroles Toussaint avait déjà résolu sa perle.

Dofl Garcia fut au désespoir quand il vit le bataillon des Gant»bres se replier sur Sto. Domingo» Toussaint voulant qu'il n'y eut pas d'eiTusioD de sang, envoya , en s*âpprochant de la place, l'ad judant -général d'Hébécourt proposer au gouverneur un arrangement. Don Joachin Garcia accueillit cette proposition avec empressement. 11 signa conjointement avec d'IIébécouri une capitulation par laquelle la viljc dût être livrée à Toussaint Louverture. Pour ne pas blesser l'orgueil du gouverneur espagnol Toussaint appela arrangement celte honteuse capitulalion.

l^e 27 Jainicr 1801 (7 pluviôse), il eittra à Sto. -Domingo pendant qu'aux délonnations de vingt-un coups do canon on ^descendait le pavillon espagnol; aussitôt après, vingt deux coups de canon saluèrent le pavillon français qui iloLia sur les remparts. En même temps l'armée pénétrait dans la place avec solennité, au son des cloches de toutes les églises. Don Garcia et le GabHde accompagnèrent Toussaint Louverture à I hôtel de la Mairie. Là il& l'invitèrent à prêter le serment d'usage, au nom de la sainte Trinité, de gouverner avec équité là. paiiie de TEst. Il dit au gouN<erneur et au Gabildc: < G'ost tout ce .qu'on pourrait exiger d'un gouverneur « envoyé par la cour de Madrid;, mais le cas n'est pas le même; je suis « venu pr4uidre possession de celte partie, au nom de la République <r française. Cependant je jure de tout mon cœur, devant Dieu w qui m'entend que je mets le passé dans l'oubli, et que mes fl veilles et mes soins n'auront d'autre but que de rendre heureux « et content le peuple espagnol devenu français^»

Après qu'il eût Hiit ce serment le gouverneur lui' présenta les clefs do la ville. Il s'écria : « Je les accepte au nom de la Répu« € blique ; allons remercier l'Auteur de toutes choses d'avoir eiïicac cernent couronné du plus grand succès notre entreprise prescrite

'jt par les traités et ks lois de la République. " La foule se rendit

09 HISTOIRE p'hàiti.(1801)

à la Cathédrale où un tc-deum fut chanté pompeusement en actions de grâce.

Le même jour, 27 Janvier, le général en chef publia que beaucoup d'Espagnols malinleniionncs cherchaient, malgré les dispositions de son Arrêté du 14 Nivôse, (5 Janvier) à inspirer de vaines terreurs à leurs concitoyens , et les exhortaient à s'éloigner de la colonie. Il annonça aux Espagnols (|u'il avait appris avec douleur ces bruits alarmans , et qy'ils pouvaient être sans inquiétude ; ir engagea ceux qui étaient déjà sortis de la colonie , n'importe leur couleur , à y rentrer.

Les prêtres espagnols en s'etnbarquant pour la Côte -Ferme avaient répandu ces alarmes.

Satisfait du. zèle que Ch. Bclair et Paul Louverture avaient déployé pendant la campagne , Toussaint nomma chacun d'eux général de brigade. H confia à Paul Louverture le commandement de la ville de Sto. -Domingo. Un nouvel ordre de choses fut aussitôt établi dans la partie de l'Est. Toussaint réunit sur la grande place de la ville toute la population , et proclama la liberté générale des esclaves. Les noirs de l'Est devenus libres virent dans Toussaint un Dieu libérateur. Mais les Dons espagnols en ressentirent une forte indignation qu'ils furent cepend^^nt obligés de contenir. On remplaça les anciens Cabildes par des Municipalités composées chacune de quatre membres , d'un secrétaire et d'un maire. Celui ci eut pour principales attributions de connallre des affaires de siml^le police , des différends entre les citoyens relatifs aux créances. iJo des membres de la Municipalité fut chargé de faire les actes de mariage, de recevoir les délarations de naissance et de décès.

Les généraux Chanlatte et Kerverseau partirent pour la Havane, s'àpercevant qde leur présence à Santo Domingo contrariait Tous- 'itaint Louverture»

Après le départ de ces deux généraux , Toussaint parcourut quel- '^ues cantons de la partie de TÈst dans le voisinage de Sto. Domingo. De toutes parts les populations accoururent au-devant <]e lui, et bénirent sa 'magnanimité. Il était reçu dans les villes et bourgs au èon des cloches; le clergé venait à sa rencontre portant la bannière, ^t les femmes le couronnaient. Il enchanta les espagnols par toutes les démonstrations d'une piété sincère. Partout il ordonna de percer de grandes et belles routes; les travaux furent aussitôt entrepris, et en peu de temps les communications devinrent plus faciles. Les campagnes abandonnées par l'indolence espagnole commencèrent à^se relever; des vohures parcoururent les grands chemins ; avant la prise de possession les espagnols ne voyageaient qu'à petites journées sur des mulets. Enfin la conquête qui introduisit dans f^ette contrée le svstèoie français fut un bienfait pour elle. Jusqu'aujour-

é^tou les^habitaÉf do 1» partie de lEst ^ui » tôaucUs^at les n^m

* msToiRE d'iiaxti. — (1801) 8>

de Dessalines cl de Christophe, parlent de Toussaint Louverturc sans animosité. Cependant les 5|n de la population de eo pays étaient de couleur. Mais Toussaint n y avait pas rencontré à rétablissenoent de son auteritë les mêmes obstacles quQ dans la partie françat* se. Sa conduite dans la partie de TEst prouve que sa po* iîtique cruelle ne l'avait porté à frapper avec tant d'acharnement sur les hommes de couleur , que parcequ'îis contrariaient ^ comme Français dévoués à la métropole , tous ses actes tendant i l'indépendance (Te St. Domingue.

Ce ne fut qu'à Sto. Domingo que rofficîcr français, porteur des dépêches du 1"' Consul , put l'atteindre. Nous avons d!cj:V dit que le gouvernement métropolitain lui avait écrit de ne pas prendre pos«session de la partie espagnole; mais la conquête en était déjà faite ^ et il déclara qu'il n'avait pas méconnu les ordres des Cou suis.

Il était devenu le maitie absolu de touie File ^ le gouvernement français n'y exerçait plus aucune influence. Il se détermina à convoquer une nouvelle assemblée centrale qui, sous son influence , donnerait à la colonie une Constitution par laquelle son autorité serait garantie. Le 5 Février iSOÏ il publia c^e le i.^^ Mars les administrations municipales seraient convoquées à lellet de procé* der à la nomination des députés à l'assemblée centrale , que chaque administration municipale nommerait un seul député; que ce choix serait fait par les membres composant les administralions municipales , à la pluralité des suffrages ;. et en cas de partage, que le choix serait fixé sur le candidat le plus ancien d'ftge;. que le 11 Mars ( 20 Ventôse an 9 ) les députés des administrations^ municipales , nommés , se réuniraient aii chef lieu de charrue département , savoir : ceux du dépaitement du Nord, au Cap ; ceux de l'Onest, au Port Répn-t blicain ; ceux du Sud, aux Cayes; ceux de Samana , à St* Yagne ;. ceux de ringano à Sto. Domingo ; que les députés des communes, réunis dans les chefs lieux des déparlemens, nommeraient deux députés à l'assemblée centrale de la colonie dont le siège serait fixé au Port- Repu* blicain ; que les députés à l'assemblée centrale seraient nommés à la pluralité des suffrages par les députés des comrannes , réunis dans les chefs liçux de départemens; qu'en cas de partage , le choix serait fixé sur le plus ancien d'âge ; cjn'il serait dressé un procès-verbal de leur nomination , lequel deviendrait leur titre pour qu'ils fussent reçus à l'assemblée; que l'assemblée centrale composée de dix députés et réunie au Port- Républicain commencerait ses opérations le 22 Mars 1801 (!.•' Germinal.)

Pendant la guerre civile, les levées en masse avaient considéra* blement affaibli les populations des campagnes du Nord et de 1 Ouest; et dans la partie de l'Est les campagnes étaient presque aban« ^ftOnées de]^uis le traité de Bàle à cause dea nombreuses étnigru.-*

lions qui avaient eu lieu. Toussaint ne pcrn^ctlant que difficile* menl qu'on fît de nouveaux élablissemonis ruraux, se résolut à réunir les cultivateurs sur lesgrandeshabilations.il voulait en faisant exploiter activement Jes propriétés les plus importantes, augmenter le chiffre des produits qui diminuaient chaque jour a cause de Téparpillement d'un petit nombre de cultivateurs sur une vaste étendue de terre. Il avait remarqué que deux , trois ou un plus grand nombre de cultivateurs s'associaient pour aclieter (|ue1([ues carreaux de terre sur lesquels ils se retiraient se livrant à la paresse; il en était résulté un dépérissement général dans les cultures. En oonséquence il arrêta le 7 février 1801 (iS pluviôse) qu'aucune vente de terre ne pourrait être faite qu'au préalable l'adminislration municipale du canton ne l'eût autorisée ; mais l'acheteur dût d'abord prouver qu'il possédait assez de moyens pour former de nouveaux établissemens ; il arrêta encore qu'aucune vente de terre ne pourrait être passée dans la colonie , si elle n'était au moins de cinquante carreaux de terre; il se réserva cependant le droit de prononcer sur les exceptions qui pourraient exister à cet égard.

Des malintentionnés ne cessaient de répindre parmi les espagnols les bruits les plus alarmans. On disait dans les campagnes qu'il avait accordé à ses troupes quatre heures de pillage à Sto-Domingo, et que ses soldats, dés qu'il quitterait cette ville, devaient exercer sur les espagnols les mêmes assassinats qui avaient été commis en 4794 sur les français, au Fort-Dauphin. Pour dissiper les inquiétudes du peuple, il publia le 8 février (19 pluviôse, an 9) que tous les citoyens indistinctement étaient sous la protection de la République, et qu'il ne permettrait désormais de sortir de la colonie qu'au président don Joachin Garcia, et au régiment européen des Cantabres. En effet une quinaaine de jours après (22 février) l'ex gouverneur et ce beau, corps partirent pour Si Yage de Cube.

L'indolence des espagnols la plupart propriétaires ou gardeurs de troupeaux, avait fait naître la plus grande misère dans la partie de l'Est ; il y avait môme souvent d'affreuses disettes. Pour faire naî-' tre Un peu d'abondance, Toussaint ordonna le 8 Février que tous les habitans propriétaires de la partie de l'Est planteraient désormais des cannes, du café , du coton et du cacao; il prohiba la culture des ignames, des patates, des bananes, objets de nulle valeur pour l'exportation. Il leur tint dans sa proclaniation le langage d'un père de famille qui indique à ses enfans la route du bonheur. Pour que ses arrêtés fussent exécutés dans toutes les campagnes il organisa dans chaque com^iune de la colonie, .une compagnie de cinquante quatre gendarmes; elle fut habillée, payée, et montée aux frais de de la commune; le gouvernement lui fournil des armes seulement. Sous ce nouvel ordre de choses le commerce de la partie de YEsi devait êlre/avorisé j quant aux habitans de la fertile plaine de Samana

^HISTOIRE d'iiaiti. — (ISOlJ ' 89.

ils avaient besoin de quelques avantages pour pqjuvoîp se livrer fiuclueusemenl aux travaux agricoles. Il fut arrôlé le i2 Février (23 Pluviôse an 9 ) que les droits de 20 pour cent étsiblis par le règlement du 21 Frimaire sur les m^rciiandises importées dans la colonie, et sur les detïrées exportées, seraient modifiés pour les départemcns de Samana et de l'ingano , et fixt's à 0 pour cent d'exportation : que toutes les marchandises qui seraient importées dans les villes de Montechrist, de Porte Plate, de Samana, de Slo. Domingo, d*Azuaetde Ncybc et les denrées qui en sortiraient paieraient le droit de 6 pour cent. Il arrêta que la piastre gourde espagnole qui valait huit escalins gourde, aurait la valeur de onze es^calins comme dans la partie française; il rendit ainsi le taux des monnaies de la partie espagnole égal à ceKii de la partie française. Il fit ensuite battre monnaie à son elTfigic , à Sto. Domingo; et à côté de Texergucde de la République Françaisfc, il fit placer son proiil.

Vers la lin de Février Toussaint partit de Sto. Dv)minge pour aller visiter le département de Cibao. Il s'arrêta à 'la Véga , à St. Yague et à Samana. Il fut partout vivement frappé de la misère qui régnait dans ce département: il ne vit que d'immenses forêts, la ()!upart vierges, de vastes plaines couvertes de hautes* herbes, des njoupas formant de petits villages habités par des gens presque nus, 'Ci de maigres troupeaux dispersés ça et là; des champs d'ignames et de patates, de petits jardins de cannes dont le produit servait à faire un peu de sucre brut pour la consommation des habitans seu* lement. Quant à 1 administration et la police elles y étaient nulles; le peuple de ces campagnes était doux , religieux , de mœurs sévères cl vivant sous Tinfluence des moines.

Il s'aperçut que depuis la cession de la partie de l'Est à la Franco ^ beaucoup de propriétaires s'étaient hâtés de faire couper des bois d'acajou , et d abattre des forêts presque entières; ils n'a- . vaient souvent enlevé d'un arbre qu'une seule bille , et avaient abandonné le resta qui pouvait donner une pièce de 20 pouces de large sur 10 pieds de long. Il rencontra en traversant les forêts beaucoup de billes qui n'ayant pu être transportées avaient ét^ abandonnées dans les clairières. Il résolut de mettre (in à une exploitation par la([uelle les arbres étaient coupés avant qu'ils^ eussent eu le • temps de se développer. Quand il retourna à Slo. Domingo il défendit par un arrêté du 3 Murs 1801 ( 12 Ventôse an 9) d'abattre des bois d'acajou pour 1 exportation , et ne permit aux propriétaires d'en vendre que pour les constructions intérieures de la colonie. Peu de jours après la publication de cet arrêté, il apprit que l'évoque Mauvieille venait de débarquer à Porte Plate. Il envoya au devant do lui' plusieurs ecclésiastiques qui le rencontrèrent à la Véga. A son arrivée à Slo-Domingo Mauvieille reçut du général en chef un accueil tnagnifique. On lui forma uo diocèse des déparlements de

I^fi HISTOIRE d'haiti.--(!800)

de lordonnateur dit département du Nord , du contrôleur de la marine , du président du tribunal civil , du président du tribunal du commerce, du président de la commission du commerce , et du juge de paiv dé la ville. Dans tous ces discours on le compara à à'Bacchus, à Hercule, à Alexandre le grand et à Bonarparte. Le président du tribunal civil lui avait dit : « Enfin nos vœux sont rem- « plis ; votre valeur soutenue par le Dieu des combats a triomphé « du tyran du Sud. Nouveau Gain, il fuil chargé de la malédic- K tion publique et portant à jamais le signe de la réprobation. »

Le reste de la journée s écoula en fêtes de toutes espèces ; et dans la soirée la ville eût étémagniUqutmcnt illuminée, si une pluie abondante n'était tombée. Il y eut cependant de beaux feux d'ar« tifice ; et d3ns tous K;s transparens on voyait en grandes lettres : « Toussaint pacificateur du Sud. »

La loge de l'Amitié lui rendit aussi dé grands honneurs. On lisait dans Tentablement d'un temple d'ordre toscan dressé sur une place publique : La maçonnerie source des vertus offre ses hommages au général en chef.

Le peuple chantait dans les rues sur Tair. de la Marseillaise un hymne composé sur ses hauls faits. ^'

* Les deux couplets les plus remarquables étaient les suivans :

Les Anglais ces foudres do guerre , Ont éprouvé nos bataillons; Leur sang a rougi la poussière lueurs corps ont comblé nos sillons.

Armé d'un courage intrépide , Toussaint partout guidait nos pas , Et (]i|ins Inction de <nos combats Son panache était notre guide.

Terrible aux ennemis ,

Humain pour ses amis , Toussaint , Toussaint , reçois nos vœux .

Par. toi tout est heureux.

Désormais vivant tous en frères »

Soyons heureux dans ce pays; Général, S^yez notre père, Kt vos enfans seront amis.^ Kos devers pour notre patrie, A l'exemple d^ vos vertus , Sauront payer tons les tributs Que chacun doit pendant sa vie.

. Terrible aux ennemis, Humain pour ses amis , Toussaint , Toussaint , reçois nos vœux , Par toi tout est heureux.

Toussaint .avait «besoin de ces grandes solennités pour étourdir le peuple et lui faire oublier les crimes affreux qui avaient été com* mis et qui se commetlaient encore. Cependant ceUe journée ne fut pas heureuse pour tous. Les hommes de couleur Rigaudînsque Dessalines avait incerporés dans les troupes du Nord , marchant nupiods, couverts de haillons à la suite des demi brigades , étaient d'autaai plus maltraités qu'ils étaient plus tristes de la joie populaire. Jusqu'alors aucune voix 'ne s était fait entendre en leur faveur ; et iU étaient toujours écrasés sous le bâton des soldats noirs. Peu de jours après, le général en chef pour encourager au tra< yaîl les cultivateurs et les autres classes de la société , adressa au peuple les paroles suivantes : c Peuple de St. Domingue , si votre salut j celui de votre liberté ont pu légitimer votre résistance à la nouvelle oppression dont \ous étiez menacis, rappelez- vous que du moment que vous êtes rentrés dans vos droits , vous devez soumission à la loi, respect à vos magistrats. La liberté dont vous vous glorîQez vous impose de plus grandes obligations que l'esclavage d'où vous êtes sortis. C'est à la société, cest a là grande famille dont vous faites partie que vous devez Templot d'un temps que vous sacrifiiez jadis à l'ambition d'un maître. Vous devez concourir avec tous ses membres au bonheur général, et vous ne pouvez ^ parvenir qu'en remplissant les obligation^ qu'elle impose. Elle vous fait une loi du travail; elle exige de vous la pratique des vertus (|ui constituent un bon citoyen ; et ce ne sera que lorsque vous les aurez acquises et que vous les pratiquerez , que vous juslilierez ce beau titre ; et ee ne sera qu'alors que vous n'aurez plus à redouter lés entreprises liberticides de vos ennemi^. Vous n'oubliez pas, mes cliers amis, que votre plus sûr guide pour y parvenir doit ôtre la religioa. C'est le Dieu de la nature que nous adorons qui brisa nos fers, et cet ouvrage de ses mains sera inébranlable , d nous le méritons; il nous fait un« loi de la reconnaisbance , et c eitc reconnaissance nous dicte nos devoirs. »

Il termina son adresse en ordonnant aux autorités , sous leur propre responsabilité , de faire exécuter ses instructions.

Depuis la chute de Rigaud, Toussaint se plaignait souvent à ses favoris de l'ingratituJe des anglais envers lui ; ceux-ci étaient réellement^ devenus froids à son égard; ils avaient découvert sa prof^onde dissimulation, son système par lequel il employait tout cciqui s'offrait à lui pour parvenir à ses lins, toujours avec Tarrière peusée de profiter seul des secours qui pourraient lui être fournis. Ainsi il était bien disposé à s'aider des forces delà Grande-Bretagne pour se détaélier de la France ; mais il ne formulait pas les avantages qu'il eût accordés aux anglais à St. Domingue : delà l'hésitation ^u^U démoiitrait à Taccomplissenient de son projet d'indépendancei

de Tordonnateur du départemt^nt du Nord , du conirôleur de la marine , du président du tribunal civil , du président du tribunal du commerce, du président de ia commission du commerce, et du juge de paix de la ville. Dans tous ces discours on le compara à à Bacchus , à Hercule, h Alexandre le grand et à Bonarparte. Le président du tribunal civil lui avait dit : « Enfin nos vœux sont rem- € plis ; votre valeur soutenue par le Dieu des combats a triomphé « du tyran du Sud. Nouveau Gain, il fuit chargé de la malédic- <c tion publique et portant à jamais le signe de la réprobation. »

Le reste de la journée s'ccoula en fêtes de toutes espèces; et dans la soirée la ville eât été magniliqui ment illuminée, si une pluie abondante n'était tombée. Il y eut cependant de beaux feux d'ar« tifice ; et dins tous h« transparens on voyait en grandes lettres : c 'fyussatnl padficatfur du Sud. »

La loge de l'Amitié lui rendit aussi dé grands honneurs. On lisait dans rentablement d'un temple d'ordre toscan dressé sur une place publique : La maçonnerie source deê vertus offre ses hommages au gêné* rai en chef.

Le peuple chantait dans les rues sur Tair. de la Marseillaise un hymne composé sur ses hauts faits. *'

*■ Les deux couplets les plus remarquables étaient les suivans :

Les Anglais ces foudres do guerre , Ont éprouvé nos bataillons; Leur sang a rougi la poussière Ijeurs corps ont comblé nos sillons.

Armé d'un courage intrépide , Toussaint partout guidait nos pas , Et 4^ns Inction de -nos combats Son panache était notre guide.

Terrible aux ennemis ,

Humain pour ses amis , Toussaint , Toussaint , reçois nos vœux .

Par toi tout est heureux.

Désormais vivant tous en frères , Soyons heureux dans ce pays; Général, S&yez notre père, Kt vos enfans seront amis.^ Kos devers pour notre patrie, A l'exemple d* vos vertus , Sauront payer tous les tributs Que chacun doit pendant sa vie.

. Terrible aux ennemis.

Humain pour ses amis , Toussaint , Toussaint , reçois nos vœux , •

Par toi tout est heureux.

Toussaint .avait «^besoin de ces grandes solennités pour étourdir le peuple et lui faire oublier les crimes affreux qui avaient été cooi* mis et qui se commettaient encore. Cependant cette journée ne fiit pas heureuse pour tous. Les hommes de couleur Rigaudinsque Dessalines avait incerporés dans les troupes du Nord, marchant nupieds, couverts de haillons à la suite des demi brigades , étaient aautaoi plus maltraités qu'ils étaient plus tristes de la joie populaire. Jusqu'alors aucune voix *ne s était fait entendre en leur fa* ireur ; et ik étaient toujours écrasés sous le bâton des soldats noirs. Peu de jours après , le général en chef pour encourager au travail les cultivateurs et les autres classes de la société , adressa au peuple les paroles suivantes : < Peuple de St. Domingue , si votre salut y celui de votre liberté ont pu légitimer votre résistance à la nouvelle oppression dont \ous étiez menacjs, rappelez- vous que du moment que vous êtes rentrés dans vos droits » vous devez soumission à la loi , respect à vos magistrats. La liberté dont vous vous glorifiez vous impose de plus grandes obligations que Tesclavage d'où vous êtes sortis. C'est à la société, c'est à là grande famille dont vous faites partie que vous devez Templat d'un temps que vous sacrifiiez jadis à l'ambition d'un maître. Vous devez concourir avec tous ses membres au bonheur général, et vous ne pouvez y parvenir qu'en remplissant les obligations qu'elle impose. Elle vous fait une loi du travail; elle exige de vous la pi^tiqiie des vertus (|ui constituent un bon citoyen ; et ce ne sera que lorsque vous les aurez acquises et que vous les pratiquerez, que vous juslilierez ce beau titre; et ce ne sera qu alors que vous n'aurez plus à redouter lés entreprises liberticides de vos ennemi^. Vous n'oubliez pas, mes chers amis, que votre plus sûr guide pour y parvenir doit ôlre la religion. C'est le Dieu de la nature que nous adorons qui brisa nos fers, et cet ouvragede ses mains sera inébranlable, ^ nous le méritons; il nous fait une loi de la reconnaissance , et c cite reconnaissance nous dicte nos devoirs. »

Il termina son adresse en ordonnant aux autorités , sous leur propre responsabilité , de faire exécuter ses instructions.

l)epuis la chute de Rigaud, Toussaint se plaignait souvent à ses favoris de TingratituJe des anglais envers lui ; ceux-ci étaient réellement^ devenus froids à son égard; ils avaient découvert sa proipndo dissimulation, son système par lequel il employait tout ce^ui s'offrait à lui pour parvenir à ses lins, toujours avec Tarrière pejisée de profiter seul des secours qui pourraient lui être fournis. Ainsi il était bien disposé à s'aider des forces delà Grande- Bretagne pour se détaélier de la France ; mais il ne formulait pas les avantages qu'il eût accordés aux anglais à St. Domingue : delà l' hésitation ^u^ii démolirait à raccomplissement de son projet d'indépendance^

f6 HISTOIRE d'haïti.--'(1800)

de Tordonnateur dit département da Nord , du contrôleur de la marine , du président du tribunal civil , du président du tribunal du commerce, du président de ta commission du commerce, et du juge de paix dé la ville. Dans tous ces discours on le compara à à Bacchus , à Hercule, h Alexandre le grand et à Bonarparte. Le président du tribunal civil lui avait dit : « Enfin nos vœux sont rem- « plis; votre valeur soutenue par le Dieu des combats a triomphé « du tyran du Sud. Nouveau Gain, il fuil chargé de la malédic* « tion publique et portant à jamais le signe de la réprobation. »

Le reste de la journée s ccoula en Tètes de toutes espèces ; et dans la soirée la ville eût été magniliqut ment illuminée, si une pluie abondante n'était tombée. Il y eut cependant de beaux feux d'ar* tifice ; et d3ns tous l<;s transparens on voyait en grandes lettres : « Toussaint pacificateur du Sud. »

La loge de l'Amitié lui rendit aussi dé grands honneurs. On lisait dans Tentablement d'un temple d'ordre toscan dressé sur une place publique : La maçonnerie source des verlus offre ses hommages au giné» rai en chef.

Le peuple chantait dans les rues sur Tair. de la Marseillaise un hymne composé sur ses hauts faits. *^

* Les deux couplets les plus remarquables étaient les suivans :

Les Anglais ces foudres do guerre , Ont éprouvé nos bataillons; Leur sang a rougi la poussière Leurs corps ont comblé nos sillons.

Armé d'un courage intrépide , Toussaint partout guidait nos pas , Et 4i^ns laction de -nos combats Son panache était notre guide.

Terrible aux ennemis ,

Humain pour ses amis , Toussaint , Toussaint , reçois nos vœux .

Par toi tout est heureux.

Désormais vivant tous en frères > Soyons heureux dans ce pays; Général, àCyez notre père, Va vos enfans seront amis.^ Nos devo rs pour notre patrie , A l'exemple d* vos vertus , Sauront payer tous les tributs Que chacun doit pendant sa vie.

. Terrible aux ennemis, Humain pour ses amis , Toussaint , Toussaint , reçois nos vœux , Par toi tout est heureux.

Toussaint .avait 4)esoin de ces grandes solennités pour étourdir le peuple et lui faire oublier les crimes affreux qui avaient été com* mis et qui se commellaient encore. Cependant cette journée ne fut pas heureuse pour tous. Les hommes de couleur Rigaudînsque Dessalines avait incerporés dans les troupes du Nord, marchant nupieds, couverts de haillons à la suite des demi brigades « étaient d'autaot plus maltraités qu'ils étaient plus tristes de la joie popuaire. Jusqu'alors aucune voix 'ne s était fait entendre en leur fa* ireur; 6i ils étaient toujours écrasés sous le bâton des soldats noirs. Peu de jours après , le général en chef pour encourager au tra~ ail les cultivateurs et les autres classes de la société , adressa au peuple les paroles suivantes : « Peuple de St. Domingue , si votre salut, celui de votre liberté ont pu légitimer votre résistance i la nouvelle oppression dont \ous étiez menaces, rappelez- vous que du moment que vous êtes rentrés dans vos droits , vous devez soumission à la loi, respect à vos magistrats. La liberté dont vous vous glorifiez vous impose de plus grandes obligations que Tesclavage d'où vous êtes sortis. C'est à la société, cest à la grande famille dont vous faites partie que vous devez Temploi d'un temps que vous sacrifiiez jadis à l'ambition d'un maître. Vous devez concourir avec tous ses membres au bonheur général, et vous ne pouvez y parvenir qu'en remplissant les obligations qu'elle impose. Elle vous fait une loi du travail; elle exige de vous la pratique des vertus qui constituent un bon citoyen ; et ce ne sera que lorsque vous les aurez acquises et que vous les pratiquerez , que vous justifierez ce beau titre ; et ee ne sera qualors que vous n'aurez plus à redouter lés entreprises liberticides de vos ennemi^. Vous n'oubliez pas, mes cliers amis, que votre plus sûr guide pour y parvenir doit êlre la religion. C'est le Dieu de la nature que nous adorons qui brisa nos fers, et cet ouvrage de ses mains sera inébranlable , si nous le méritons; il nous fait une loi de la reconnaissance , et (elle reconnaissance nous dicte nos devoirs. »

Il termina son adresse en ordonnant aux autorités , sous leur propre responsabilité , de faire exécuter ses instructions.

Depuis la chute de Rigaud, Toussaint se plaignait souvent à ses favoris de l'ingratitude des anglais envers lui ; ceux-ci étiûent réellement^ devenus froids à son égard; ils avaient découvert sa prolpndo dissimulation, son système par lequel il employait tout ce^qui s'offrait à lui pour parvenir à ses fins, toujours avec l'arrière pejisée de profiter seul des secours qui pourraient lui être iournis. Ainsi il était bien disposé à s'aider des forces delà Grande- Bretagne pour se détaélier de la France; mais il ne formulait pas les avantages qu'il eût accordés aux anglais à St. Domingue : delà l'hésitatioti ^u^il démofjitrait à l' accomplissement de son projet d'indépendance^

descciHÏfC du haut degré où il avait atteint. Il consulta relative-^ meut à Tacte conslilulioonei quil se proposait de faire adopter par rAssemblée cciUralc ses confidents les plus intimes. Sans prononcer le mot d indépendance les colons approuvèrent son projet de constitution, car il aimait qu'on le devinât, mais non qu'on lui exposât les résultats de* sa |X>Iitique. Il disait que cette constitution sciait le plus sûr garant de la soumission de St-Dominguc ;\ la France: il prétendait^ qu'il était le véritable représentant de la métropole dans la colonie.

Les français sincèrement attachés à leur patrie entendirent avec indignation |>arler de ce projet. Le colonel du génie Vincent osa Texhortcr à y renoncer. - 11 lui exposa en termes énergiques que le droit de doter St Domingue d'une constitution n'appartenait qu'à la France qui considérerait sa conduite avec raison comme un acte de rébellion. Toussaint ébloui des faveurs de la fortune, était entratné par une sorte de fatalité vers un abîme.. Il répondit aux observalions du colonel Vincent: < Je suis le restaurateur delà colonie^ < le Bonaparte de St. Domingue; à mon existence est lié le bon- « licur de mon pays. » 11 cessa de l'écouter, lui tourna le dos avec humeur, s'élança sur son cheval, ci prit la route- du Port-Républicain. Quand il arriva en cette ville, il y convoqua les députés à l'as* semblée centrale qui avaient été nommés d'après son arrêté du 10 Pluviôse an 9 (5 Février 1801 ).

Le département de l'Ouest avait élu les citoyens Bernard Borgella et Lacour; celui du Nord, les citoyens Etienne Viard, Julien Raymond ; ce* lui du Sud, Philippe André Collet, et Gaston Nogéré; celui derOzama, les citoyens Jean Monceybo, François Morillas ; celui de Cibao, les citoyens Charles Roxas, et André Mugnos. Ils étaient tous blancjs excepté Julien Raymond.

Ces dix députés réunis au Port RépuWicain formèrent rassemblée centrale sous la présidence de Borgella. ^ Après plusieurs séances auxquelles assista Toussaint Louverture, fis rédigèrent le projet do Constitution dont les principaux articles furent les suivans :

L'esclavage esta jamais aboli dans la colonie. Les hommes, n^im*» porte leur couleur, sont admissibles à toutou les places. — Tous les hommes naissent dans la colonie libies et Français.— La Religion Catholique y est la seule publiquement professée. — Le mariage est protégé. — Les cullivatçurs sont réunis sur les grandes habitations pour } vivre en famille; et pour en accroître le nombre des africains seront introduits- dans la colonie. — Le gouverneur, propose les lois à une assemblée de citoyens réunis au Port-Républicain , sous le titre d Assemblée Centrale de St. Domingue. — Chaque département,

* liC sfAnéral Moyse qui avait été nommé député du département du Nord n'avait pas accepté cette charge.

mâtôikfc.D*HAiTi.— (isoi) , • W

poui* )a i!brmation île rassemblée iburnit deux députés âgés de trdnle ans an moins et ayant dnq ans de résidence à St. Domingue. — t^e* générai en chef Toussaint Louverture est nommé gouverneur à vie, |[énéral en chef de Tarmce, avec droit de nommer son successeur.--^Après lui les gouverneurs seront nommés pour cinq ans. — Le gouverneur toussaint scelle et promulgue les lois ^ nomme à toutes les fonctions civiles et militaires.-^ Les bàtimens de guerre français dans la colonie reçoivent ses ordres. — Il dirige et surveille la pei*« eeption ^ le versement et Temploi des finances de la colonie. — La eensure surveille la presse de la colonie ^ et supprime toUs les écrits Tenant de Tétranger tendant à corrompre les mœurs. ^^ Le gou^* verneur fait juger et exécuter les conspirateurs.— Il reçoit trois-centmille francs par an.-^Sa garde d'honneur est aux frais de la colonie. — Il est établi des tribunau.v de première instance ^ des tri* bunaux d'appel i un tribunal de cassation qui ne connaît pas dtl fond des affaires. Les juges sont à vie. — L'administration municipale est composée dans^baque paroisse d^un maire et de quatre administrateurs.— L'arivi se divise en garde coloniale soldée^ ei\ en garde coloniale non soldée. — Il existe une gendarmerie à pied; elle foit partie de la gar^de coloniale soldée, ainsi qiie la gendarmerie à cheval. ^-La demeure d'un citoyen est un jàsyle inviolable ^ sauf les cas prévus par la loi.-^La liberté individuelle est établie^ de même que la liberté de Tinstruclion publique.-^ Le gouvernement

{leut décerner des récompenses aux guerriers qui ont combattu pour a liberté. ^— Le gouverneur est tenu de faire sanctionner la Cens*titulion par le gouvernement irançais^

Tout n'était que mensonge dans la Constitution i ta liberté indiiriduelle n'était pas respectée j les propriétés étaient souvent confis-' quées^ et le despotisme le plus dur pesait sur les citoyens» Quant à la liberté ûe l'instruction publique, elle n'était, qu'illusoire.' aucuti établissement ne se formait sans Tautorisatiod du gouverneur qui imposait aux instituteurs le système d'enseignement et d'éducation ^uî lui convenait. Oa' apprenait aux enfans dans les .écoles à lire et à écrire ; on leur enseignait Thistoire sainte interprétée de maniéré à ne former que des fanatiques , les hauts faits dé Toussaint » gouverneur de rtle par la volonté du Tout Puissant qui Tavait ehoisl pour être le Spartacus moderne prédit par HaynaL

Le 25 \vril le gouverneur se transporta au Cap. À âon arrivée en cette vjlle , le citoyen Gombaut , juge au tribunal civil , suivi des autorités civiles et militaires se présenta devant lui , et lui adressa un discours dans lequel , après Tavoir complimenté de la conquête du Sud et de l'Est, il le compara à Bacchus, vainqueur des Indes. Le gouverneur se hâta d'inviter lassembée Centrale ^ par une lettre eo date du V^ Mai, adressée au président Borgella, à s'embarquer pour le Cap* Les membres de cette assen^lée arrlvéreot dans celle

9é - «ISTOfM »D%AÎTI.— v(l801)

^itt« vera le «milku cle Mai., et y confin^uéretïi leurs séances, f^e 22 au même mois le gouverneur itistaHa en personne le ciic^en Perîès , commissaire dd gouvernement près de radtninistration municipale da Cap. Le tribunal civil <âtt vdépailement du ^ord était complètement désorganisé ; les membres qui le compoisaient, quoique probes, éiatenft dépourvus de connaissances. Toussaint le. réforma en entier, et Tins^ talla le 26 Mai. Dans son discours l'on remarqua ces paroles: après Bieu , c'est la jusitce. il établit dans le département du Nord ^ ainsi que dans celui de Samana, une Poste aux Lettres, comme il en existait déjà dan^ l'Ouest et dans le Sud. Nous avons vu qu'il a\àit défendu l'exportation des bois d'acajou qui se trouvaient coupés dans les départemens d'Ingano et de Samana ; mais cette défense ayant plongé le peuple de «ces «quartiers dans une profonde misère^ il la révoqua , et permit aux propriétaires de jces bois <le les «x« |)orter en payant un droit de 2Sl pour ^ent.

Toussaint voyant tous ses projets se réaliser , 0t voulant se créer des amis , même parmi les vaincus, jeta un vmmtâ de compassion âur les hommes de couleur Rigaudins et j9e résonna leur pardonner* le 28 Hai 1801 , il réunit dans l'église du Cap, tous les mulà» Ires qui depuis la chute de Rigaud languissaient dans les prisons, ou marchaient à la suite des troupes, en guenilles , et exposes à toutes sortes de mauvais Iraitemens. il monta «u chaire et leur dit: « L'esprit de parti vous a précipités dans les préjugés de Ter* « reur ; je vous parle en pèrcj je gémis sur les maux que vous « avez toufierts ,• je vous pardonne généreusement ; je vous donne € des consolations ; soyez pleins de courage , et «elournez en paix « an sein de vos familles. »

Toussaint croyant n'avoir plus rien à redouter d'un parti qui avait été presque extern^iné ,. se montrait généreux. D'une autre part , aomme il ne doutait pas que ^ constitution ti attirât sur sa tàte la colère de la France , 31 s'efforçait de se faire chérir des tiabitans da de St. ttomingue de toutes les couleurs. 11 ûtconnaltre k Dessalines^ par una lettre, en date du 31 .Mai, la décision qu'il venait de prendre relativement aux Rij^audins, et loi recommanda de les iaissar se rendre dans leurs familles. « Engagez les, lui dit-il, à ne plus 4t se laisser dorénavant entraîner par des pertarbateurs du repoe

c public et des ennemis de Tordre. etc. etc. Quant à moi

c je les regarde comme des frères et «omme mes enfans; mon «nic que désir est de les Totr dans le bon ebemin ; qu'ils s'acquittent « des devoirs que prescrit l'ordre social , et au'ils pratiquent sur^ c tout la religion , ea élevant leurs enians dans la crainte de Dieu. »

Deux mois environ après cet acte de générosité tardive ( car il faut avoir été dans une position semblable à celle de ees infortunés^ ayant ebaque jour la mort sons les yeux^ pour apprécier la clé* inence d'un chef^ dansde tejlles circonstances « ^eUe qu'en soUia

BlilTOIRB d'hAITI. — (l$Ot) H

eftusd) 1V>tui8aint pensant qu'il ayait rallié totts tes ^ioéurs^ 99 résolut À publier sa Gonslitulion. Le 7 Juillet 1891 ^ à troi/? heures du tnatin , la cénéralo se fit entendre dans la ville du Gap; et .à <)ua^ tre heures rassemblée fut battue. Les troupes de'^ligneet la garde nationale parfaitement tenues étaient i cinq heures rangées sur U place d'armes. Les autorités civiles et militaires entrèrent sur la place dans l'ordre suivant : la commission du commerçai Tadmiois- Iration de la marine, la municipalité, le tribunal de commerce^ le tribunal de paix , le tribunaLcivil , et rassemblée centrale. Toussaint entouré fdes olïieiers de son état-major richement vêtus fermait la marche. Un peuple immense couvrait la place; un profond si» )ence s'établit, «t le citoyen Borgella , président de l'assemblée cen« traie , montant Bur Tautel de la patrie > prononça le discours «ui^ ^ant :

«r Colons français et vous braves soldats , depaid longtemps SC * tlomingue aspire au bonheur inappréciable d'avoir une Constitua jK tion locale. Des factions qui se sont successivement rempiaçéei dans te gouvernement de la métropole, en propageant leurs prin<cipes suDVersifs dans cette tie lointaine avaient étouffé les justes réclamations de ses infortunés habitans , les avaient dégradés de la dignité d'hommes libres, leur avaient ravi jusqu'aux élans précieux de ces nobles sentimens qui élèvent et agrandissent les âmes, et les avaient forcés de recevoir la loi qu'ils n'avaient ni faite ni consentie. Les colonies françaises disait la Constitution de Tan 3. ( article 6 ) sont parties intégrantes de la République , et sont soumises à la même loi constitutionnelle» Ainsi| Ër la fatalité la plus terrible , les destinées de St. Demingue ont \ assoctéei £ celles de la métropole qui a étendu ses ramifia cations à travers l'immensité des mers, et a fait courber St.-» DomiAgue sous l'énorme poids de sa perverse influence. Cet état alfbeux , cet état de dissolution, pouvait il avoir une durée?. .* Noii...i il était réservé à un génie réédiûcateur de fixer bientôt le sort de la République. En ellet Bonaparte vole des confins de l'Egypte dans le cœur de la France ; et tout-à-coup les factions disparaissent ; un ordre sociaL succède aux convulsions de ranar** chie; la République goûte au dedans les douceurs de la paix^ et se prépare à aller en recueillir les fruits au-dehors. Une cens-* titution nouvelle est posée ; elle est dégagée de optte multiplicité de rouages qui se heurtent mutuellement et qui donnent lieu aux cabales populaires , à la diversité d'opinions , aux calamités publiques. Mais cette Constitution nouvelle a-t-elle été faite pour

vous ,, insulaires , qui habitez une région si éloignée et si différente de la métropole?.... vos représentans , comme ceux des autres « départements français , j pot-Us coAcoaru ou parti^pé t* •• • ^aAi

los

âlSTOHtE D^HAITI.(1801)

Peuple de St. Domingue ,

« La GonstitiUion coloniale pour cette île importante vieot dem'ètre remise par l'assemblée centrale composée de législateurs qui, eo. vertu de ma proclamation du 16 t^luviôse dernier , se sont réunis pour établir les lois qui doivent nous régir et nous gouverner ^ Je Tai lue avec attention , cette loi ^ et persuadé qu'elle doit faire le bonheur de mes concitoyens puisqu'elle est fondée sur les bonnes mœurs, curies localités, et principalement sur la religion, je Tapprouve.

« Hais quand je considère que je suis chargé de iaire exécuter ces lois constitutionnelles, je vois que ma tâche est plus pénible que n'a été celle des législateurs. Néanmoins, je l'annonce, quelque vaste que soit cette carrière, je ferai mon posstbl^ pour la parcourir. O vous, meseoneitoyéns, de tout âge, de tout état et de toutes couleurs, vous êtes libres, et la Constitution qui m'esl remise aujourd'hui doit éterniser votre liberté. Prosternons-nous d'abord devant le Créateur de Tunivers pour le remercier d un bienfait si précieivx. Je dois vous parler le langage de la vérité: cette Constitution assure i chaque individu la jouissance de ses droite ; elle exige de chaque citoyen la pratique des vertus, comme elle appelle aussi dans nos climats le règne des bonnes mœurs et de la religion divine de Jésus*Christ. Ainsi donc, magistrats, servez d exemple au peuple dont vous devez toujours être les pères et les défenseurs* Que la probité comme la droiture dirigent vos actions et dictent vos sentences; vous vous attirerez restiiue de vos concitoyens ; c'est la plus douce consolation qu'un homme en place puisse désirer. Braves militaires, généraux, officiers, sous-ofUeiers et soldais, obs'erves; la discipline et la subordination, activez la culture ; obéissez à vos chefs, défendez et soutenez la Constitution contre les ennemis intérieurs et extérieurs qui chercheraient à l'attaquer. Que votre devise soit sans cesse la bravoure et votre guide l'honneur; vous mériterez bien de la patrie; cultivateurs, luyez l'oisiveté; elle est la mère des vicc^; gardez vous principalement de vous laisser séduire par des hommes aussi malintentionnés que malveillans; vous trouverez dans tous les temps en moi , comme dans les généraux mes représentans, les répresseurs de l'injustice et des abus. Habilans industrieux des villes, soyez soumis aux lois; elles ne cesseront d'être votre protection et votre égide. ,

a Peuple, magistrats et militaires , je vous expose vos devoirs et les miens; pour moi je promets^ à la face du ciel , de faire ce qui dépendra de moi , si Dieu ms le permet , pour conserver l'union , la paix et la tranquillité publique , en conséquence le bonheur de mos concitoyens^ Je promets d'exécuter ce qui m'est prescrit par la Constitution coloniale; jurez également devant TÊtre Suprême et

ttiïTomE d'ha'iti. ' ( 180J)

lOt

«^ chîe pout» maintenir son odieux empire , sefaisait ^ on jeu bar*^ < bare de resserrer pu do rompre à loisir. La prociamalion du r gônéral en chef cpiî a ccrnvocjuè vos- mandataires, vous prouve à « quel poiiit il désire^ v6>4re bonheur ^ , il vous annonce qu« « le temps des*^ déchlremens> est^ passé ; .il vous* démontre lanéces-' « site de vousdonner des lots de convenance ; et tidoptani cette maxi^ «me consiante que les lois çonl des couventions étabties par des «hommes qui doivenit s'y-^couformei' pour régler Tordre delà so- « cié4é , -il vous fait xîoneovoir qu il en est dVIlcs comute des produc- « tions do la terre, qi^e chaque pays à ses mœurs, ses slalulsj «comme ses fruits propres. Diaprés Cf*s principes une assemblée «- d'habilans a reçu^do vous l'importante tâche de poser les bases «constitutionnelles du régime intérieur de cette colaniej et (idcle «à la niéiropolei* le général qui a a'ulorîsé la convocation de cette « assemblée, a proclamé que ces ^ bases cen^lituHonBclles seioiK « soumises à la sanction du gouvernement français.: Mats vas mai> « dataires ont dû interpréter favoralyiement le trop long silence de « la métropole ; considérant so« éloigneraenl etTéiat de guerre oii «elle se trouve, ils ont dû être cflrayésde labsonçedes lois; eldans « ce péril imminent y ils ont dû [)ûr . amour |)our vous et attaciie- «-monta la France, dissiper toutes les inquiétudes , tijrssurer tous « les esprits. Ih se sont^ rappelé que le salut de tous est la su** « prème loi, et ils ont cru devoir, inviter le général qui veille sur « les destinées de SU Domignue à faire n>ctlre sur le champ h exc- « cution les bases de législali n\ <|u'ils 0i>l posées; Aujourd'hui ces «bases: vouç sont offertes. Voire bonheur f)réscnt et futur a consh • tamraenl occupé vos- mandataires; ils se sont efforcés do le rjn- « dre. dui'ùble. Paiss<Mit ils ne s'être point trompés! Colons fran- « çaîs , et vous * braves soldats , n'oubliez jamais et pénétrez vous « bien qu-il n est que le temps et rexpérience qui puissent- consolider «les institutions liiiinaines. Ralliez-vous autour du pacte d;t> famille « qui vous est ppcsenlé; vos mandataires le*déposeut»dans volrescinv « comme le PaMadium'de xolre liberlé civile et politiqu-î, et comme « le gage de leur affection pour vous et -do leur dévouem^nl à la Ué* « publique. Vive la République qui reédifio et -(|ui protège les co- ^ iooies. »- /

Le citoyen Borgclla lut- ensuite au peuple et-à -l'armée rade constitutionnel qui fui écouuî au milieu d 4m morne silence. Quand il eut achevé cette lecture lion n'entendit aucun vivat, aucurre accia- Biation^ Le maipe de la vrile, Téléma^I^e, noir, vieillard très-dcvoué à la France*, et la plupart dei^ ofliciers civils semblaient di\fu Ofitendre^ gronder dans le lointai]}-^ la «foudre que la Conslitulioti allait attirer sur la colonie. .

Toussaint' Louverture couvert <lu grand uniforme de gouverncui ttoata à son tour sor Tautel de la patrie, et dit-i la fouler :

lot

aiSTOHlB D*HAITI.(1801)

Peuple de SL Domingue ,

« La GonstitiUioQ colonialepour cette lie importante vient dem'ètre remise par l'assemblée centrale composée de législateurs qui , ea. vertu de roa^ proclamation du 16 l^luviôse dernier , se sont réunis pour établir les lois qui doivent nous régir et nous gouverner. Je Tai lue avec attention , cette loi ^ et persuadé qu'elle doit faire le bonheur de mes concitoyens puisqu'elle est fondée sur les bonnes mœurs, curies localités, et principalement sur la religion, je Tapprouve.

« Hais quand je considère que je suis chargé de faire exécuter ces lois constitutionnelles 9 je vois que ma tâche est plus pénible que n'a été celle des législateurs. Néanmoins, je l'annonce, quelque vaste que soit cette carrière, je ferai mon possible pour la parcourir^ O vous, mes concitoyens, de tout âge, de tout état et de toutes couleurs, vous êtes libres, et la Constitution qui m'est remise aujourd'hui doit éterniser votre liberté. Prosternons-nous d'abonl devant le fréaleur de Tunivers pour le remercier d'un bienfait si précieii^x. Je dois vous parler le langage de la vérité: cette Constitution assure à chaque individu la jouissance de ses droite ; elle exige de chaque citoyen la pratique des vertus, comme elle appelle aussi dans nos climats le règne des bonnes mœurs et de la religion divine de Jésus-Christ. Ainsi donc, magistrats, servez d'exemple au peuple dont vous devez toujours être les pères et les défenseurs. Que la probité comme la droiture dirigent vos actions et dictent vos sentences; vous vous attirerez rcstiino de vos concitoyens ; c'est la plus douce consolation qu'un homme en place puisse désirer. Braves militaires, généraux, officiers, sous-offîciers et soldais, obsTervez la discipline et la subordination, activez la culture ; obéisses à vos chefs, défendez et soutenez la Constitution contre les ennemis intérieurs et extérieurs qui chercheraient à l'attaquer. Que votre devise soit sans cesse la bravoure et votre guide l'honneur ; vous mériterez bien de la patrie; cultivateurs, luyez l'oisiveté; elle est la mère des vicc^s; gardez vous principalement de vous laisser séduire par des hommes aussi malintentionnés que malveillans; vous, trouverez dans tous les temps en moi, comme dans les généraux mes représentans, les répresseurs de l'injustice et des abus. Ilabilans indus« tricux des villes, soyez soumis aux lois; elles ne cesseront d'ô- Ire votre protection et votre égide. ,

a Peuple, magistrats et militaires , je vousexpos.e vos devoirs et les miens; pour moi je prometS| à la face du ciel , de faire ce qui dépen* dra de moi , si Dieu me le permet , pour conserver l'union , la paix et la tranquillité publique , en conséquence le bonheur de mes concitoyens^ Je promets d'exécuter ce qui m'est prescrit par la Constitution colouiale; jurez également devant l'Être Suprême et

vtsTocas d'h^iti.-— (I8OI9 m^;

r «ntlre met mains que vous vous wumettez à ces lois qui doi- •> vent fiiir^ votre bonhsur , et consolider votre Ul)erlé.

« Je vous préviens que la^ Ibi est la Ëoussole dé tous les citoyens- « quelconques: quand ellé^parlè, ils doivent tous fléchir devant elle. « Les autorités civiles et militaires doivent être les premières à lui « céder et à' donner par là Texemple au; peuple:, suivez de point ^ en point la Constitution que T Assemblée Centrale et {Législative « dé St. Domingûe vient de consacrer^ que les principes qu'elle « proclame restent éternellement gravés dans vos cccoirs»

< Dans tous les temps, mes chers- oonoitoyens^ et amis » mon de* r sir, mes vœux et mon ambition ooosistèrent à trouver et à pré- « parer les moyens de vous rendre libres et heureux. Si* je pui9^ « atteindre un» but' si cher àt mon cœur, je ne^ regretterai point la « vie , et j'irai sans aucun remords rendre compte de mes actionsc au Dieu^ Xoui- Puissant el^ souverain auteur de toutes choses.

« Vivent à jamais la République Française et la^ Constitution co« ^ loaiale. » ^

Toussamt descendit de Tautel de là patrie au milieu des cris pro» forés par les troupes de vive le gouverneur. Les autorités civiles et militaires lui donnèrent. 1 accolade fraternelle. Une pièce de 4bra^ quée sur la place d'armes tira cinq; coups de canon; à ce signai lesforts de la ville et les bâtimens eu station dans la^ rade saluèrent ta là Constitution coloniale diacuo d'une salve de vingt-trois coups de caoon^ Le citoyen Fouqueau , président datrjbunalcijvil do^epar* tement du Nord ,. prononça un-discours dans lequel il déclara que Toussaint avait reçu la* r<cco<bpense due à tous les grands hommes et qu'il était le sauveur et le restaurateur de la colonie; Le cortège se pendit ensuite à 1 église où une messe fut chaniée avec la plus grande solennité. Après la- cérémonie le gçuverneur et les au^ torités se rendirent au palais national où' il-]i eutua brillant baa» <|uet. Le gouverneur porta un* toast à W prospérité de la colonie, et à .toutes les autorités françaists^ Pendant toute la tiuit qui suivit la ville fut magnifiquement illuminée. Le lendemain tous les pri« sonniers, excepté ceux c{iii étaient détenus pour vols au^ assassinat^!, furent mis en^ liberté.

Toussaint lit publier dans toutes les villes de W eolbufè, av#e ua aj[xpareil pompeux , au son des fanfares, des taml)ours et de Ia> mu* sique guerrière ^ la censtituiion: coloniale qui aétait de fait qu!ua acie d'indépendance. U se hftia de la livrer & l impression et d*ea inonder la colonie. Le colonel Vincent qpi partait pour France fut chargé de la présenter à la sancUoit du gouvernement de la métro*

f^ole. Vincent renouvela^ au gouverneur ses appréheqsiops pour 'avenir. Il 1 exhorta surtout à ne pas l'envoyer imprimée, mais en maouscrît , cachetée et scellée ^ pour (yie H gpoveruemettt fran-

çais pût la rocSditer, la modifier même s'il le Faliail. — Jç Tai déjà fait publier dans toute la colonie, répondit Toussaint. — Vous avez été imprudent, répliqua Vincent; il fallait attendre la sanction de' la France qut probablement refusera son approbation à votre œuvre; car 11 n'appartient qu'à elle seule de donner des lois et des gouverneurs à St Dominguo. — Toussaint avec bumeur: si vous ne voulez pas vous en charger, je renverrai en Frauce , par les Etats* Unis, sur un bâtiment neuiie. . — S*apercevant qu'il avait parlé au gouverneur avec trop de franchise , Vincent se tut , prit le paquet, le salua .respectueusement et se retira, lise rendit en la 'demeure du colonel Christophe, lui remit une lettre décachetée pour le gouverneur par laquelle il engageait celui ci à se défier des conseils des Anglais , ainsr que des colons la plupart mauvais français. Chris^ tophe lui serrant la main avec cordialité lui dit: « Colonel, vous « êtes le seul français qui aimez les habitans de St-Domingue ; tous « les autres les trompent et travaillent a leur ruine. » Christophe tout en lui témoignant sa^ vénérât ion , lui exprimait combien îT se défiait de la France. Vincent- s'embarqua, accompagné de plusieurs ofliciers européens. Il arrivera à Paris le 22 vendémiaire de l'an X (14 octobre 1801) treize jours après la signature des préliminai-» res du traité d'Amiens,

Vincent fut peut être le seul français de St Domingue qui ne se montra pas periide dans ses relations avec Toussaint Louvcrture, Il savait combien était grande la puissance de sa patrie, que la paix dUait bientôt s'établir en Europe , que la France provoquée ané&ntirait l'imprudent gouverneur auqqpl il avait en vain exposé de grandes vérités.

En attendant ^impression que devait produire en France sa cons^ titutiou , Toussaint continua toujours avec la même ardeur son système administratif. Plus que jamais it sentait le besoin de faire chérir son gouvernement, et de se faire considérer par les habitans de rile comme l'homme essentiel à leur bonheur. li leva le séquestre établi sur les biens des colons qui n'étaient pas encore rentrés dans la colonie, les rappela et (it reneurir leurs habitations. Il croyait 80 les attacher par ces grandes faveurs. Des .grades civils et militaires leur, furent aussi distribués. Quant aux prêtres il leur accorda toutes sortes d'avantages. Aussi dans les Eglises , son nom était-it béni I les prédicateurs, on chaire, ne l'appelaient que le Papa Toussaint, le bienfaiteur de la colonie: l'induënce du clergé se lit partout sentir. A l'exemple du gouverneur, les grands fonctionnait res communiaient chaque semaine, et les meilleurs citoyens étaient les pénitens les plus zélés. Chaque dimanche, les troupes^ après la revue, entendaient la messe qui était célébrée avec pompe; des cantiques à la louange du gouverneur étaient chantés en chœur, et & réiévaUoD , le» tambours , la musique inilitaire ^ le canoii ro*

'"histoire d'iiaiti.— (1891) 103

tcnrisdaicnt autour du temple. F^e soîr, dons les casernes, les troupes s'agenouillaient , adressaient des prières a rEtcrnel.

En favorisant ainsi le clergé , il exploitait à son profil le fanatisme: les prêlres le représentaient au peuple (on;nrïe un élu de Dieu. Dans toutes les villes de la colonie, des congrégations de femmes de bonne condition , de demoiselles, s'étaient foiuiées; et les paroles des eiclésiasliques et des religieuses ne teiulaienl <|u'à faire comprendre que Dieu permettait tout au gouverneur. Celui ci cjuoicpie vieux avait la prétention de plaire: sa m*se élait recherchée et coquette. D'une petite taille, fluet, Tœil vif, il avait constamment la tôle enveloppée d'un madras jaune, et portail uu petit chapeau galonné ombragé de plumes noires et* blandics. Ses habits élaient couverts d'or. Il avait des prétentions a la science, à la littérature; et il se plaisait à faire accroii*o aux oflicrers qui avaient commencé la révolution avec lui , et qui- l'avaient connu simple et ignorant , qu'il possédait la langue latine. Souvent il leur adressait ainsi la parole: Dominus teoum ; salve Domine, libi gratias. ils restaient stup^^faits et ne. savaient que répondre.— Vous ne sa\ez pas le latin, leur disait il ! Eh bien! ^ous né serez jamais capables de grandes choses. — Quand une voix sollicitait une place qu'il ne voulait pas accorder il lui demandait : savez vous le latin? L'individu restait muet; eh bien! vade rétro. — Par sa puissance, par l'or qu'il prodiguait à ses courtisanes, il [sinisait à bcocoup de femmes blanches, noires et jaunes, belles et gracieuses; de son autorité il obtenait quelquefois leurs faveurs; mais ce procédé ne lui convenait pas : il aimait , dans ses momcns de loisir, à leur envoyer de tendres petits billets, à en recevoir, à obtenir (les gages d'amour. Quand une dame pénétrait dans son cabinet particulier , il portail hardiment la main sur ses charmes, et lui disait d'une voix tendre et nasiilarde : avez vous communié ce matin? Il avait pour les femmes blanches dont les physionomies seule s ornaient ses magnifiques salons toutes sortes d égards: il avait rétabli, dans les réunions du pilais national , Tétiquette coloniale. Les officiers noirs qui rentouraient voyaient avec douleur combien il se pèaçaii sous l'influence des colons autrefois ses maîtres et secrètement ses plus cruels ennemis. Les généraux Dessalines et Moyse surtout se plaignaient de cette tendance vers l'ancien régime , le premier sourde^ ment , le second ouvertement.

Dans ses voyages, quand il s'arrêtait dans une ville, il donnait des bals et des repas somptueux où régnaient Tordre le plus parfait et une politesse exquise. Aucun des officiers civils et militaires qui jpuissaient de s^s faveurs, ne vivait en concubinage; s'ils ne se mariaient pas , suf ses instances , non seulement ils tombaient en disgrâce , mais encore ils pouvaient perdre la vie. Cet Jiomme d'un génie eDtrepi*epant n'oubliait pas au milieu de ses bril-

desccntîkc du haut degro où il avait altcint. Il consulta relative' ment à l'acte constilulionnel qu'il se proposait de faire adopter par l'Assemblée ccnlrale ses confidents les plus intimes. Sans prononcer le mot d'indépendance les colons approuvèrent son projet de constitution , car il aimait qu'on le devinât , mais non qu'on lut exposât ks résultats de' sa |X)litique. Il disait que cette constitution serait le plus sûr garant de la soumission de Sl-Domingue à la France: il prétendait^ qu'il était le véritable représentant de la métropole dans la colonie.

Les français sincèrement attachés à leur patrie entendirent avec indignation parler de ce projet. Le colonel du génie Vincent osa l'exhorter à y renoncer. - U lui exposa en termes énergiques que le droit de doter St Domingue d'une constitution n'appartenait qu'à la France qui considérerait sa conduite avec raison comme un acte de rébellion. Toussaint ébloui des faveurs de la fortune, était en« trainé par une sorte de fatalité vers un abîme.. Il répondit aux ob* servalions du colonel Vincent; « Je suis le restaurateur delà colonie, « le Bonaparte de St. Domingue; à mon existence est lié le bon- « heur de mon pays. » U cessa de l'écouter, lui tourna le dos avec humeur, s'élança sur son cheval, ej. prit la route du Port-Républi* cain. Quand il arriva en cette ville, il y convoqua les députés à l'as* semblée centrale qui avaient été nommés d'apiès son arrêté du 10 Pluviôse an 9 (5 Février 1801 ).

Le département de l'Ouest avait élu les citoyens Bernard Borgella et Lacour; celui du Nord, les citoyens Etienne Viard, Julien Raymond ; celui du Sud, Philippe André Collet, et Gaston Nogéré; celui deTOzama, les citoyens Jean Monceybo, François Morillas j celui de Cibao,le$ citoyens Charles Roxas, et André Mugnos. Ils étaient tous blancs excepté Julien Raymond.

Ces dix députés réunis au Port Républicain formèrent rassemblée centrale sous la présidence de Borgolla. * Après plusieurs séances auxquelles assista Toussaint Louverlure, ils rédigèrent le projet do Constitution dont les principaux articles furent les suivans :

L'esclavage esta jamais aboli dans la colonie. Les hommes, n^im* porte leur couleur, sont admissibles à toutou les places. — Tous les hommes naissent dans la colonie libies et Français. — La Religion Catholique y est la seule publiquement professée.— Le mariage est protégé. — Les cullivatçurs sont réunis sur les grandes habitations pour } vivre en famille; et pour en accroître le nombre des africains seront introduits* dans la colonie. — Le gouverneur, propose les lois à une assemblée de citoyens réunis au Port Républicain , sous le titre d Assemblée Centrale de St. Domingue.— Chaque dét>artement,

• I*e g'énéral Moyse qui avait été uommé député du département du Nord n'avait pas accepte cette charge.

pou)* h formation île rassemblée fournit deux députés âgés de trénle ans au moins et ayant dnq ans de résidence à St. Domingue.-^ Le' général en chef Toussaint Louvertiire est nommé gouverneur à \ie, 'général en chef de Tarmée, avec droit de nommer son succèsseur.^^Après lui les gouverneurs seront nommés pour cinq ans. — Le gouverneur Toussaint scelle et promulgue les lois ^ nomme à toutes les fonctions civiles et militaires.-^ Les bâtimens de guerre français dans la colonie reçoivent ses ordres. — Il dirige et surveille la pei** eeption , le versement et Tcmploi des finances de la colonie. — La eensùre surveille la presse de la colonie ^ et supprime toUs les écrits venant de l'étranger tendant à corrompre les mœurs. ^Legou* ircrneur fait juger et exécuter les conspirateurs. — Il reçoit trois-centmille francs par an.-^Sa garde d'honneur esl aux frais de la colonie. — Il est établi des tribunaux de première instance ^ des tribunaux d'appel I un tribunal de cassation qui ne connaît pas dii fond des affaires. Les juges sont à vie. — L'administration municipale est composée dans^baque paroisse d^un maire et de quatre administrateurs.— L'arnU se divise en garde coloniale soldée ^ ei\ en garde coloniale non soldée. — Il existe une gendarmerie à pied ; elle fait partie de la gai^de coloniale soldée, ainsi qUe la gendarmerie à cheval. -^La demeure d'un citoyen est un |asjrle inviolable ^ sauf les cas prévus par la loi.-^La liberté individuelle est établie^ de même que la liberté de Tinstruction publique.-^ Le gouvernement

|)eut décerner des récompenses aux guerriers qui ont combattu pour a liberté. ^— Le gouverneur est tenu de faire sanctionner la Cons** titution par le gouvernement français^

Tout n*était que mensonge dans la Constitution i la liberté individuelle n'était pas respectée \ les propriétés étaient souvent confis-^ quéeS|, et le despotisme le plus dur pesait sur lescitoycns^ Quant à la liberté de l'instruction publique, elle n'était, qu'illusoire.' aucun établissement ne se formait sans Tautorisation du gouverneur qui imposait aux instituteurs le système d enseignement et d'éducation ([{ïi lui convenait. Qu'apprenait aux enfans dans les écoles à lire et à écrire J on leur enseignait Thistoire sainte interprétée de manière a ne former que des fanatiques , les hauts faits de Toussaint i gouverneur de nie par la volonté du Tout Puissant qui Tavait enoisi pour être le Spartacus moderne prédit par tlaynaU

Le 25 \vril le gouverneur se transporta au Cap. À Son arrivée en cette v$lle ^ le citoyen Gombaut , juge au tribunal civil , suivi des autorités civiles et militaires se présenta devant lui, et lui adressa un discours dans lequel , après l'avoir Complimenté de la conquête da Sud et de lEsi, il le compara à Bacchus» vainqueur des Indes. Le gouverneur se hâta d'inviter l'assembée Centrale , par une lettre 6Q date du 1^' Mai, adressée au président Borgella, à s'embarquer pour le Cap. Les membres de cette assemblée arrlvàreot dans celle

descende du haut degré où il avait alTcint. Il consulta relative-^ ruent à Tacte constitutionnel qu'il se proposait de faire adopter par rAssemblée centrale ses confidents les plus intimes. Sans prononcer le mol d'indépendance les colons approuvèrent son projet de constitution, car il aimait qu'on le devinât, mais non qu'on lut exposât les résultais de' sa ix>lilique. Il disait que cette constitution serait le plus sûr garant de la soumission de Sl-Domingue à la France: il prétendait^ qu'il était le véritable représentant de la métropole dans la colonie.

Les français sincèrement attachés a leur patrie entendirent avec indignation parler de ce projet. Le colonel du génie Vincent osa Texhortcr a y renoncer. 11 lui exposa en ternies énergiques que le droit de doter St Domingue d'une constitution n'appartenait qu'à la France qui considérerait sa conduite avec raison comme un acte de rébellion. Toussaint ébloui des faveurs do la fortune, était en « traîné par une sorte de fatalité vers un abîme.. Il répondit aux ob' servalions du colonel Vincent: < Je suis le restaurateur de la colonie, « le Bonaparte de St. Domingue; à mon existence est lié le bon- « heur de mon pays. » 11 cessa de l'écouter, lui tourna le dos avec humeur, s'élança sur son cheval, el prit la route- du Port-Républi« cain. Quand il arriva en cette ville, il y convoqua les députés â Tas* semblée centrale qui avaient été nommés d'après son arrêté du iii Pluviôse an 9 (5 Février 1801 ).

Le département de l'Ouest avait élu les citoyens Bernard Borgella et Lacour; celui du Nord, lescitojens Etienne Viard, Julien Raymond ; ce^ lui du Sud, Philippe André Collet, et Gaston Nogéré; celui derOzama, les citoyens Jean Monceybo, François Morillas ^ celui de Cibao,les citoyens Charles Boxas, et André Mugnos. Us étaient tous blancs excepté Julien Raymond.

Ces dix députés réunis au Port RépuWicaîn formèrent rassemblée centrale sous la présidence de Borgolla. ^ Après plusieurs séances auxquelles assista Toussaint Louverlurc, ils rédigèrent le projet de Constitution dont les principaux articles furent les suivans :

L'esclavage esta jamais aboli dans la colonie. Les hommes, nMm* porte leur couleur, sont admissibles à toutes les places. — Tous les iiotHmes naissent dans la colonie libies et Français. — La Religion Catholique y est la seule publiquement professée. — Le mariage est protégé. — Les cullivatçurs sont réunis sur les grandes habitations pour } vivre en famille; et pour en accroître le nombre des africains seront introduits- dans la colonie. — Le gouverneur, propose les lois à une assemblée de citoyens réunis au Port Républicain , sous le titre d Assemblée Centrale de St. Dominguc. — Chaque déi>artement,

• I<e général Moyse qui avait été uommé député du département du îiord n'avait pas accepté celle charge.

màtoïkfc dWiti.— (iSOl) , • W

pouï* la È)rniation lie rassemblée fournit deux députés âgés de trénie ans au moins et ayant cinq ans de résidence à St. Domingue. — Le* général en chef Toussaint LouvertUre est nommé gouverneur à YÎe, -général en chef de Tarmée, avec droit de nommer son successeur.«^Après lui les gouverneurs seront nommés pour cinq ans. — Le gouverneur Toussaint scelle et promulgue Jes lois ^ nomme à toutes les fonctions civiles et militaires.— Les bàtimens de guerre français dans la colonie reçoivent ses ordres. — Il dirige et surveille la pei*'* eeption ^ le versement et Tomploi des finances de la colonie. — La eenstire siirveille la presse de la colonie ^ et supprime tous les écrits venant de l'étranger tendant à corrompre les mœurs. ^^Legou* Ycrneur fait juger et exécuter les conspirateurs. — Il reçoit trois-centmille francs par an.-^Sa garde d'honneur est aux frais de la colonie. — Il est établi des tribunaux de première instance ^ des tri* bunaux d'appel^ un tribunal de cassation qui ne connaît pas dii fond desallaires. Les juges sont à vie. — L'administration municipale est composée dans^baque paroisse d^un maire et de quatre administrateurs.— L'arnU se divise en garde coloniale soldée i et] en ^ garde coloniale non soldée. — Il existe une gendarmerie it pied; elle Elit partie de la gai^de coloniale soldée, ainsi qUe la gendarmerie à cheval. -^La demeure d'un citoyen est un jùsyle inviolable ^ sauf les cas prévus par la loi.-^La liberté individuelle est établie ^ de même que la liberté de Tinstruclion publique.-^ Le gouvernement ' peut décerner des récompenses aux guerriers qui ont Combattu pour la liberté. '— Le gouverneur est tenu de faii^ sanctionner la Gons^ titution par le gouvek*nement iVançaisv

Tout n*était que mensonge dans la Constitution t la liberté individuelle n'était pas respectée $ les propriétés étaient souvent confis-^ quéeS|^ et le despotisme le plus dur pesait sur les citoyens^ Quant à la liberté de Tinstruction publique, elle n'était, qu'illusoire.' aucun établissement ne se formait sans Fautorisation du gouverneur qui imposait aux instituteurs le système d'enseignement et d'éducation ^ui lui convenait. Qu'apprenait aux enfans dans les écoles à lire et a écrire ; on leur enseignait I histoire sainte interprétée de manière a ne former que des fanatiques , les hauts faits de Toussaint , gou- . verneur de Tile par la volonté du Tout Puissant qui Tavait choisi pour être le Spartacus moderne prédit par HaynaL

Le 25 Aivril le gouverneur se transporta au Cap. A ^û arrivée en cette ville ^ le citoyen Gombaut , juge au tribunal civil , suivi des autorités civiles et militaires se présenta devant lui, et lui adressa un discours dans lequel , après Tavoir Complimenté de la conquête du Sud et de lEsi, il le compara à Bacchus» vainqueur des Indes. Le gouverneur se hâta d'inviter 1 assembée Centrale ^ par une lettre en date du 1^ Mai, adressée au président Borgella, à s'embarquer potir le Cap. Les membres de cette assecablée arrivèrent dans cette

HISTOIRE d'U-VITI. — (1801).

desccnckc du haut degré où il avait atteint. Il consulta relative^ ment à l'acte constilutionnei qu'il se proposait de faire adopter par TAssemblce ccnlrale ses confidents les plus intimes. Sans prononcer le mol d'indépendance les colons approuvèrent son projet de constitution, car il aimait qu'on le devinât, mais non qu'on lui exposât les résultais de* sa |x>litique. U disait que cette constitution serait le plus sûr garant de la soumission de Sl-Domingue à la France: il préiendaitv qu'il était le véritable représentant de la métropole dans la colonie.

Les français sincèrement attachés à leur patrie entendirent avec indignation parler de ce projet. Le colonel du génie Vincent osa l'exhorter a y renoncer. Il lui exposa en termes énergiques que le droit de doter St Domingue d'une constitution n'appartenait qu'à la France qui considérerait sa conduite avec raison comme un acte de rébellion. Toussaint éljloui des faveurs do la fortune, était en ^ traîné par une sorte de fatalité vers un abîme.. U répondit aux ob' servalions du colonel Vincent: « Je suis le restaurateur de la colonie, « le Bonaparte de St. Domingue; à mon existence est lié le Wn- « heur de mon pays. » Il cessa de l'écouter, lui tourna le dos avec humeur, s'élança sur son cheval, el prit la roule du Port-Républi* cain. Quand il arriva en celte ville, il y convoqua les députés à l'as^ semblée centrale qui avaient été nommés d'après son arrêté du lii Pluviôse an 9 (5 Février 1801 ).

Le département de TOuest avait élti les citoyens Bernard Borgella et Lacour; celui du INord, les citoyens Etienne Viard, Julien Raymond ; ce^ lui du Sud, Philippe André Collet, et Gaston Nogéré; celui deTOzamai les citoyens Jean Monceybo, François Morillas; celui de Cibao^les citoyotis Charles Roxas, et André Mugnos. Ils étaient tous blancjs excepté Julien Raymond.

Ces dix députes réunis au Port RépuWicain formèrent rassemblée centrale sous la présidence de Borgella. * Après plusieurs séances auxquelles assista Toussaint Louverture, ils rédigèrent le projet do Constitution dont les principaux articles furent les suivans :

L'esclavage esta jamais aboli dans la colonie. Les hommes, nMm* porte leur couleur, sont admissibles à toutes les places. — Tous les hommes naissent dans la colonie libies et Français. — La Religion Catholique y est la seule publiquement professée. — Le pariage est protégé. — Les cullivatçurs sont réunis sur les grandes habitations pour } vivre en famille; et pour en accroître le nombre des africains seront introduits- dans la colonie. — Le gouverneur, propose les lois à une assemblée de citoyens réunis au Port Républicain , sous le titre d Assemblée Centrale de St. Domingue.— Chaque département,

* TsQ général Moyse qui avait été uommé député du département du Nord n'avait pas accepté celle cliarge.

mâtoïkfc.D^HAiTi*— (i80i) , W

pou)* la iorma lion lie rassemblée fournit deux députés âgés de trénio ans au moins et ayant dnq ans de résidence à St. Domingue. — Le* général en chef toiissaint LouvertUre est nommé gouverneur à ¥10, 'général en chef de Tarmée, avec droit de nommer sonsuccesseur.r^Après lui les gouverneurs seront nommés pour cinq ans. — Le gouverneur Toussaint scelle et promulgue les lois , nomme à toutes les fonctions civiles et militaires.— Les bàtimens de guerre français dans lu colonie reçoivent ses ordres. — Il dirige et surveille la pef*« eeption ^ le versement et remploi des finances de la colonie. — La eensiire surveille la presse de la colonie ^ et supprime tous les écrits venant de l'étranger tendant à corrompre les mœurs. ^Le gouverneur fait juger et exécuter les conspirateurs. — Il reçoit trois-centmille francs par an.-^Sa garde d'honneur est aux frais de la colonie. — Il est établi des tribunaux de première instance ^ des tri« bunaux d'appel ^ un tribunal de cassation qui ne connaît pas dil fond des affaires. Les juges sont à vie. — L^administratioii municipale est composée dans^baque paroisse d^un maire et de quatre administrateurs.— L'arriBi se divise en garde coloniale soldée ^ et^ en garde coloniale non soldée. — Il existe une gendarmerie à pied ; elle ^it partie de la gai^de coloniale soldée, ainsi qiie la gendarmerie à cheval. -^La demeure d'un citoyen est un Jasyle inviolable ^ sauf les cas prévus par la loi.-^La liberté individuelle est établie ^ de même que la liberté de Tinstruclion publique.-^ Le gouvernement '

Eeut décerner des récompenses aux guerriers qui ont Combattu pour I liberté. ^- Le gouverneur est tenu de faire sanctionner la Gons«> tltution par le gouvernement français^

Tout n'était que mensonge dans la Constitution t la liberté individuelle n'était pas respectée ; les propriétés étaient souvent conlis-' quéeSp et le despotisme le plus dur pesait sur lescitoyens» Quant à la liberté de l'instruction publique, elle n'était, qu'illusoire.' aucun établissement ne se formait sans l'autorisation du gouverneur qui imposait aux instituteurs le système d'enseignement et d'éducation ^ui lui convenait. Qu'apprenait aux enfans dans les écoles à lire et décrire; on leur enseignait l'histoire sainte interprétée de manière à ne former que des fanatiques , les hauts faits de Tousn'aint i gou- . verneur de l'île par la volonté du Tout Puissant qui l'avait choisi pour être le Spartacus moderne prédit par HaynaL

Le 25 Aivril le gouverneur se transporta au Cap. À SoA arrivée en cette ville , le citoyen Gombaut , juge au tribunal civil , suivi des autorités civiles et militaires se présenta devant lui, et lui adressa un discours dans lequel , après l'avoir Complimenté de la conquête du Sud et de TEst, il le compara à Bacchus» vainqueur des Indes. Le gouverneur se hâta d'inviter l'assembée Centrale , par une lettre en date du 1"^ Mai, adressée au président Borgella, à s'embarquer pour le Cap. Les membres de cette assemblée arrivèrent dans cette

ll'2 HïSToinR dSiaiti.— (ISOI).

loi sur Torganisniion des tribunaux donl les principaux articles étaient les suivans :

Article 7. Il sera établi des tribunaux do première instance dans les villes ci après savoir: Au Cip, au Fort Liberté , au Port-de- Paix , aux Gooaïves, ù Hinclie, au Port Républicain , à Léogane, à Jacmel , aux Caycs , à Aquîn , à Jérémie» à Sio. Domingo, à Seybo, à Azua, à St. Vague, à Samaua.

Article fi. Les tribunaux de première instance connaîtront d« toulesles maliares civiles, criminelles, maritimes^ commerciales, conformément aux ordonnances y relatives»

Article. 18. Il sera élablideux tribunaux d'appel; Tun sftra placé à St. Mure, et comprendra dans son ressort les departmnens du Nord, de Louvoriure , de TOuest , et du Sud ; l'autre sera placé i Sanlo Domingo , et comprendra dans son ressort les départemens de Gibao et de iOzama.

Article 32. 11 sera établi un tribunal de cassation pour la colonie*

Article 33. Ce tribunal [piégera d^s la ville où résidera ordiuairement le gouverneur.

Art. 34. Il sera composé d'un président , de huit juges, d*ua commissaire du gouvernement et d'un greffier.

Art. 50. Il sera établi près tiu tribunal de première instance séant au Cap, six défenseurs publics; cinq au Port -Républicain ; quatre aux Gonaîves ; quatre à Sto Domingo ; quatre à St-Yague ; quatre près dt^s autres tribunaux , et six près du tribunal d'appel séant à St-Marc.

Art. 61. L'instruction des procès au civil, se fera suivant Tordonnance de 1607 , tant dans les tribunaux de première instance que dans les tribunaux d'ap|>el.

Art. 64. La procédure criminelle sera instruite, suivant For*" donnance de i670 , sauf quelques modilications.

Art. 83. Les tribunaux se conformeront , tant en matière civile, criminelle, commerciale, que maritime, aux ordonnances de 4667 ; 1670 , 1673 et 1681 ; pour les donations , à lordoanance du mois de Février 1731; et pour lés testamens, à celle du mois d'Août 1735, en tout ce qui n'est pes contraire à la Constitution de St Domingue.

Art. 84. Les successions directes et collatérales , et celles défé* rées aux ascendans , seront réglées par la coutume de Paris sous la réserve des droits des enfans nés hors mariage, lesquels ont été fixés par la loi du 29 Messidor aii 9 (18 Juillet 1801).

Au surplus les dispositions de la coutume de Paris seront , à Ta* venir , exécutées i l'exception de celles concernant le retrait lignager qui demeure aboli , et Fâge de majorité qui demeure fixé à vingt et un an accomplis , tant pour les] hommes que pour Tes femmes.

Art. éf* Les succmswo» vacaatw seront gérées conformément à

niSTOIRB D*HA1TI.— (1801) 11$

Tédît de 1781 , par les curateurs qui résideront prés de chaque tri* bunal de première instance, el qui fourniront cautions solvables pour raison de leiir caisse devant le juge et le commissaire dugou» irernement prés de chaque tribunal.

Art. 98. Les substitutions sont abolies; toutes instances y relatives y actuellement pendantes , sont et demeurent éteintes , conformément à la loi jdu 25 Octobre 1792.

Art. 99. Les exhérédations par testamens des pères et mères sont prohibées.

L'assemblée rendit une loi sur les notaires , arpenteurs , officiers de santé , pharmaciens, vendeurs publics, sur les prisons , maisons de détention , les concierges et les gardiens ( 25 Juillet 1801 ) 6 Thermidor an 9 , par laquelle il y eut six notaires au Cap ; quatre au Port- Républicain , et dans chacune des autres paroisses» Il y eut un arpenteur à résidence dans chaque paioisse; dans chaque dé« parlement; on établit un conseil de santé, chargé d'examiner les candidats qui voulaient exercer la profeyion de médecin , de chirurgien ou de pharmacien.

Le 9 Thermidor (28 juillet 1801 ) une loi sur les administrations municipales fut rendue. Il y eut une administration municipale par paroisse. Dans les paroisses où siégeaient les tribunaux de^première instance ou d'appel, les administrations municipales furent compoposées d*un maire et de quatre administrateurs. Dans les autres paroisses elles n'étaient composées que d'un maire et de deux ad* roinistrateurs. Les maires avaient exclusivement la police des lieux publics, des spectacles , des bals , maisons de jeu , hôtels garnis , auberges et cabarets. Ils recevaient un traitement proportionné aux moyens de la paroisse. Ils étaient des espèces de juges de paix qui prononçaient 1 amende sur la peine de détention, el la déteni ion sans Tamende. Il y eut aussi des commissaires de police; et les officiers de Tétat civil faisaient les mariages, recevaient les déclarations de naissance et de décès, conformément à la loi du 20 Septembre 1792.

Le 11 Messidor (30 Juillet 1801) loi sur la garde nationale non soldée par laquelle, d après Tarticle 2 Tage requis pour y entrer fut fixé à quatorze ans', et pour en sortir à cinquante cinq ans révolus»

Le 13 thermidor an & (1" Août 1801) loi sur les dettes particulières, sur les baux à ferme elles dettes en provenant, et sur les dettes provenant d'acquisitions d'immeubles.

Le 15 Thermidor (3 Août 1801) rassemblée rendit sur l'administration des finances une loi dont les principaux artich^s étaient les suivants :

Art. l.*** Il y a dans la colonie un administrateur général des finances et un trésorier particulier.

Art. 5. Les receveurs près des douanes perçoivent les droits sui« tants ; Ceux d'importation , d'exportation^ de pesage , de jaugeage,

114 mJTaiRE D^HAITI. (1801)

di» ssruvelage ckfs bàtîmeâs ïiaufragés, et toutes les confiscation prononcées en fateur des douanes. Les receveurs et les trésoriers perçoivent les droits mis sur les loyers des maisons , manufaclures d'industrie et salines. Tous les ans il sera dressé un état général et fixe des dépenses de la colonie.

Le gouverneur de la colonie déternvine le nombre de troupes nécessaires àja sûreté intérieure et extérieure.

Art. 27. Tous les dix jours le conseil d'adminlslration des différents corps de l'armée recevra des trésoriers ou receveurs le montant de la paie des hommes effectifs, portés sur les états des revues passées par les commissaires des guerres.

Art. 39. Au gouverneur seul appartient Tadministration des arse» Baux.

Le 48 Thermidor an 9 (6 Août iOSi ) fut rendue la loi sur le^T imîgrés et leurs biens situés à St. Domingue. Par cette loi les émigrés sous aucun prétexte et dans aucun cas n^élaient admis à rentrer dans la colonie* Toiusaint n'avait proposé cette loi que pour favoriser ceux des siens qui jouissaient de ces biens , car il lui arrivait souvent d'exhorter certains colons réfugiée à|rétranger , à re« Tenir s'établir à St. Domingue*

Le 19 «Thermidor an 9 ( 7 Août 1801 ) loi qui supprime les greffes de Tancien conseil supérieur du Port au Prince , de la séné* chaussée de St. Marc , et des anciens tribunaux de commerce.

Le même jour, loi qui prescrit que le département de Louverture sera représenté à lAssembtée centrale.

Dans la même séance l'Assemblée vota une loi indiquant le mode de constater les décès survenus par des causes violentes aux époques malheureuses de la révolution , et de suppléer aux titres de propriété qui avaient été perdus ou incendiés , par des actes de notoriété.

Le 21 Thermidor an 9 (10 Août 1801), elle mit, par une loi, les tribunaux en aclivité; et le jour suivant elle rendit une loi sur les délits et les peines delà compétence des tribunaux spéciaux* L'er(icle2 était ainsi conçu :

« Toute personne convaincue d'avoir volé survies habitations ou les grands chemins , soit chevaiii , soit mufets , soit bourriques, seit bêtes à cornes, $era condamnée à la peine de mort. »

Le 23 Thermidor an 9 (11 Août 1801) fut rendue la loi qui réglait la manière de procéder aux jugemens des délits de la com«f pétence des tribunaux spéciaux.

Le lendemain 12 Août, TAssemblée centrale rendit sa dernière loi par laquelle elle détermina le costume de ses membres. Ceuxcf devaient porter dans les cérémonies publiques habit de soie bjleu foncé doublé de taffetas blanc, avec bouton d un seul côté, de la mime étoife que rhabit, une médaille eo or décorée de Tefligie delà

msToiRG d'haiti. — (180t) 11*

Liberté, avec ces mots: Membre de l'Assemblée Centrale de Saint- Domingue; laquelle devait être placée du côté gauche, veste et culotte de soie blanche , et bas de soie .blancs , ceinture tricolore , de soie , avec franges bleues , chapeau noir uni et à cornes. Ayant terminé sa première session qui fut aussi la dernière, l'assemblée ex« pédia au gouverneur toutes les lois c|u'elle avait rendues. Aussitôt après la lecture du paquet, Toussaint écrivit à rassemblée la lettre suivante en date 10 Fructidor an 9 (28 Août 1801.)

Toussaint LOU VERTU RE ^ Gouverneur de Saint-Domingue^

Aux membres de l'Assemblée Centrale de St. Domingue.

Citoyens Législateurs ^

Je me suis empressé de lire attentivement les lois organiques qm vous m avez remises. En annonçant à vos concitoyens qu elles seraient le développement de la Constitution que vous leur avez donnée » vous n'ayez point trompé leur espoir. On ne peut rien voir.de plus concis ni de plus clair ; ils trouveront dans ee recueil de lois , écrites en lettres ineffaçables , leurs devoirs , leur bonheur , la prospérité* de. leur pays; il sera le régulateur^ du fonctionnaire public et du particulier , l'appui du faible contre les entreprises du plus fort^ le refuge de rinnocence et le vengeur du crime. Pénétré d'admiration pour ce monument immortel de votre attachçmeni à votre pays , Je ne saurais trop tôt vous témoigner toute la satisfoction que sa Iec« ture m'a causée et vous l^assurer de la part du peuple de St. Do-* mingue , les sentimens de respect et de reconnaissance qu'il vous conservera pour ce bienfait qu'il vient de recevoir de vous , lequel Ta le convaincre qu'il ne s'est pas trompé dans* le choix qu'il a fait de ses législateurs. Vous avez rempli l'espoir de la colonie entière^ et comme en étant le chef, je vous déclare que vous avez bien ^é* rite d'elle ; et si auprès de ce témoignage authentique de la reconnaissance publique , mes sentimens particuliers peuvent être de quelque prix, agréez ceux de mon estime et de ma considération. Salut et respect »

Toussaint LOUVERTURE.

L'A'Ssemblée centrale lui répondit :

Citoyen Gouverneur ^ "^

Yetre lettre du dix de ce mois eontient les «pressions lee plue flatteuses pour nous. Dans ce témoignage de votre satisfaction , noue iMuvens la réGOoapense de nos travaux , par le présage que vous

lie flisToiHB D'HArrl.— (1801)

nous annoncez de la prospérité de celle colonie. Nous n'en doQ* tons pas , citoyen Gouverneur , un avenir heureux sourit encore à St. Doroingue. Sous vos auspices le cultivateur reprendra avec gaîté ses instrumens aratoires , parcequ'il sera assuré qu'en vain il n'ar« rosera pas la terre de ses sueurs. Le militaire plein de ses devoirs se bornera à défendre le poste d honneur qui lui sera confié:; la subordination, l'aménité et le courage seront tes vertus qui la distinguororit. La justice reparaîtra dans tout son éclat. Une administration simple et uniforme rétablira le crédit et la confiance. Dans 4e cœur 'de chaque fonctionnaire une noble émulation excitera et entretiendra les plus précieux sentimens ; tous » à Tenvie , s'empresseront de suivre les traces de celui qui a su mettre un. terme à nos malheurs. . Votre nom ne cessera d'être cher au peuple de St.- Domingue ; il ^suffira de le proférer , pour indiquer à chacun la route qu'il doit tenir. La Constitution et les lois vous imposent une grande tâche, m <is elle n'est pas au-dessus de vos forces physiques et «morales. INous pouvons dire avec assurance qu'elle est digne de •vous , et que vous la remplirez entièrement , parce que nous cennaissons.vos rares vertus. Le gouvernement de la métrc^pole ajoutera à la récompense qui vous a été décernée; il se rappellera qu'il vous doit la conservation et le rétablissement d'une colonie abandonnée , livrée aux ennemis, et déchirée par une inliniié de factions; il apposera le sceau de la justice à ht Constitution que la colonie s est donnée ; il y applaudira : il I approuvera , parce qu il verra dans cet acte le premier pas au retour de Tordre social ; il Tap* Prouvera parce qu'il sait (|ue la prospérité de cette ile tournera à avantage de la métropole , et |qu'une colonie doit être agricole et paisible.

Pour nous , mamlataires du peuple dont vous êtes l'espoir et la consolation , nous ne terminerons point cette session , sans vous assurer, citoyen gouverneur , que dans tous les temps, vous nous trouverez disposés à seconder vos vues bienfaisantes ; rattachement que nous vous portons, et qui est fondé sur la reconnaissance publique, et que vous ont mérité vos belles actions, vous en est un sûr garant. Agréez, nous vous en prions, cette expression de nos cœurs» de même que le sentiment de notre respect.

Signé, RoRGCLLA, Président-; Raimoni) , Collet, Gaston, No- GERÉE , Lacour , RoxAS , MuGNOZ ^ Mamcebo , E. ViART, Secréloirê.

Quelques jours après les députés se retirèrent dans leurs départe^ mens respectifs.

Depuis la prise de possession de la partie de l'Est , la colonie marchait de prospérité en prospérité ; Tagriculture , l'industrie floris^ Baient j cette terreur qui réguait partout s était évanouie ; il n'y a\ail

HISTOIRE d'HAITI. (^601) VW

pms d^exéculions pour cause politique^ leshômmcs' de couleur quin'avaient pas été sacrifiés circulaient partout sans crainte; on avait pour eux les mêmes égards que pour lès noirs et les ,b la nos.; ils n'avalent plus besoin d être camionnés p'>ur cire respet'tés ; oa n'eatendait plus ni dans- les villes ni dans les- campagnes aucun propos. de castes; le vagabondage était réprimé; les eiifans qui appartenaient aux (amilles indigentes étaient élevés par l'autorité qui leur faisaît apprendre des métiers ;^ on Jeur enseignait en outre à lire et k écrira ainsi que les principes de.la religion; mais.le pçmvoir le. plus absolu se faisait partout sentir; le cultivateur était assujetti à un travailfor* cé^ et le.blanc soutenu de. la forte autorité du gouverneur occupait toujours le premier rang de la société coloniale. £n même temps Toussaint faisait partout exécuter las lois de l'assemblée centrale-, et- se montrait réellement- aux yeux du monde (e régénérateur, de Si.. Domingue. IL installa au Gap le tribunal d appel. U se rendit ensuite au Port Républicain où il installa le tribunal de cassation.

Un homme de cœur ^ mais d intelligeuee sans culture , va bientôX rooipre l'harmonie qui existait déjà entre toutes les classes delà société. Alors aucune insurrection n'eut pu résister, à la .puissance. du gou* verneur. Dans le d4'p<j^rlèmenl du Nord, ragrieullure sous la direction du général Moyse u était pas aussi florissante que dans TOuest et daftslo Sud, sous la direction de DessaliaesAJMo) se.se refusait à emi*ployer les moyens violens pour contraindre les cultivateurs au travail. II disait qu'il n'était pas le bourreau des siens, que les noirs n'avaient pas conquis leur liberté pour exploiter encore sous la vergue et le bàtan les propriétés des blancs. II. demandait que le gouverneur son oncle vendit les terres de. lEtut aux ofiiciers subalternes et-mèmejpmx soldats. Toussaint au contraire no voulait p^s dûmorcellement des terres et continuait le système des grandes habitations. Il avait, prétendait- ou , lepiojot de se faire proclamer roi de St. Domingue, et les trésors c|u'iJ amassait devaient être employés à 1 exécution de son plan. Déjà on l'entendait se. vanter dô son grand père G:u)u G^tinou qui avait été en. Afrique un des rois guerriers des Arradas. Moyse protégeait les cultivateurs contre les vexations des blancs , et faisait distribuer rigoureusement aux premiers le quart qui leur revenait dans les produits.-

Aussi était-il lobjet de touies sortes de plai^Ucs : on . Taccusait de négliger ses devoirs et de souifrir (|ue U: désordre régn<Lt dans. les cam.pagnes. Quand -il recevait des reproches du gouverneur ,. il- disait: Xè ne maltraiterai jamais les . miens. ;. le gouverneur me parle toujours des intérêts de la Pi*ance ;• mais ces intérêts sont ceux des colons blancs. Il ne sympathisait pas avec le système en vigueur qui éloignait des- fonctions publiques les hommes d^ couleur éclairés. Il avait cru découvrir qiie le but de son oncte était, de rétablir resclavagc dans les campagnes j et do .créer um

aristocratie noire et blanche. Celte disposition de la Constitution par laquelle des africains pouvaient être transportés à St. Domingue comme cultivateurs, le conUrmait dans cette opinion; c'était une masse nouvelle qui n'ayant pas connu la liberté l'aurait éteinte. Le système de Moyse par lequel les grandes habitations devaient être jnorcellées inquiétait d'autant plus Toussaint, qu'il pouvait renvers#r le sien en séduisant les masses. Ce système al^rs nouveau qui détruisait radicalement le régime colonial était à cette époque considéré comme désorganisateur et contraire à toute prospérité agricole. * Toussaint voulait devenir indépendant par l'union du noir avec le colon blanc, tandis que Moyse s'efforçait de le devenir par l'union du tioir avec le jaune. En 1803 Dessalines ne déli\rera le pays du joug de l'étranger qu'en réunissant conlre les français le nègre et le mulâtre. Néanmoins le général Moyse se trompait sur les. véritables inten* lions de Toussaint Louveriure qui ne rôva jamais au rétablissement de Tesclavage , et qui s'inquiétait sans cesse du sort des siens après sa mort. Nous avons déjà exposé les causes de son système de culture : amasser des richesses pour se rendre fort et indépendant. Lee plaintes contre Moyse se renouvelaient sans cesse. En môme temps le gouverneur apprit avec indignation qu'il avait demandé vingt mille

Îiastres par an à une compagnie de négocians qui lui avaient offert 'exploiter ses terres dans le Nord. Cette circonstance acheva^ d'ir* riter Toussaint qui le menaça de sa disgrâce s'il laissait à d'autres

Î|u'à lui le soin de gérer les propriétés qu'il possédait à titre de érmier. Le gouverneur regardait comme d un mauvais exemple qu'un inspecteur de culture ne se livrât pas lui-même â l'exploitation de ses biens. Moyse obsédé de menaces , contrarié dans toutes ses idées et ses entreprises , résolut de s'armer contre <ie goi^verneur dont le système , à son avis , faisait le malheur de St. Domingue. 11 se tenait au Gap, chef lieu de son commandement; il était toujours en lutte avec les blanes qui flers de la protection du colonel Christophe, n'avaient pas pour lui les égards qu'ils lui devaient. Dans le courant de Vendémiaire an iO (Octobre 4801 ) il se trama au Cap une conspiration dont les rayans se prolongeaient au Port Margot, à là Marmelade, au Dondon , enfin dans toute la province du Nord. Par une matinée du 25 Vendémiaire ( 17 Octobre ) le général Moyse sortit du Gap , réunit plusieurs* centaines de ca* Taliers et parcourut la plaine du Nord organisant l'insurrection qui devait éclater le 29 Vendémiaire. En effet dans la nuit du 29 au 30 du même mois (du S(l au S2 Octobre) des roouvemens insurrection»

*Touss^nt Lonverture se hâta d'autant plus d'étoiiffer la révolte de

Moyse, que le système dé celui-ci flattant les intérêts des cultivateurs,

pouvdit facilement porter les masses à une insurrection gfénérale. C'est ce

même système qui , mis en pratique en 1812 par le Président Potion ,

%X i^imîber Christophe dont la puissance {>arai£8ait inébranlable.

msToiM b'aaiti.— (>60I) 119*

nefe ae manrrestèr^ot dans presque tout le département du Hiord. DeuX'Cent-cinquûote btancs furent massacrés tant dans les plaines que dans les mornes. Le signal de la révolie était donné dans un mc^ ment où la tranquillité rétablie «par la terreur régnait de toutes paris. Moyae entreprenait une guerre dont le but était Textermi^ fiatîon des blanes, l'union des noirs et des jaunes et Tindépendance de son pay«. Lon disait dans lés campagnes du. Nord q^je Dessa« lines et Christophe avaient consenti au projet du rétablissement de iesclavage par le gouverneur..

Toussaint se trouvait aux Yerrettes se disposant à se rendre dang. la partie de TEst pour y organiser les tribunaux d'après sa Cons«iîtution , quand* le général Dessalines qui l'accompagnait reçut une lettre des Gonaïves par laquelle on lui annonçait que la plus grande

Sartie du Nord s'était soulevée*. Le gouverneur n avait pas. les moi nres indices de celle conspiration. Après avoir envoyé l'ordre à la« 4e. demi brigade , en garnisoa^ à St. Marc, de partir pour les Gonaï- "ves, il se transporta avec sa rapidité ordinaire à la Petite Rivière de J'Arlibonite. Il se détermina à étouffer tout de suite par les plus grands sacrifices une insurrection dont les principes ne pouvaient* ^tre à. son avis que subversifs de toute société. Le 2 Brumaire il «tteignit les Gonaïves^ Déjà le colonel \ernet en était sorti à la^ <l6le d un bataillon de la 7e. et d'un détaobement. du bataillon des Gonaîves, marchant sur le bourg de Plaisance qu'occupaient lé$ ftosurgés. Â son approche les révoltés abandonnèrent le bonrg.aiprès Vy Aire livrés à de grands excès. Us annoncèrent en se retirant -que bientôt le général Moyse viendrait se mettre à leur tète. Tousaaûit qui était sorti des Gonaîves pour établir son quartier-général; à Goeherel , y rentra aussitôt qu'il eut appris limportance de lln- «urrectiofl. Il ordonna à Dessalines d!aller cliasser les^ insurges de^ liauteure de Plaisance , et se résolut à combattre eo personne 1^ général Moyse. H se rendit aussitôt avec deux compagnies, de sfi garde à cheval au bourg de Louverture ( Ënnery ) ; 1 ordre y régnait par l'énergie du commandant Claude Martin. Il ^>pviK que Ies>iiis4»r«gés s'étaient emparés de la Marmelade ; le A Brumaire il mareljia «entrée eux précédé d'un escadron de sa. garde » et suivi de deu'X ^^mpagnies du bataillon des Gonaîves». commandééis par le^ citeyens Jean Charles et Coco. Dès qu'il dééeu^TÎtt les insurgea il les 4tai^ laquer i la baïonnette ; ils abandonnèrent la Marmelade foyafii da.as . le plus grand désordre ,. chargés par les draçoas. Lis se rérugièrent .vers la SouilViére , promettant de revenir bientôt avec le général MOyse. Toussaint s'élança canine eux , les culbuta i la Sotiffrière, 4 la Ba^rine Dorée ^ au Fond fileu y k la Grande Bivière , au quartier de Perigourdin , à la Bivière Be^rée^ et les dispersa tota* Jemeai dans les bois, i^eadant oet ifitervftUe ie généval ^fissealiiMS , à la tAte d)i fdt^enkr

lîO BiSTt)iEE d'haiti.— (1801)

bataillon de la 4e. commandé par Gabart , pénétrait dans le Nord se faisant suivre de toutes les gardes nationales qu'il rencontrait sur son passage. En quelques jours les quartiers insurgés furent inondés des. bataillons formés des citoyens de-Vallière, de St. Raphaël, et du Gros- Morne. Quand il arriva à Plaisance il terrifia les cultivateurs

3ui furent en grand nombre massacrés ; on n'entendit pas lUie seule écharge de raousqueterie ; ceâ malheureux furent tués à coups de sabre et de baïonnette. Les soldats de la 4e. passèrent au fil de Tépée un quarl de la population ; on poignarda tous les prisonniers qui furent amenés devant Dessalines. Après avoir rétabli Tordre dans la commune de Plaisance, par une affreuse extermination, le général Dessalines se lança à la poursuite de Moyse qui parcourait les campagnes , excitant toujours les cultivateurs à la révolte. Déji^ Moyse avait étéaban* donné d'un grand nombre de ses partisans découragés. Il ne pouvait lutter contre Taciivité de Toussaint et laudace de Dessalines. En même temps le colonel Henri Christophe commandant de) Tarrondissement îdu Cap avait par son activité et son énergie rétabli Tordre dans les quartiers soumis à son autorité. Le Cap était le foyer de la révolte. Elle y avait aussi éclaté dans la nuit du 29 au 30 Vendémiaire. Christophe apprenant par une lettre du commandant de la place qu« la ville devait être livrée au pillage , se rendit au Carénage et y rencontra de nombreux rassembiemens qu'il dispersa. Mais un des agitateurs, nommé Trùisballes , voulut parlementer avec lui; il fut arrêté, conduit à larsenal du Cap où il fut ' emprisonné sous la garde du commandant Aurange. Dans son inter** rogatoire qui eut lieu pendant la nuit il dénonça un grand nombre de ses complices , entre autres les nommés Saintonge , chef des mou* \emens du port, Jean-Baptiste Leboa et Bonhomme de Thabitation Bailly. Christophe se rendit chez ceux qui avaient été dénoncés et les ^rrôta lui-même. Dans la même nuit trente individus furent conduits en prison.. Christophe et le commandant de la place Barada, oflicier blanc, parcoururent ensuite la ville entière, dispersèrent plusieurs attroupemens et arrêtèrent quelques citoyens. Ils entendirent tout-à conp une décharge de mousqueterie ; ils se transportèrent aussitôt dans le quartier d'où la détonnation était sortie ; ils essuyèrent un feu assez vif, et Christophe euf un homme tué à ses côtés. Les révoltés attaqués avec vigueur furent débusqués; ils sortirent du Cap, et se retirèrent dans les mornes, après avoir abandonné leurs morts et leurs blessés.. Christophe avait pris de telles mesures que le lendemain 30 Vendémiaire l'ordre régnait au Cap et dans les environs. Peu de jours après des insurrections éclatèrent à TAcul , au Limbe, au Port Margot. On n'entendit partout que le cri de mort aux blancs. Christophe sortit du Cap avee un bataillon de la 1**^ demi brigade, un bataillon de la 5* commandés par les chefs de bataillon Rouanez et r\fricain, les dragons de la garde nationale, et marcha sur

r^HISTOIRE d'hAITI. — (IBOI) 121

TAcul. Quand il alteignit Thabilation Vaudreuîl il rencontra l*avanl garde de» révollés se dirigeant sur le Cap ; il l'allaqua et la cul* buta. Au iMorne- Rouge , il eut à s'opposer à la marche do deux colonnes : l'une s'avançait par le chemin de la plaine du Nord, l'autre par le chemin de l'Acul ; elles devaient se réunir pour assail* lîr le Cap ; il les attaqua avec impétuosité et les dispersa dans les bois. Quand il arriva au Limbe il trouva tout la quartier en insurrection. Joseph Flaville qui y commandait n'avait rien fait pour contrarier le mouvement; il l'avait au contraire secrètement excité. Christophe Taccabla de j reproches ; il lui répondit que le peuple était libre de faire ce qu'il voulait, que du reste il n'avait pu s'opposer à la révolte. Christophe ne se senlaul pas assez fort pour le îaire arrêter , partit pour le l^ort Margot. Il idéploya dans ce bourg une rare énergie, y rétablit l'ordre, et remit ati commandant Jolicœur l'autorité qne les insurgés lui avaient enlevée. Il se hâta de retourner au Limbe où d'autres troubles avaient éolaté pendant son absence. Le commandant Flaville qui s'était enfin prononcé pour la révolte fut arrôlé , envoyé à l'Acul d'où il fut conduit par mer au Cap. Il fut emprisonné dans la maison d arrêt. En même temps Tordre était maintenu au Cap par Tattitude ferme du commandant de la place, de la garde nationale, et de la deuxième demi brigade commandée par le colonel Jasmin. Christophe établit son quartier général sur Tbabitation Fage. Le général Moyse ayant vu échouer tous ses projets tenta de soulever le Cap ; il eut l'audace d'y pénétrer ; mais il fut accueilli avec] tant d indiiférence par les habiians , qu'il en sortit deux ;heutes après dans la crainte dèlre arrêté. Il atteignit le Doudon d'où il annonça au commandant de la Marmelade Christophe S}lli » son partisan , qu il allait se rendre au Boispin. Il y vint en effet avec une centaine de cavaliers. Dès que Toussaint qui était à la Jklarmelade apprit qu'il ne se trouvait qu'à une demi-lieue do son quartier générai, il lui écrivit de se rendre auprès de lui; d'après le texte de la lettre il ne paraissait pas voir en lui un chef de révoltés, mais bien le commandant de la province du Nord. Moyse qui avai^t conduit la ré\oll6 sans énergie et sans talons, voyant 6a cause entièrement |)erdue, se rendit à la Marniclade auprès du gouverneur. Comme il n'avait pas combattu en personne les forces dirigées contre lui il avait l'espoir d'obtenir son pardon. Toussaint l'accueillit avec alîabilité, lui dit que les insurgés mettaient son nom en avant et le compromettaient, qu'il l'exhortait à se tenir sui ses gardes, a se racheter par une conduite énergique; que ses démarches ne démentaient pas ce que l'on disait de lui ; qu'il pourrait èive puni plus que personne, car la ré\olte n'avait pris dé l'extension que par sa faiblesse. Il ^lui reprocha surtout de n'avoir ^pas sévi au Dondon contre les insurgés. Le gouverneur le voyant perdu, .CSLf il avait pri$ l^s armes non ^seulement contre lui, mais contre

122 Hii/oiEE d'haiti.— (18(»1)

les blancs qui avaient été sacrifiés en grand nombre, voulait lui oiTrir l'occasion de prendre la fuite et de chercher une retraite dans les montagnes. Il lui ordonna de se mettre en campagne contre les révoltés et de lui envoyer tous les prisonniers qu'il ferait. Moyse, sans perspicacité, ne comprit pas le gouverneur ; il se mit de nouveau à parcourir les campagnes, à la tète de cinquante hommes, cherchant à faire des prisonniers.

Dessalines ayant appris que Tordre réjfnait au Gàp par Ténergie de Christophe , s'abstint de descendre au Limbe et se rendit à la Marmelade auprès du gou\erneur. Celui ci se transporta sur Tha* bilation d'Héricourt où Christophe vint lui rendre compte de ses opérations. Le g(3néra1 Moyse comptant toujours sur la générosité* de son oncle , se présenta aussi à d'Héricourt. Le gouverneur qui croyait qu'il s'était déjà retiré au loin dans les montagnes , ne put s'empêcher d'exprimer combien il déplorait celte aveugle conliance qui devait le perdre. Cependant il le traita encore avec douceur et lui dit : vous avez pris les armes parce que vous croyiez que les blancs redevenaient nos maîtres; vous avez été plus qu'imprudent ; puivsque vous ne savez pas vous conduire, vous auriez dât avoir couliance en ma politique; |puisje, moi ci-devanl esclave^ travailler au rétablissement de la servitude? n'ai je pas tous mes intérêts dans le triomphe absolu de mes anciens compagnons d'infortune? nous sommes libres; le moment de nous détacher entièrement de^ la France n'est pas encore arrivé ; vous avez nui à mes projets ; vous m'obligerez peut être à un sacrifice qui fera saigner mon cœur , mais que commandera l'intérêt de tous. Toussaint lui ordonna de garder les arrêts sur cette habitation. il fit ensuite consulter l'opinion |des colons blancs. . Ccux-d lui conseillèrent de sacritier Moyse à la France : ce serait donner n Bonaparte une haute idée de son attachement à Ma mère- patrie , s*il n'bcsilait pas à faire périr un général influent, son neveu, qui avait pris les armes contre la métropole. Il pensa lui même que ce sacrifice détournerait de sa tête la colère du 1" Consul que sa Constitution devait infailliblement exciier. Il n'hésita plus à accuser hautement le général Moyse d avoir été le chef de l'insur*reclion. L'adjudant général Idlînger qu'il avait auprès de lui donna lecture au prisonnier des chefs d accusation établis contre lui d'après les interrogatoires et les dénonciations des captifs. Le 6 Brumaire Moyse fut traité en prisonnier d'état. Le dix du même hkms le gô- Béral CIcrveaux le conduisit au Port-de-Paix ; U fut jeté au cachot dans le grand fort de eette ville.

A cette époque si féconde en affreuses cruautés , alors queriea ne soulevait plus l'indignation pub4îque , cette caoïpagne de Dessfaliaes contre les insurgés dt eepeadant honneur à h colonie ] U»

iriSToiRE d'haiti,— (1801) 123

peuple des caoripagnes Tappela la guerre-couteaux : on s'y était beau* coup plus servi du poignard que du fusil. ^

Le gouverneur partit d'Héricourt pour se rendre au fap. Quand il parvint sur les hauteurs de cette ville, il fit exterminer une centaine de cultivateurs qui avaient pris part à la révolte. Le 13 Brumaire (4 Novembre 1801) il entra au Gap avec 40 prisonniers de distinction, et réunit sur la place d'armes^ la population entière. Les 1*"' et 2* demi-brigades formaient un bataillon carré derrière lequel était rangé un escadron de »a garde dhonneur. Tout à-coup trois pièes de canon, mèches allumées, débouchèrent sur la place, et pénétrèrent dans le carré; la multitude et les troupes elles-mêmes furent saisies de terreur; Ton vit vaciller les baïonnettes des soldats tremblans. Toussaint laissant loin derrière lui son état major parut seul au milieu de la foule. Il se lit un profond silence. Voici , dit il , rhomme (jue le général Moyse a représenté comme traître à la patrie ! voici Thomme assassin de ses frères! voici Tliomme qui a tenté le rétablissement de l'esclavage, qui a trahi la République, et qui a voulu se faire prodamer roi sur des milliers de cadavres ! il fit le tour de la place , à cheval , toujours seul , plein de fureur, lançant sur Ja foule des regards menaçans. Aujourd'hui, continuat il , des coupables recevront leur châtiment ; ils «nt troublé Tordre public. Quant au général Moyse , mon neveu , il subira sous peu de jours la peine que mérite sa prise d armes; il a conspiré contre la France sa patrie, et quiconque s'armera contre elle, serait-ce mon propre iils, périra du suppiic^^ deâ traîtres. Il ordonna à plusieurs ofliciers suspects de sortir des rangs , et de se brûler euxmômes la cervelle ; ce qu'ils firent sans murmurer. Alors une foule d'hommes liés les uns aux autres parurent sur la place. Parmi eux Ton remar^ quait le colonel de la 5"^ demi brigade Joseph Plaville , les citoyens Troisballes , Bmhomme, Jean-Baptiste Lebon. Le carré s'ouvrit, fes trois pièces de canon furent braquées sur eux; un instant après ils avalent disparu écharpés par la mitraille. La foule saisie d-horreur prit la fuite et se dispersa de toutes parts. Toussaint se rendit au palais nattonal où il fut .défendu de pénétrer même aux premières autorités civiles et militaires; les officiers de sa garde seuls l'entouraient. Le lendemain il partit pour le Fort Liberté où la même scène se renouvela. Là fut baïonnette le capitaine Hillarion , le frère de celui qui avait été fusillé au Port Républicani , pour vol domestique. Du Fort Liberté il se rcncilit au Trou où il fit immoler un millier de cultivateurs de la plaine du Nord qui y avaient été conduits. Dans ce bourg le .massacre fut plus affreux que partout ailleurs, }1 eut lieu autour d'un cayemite quelles habitans de ce canton montrèrent avec effroi pendant longtemps aux voyageurs. Le gouver^ neor retourna au Cap pour s'occuper de la eondamnation du général IHojse. Après avoir nommé Christophe général de brigade , il or^

124 histoire: d'ïiaiïi.— (1801)

donna à Dessalines de parcourir toute la province afin que la Iranquillilé y lui délinitivement rétablie. Dessalines * lit renlrer , à coujlsde fusil, sur leurs habilatipns respectives , tous les cullivateurs qu'il rencontra. Quand il arriva au Limbe on amenai devant lui unhominede couleur. A lu vue du mulâtre , il s écria : Je ne veux plus faire périr ceux de celle couleur, j'en ai fait le serment; c'est en assez! Trop longtemps nous avons été égarés! donnez la liberté à ce frère.

Pendant cet intervalle une commission militaire avait été formée au Cap , sous la présidence du général Pageot , pour juger le général Moyse. Celui ci ne fut pas amené devant ses^juges; il demeura au Porl de-Paix. Le conseil militaire n'ayant pas entendu la défense do l'accusé et ne pouvant juger que sur le rapport fait par Toussaint Louverture, déclara que le général Moyse était coupable d'après les pièces remises contre lui au tribunal militaire par le commandant de la place Barada. Toussaint Louverture mécontent de ce jugement qui faisait peser sur lui toute la responsabilité de la mort de son neveu , le cassa , et forma au Port de Paix^ une nouvelle com^mission qui condamna Moyse à la peine capitale comme coupable du crime de rébellion. Le condamné fut fusillé^le 29 Novembre iSOl dans Je grand fort du Porl-de-Paix sous les yeux du général riersaux.

Aussitôt qu il eut appris l'exécutîon de Moyse le gouverneur abanâonna le Nord, traversa rapidement les villoset bourgs sans s'arrêter, dans un abattement profond, se sentant seul en présence des blancs, ayant excité riiidignation de la population noire , par la mort de son neveu (|u il avait ordonnée, et ne se croyant pas le droit de compter sur les hommes de couleur.

Le lendenjain ue son arrivée à St. Marc, il était d'un<^ humeur furieuse ; s^s favoris les plus intimes n'osaient l'aborder. Il ve* liait d'apprendre qu'un prochain traité de paix devait être conclu *Vi][vQ la France et T Angleterre ; il avait remarqué que Us colons qu ii avait comblés de bienfaits se montraient joyeux de la liberté des mers que le gouvernement britannique allait bientôt accorder à la Républi(|ue. L'on parlait hautement d'une expédition qui devait dlvd dirigée sur St. Domingue. D une autre part il paraissait bourrelé lie ren)ords et de chagrin. Jamais on ne l'avait vu dans un tel étal d'inquiétude et d'agitation , lui qui dissimulait si bien ses sentimens et ses émotions. il était étonné lui-même des immolations qu'il venait défaire, d'avoir sacrilié Moyse à la France, d'avoir exterminé tant de noirs qui n'avaient pris les armes contre lui que parce qu'ils l'avait cru aveuglement dévoué aux intérêts des blancs. Il sentit qu'il avait poussé beaucoup trop loin son système , que la prise d'armes de Moyse était un avertissement' que lui avait donné le peuple. Tout lui annonçait que quelles que fussent désormais ses conaesceadauces envers la France , il ne jouirait plus^ de la conllaace.

du gouvernement métropolitain. Il éloigna dés lors les blancs de* son intimité, et songea à faire oublier aux hommes do couleur les vengeances cruelles et inutiles qu'il avait exercées sur eux après la €hûte de^ Rignud:

Il se disposait à partir de St-Marc pour le Port-Républicain, quand un blanc s'approcha de lui et se plaignit de ce qu'un de §es gui* des l'avait frappé. Il lui répondit sévèrement : la justice vous écoutera et vous fera droit si la raison est de votre côté. Il rentra au palais national tout ému se plaça au centre des officiers de son état-major et dit: Avant la révolution j^avais un maître quo j'aimais; il m'avait fait apprendre à lire et à écrire; chaque dimanche il me laissait aller au Cap entendre la messe; je portais toujours un livre de prières. Un jour je fis la rencontre d'un blanc qui me fendit la tête d'un coupde b&ton, en me disant : Ne sais-tu pas qu'un nègre ne doit pas apprendre à lire? Je lui demandai pardon humblement, et j'avouai que j'étais coupable de savoir lire

Ka voix de Toussaint s'altéra ; des larmes remplirent ses yeux. — Mon gilet fut couvert de sang , coniinua-t-il. De retour chez rooD maître, je ne cessai de porter ce gilet qui me rappelait que j'avais un jour à me venger de cet affront. Quand la révolution éclata, le hasard me lit rencontrer ce blanc; c'était au haut du Cap. Je l'aborclai et lui dis, lui montrant mon gilet : reconnais-tu ce sang ?... Il j3âlit , chancela et me demanda grâce ... Je lui ^ouvris le ventre avec mon poignard. Mes amis, l'homme ne doit jamais oublier les humiliations qu'il i| reçues. Il sortit de la salie, plein de fureur, s'élança sur son cheval et partit pour le Porl-Republicain. Aussitôt après son arrivée en celte ville, il reçut des dépêchés du colonel Vincent , par la voie de Jacmcl ; elles lui annonçaient qu'une expédition formidable se préparait en France contre St-Domingue. Il réunit au palais du gouvernement les hommes de couleur les plus marquants , se plaça au milieu d'eux et leur dit : je sais que j'ai été, après la chute de Rigaud, injuste envers les hommes de couleur , en violant l'amnistie du iev Messidor; mais des blancs scélérats* m avaient conseillé d^agir ainsi envers eux ; je suis revenu de mes erreurs ; je vous jure de \ous accorder toute ma confiance; je ne verrai désormais dans les blancs que des monstres. Réunissez vous à moi afm que je les dé« truise ; faites savoir à vos frères ce que je vous dis ; exhortez-les à ne pas m'abandunner Les hommes de couleur étaient silencieux et étonnés ; il ne les quitta pour rentrer dans ses appartemens, que lorsqu'ils lui dirent qu'ils avaient oublié le passé. Il adoptait le système de Moyse dont il avait ordonné la mort; dans le sang de son neveu il avait découvert combien était fausse la voie qu'il avait suivie.

Quand les hommes de couleur se furent retirés il app^ela dans son cabii

lj$ HISTOIRE D^HàITI. — (18()1)

ael Mrlieulier fai plupart des officiers supérieurs noirs qui se trouvaient a« ^-Républicain , et leur dit que le moment d'exterminer les blancs élaiU arrtxé , qu'ils étaient parvenus à la dernière période de la révolu* lioa» et qu'ils ne seraient vraiment libres et heureux , qu'après ce M9»ssâcre général. Je veux, s'écria-t-il , que sous peu, Ton ne poisse «pas trouver, à Sl-Domingue, même une parcelle de la chair de riiommc blanc , du français surtout , pour s'en servir comme remède , si c était prescrit dans la maladie la plus grave. Il leur recommanda d'user de dissimulation envers les européens , et de se montrer à leur égard , comme par le passé , en attendant ses instructions.

Il fit aussitôt partir des émissaires pour la Jamaïque , a^o mission d'entrer en négociations avec le général Nùgent, gouverneur de cette lie , relativement à des avantages commerciaux considérables qui pourraient être accordés au gouvernement britannique, en compensation des secours qu'il lui fournirait contre la France. Il s'était déterminé à hâter l'exécution ^'de son projet d'indépendance. À tine autre époque, alors qu'il ne croyait pas sérieusement- à une expédition française , il ne voulait traiter avec les Anglais qu'à des con^ ditions très-favorables à ses intérêts; mais maintenant, se trouvant en présence d'un danger éminent, il se montrait disposé à (aire )es plus grands sacrifices en faveur de l'Angleterre.'

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