LIVRE VINGT-DÈUXIÊME
Sommaire. Les dispositions àe Toussaint Contre les blancs transpirent dons le public. — Leur inquiétude. — Silence de Bonuparte à Pégard de Toussaint* — Arrivée officielle à Saint- Doming^ue de la signature des préliminaires du traité d'Amiens.— Le général Nugent, gouverneur de la Jamaïque, rompt ses négocia* lions avec Toussaint. — Mission de Sasportas à la Jamaïque. — Toussaint part pour Santo-Domingo — Instructions qu'il laisse à s^s généraux. '--L'arrivée à Paris du colonel Vincent , poiteur de la constitution de 1^01 , achève de déterminer Bonaparte à envoyer une expédition à St-Domingne. — Bonaparte prend Tavis du Conseil d'Etat et de son conseil privé sur réexpédition de SttJomingue. — Vincent, Bemadotte , Dumas, i^ucien Bonaparte, Foucht^r, s'eflorcent de le détourner de ce projet. — La Conseil d'Etat décide que l'expédition 8t*ra entreprise.— Aventure de Lapointe à Paris — Grand armement dans les po ris dp France. — Forces de l'expédition. — Les fils dt Toussaint avant de partir pour St-Domin-gue vont saluer Bonaparte aux Tuileries. — Paroles que leur adresse It premier Consul. — Le général Leclerc, commandant en r.ktf de l'oxpédition avec le titre de capitaine-général , s'embarque sur le vaisseau J'Océan. — Départ de la flotte. — Officiers généraux de i'armee expéditionnaire. — La flotte aborde au cap Sama* na. — Larmée est partagée en quatre divisions: celle de Rochambeau se dirige •ur le Fort-Liberté ; celle de Boudet sur le Port Républicain ; celle de Harojf £ur le Cap Français; celle de Kerverseau sur Sto-Domingo. — Le général Rochambeau s'empare du J^ort- Liberté. — Etat de la ville du Cap — Lettre de Le* clerc à Z!hristophe. — Adresse du 1er Consul aux habitans de St- Domingue. — ^ Inctndie du Cap — La division Humbert prend possession de cette ville. — Leclerc
L arrive. — Villate , Rigaud , Pétion , Léveillé , Belley , Dupont , Ludué, Clueyer Lrivièie et d'autres officiers noirs et de couleur , hestîies à T&uaaaint , dém*
* qu'ont au Cap. — Pauline Bonaparte, dame Leclerc , y débarque aussi. — Toussaint revient de la partie de l'E^t — Ses ordres à ses offi«*iers. — Il se rend |aux Gonaïves.— L'escadre de Laifinche-Tréville, portant la division Boudet, mouille au Port-Républicain. — Mesures de résistance prises par le comnf)andant liSimartinièr*». — Le fort BizQton se rend aux français sins résistance — Combat du Portail de Léogin*». — Boudet s'empare du Port-Républicain. — Il apprend l'arrivée de Dossalinrs dans la pinino du Cul-de-Sac. — Il fait occuper la Groix-dcs-Bouquels j ar 2,000 hommes. — Hôpital du Port- Républicain.
Les dispositions hostiles de Toussaint à Tégard des blnncs avaient transpiré dans le public. Ceux-ci n'avaient plus en l'avenir la mê« me confiance qu'autrefois ; ils craignaient d'être tous massacrés à l'arrivée des .français; ce que Toussaint eût dijà exécuté s'il avait été certain des grands préparatifs de guerre qui se faisaient dans les ports de France contre St Domingue. Lq gouverneur s'attendait à recevoir des lettres du ler Consul en réponse à plusieurs qu'il lui avait adressées. Bonaparte ne lui avait pas écrit. Ce silence qu'il prenait pour du mopris Ijndignait profondéntent. Il disait que ses ennemis personnels étaient écoutés ; (pieÉfo France oubliait -ses services récens qui, rendus à l'Angleterre ou à 1 Espagne, auraient été mieux appréciés. Il se sentait humilié d'être toujours en relations avec les Ministres seulement qu'il traitait de valets. Il ne voulait plus prendre par lui-même connaissance de leurs paquets ; il confiait ce soin à ses secrétaires. Bonaparte , disait-il souvent, est le premier homme en Euroi>e; moi, je suis le premier homme de l'archipel des Antilles. Il avait adressé une lettre au premier consul dont la suscription intérieure portait : le premier des noirs au premier des blancs. N'en recevant aucune réponse il croyait que Bonaparte avait été offensé de ce parallèle.
Alors arriva ofliciollement à Si- Domingue la nouvelle de la signature à Londres des articles préliminaires de la paix européenne, (lep Août 4801) par lord Hawkesbuiy , et le citoyen Ollo, chargé d'affaires de la France; on sut que lli ville d'Amiens avait été dé* signée pour les négociations d'un traité délinitif; que Joseph B)na« parte, conseiller d Etat , y représenterait la France, et lord Cornwalliis , lAngleterre. Toussaint apprit aussi qu un rapport du con^ seiller Thibeaudeau annonçait le rétablissement de l'esclavage à la Martinique, à Cayenne, et qu'une administration forte soumettrait la Guadeloupe et St-Domingu^e à la volonté de la France. Ces nouvelles agitèrent extraordinairement le gouverneur , qui redoutait la restauration de l'ancien régime. Il s aperçut que les terreurs des blancs augmentaient chaque jour; et pour les apaiser il publia le 48 Décembre 1801, une proclamation par laquelle il recommandait aux autorités civiles et militaires, ainsi qu'au peuple, « de recevoir « les ordres et les envoyés de la métropole avec le respect de la
insToiRE d'haiti. — (1801^ Ita^
« pieté niialé. » Mais les derniers .paragraphes d^. la pxoclamatioa, £|isaienL une sorte d'appel à l'armée. ,
Pendant cet inlervaHe lo«général Nugent; gouverneur dé la Jàmaî? que , a^ant roçn à Kingston là nouvelle delà s^nature. desprélimi* naîres de paix cïitre la France et rAngleteri>6, re&voya à Si. Do^ roingue les agens que Toussaint avait auprès de lui,, et fit savoir à celui-ci que toutes ses convention^s avec le» gouvernement briiannique devenaient nulles. Le gouverneur accusa les anglais de perr fidie V dit qu'il se vengerait de -leur mauvaise foi, et qu'il saurait mourir en bi^ave soldai |>our* la liberic.- U envoya aussitôt à la Ja? malque, pour soulever les ateliers . de celte colonie, deux énoissai^ res, . Sasporlas eC Dubuisson. Peu% de jour^ après leur arrivée à Kingston , Dubuisson lut dônoncé à Tautorité par quelques esclat ves auxquels il avait comn) unique son projet. Il (ut arrêté et conr damné à la peine capitale. Le goiiverneur anglais lui promit sagrâco, la liberté et 800 piastres , s il dénonçait ses complices* II. nomma .. Sasportas. qui fut à son tour arrêté, jugé et condamné, à être pendijK ' La potence fui dressée au centre de la grande place. Quand Sas* portas arriva au lieu de l'exécution, au nûlieu d'un peuple de toutes. les couleurs, le gouverneur, lui dii.: Saspoi^a^coiidamné, vous voyez la corde qui . doit vous ôter la vie; fuites connaître vosconv plices au gouvernements britannique, vous recevrez votre grâce. Me prenez-vous pour un Dubuisson, s'écria t il, eo.axiglais, poui'un vil . dénonciateur ; je meurs pour la^ liberté ; je. vois , parmi , vou§ tous . qui m'entourez , autorités et peuple , , des . complices ; mais qu'iU vivent inconnus; et si les idées que je leur ai inspirées gerineiil dans leurs cœurs , ils les feront éclater; un. jour. Quand iL.eut atteint le sommet de l'échelle appuyée contre |a polence, il se tourna vers la multitude et dit dune \oix.for(e: « Nègres et Mulâtres delà «Jamaïque ! quand imiterez vous vos -frères de S<unt DpmingueJ? <c' assassinez -VOS maîtres, et rendez -vous libres, » . Le gouverneur 6ommanda: au bourreau de hâter I exé<tu4ion., et le cadavre du coiV damné demeura suspendu dans l'air aux acclamations des- blancs^ Ainsi échoua lé projet d'insurrection; tentée par Tou.<(saiiiL contre la Jamaïque. Dubuisso» reçj^t .les. 800 piastres promises , et fut embarqué sur un bâlimeftl neutre aibnt à . St. l'bomas. II,, lui. fut défendu « de ne jamais « remettre le pied sur le territoire anglais , même jeté par la tempête, .sous ptâne dotre pendu«.
Toussaint continuait à appeler auprès de lui leS; hommes de oouleur;- peu acrouraient. à . sa^voix.,. tanil sa dissimu^ jalion^ excitait: leur déiiance. Il partit do Port Républicain où il laissa^ Lamartinière, homme de couleur, commandant de la 3e coloniale,, avec ordre de surveiller le général Agé., cpuintiandant de l'Arrondissement, et. le colonel Dalban^ comm^aiid^nt de la place,, toutes deux ^blancs français. Partout où il passa il ordenn^ à.
Itê falSTOIKic I>*0AITI.--^(tSOl)
tfed lieutenan* de massacrer les blancs , de brûler les villes , et d'exciter les hommes de couleur à 8*armer en sa faveur, si les français atlaquàient la colonie. Il gagoa la partie espagnole pour y établir un système de résistai^e, sans |néanmoins être pariaitement certain des projets de la France à son égard*
Le colonel Vincent était arrivé à Paris vers le milieu d'Octobre. n avait remis au premier consul la constitution de Toussaint. €et aete vainquit les irrésolutions de Bonaparte concernant une expé- <lition contre St-Domiugue. Le 1er consul n'ignorait pas les traités secrets que Toussaint avait faits avec les Anglais ; et la conslttulion coloniale Ait considérée comme un acte d'indépendance.
«Cependant Bonaparte réunit son conseil privé, le Conseil d*Etat, la plgpart de ceux qui Tentouraient, et les consulta sur l'expédi* lion. Le ministre Forfait, Bernadotte , Dumas, Lucien Bonaparte^ Fouché, s'appuyant sur lexposé de létat de la République, en \ date du 2 Frimaire an X (23 Novembre 1801) , portant qu'à Saint Domingue et à la Guadeloupe il n'existerait plus d'esclavage, que lout y était libre et y resterait libre , s'efforcèrent de détourner le ïpreraier Consul de œ projet. Le colonel Vincent lui conseilla de refuser simplement sa sanction à la constitution coloniale : — On mettrait , disait-il » Toussaint dans l'alternaiive ou de céder sa di* '^nité i un nouveau gouverneur envoyé par la France, ou de te |)lacer hors la loi en résistant aux ordres de la métropole ; il ajouta que si on l'attaquait par un coup do surprise, en le forçant à se défendre on donnerait à sa cause les apparences du bon droit.
De leur côté les colons soutenaient^ que seize mille hommes suf- 'liraient pour exterminer une population ignorante, et à leur avib essentiellement lâche ; que l'aspect du fouet seul pouri^ait la faire rentrer dans le devoir. Vincent leur répondit en présence du 1*' Consul que les noirs et les hommes de couleur de St. Domingue .'ti'étaient pas tels qu'ils les représentaient; que loin d'être des liom* mes lâchés, ils étaient^ au contraire braves, aguerris par onze ans de combats et éclairés par une longue expérience. Il déclara même ^ue les meilleures troupes de France ne pourraient lutter longtemps^ contre eux , dans les montagnes , sous le soleil meurtrier des tropitques ; oue la fièvre jaune finalement les anéantirait. Les eolons accusèrent Vincent d'être un mauvais français , un .négrophiie , et d'avoir été gagné par l'or de Toussaint Louvérture. (Bonaparte partageant leur indignation le menaça de sa disgrâce ; il ne tardera pas à Tentoyer en exil à Tile d^Elbe avec un faible' emploi. L'ex-commîssaire teivil Sonthonax avait fait un mémoire dans lequel il combattait Ij^ ^projet d'expédition comme contraire (aux intérêts de la France. T'ouché puisa'tit ses argumens dans de ménloire s'opposa ënerg{> Renient àuji conseils que donnaiêritles colons. ^ Messieurs Fleurieu
^'"^ra^'ontùs ^iniba lui ^itiissi eu pleiao 'disgii|<^ , «t fut énv
HISTOIRE fy^AlTI.—- (IMf) . ÎS|
et llalouêt, chefs du parti colonial emportèrent la majorité des deus coDseifs en faveur de Pexpédition. Il fut décidé qu'après tacM^nitk «Hi maintiendrait l'esclavage , conformément aux lois et réqlemêns antérieure à i789; et que la traite de& noirs *et leur importation auraient fieib êuivant les lois existantes à cette époque. ^ Le commandement dé Tex^ pédition fut offert à Bernadolle qui le refusa. Il déclara au'H n« consentirait à se rendre à St. Domiiigue que comme ûégociateur sur une frégate; qu'il obtiendrait ainsi des lésultuls plus avantageux que s'il sy présentait avec des ibrces imposantes. Bernadette sit trompait; il eut été chassé de File comme Hédouville par Taudaicieux gouverneur ; il n était plus possible de détourner Toussaint Louverture de son projet d'indépendance. Âl^rs il fui résolu quille général Leclerc, beau frère du i*' Consul^ commandei*aît Tex* pédition.
Cependant il eÀt été plus coBvenable de confier <Bette grande en^ treprise au généial Lavaux qui avait gouverné St.' Domingue avec^ talents et qui s'y était couvert de gloire. Bonaparte qui abhorrait son négrophilisme ne voulut pas même lui accorder une audience.
Le cabinet de St. Cloud continua à se livrer avec ard^raux préparatifs de Texpédition. Bonaparte ayant réuni autour de lui tous 169 ofljciers supérieurs qui avaient fait la guerre dans la colonie , écoutait leurs avis , surveillait et dirigeait les opérations. Les cartes de St. Domingue qu'il avait sous les yeux ne lui paraissaient pas assez détaillées pour dresser un plan de campagne. On lui apprit au^ JeaO' Baptiste Lapointe qui sous les anglais avait commandé à lArcahaie ^ était i Londres^ et avait une carte des plus détaillées., de la colonie. Il envoya auprès de lui des agens qui lui proposèrent une somme considérable s'il^voulait venir 'eô France présenter au 1er. Consul la carte qu'li possédait : Lapointe hésita ;. mais il lui fut promis que sa personne et' sa liblsrté seraient res.pectées. U se rendit à Paris, et remit aa ministre d% là Marine' de nombreux plans de tous les quartiers de File. Après les avoir consultés^ le ministre lui demanda combien it Êudrait 4^. troupes ^ à son avis , pour soumettre Saint Domîngiie, si. toute la ipopulalion se prononçait contre la "France. Cent mille hommes,, répondil Lappinte, débarqués, en même temps, et le niêine^ chiffre toujours entretenu pendant plusieurs années.. U .fut traité.* de ÊMi. Pçu de jours après il fut arrêté par ta nojice, sur la dénoœîatioii d'un colon de I Arcahaie qui l'accusa a avoir livré cette canuniine aux Anglais. U fut traduit paidevanl One commission
peu^s temps après. Néanmoii33 . le ler. consul admirant lès talens ^O'il Bvait démomrés dans ee mémoire accorda a chacun de ses beau^fils , les frères Viilevaleix , une bourse au aollèg^e de Lamarche.
* Mémoires de Fouché Tous les actes de Lecierc , après Foccupatioû ia l'Ile } sont eu harmonie avec cotte décision*
militaire comme trattré^ à la patrie. Fouché avait élé son . ccnsetrir diez les oratoriens de ^Nantes. * Il lui fit connaître qu'il avait dans tes papiers le procès-verbal par lequel les habitans de l'Arcaliaie rëunis dans l'église de ce bourg Tavaient contraint à se livrer aux Anglais, Lapointe Jui*mème avait élé, Tâme de cette trahison ; cependant il avait fait rédiger le proccs-verbal de telle sorte. que sa responsabilité se trouvait à Tabri. On lui permit de donner à ses juges lecture de celte pi<Ve. La commission reconnut avec étonnement la signature du colon son accusateur, parmi les noms de ceux qui avaient signé le procès-verbal. Lapointe fut acquitté; cependant Jja police lui enjoignit de quitter la France à bref délai. Il partit sans avoir reçu la somme qui lui avait été promise.
Pendant cet intervalle, il se faisait de grands préparatifs de guerre dans les ports de Flessingne , du Havre, de Bfest, de Lorienl , de Rochefort t de Cadix et de Touloi\.' Tous les bâtimens delà marine^ nationale étaient ravitaillés et armes. Les plus belles troupes de France , les soldats de Jourdan , de Moreau , de Hoche , de Bo« naparte, vainqueurs en Allemagne, en Italie, en Egypte atteignaient
£ar des marches forcées, les villes maritimes de l'Océan et de 1$ [édîterranée. La France n'avait jamais vu un plus grand déploiement de forces navales; la Hollande et l'Espaghe ses alliées devaient fournir leurs contingents. Dans le port de Brest- étaient réunis 18 vaisseaux ; 9 frégates ou corvettes , 3 bâiimens légers ou de transport , sous les ordres de Tamiral Villaret- Joyeuse. Ces navires portaient les 5.% <!.% 3/ deçni -brigades légères; les 22.% 31.*, 79.* demi-brigades de ligne; le 19." de chasseurs à cheval et un corps d'artillerie; ces forces fourni^ssaient un effectif de 6,600 hommes. L'escadre de Lorient était composée d'u;i vaisseau de ligne, ^l'une frégate, de deux corvettes., Elle portait la 71.** demi brigade de 900 hommes. Six vaisseaux de ligne, six frégates, deux corvettes, deux avisos Bousies ordres du contre-amiral Latouche Trévillc , formaient Tescadro de Rochefort ; ils portaient les 15.*, 56 *, 68.* et 90* de li^ne, la légion de la Loire, le 19/ de dragops et un régiment d'artillerie; ces corps qui n'étaient pas au complet^ formaient une division de 4,000 hommes. L'escadre de Toulon sons les ordres de Tamiral Oanthaume était de quatre vaisseaux de ligne, d'une frégate, d'une corvette et d'une flûte; elle était chargée, des 28/, 74.* et ^d'un régiment d'artillerie fournissant 4,20(^ hommes,
Gelle^ de Cadix commandée par l'amiral Linois était composée de trois vaisseaux de ligne et de trois frégaies; elle portait la 19.*" de ligne, un bataillon allemand et le 10.* de dragons; ^,400 homme^s.
* Lapointe né à l'Aroahaie ( St.-Domingne , ) avait été élevé au séminaire da Nantes, Il ne s'était réellement déterminé à passer d'Angleterref 6n France qu^afin de voir une soqiu qu'il avait à Maqtes, '
.KISTOltlE D^HAItt. (1801) /l$$
. Dans la rade du 'Havre louvoyaient quatre frégates portant la 98/ -de ligne de 1,400 hommes. • s
.' La division hollandaise, fsous les ordres du contre-amiral Barlzincli était €om posée de trois vaisseaux de ligne, de trois frégates f elle portait la 7/ de ligne ^ et une compagnie dVtillerie , i,500 hommes* Toutes ces troupes donnaient un effectif de 21,000 hommes portaiit •fusils.* ;
L'armée française ctctit -composée en grande partie de vétérans^ républicains sincères , la: plupart soldais de Moreau dont Bonaparte voulait se /défaire, prétendait-on.. On disait qu'ils le gênaient pour l'accomplissement de ses projets ultérieurs , qu'il était satisfait ^e
^ *.Petidam tes mois qui suivirent la première expédition, dans le courant •de 18)2 et dans les premier^ mois de 1803) il arriva successivement daiv^ la colonie :
. Sur le vaisseau le Pélogir la 7Te. demi brigade, légion expéditionnaij;6 .de 1,600 hommes , en Prairial an lUi
Sur le Formidable et TAnnibal , la Te, légère, et des dêtachemens particuliers, en tout 1,600 hommes, le 13. Thermidor an 10; * Sur 1 Intrépide , la 83e. de ligne de 1,400 hommes , le |24 Thermidor an 10; • •
Sur le convoi te lougre le Vautour , fOO hommes de la 3e. de lign^ le 24 Thermidor aïi 10 ; ^
Sur le convoi le brick lé Lodi , la première légion polonaise de 2,000 hommes le 24 Fructidor an 10;
Sur le transport PKgyftieniie , quatre bataillons gardes côtes , 2,670 hommes, le ler. Jour co nplénientaire ;
Sur le Prudent im bataillon étranger de 612 hommes, le 3e. Jour complémentaire ;
Sur le Jeune Edoiiard et sur ^Aristide 227 hommes de la 83e. de ligne^ le 29 Vendémiaire an 11.
' Artillerie à diverses époques 4,522; infanterie aussi à diverses époques 6,400 hommes.
La France envoya eu totali'é dans la colonie pendant les années 1803 <V, 1803,42:531 soldats blancs qui furent en partie exterminés par le fer <fc le climat en moins de 18 mois. Il ne faut pas comprendre dans ce chiffre les équipages des bàtimens d» guerre qui gardaient le littoral et combat' taient à chaque fois que l'occasion s'en présentait avec la même intrépi« dite que lés troupes do terre.
, Le général Leclerc trouva a St.-Domingne 1,200 hommes de troupçs| européennes les r^tes de vingt bataillons et dd nombreux côfpl de m$rine qiii y avaient été envoyés pour conbattre les Anglis. Leclerc dans 49a lutte contre Toussaint Louverture fut aidé par 6,000 hommes de troupes coloniales» noires et jaunes. Après la chute de Toussaint toute l'arnaée coloniale de 20fi00 hommes environ se rallia aux troupes françaises ; mais quand la tentative du rétablissement de Tesclavage força Capoix , Pétion , Dessalines, Christophe, Férou à s'armer contre la métropole , les troupes coloniales abandonnèrent successivement Tarmée Crançaiise et passèrent dans les lai^ .des luoatagaards iadépendans.
Hi BiSTOntB D*HAITI.(I80l)
tronte? une oeeasfon^n apparence glorieuse pour la France , de les. jeter à fexterminatioD. L'opinion publique égarée par la malveillance , se prononça à Paris assez énergiquement contre cei épou* irantable maôliiavélisme. Touché, ministre ae la police , Ten ins« truisit aussitôt. Bonaparte lui dit \ « Eh bien ! vos jacobins préten-
< dent méchamn^ent que ce sont les soldats et les amis de Moreau « que j'envoie périr à St. Bomingue; ce sont des fous' hargneux t
< laissons les jaboter; on ne gouvernerait pas si Ton se laissait en- « traver par les difftimations et les calomnies. »
Le fils de Toussaint, Isaac^ Lou vertu re, était toujours à Paris au collège de la Marche. Avant les préliminaires de Londres, Placide, beaufils du gouverneur, avait été retiré de cet établissement, ainsi qu'on Ta vu. Bona?»arte Tavait fait embarquer à Brest , comme âide-de camp du général Sahuguet , sur le vaisseau de Tamiral Gan* thaume se rendant en Egypte pour renforcer Tarmée. L'embarquement de Placide avait pour but de tromper les anglais qui devaient penser que Texpéditien se dirigeait sur St. Domingue. Le vaisseau fut contraint de relâcher à Toulon , et Placide, de retour à Paris fut appelé aux Tuileries avec son frère. Ils se rendirent auprès du 1*' consul accompagnés du citoyen Goisn&Q ,* directeur du collège de la Marche. Le ministre de la* marine les présenta à Bonaparte. Celui-ci leur annonça qu'ils allaient partir avec Tarmée pour St. Domingue. Il leur dit: « Quand vous arriverez dans votre pays, vous ferez savoir à votre père que le gouvernement français lui accorde
I)rotection , gloire et honneurs , et qu'il n'envoie pas dans la coonie une armée pour le combattre, mais bien pour y faire respec* ter le nom Irançais contre le& ennemis de la patrie. » Le lendemain le minstrede la marine invita à un somptueux repas Monsieur Cois- Bon et ses deux élèves. Les principaux convives étaient le général Leclerc , le vice-amiral Bougainville , le citoyen Bénézech , conseiller d'Etat, le général Davoust , et le colonel Vincent. Le même jour le gouvernement fit don à 'chacun des enfans de Toussaint d'un riche costume militaire et d'une magnifique armure.
Le général Leclerc après avoir reçu ses instructions du 1*'' consul, se rendit à Brest et s'embarqua sur le vaisseau amiral l'Océan. Les fils dC'Toussaint accompagnés de M. Coisnon montèrent à bord de la Syrène, et la frégate la Vertu fut chargée d'une foule d'officiers noirs et de couleur de St. Domingue qui s'étaient réfugiés en France après la.guerre civile. Parmi eux l'on remarquait Rigaud , Pétion et Boyer.
La flotte appareilla dans le mois de Décembre iSOl. Elle était eommandée par les marins les plus fexpérimentés et les plus intré* pides que la France eut alors : Villaret Joyeuse, Lateuche Tréville, D^lmothe, Gan thaume, Linois, Magon, le hollandais Hartzinc et Tespagnol Gravina ; et la superbe armée qu'elle portait avait à sa tête i^
k «livisionnaire Leclerc , général en dbef de Texifé^itioil sotli te titrf de Capitaine- Général , soldat du Rhin, de TAddige et du Mil^ Dagua^ un des héros de la bataille des Pyramides; Humbert célè« bre par son débar(|uement en Irlande, sous )e Directoire Exécutif} Clausel, Watrin qui s'étaient couverts de lauriers , sous les ordres de Masséna^ contre les russes commandés par Souvarov; Boudejt qui avait conduit l'artillerie française au travers du Saint Bernard^ 61 s'était acquis une brillante gloire à Marengo; Rechambeau, officie^ de réputation , mais perlide et cruel qui s était distinguée la Marlinique et- dans le Tyrol ; Hardy , Débellë, Dé vaut, Glaparède et unff. foule d'autres qui tous avaient repoussé l'étranger des' frontière de Ifi patrie » au cri de la liberté. Le citoyen Hector Daure qui 9va^ démontré en Egypte des talens administratifs , avait été nommé or* donnateur en chef de Tarmée. Bénézech qui avait été ministre d|i l'intérieur en France , fut nommé ministre colonial peur St. ti^ tntngue.
Les instructions secrètes qu^avait reçues le capitaine-général. L$^ clerc , en harmonie avec la décision du Conseil d'Etat jet du coii« seil privé portaient que l'esclavage serait rétabli après la eonquôte \ que la plupart de ceux qui avaient joui de la liberté par la révolution seraient exterminés et seraient remplacés par la traite des africains,» isaac et Placide , après trente jours de^navîgation ^ reçurent l'ordre de l^amiral Villaret Joyeuse de passer à bord du vaisseau le Jean Jacques ; la Syrène se dirigea, sur la Guadeloupe.
L'escadre de Rochefort qui portait la division Roudet aborda là première au cap Samana ; les autres y arrivèrent successivemeiiC. Celle de Brest sur laquelle se trouvait Leclerc attérit la dernière* Les français vii*ent avec extase se dérouler devant eux les flots d0 verdure de nos magnifiques savanes. Les rochers, les montagnes^ les vallées , les parfums des bois épais d'orangers et d'acacias que la brise de terre leur apportait , tout répandit parmi eux l'enchante-* ment et la joie; ils croyaient aborder aux rivages heureux de l' Andalousie*
L'amiral Villaret Joyeuse envoya le long de la côte un bâtiment léger qui amena k boid de l'Océan quelques pilotes. Geux-ci inter«rogés par le général Leclerc lui dirent que le gouverneur Toussaint Louverture se trouvait à Slo. Domingo. Leclerc réunit efta conseil i bord du vaisseau amiral tous les géaéraur de l'armée^ il .fut d^ cidé qu'elle serait partagée eu quatre divisions.
.La première sous les ordres du général Rochambeau, de/4,#00 hom?" mes y dut attaquer le Fort Liberté ; la deuxième de 0,000 'jiommes ^ oommandée par le général Boudet fut destinée i occuper le Port Aé« publicain; |a troisième de 10,000 hommes aous les ordres du çé* néral . Hardy dut prendre [possession du Cap ; et la quatriè« me dé 4,000 hoflames seus les oinlres \ du général Kerverseaujluî -ee diriger aur âant^-Domingo. JLerim^a avait di^à aaryt
<3à. HISTOIRE d'haiti — (1802)
st. Domîngue pendafit' plusieurs années, et particulièrement dansla partie de l'Est.
Le gouTcrûeur Toussaint qui parcourait la partie espagnole , atteignit les hauteurs de Samana d où il découvrit la flotte nlont les nombreux navires couvraient la mer. 11 demeura •saisi d'étonnement et môme de crainte à la vue d'un tel dcploieinent de forces; il-descendil- rapidement de la montagne en s' écriant: la Fra-nce enlièrc se f précipite sur nous comme un torrent. Sans perdre un instant il s achemina sur la partie française inquiet de
> la* conduite que tiendraient ses lieutenants privés de sa- direction. •Le 10 Pluviôse (30 Janvier) les quatre ' divisions ;firent voile pour leurs dèsii nations.
Le général ilochambeau at-teignil les' rivages de la baie de Mancenilte an fond de. laquelle est bâtie la ville du Fort Liberté. Elle él&ît commandée dans le moment par le chef de bataillon Charles Pierre. Il donna assaut à la redoute de l'anse , l'emporta et passa au fil de Tépée 'trente soldats qui s'y étaient renfermés. ' Il mar(::ha ensuite contre la place. Un bataillon colonial , sous les ordres du commandant Grand Moêt Prieur, en formait la garnison. En même temps le capitaine de vaisseau Magon lançait, toutes les bordées de Tescadre «ur le fort Labouque dont le commandant Barthélémy rif)Osta vigoureusement. De son côté Rochambeau pénétrait dans la Aille dont les atttorilés lui avaient ouvert les portes. Aussitôt après ruccupation de la place, le fort Labouque fut cerné de toutes paris ; Barthélémy se voyant menacé d'un assaut général descendil son paxillon. Les français n'en massacrèrent pas moins toute la garnison. Ils perdirent un grami nombre de soldats et d'olVieiers. Parmi ces derniers l'on compta un fils du duc de Châtre, aide* de-camp de Kochambeau. La plupart de ceux des partisans d * Toussaint qui n'a\aient pas voulu se soumettre c4aient sortis de la ville à I approche de la division fran«' çaise traînant une foule de blancs quils massacrèrent dans les campagnes, «ils incendièrent toutes les propriétés qu'ils rencontrèrent sur leur passage. ' L insurrection éclata aussitôt dans les quartiers qui ^'étendent entre le Fort Liberté et le Cap , et les colons toiDbèrent de toutes .paris sous Je poignard de nombreuses bandes qui s'étaient formées.
En Janvier 4802 la ville du Gap jouissait d'une grande prospérité; H n'y existait plus au( un vestige de l'incendie de 1793 éclaté pendant le com^bat livré par Galbaud au commissaire Sonlhonax. Le commerce y était florissant, Tordre admirable sous l'administra* lion intelligente et sévère du général Christophe. Des richesses impenses y étaient concentrées. Les babitans qui avaient gémi sous le despotisme de Toussaint • oubliaient déjà leurs souffrances au milieu
^es jouissances matéri Iles qtie leur procurait un brillant commerce. Chaque dimanche Christophe donnait au palais national de magni^*
nisTOiuE d'iiaiti. — (1802) l$J
^ues Tèlos où assistait une jeunesse distinguée pnf ses grâces, sa courtoisie et sa beauté. ChiKjue soir il y avait des représentations; et le théâtre était rempli de citoyens de toutes les conditions. Cependant leshahitans aspiraient à un système gouvernemental beaucoup plus doux ; ils pensaient qu'un gouverneur européen accomplirait leur bonheur. La .municipalité était enliorement dévouée à la métropole; et Télémaque, noir, maire de la ville', qui avait siégea Paris, dans les assemblées législatives, comblé des laveurs de Toussaint , n'était néanmoins nullement disposé à méconnaître l'autorité de la métropole en faveur du gouverneur.
, L'escadre portant la di\i8iou du général Hardy se présenta devant le Cap. Au lieu de pénétrer tout de suite dans la rade , comme avait fait le général Ilochambeau au Fort Liberté,. Lcclerc perdit Un temps précieux en de vaines délibérations avec l'amiral Villaret Joyeuse relativement à la «direction des deux corps d armée sous. les ordres des géjiéraux Hardy et. Boudet. Il s'agissait desavoir si avant d'atteindre le Port-Républicaiu Boudet ne di-barquerait pas au ^Cap avecsa division. Si Lèclerc avaitopéré subitement un débarquement, il eut probablement pris possession de la ville sans coup férir \ car à l'apparition de la Ûotte Christophe n avait encore fait aucun préparatif de défense, et les citoyens leussent coatraint à recevoir le ^nouveau gouverneur. Qtiand on décida à bord du vaisseau amiral l'Océaft qu'Hardy entrerait au Cap, et que Boudet appareillerait pour le Port Républicain , la mer devint calme cl le débarquement se trouva retardé. de deux jours.
De son côté , Christophe , profitant des lenteurs des français , fit transporter au fort Picolet qui défend Tentrée de la rade , des giriileset tous les autres instrumcns nécef^saii'es au service d'une batterie à boulets rouges. H (it distribuer des torches aux soldats de la garnison afin qne la ville fut livrée aux flammes.
Le général Leclerc apprit di^s matelots d'un canot qui s'était approché de l'escadre que Christophe était au fort^Picolet. Aussitôt l'aide de camp de Tamiral Villaret Joyeuse, le citoyen Lebrun descendit dans le canot et se rendit au Picolet où il trouva Christophe qui Taccueillit affectueusement et le pria de lui remettre les papiers dont il était porteur. « Ils 80Ut adressés au général Toussaint Louvert\jre , je n« puis vous les confier, répondit Lebrun. Je suis venu, au nom de la France, votre i)atrie , continua-l-il , vous commander de préparer la ville à recevoir vos frères d armes. » Sans lui répondre Christophe l'invita à monter à cheval et à se rendre au Cap. Quand Lebrun y entra il fut frappé de la physionomie toute européenne de la yiUe ; mais if remarqua que l'inquiétude et la tristesse étaient peintes sur lous les visages. ^1 arriva au palais colonial où il trouva une garde nombreuse et des officiers boirs et de couleur plongés dans un raor .ne silence. La circonstaace était délicate : entr.e la Fraoce et Tous-
138 HUTOIRÊ D*IIAITÎ.— (1802)
saint ils étaiefit irrésolus. Déjà les paquets de proclamations qoé Lebrun avait laissé à dessein tomber en chemin , étaient ouverts par les citoyens qui en prenaient connaissance ; et les militaires subissant rinlluence de la ville ne démontraient pas un vif attachement au gouverneur. Christophe menaça Lebrun de Je renvoyer sans l'entendre s il ne lui remettait pas les paquets adressés i Toussaint Louverture. Le parlementaire les lui (présenta ; il en prit lecture* Le gouverneur est à S(o. Domingo , dit il , sans ses ordres je ne livrerai pas la ville. Lebrun s'approchant de lui et à voix basse : si vous recevez les trou()es avant larrivée de Toussaint, le capitaine général Leclerc vous comblera d*honneurs et de f:>\eurs. Me croyezvous capable de trahir mes devoirs? Lâche est celui qui propose Fignominie. Je. suis soldat ; le gouverneur Toussaint est mon chef; je ne reconnaîtrai une autre autorité que lorsqu'il m'aura déclaî% que la France Ta légitimement remplacer Quant à vous citoyen , vous passerez la nuit parmi nous , et demain vous retournerez auprès de votre général.
 minuit le maire Télémaque , accompagné de la municipalité et des citoyens les plus inQueos, se présenta au palais du gouvernement et supplia Christophe , ^u nom de rhumanilé et de sa propre gloire, ^de recevoir les troupes françaises qui ne pouvaient arriver comme ennemies puisqu'elles venaient dans un pays français ; il lui dit que la Constitution de Toussaint même reconnaissait à la France des droits incontestables sur St. Domingue; il lui rappela son dévouement à la métropole dans l'affaire de Moyse.! Christophe fut insensible à tou* tes ses prières: Je ne crois pas, dit-il, que ce général Leclerc soit un envoyé de la Métropole.; d'ailleurs sur ces bàtimens flottent des pavillons étrangers; si le gouvernement fonçais avait envo}é une expédition à St. Domingue, nous en eussions été avertis préalablement. Il ajouta avec calme : la terre brûlera si l'escadre persiste à vouloir entrer dans la ' rade. » Les pavillons étrangers dont il parlait étaient les couleurs des espagnols et des hollandais , les alliée de la Franee.
Voulant gagner du temps pour continuer ses préparatifs de résie- «tance il envoya eo Réputation auprès de Leclerc, Télémaque, deax notables, le curé, le consul des Etats-Unis Tobias Lear pour lui demander une suspension d'armes de 48 heures. Il voulait, préten* daitil, avoir le temps de consulter Toussaint Louverture. ^ Après avoir dit aux envoyés combien était grande la sollicitude de' La mé-, tropole envers Toussaint et le général Christophe, Leclerc leur.exffosa qu'il craignait par la conduite de ce dernier 1[|ui n'annonçait rîeii de bienveillant envers la France , que Iqs ÀS heures deman- 4ées ne fussent employées i mettre la ville en état de défense. Il leur annonça qu'uqe demi-heure après leur retour au Cap le débar* cernent Hi'of^éporait* Legéaéi^ Lederçiavsail^^'éooiiler.eocore ua
mSTOI&Ë P*HAlTl.-^fl8d2) 139
temps précieux en pourparlers inutiles, aussitôt après le retour de Télémaque au palais national Christophe renvoya le citoyen Lebr&n. Celui-ci annonça à Farmée les préparatifs de défense qui te faisaient au Cap. Il dit au capitaine général Leclerc que Christophe Tavait splendidement reçu au palais colonial. Il s'était assis à une table couverte de plats d'or et d'argent ; il avait été servi par des valets richement vôtus. La salle où il s'était reposé était tendue de draperies de soie dorée.
Un des aidesdecamp de Leclerc qui était descendu en ville avee Yélémaqwe remit à Christophe la lettre suivante que lui avait adresséele capitaine général:
A bord de VOcian^ le 13 Pluviôse an iO.
J'apprends avec indignation, citoyen général, que vous refusez de recevoir l'escadre et Tarmée française que je commande , sous le prétexte que vous n*avez pas d'ordre du général Toussaint. La France a fait la paix avec l'Angleterre, et le gouvernement envoie à St* DeMÉpgue des forces capables de soumettre les rebelles, si toutefois on^revait en trouver à St. Domingue. Quant à vous, citoyen général, je vous avoue qu'il m'en coûterait de vous co^npter parmi les rebelles. Je vous préviens que si aujourd'hui vous ne m'avez pas fait remettre les forts Picolet etBélair, toutes les autres batteries de la côte, demain à la pointe jdu jour, quinze mille hommes seront débarqués. * Quatre mille débarquent en ce moment au Fort Liberté ; huit-mille au Port-Républicain; ^* vous trouverez ci-jointe ma proclamation; elle exprime les intentions du 'gouvernement français; mais rappelez vous que quelque estime particulière que votre con^ duite dans la colonie m ait inspirée je vous rends responsable de de tout ce qui arrivera.
Le général en chef de Tarmée de St. Domingue , et capitaine gé*néral de la celonie ,
Signé, Leclerc.
Après avoir lu cette lettre, Christophe entra dans une violenté fu*^ reur et dit au citoyen Gardre , commissaire près de la municipalité : TOUS me fatiguez , vous ne m'inspirez aucune confiance ; vos paroles sont celles d'un colon intéressé à notre anéantissement. Il chas* sa aussitôt de sa présence le maîre Téléœaque , et répondit à Leclerc par la lettre suivante :
* La division Hardy qui devait débarquer au Cap n'était que de 10,000' hommes.
** La division qui devait débarcjuer au Port-R^publicain n*étûTt qite de ^,000 hommes.
-Î40 HISTOIRE D^UAITI.— (1802)
Au quardêr-géniral du Cap , /e 13 Pluviôse an iO.
Henri CHRISTOPHE^ général de brigade commandant V arrondissement
du Cap, au général en chef LECLERC.
Votre aide-dârcamp , général, m'a remis votre lettre de ce jour. J'ai eu rhonncur de vous faire savoir que je ne pouvais vous livrer les forts et la place confiés à mon commandement qu'au préalable j'aie reçu les ordres- du gouverneur Toussaint Louverture, mon chef immédiat , de qui je tiens les pouvoirs dont je suis revêtu. Je veux l)ien croire que j'ai affaire à des français, et que vous êtes le chef de l'armée appelée expéditionnaire, mais j'attends les ordres du gouverneur , à qui j'ai dépêché un de mes aides-decamp, pour lui annoncer votre arrivée et celle de l'armée française ; et jusqu'à ce que sa réponse me soit parvenue, je ne puis vous permettre de débarquer. Si vous avez la for«e dont vous me menacez , je vous prêterai toute la résistance qui caractérise un général; et si le sort des armes vous est .favorable, vous n'entrerez dans la ville du Cap que lorsqu'elle sera réduite en cendres, et même dans coteiulroit, je vous combattrai encore. l9
Vous dites que le gouvernement français a envoyé à St-Domingue des forces capables de soumettre des rebelles , si l'on devait y en trouver : c'est vous qui venez pour en créer parmi un peuple paisible et soumis à la France, d après les intentions hostiles que vous manifestez , et c'est nous fournir des argumens pour vous combattre , que de nous parler de. rébellion.
«Quant aux troupes qui, ditesvous, débar(}\ient en ce nu)ment, je ne les considère que comme des châteaux de cartes que le vent doit renverser.
Comment pouvez vous me rendre responsable des^vénemens?Vous n'êtes point mon chef, je ne vous connais point , et par conséquent, je n'ai aucun compte à vous rendre jusqu'à ce que le gouverneur Toussaint vous ait reconnu.
Pour la perte de votre estime , GénérsrI , je vous asAre que je ne désire pas la mériter au. prix que vous y attachez, puisqu'il faudrait agir contre mon devoir pour l'obtenir.
J'ai l'honneur de vous saluer^
Signé, H. Christophe.
Christophe voyant que les i5,000 hommes dont on le menaçait ne descendaient pas , considéra la lettre de Leclerc comme une vaine menace et se fortifia dans son projet de résistance. La 2e degai -brigade reçut l'ordre de preodre sa ligne de baiaiUe sur la place
d'cirmes ; Christophe la passa en revue et lui fit jurer de vaincre ou de mourir. La fidélité des soldats à Toussaint Louverture , d'àbord ébranlée par les eitovens, se rafTermit. Les vents dê^ terre venaient de contraindre Tescadre à regagner le lafge. Christophe annonça aux habitans que si hes Français tentaient dopérer le débarquement la ville serait aussitôt livrée aux flammes. Les gémissemens des femmes , les prières des vieillards» rien ne put ébranler sa détermination.
De son côté Télcmaque répandait dans toute la ville les proclamations que lui avait données le général Leclerc, et exhortait hardiment les citoyens à se rendre au-devant des français.
Le premier consul dans sa proclamation disait aux habitans de St. f)omingue : *
• « Quelles que soient votre origine et votre couleur , vous êtes jt ions français y vous êtes tous libres et égaux devant Dieu et devant les hommes. La< France a été comme S* Domingue en proie aux factions et déchirée par la guerre civile et par la guerre étrangère ; mais tout a changé : tous les peuples <»nt embrassé les français , et leur ' ont juré la paix et Tamitié ; tous les français se sont embrassés aussi , et ont juré d'être tous des amis et des frères; venez aussi embrasser les français et vous réjouir de re« cevoir vos amis et vos frères d Europe.
« Le gouvernement vous envoie le capitaine général Leclerc ; il amène avec lui de grandes forces pour vous protéger contre vos ennemis et contre les ennemis de le Républi(|ue. Si Ton vous dit: ces forces sont destinées à vous raxir la liberté, répondez: La République ne souffrira pas qu*elle nous soit enlevée.^ Ualliezvous autour du capitaine général : il vous apporte Tabondance et la paix; ralliez-vous autour de lui. Qui osera se séparerdu ca pi ta riie général sera traître à la pairie , et la colère de la Ré- ^publique le dévonHv comme le feu dévore vos cannes desséchées.
« Donné à Paris au palais du gouvernement le 17 Brumaire an t iO de la République française (8 Novembre 4801.)
« Le 1*' Consul ,
«.Signé, Bonaparte. »
Téléma que afficha avec enthousiasme cette proclamation dans toutes les rues y ainsi que^eelle du général Leclerc qui promettait au ofiiciers civils et militaires de toutes couleurs qu ils seraiuit confirmés dans les grades que leur avait donnés Toussaint Louverture.
* II est impossible de rencontrer plus de perfidie, car Bonaparte avait 4éjà résolu Iq rétablissement ' de l'esclavage.
148 BtsroiM D'HiiTi.-('a«)
ChrUlopho suhî de son ëlaf-major «e fendît à la iBunîcîpalilé , reprocha vivement #t avec menaces à Télémaque d'avoir fait aiîcher Ie8 deux proclamaiions , et lui annonça que la ville serait incendiée et évacuée. Le maire eut le courage de lui déclarer qu'il tenterait de s'opposer à cet acte de barbarie. Il ordonna aussitôt à la garde municipale , en présence de Christophe , de parcourjr la ville pour y maintenir Tordre , et il avertit les citoyens qu^ils eussent à se procurer de Teau pour combattre 1 incendie. Chris*' tophe qui connaissait le dévouement è la France de la garde nationale essaya en vain de la consigner dans les casernes. Elle parcourait les rues et calmait les inquiétudes des familles. Dès que la nuit fut descendue sur la ville , (i février) le fort Picolet donna le signal de l'incendie par un boulet lancé sur l'escadre. Christophe mit le premier le feu à sa propre maison , magnifique édifice dont l'intérieur venait d'être enduit de goudron. En un^ instant les flammes s'ouvrirent un passage à travers les toits ; les citoyens repoussés par les soldats à coups de crosses de fusil,, firent de vains efforts pour éleiadre le feu. Les fommes, les enfans, les malades^ les blessés, confondus, éperdus , .chargés de leurs objets les plus précieux, sortirent tumultueusement de. la ville, suivis de la garde nationale et de la Municipalité. Les soldats distribua dans les dif«^ fêrents quartiers activaient 1 incendie avec ordre et discipline, en lançant des matières inflammables dans les appartemens et sur lea toits. Ils se hâtaient surtout d'anéantir les monumens publics. A. onze heures du soir le feu avait exercé tant de ravages que la ville était devenue presque un immense bûcher. Les troupes se livrèrent alorsrau plusafl'reux pillage. De toutes parts Ton entendait les gémis* semens de la foule qui fuyait,. le cliquetis des armes; les flammes s'élançant des toits embrasés se joignaient en formes d'arcs au-des* MIS des rues; de hautes maisons s'écroulaient; une épaisse fumée^ )<)iiibilloniiait dans les airs, et le feu après avoir dévoré un quartier , s'allongeait sur de nouvelles proies , s'entortillait autour d'elles et les engloutissait. Le souffle brûlant de la brise emportait au U>in des étincelles, des tisons, et propageait l'incendie avec une ra« piditc effrayante. Nulle puissance n'eût pu alors mattriser l'embrasement. Les flammes dévorèrent les bureaux du contrôle, de la m^ fine, le grefle, le palais du gouvernement, les casernes, les maga* fiins de l'Etat et la grande Eglise; les explosions des arsenaux firent trembler la terre; des masses de pierres et des poutres lancéea dans le^ airs retombaient, en les écrasant^ sur les maJheureux fugitifs. A la pointe du jour, Télémaque, la garde nationale, les femmes et les enfans atteignirent le sommet de la Vigie, au milieu des plus grands dangers. De là ils découvrirent les mines fuman* tes du Cap: des murs noircis par les flammes et lézardés. Le capitaine Ignace, à la tête de 40 grenadiers » vint ordpnaar à jtoute
HISTOIRE d'haÎTK— (1802.)
h foule, de la part de Christophe, de se rendre sur Tliabitatioa L'Espagne. Télémaque refusa d'obéir; alors Ignace dans sa fureur mil ie feu à deux grandes maisons élevées au sommet de la Vigie et remplies de femmes , d'cnfans et do malades. Il fallut descendre du morne pour chercher un abri contre les ardeurs du soleil. Christophe craignant rissue d'un combat livré à la garde nationale, n'osa aitarfuer h population qui ne voulait pas ie suivre, et se retira vers la Grande- Rivière. Les ciloj eus de leur côté ne s'étaient montrés si paiiens que parce qu'ils redoutaieni le massacre de leurs femmes et de leurs enfans , s'ils en élaicDi venus aux m^ns avec la 'ie. coloniale.
Dans Toprès-midi du 5 février (jour qui suivU rinccndie) l'amiral Viliarel Joyeuse lança plusieurs bordées du vaisseau I0cé:in , de 120 canons, sur le fort B^ilair qui ne répondit pas; il avaitiélé évacué. Le contre amiral Delmoihe traversa la passe du Cap, et presque loute resca<lre entra dans la rade, sans avoir éprouvé aucune résis* tance du fort Picoict qui avait été aussi abandonné. La division Humbeil prit aussitôt possession de la ville; c*^pendant Tamiral Villaret Joyeuse commanda aux bfttimens d** Tescadre de ne jeter Tancre qu'après lenircc au Cap du capitaine gênerai. Celui ci venait d'apprendre l'occupation du Fort Liberté par les Français et la marche de Rochambeau , par Sainte Suzanne, sur la Grande Rivière et le Bondon. H ordonna à la division Hardy de débarquer. Les troupes descendirent à la baie de TAcul et marchèrent sur le Cap; quand elles arrivèrent à ia Rivière Salée eltics furent arrêtées par le feu d'une batterie de la rive opposée. Ellqs se [précipitèrent dans Teau, enlevèrent la redoute^ à la baïonnette et passèrent au (il de Tépée cent soldats de ki 2e. qui occupaient le poste. Hardy et Leclerc n'éprouvèrent plus aiicun obstacle jusqu'au Cap où larmée campa sur des ruines fumantes. Toute ia population qui av.iit accompagné Télémaque rentra en ville, en jetant des cris d allégresse , empraèsant les Français qu'elle appelait ses libérateurs. On évalua à ilOO,000,000 de Trancs les pertes qu'on éprouva par Tincendie.
L'escadre était mouillée; une seule frégate la Vertu louvoyait à la "«ue du Cap; elle portait les Rigaud, les Villate, les Léveillé , les Pétion, les Boyer, les Belley, les Dupont, les budué, les Quayer- 'Larivière et une foule d'autres indigènes qui avaient été contraints 4e fuir St, Pomingue, après la chute de Rigaud. Tous ennemis personnels de Toussaint ils revenaient pour le combattre; cepen* dani, le gouvernement français ayant l'arrière pensée de rétablir l'esclavftge, redoutait leur influence et était disposé à surveiller acli- Temenl leur conduite, Leciere avait reçu l'ordre du premier consul de les envoyer à St, Louis de Madagascar , si Toussaint se sou* mettait sans résistance ; car alors on n'aurait pas eu besein ni de leur eoura^e^ nfxle leur qoofiaiasanee du p»ys. Mais la réiii«(e]gtf|l
de Chrislophc^ qnî nnnonraîl une guerre' peut ôlre longueot acharnée délcrmina Leclerc à les faire débarquer. L'adjudant- général Pétion qui n'ignorait pas les disposilions du gouvernement eonsu- 'lajre tant à son égard qu*à celui de ses frèri^s crarmos , dît à ses camarades en découvrant les flammes de la ville du Cap: « Nou* « n'irons pas à Mad'igascar; nous sommes sauvés. » Le lendemain madame Lccîerc Pauline Bonaparle descendit au Cap ; sa beauté excita une admiration générale. Ses yeux brilhaienl d'un vif éclat; et de sa bouche graçieu^^e" sériaient les expressioTis les plus douces. Sa J^arure était riche, élég^anle; et les boucles de sa chevelure noire roulaient siir SCS épaules d'une blancheur éclatante. Téîémaqiic el les citoyens s'cnrpressèrent d accourir au-devant d'elle. Mais quel palais lui olli ir ! Tout n'était que i^uines et cendres. Promenant ses regar-ds autour d'elle, elle fut effrayée. Les dames de sa vSuile, es peintres^ les musiciens» les comédiens, les danseijrs qui raccompagnaient étaient au désespoir d'entrer dans une vtlle où ils entrevoyaient qu'ils ne pourraient faire briller leurs talons. L'on niif aussitôt la main à l'œuvpe, el de €e moment commencèrent le.^ reconstructions du Cap. F^eclerc y établit son quartiergénéral; il était d'une petite taille; et s:ins élre un homme de grands talens, il avait quelques capacités miliiaires. Mais les gé-» néraux Boudot et Dnguaavaieni acquis en Eui ope pliis.de célébrité que lui.*^ Il poussa ses avant-postes jusqu'au Mornet où. le chef de bataillon Willon , commandant de la Potite-Ànse, vint lui faire sa soumission.
Pendant cet intervalle Toussaint venant de la partie espagnole , ar« riva sur les hauteurs du Grand Bouran. Il y apprit roccupaiion du Fort Liberté et celle du ^ Cap. lise résolut a périr les armesà la main , cl à rendre sa cause celle de tous les noirs et de lou^ les jaunes. Mais la plupart des habitans de St. Domingue ctaienf hcnreux de pouvoir secouer son joug à Taide des français. Ils r'^ Tiséjont presque partout de prendre les armes en faveur de l'ex gou- Auincur qui s était baigné dans leur sang nouvell^ent encore darts- I affaire de Moyse. L'assemblée eeutrale composée des créatures de Toussaint avait décrété une Constitution qui le nommait gouverneur n vie. Mais le dernier article de cette C(»nsittùtion lui faisait une •oI)!ii;:Uion de la présenter à la sanction de la France; celle-ci ayant refusé delà ratifier, elle devenait nulle. Les noirs et les jaunes comprenaient que dans un cas semblable ils retournaient sousTau-^ torilé immédiate de la métropole dont ils attendaient une nouvelle organisation. Telles étaient les idées que Ton entendait exprimer par la plupart des hotnmes du peuple tant des villes que des campagnes. Aussi verrons^nous presque toutes les populations de Ti le recevoir Jes français comme des libérateurs et bénir le ciel de les avoir dé* livrées du despotisme de Toussaint. C«ux d'entre nous qui combattirent le général Leclerc le (iient non par dévouement à l'ex-**
fllSTOlRB t»'HAltI.-^(lSOâ) 14A
erneur, mais guidés par TinMitiol de TindépetidaiiM, t)âr la
qu'ils portaient naturellement aux blancs» et surtout par la
"î sérieuse et fondée qu ils éprouvaient du rétablissement de l'es^*
. Parmi eux nous citerons Dessalines, Christophe, Lamartinière,
S|^ Gubart) Gb.' Bélair qui aghrent sous Tinfluence de ôes
%\ Les noirs et les jaunes de St* Donàingue loin d aimer les
1 exéeraient alors ; mais ils croyaient que la Praiice ne par«
les vieilles idées aristocratiques des colons qui par leur
"snt amené insensiblement Toussaint Lou vertu re dans la voie
^; Nme.
Couverture n'osant se fier à personne se résolut à aller
inattre les avant- postes de l'armée française* tl s'a-
..qu'au Mornet, essuya le feu de l'ennemi, eut ^s habits
.jies de balles et son cheval blessé* Il revint sur ses pas, or*
donna à Christophe d'occuper la Grande Rivière , et s'achemina su^
les Gonaîves , accompagné du chef d'escadron Morisset , homme de
couleur, de son aide de-camp Marc Coupé et de plusieurs autréa
cavaliers. Il fut atteint par un messager qui lui remit une lettre de
Rochambeau. Celai ci l'exhortait à se soumettre au capitaine gêné-*
rai , et terminait sa lettre en lui disant qu'il n'avait jamais pensé
que ses soldats eussent été contraints , en débarquant sUr la terre
de St.Dominguë,' de tremper leurs baïonnettes dans le sang de leurs
frères. Toussaint gagna les Gonaîves où il établit son quartier«gé«
néral.
Le calme qui régnait dans la baie de' la Qonave arrêtait la mar-« che de Tescadre portant la division Boudet. Les navires semblaient dormir sur la mer; leurs pavillons que pas un soufDe d'air ne balançait étaient immobiles. Latouche Tréville et Boudet ^ impatients, accablés sous les rayons d'un soleil brûlant, délibéraient sur le plaint qu'ils choisiraient pour opérer le débarquement. Latouche TréviUe jette les yeux sur sa carte; il porte ensuite sa longuevue vers l'Est; mais il n'aperçoit qu'un point blanc au pied d'un morne élevé.. Il prit ce point tantôt pour la ville , tantôt pour un rocher. La' brise vint le tirer de son incertitude: la surface de l'onde se gonfla doucement; les bàtimens se balancèrent, et les pavillons flot- ^tant avec orgueil appelèrent les équipages à leurs devoirs ; les voiles se déployèrent, et bientôt se dessinèrent aux regards satisfaits del français les magnifiques coteaux de Marquissant, et les constructions nuancées et pittoresques du PortRépublicain. Cette ville bâtie au fond de la baie de la Goaave est dans une admirable position. Les rivages de la presqu'île du Sud et *ceux de la province de l'Ouest forment un immense bassin dont les eaux paisibles étaient , à cette époque, sans cesse sillonnées de légères embarcations qui, sortant des anses de la côte , venaient chargées de café , de vivres , de légumes^ ^ fruits^ aborder au Port-Républicain. Pres<j[ue ceinte de bautec
Î49 klSTOns B^HAITt.— <lSOt)
<BQK)nlagnes ^{ <la mettent i fabri ^es ouragam, cette baieoffhemix navires un mouîHage stir. Deux rades fornienl le )^t: la petite* née^ ou le port proprement dit, vers le rivage , est séparée de la grao« de qui a' étend vers la haute mer, par une ligne de roehers de corail dont les sommets à fleur d*eau sont sans cesse couronnés d'écume. Cette ligne de rochers s^atlonge du Stid au Nord , et i\ n'existe qu'un passage Ibrt étroit par lequel les hàtimens marchanda entrent de la grande rade oà mottitlent les navires d^ guerre , daoa la petite. Le lort Ilet , lâible construction , au milieu des flois qui séparent les deux rades , défend le passage et sert à la police àé la rade intérieure. La température de la ville serait insuppoi^Ue, ^ «i la brise d'ouest ne venait tempérer par sa Traichenr cette atmos*' phcre brûlante, chaque jour^ de midi à Sept heures du soir. Les fortiflcaiions étaient alors, comme aujourd'hui , peu importantes. Près du Portail Nord était le fort S t.- Joseph ; à l'Est, s'élevait l# Ibrt National sur le sommet d'un morne commandant la ville et lit baie; au Sud l'on trouvait le fort Léogane, au Portail de ce nom; la batterie Motibrun sur le rivage était au centre de la viHe , et H fort Ste. Claire dont les batteries an niveau de la mer protégeaient Tarsenal du' cèté de la rade. Enfin à une lieue de la ville, sur le chemin de Leogane , était le fort Bizoton dont les canons domtnafienl toute la rade. La ville était ceinte d*un fossé large et profond, le long duquel s'élevaient de distance en distance quelques forti** fications.
Dès qu'on avait découvert les voiles qui formaient Teseadre de l'amiral Latouche Trévilie , la plupart des habitaiis du Portnépiiblicain dont le chiffre montait au-delà de 39,000 âmes , s'étaient montrés disposés à recevoir le nouveau gouvernement; et ceri dispositions étaient entretenues par le général Agé, européen , corn* mandant de T arrondissement , et par le chef de brigade Dalban , com* mandant de la place, aussi europc'^n. Le père Lecun, préfet. apostolique et curé de la ville, exhortait toutes tes femmes et les dévots des congrégations à accueillir les français comme des frères, à les soutenir en paroles et en actions. Le directeur de l'ars^al , Lacomt)e^ blanc , était aussi tout dévoué aux français ; et une grande partia lies noirs et des Jaunes n'ajoutant pas foi aux paroles des paniftans de Toussaint qui leui' disaient que Leclerc venait rétablir l'es*^ clavage , se préparaient à recevoir brillamment l'armée blanche* La joie éclatait sur les traits des colons qui attendaient les troupes eu>^ ropéénnes comme une armée libératrice : le commandement suprèflM d'un noir dans la colonie humiliait leur orgueil. La garnison de la ville était composée des 3e. et 13e. demi-brigades colenialeSy d'un escadron de la garde d^honneur commandé par Monpoint , et d'un bataillon de la même garde sous les ordres de Magny. LaroaN
^i^^ <^(îC de batMUoA dajo; U 3e, colooiale ^ bomm^ 4e cQUÏQurji
itisTOiRE d'maïti. — (1802) 147
s*était coostitué U première autorîlé de la ^ place, tl rejetait les ordres du général Agé et dirigeait lui-même tous tes mouvements militaires^
L'escadre françai<;e avnit abordé au Latnentîn le trois Février dans. la soirée. Des groupes de citoyens se formèrent aussitôt dans toutes les rues. De toutes parts Ton se montrait con'vaincu que les français venaient non pour rétablir resclavagè , mais pouf renverser le despotisme de Toussaint Louverture. Déjà les citoyens parlaient d'organiser une garde d'honneur, de se Vendre au-devant des trou*pes européennes et de fraterniser avec elles. Mais un seul homme, par son énergie, contraignit les habitans à renoncer à leur projet : c'était Lamartinière connu par son intrépidité et la violence de son caractère. Il parcourut les rues exhortant les citoyens à s'armer pour la défense de la \ille; les français viennent rétablir l'esclavage, disait-il'; mais sa voix n'eut pas d'écho. Tous les habitans croyaient à la magnanimité de la France : ils avaient la plupart cruellement souffert sous \% gouvernement de Toussaint.
Pendant cet intervalle un aide de camp du général Boudet, lechef de brigade Sabès , accompagné d'un ofilcier de marine, le eitoyen Gimont, descendit en ville , porteur de la proclamation du ier. consul et de plusieurs dépèches pour le commandant de Tarrondissement. Le général Agé Taccueillit avec distinction ; il voulait leren-* voyer ; mais Lamartinière s'y opposa , et il demeura en otage. Le lendemain 4 Février, dès la pointe du jour,- Agé répondit au ffénéral Boudet que le général Desssalines , commandant de la division de rOuest , ne se trouvant point au Port Républicain , il ne pouvait prendre aucune détermination concernant la reddition de la place» et qu'en attendant les instru4[;tions de Dessalines auquel il avait écrît à ce sujet , il garderait le colonel Sabès qui se trouverait en pleine sûreté ^ous sa protection. Lep^rteurde cette lettre était chargé de faite connaître en même temps et verbalement au g/*' Boudet que Tautorité d'Agé était méconnue par lesolliciers supérieurs de la garnison, Lamartinière, Magny et Monpoint, et qu'il fallait hâter le débarquement. La* martinière, de son côté, envoya dire aux français: « Que si l'on brusquait 4 un débarquement sans les ordres du gouverneur général Toussaint « Louverture, il serait, tiré trois coups dé canon d'alarme , et que « ce signal répété de mbrne en morne, serait celui de Tincendié « de la colonie et de regorgement de tous les blancs. »
Après avoir fait de vains efforts pour porter leà citoyens h preor dre tes armes, Lamartinière se rendit à l'arsenal. Il était bouillant de fureur ; s'il n'avait trouvé de l'opposition dans Magny et Mon-| point , il eut incendié le Port-Répnblicain qu'il traitait de ville lâché et corrompue, prête à recevoir de nouvelles chaînes. Il pénétra seul auprès de Lacombe et lui dit: « Citoyen, l'autorité du gouc remeur Toussiâint Louverture est la seule reconnue des fonction^
« naires de la colonie» et ({uicoaquc la méconnaU est eoupablcde^ < \ant la Gonstitulion. Ainsi donc , citoyen , je vous den^an- « de dos munitions , des armes , pour combattre les français qui c viennent nous replonger dans resclavago. » Lacombe refusa formellement d'accéder à sa demande , lui déclarant qu'il n'en avail pas reçu Tordre du général Agé son chef immédiat^ et quedu reste Leclerc n'élait pas envoyé par le 1er. consul pour changer l'ordre .,de choses déjà établi , mais bien pour mettre la dernière main à la tranquillité et i\u bonheur de la colonie. Lamartinière agitait son sabre d'une main et son pistolet de Tautre : « Puisqu'il en est ainsi, mourez , misérable colon, s'écria- 1 il d'une voix tonnante; » et Lacombe fut renversé atteint d^uneballeà la lôte. Ce trait d'une cruelle énergie répandit la terreui dans l'arsenal ; on lui en livra aussitôt toutes les munitions. Les cojons qui avaient conçu le projet de rarrèter, effrayés, se cachèrent la plupart, et attendirent l'issue dos événemens« Tous les citoyens avaient fermé leurs portes ; les rues étaient pleines de patrouilles ; et tous les blancs qu'elles rencontraient étaient arrêtés -et conduits aux casernes. Agé cessa entièrement de commander, et Lamartinière se trouva seul maître de la place. Il envoya aux chefs de bataillon Barder et Séraphin qui occupaient le fort Bizoton avec le i^' bataillon de la 13e. Tordre de vaincre ou de roourh*; il plaça au retranchement de Piémont les deux autres bataillons de 1^ 13e. el quelques artilleurs , sous les ordres du commandant Lubin Uudlcourt. Tout ie corps de la 13e, régiment du Sud, composé des anciens soldats de Kigaud, avaii été gagné par les habitans de la ville, auxquels les soldats avaient promis de ne pas tirer sur les français. Une compagnie de cavalerie de la garde d'honneur sous les ordres du capitaine Barthélémy Marchand, et une compagnie de la garde à pied commandée parle capitaine EloyTurhet^ prireat position dans la redoute du portail Lcogane. Le reste de la garde d'honneur occupa le fort National. Degrosdéta* chemeus de la 3e. coloniale parcouraient la ville pour contenir les ha-* bitans , et les combattre., s'ils s'armaient dans le but d'attaquer par derrière le fort de Léogaiie , pendant que les français lui donne* raient assaut. La 3e. demi-brigade était rangée en bataille sur la place VaUière. Les troupes que Lamartinière avait à opposer à Boudet s'élevaient à 2,i00 hommes ; elles eussent sufii pour défen* dre la place , si elles avaient été (idèles.
Le lendemain 5 Février , à 10 heures du matin, l'armée française, débarqua au Lamentin. Lamartinière, a son grand jétonnement, p'entendit pas le canon du fort Bizoton. Aussitât le fort National tira trois coups de canon d'alarme, et tous les blancs qui avaient été arrêtés furent conduits dans la savane Valembrun ^el à Saint Martin où ils furent impitoyablement massacrés. Boudet s'avançait ^ )9 tOle d'un« division de G^OOO hommçsi dont les colonnes ^ic;
tllSTOIRE D*HAÏTI. (1802) r49^
méès en partie de vétérans offraient un aspect imposant. Cesvail» lans guerriers brillaient de tout réclat de leurs^ uniformes. De liauti^ bonnets à poil chargeaient leurs fronts menaçans, de grandes guêtres noires recouvaient leurs pantalons , et leurs armes ctîncclalânt ai|X rayons ardents du soleil. Lorsque la division parvint près du fort Bizolon., Boudet y envoya un parlementaire. qui déclara à Bardot et à Séraphin , qu'ils eussent, au nom de la* France ,,leur patrie, à lui remettre le fort; qu'ils seraient maiateaus dans leurs grades «et
3ue rien ne serait changé dans la' colonie. E^ môme temps Bou' et, disait, aux compagnies de grenadiers rangées derrière lui: m Camarades^ VOUS marcherez Târme . aux bras, sous le canon da fort, car vous ôtcs sur le sol français; et si des rebelles osent tirer sur vous, vous. enlèverez Ja fortification à la baïonnette, et vous» en passerez la garnison au (il de Tépée. » Le bataillon de laxiste., sortit du fort et vint à la rencontre des français,. a,ux cris *de vi* -vent nos frères! La division répondit par les cris de. vive la liberté!;; irive la^ Répablique ! Le'^bataillon colonial, prît rang dans .les lignesir européennes et marcha contre la ville» Un r^^giment français occupa. le fort Bizoïon. Parvenu en faoe de la redouté de Piémont dans le* coude que forme la grande n>ate^ Boudet connnanda baUeii sa.co*^ lonna^. et envoya le colonel .de cavalerie d'Hepin, , aM. fort de Léo-, gane , avec mission de recevoir la souniissioa des troupes qui J'ocf^ cupaiiBnt. . Lajuartinière parut dans la redoute: et ordonna à la^ca-, Valérie de la garde d*honneur de. mettre,, pied à^. terre pou i: combat*, tre dans les retranchemens. . Le. colqnel d'fleniA arrivé, aupi^dda^. fort demanda à parler à celui qui y commandait;.. L^martinière sâr présenta.^ Nous ne venons pas vous combattre, lui dit-il; vous êtes. fraBçaîs; nous. sommes frères ; nous venons au|[menler«.en nous mêlant à vous, le nombre des défenseurs de' la patrie.- Ujeta sonépée loin de lui , et demanda à. entrer seul dans le fort au milieu de ses compatriotes. Non! non! s'écrièrent, les soldats. Boudet impatient de, tant de lenteurs, fli rappeler d'Hi^in, et dit d'une voix forte qui . ftft entendue dans la redoute: grenadiers en ayant ! à la baîon« nette! : La charge se fit entendre^ et ta division ^'ébranlant , marcha. contre lé. fort. Au même instant arriva Je chef de bataillon. Magj^y. Halte, . mes amis, halte ^ mes frères, s'éçria-(-it , s'adressanl aux. français. Soit que sa voix ne (ut point ^tendue, étouffée par. le bruit des tambours, soit que Boudet ne voulut pas l'écouter, la colonne française était déjà . parvenue, au pied du fort.. Feu! feut commanl&a Magny. La mort voltigea dans les rangs français. La garde d'booneuf aux cris de vive la liberté ! vive la Bépubliq^e 1 exécutaiit. un feu nourri et meurtrier. Les giehadiersde la 68* (ir^ent une déchacge. terrible et s'élancèrent contre la redoute; ils furent arrêtés, mitraillés et repoussés jusqu'à Piémont laissant la route couverte de morts. iM deux bataillons de la 13e. qui éiaieot à Piémont, au iiea de
15Q HISTOIRE d'haiti.— (180^)
le9 charger par derrière, se retirèrent dans le morne deTHôpital hors de la portée de la mousquelerie. Le commandant Lubin Hudicourt qui était à la tète de la ballerie de Piémont, se voyant trahi y lit -une décharge de coups de canon sur les blancs , et rentra précipitamment dans le fort de Léogane.
Pendant cet intervalle la batterie Ste. Glaire tirait sur Tescadre qui s'était embossée le long des rescifs qui séparent les deux rades. L'amiral Latouche Tréville , par le feu rapide de ses bordées , dé* monta toutes les pièces de la fortiQcation qui fut en un clin d'œii labourée par les boiilets. Alors Tescadre dirigea son feu sur le fort Léogané; mais les projectiles allèrent tomber bien au delà de la redoute. Eioy Turbet et Barthélémy Marchand excitent les soldats de la garde d'honneur, enflamment leur courage. Les troupes de "Poussaint tirent sans interrpulion sur les français qui avaient repris leur marche. Au milieu de la mitraille et d une grète de balles le général Boudet s'avançait à la tôte de ses grenadiers , la baïonnette, en avant. Il monta à Tassaut et enleva la redoute. Sans perdre. Un instant il pénétra dans la ville et se mit à la poursuite des fuyards. Ses chasseurs langeant la grand'rue furent tout à coup arrêtés par une formidable décharge delà 3^ .coloniale qui occupait la place Vallière. Les grenadiers français survenant, se précipitèrent avec fureur sur l'ennemi qui ne pouvant résister à leur impétuosité battirent en retraite jusqu'au portail St. Joseph. La garnison du fort de ce portail avait été gagnée par les citoyens. Elle laissa pénétrerau^ milieu d'elle, les soldats de la 3e. Ceux-ci, n éprouvant aucune déiiance et 86 croyani avec des frères , virent tout à-coup braquer contre eux les canons ; en même temps les français qui cernaient déjà la fortiQcation , les sommèrent de mettre bas les armes; ce qui fui exécuté. La ville était inondées de troupes blanches. Lamartinière , Magny et Monpoint , avec une poignée de soldats , essayèrent de mettre le feu dans divers quartiers avant d abandonner la place ; ils n'en eurent pas le temps les français les talpnnant avec vigueur. Après avoir rallié les soldats dispersée de la garde d honneur , ils M' mirent à enlever les caisses d'argent de la trésorerie; mais attaqués avec acharnement par up bataillon français , ils furent culbutés et prirent la fuite. Boudet se trouva en possession d'>une somme de deux'millions cinq*cent*mille francs. Lamartinière ivacua le fqrt National dans la nuit qui suhit, et se jeta d^ns la plaine du Gul-de-Sac. 11 se dirigea vers TEtang, en conduisant avec lui les deux parlemen-^ taires français Sabès , Gimont, et une foule d'autres blaffos qui furent massacrés , excepté les deux premiers. Boudet , entouré àe son état-major, passa le reste de la nuit ds^n^ une des. piaisoos de... h Grand'ftue qui fut illuminéç.. Des patrouille^ françaises par* courant 1) ville rencoutrèrept çà et là des blancs masi^acrés oubles' eés. Le leodemain fioiid^i se transporta eu palais du gouvernemi^Qt»
BisToms p*iiÀiTi.— (1802) fat
te père LeQUA $*y rendit suivi de tout le cerigéet d'une mnlltlude d'hommes de femmes, d^enfans de toutes les couleurs. M vefiait féliciter le général français d'avoir sauvé la ville de Tincendie et cki l'avoir délivrée du despotisHie d'un fimmttre, d'un Toussaint, dont il obanlaic leslouanges il n y avait que quelques jours* Plusieurs oiïiciers.de la gardejd'bonneur qui avaient combattu les français au f)Oste de Léoga* ne , entre autres les citoyens Tbésan et Audigé ,. n'avaient pas suivi Lamartinière. Boudet les fit appeler au gouvernement et leur dit : citoyens, oublions le passé; vous êtes fiançais; servez la cause dé iiiOti^e patrie avec autant décourage que vous avez combattu hierpendanl cHte escarmouche. Le général français appelait escarmouche une affaire 06 sur six raille hommes il en avait perdu 400. Vouscon* aerverez , continua*t-il , vos grades dans l'armée française.
Les troupes blanches n'occupaient pas encore le fort National. St Lamartinière s était résolu à le défendre avec autant de vigueur
3uil s'était battu au poste de l^éogaoe , Bouck't . eût perdu la moitié: e son armée. Celui ci n'osa loi faire donner assaut : i cette époque le fort était tel que les anglais Taraient laissé ^ d'un aspect formidable. Comme il n'y:, découvrit aucun meuve ment , il pensa qu'il avait été abandonné. Il envoya pour le reconnaître lerapitajne Audîgé, homme de couleur, dont il avait reçu la soumission dans.. la matinée Celui-ci de retour lui donna l'assurance qu'il avait été évacué. La 90e. de ligne alla en prendre possession*. Dans la même journée les deux bataillons delà 13* qui s'étaient retiré» dapa. les mornes de l'Hôpital pendant le combat ^. descen<jlirent en ville et se soumirent au nouveau gouvernement» Sur. le champ les français s'occupèrent à rétablir l'ordre et la confiance dana la ville. Ù fut permis à tous les cultivateurs du voisinage d'y pénétrer , et à^en sortir librement. On rendit aux- soldais de la 3e. colonialeleurs armes, en leur disant qu'ils n'étaient pas prisQnniers, attendu <||ii'ils étaient français. Les citoyens faisaient de toutes parts le meilleur accueil aux troupes européennes. Celles ci, avaient reçu l'ordre de respecter les mœurs et les usages des habîtans , de biea lea traiter , de recevoir avec la i^ième cordialité les blancs, les noirs. et les mulàJLres , de se conduire comme en Allemagne, en Italie et en Egypte. Elles plurent beaucoup par leur courtoisie et leurs briU lants uniformes aux femmes créoles qui leur eussent donné de magittinques fêtes, si le général Boudet n'avait défendu toutes sortes de réjouissances publiques: le sang duP millier de blancs égorgés autour de la ville, lattriatait profondément.. Les jours suivans tous les commaiidafis des cantons qui avoisinent le Port-Républicain se seymirent successivement. Le 9 Février, cinq jqurs après l'occu* paiion de la ville , le général Boudet apprit l'apparition de De^alines dans la plaine du Gul-de Sac. 11 envoya dès la pointe du jour ^ deux mille hommes occuper I9 Coix-des- Bouquets. L^s français s'ei%-
parèrent d6 ce bourg sans coup férir. Ils éteignirent le feu qur avait été mis à quelques maisons à leur approche. Dessalînes était à Saint Raphaël, quand il apprit Tarrivce de rexpédilioii française. Il avait mis 24 heures pour arriver dans la plaine du Cul-deSac, après avoir parcouru un espace de 68 lieues 11 était accompagué d'un bataillon de la 7e. qu'il avait pris à lArcahaie sur son passage. Il ne s'était arrêté qu'une heure à St. Marc pour expédier par mer des instructions verbales, au colonel Dommage qui commandait 4 Jérémie, par un lieutenant de la 4e. Sezaire Savary. U avait envoyé Tordre à Dommage d'incendier Jérémie et de massacrer tous les blancs. Il joignit dans la haute plaine du Gui de-Sac Monpoint» Magny et tamartiniére qui étaient à la tète de la garde d'honneur. Ce fut alors que les citoyens St. James et 0*Gorman , jeunes gens blancs, qui étaient dans la garde de Toussaint, eurent le bonheur dabandonner leur corps, favorisés dans leur fuite par le capitaine Patience, noir, et de joindre les français.
Dessalines était plein de rage d'être arrivé trop tard. Il est cer<» tain que s il avait été au Port- Républicain, les français n'y seraient pas entrés avec la même facilité. La terreur qu'inspirait sa pré* sence eOt empêché la trahison.
L'hôpital militaire de ta ville , sous la direction du citoyen Mon* nier , médecin en chef des hOpitaux du département de l'Ouest^ était admirablement entretenu. Les malades y recevaient toutes sortes de soins dans de belles salles d une exquise propreté. Il y avait de nombreux ofQciers de sauté attachés à rétablisseïnent. Pour le traitement de ses soldats Toussaint avait (sût allouer des sommes importantes, en iSOl , par rassemblée centrale. Le jour qui suivit son entrée au Port-Républicain» le générai Boudet avait porté son attention sur les blessés de sa division dont le nombre était considérable ^ parmi eux l'on remarquait le général Pamphile de la Croix et le colonel d Henin. 11 avait songé à améliorer le s^^rt des malades. Il vint visiter Ihôp'ital ; il (It traiter les soldats de Toussaint qui avaient été blessés comme les siens propres. Il trouva rétablissement sur un pied si satisfaisant qu'il n'j lit aucun changement. Il maintint les ofliciers de santé, pharmaciens et autres d^ns leur^ grades et fonctions.
Boudet étai^un ofticier général du plus beau caractère: gé« néreux , loya^ aucun préjugé de couleur ne pénétra' jamais en son cœur. Il fut toujours le proteqieur des hommes de bien, n'importe la caste à laquelle ils appartenaient Sur le continent de l'Europe il avait démontré beaucoup de courage et des talens pendant les guerres de la liberté. Bt'publicaiq sinoère il fit plus tard briller à la Guadeloupe, contre les Anglais, une rare intrépidité et detf sentlmens philantropiques qui lui valqreqt la haine ^e$ colons.
LITRE VINGT-TROISlÈMïT.
Sommaite. Dieudonné Jambon se rend de Jacmel à fcéogane poar se concerter avec Pierre Louis Diane. — Sa conduite. — Dessalines à Léogane — Il ordonne à Pierre Louis Diane de tout incendier et de massacrer les blancs. — ^Incendie do Léogane. — La 8e. se retire au Cabaret- Quart — Les Français prennent posses* sion de Léogane. — Delpéche , coiAmandant du Petit-Geâve , se soumet aux Français. — Laplume reconnaît l'autorité de Lee 1ère. -*-Aquin , rAnse-à-Vt^au , Tiburon se sonmettent. — Dommage, à Jérémie, veut en vain résister; il est obligé de se soumettre. — Chj. Bélair incendie TArcahaie. — Le liout -colonel Valabrègue s'en empare. — L'adjudant-général Darbois arrive à Léogane avec 1,400 hommea. -—Il bat la 8e au Cabaret-âuart. — £1 revient dans la plaine de Léogane ef se retranche i Cottin. — Pierre Louis Diane vient l'attaquer et est repoussé.— II se retire dans la haute plaine du Cul-de-Sac. — Lamour Dérance reparait , et se prononce pour les Français. — Darbois revient au Port Républicain. — Les 1,400 hommes qu'il commandait se rendent dans le Sud.— Boudet- envoie Darbois sur le vaisseau le Duguay Trouin prendre possession de Jérémie. — Dommage est arrêté et envoyé au i. ap — Dessalmcs ne peut pénétrer dans le Sud. — Les cultivateurs tirent sur lui de toutes parts — Il se rend à Jacmel ; son discours à la population de cette ville. — Il sort de Jacmel. — Il est poursuivi dans les campagnes — II atteint Lamartinière dans la haute plaine du Guide Sac. — Dieu* donné Jambon se soumet aux Français qui sont maîtres du Cap, et de la portioQ de nie qui s'étend de TArcahaie à Tiburon — Dessalines annonce tellement sur soQ passade que les Français sont venus rétablir l'esclavage ane la population éprouve des inquiétudes. — Qqudet se saisit des papiers secrets ae Toussaint. — dlervaux à St-Yagne, Paul Louverture^ à Santo-Domingo se soumettent aux Français. — Avant d'attaquer 7o^B'<ttnt , Lcclerç emploie les voies de la conoi-
154 HISTOIRE d'haiti. — (18(i2)
Jiatîon. — Il loi envoie Isnac et Placide — Caractère» de chacun de ers jeunes gens. Lettre de Bonipnrte à Toussaint — Toussaint envoie aux Cahos les fonds des Ciiisses de Saint Marc , des Gonaïves, de la Petite-Rivière et des Verrettes. — Ultimatum de Leclfrc. — Toussaint place ces fils dans Talternative de se prononcer «oit pour lui , soit pour la France. — Isaac se prononce pour la France ; Placide pour Toussaint — La garde d'honneur d'e l'ex -gouverneur préfère ' la guerre à la domination de Leclerc. — Celui-ci se dispose à entrer en campagne.
La nouvelle de roccupation du Port-Républicain par les français fi'était répandue de morne en morne avec une rapidité incroyable dans tout le département de l'Ouest. Le colonel Dieudonné Jambon, , commandant de Tarrondissement de. Jacmel , s'était tout do suite transporté à Léogane pour se concerter avec Pierre Louis Diane , 'colonel de la 8e. , sur les moyens de résister aux français , quand ils pénétreraient dans. leurs arrondissemens respectifs. Pierre Loqis Diane lui dit qu'il était disposé à combattre Tennemi avec le dernier acharnement et qu'il saurait mourir pour la cause du gouverneur Toussaint Louverture. Dieudonné Jambon certain du concours de la 8e demi-brigade retourna à Jacmel excitant contre les blancs tou* les sortes de passions, et faisant Téloge des hommes de couleur. Il réunit sur la place d'armes une compagnie de grenadiers, de Fancienne légion de TOuest ,et ordonna à Mimi Bode, homme de couleur, qui en était le capitaine, de désarmer , en évitant reffusiondu sang, les soldats d'un bataillon européen dispersés dans différents postes. Il était sept heures du soir. Dieudonné Jambon et; le commandant de la place , Ferrand , ofiicier noir, se rendirent au quartier d'un des bataillons de la 8e en garnison à Jacmel et lui firent se tenir sous les armes prêt à fondre sur les trouves blanches si elles résistaient. A dix heures du soir, Mimi Bode vint annoncer à Dieudonné que le bataillon européen avait livré ses armes. La nuit s'écoula avec calme. Le lendemain , dans la matinée , les bour-geuis Lianes furent aussi désariués ; ils n'opposèrent aucune résistance. Dieudonné réunit sur la place d'armes la garnison et lui CMrdonna de jurer fidélité à Toussaint Louverture ; les soldats de la 8e crièrent tous avec enthousiasme : vive le Gouverneur ! mais les troupes sous les ordres de Mimi Bode , la plupart vétérans de la légion de TOuest, demeurèrent mornes et silencieuses.
£n même temps Dessalines qui , comme nous l'avons vu , avait pé- Bétré dans le Cul de Sac , ordonnait à Lamartinière d'occuper l'habatation Jonc au pied des mornes qui ceignent la plaine, et de s'y défendre vigoureusement contre les français s'ils l'attaquaient : vou- IttDit se rendre dans le département du Sud, il se ménageait une retraite au cas qu il fut obligé de rétrograder. U partit avec cent diasseurs de la 7* accompagné du chef d'escadron Bazelais, son aidede-camp. Il traversa la Coupe , atteignit le camp Fourmi d'où il ifirahit se jeter dwsla giaade >roate4u.PoKtrIlôp.ublieaiaàLéogjW6^
HISTOIRE p'RAltl.-*-(1802) 155
en longeant la Rivière Froide. Mais il apprit ()ne cette grande route était occupée par des postes français qui s'avançaient jusqu'à Grès* cicr; les cultivateurs de ces quartiers, ainsi que cçux du Cul-de« .SaCy s'étaient rendus au général Boudet, heureux de pouvoir méconnaître Tautorité de Dessalines dont ils n'oubliaient pas les cru« elles inspections. Alors au travers de chemins presque impraticables, de précipices aiïreux, les soldats qui accompagnaient Dessalines gra^ luirent avec rapidité , au moyoh de fortes lianes, les mornes du Fond Ferrier , abandonnant les magnifiques coteaux de la rivière Froide. Ils atteignirent les montagn/s qui ferment la plaine de Léogane* L'officier blanc qui commandait cette place était d'avis qu'on la li« ^ràt à Boudet ; mais Pierre Louis Diane refusait d'agir sans les or-« dreti de Dessalines commandant de la division de l'Ouest qui 1 attendait avec anxiété. Celui ci pénétra dans la ville et ordonna à Pierre Louis Diane d'exécuter les instructions q^u'il avait reçues de Toussaint, c'est.à dire d'çgorger tous les blancs , de transporter les munitions de guerre à Tavet dans les moi^nes, et d'incendier la place» Pierrâ Louis Diane envoya les mêmes ordres au Grand Goftve et au Petit-p Goâve. Pierre Tony, officier noir , commandant du Grand Goâve, fit fusiller un habitant blanc qui lisait la proclamation du 1""* consul; quant au commandant du Petit Goâve, Delpèche, homme de couleur^ il refusa d'égorger les blaiu», et réponilit à Pierre Louis Diane qu'il avait besoin, avant de prendre une détermination, de s entretenir avec le colonel ^érelte qui commandait à Aqtiin.
Pierre Louis Diane, et Larose chef d'un des bataillons de la 8% firent sur le champ battre la générate; les troupes se rai^gèrentea bataille sur la place d'à r mies, vaste savaneenviroiiuée d'arbres; quelques compagnies de la garde nationale de la plaine ayantà leur tète leur colonel. Jeannot Millieo , noir , parcoururent les rues , pénétrèrent dans lesinaisons et arrêtèrent tous les blancs. Un seul colon fut sauvé, un Opmmé Fisson, espion du gouverneur, auquel Pierre Louis Diane permit de se rendre au Port-Républicain; son épouse, feai^roe blan*; «he d'une rare beauté, avait été la majiresse de Toussaint. Millien Jeannot conduisit les blancs qu'il avait arrêtés, au nombre de 400^ snr les bords de la grande rivière dont le lit presque privé d'eau par la sécheresse ne formait qu'une ligee de cailloux ronds etbian* châtres. Ces infortunés- fqrent dépouillés et massacrés à coups de^ sabre et de baïonnette. Ces mêmes lieux avaient vu tomber sous la* hache des centaines d'hommes de couleur apr^ès la chute de Rigaud. Biajintenant lc$ blancs qui avaient applaudi à regorgement des mu-* litres étaient i leqr toiir horriblement poursuivis par une haine. alors^ vraie et implacable.
Quelques: cavaliers ds la. g^r^e nationale de Léeganci s'avancèneot . jusqu'aux environs de Grescier. Us découvrirent rangée en> bataille ^B», 1^ §fl^H^ rotUe V^ s«|)erbe çomi^nie, de.dragQos. frap$ji^'
156 HISTOIRE d'uâiti.^(1802)
du i9e. régimenf , la Iffle chargée de bonnets à poils surmontés de flammes rouges. Ils retouroèrent à Léogane ^t annoncèrent à Pierre Louis Bîan^ et à Larose ce qu'ils avaient vu. Ceux-ci sa hâtèrent do livrer la ville au pillage; et en un instant tous les habitans furent dépouillés; le saldat après avoir enlevé tout ce qu'avaient laissé les blancs assassinés , lïe respecta ni les hommes de couleur ni les noirs qui possédaient quelque foiHune. L'argent de la tré* sorcrie du gouvernement fut placé dans des caisses et confié à ua détachement qui le transporta au Cabaret-Quart, à deux lieues dans l'intérieur. L'Eglise de Sainte-Rose avait été respectée: Pierre Louis Diane ordonna au capitaine Sterling , homme de couleur , d'aller ^)a dépouiller. Quand Sterling arriva devant l'entrée principale du Temple du Sei]g;neur , il tremblait violemment; il hésita; il n'hait y pénétrer ; enfin subissant T influence de 1 erdre qu'il a^ah reçu^ il se mit à genoux , commanda à ses soldats de Fîmiter , et s'éeria levant les bras vers le ciel : « Mon Dieu ! je suis un officier subal- « t€rne; je suis envoyé ici par mon colonel pour commettre ua « sacrilégt ; je vous prie de me pardonner et de ne vous en pren- € dre qu'i celui qui m'a commandé de profaner votre demeure. » Il ordonna à sa compagnie de rester toujours à genoux , entra, dans TEglise avec deux officiers , enleva le St-Sacrement et tous les autres ornemens d'or et d'argent. Il fit ensuite apporter ces objets à Pre. Ls. Diane; celui ci en chargea un mulet qui fut acheminé sur Jacmel.
Le lendemain le vaisseau lArgonaute se présenta devant Léogane» Larose et Pierre Louis Diane firent battre la générale; la 8e. prit les armes, sortit de la ville à laquelle on mit le feu aussitôt après; en quelques heures elle fut presque réduite en cendres. Los soldais qui occupaient le fort Ça Ira le firent sauter en se retirant. La 8e» suivie d'une foule de femmes, d'enfans,de chariots chargés d'objets de tous genres , alla prendre position au Cabaret Quart , ravin tra-» versèd'niie petite rivière et que dominent do hauts mornes couverts de mapoux dont les cimes se balancent dans fair à une grande élévation.
Le colonel D Henin (|ui , quoique blessé , était à la tête de la compagnie des dragons français campés à Grescier , partit de cette bourgade, aussitôt après l'e plosion du fort Ça Ira, en découvrant les tourbillons de flammes qui sortaient de Léogane. Quand il parvint à la Grande Rivière il fut saisi d'horreur i la vue de nombreux cadavres blancs qui couvraient le chemin Les dragons pressèrent leurs chevaux pensant pouvoir encore arriver assez tôt pour sauver quelques malheureux. Mais ils trouvèrent la ville en cendres et Mtièrement abandonnée. D'Henin s'y arrêta, et reçut du vaisseau, qui ' louiroyait devant le port , des renforts de matelots, à l'aide des^ quels il sauva quelques maisons où il logea ses cavaliers..
Dessalines qui se trouvait au Cabaret-Quart, satisfait du eororoandam Larose , homme de couleur ^ lui dit qu'il était un bon repu»
Histoiftc d'haiti.— (1802) 1^
blicàin , ce qui signifiait qu'il éU'^it dévoué à la cause des noirs^ li envoja Tordre à Delpèche, commandant du Petit Guûve, d'imiter la conduite qu'avait tenue la 8e. à Lco|2;ane. Il demeura toujours dans la plaine de Léognne épiant la marche des événemens , incer* tain jusqu'alors sur quel point il se dirigerait.
Aussitôt après la prise de possession de Léogane , le général Boadet fil appeler âu geuveirnement du Port- Républicain , le capitaine Célestin, un des officiers <\\x\ s'étaient soumis après l'occupation de cette irille. Il lui confia Ja mission <iéHcate de se rendre aux Gayes auprès du général Laplume, commandant du département du Sud, pour lui présenter les ordres de la France. Gclestin accepta avec empressement et partit. Sur son passage il gagna à la cause de la métropole le chef d'escadron Delpèche , commandant du Petit-Goâve. Continuant sa route avec rapidité, il atteignit Aquin et obtint de Nérette un sauf conduit jusqu'aux Gayes. Le général Laplume subissant l'influence des citoyens la plupart très hostiles à Toussaint Louverture, réunit les autorités et leur proposa de se soumettre au capitaine général Leclerc. Elies accueillirent cette proposition par des cris d'enthousiasme qui furent répétés dans toute la ville. La Ile demi-brigade , cantonnée aux Gayes, répéta les cris de vive la Fran* ce au milieu des plus vives démonstrations de joie. L'exemple de Laplume fut aussitôt suivi par Nérette à Aquin , Mamzelle à l'Anse* à- Veau , et Desravines à Tiburon. Dans toutes ces villes il y eut de brillantes fêtes; les troupes coloniales reçurent double ration, des liqueurs en abondance et fraternisèrent avec les blancs. L'enthousiasme eu faveur de la France était devenu de toutes parts un véritable délire. Les deuxl*"* bataillons delà 12% en garnison à l'Anseà-Veau , se firent surtout remarquer par des manifestations d'un dévouement sans bornes. Gombien ne fut pas heureuse pour la Franco cette occasion d'asseoir de nouveau sa dominaûon à St-Domingue; mais cette population du Sud si enthousiaste étiVit cruellement trompée par de perfides proclamations ; elle no comprendra qu il était de ses intérêts de soutenir alors Toussaint i|ue lorsque la ten* tatîve du rétablissement de l'esclavage U contraindra à prendre les armes contre la France. Il faut aussi reconnaître qu'un grand nombre d'officiers français , ignorant le» dispositions des instructions secrètes de Leclerc , se conduisaient , de bonne foi, à légard des noirs et des jhom* mes de couleur. L'apparition seule des vaisseaux le Duguay Trouia^ l'Argonaute et rUnion, dans la plupart des ports du Sud. avait déterminé les citoyens de ce département à méconnaitre l'autorité de Toussaint. Nous avons vu que le général Dessalines ^en traversant la ville de St Marc avait expédié par mer à Jéréroie auprès du colonel Dommage» commandant de l'arrondissement de la Grand' Anse , Sezairo Savary , homme de couleur , lieutenant dans la 4** demi-brigade , et. ^11 officier noir* Ces deux envoyés avaient annoncé à Dommage l'ar^
;14Ô ftl^roiRB D^HAITl. — (1602)
« nair68 de la colonie, et <|uicoi>que la mcconnaU est eoupablcde« « \ant la Conslilulion. Ainsi donc , citoyen , je vous den^an* « de des munitions , des armes , pour combattre les français qui € viennent nous replonger dans Tesclavagc. » Lacombe refusa formellement d'accéder a sa demande , lui déclarant qu'il n'en avait pas reçu Tordre du général Agé son chef immédiat^ et quedu reste Leclerc n'était pas envoyé par le 1er. consul pour changer l'ordre .,de choses déjà tlabli , mais bien pour mettre la dernière main â la tranquillité et ii^u bonheur de la colonie. Lamartinière agitait son sabre d'une main et son pistolet de Tautre : « Puisqu'il en est ainsi, mourez , misérable colon, s'écria- 1 il d'une voix tonnante; » et Lacombe fut renversé atteint d^uneballeà la lôte. Ce trait d'une cruelle énergie répandit la terreur dans l'arsenal ; on lui en livra aussitôt toutes les munitions. Les cojons qui avaient conçu le projet de rarrëtor, effrayés, se cachèrent la plupart, et attendirent l'issue des événemens. Tous les citoyens avaient fermé leurs portes ; les rues étaient pleines de patrouilles ; et tons les blancs qu'elles rencontraient étaient arrêtés -et conduits aux casernes. Agé cessa entièrement de commander, et Lamartinière se trouva seul maître de la place. Il envoya aux chefs de bataillon Barder et Séraphin qui occupaient le fort Bizoton avec le l^' bataillon de la 13e« Tordre de vaincre ou de mourh* ; il plaça au retranchement de Piémont les deux autres bataillons de 1^ lâe. el quelques artilleurs , sous les ordres du com* mandant Lubin Hudlcourt. Tout le corps de la 13e, riigiment du Sud, composé des anciens soldats de Kigaud, avail été gagné par les habitans de la ville, auxquels les soldats avaient promis de ne pas tirer sur les français. Une compagnie de cavalerie de la garda d'honneur sous les ordres du capitaine Barthélémy Marchand, et une compagnie de la garde à pied commandée par le capitaine EloyTurhet^ prirciit position dans la redoute du portail Léogane. Le reste de la garde d'honneur occupa le fort National. De gros déta* chemeus de la 3e. coloniale parcouraient la ville pour contenir les ha-» bitans , et Les eombattre., s'ils s'armaient dans le but d'attaquer par derrière le fort de Léogaue , pendant que les français lui donne* raient assaut. La 3e. demi-brigade était rangée en bataille sur la place VaUière. Les troupes que Lamartinière avait à opposer à Boudet s'élevaient à 2,400 hommes ; elles eussent sufli pour défendre la place , si elles avaient été ûdèles.
Le lendemain 5 Février , à 10 heures du matin, Tarmée française, d^arqua au Lamentin. Lamartinière, à son grand jétonnement, p'entendit pas le canon du fort Bizoton. Aussitôt le fort National tira trois coups de canon d'alarme, et tous les blancs qui avaient ^té arrêtés fureat conduits dans la savane Valembrun ^et à Saint Martin où ils furent impitoyablement massacrés. Boudet s'avançait ^ |g lOtQ dunç division d^ G^OOO hommçsi dont les colonnes foc;;
ttlSTOIRE D*HA1TI. (1802) Ti»
méès en partie de \élérans offraient un aspect imposant. Gesvail* lans guerriers brillaient de tout Téclat de leurs^ uniformes. De haut» bonnets à poil chargeaient leurs fronts menaçans, de grandes guètrca noires recouvaient leurs pantalons, el leurs armes éûncclaient aux rayons ardents du soleil. Lorsque la division parvint près du fort Bizolon., Boudet y envoya un parlemeniaire.qui déclara à Bardet et à Séraphin , qu'ils eussent , au nom de la' France , leur patrie , à lui remettre le fort; qu'ils seraient mainteaus dans leurs grades «et
3ue rien ne serait changé dans la' colonie. Ejj môme temps Bou* et, disait, aux compagnies de grenadiers rangées derrière lui: « Camarades^ vous marcherez rarme, aux bras, sous le canon da fort, car vous êtes sur le sol français; et si des rebelles osent tl* rer sur vous, vous. enlèverez Ja fortification à la baïonnette, et vous» en passeresfr la garnison au fil de Tépée. » Le batajilon dela.lSie.. sortit du fort et vint à la rencontre des français,, axix cdîs .de vi- -vent nos frères f; La division répondit par les cris de. vive la liberté!;; vive la Républrque I : Le^bataillon colonial. . prit rang dans.les Hgnes^ européennes et marcha contre la ville^^ Un r43gimenl français occupa. le fori Bizoton. Parvenu en face de^ la redoute, de Piémont dans le. coude que forme la grande route, Bondet conHuanda balte .â sa.co-^ lonne^. el envoya le colonel .de cavaterie d'Henin, ,au. fort de Léo-, gane , avec mission de recevoir la soumission des^ troupes qui rocfH. cupaient. . Lajuartinière parut dan&Ja redoute; et .ordonna à la^ca^, Valérie de la garde d'honneur de. mettre. pied à.terre pouc combat-, tre: dans les retranchemens. . Le. colqnel d'^enin arrivé aupi^ddOs. fort demanda à parler à celui qui y commandait^.. Lamartinière sor présenta... Nous ne venons pas vous combattre, lui dit-il; vous êtes. fr^çais; nous, sommes frères ; nous venons augmenter «en nous mè* laol à vous, le nombre des défetvseurs Je la patrie. - Il jeta sonépée loin de lui , et demanda àentrer seul dans le fort au milieu de ses compatriotes.. Non! non! s'écrièrent, les soldats. Boudet impatient de. tant de lenteurs, fit. rappeler d'Hi^nin , et dit d'une voix forte qui. fut entendue dans la redoute : grenadiers en ayant ! à la baïonnette! : La charge se fit entendre^ et la division .s'ébranlant , marcha, contre lé forl. Au même instant aririvaje chef de bataillon. Magpy. Halle. , mes amis, halle, mes frères, s'écria-1-il , s'adressanl aux. français. Soit que sa voix ne. (ut point ^tendue, étouffée par le bruit des tambours , soit que Boudet ne voulqt pas Técouter , laco* lonne française était, déjà . parvenue . au pied du fort... Feu! feuf commarfflaMagny. La mort voUigea dans les rangs français. La garde d'booneuf aiax cris de vive la liberté ! vive la .Bépubliqviel exécutaiit^ UQ feu nourri et meurtrier. Les gienadiersde la 68t filment une décharge, terrible et s'élancèrent contre la redoute ; ils furent arjrêtés , mitrailr lés et repoussés jusqu'à Piémont laissant la route couverte de.morts. l^ deux bataillons dé la 13e. qui étaient à Piémont, au lieu de
;l4ft ftl^roiRB D*HA!T1. — (1602)
c naires de la colonie, et <]uicoi>qi]e la méconnaU est eoupablede* < vant la Gonslilulion. Ainsi donc , citoyen , je vous denian* fl de des munitions , dos armes , pour combattre les français qui c viennent nous replonger dans Tesclavagc. » Lacombe refusa formellement d'accéder a sa demande , lui déclarant quMI n'en avait pas reçu Tordre du général Agé son chef immédiat^ et quedu reste Leclerc n'était pas envoyé par le 1er. consul pour changer l'ordre >,de choses déjà ttabli , mais bien pour mettre la dernière main à la tranquillité et txu, bonheur de la colonie. Lamartinière agitait son sabre d'une main et son pistolet de Tautre : « Puisqu'il en est ainsi, mourez, misérable colon, s'écria- 1 il d'une voix tonnante; » et Lacombe fut renversé atteint d^uneballeà la lèle. Ce trait d'une cruelle énergie répandit la terreui dans l'arsenal ; on lui en livra aussitôt toutes les munitions. Les cojons qui avaient conçu le projet de l'arrêter^ effrayés, se cachèrent la plupart, et attendirent l'issue des événemens. Tous les citoyens avaient fernié leurs portes ; les rues étaient pleines de patrouilles ; et tons les blancs qu'elles rencontraient étaient arrêtés -et conduits aux casernes. Agé cessa entièrement de commander, et Lamartinière se trouva seul maître de la place. Il envoya aux chefs de bataillon Bardée et Séraphin qui occupaient le fort Bizoton avec le V^ bataillon de la 13e, l'ordre de vaincre ou de mourir ; il pilaça au retranchement de Piémont les deux autres bataillons de 1i 13e. et quelques artilleurs , sous les ordres du commandant Lubin Hudlcourt. Tout le corps <le la 13e, régiment du Sud, composé des anciens soldats de Kigaud, avaii été gagné par les habitans de la ville, auxquels les soldats avaient promis de ne pas tirer sur les français. Une compagnie de cavalerie de la garda d^honnour sous les ordres du capitaine Barthélémy Marchand, et une compagnie de la garde à pied commandée parle capitaine EloyTurhet^ prireiU position dans la redoute du portail Léogane. Le reste de la garde d'honneur occupa le fort National. Degrosdéta* chemeus do la 3e. coloniale parcouraient la ville pour contenir les ha« bilans , et les eombatlre., s'ils s'armaient dans le but d'attaquer par derrière le fort de Léogane , pendant que les français lui donne* raient assaut. La 3e. demi-brigade était rangée en bataille sur la place VaUière. Les troupes que Lamartinière avait à opposer à Boudet s'élevaient à 2,400 hommes ; elles eussent sufli pour défen* dre la place , si elles avaient été fidèles.
Le lendemain 5 Février , à 10 heures du matin, l'armée française, débarqua au Lamentin. Lamartinière, à son grand jétonnement, p'entendit pas le canon du fort Bizoton. Aussitôt le fort National tira trois coups de canon d'alarme, et tous les blancs qui avaient ^té arrêtés furent conduits dans la savane Valembrun ^et à Saint Martin où ils furent impitoy^ablement massacrés. Boudet s'avançait ^ la lOte cl'unç division de G^OOO bommçs, dont les colonnes ù^;
klSTOIRE D^HAITI. (1802) T49
méès en partie de vélérans offraient un aspect imposant. Gesvaiî» lans guerriers brillaient de tout l'éclat de leurs^ uniformes. De liauti^ bonnets à poil chargeaient leurs fronts menaçans, de grandes guêtres noires recouvaient leurs pantalons, ei leurs armes ctîncelalânt aux rayons ardents du soleil. Lorsque la division parvint près dn fort Bizoton*, Boudet y envoya un parlementaire, qui déclara à Bardot et à Séraphin , qu'ils eussent, au nom de la- France , leur patrie, à lui remettre le fort; qu'ils seraient mainteEUis dans leurs grades , et
Sue rien ne serait changé dans la' colonie. Ej^ même temps Bouet, disait, aux compagnies de grenadiers rangées derrière lui: t Camarades^ vous marcherez ràrme . aux bras, sous le canon da fort, car vous êtes sur le sol français; et si des rebelles osent tirer sur vous, vous enlèverez .la fortincation à la baïonnette, et vous> en passeres^ ta garnison au fil de Tépée. » Le bataillon dela.i3e.. sortit du fort et vint à la rencontre des français,, axix cris «de viirent nos frères! La division répondit par les cris de. vive la liberté!;. \ive la Républrque î : Le^ bataillon colonial., prit rang dans.les lignesr européennes et marcha contre la ville« Un régiment français occupa. le fort Bizoton. Parvenu en face de la redouiC' de Piémont dansle. coude que forme la grande rouie, Bondet conHnanda balte ii sa.co«<lonne^. et envoyia le colonel .de cavalerie d'Henin, , au. .fort de Léo-, gane , avfec mission de recevoir la soumission, des troupes qui J'ocf^ cupaient. Laïuartinière parut dans, la redoute; et ordonna à la^ca^^ ▼alerie de la garde d'honneur de. mettre, pied à. terre pou ci combat-, IrC: dans les relranchemens. . Le. colqnel d'fleniA arrivé au pi^d dit,, fort demanda à parler à celui qui y com manda it,.. Lamartinière ser présenta.^ Nous ne venons pas vous combattre, lui dit-il; i^ousètes. fr^çais; nous. sommes frères; nous venons au^menler^.en nous mê* laot à vous, le nombre des défenseurs dé la patrie. • Il jeta sonépée loin de lui , et demanda àentrer seul dans le fort au milieu de ses compatriotes. Non! non! s'écrièrent les soldats. Boudet impatient de. tant de^ lenteurs, fil rappeler d'Hi^nin, et dU d'une voix fort« qui. fut entendue dans la redoute: grenadiers en ayant! à la baîonselte ! : La <;hargVse fit entendre^ et la division s'ébranlaqt , marcha, contre lè forl. Au même instant arriva Je chef de bataillon, Magj^y. Halte. , mes amis, halle, mes frères, s'écria-(-iI , s*adressanL aux. franç^s. Soit que sa voix ne. (ut point ^tendue, étouffée par le bruit des tambours , soit que Boudet ne voulut pas Técouter, la colonne française était déjà . parvenue . au pied du fort... Feu! feu t commaijlSaMagny. La mort voltigea dans les rangs français. La garde d'honneur aux cris de vive la liberté! vive la BépubliqMel exécutait. un feu nourri et meurtrier. Les giehadiersde la 68* fip.ent une décharge, terrible et s'élancèrent contre la redoute ; ils furent arrêtés , mitraillés et repoussés jusqu'à Piémont laissant la route couverte de.morts. Ii^ deux bataillons dé la 13e. qui éiaieot à Piémont , au lieu de
;l4é m^roiRB D^HAïXi. — (1602)
c naires de la colonie, et <|uicoi>que la méconnaH est eoupablede« c \ant la Constitution. Ainsi donc , citoyen , je vous deiiian* fl de des munitions , des armes , pour combattre les français qui € viennent nous replonger dans resclavagc. » Lacombe refusa formellement d'accéder a sa demande , lui déclarant qu'il n'en avait pas reçu Tordre du général Agé son chef immédiat^ et quedu reste Leclerc n'était pas envoyé par le 1er. consul pour changer lordre ',de choses déjà tlabli , mais bien pour mectre la dernière main à la tranquillité et 'à,\i bonheur de la colonie. Lamartinière agitait son sabre d'une main et son pistolet de Tautre : « Puisqu'il en est ainsi, mourez , misérable colon, s'écria- 1 il d'une voix tonnante; » et Lacombe fut renversé atteint d^uneballeà la tête. Ce trait d'une cruelle énergie répandit la terreui dans l'arsenal ; on lui en livra aussitôt toutes les munitions. Les colons qui avaient conçu le projet de TarrÈter, effrayés, se cachèrent la plupart, et attendirent l'issue des événemens. Tous les citoyens avaient fermé leurs portes ; les rues étaient pleines de patrouilles ; et tous les blancs qu'elles rencontraient étaient arrêtés -et conduits aux casernes. Agé cessa entièrement de commander, et Lamartinière se trouva seul maître de la place. Il envoya aux chefs de bataillon fiardefr et Séraphin qui occupaient le fort Bizoton avec le V' bataillon de la 13e, Tordre de vaincre ou de roourh*; jl plaça au retranchement de Piémont les deux autres bataillons de li 13e. et quelques artilleurs , sens les ordres du commandant Lubin Hudlcourt. Tout le corps de la 13e, régiment du Sud, composé des anciens soldats de Kîgaud, avait été gagné par les habitans de la ville , auxquels les soldats avaient promis de ne pas tirer sur les français. Une compagnie de cavalerie de la garde d'honneur sous les ordres du capitaine Barthélémy Marchand, et une compagnie de la garde à pied commandée par le capitaine EloyTurhet^ prireiU position dans la redoute du portail Léogane. Le reste de la garde d'honneur occupa le fort National. Uegrosdéta* chemens de la 3e. coloniale parcouraient la ville pour contenir les ha^» bitans , et les eombattre., s'ils s'armaient dans le but d'attaquer par derrière le îort de Léogaue , pendant que les français lui donneraient assaut. La 3e. demi-brigade était rangée en bataille sur la place Vallière. Les troupes que Lamartinière avait à opposer à Boudet s'élevaient à 2,400 hommes ; elles eussent sufli pour défendre la place , si elles avaient été lidèles.
Le lendemain 5 Février , à 10 heures du matin, l'armée française, débarqua au Lamentin. Lamartinière, à son grand jétonnement, p'entendit pas le canon du fort Bizoton. Aussitôt le fort National tira trois coups de canon d'alarme, et tous les blancs qui avaient été arrêtés furent conduits dans la savane Valembrun ^et à Saint Martin où ils furent impitoyablement massacrés. Boudet s'avançait ^ la lOle d'unç division de G^OOO bofflmçsj dont les colonnes ^*
ttlSTOIRE D*HAITI. (18Ô2) T49
méès en partie de vétérans offraient un aspect imposant. Gesvail* ians guerriers brillaient de tout T éclat de leurs^ uniformes. De liautiM bonnets à poil chargeaient leurs fronts menaçans, de grandes guètrea noires recouvaient leurs panlafons, ei leurs armes cttncelaiânt aux rayons ardents du soleil. Lorsque la division parvint près dn fort Bizoton-, Boudet y envoya un parlemeniaire.qui déclara à Bardot et à Séraphin , qu'ils eussent , au nom de la- France , leur patrie , à lui remettre le fort; qu'ils seraient mainleajus dans leurs grades » et que rien ne serait changé dans la' colonie. Ej^ même temps Bou« det, disait, aux compagnies de grenadiers rangées derrière lui: c Camarades^ vous marcherez ràrme. aux bras, sous le canon da fort, car vous êtes sur le sol français; et si des rebelles osent tirer sur vai]s, vous enlèverez Ja fortification à la baïonnette, et vous» en passeres^ la garnison au (il de Tépée. » Le bataillon dela^lSie. sortit du fort et vint à la rencontre des français.,, axix cdîs *de vi« 'vent nos frères f; La division répondit par les cris de^ vive la liberté !.. vive la Répablrque ! Le^ bataillon colonial, prit rang dans .les lignes^ européennes et marcha contre la ville«^ Un r^^giment français occupa. le fort Bizoton. Parvenu en face de- la redouiC' de Piémont dans le. coude que forme la grande route, Bondet conHuanda balte â sa.co*r lonne^ et envoya le colonel .de cavalerie d'Henin, , aM. fort de Léo-, gane , avec mission de recevoir la soumission .des troupes qui roc*^. cupaient. . Lamartinière parut dans, la redoute: et .ordonna à la^ca^, Valérie de la garde d'honneur de. mettre. pied à.terre pouc combat*, Ire: dans les retranchemens. . Le. colqnel d'IIenin arrivé, au pi^d dUs. fort demanda à parler à celui qui y commandait;... Lamartinière ser présenta... Nous ne venons pas vous combattre, lui dit-il; vous êtes. français; nous. sommes frères ; nous venons augmenter «. en nous mêlant à vous, le nombre des défenseurs dé la patrie. • H jeta sonépée loin de lui , et demanda à.entrer seul dans le fort au milieu de ses compatriotes.- Nonl non ! s écrièrent, les soldats. Boudet impatient de. tant de lenteurs, fit. rappeler d'Henia, et dit d'une voix fort« qui fut entendue dans la redoute: grenadiers en ayant ! à la baïonnette! : La charge se fit entendre^ et la division s'ébranlant , marcha, contre lé. fori. Au même instant arriva, le chef de bataillon. Magi^y. Halte. ^ mes amis, halte, mes frères, s'écria-l-il , s'adressanl aux. franç^s. Soit que sa voix ne (ul point ^tendue , étouffée par le bruit des tambours , soit que Boudet ne voulut pas l'écouter , la colonne française était, déjà, parvenue, au pied du fort.. Feu! feut commaniSa Magny. La mort voltigea dans les rangs français. La garde d*bonneuf ajax cris de vive la liberté ! vive la BépubliqiJie l exécutait ^ UD feu nourri et meurtrier. Les gienadiersde la 68t fii^eqt une décharge, terrible et s'élancèrent contre la redoute ; jls furent arrêtés , mitraillés et repoussés jusqu'à Piémont laissant la route couverte de.morts. l^ deuK bataillons dé la 13e. qui étaient i Piémont, au lieu de
llUTOIRE D^HAITl.— (I80â)
6tre obligés de mépriser la plupart des gens que nous deYOt>s Vt)if chaque jour. » Il jeta au feu la casselie. Boudât avait reçu en œmmunication une partie des rnslruciions secrètes de Leclerc. Ua des articles était ainsi corïçu : « Les femmes blanches qui se sont prostituées aux nègres, quel que soit leur Tâng , seront renvoyées en France. » Boudet sentant les difTicultés d*établir les preuves de la prostitution , eut horreur de T^sptonage ^ moyen vU qui eut jeté la mort dans les ùfnllles.
Jusqu alors la haute plaine àù Gul-de-Sac à'était pas au pouvoir des français. Sur les \ersans des mornes qui TavoisineiH s'étaient retirés les débris de la 8\ Pierre Louis Diane et Larose eu descendaient toutes les nuits , et se niaient jusqu'aux portes de la Croix des-Bouquet$ , saccageant tout. Boudet était daolant plus inquiet ^ que Lamour Dérance dont il ignorait les dispositions bienveillantes^ retranché dans les -mornes du Grandfond ^ pouvait aussi envahir la plaine , ainsi que la ligne queformcnLau Sud Est de ta ville les mornes de rilôpital. Cotnme dans le Nord les français avaient à vaincre de pius grands obstacles^ licclerc usait , envers les indigèees , de toutes sortes d'égards , et s'eilbrçaft de capter leur confiance pour les porter à Varmer* contre les insurgés-, car la -guerre civileullaits'alîumer avec fure\ir. Toussaint était disposé à lui opposer la plus vive résistance. S'il parvient à vaincre les français et à les rembarquer, il se déclarera souverain indépendant; et s'il demeure vaincu^ M légitimera sa résistance > isn déclarant qu'il n'avait jamais foulé aux pieds le drapeau de la franco, et qu'il ne voulait que contraindre la métropole à respecter sa Oonstit^ition par laqttelleSt.-Domingue était toujours reconnue colonie française.
lie général Boudet rendit compte au capitaine^gënéral detousles Avantages -qâ -il avait obtenus dans l'Ouest et dans le Sud , et de la soumission de la colonie , de l'Arcahaie à Tiburon. Ces succès réjouirent extraordinairement l'armée dont les forces allaient s'augmenter d'auxiiiaires indigènes , alors 4es meilleurs soldats du mon^ de sous le diel brûlant des tropiques.
Pendant cet intervalle les frégates la Fraternité ^et la Préeieùse, souS les ordres du capitaine de vaisseau Bernard , chargées de raille hemmes de débarquement, commandés par le fifcnéral Kerverseau, s'étaient présentées le 3 Février (13 pluvidse) devant Sto Domingo. Le général français envoya un parlementaire à Paul Louverture, commandant pour Toussaint dû département de l'ingiiâo^ au nom de la République Française. La 10* demi brigade dont Jean PhiligpeDaut était ^colonel, et un bataillon de la 7* forofiaieat la garnison de la place. Paul Louvertu* re reçui le parlementaire avec courtoisie et magnificence. €eli^i lui fit connaître que le général Kerverseau avait été envoyé par leT*' consul pour prendre possessiofi de Sto Domingo, et que le nouveau gou* vtraeur étsiit le capitaine général Leolerc ^ commandant eu dicif d«
HISTOIRE X>^HA.lTl, (1809)| . (Bit
Varméc française. Paul Lonverture , homme faible et accès-* sible aux séduptions , lur répondit néanmoins qu'il expédierait des.courriers, au-gou^rneur , et qujl agirait, d'après les instructions qu'il ^a recevrait. Le partemantaire> retauma auprès de Kerverseau et lui apprit les. dispositions de Paul qui paraissait déterminé à ne se soumettre qu'autant qu^!il en recevrait l'ordre d§ Toussaint Louver- (ure. Ces buteries formidables de^ 1a. cûte menacèreot de couler à fond les d«ux frégates si elles ne prenaient pas le large ; cllesL gagnèi^ent la^ haute mçr. L'évèque de Sto-Dpmjngo , monseigneur Madfieiile^ qui avait été envoyé en cette ville par le Directoire, comme on l'a vu,, entièremeni dévoué aux intérérts de sa patrie^ employait» depuis qu'il avait appris rapparilion. d'une flotte française ^ Samana, toutes sortes d'intrigues pour exciter la population à pren* dre les armes conjlre la garnîsoa, afin de. favoriser le débarquement 4es français. Il avait tellement usé de son influence ecclésiastiq4]ej. influence rpagique sur l'esprit religieux et fanatique d^s Espagnols j^ surtout en exaltant l'imagination des femmes , qu'il était parvenu; 4 armer trois cents citoyens , la plupart. ancien.s nobles., humiliés de. subir l'autorité d'un «hef ci4evap.t esclave. Dans la nuit du 9 Fé^ \rier, Mauvieilleflt savoir à Kerversean, dont les frégates louvoyaient: à la vue de Sto Domingo, que s'il tentait up débarquement, la ville entière se soulèverait contre la garnisop, et Seconderai t>ses opérations,. Tous les citoyens en effet s'étaient hautenaent prononcés contre Toussaint Louverture. Au, milieu de la nuit du 20 Pluviôse (9 Février), les trois cents espagnols surprirent un fort de la ville sur le bord de la mer , et s'en emparèrent sur 12 soldats de la 1(X'. ^^ même temps. Kerver^eau. chargeait ses cb'aloupes de soldats , et s.^prçait à atteindre le rivage; mais la m^r était si, orageuse et les brisants si furieux que les français ne purent^ s'approcher des côtes de fer qui bordent l'embouchure de I Ozama. A. la pointe du jour, Jeau. Philippe Daut, à la tète de la 10% donna assaut à^ la fortification, Tenleva à la baïonnette et en^ chassa, les Espagnols qui furent précipités dans la mer où ils se npyèrent en grand nombre. Lçs fuyards se répandirent dans les campagnes , excitant à la, révolte, le Christ à la main, les paisibles laboureurs, au. nom de TliUcrnel. Le 11 Février (22 pluviôse) .pendant la nuit, les I^spagnqls s'emparèrent d'^ia poste hors de la. ville, et s'y retranchèrent; Paul Louverture marcha, contre eux, leur livra combat dt les mit en pleine déroute, ^
* Il ne faut- pas entendre par espafi:nols 4es hommes euFOjpéens ; noua entendons parler des sang-mêiés^ iasus de blancs espagnols et de femmes noires, qui, forment la plus grandie partie de la population do l'Est. Le* habitans de. la partie de l'Ouest les appellent espagnols , et de leur cdté lea habitans de l'Est appellent français l^s Qoirs et les hommes de couleu|r de Tancieune pc^tie ûttn^aiset
|*(f SI8TOIRJ5 P'hAITI. — (180S) ►
Pendant ces événemcns deux courriers envoyés , l'un par Paul Loq- Terture, l'autre par Clervaux qui commandait à St-Yague , arrivèrent aux Gonaives, et remirent à Toussaint les dépèches de ces deux généraux. Le gouverneur expédia à Paul, ainsi qu'à Clervaux, Tordre d'évacuer les villes qu*ils occupaient, et de se retirer à St Raphaël. !^ou8saint, reconnaissant l'impossibilité de conserver les grandes villes, voulait réunir foutes ses forces autour de lui pour faire aux Français une gaerre de n^onlagnes, de créles en crêtes. Avec la connaissance parfaite qu'il avait des localités, il avait Tespoir de la victoire. ^ Le fcourrier envoyé à Clervaux tomba dans les avant postes français qui s'étaient déjà prolongés au loin dails l'intérieur, et fut assassiné. Le courrier de Paul Louverture, quand il parvint dans la plaine de Sto- Domingo , fut arrêté par les Espagnols qui s'étaient soulevés en faveur fies Français. La lettre dont il était porteur fut envoyé [à Kerverseau. Par cette dépèche, il était ordonné au général indigène d'à* bandonner Sto. Domingo et de se retirer à St. Raphaël. Kerverseau, accompagné de quelques officiers, aborda le rivage et demanda une entrevue au général Paul qui l'accepta. Elle eut lieu sous les murs de la place. Kerverseau remit à Tindigène la lettre que Tous» 3aint avait adressée à ce dernier. Le général Paul , après en avoir
S ris lecture , fut étrangement surpris de la recevoir par Tennemi* kerverseau lui donna l'assurance qu'elle lui avait été expédiée par Toussaint dans un paquet. Cependant Paul n'ajoutant pas foi à la parole du français, lui répondit qu'avant de lui livrer la ville, il consulterait l'état-rnajor de la 10e. — Vous agirez, comme bon vous semlilera , répliqua Kerverseau ; mais le général Toussaint Louverture -vous rendra responsable de votre conduite. Souvenez vous de Moyse qui, pour n'avoir pas suivi les instructions de son oncle, se perdit en prenant les armes contre la métropole. Paul Louverture rentra à Sto. Domingo, réunit tous les ofliders de la garnison, leur fit donner lecture de la lettre*, et les chargea d'en vérifier la signature
^ qui fut aussitôt confrontée avec toutes celles du gouverneur trouvées au bureau de F Arrondissement. L'éitit major déclara unanimement que cette signature était celle de Toussaint. Néanmoins Paul Lou» Verture n'ouvrît pas aux français les portes de Sio. Domingo , excité dans sa détermination par la garnison qui avait l'espoir d'être bientôt secourue par le général Clervaux, commandant de St Yague. Ker.verseau ne redoutant pas une canonnade à boulets rouges, bloqua dans la journée du 24 pluviôse ( i3 février), l'embouchure do TOâ;ama, et captura deux bâtimens américains qui avaient tenté d'en-
' trer dans le port. D'un autre côté , les Espagnols ^soulevés dans les campagnes serraient étroitement la place.
Clervaux à St. Yague, à la tète de 700 hommes de la Q"" demibrigade , ne reeevait aucune nouvelle de Toussaint Louverture. Il ^tait dans les plus vives inquiétudes; sur le sort de son chef.
HISTOIRE d'haiti. — (1802) ISt
L^évèque Mauvicîllo arriva de Sto. Domingo auprès de lui. H employa toute son éloquence pour le déiorminer à se soumettre au nouveau gouvernement , s*étajant de la proclamation de Toussaint qui faisait un devoir aux fonctionnaires civils et militaires de' recevoir les envoyés de ia métropole avec le respect de la piété filiale. Il est probable, lui dit Mauvieille , que le gouverneur lui-même a fait sa soumission. Clervaux, vaincu par les argumens de Tévêque, reconnut Tautorité du capitaine-général Lrclerc. Celui-ci peu de jours après lui envoya le général Claparéde qui prit possession de la ville, au nom du ^uvernement français. Clervaux fut maintenu dans son grade de général de brigade et dans son commandement du dépar\.ement de Cibao. Mauvieille revint à Sto. Domingo ; il présenta à TPaul Louvarture une lettre par laquelle Clervaux l'exhortait à se soumettre au capitaine général Leclerc dont l'autorité était légitime d'après les proclamations de Toussaint lui-même. Paul Louverture suivant l'exemple de Clervaux reconnut aussi Ife nouveau gouvernement. Le 2 Ventôse le général Kerverseau. entra à Sto. Domingo à la tète des troupes françaises, le félicita de son attachement à la métropole ,et l'engagea à exciter par une proclamation les garnisons de la'parlie espagnole à imiter la conduite de celle de S^^. Domingo. Paul Louverture adressa aux trou |>es du département de l'Ozama un<^ proclamation dans laquelle il disait : « Que la liberté pour lui et « les siens était le talisman qui enflammait son zèle et son amour, « pour la mère patrie. » 2 Ventôse ( 21 Février. );
Revenons aux événemens qui se passaient à peu près en mêmô^ temps dans le département du Nord, aussitôt après là prise de pos^. cession du {Cap. Les généraux français promettaient d'écraser Toussaint d*un seul coup. Cependant Leclerc pensa qu'il serait plaspru«dent, plus sage et moins barbare d'employer préalablement la voie des négociations, pour amener Tex^gouverneur à un accommodement, en Ini proposant la seconde place de la colonie. Il croyait que les, nombreuses troupes * qu'il avait envoyées dans TOuest répandraienl le découragement autour de lui. Mais Toussaint avait un cceur que les obstacles rendaient de plusjsn plus énergique; et chaque trahir son de ses officiers ne pouvait que le fortifier dans la détermination qu'il avait prise de mourir les armes à la main.
Leclerc envoya chercher Isaac et Placide Louverture qui étaient: à bord du vaisseau le Jean Jscques, et qui n'étaient pas encore descendus au Cap. Tous les deux , frères utérins , ils étaient différens. de caractère. Isaac l'aîné, d'une humeur froide, d'un esprit lent, possédait une âme faible, et était incapable de ces résolutions hé* roïques qui distinguent du vulgaire iliomme passionné. Cependant il réunissait les qualités de l'homme vertueux; il avait un cœur compatissant; religieux, il comblait de ses bienfaits les malheureux qui l'approchaient , et des connaissancçf asse% éteodtres ornaient son esprit.
|6f BI8T0IRE D^HAiri — (1803)
Placide le plus jeune, id'une humeur fougueuse et entreprenante |gtait entièrement dévoué a la cause de son beau-père. Moins stu* dieux que son frère, il n(S s cUail pas livré à Tétude avec la même ^rdeur. Sa vive imagination n'avail pu soutenir le poids des sciences abstraites: elle ne rêvait 'que h gloire et la liberté de son pays.
Personne n'ignorait J'amour que Tex-gouverneur portait à ses en* ^ns; les autorités françaises pensaient qu'il ferait bien des concession^ à la mère patrie tant que ces deux jeunes gens seraient «entre les mains de la République. Un paragraphe des instructions de ik>naparte à son beau-frère portail que teuies sorl^^ d'égards •seraient observés envers les fils de Tpussaigt afin dé les gagner au parti de la France. Bonaparte semblait croire que ces jeunes gen^ ramèneraient leur père sous les drapeaux delà République qu il avai^ presque abandonnes, s'ils se dévouaient a la cause de la piétropoIe«
Quand ils furent conduits en présence de Leclerc, celuiei leurdif, en leur remettant la lettre adressée à leur père par le 1**^ consul : ^e pense que cet écrit que vous donnerez au général Toi)3saint établira entre votre père et moi l'accord le plus parfait.' Le 7 Février à onze heures du soir , le citoyen Coisnon , Isaac et Placide partirent du Gap, laissant derrière eux un théâtre de dévastation et de car* nage ; ils reconnurent partout les traces du passage du général Chris* tophe. Quand ils arrivèrent aux avant-postes du général Desifournaux , Fj^djudant commandant Dampierre leur lit^ Taccueil le plus Çlatteur. Ils passèrent la nuit dans le camp. Dès Taurorq , ils en partirent, et pressèrent leurs chevaux. Lorsque le soleil inonda de Bes rayons les eampagnes d Eiinery , d'une richesse prodigieuse «de végétation, couvertes aqne belle population , de nombreux troupeaux, jdes échappées de vue d une rare magnii|cence excitèrent leur admi* ration. Le fer, le feu n'avaient pas encore ravagé ces cantons* Ils avaient lais^ loin derrière eux la pointe dii Mornet. Le chemin était reiupli de femmes et de cultivateurs; on leç arrêtait pour les questionner. Ils dirent le molif de leur voyage; chacun les félici* tait de leur retour dans leur pays^ et la foule les suivait avec ac- /clamations. Elle les accompagna jusqu'au bourg d^nnery. I^eur mère avertie de leur arrivée^ paroles cris d'enthousiasme qu'elle ^ntendaity accourut au devant d^nx. Ils entrèrent au palais |de leur père^ à p^uf heures du soir, deux jours après leur départ du Gap. On expédia aussitôt un courrier pour le quartier général des Gonaïves où était Toussaint Louverture. Celui ci, le lendemain , dans la nuit du 9 Février , arriva à Ennery , suivi de son état major. Il avait ^ussitOt saisi le motif de eette courtoisie du général Leclerc : sa «^en* sibilhé paternelle était mise à 1 épreuve. U serra ses fiU contre /K)n cœur^ les couvrit de baisers et' leur dit : « Mes enfans, si vous ^'abandonnez vous ouvrirez dans mon cœur uue plaie qui ne se fer* mera jai^ais. » Le citoyeq Coisnon voyant spij^ ém9tipa et les l^r9i)<ai
€[uï inondaient son visage, profita de ce moment liworahle pour lui adresser la parole: Est ce le fidèle serviteur dô la République que je vois? Toussaint que la dissimulation n'abandonna presque jainais lui répondit : Pouvez-vous en douter? Le ciloyen^Coisnon continuant : le l^*" Consul vous envoie vos enfans pour qu'ils soient auprès de vous les interprètes du gouvernement français. Alors Isaac raconta à son père combien il avait été heureux en France ; qu'il ^ avait vu au palais des Tuileries le V^ Consul qui ne souhaitait que la gloire de son .père et le bonheur de St. Domingue. En même temps il lui présenta une boite d or dans laquelle (était une lettre de Bonaparte revêtue du sceau de l'Etat , suspendu à un cordon de ' soie, Toussaint l'ouvrit et la lut attentivement :
Au citoyen Louverture , général en chef de Varmée de St. Domingue.
Citoyen Général ,
La paix avec l'Angleterre et toutes les puissances de TEnrope qui vient d'asseoir la République. au premier degré de puissance et de gran- /deur, met à môme le gouvernement de s'occuper de la colonie de St. Domingue. Nous y envoyons le citoyen général Leclerc , notre beau frère, en qualité de capitaine général comme premier magistrat de la colonie. Il est accompagné de fi»rces convenables pour faire respecter la souveraineté du peuple français. C'est dans ces circonstances que nous nous plaisons à espérer que vous allez nous prou» !fers et à la France entière, la sincirité des sentimens que vous avez constamment exprimés dans les difierentes lettres que vous nous avez écrites.. Nous avons conçu pour vous de l'estime, et nous nous plaisons à reconnaître et à proclamer les grands services que vous avez rendus au peuple français; si son pavillon flotte sur St. Domingue, c'est à vous et aux braves noirs qu il le doit.
Appelé par vos talens et la force des circonstances au premier commandement^, vous avez détruit la guerre civile, mis un frein à la persécution de quelques hommes féroces, remis en honneur la' la religion et le culte de Dieu de qui tout émane.
La constitution que vous avez faite , en renfermant beaucoup de bonnes clioses , en contient qui sont contraires à la souveraineté dii peuple français , dont St-Dotningue forme une portion. Les circonstances où vous vous êtes trouvé, environné de tous cùtés d'ennemis , sans que la Métropole puisse ni vous Recourir , ni vous alimenter , ont rendu légitimes les articles de cette constitution qui pourraient ne pas l'être ; mais -aujourd'hui que les circonstances sont si heureusement changée!» , vous serez le premier à rendre hommage à la souveraineté de la nation qui vous compte au nombre de 9m plus illustres citoyens, par les ^ryicës <]ue vous lui ave^ rendus»
cl par les talens et la force de caractère dont la nature vous a doué. Une conduite contraire serait inconciliable avec l'idée que nous aTons conçue de vous. Elle vous ferait perdre vos droits nombreux à la reconnaissance de la République , et creuserait sous vos pas un précipice qui en vous engloutissant , pourrait contribuer au malheur de ces braves noirs dont nous aimons le courage , et dont nous nous verrions avec peine obligés de punir la rébellion. Nous avons fait connaître a vos enfans et à leur précepteur jles son timens qui ^nous animaient , et nous vous les renvoyons. Assistez de vos conseils, de votre influence, et de vos talons le capiiîiine général. Que pouvez -vous désirer? La liberté des noirs! vous savez que dans tous les pays où nous avons été , nous Tavons donnée aux peuples qui ne Tavaient pas. De la considération , des honneurs , de la fortune I Ce n'est pas après les services que vous avez rendus, que vous rendrez encore dans cette circonstanee, avec les sentîmens particuliers que nous avons pour vous , que vous devez être incer« tain sur votre considération , votre fortune et les honneurs qui vous attendent.
Faites connaître aux peuples de St Bomingue que la sollicitude que la France a toujours portée à leur bonheur a été souvent impuissante pav les circonstances impérieuses de la guerre; que les hommes venus du continent pour l'agiter et alimenter les factions étaient le produit des frictions qui elles mêmes déchiraient la patrie; que désormais la paix et la force du gouvernement assurent leur prospérité et leur liberté. Dites que si la liberté est pour eux le premier des biens , ils ne peuvent en jouir qu*avGC le titre de *citoyens français , et que tout acte contraire aux intérêts de la patrie , à Tobéissance qu'ils doivent au gouvernement et au capitainegénéral qui en est le délégué, serait un crime contre la souveraineté nationale qui éclipserait leurs services et rendrait St-Domingno !o théâtre d'une guerre malheureuse où des pères et des enfans s'entre-égorgeraient. Et vous, général, songez que si vous êtes le f)l:dmier de votre couleur qui soit arrivé à une si grande puissance et qui se soit distingué par sa bravoure et ses talens militaires , vous ôtes aussi devant Dieu et nous le principal responsable de leur cor»(!uite.
S'il était des oâalveillans qui disent aux individus qui ont joué le premier rôle dans les troubles de St-Domingue, que nous venons pour rechercher ce qu'ils ont fait dans dos temps d'anarchie , assurezies que nous ne nous informerons que de leur conduite dans cette dernière circonstance, et que nous ne rechercherons le passé que peur connaître les traits qui les auraient distingués dans la guerre qu'ils ont soutenue contre les espagnols et les anglais qui ont été nos ennemis.
Comptez sans réserve sur notre estime, ot conduisez-vous comme
HISTOIRE d'haïti. — nB02) ^ 171
doit le foire un des principaux citoyens de la plus grande nation da inonde.
Paris le 27 Brumaire an iO (18 Novembre 1801), Le premier Consul, (Signo), BOiNAPARTE.
Après la lecture de cette lettre, Toussaint toujours calme, en présence d'une foule d'officiers de tons grades, do sa femme, de de son beaufr<)re, de ses deux nièces, dit an citoyen Coisnon : j'éprouve pour vous la plus profonde reconnaissante; vous avez donné les meilleurs soins à mes enfms. Vous direz au général Leclerc que je ne traiterai avec lui que lorsqu'il auja î^rrôlé les progrès de son lirmée; du reste je lui adresserai une lettre à ce sujet, Toussaint passa toute la nuit à écrire. Ses paquets à Tadresso du général Leclerc furent remis au citoyen Coisnon, par Tadjudant général Fontaine, noir. A quatre heures du matin, il eut une conversation d'une heure avec ses enfans et retourna ensuite à son quartier général des Gonaïves , après avoir entendu la messe. C'était une habitude qu'il ne négligeait jamais de pratiquer, dés la pointe du jour, avantde se livrer à ses occupations politiques.' Aussitôt qu il fut arrivé aux Gonaïves^ il expédia pour le général Lccleic, un nouveau paquet, au Citoyen Coisnon qui était encore à} Ennery avec ses fils. Le citoyen Grenville, instituteur de son troisième fds, avait été chargé de la dépêche. Quelques heures après, madame Louverture entra aux Gonaïves, suivie de plusieurs animaux portant, prétendait*on , le Irésdr particulier de Toussaint.
Toussaint avait fait réunir à la Petite-Rivière dé TÀrtibonite des sommes importantes. Il envoya Tordre au commandant Aignan de les transporter aux Cahos. Aignan en chargea un grand nombre de mulets qui furent confiés à la garde d'un bataillon de troupes coloniales. Quatre cents espagnols qui avaient été arrachés à leurs demeures, conduisirent ces mulets. Ils gravirent des sentiers presque impraticables au travers d'énormes rochers et de profonds ra* \ins, et déposèrent les caisses d'or et d argent sur l'habitation Magnan. Tous les espagnols qui avaient travaillé au transport de ces fonds furent, dit-on, sacrifiés. Aignan reçut Tordre de porter la surveillance la plus sévère sur le lieu où étaient cachées les plus grandes ressources de Tex gouverneur. La plus grande partie de cet argent n'appartenait pas à Toussaint personnellement. C'était particulièrement Tor des caisses nationales de TArcahaie , de St. Haro , des Verrettes , de la Petite Rivière et des Gonaives. Au mi- . lieu des bagages se trouvait aussi 1 argent appartenant aux généraux Dcsssalines , Vernet , Charles Bélair. Il est impossible d'évaluer mêine approximativement la valeur de ces fonds. Il est eertain qu'elle à de être énorme, si Ton sç rappelle les grandes * économies que
178 HISTOIRE D*HAITI.-^(t80a)
faisait Tamsaint chaque année. Les américains Tévaluent , san^s raisoik^ à 220,000,000 de fia nos; les français à 33,000,000. Peut-être serait* il raisonnable d'adopter ce dernier chi(Tre>; car lorsque la division Rochambeau pénétrera aux Gabos,elle enlèvera presque la totalité de oe trésor qui sera transporté aux Gonaïves , et ensuite au Cap par mer.
Les confesseurs de Toussaint , les pères Anthaume, Molière et Cor-^ neille avaient aussi reçu des lettres du général Leclerc qui promettait à chacun d'eux la mitre d'évèque, s'ils parvenaient, âu tribunal de la pénitence, à déterminer l'ex gouverneur à reconnaître Tautorité légitime de la métropole Ces ecclésiastiques qui connaissaient la dissimulation de leur pénitent, pour lequel la religion n'était souvent qu'un moyen , mis en pratiquée Teiret de parvenir à ses fins, répondirent an» capitaine général qu'Us étaient tout dévoués à la France , mais qu'iti n'oseraient faire une telle proposition à Toussaint dans la crainte de perdre leurs tètes que la métropole ne leur rendrait pas.
Les citoyens G)isnon ^ Grenville et les. fils de Toussaint, partis^ d'Ennery, arrivaient au Cap au milieu de^ la nuit , et remettaient à» Leclerc la réponse de rex-gouverneur. Celui ci lui avart écrit que ce n'était pas à coups de canon qu'on apportait le bonheur dans * un pays ; il lui reprochait de ne lui avoir pas envoyé la lettre dti, i*' Consul avant d'avoir commencé les hosxilités, et surtout de paraître douter des grands ser\ices qu'il avait rendus à la France^ et des droits qu'il avait acquis à la reconnaissance nationale ; il lui annonçait qu'il préférait la liberté des noirs au. bonheur d'avoir ses enfans auprès de lui; qu'il les lui renvoyait, et que leur présence au milieu des français ne l'empêcherait jamais d'agir comme il le jugerait convenable dans l'intérêt des habitans de St. Domingue ; qu'il lui faudrait beaucoup de temps pour réfléchir au parti qu'il aurait à prendre ; qu'en attendant il le priait, pour épargner la snng déjà '^ersé avec trop d'abondance, de suspendre la marche de ses troupes.
Après la lecture de cette lettre Leclerc entra, dans une violente colère; il traita Toussaint de rebelle, en présence de son état-major,d'Isaac et de Placide, il dicta à son secrétaire une lettre par Lquelle il annonçait à Tex-gouverneur que le Port* Républicain et tout le Sud avaient reconnu l'autorité légitime de la France , que le Port-de Paix allait être attaqué, le Mâle St. Nicolas bloqué par mer, que le général Boudet- marchant sur St. Marc ^ ne s'arré* ferait que sur les iives(de l'Artibonite. Il ajouta qu'il condescendrait cependant , quoiqu'il eût pour instructions de ne pas discontinuer les opérations de la guerre, à un armistice de deux jours, pour entrer en négociations, qu'il le nommerait son premier lieutenant s'il profitait de ce délai pour faire sa soumission ; mais qu'après lea deux jours expirés , s'il n'avait pas reconnu le nouveau gouvernement^
tllSTÔIRE D*HAltl.— (1802) IW
Ik serait mis \ïoH la loi pa^ tibe proclamation et dévoré par la ven* geance de la République.
Isaac et Placide partirent avec cette lettre pour le quartier-général des Gonâîves, laissant au Gap les citoyens Goisnon et Grenville, harassés de fatigue.. Quand ils arrivèrent aux Gonaïvcs Toussaint les reçtit avec froideur. Il lut la lettre de Leclerc, et s indigna de la réponse arrogante et impérieuse du capiuine général. Gependant il redevint calme, et ne se montra pas^abattu par cet ,uUima« tum. ïld<k jk ses iils qui s'étaient jetés dans ses bras: Mes en&ps, je déclare la guerre au général Leclerc , mais non à la France^je yeux qu'il respecte la Constitution que Je peuple de Si-Domingue s'est donnée, le ne puis traiter avec le 1er Gonsul puisqu'il a déchiré l'acte qui garantit toutes nos libertés. Mes enfans , je ne vou« drais pas contrader vos sentimens ; je n'eraptbierai ni la ruse, ni la violence pour vous retenir auprès | de moi: si votre père devenait l'auteur de vos malheurs, il serait toute su vie poursuivi par les remords. Choisissez entre le capitaine général et la liberté de votre
Il les éloigna aussitôt de son sein ; son front se couvrit d'anxiété et de douleur. Eh quoi, leur dit-il, vous hésitez daifs votre choix ; riiemme d'honneur doit se vouer à une cause, et non servir deux partis à la fois. Isaac s écria : Je reste fidèle au capitaine* . générai qui représente la France , ma patrie. Ces paroles obscurcirent le front de Toussaint et répandirent sur ses traits une pro* fonde afl]ictfon>. Il dit à voix basse: ils ont corrompu son jeune -cœur, ils lui ont appris à.hair son père. Et vous, Placide, m'a* bandonnerez-vous? Placide aeprécipita à ses genoux en s'écriant : l.a France^, ses plaisirs, sa gtwe, j'ai tout oublié; mon existence vous est vouée ; je vous suivrai dans les combats; je mourrai à vos côté|. Toussaint le releva avec transport , le Oatia de ses ca* resses , et le montra avec orgueil iè ses officiers.
Il sortit aussitôt du gouvernement, fit battre la générale, et réunit sur* la place d'armes sa belle garde d honneur qui formait %kn bataillon d'infanterie et deux escadrons.
Il se plaça au centre de ses grenadiers , ayant à ses côtés le général Vernet et le chef d'escadron Morisset. Il leur dit d'une voix ^mue que le général Leclerc leur proposait la honte et l'ignominie^ qu'il voulait que la Constitution , le seul garant de leur liberté , fût anéantie , et qu'ils se missent à la discrétion du gouvernetnent français. Il leur demanda s'ils seraient assez lâches pour se soumettre à de tels caprices ; s jls pourraient subir encore le joug de l'esclavage. Les soldats lui répondirent : Nous mourrons tous pour la liberté.
Toussaint leur présenta Placide au grade de commandant et leur dit ; U est prêt à mourir pojjr votre cau$^. Placide fut accueilli
tu
tiîsfoiRE D^HAÎTI. — (180$)
ûVëc acclamations par ces \ioux guerriers que D'effrayaient pas fes périls de la campagne qu'ils allaient entreprendre. Pendant cette revue Isaac olait renfermé au palais colonial dans les bras de sai mère; il voulait se rendre au Cap; mais elle le retint par ses larmes et sos carcasses.
Les citoyens des Gonaïvcs , effrayés des calamités de la guerre par les maux qui afiligeaient dèp les habitans du Cap réfugiés en grand ngmbre dans leur ville , supplièrent Toussaint Louvertui^de leur permettre d'envoyer une députation auprès de Leclerc^ dam le but de le porter à sauver la colonie des uéau\ diont elU était menacée , en reconnaissant la Constitution de St-Domingue. Celle dc|)utaiion fut , pour ainsi dire y chassée Au gouvernement du Cap par Leclerc qui la chargea d^annoncer ù Toussaint qu'il avait sous ses ordres de nombreuses baïonnettes, et quil ne cesserait les hostilités qu'après qu il Teût vaincu et arrêté comme traître à la patrie. Leclerc croyait que tout fuirait à lapproehe des forces considérables qu'il avait -à sa disposition. Elles venaient encore de s'augmenter par l'arrivée de quelques troupes; et le vaisseau lé Desaix qui s'était brisé devant le Cap était une perte insensible pour sa flotte forte de 73 bâtimens tant vaisseaux , corvettes que fréga* tes. Il mit aussitôt à exécution les menaces qu'il avait faites à Toussaint. Le général Humbert, qui était |)artidu Cap pour le Portde-Paix avec une escadre , avait déjà opéré son débàrquem^ol à l'embouchure des Trois Rivières «
lt^