LIVRE V1NGT-QUATR1E31I
Sommaire. Une escajlre française se présente devant le Port-de-Paix. — Le géné^ rai Humbert envoie des parlementaires à Maurepas. — Réj^onse de Maurepas — Celui-ci évacue le Port de- Paix ,"61 l'incendie. — Les fr«nçais débarquant à Tembouchure des Trois Rivières. — Combat au gué des Trois Rivières — Combat du morne (fe la coupe Aubert. — Humbert entre au Port-de-Paix. — Conduite généreuse de Maurepas à l'éçard des biaAs du Port de-Paix. — Humbert marche sur le camp des Trois Pavillons — Il y est battu. — Bondet tente de débarquer à St. Marc ; il est repoussé par le canon du fort Libre: — Il débarque à Montrouis — Dessaiines se rend dans la plaine du Culde-Sdc , pour contraindre h division Boudbt à rétrograder. — Lamour Dérance et Lafortune reconnaissent Tautoriié de Leclerc. — Pierre- Louis Diane s'approche du Poit Républicain pour l'incendier. — Il est pris par les français et embarque. — Le capitaine général Locierc entre en campagnie. — Son adresse, aux habitants de St. Domin^ue. — Toussaint et Christophe sont mis hors la loi — Forces que Toussaint peut opposer aux français.— Plan de campagne de Leclerc — Les divisions' ftançaiscs s'ébranlent. — Desfournanx se porte sur Plaisance. — Hardy ta porte au grand Boucan et au Mornet. — Le général Boyer et le contre-amiral Magon prennent SaintoSuzane, le Trou et Vallière. — Desfournaux entre à Plaisance. — Rorhambeau s'empare de St -Raphaël. — Hardy bat Christophe au Dondon. — Il escalade le morno Boispin et entre à !a Marmelade. — Rochambeau s'empare de Saint- Michel de l'Ataîaya. — Débelle débarque au Port-de-Paix. — Il marche contre Maurepas sur quatre colonnes ; il est battu de toutes parts. — Hardy chasse Christophe d'Enne^. — Le général S'alm enlève le Bayonnet sur Christophe — Christophe se retire verg les Gonaives. — Rochambeau sortant de St Michel s'établit à Bu rade — Tousi&int part des Qo&aiîe» , et marche contre Sochaiabeau. — lltraveise le quartier
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de Lacroix et pénètre dans la Nvine à Coul livre. — Il attaqne Rocbambeau IL liarude. — Il est ballu , et rallie st s soldats à Périsse. — f.ifs fran^jais viennent l'y attaquer. — Il les cojibat ri d^m^ure inaîlie du champ de bataille. — LXsfournaux enlève la co.jpe à Pintade — Combat du Châtelain — Combat du pont des Dattes.— V^criiot livre anx flammes la ville des Gonaivts et Pévacue. — Leclerc y pjénèire. — Combat d.i cimetière da blockr^us — Vornet et Christophe se retirent au pont I Ester. — Toussaint vient Jes y joindre — Rorhambeau arrive aux Gonaïves. — BoiîJtt marche de Moutrouis sur St Marc. — Incendie de cette vflle par Dessalines -7-Boudet entre à St Marc. — Dessalrnes se retire à la Petite- Uivi ère de TArtibonite. — Leclerc porte toute son attention sur Maurepas. — Jean-Rabel se soumet aux français — Lubin Goiart marche contre Maurepas. — La frégate la Furieuse, prend possession du Môle — Maurepas enveloppé de toutes parts se soumet à Débeil».' — Félicitations adrassées par Leclerc à ses trou pts.-r- Lettres de Toussaint à Dessa'mes. et à Dommige —Elles sont interceptées. Pamphile de La Croix, craignant que D«ssaiin»'S ne Pattaque au Port Répmblicain , se thet 8'ir la défensive. — Rocbamb<aju et Hardy parcourent les Cahos. — RQchacnbeaa y fait un buti'i considérable — Réflexions sur le trésor particulier de Toussaint. — Leclerc se rend au Port- Républicain. — Arrivée en cette ville de 350 Rigaudins noirs et jùimes venant de Sl Yague de Cube. — Tou^aint établit son quartier-général dans la pldine de l'ArtibonitCi — Points qu'occupe son armée. — Il fait armer le fort de la Crète à Pierrot
Le 20 Pluviôse (9 février) une goelelle française louvoyait à la vue (lu Porl (le Paix. Un canot s'en détacha et atteignit le rivage. Deux, parlenncnuiircs , les citoyens Breton el Bistaret , porteurs de la proclamation du icr consul aux habitans de U-Domingue , traversèrent la ville et se rendirent au palais colonial auprès du générai Maurepas. Celui-ci leur demanda, comme s'il ignorait les événcm^ns qtii se passaient autour de lui, quel était l'objet de leur mission. — Mous venons vous sommer délivrer la place au capitainegénéral Leclerc^ sinou elle sera ensevelie sous le feu de Tescadre française. Maurepas, dune taille élevée, d'une humeur calme ^ entièrement dévoué à Toussaint Louverture , leur répondit : Je ne recevrai les troupes de votre général que sur les ordres du gouverneur; en attendant je saurai faire mon devoir en homme de courage ; je vous déclare que vous êtes mes prisonniers. Il les fit lier Tuu à l'autre, et acheminer ensuite sur les Gonaïves à travers la montagne; mais leurs conducteurs les massacrèrent en chemin. Le général Ifumbert, commandant de la division française, ne voyant pas revenir ses parlementaires, pénétra le lendetnain, 21 pluviOse^ (10 février) dans ta rade avec un vaisseau de ligne , le Watigny , capitaine Gourdon, deux frégates, la Furieuse et la Clprinde, et plusieurs navires de transport. Tout à-coup Us quatre forts de la ville tirent à boulets rouges sur Tescadre qui, dé son côté, vomit la mort dans les redoutes de la place; mais les Indigènes n'abandonnent pas leurs postes. * Le citoyen Poitevin , homme de cou^
* Tous les blancs créole» et éuiopéeûs ^ presque sans exception , s'é^
mitoifcft B^ûAiti.-^(ldoé) tVf
leur , commandant 4u pori , lançd du fort l^ageot , drestié sur iih des quartiers élevés de la ville, à peu de distance de la mer, urt boulet qui emporta vingt hommes à bord du taisseau français. L'escadre cessa aussitôt son feu , gagna le canal de la Tortue , et fit des signaux : plusieurs autres navires de yuerrt vinrent se joindrsf à elle. En même temps Maurepas ne trouvant aucune opposition liand la population noire et jaune, faisait évacuer la ville. Hommes , fenimes^ enfanSy noirs ^ de couleur, gravissaient lamontagne^ emportant des munitions de bouche et de guerre, et traînant avec ardeur des pièces de campagne. Les bourgeois blancs qu'ils conduisaient devant eux, étaient aussi chargés de munitions. Les pluies étaient tombées avec abondance ; Tatmosphèfe était chargée de brouillard; le fleuve*" des Trois Rivières, M débordement « couvrantde ses eaux les chemins qui conduisaient à Tinlérieur, les avait rendus presque impraticables. Quand la ville fut en parlie abandonnée, M»urepas, a lalélede la 9e, mit^ lepremier^ le feu as» propre maison j^i^i quelques heures le Port-de Paix fut toutelnflaromes. Il se relira au fort Pageot qui domine 1# canal de la Tortue^ pour suivre de Tœil les mouvemeas de Tennemi. L'escadre était mouillée à une demi lieue de la ville, à Tembouchure des Trois Rivières. Là , débarquèrent les français au nombre de 1^800 hommes* Ils se rangèrent sur Thsibitalion Lacorne Guédon ^ et se mirent enf marche sur le l*ortf»de Paix par la grande ^route. Maurepas avait vil s'opérer leur débarquement, sur la rive gauche du fleuve. Il avait envoyé^ le i**" bataillon de la 9e, de 400 hommes^ s'embusquef au ^é des Trois Rivières. Les français , dès qu'ils découvrirent les indigè^ nés, se précipitèrent sur eux à la baïpnneUe, en pénétrant dansTeSU jusqu'à la ceinture , le général Humbert i leur tête. t>e la l'ive opposée, la 9e en renversa un grand nombre par on feu biem nourri. Le combat s'engagea ensuite à Terme blanche avec une fu'^ reur égale de part et d'autre. Les français, ne pouvant forcer le paf^ sage , se retirèrent en bon ordre « conduits par des indigèties hos^ tiles à Toussaint, et longèrent^ la rive gauche jusque sur l'ha.bitatioa jjl^aulin où il y avait un autre gué« N y trouvant pas de troBpéS ennemies , ils passèrent sans obstacle , traversèrent Thabitalkm Àu« bert et gagnèrent le chemin du Gros Morne. Après ï avoir suivi quelques instans , ils l'abandonnèrent ^ et pénétrèrent dians un sén^ lier qui les conduisit au pied d'une ésEiinençe appelée le marne der la eeupeAubert. Là , était en embuscade le eapf laine Capoixavec oeRt hommes de la 9e. Dès qu'il aperçut les français, il eom"
talent jetés dans Tes brfts des français, à Parrtyée de I^ederc. Quant Mx noirs et aux hommes de conleur qui s'ap}ielaiient déjà entra eux indigènes,, ilfl s'étaient diTÎsés en detcx eamps: les nne, noirs et mulâtres, c'était le plus petit ncmibre , s'étaient prononcés pour Toussaint , les autres, neiïs ei molâtres , s'étaient proooncés pour les Franc ais.
m IftStOIRB D^HAITI.— (180fi)
mença un feu àet plus ^« wr leur colonne ; ild lui répondirenl avec \igueur. Capoix, atteini d'une balle à la jambe , iomba au milieu des siens qui, pour n'èlre pas enveloppés, gagnèrent avec rapidité le sommet du morne. Ils disparurent au travers des rochers, des buissons et des arbres , emportant tous leurs blessés. Humberi s'arrêta à cinquante toises environ du Port de- Paix , pour se reconnaître.. La ville n'était plus que ruines fumantes : dans sa marche rapide, il avait perdu deux cents hommes Un détachement de cent matelots du Watigny dépilqya la plus grandes intrépidité. Les m^ri^is eurent à déplorer la perte du lieutenant d'arlilierie Mésoé , de l'enseigne Bordenbach et de Ta&pirant Gelin. Le lieuienanl de vaisseau Lévenard*, et le lieutenant d'artillerie Rosamel , furent grièvement blessés. Maùrepas avait abandonné le fort Pageot , après a^oir Élit enlever les munitions de la fertillcation par un bataillon de la garde ^nationale de la montagne , sous les ordres du ^pitaine Nicolas. Getui-ei passa avec une pièce de i , sans être att4|bé , a la portée de fusil de la division Hiimbert harassée de fatigue, et vint se joindre i Maurepae qui avait établi son r;nartier-géuéral aux Trois Pavillons^ sur l'habitation Brissot, a trois lieues de la place. C'était une magnifique position que traversait le grand chemin dp la montagne. Le camp indigène s'étendait sur un plateau flanqué do larges ravins, au fond desquels des lorrens' rapides roulaient avec fracas de larges pierres , des troncs d'arbre et d'autres masses. Maùrepas faisait régner autour de lui l'ordre le plus parfait : les familles blanches étaient respectées sur leifrs .propriétés^ il ne se commettait aucun vol ; les enfens^ les femmes, les vieillards de toutes couleurs, réfugiés dans les gorges de la montagne, étaient en sûreté sous la prol^K^lion de plusieurs compagnies m gardes nationaux. G est ^le seul quartier oà les indigènes , combattant pour Toussaint, n'aient pas massacré tes blancs à l'apparition des frmçais. Les principes d'fauuiaoité que pra* tiquait habituellement Maùrepas, avaient germé dans le cœur de ces braves. Le conimandement du quartier-général des Trois Pavillons fot confié au chef de batailk)n René Vincent. Cet officier, pendant toute la n^uit, fil abattre par lès soldats du 1*' bataillon de lia 9e tous les bananiers du voisinage, et en fit un rempart au milieu du grand chemin de la montagne.
A lé pointe du jour , le temps tlevint sombre et froid , une pluie fine commença à tomber, et les mornes furent enveloppés d'un épais brouFllard. C'était le ortze Février. Les travaux' des indigènes n'étaient pas encore terminés que leurs sentinelles annoncèrent l'ennemi. Le général H^nnberl venait de déboucher sur eux, à la tête d^ 1200 hommes ; il en avait laissé 40Q au PortdePaix. Au ^ui vive des indigènes, Humbert répondit: français! René Vincent monta sur le rempart et demanda au général français qu'il avait reconnu à son costume > Où allez^vçus ?— Nous vous poursuivons
Histoire D^uAtti. — ^(ISOâ) 1^
pour TOUS contraindre i obéir aux Volobtés de la France , répondit Humbert.— Nous vous avons abandonné le rivage, répliqua Réaé Vincent; que désirez vous encore? Laisse^ nous nos montagnes, 8i«- Don vos os y demeureront ensevelis^— Rendez vosarmes^ s'édrient les français; — A ces mois un tressaillement d*indignatiofli glissa dao9 les rangs des indigènes. René Vincent commanda à 200 grenadieré qui étaient derrière les remparts de déposer leurs iiavre- sacs ^ etd€ mourir jusqu'au dernier pour h libérien Les capitaines Placidsi Louis et Placide Lebrun commencèrent' le feu. Déjà la mort voltigeait dans les rangs français ; nos soldats ^ le genou en terre ^ derrière le rempart, lançaient une grêle de balles sur les blancs donC des lignes entières étaient en même temps emportées par la mitrailler d'une^ pièce de 4. La garde nationale embusquée dana les sentiert de la montiigne tiraillait sur les deux ikincs de Tennemi. Maurepas se tenait aux Trois Pavitions , à peu de distance du lieu du combat , avec 800 hommes de troupes de Irgne^ Il recevait les blessé» et envoyait des munitions et des renforts à René Vincent. L'on se battait depuis sept heures du matin , et à cinq heures de i'aprèe^ midi le feu ne discontinuait pas. Les français, sans artillerie^ furent contraints de battre en retraite. Ils s'égarèrent en grand nombre dans les sentiers tournans de la montagne , tombant dans de larges trous que recouvraient de hautes herbes, et perdant letirs armes* Les femmes indigènes, dispersées de tous côtés, les terrassaient à coup» de pierre , à eoups de bâton , les garrottaient et les eondnisaient à Maurepas aux Trois Pavillons. Humbert , poursuivi par la^garde nationale, rentra au Port-de Paix dans le plus grand désordre. It' avait perdu trois cents hommes tant morts que prisonniers.
Le 24 Pluviôse, 13 Février, H fui arriva 400 hommes de renfort sur le vaisseau le Jean Bart« Le même jour il revtiH attaquer le fort des Trois Pavillons avec i,300 hovimes. Il était plein de fureur; il ne respirait que vengeance. Ses troupes se précipitèrent avec rage snr les indigènes ; mais leur valeur succomba comme la veîRe. Elles furent foudroyées, taillées en pièce, et poursuivies, la baîonnetteaux reins , jusqu'au Port de Paix. Elles n*^ rentrèrent qu'au nombre de 900. — Humbert fut cruellement puni de sa témérité* S'il ne fut pas honteusement rembarqué, c'est que Maurepas avait pour instructions de ne pas occuper lé littoral. Tous les prisonniers français furent actteimnés sur les Gontives auprès de Toussaint Lou« vertnre. D^ns ces diilérentes actions, les indigènes ne perdirent que cent cinquante hommes environ.
t^eu de jours après^ lar défoite de Humbert aux Trois PavHlons, les vaisseaux l'Aigle , le Héron , et la frégate la Guerrière , chargés* de troupes de débarquement , partirent d« Port-Républicain avec !# généralBoudet , et se présentèrent devant St. Marc, louvoyant du Nord au Sud. Lee cbaloupes remplies de soldats gagnaient rs^idemeil
téO VIITOIRK D^HMTI.— (1802)
le rivage à force de râ^mes , quand tout à coup le fort Libre , èleyé au Sud de la baie , tira vigoureusement à boulets rouges sur l'esca* dre. Les deux vaisseaux lâchèrent leurs bordées sur la redoute dont le feu ne s'éteignît pas. €dbart, à k lête d'un bataillon de la 4c.) excitait tes canonniers à mourir à leurs postes. Le vaisseau I Aigle qui portait 'le général Boudet , s'approcha très-près du rivage > et couvrit le fort d une grêle de boulets. A.u moment qu'il virait^ il reçut un boulet rouge qui causa s^ir le pont un grand dom>mage ; un second boulet partit de la redoute et alla se fixer dans l'arrière; les flammés éclatèrent abord toulà-coupp Le cri au feul au feul répandit le .-!pl us grand désordre sur te pont. Néanmoins les français parvinrent à éteindre Hiicendie-, au milieu des boulets lancés du rivage ^ qui traversant la longueur du bâtiment , nenlevaient à chaque instant quelques hommes. Les deux navires prirent la haute mer et allèrent débai^quer tes troupes -au Montrouis, entra St. Marc et l'Arcabaie.
Aussitôt après la retraite de l'escadre française , Dessatines partit de St. Marc, et se rendit dans les mornes de TArcahaie oii' il ordon^ na à €harles Béla4r d'aller occuper les Verrettes. 11 descendit ensuite dans la plaine du Cul de-Sac et y apprit Ja soumission des chefs de bandes Lamour Dérance et Lafortune au nouveau gouvernement» Il avait l'intention d'attaquer sérieusement le Port-Républicain pour contraindre à rétrograder la division Boudet qui menaçait St. Marc> Il en reconnut l'impossibilité: il eut été anéaiiti sous tes coups de Lamour Dérance. Celui-ci, dès qu il avait appris farrivéede Rigaud avec lès français-^ s'était hâié de recounallre 4'autorité de Leclerc.
Néanmoins Dessaiines oidonna à Pierre Louis biane de faire circuler le bruit dune attaque contre te Port-Républicain, dans l'espoir d'obtenir te même résultat. Il revint sur ses pas et rentra à St. Marc par les hauteurs de cette ville. Pierre Louis Diane pour mieux accréditer la nouvelle d'une attaque prochaine contre te Port Républicain, eut l'imprudence d'abandonner la haute plaine du CuUde-Sac, et de pénétrer jusqu'à Goureau, à deux lieues de cette ville, malgré tes sages avis du chef de bataillon Larose qui lavait exhorté à gagner la Petite Rivière de TArtibonite» Larose qui avait refusé de te sui» vre, réunit les compagnies d'élite de la 8e. , leur confia les drapeaux du corps, se rendit aux Mirebalais d'où il atteignit Lamartiniôre k la Petite Rivière de rAriibonite. Pierre Louis Diane se trouva à Goureau avec une centaine de soldats de la Se. Mais il croyait qu'il eût pu soulever la masse des cultivateurs du Gul-de Sac en faveur de Toussaint, et incendier le Port Républicain.^ Dès que le corn-
^ * Les cultivateurs du Oui de Sac avaient répondu & Dessalines qui les excitait à rinsurrcction: Lorsque voiis étiez inspecteur de Culture, sous le gouverneur Toussaint, vous nous faisiez travailler, sous le bâton , au mom de la Républiq^ue française; tous bous disiez alors que eette Repu-
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mandant françaîâ de la Groit-dds^Bouquels apprit qu'il avait établi son. oamp à Goureau , il sortit du bourg avec un baiaiihn européen précédé d'une foule de cultivateurs. armés, et vint Tatiaquer. Pierre Louis Diane se battit, vaillamment-; mais il succomba 80U& la supériorité numérique da l'ennemi ; les cultivateurs poursuivirent avec acharnement ses: soldais dispersés dans la plaine, les firent prisonniers la plupart.. l|s. le découvrirent lui même caché dans les jardins de oannes de Goureau. Il fut arrêté et conduit £^u Pr»rt-Républicain avec les. autres prisonniers. Le général Pam« pbile de la Croix les embarqua sur Tescadrc du contre-amiral L\* touche Tréville* Oa.n-eniendrt pins jamais parler - d'eux. Cependant Ton prétend quiç lij9for4unéL Pierre Lpuis^ Didne mourut au bagne à. Rochefort.
De son côté le général Lederc entrant en campagne, adressait à. Il colonie la proclamation^ suiyanlQ :. ^ ^
Au quartier- général du Cap ^ U 28 Pfuvtose an.l(>*(i7 FémA* 1802:) Habitans de St.-Domingue ,
Jt suis venu ,au nom du gouvernement Français , vous apporter It paix et le bonheiM*; je . craignais, de rencontrer des..obstacle6 dans les vues ambitieuses des chefs de la . colonie : je ne me. suis pas trompée Ces chefs qui annon4^ient leuc dévouement à. la. France dans leurs proclamations ne pensaient à rieq moins au'à être français ; s*ilt^ parlaient quelquefois de la France ,. c'est qu ils ne se croyaient pas. en mesure de la mécannaUre ouvertemenU^^
Aujourd'hui, leurs internions perfliiles spnt démasquées, be géné^ rai Toussaint a renvoyé ses en fans avec une lettre, dans .laquelle il assurait qu'il ne désirait rien tant. que le bonheur de la colonie, ot qu'il était prêta obéir à tous les ordres que jeJui donue» rais^ Je lui ai ordonné de se renare auprcs.de moi; je lui ai donné ma parole de Teinployer comme mon lieutenant général : il n'^i ré* poadt> à cet ordre que par des phrases,; il ne cherche qu> ga« gner du temps.
J'ai ordre du, gouvernement Français de faife régner promptement la. prospérité et l'abondance; si je me laissais amuser par des dé: tours astucieux et perfides , la . colaoîe serait, le théâtre d .une longue guerres civile.
J'entre en campagne, et je vais apprendre à ce. rebelle quelle est la force du, gouvernement Français. Dès ce moment il ne doit plus être aux yeu^ de tous, bons (rançais qui habitent St. Doovinguequ'utv monstre insensé.
J'ai promis aux. h^bitanf de St. Domingue ja liberté; je saurai
blique ne roulait qtia notre bonhe«r. Pourquoi ferait-elle aujourd'hui nore malheur , quand il est impossible qu'elle nous maltraite plus horril^le-ii ment que sous l'ancien gouverneur.
t»ê en fbîrtt Jouir; je ferai respécM làs personnes et les proptiêlM.
J ordoniM c« qui suit ; . i » , ^u • ^
AriioU l'\ Le général Toussaint et le -général Chrislophe sont mis hors la loi, et i/ est ordonné à tous les citoyens de leur courir sus ei de les traiter comme des rebelles à la République Françaîse.
Art. a. A dater du jour où l'armée française aura occupé un ^ quartier i tout officier soit civil, soit militaire qui obéira à d'autres ordres qu'à ceux des généraux de larmée de 1^ République Française, que je comniaqde, sera traité comme rebelle.
'Art 3. Les cultivateurs qui auront été induits en erreur et qui f rompes par les perfides insinuations des généraux rebelles, auraient pris les armes, seront traités comme des enfans égarés et renvoyés à la l^ulture, si toutefois ils n'ont pas cherché à exciter du soulèvement.
Art. 4- l^^ soldat^ des demi brigades qui abandonneront Tarmée de Toussaiot , feront partie de l'armée française.
Art. 5. Le général Augustin Clervaux qui commande le départefnent db Cibaq, a>ant reconnu le gouvernement français et l'auto- ]fité du capitaine général , es( niaintenii dans son grade et son çommandenient.
Art. fit. Le général chef de Télat- inajor , fera imprimer et pi|« ^lier la présente proclamation.
Lç capitaine génér^il commandant l'armée de St. Domingue^
- Signé, LECLERC,
GeUe proclamation i)*ébranla pas |a résolution qu'avait prise Toiie^ laint de piourir les armes à la main. Il se sentait assez fort pour^ liprès une vigoureuse résistance, contraindre Leclerc à lui faire d'honorablçs propositions d'accommodement. Cependant il avait peiji de treqpes à sa disposition; la trahison Iqi avait fait perdre la plus grande partie de l'armée coloniale : aux Gonaïves, le général Vernet , homme de eoqieur, vieillard sexagénaire, commandait à une divîstoa eomposée d'un bataillon, de deux escadrons de la garde d'honneur^ du 2* batailloQ dç la Je. et d'un bataillon des miliciens, appelés casaques-rouge^. A St. Marc , et à la Petite-Rivière de l'Artibo^ nite , Dçssalipes commandait à deux bataillons de la 4e. , à quelques compagnies de la ^e. sous les ordres de Laa>artinière , et à jsix compagnies d'élite delà Sfe sous les ordres de Larose. Chartes ^lair commandait danii les mornes de TArcahaie et des Verreltcs à un bataillon dç la 7e. A la Grande Rivière du Piord , Christophe H^aitsous ses ordres un bataillon de la i*^demi brigade, la 2e. demi^ brigade , et les débris de deux bataillops d^ la Se. Le colonel Romain ^fWit SQUS ses ordres, dans les mornes de Limbe, un bataillon de la i**^ coloniale. Telles étaient les troupes qui restaient à Toussaint } dlles fournissaient une force effective de 5,800 hommes, noirs et 4e couleur. Presque tous les mulâtres ^ l'Arlibonîte^ de gré o^
ée force , étaient sous Tes drapeaux de Toussaint ; aussi formaient ilà un cinquième environ de sa petite «nrmée. La confiance de Lamartinière dan&. le triomphe final des armes indigènes , sa délerB)inalion de vaincre ou de mourir les transportaient d'enihousiâsne. Le générât Maurepas, qui contenait toujours l'élan des français dans la montSh gne duPort'dePaix, ne pouvait venir renforcer le gouverneur. Nous verrons celui ci avec cette poignée de braves (S^^OO hom tues) avoir l'audace inoroj^ble de s'opposer à la marche de plus de f6,000lioninies de troupes fraîches, que Leclerc «avait réunies dans le Nord. ^'otls ne pouvons pas nous glorifier d'avoir vaincu les français ea rase campagne; île nous étaient beaucoup trop supérieurs en tactique; mais nous avons la gloire d'ayoif usé une armée composée des meilleures troupes du monde ^ en ne redoutant pas de nous présenter^ chaque jour, devant elle, et de lui disputer héroïquement le tierraia. pied à pied. Cependant d'après la résistance opiniâtre que lesfran*' çais ont rencontrée pendant la guerre de trois mois qui a amené U chute de Toussaint, on peut avancer hardiment qu'ils auraient étà^ rembarques, un mois après, leur arrivée, si la. population entière.et' fouie Tarmée coloniale s'éti^ient prononcées contre eux à leur débarquement.. Les générau]i: français eux-mêmes lont avoué danelsfurt. mémoires. «
D'après son plan de campagne, Leclere d.evait refouler aux.Gonaï^^ vee toutes les forces de Toussaint, les y bloquer de toutes parts ^ ei les précipiter dane la mer où ellee eussent rencenlré une mort certaine* Il confia le oommandemeni de rarrendissem.eni du Cap . au général Boyer, celui de Tarfondissemeni du. |Fort Dauphin au contre-omiral Magon, et ordonna aux divisions de son armée d'aban<« donner les points qu elles occupaient pour converg^T vers ce. centre* Le général de division. Debelle , coioma^dant Me l'artillerie et du génie de larmée , reçut l'ordre dq ptàriir du Cap avec 1^00 hommes, d'aller renforcer Uumbert dont 1^ capitaine général avait ap^ pris les échecs. dans les morncs^u Portde Paix^ VH devait^ attaquer Maurepae et le contraindre à se replier sur lea. Gtonaîves. Le 38 Pluvidee ( il Février ) presque toutes les Iroqpes françaises qui 4HMîupaifinl le département djgi.. Nord s'ébranlèrent. La division Desfournaux sortit da Umbo, et suivit la route de Ptai^anoe ;: celle do Hardy partit du Cap et se porta au Graod < Boucan et au Mornet< Les garnisons du. Cap et du. Fort Dauphin réunies, .n^^rçhèrenl, soue ks ordres du général Boyer et du coetre amiral Magon, sur- Sainte* Susanoe, le Trou, et Val liera, et enlevèroirt ces positions après.
Elusieurs combats des plus acharnés. Le ^ Pluviôse. ( 1$ .Février)^ I général • Desfournaux s'établit près, de Plaisance. Le commandant de ce bourg , Jean Pierre Dumesnil, officier noir , au lieu de tout livrer aux flammes »i. lapprocbe des nuançais ,^ d'après les ins** UuQtions^e. Toussaint ^ vint au-devant de^Leclerc avec 300 bonmes.
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d'infanterie et 200 cavaliers, et lui fit sa soumission. Le leodemaiB Pesfournaui entra à Plaisance sans coup férir.
Le général Rochambeau , de son côté , qui, comme on Ta tu, était sorti du Fort Liberté , atteignit Tenneroi le 18 Février , le dispersa dans les bois , après un combat des plus meurtriers , et s'empara de St. Raphaéi. Le même jour Christophe fut assailli au Dondon parla général Hardy qui le battit complètement. Il se retira à la Marmelade dans le plus grand désordre avec les débris des 4^, 3*, et 5* demi brigades. Il y laissa une partie de ses troupes pour tenir en échec le général Hardy, et alla se reirancber à Ennery, sur la route du Gap, entre Plaisance et le Poteau, avec Tespoir d'arrôter par un combat opiniâtre , Télan de Leclerc sur les Gonaives. Le 30 Pluviôse ( 19 Février ), le général Hardy s'empara du morne-à*- Bois Pin , position presque inexpugnable , et .entra à la Marmelade au pas de charge et à la baïonnette , culbutant devant lui les troupes, que Christophe y avait laissées. *
Rochambeau ayant appris que Toussaint avait un dépôt considé* rable de ppudre à la ravine à Couleuvre , se résolut à abandonner les traces du général Christophe. U [jlénéira dans des sentiers que n'occupait pas Tennemi, se dirigea sur St» Michel de l'Atalaya dont il s'empara sans coup férir le iO Février. Sa colonne de droite en«> leva sans tirer un coup de fusil la Mare-à-^a Roche, position asseai forte que défendaient quatre cents hommes soutenus par de TartiU lerie. Par cette manœuvre Rochambeau devait , après s'être assuré une retraite sur St. Michel , déboucher à Timproviste par la ravin# à Couleuvre, dans la^ plaine de Laoroix, nommée savane Désolée , et couper toute retraite à Toussaint, en s établissant entre les Go« paîves et le pont de TEster.
Le 19 Février , et le jour qui suivit, les pluies tombèrent avec tant d'abondance dans les quartiers qu'occupaient les français ,' que les chemins devinrent impraticables. Les troupes blanches furent con«traintes d'arrêter leur marche, #
Pendant ce temps, le vaisseau Tlntrépide et deux frégates, commandés par Linois, débarquaient au Port*de Paii le divisionnaire Débelle, à la tôle de 1,500 borhmes de renfort. (19 Février). Les échecs qu'Hu^H^bert avait éprouvés en combattant Haurepas avaient frappé d'étonnement l'arméi^ française. C'était un des illustres généraux de Texpédition, Sous les ordres de Masséna,en Suisse, il avait particulier rement contribue au gain de la bataille de Zurich. Leclerc écrivit à Desfourneaux de faire occuper le QrosMcNrne S)(in <}ue ft|aurepasr Alt placé entre deux feui^^
* En parlant du Morne- i-Boispin , Leclere dit dans son bulletin: c'est }a position la plus formidable ^ae j'aie rencontrée depuis que je iais 1^
BTSToiBB i>'haiti.«-(I80S) 16S
Le jour qui suivit son ^débarquement au Port-de-Paix% Débellg résolut de marcher contre Teonemi , malgré les sages avis du géné-^ rai Humbert, qui devenu plus prudent par ses différents échecs^ voulait qu'on forçât Mauropas à la soumission en le cernant étroitement. Ce fut en vain qu'il reposa à Débelle qu'il répandrait sans succès le •ang français. Il avait la certitude que Maurepas se rendrait à dis* crétion aussitôt après la chute de Toussaint. Le nouveau général, entreprenant , fougueux , jura d'exterminer les brigands. Les trou« pes arrivées avec lui jointes à celles du général Humberl, formaient une division de 2,000 hommes. Elles furent divisées en qua^ Ire colonnes , deux de droite , une du centre , et une de gauche* C était le 2§ Février.
La première colonne , de droite , se mit en marche par lo chemin du Gros- Morne pour attaquer Maurepas en queue; la secoiide colonne, de droite, traversa l'habitation Lacoùpe A ubert, et se présenta dans la montagne en vue de Paulvéau qu'occupait Bodin , homme de couleur, colonel de la 9e, avec le troisième bataillon de sa demi« brigade. Celle de gauche suivit le chemin du Cap jusqu'à Thabi-* tation Laveaux Lapoînte : elle escalada la vigie de liapointe , pénétra . dans la montagne par Thabitation Chapron , et s arrêta à Brossicr , è un quart de lieue du camp de Maurepas. La colonne du centre, de 800 hommes, où se trouvait Débelle, suivit le grand chemin de la montagne et arriva aux Trois Pavillons oii était retranché Rén4 \incent. Pendant plus dune heure elle fit des signaux, agitant do longues perches surmontées de drapeauT. La première colonne de droite qui devait prendre on queue le général Maurepas avait ordre de répondre à ces signaux dès qu'elle les apercevrait, et de com* meneer l'attaque , afin que l'ennemi se trouvât entre deux feux. Débelle ne découvrant dans l'air aucun signal du côté du chemin du Gros-Morne, ordonna néanmoins de commencer le feu , impatient d'en venir aux mains. «
Le combat Venga^ea avec acharnement. Pendant que Béni Vin* cent résistait' avec intrépidité à Timpétuosité des «français ,| IMbello entendit le canon| de la seconde colonne de droite qui combattait lo colonel Bodin à Paulvéau.
Dès qu'il avait appris la présence de la colonne do gauche sur le glacis de Brossier , Maurepas avait ordonné i la garde nationale de la montagne d'obstruer , au moyen de troncs d'arbre, de pierres, recouverts de terre , le sentier par où elle venait de passer , et do g*embusquer, et derrière ce rempart et des deux côtés du chemin*. Les français, s'ils battaient en retraite, devaient être exterminés. Les femmes btenches et les colons, réunis sur Thabitation Brossier, avatent jeté le découragement dans lime des solda to français déjà abattus par les défaites précédentes, on leur peignant les indigènes (twwat ^ )>arbare9 inexorobl#|. pôs t^u'ils commoQcèrent leuy
I£6 ' iiisTOiRG d'haiti. — (18C»3)
feu , Mauroptis leur lâBça quelques houlels qui répandireof parmi €ux une Urreur panique. Ils prirent la Tuile cl furent poursuivis avec acharnemcnj par les chasseurs do la 9e, la plupart adroiis tireurs et monlagnards agiles. Qunnd ils Turent arrivés au lieu oà la garde nationale avait élevé un rempart ; ils furent assaillis par un feu des plus vifs et périrent presque tous. En uièine temps, René Vincent soutenait difficilement le choc de Débelle ; ses soldats chaneelaicQt ; il perdait dti terrain; enfin, ses grenadiers culbutés par rim|>étuosilé française prenaieni la fuite , quand Maurepas, vainqueur de la colonne de gauclie, voyant arriver dans, son camp quelques fuyards, lança pour le soulenir cent grenadiers frais el dispos^ avec une pièce de 4. Le combat fut rélablL Les français mitraillés à bout portant , batlireni en retraite en bon ordre , abaadoa* nant le champ de bataille jonché de morts et de blessés.
Si la colonne de gauche avait (ail la plus légère résistance sur lé glacis de Brossier, René Vincani, culbuté, aurait été poursuivi par Débelle qui eût attaqué en flanc le général Mauiepaset l'eût infaillî* blement vaincu.
De aén côté Bodin , relranehc à Pauleveau, avait vu fuir, après un combat des plus meurtriers , la seconde colonne qui rentra au Gommeneement de la nuit , au Port de Paix , ou elle rejoignit le général Débelle.
Nous devons nous rappeler que la première colonne de droite était, sortie du Port-de-Paix pour attaquer en queue le général Maurepas. £lle était de cinq cents hommes. Après avoir traversé rbabitalion Aubert, elle avait suivi le chemin du Gros Morne , conduite par deu& guides: Cadiac, colon blanc, créole du Port de Paix, et Colin, noir, de rhabitation Suberby. Elle s'était rendue à GhansoUe, dite rivière Froide , avait traversé L'habitation Merle et était venue déboucher à Dclaunay. Elle avait employé toute la journée i faire cette route ^ au tjnvers «de sentiers devenus presque impraticables par les eaur débordées des Trois RiVières et par les pluies qui n'avaient cessé de de tomber avec abondance. Quand elle atteignit Payette petite place où elle devait commencer son attaque eontreMau repas, il était nuit; elle n'avait pu apercevoir pendant sa marche les signaux faits pat Débollé qui, v€rs le milieu de la journée, était retourné au Portde Paix. Maurepas apprenant l'apparition d'une nouvelle colonaesui^ ses derrières, n'ayant plus aucun ennemi à combattre, ni de front^ BÎ sur ses flancs, commanda à Nicolas Louis de se mettre à hi téta, de quarante grenadiers de la De et d'un bataillon des milioiens de fit Louis du Nord , coauiiandé par Prudent, et d'aller combattns les fiançais. A l'approche des indigènes , au ceotre de la nuit, les troii^ ' 1^ earopéennes se rétran^bèrent dans la grande case de Thàbitalioa Payelte PetUè Place, vaale maisoo eolourée de murs. Nicolas Louis (^âiablit aut mke^ émîaoue qui lea diUBinait» JPendaat l4)utela«ui|
HISTOIRE d'ôaiti.— (!802) 187
U lira §tlr eux : ils répondirent à son feu ; de part et d^àiilrc lesi^ balles se perdaient. Les français étaient au centre de la monlagne, enveloppés de toutes parts. A la pointe du jour n'entendant pas le feu des autres colonnes dont ils ignoraient le sort , ils sortirent en tirailleurs , del^ maison , traversèrent Thabilation Bion, et débouchereni dans la grande route du Gros Morne, où ils se formèrent en colonne serrée. Nicolas Louis qui les talonnait, les allaqua des deux côtés du chemin, tantôt en tè&e, tantôt en queue; et après chaque décharge de mousqueterie , il allait les attendre plus loin , au-travers de sentiers étroits recouverts d'arbres touffus. Dès qu'ils reparaissaient, il les attaquait de nouveau. Ils répondaient au feu des indigènes, mais leurs balles se perdhient dans les fiurllages. Les miliciens de la montagne, dispersés dans les buissons , les abattaient à loisir. Nicolas Louis prenant toujours le de\ant , au pas de course , alla «'embusquer à une des passes des Trois Rivières, te long du chemin. Il laissa presque toute la colonne traverser le fleuve, sans Tinquiéter; mais il en attaqua la queue pendant qu'elle marchait encore dans Veau. Une fouie de français et de polonais, abattus par la fasiilade, furent entraînés par la rapidité du courant avec armes et bagages. Ck>lin Suberby qui leur servait de guide fut tué au milieu du lleuM. Nicolas prit encore le devant par des chemins de traverse , et alla se poster à la passe Aubert. Un feu vif et soutenu prit en flanc la oolonne française qui traversa la rivière avec les plus grandes diffkcuhés. La ville du Port-de Paix, entendant la fusillade, envoya deux cents hommes à sa rencontre. Nicolas ne jugea pas qu'il fut prudent de les poursuivre plus loin. Il se contenta tle mettre le feu aux cannes de l'habitation , pendant que les français les. traversaienL L^s flammes et la fumée mirent le désordre dans leurs rangs , el |)eaucoup tombèrent encore sous les coups des indigènes. Ils retirèrent au Port-de-Paix, au nombre de cent, protégés par le renfort qxù était venu à leur rencontre. Us étaient écrasés par la fatigue, couverts de boue et de sang , ayant la physionomie troublée , refr- Mmblant à des hommes égarés.
]Le 2 Ventôse (21 Février) Christophe fut assailli à Ennery par U général Hardy. Celui-ci enleva le bourg à la baïonnette. jChristophe céda le terrain pied à pied reculant devant des forces bien supérieures aux siennes. Toussaint lui envoya l'ordre , des Gonaîves , d'occuper les mornes rocailleux et presque inaccessibles du Bayonnet, position que la pâture a fortifiée, en vue des hauteurs d' Ennery et dominant la ravine à Couleuvre,^ Christophe s'y établit et couvrit la droite de la position ou^ Toussaint venait de faire prendre à la Coupe^àPiafad^ par le V bataillon de la 7e pour arrêter la marche de LecUiç êur les Gonaîves.
* Leclerc dit dans ses bulletins : Le pays est rempli de difficultés ; je ^%i ^&n. TU 4at^ ^s> Jkl^^es ^ui teur $Mt çompanifble.
188 HISTOIRE 0'HAITr.-^(l8O!^)
Le général Hardy, faisant toujours talonner Christophe , lança con^ tre lui, arussitùt après l'occupation de la vallée d'Ervncry Ja brigade du général Salm. Cette brigade , quoiqu'elle fut déjà harassée de fatigue, marcha le reste delà journée du 21, toute la nuit qui suivit, et atteignit le Bayonnet à la pointe du jour du 22 Février ( 3 Ventôse). Les troupes européennes s avancèrent contie le» indigènes au pas de charge. Malgré le feu le plus vif de Tennenii , les chasseurs français , sans y répondre , grimpèrent avec une ^dresse, et une agilité incroyables le long du morne du Bayonnet , en atteignirent le sommet, et virent fuir devant eux, après un combat très-sanglant, le général Christophe qui cependant avait déployé un rare courage,* bravant la mort au premier rang do ses soldats» Le généraV Salm le poursuivit avec acharnement et dispersa ses soldats au loin dans les bois. 11 fit un butin considérable. Christophe se retira vers les Gonaives.
Voyant les français fondre sur lui de tous côtés , Toussaint Lou- Terture épi^^it leurs manœuvres , et s'efforçait de découvrir oit H porterait sa principale attaque , le coup décisif de la campa«> gne. Déjà Rochambeau, en possession de St. Michel , pouvait se di* riger ou sur lés Gonaives par la savane Désolée, ou sur l'Ester, et par Tune ou l'autre manœuvre, couper toute retraite à la garnison des Gonaives sur TArtibonite.
Instruit par ses émissaires de la direction qu'avait prise chaque division française , Toussaint eut une de ces inspirations qui n'appartiennent qu'au génie , et se (détermina , en sacrifiant les Gonaî» ves , à arrêter la marche de la division Rochambeau , afin de terminer avec honneur cette campagne jusqu'alors si malheureuse. Vain-queur de Rochambeau à la ravine à Couleuvre , il avait IJespoir que les français dont les pertes étaient déjà considérables, lui offriraient la paix. Il se trouvai» en présence du plus grand danger : car si Rocht^mbeau a le temps de pénétrer entre TEster et les Gonaives y c'en est fait de lui ; il se trouvera séparé des généraux Charles Bèlair et Dessalines, pressé du côté de la Coupe-à- Pintade parLeclere en personne, du côté du Bayonnet par Hardy, -et du côté de la savane Désolée par Rochambeau. Resserré dans un demi-cercle ayant pour diamètre le rivage de la mer des Gonaives , il se trouvera réduit à mettre bai- les armes, se livrant à la discrétion de l'ennemi^ ou à se noyer dans la mer. l^e pipn de campagne de Leclerc eAL été réalisé. S'il bat Rdchambeau à la ravine à Couleuvre , et que les français ne lui offrent pas la paix^ il favorisera là retraite de Vernet, des troupes et de la population des Gonaives, de safem* me et de toute sa famille , sur les rives de l'Arlibonite.
Le général Rochambeau était déjà arrivé vers la gorge nommée la Ravine à Couleuvre. Ce déiilé laisse la Coupe à l'Inde à gauch» 0t^ le Bayonnet k droite. Parti de $t-Micbel, U avait traversé ?ha9^
«II8T01RB D^HAITI.— (180â) 189
^a> Hamont , et s'était arrêté à Barade , à Fentrée du défilé , du •côté de la montagae/S ventôse (22 février). Il était temps que Toussainit naarchât contre lui. L*eii-gouverneur confia le c«mnnan- <ienient des Gonaives au général Vernet , laissa sous ses ordres le 2^ bataillon Âe la 7e. , le corps des Casaques rouges , et un escadron de sa garde commandé par Alorisset. Vernet , homme de couleur • eut pour instructions de combattre à outrance les français , d'arrêt ter leur marche et d'incendier la ville s il se trouvait obligé de re- -culer devant la multitude des forces ennemies. Il envoya Tordre à -Dessalines, qui. était à St-Marc, d'incendier cette ville, ainsi que les Verrettes V et de se retirer à la^ Petite-Rivière de TArlibonite. il plaça en observation en avant des Gonaives ^eux compagnies de dragons; et po^jr couvrir Gocherelle , habitation sur la route de la Savane désolée , oà étaient riunis son épouse , Isaac son fils , ses «œurs , les demoiselles Gbancy ses nièces , il ordonna à Alorisset «d'occuper les avenues de Tbabitation , à la tète d'un escadron. Il partit de CochereJle à midi , avec 600 hommes de sa garde , dont 200 dragons sous les ordres de Moopoint , et 400 fantassins corn* mandés par Magny. De Cocherelle à la Ravine-à-Couleuvre il existo Irois lieues; le chemin est beau et plat. Toussaint qui voulait oc^ cuper la gorge par laquelle Rochambeau devait déboucher dans la plaine, accéléra là marche de ses troupes, traversa le ruisseau de Lacroix , atteignit, à la chûle du jour, rentrée de la Ravine. Il distribua des vivres et de la 'viande fraîche à ses soldats , et les laissa se reposer jusqulà neuf heures dans la nuit. G*était le 22 février. A dix heures , après avoir fait sa prière , il ordonna d'éteindre tous les feux du camp , et pénétra dans la gorge. La Ravine à Couleuvre, dans la commune des Gonaives, est un défilé très aride qui, traversant le quartier nommé Lacroix, débouche, au sud-est, cluns la Savane désolée. Vers Textrémité de la gorge, à l'endroit où vient se terminer le chemin de Mampnt, s'élève le morne Barade, xommandant le défilé dans toute sa longueur, et inexpugnable par ses fortifications naturelles. Toussaint Louverture hàlait sa marche, au sein de la nuit, pour occuper qe point, s'y retrancher, et atlen* dre la division Rochambeau qu'il avait l'espoir d'cxlerniiner dès qu elle se serait engagée dans la gorge. A onze heures on l'entendit s écrier ^n se signant : Dieu fout puissant I fais moi la grâce d'atteindre cette position avant Tennemi ; encore une demi-heure de marche. Mais Rochambeau , guidé par un indigène , nommé Noël Lory, occupait déjà Barade , comme on l'a vu. Sa division, forte de 2,000 guerriers, superbes et intrépides , était composée d'un régiment de ligne et de la 5e. légère commandée par le colonel Rey. il avait sous ses ordres le général de brigade Brunet et les ad* judans-coromandann Lavalette et Andrieux. Toussaint n'avait à lui «ypposer que 1600 honimes , y compris les cultivateurs armés qui
raccompagnaient. Les français n'avaient éprouvé aucune privatiott, et dans les quarlîers qu'ils avaient traversés, de Si-Michel à Barade, ils avaient trouvé des ombrages, des rivières, des fruits, des vivres en ab<>ndanee.
Vex gouverneur marrhail b la tftle des grenadiers de sa garde. Il entendit tout à C()u;> lo qui vive dune sentinelle françiuse. Ses yeux brillèrent avec inqui<^fude : Garde d honneur du gouverneur, répondit-il lui-même. Feu ! en avant ! * es troupes aiieignent le pied du morne , et montent à Tassuut. Plusieurs fois , elles parviennent au sonmict de la position; mais les français, faisant pleuvoir sur elles une grêle de balles, les rt'n\ersaient de toutes parts. Toussaint n'en excitai! pas moins Mngny à ne |)as ralentir ses attaques. Mais Rochambeau échelonna le long des flancs du défilé plusieurs compagnies d'infanterie légère qui lirent un feu plongeant sur les indigènes déjà eu désordre au fond du ravin, cavalerie et infanterie. Après avoir soutenu le choc des français pendant toute la nuit ,, Toussaint battit en retraite à la pointe du jour. Monpoint ouvrant les rangs de son escadron, donna passage à Tinfanterie. En même temps les indigènes faisaient sauter la poudrière de la Ravine à- Couleuvre, dépôt considérable de munitions, dont les français étaient sur le point do s'emparer. Toussaint déboucha dans la plaine de Lacroix, et ne put rallier ses troupes cpie sur I habitation Périsse, à une lieue de la ravine. Il était plein d'agitation; il mit pied à terre et se saisit d'un fuçil. H se tourna v^rs ses soldats, et leur dit qu'il prouverait aux français ce que peuvent les braves de sa garde. Il leur exposa que ce combat devait décider de leur sort ; que vaincus, ils seraient replonges dans l'esclavage , que vainqueurs ils conquerraient à jamais leur liberté, ils jurèrent tous de vaincre ou de mourir La plus énergique détermination était peinte sur le visage de chaque soldat ; et le cri de vive le gouverneur , éclatait dans les rangs L'avant garde de la division française s'avançait audacieusemént dans la plaine ('23 Février.) Toussaint reconnut au premier rang le général lloehambtfau. Il établit aussitôt sa cavalerie dans un c*t)emin nommé Marie-Louise débouchant dans la savane ^ derrière une haie haute, longue et épaisse, afin qu'elle put fondre à Timproviste sur le flanc de la colonne française, dès qu'elle attein^ drait Périsse. Il se tint à la tète de son infanterie rangée en batarlle. Les grenadiers de la garde d'honneur, dès que les français furent parvenus à portée de ta mousqueterie, firent une terrible décharge, et s'avancèrent à la bayonnette. Le combat s'engagea avec acharnement. Les français en colonne serrée se précipitèrent avec fureur sur les indigènes qui leur présentaient un front formidable. Cependant la baïonnette , arme terrible dans les mains françaises ^ ftiisait de grands ravages dans les rangs de la garde d'honnenr. Celle-ci perdit du terrain culbutée par tant d'impétuosité. Sttt
HISTOIRE D'nilTI. — (1802.) 191
wminençaît à fuir qunnd un jeune ofiicier Varrèta por ces mots : ooblîes-voûs votre serment? oiïb!ieZ'Vons qne le gouverneur est au milieu de nous ? Pendant ce combat à l'arme blanche , Toussaint s'aperçut que Rochambeau n'utilisait pas les avantages de sa force iMiméHque. Il échiilonna deux compagnies d'infanterie le long des flancs de l'ennemi. Les français tombèrent en grand nombre sous le feu de nos chasseurs , adroits tireurs. Lui-même , au centre , supportait le choc de la masse ennemie avec une prodigieuse intré- {>idité« L^ lutte continua avec kl plus grande opiniâtreté de part et d'autre. L'on se fusillait à bout! portant; les sabres, les baïonnettes s'entre croisaient ; le earnage était horrible. Les français gagnaient toujours du terrain, malgré la ténacité des indigènes. Si Rochambeau avait en de la cavalerie, les troupes de Toussaint auraient été anéiinties. De part et d'autre il n'y avait pas d'artillerie. Des cris de victoire sortirent des rangs français. Toussaint bouillant de| colère, irojrait la fortune se tourner contre lui. Armé d'un fusil, il maintenait à grand'peine devant l'ennemi ses soldats qui chancelaient. Dans ce moment suprême, Monpoint demeurait cependant immobile è la tète de. la cavalerie. L'ex-gouverneur indigné de son inaction se transporte auprès de 4ui , lui fait de vifs reproches et lui commande de charger. Monpoint hésite ; Toussaint le pousse de la .main avec violence et le frappe de sa canne. Monpoint, le déses[K)ir dans Tàme , s'élance à la tête de ses dragons , et cherche la mort dans les rangs ennemis. Il perce avec impétuosité les bataillons français, el sépare leur av^nl garde de leur corps principal, fl se précipite avec cent de ses dragons sur leur centre ébranlé, charge avec vigueur , pendant que le reste de la cavalerie sabrait dans la •savane l'avant-garde française qui s'était presque débandée. Le centre de la division française se replia sur la Ravine ù Couleuvre , où vin-r rent se rallier les soldats de Tavant-garde.*
Toussaint demeura maître du <;hamp de bataillo. Il avait perdu 300 bommes tant dans le défilé qu'à Périsse ; Il's français en (avaient perdu 200 environ. Il tomba en son pouvoir une trentaine de pri sonnrers. H employa le reste de la journée à donner la sépulture aux morts, et des soins aux blessés. Il passa la nuit du 23 au 24 Février sur le ehaqnp de bataille faisant épier les mouvemcns deRt)- •cbambeaii, et attendant^ pour agir, des nouvelles des Gonaïves.
Pendant cet intervalle la division Desfournaux , s'établit en avant* d*Ennery où le général Hardy avait réuni toute |sa division. Elle smvTt la gratide route des Gonaïves (22 Février). Le général Leclerc i3ommandatt «n persoane ce corps d'armée. Le chef de balaiHoir Marinier, officier noir, à la tête de ^00 hommes de Ta 7e^ avait
• Dans son bulleftin, Leclerc rapporte que les troupes de Toussaint btetij inaJB quêtant cém à l^n^tuosiK française.
\Wt ^ HISTOIRE P^HAITI. — (1802).
dressé une embuscade à Tentrée de la Coupe à-Pintade, au inilieQ du grand chemin, prés de Poteau. Le lendemain, 23 Février (4 Ventôsfi) , Tavant-garde française, tombant dans lembuseade, fut rejetée sur le gros de Tarmée dont la marche fut un instant arrêtée. Desfourneaux soutenu par la brigade Desplanques et la division Hardy, fil batire la charge et enleva l'embuscade, après avoir perdu plus de 300 hommes. Les français furent étonnés du courage opiniâtre des indigènes dans cette affaire. Le même jour la brigade Salm et la division Hardy s'établ*rent au Poteau. Marinier se retira en bon ordre à Tentrée des Gonaî^es, au pont des Dattes. Il y trouva Morisset avec son escadron. Les généraux Hardy, Salm et Pambour débouchèrent dia leur côté sur la route du Châtelain pour faire leur
{'onction [avec le capitaine général aux Gonaïves. Ils culbutèrent le bataillon des Casaques rouges sur la ville. Hardy atteignit sans obscle le pont des Dattes. Là s^engagea un nouveau combat. La Te retranchée dans une forte position, soutenue par Tescadron de Mo* risset, contint Tardeur de la colonne française qui , sans cavalerie, recula devant la valeur impétueuse des dragons de la garde d honneur. Morisset laissa Marinier dans ses retrancheraens des dattes et vola au secours de Vernet qui défendait héroiqyement Tentrée des Gonaïves contre Leclerc en personne. Douze mille hommes , depuis la pointe du jour , s efforçaient de pénétrer dans cette place dont les approches n'étaient défendues que par 1,400 hommes. Morisset fit une charge brillante et repoussa les Français jusqu à la Tannerie. Yernet , entouré de tant de i()rces , perdant inutilement de braves soldats, à la défense d'une place qu il serait toujours contraint dabandonner i l'opiniâtreté d'un ennemi dix fois supérieur en nombre, commanda l'évacuation.. La ville fut livrée aux flammes; et pendant que les femmes, les enfans, les vieillards emportaient dans des chariots leurs objets les plus prccieux, Morisset, par des eharges désespérées, arrêtait la marche des Français qui eussent voulu sauver la ville d'un embrasement ^ général , pour trouver dei^ abris contre les rayons brûlans du soleil. Leclerc déploya la division Desfourneaux dans la plaine. Les casaques rouges , la cavalerie indigène, le 2° bataillon de la 7e, se voyant sur le point d'être enveloppés, gagnèrent le morne Grammont, où Vernet rencontra Ma« dame Louverture, ainsi que toute la famille de l'éx-gouverneur, qui avait abandonné Cocherelie. Leclerc prit possession d*une ville ea cendres, 5 Ventôse {2A février). Ses soldats n*en jetèrent pas moint des cris de victoire. De Grammont, Morisset entendit cas acclama'* tions joyeuses. Il s'écria : Quoi! après tant de défaites. Us ont l'au^ dace de chanter victoire! Il s'élança sur son cheval, et dit à set compagnons harassés de fatigue : que quinze intrépides dragons me suivent. Tout l'escadron l'entoure avec empressement. Il traversa le morne Grammont i et arriva au cimetière j^rès du blockhaus*;
HISTOIRE D*HA1TI. — (lôOâ) . Iftâ
Les troupes françaises avaient mis leurs armes en faisceaux*, et se livraient au repos. La nuit était descendue sur ia ville, tl se4)récipîta sur un bataillon européen et en fit un aiîri^ux carnage. Il retourna à Oranimont, emporlant un drapeau qu'il avait enlevé à l'ennemi. Pendant la nuk^ le général Christophe fit sa jonction avec Vernet. Ils prirent l'un et l'autre ta route du pont de l'Ester. Ils firent acheminer sur les Cahos les femmes et les enfans qui avaient évacué les Gonaïves. *Vernet avait perdu ilans ces divers combats 200 hommes des Casaques rouges, 300 hommes de la 7e , et de l'escadron de Morîssefc il ne restait plus que 60 dragons. Il expédia à Lacroix un courrier qui annonça h Toussaint rincendie et l'évacuation des Gonaïves, et sa retraite opérée sur le pont de l'Ester. Toussaint partit de Lacroix et Tatteignit avec précipitation. Il envoya Magny avec une partie de sa garde d'honneur à la Pelîlc-Rivièfe de l'Artibonite. Pourcely, homme de couleur, alla camper avec le reste de ses troupes , sur l'habitation Marchand. Lés quelques prisonniers faits au combat de. Lacroix , et ks blancs arrêtés aux Gonaïves , furent conduits à la Petite-Rivière de l'Artibonite. Ils furent livrés à un détachement qui les emmena à la Verdure , habitation voisine du bourg. On les fit tous égorger en disant : Nous n'avons pas )ssez de provisions^ pour nourrir nos soldats; comment ferions-nous pour entreteuir ceu% qui viennent nous détruire.
Toutes communications entre Toussaint et Maurepas furent interceptées par l'entrée des français aux Gonaïves. Le vieux générai Bugua pensa que cet événement amènerai! la soumission de Maurepas et la fin de la campagne. Mais les français avaient des luttes encore bien plus sanglantes à soutenir. En demeurant maitre du champ de bataille de Lacroix, près de la Ravine à- Couleuvre, Toussaint sauva d'une ruine complète le principal corps de son armée , S2t famille et lui même. Etant sous le coup d'une mise hors la loi, il eAt été infailliblement fusillé sans jugement avec ses principaux partisans, s'il as^ait été fait prisonnier.
Rocbambeau s'étant aperçu qu'il avait abandonné Périsse, debout cha dans la savane Désolée, et se rendit aux Gonaïves auprès der Leclerc. Mais sa proie lui avait échappé.
Le jour qui survit son entrée aux Gouaîves, 6 Ventôse (25 Février) Leclerc apprit que Uébelle avait été repoussé par Maurepas. Il ordonna à Desfourneaux d'aller occuper le Gros-Morne, et à Rocbambeau de se porter sur le pont de l'Ester, de pousser des reconnaissances sur sa gauche et sur sa droite , pour avoir des nouvelles du général Boudet et de la retraite de l'ennemi.
Pendant que Leclerc assaillait les Gonaïves , le général Boudet , campé au Montrouis, s'ébranlait pour marcher sur S t Marc. Il ordonna au lieutenant colonel Valabrègue qui avait pris possession de TArcabaie, d'opérer sa jonction avec lui. Valabrègue partit de l'Ar-
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cahaie le 4 Ventôse (92 Février), tomba dans plusieurs embuscades dressées i^ar les cultivateurs , et éprouva des pertes considérables. Les français^ suivant la route de Montrouis, au milieu du jour, avaient un sol brûlant sous les pieds, un soleil ardent sur la tète. La chaleur, la fatigue les accablaient tellement que beaucofip se couchaient avec insouciance sous les arbres, et se laissaient massacrer par des cultivateurs que Charles Bélair avait armés* Talabrègue alleigiiit Boudet, au milieu de la nuit, et la division française se mit en marche. Elle rencontra un poste que les indigènes occupaient non loin de Iklontrouis. Elle l'attaqua afin d'ouvrir le .chemin qui conduit à St. Marc. Elle fut deux fois repoussée; Boudet fut obligé de faire oa« Donner celte redoute pendadt une partie de la matinée du 23 Février. Les indigènes ne pouvant résister à l'artillerie, abandonnèrent la position et se l^epliérent sur St. Marc. Boudet laissa ses troupes se "reposer le re$te de la journée et toute la nuit qui suivit. DèsTaurore, la division reprit sa marche ; elle vit s'élever devant elle , le long du chemin , des flammes qui dévoraient de superbes habitations.
En même temps , Bessalines réunissait sur plusieurs points de la ''ville de St-Marc, des barils de goudron, de résine, des tonneaux de tafia , de rhum et d'huile. Il avait fait allumer un bâcher au centre de la grande place, et les soldats de la 4* étaient tous armés de tordies de bois pin» Il disait aux noirs et aux hommes de couleur de ne laisser aux français que des cendres et des cadavres de blancs. En effet on massacra tous les blancs; et les femmes et les enfans indigènes se retirèrent dans les mornes, escortés par lesdra* gons de la garde nationale , la plupart hommes de couleur. Dans le quartier de l'Artibonite presque tous les mulâtres avaient embrassé la cause de Toussaint Louvertui^.
Dessalines se saisit d'une torche, s'avança, accompagné du chef d'escadron Bazelais, son aide de cam*p, vers sa demeure dont la construction et lamèublement lui avaient coûté un million de francs, y pénétra, et y mit le feu de sa propre main. L'incendie se propagea avec rapidité dans tous les quartiers', et la ville fut réduite en cendres en quelques heures. Le lendemain Charles Bélair livra aux flammes le bourg des Verrettes. Le' 6 Ventôse (21 Février) Boudet entra à St. -Marc, sans coup férir. Il n'y trouva pas une âme. A chaque pas le soldat français était ariêié par de nombreux cadavres blancs dont les rues fumantes étaient encombrées. Boudet fit donner la sépulture à tous ces corps, et logea dans les forts uns partie des troupes de sa division. Il poussa des reconnaissances jusque sur les bords de l'Artibonite pour opérer sa jonction avec Leclerc. Mais il ne rencontra sur les rives du fleuve , ni troupes françaises^ ni troupes indigènes. Il retourna à St Marc d'où il expédia un navire aux Gonaives pour s'assurer si le capitaine généi^l y était entré. I)essaline5 ft*étail retiré à la Petite Rivière île rArliboaile ou il avait
mstoittfe. D^uAitt.— (180^) IftI
reûcontré Latnartinièie et Laroso. Lé 7 Ventôse (26 Février) Leclerc apprit que Boudet était en possession de St-Marc. H se résolut à porter toute son atleiuion sur le général Maurepas qui seul jusqu'alors avait battu toutes les colonnes qu'on avait dirigées a)nlr^ lui. Le capitaine général ordonna à Hardy de se rendre au Gros- Morne avec cinq couipa$(nies de grenadiers et huit cents hommes de sa division, il. y ajouta une compagnie de cent homtnes de sa garde. Le 26 Fé\rier il marcha en peisonne avec toute sa garda d'honneur, et s'établit, à onze heures du soir, à 2 lieues du Gros- Morne. Il avait le projet de s'avancer à la tète de la division Desiburneaux, et de <|uinze cents hommes de celle de Hardy ,jus(|ir'à Si lieues du quartier général ce iMauiepas^ pour lattaquer le 28 au point du jour, de concert avec Uébelle qu'il avait pi*évenu de cetta manœuvre^
Pendant cet intervalle^ le capitaine Gourion, commandant les forces navales du Port de Paix, expédiait, d'après les ordres de l'amiral Yillaret Joyeuse, la frégate la Furieuse pour le Môle Sri Nicolas. Aiil moment qu'elle allait pailir, une dépulalion des habitans blancs^ noirs et jaunes, de la commune de Jean Rabel, arriva au Port-de- Paix, apportant une pétition signée d un grand nombre de citoy end qui offraient de se soumettre sans résistance, et demandaient quelques troupes afin qu'ils pussent, secondés par elles, faciliter reQ** Crée de la frégate au Mùle< Le gMiéral Humbert accueillit favorfl*^ blement la pétition, et lit embarquer, sur la Furieuse , cent bemmetf d'artillerie de marine que la frégate, en passant^ devait déposer à Jean RabcK
A deux lieues de Jean-Rabel, village pittoresque , sriué au milieu
^d'une vallée fertile, s'élevait , sur le rivage de la mer, un fort de gazant qu'occupait le sous-lieutenant Alain, à la tète de la Se. compagnie dil 3e. bataillon de la 9e. Un fort détachement de cette defmi- Drigadei était cantonné au village. Dés que la Furieuse se présenta en vue de la fortiiication , les habitans de Jeun Rabel, connaissant les sen* tîmens du sous lieutenant Alain qui n'eût jamais livré la redoute ^ envo}èrent pour le remplacer le capitaine Louis Etienne Golart ^ eommandant du détachement de la 9e. Golart était un ennermî îm-> plaeable et de Toussaint l^)uvrrtuve et de Maurepas. Son frère , Liibin Golart, noir, a%aft comman»tc, sous Toussaint, le 2e bataiU km dé la 9e. , avant la guerre civile. Quund la lutte éclata entre Toussaint et Rigaud , il embrassa la cause de ce dernier. Mais iraiocQ par Maurt paa, alor» colonel , il s'était réfugié dans les mon-» laghea iàm Jean Rabel. Dès qu'il apprit les dispositions des habitana de Jean-Rabel en fa%eur du nouveau gouvernement , excité par la haioe et la wngeance, il sortit de sa retraite, entra au bourg, se mit à la tête de son ancien bataillon , et prit le commandement
>fie la commone. H ae. rendit aa.fort du Yivsige qu'il trouva ôccppi
\Q6 WôToiRB d'haiti.— (180Ô)
"pnr cent hommes de troupes de marîno, Ceux-cî Turent conduits à lean-Rabel dont la garde nationale avait été r^^inic. La frégate la Furieuse, commandée par le capitaine Topsent, continuant saroute^ «ntraau Môle Si Nicolas, san^ coup- férir, aux cris de \ivc la France^ que poussait la population rangée ^ur le rivage. Les français y trouvèrent un malériol de guerre considérable el (\cs l« Ures de Tous*- -saint adressées ai] coifimandant do la place, ;n:ssiiôt apiés Tarrivce de Tarmée ^expéditionnaire, par lesquollos il d<>mah{!ait avec inslan^ ces rimfirîmerîe , tous les fusils et pistolets rpii s<* trouvaieui dans les magasins, cjuatre pièces do 24 vi <kaï\ niortiei'S.
Lubia Goiafl se résolut aussitôt à marcher contre Mauropas , son ennemi personnel , à la tète des cultivateurs, tous noirs, de la commune de^Jean Kabel. Il déclara c|u'it voulait avoir la gloire de Tarrèler lui même, et la satisfaction de Yécorcher vif. Maiirepas apprit par le sous lieutenant Alain , qai s'était réfugié auprès de lui, les projets cruels de Lnbin Golart: Les éclaireurs de la 9e. vinrent aussi annoncer que. le général Desfourneaux occupait le Gros- Morne, que les communications avec Toussaint étaient interceptées, et que Débellu allait marcher avec une nouvelle division contre h camp des Trois- Pavillons , par le grand chemin du Port de Paix. Manrepas reconnut qu'il serait attaqué en tôle par Débclle, en queifc par Desfourneaux , et en flanc par Lubin Golart. €e flernicr ennemi était, plus que tous les autres, redouté du général indigène. Lubin tjolart, créole du quartier du Port do Paix, connaissant Jes sentiers tournans el les gorges les plus profondes do la motitagne, eût découvert Maurepas dans n'importe (|uell(^ retraite. Enveloppés de toutes parts par rennemi , les partisans de Toussaint résolurent de se soumettre. Le 7 Ventôse (î26 Févrîn) Mauropas envoya, au Portde- Paix , un de ses aides-de <^'amp aujrés de Déhelle qui accepta avec 'empressement la souaiissioiMlu général indigène. Lr français lui proposa le jour mémo nne entrevue au portail de la ville. Maurepas accompagné du colonel de la 9e., ftodin , boninie de «ouleur,^du chef de bataillon Uéné Vincent, noir, et de quelcjues autres officiers, se rendit au lieu du rendez vous. Déboile ne tarda pas à y arriver monté sur un beau cheval qui caracolait avec fierté. 11 mit pied à terre et demanda où était le général Mabrepas. Celui ci se présenta devant lui, non pas en vaincu, mais en vainqueur que de malheureuses circonstances contraignaient â so soumettre. Vous aurez à entrer en ville sur le champ avec toutes vos troupes, lui dit Débelle. — Général, répondit Maurepas, mes soldats sont épars dans la montagne; je ne pourrai les réunir à I instant, accordez-moi 24 heu res. Débelle feignit de ne Tavoiripas compris. — Quelle est la force de vos troupes, lui demanda Dcbello? — 800 hommes de la 9e., autant de la garde nationale, et 4,000 cultivateurs irréguliers, la ' plupart sans ai'm«s. -^ C'est impossible, 8 écria Débelle j si peu
msTOiEC d'haiti. (1802> 1.9T>
de troupes n'eussent pu résister à la valeur française. — lîdevint agité; la rougeur couvrit son front.— Je vous réitère Tordre d'entrer en ville sur \e i )iamp. Maurepas refusa formellement de lui ohéir. Je suis votre supéri4^ur, répliqua Débellc'.— Maurepas résistait toujours avec calme et dignité. Débelle vaincu par k ténacité de l'indigène, lui accorda les 24 heures demandées. La perfidie européenne axait fait naUro la déûance dans. Tâme de Maurepas » qui craignait de lombor , sans déiense, sous les coups des français. Le lendemain, (27 fc^iricr), il licencia ses 4,000 cultivateurs, ainsi que lu garde nationale, ei descendit de la montagne, à la télé de la 9e., tiiuiboiir battant, riisei^nes déplies. Il vit 3,000 bommes de irou|)es bl-jnobos, rangés en bataille dans la savane qui s étend' ù lenlréc du lV»ridePai\. Il eiUra en ville à la téie de ses soU. dats qui agitaient leurs drapeaux tricolores en cbantant la' Marseillaise. Débelle lui commanda de prendre sa ligne de bataille le lon^ du rivnge , visà^xis de plusieurs frégates dont les sabords étaient ouverts. Les indigènes crurent ;> leur dernière heure; et déjà la détermination de mourir héroïquement jus({u au dernier s exprimait sur leurs visages^ quand Dèbelle ordonna de leur distribuer t^ ra^ tîon.. •
Lubin Golart, suivi dune masse considérable de cultivateurs demandant la tète de Maunjia^, «lait «liji arrivé sur I habitation Lacorne Guédon. Il y apprit la soumission de son ennemi il entra dans. une violente futeur, dit qu il avait perdu le iVuit de la rapidité de. sa éourse. •
Le 28 Février, Leclerc , de son coté, se disposait à faire attaquer Maurepas par Dfsfourneaux , quand un courrier vint lui annoncer S9 soumission. Il s'en montra joyeux. 11. lui expédia Toidre de venir le joindre au Gros Morne, et jeuvoya aux. Gonaïves les 800 homsaes de la division Hardy.
Comme Toussaint combattait toujours les français avee acharnement , Leclerc , pour porter ses partisans à la détection ^ accueillit le général Maurepas, au Gros- Morne, avec distim iron , le maintint dans son grade de général de brigade « et lui conGa le commat)dement du Port-de Paix. Dcbelle vint au Gros Morue avec deux bataillons. de la 9e coloniale. Delà, il en achemina un sur Plaisance où devait se rendra le^ général Desfourneaux. Lui même partit pour les Go*naîves avec le 3e bataillon du même corps,, commandé |iar Icoolonel Bodin. Leclerc transporta son quartier-général aux Gonaîves. Il adressa des félicitations à toute Tarmée expéditionnaire, et particulâèreiBent aux 5e, i le, 19e légères, et aux 31e et 68e de ligr^e*. Il signala au ministre de la guerre comme s'^tant bien conduits , ^ chef de brigade . Qrand^t .. de la division DesPourneanx,, Tadjndant commandant Desplanques qu'il nomma général de brigade , le gêné* caL Salm, de la divisioa Hardy ; le général de brigade 3r>iuet » le&
IMI HISTOIRE d'haiti.— (1802)
tdjudans cemmandans Lsivalette , Àndrieut , et le clief de brigade Bey , colonel de la 5e légère, de la division Rochambeau. En une campagne de moins de di\ jours, TarmOe de Toussaint avait été dispersée , et culbutée au delà du pont de T Ester , vers TArtibonile. En môme temps le générai Pamphile de Lacroix , ignorant les ëvénemeq$de rArtibonite et du Nord, s'attendait sérieusement à être pilaqué par Dessaiines. On avait intercepté deux lettres qui venaient de lui être livrées, saisies sur le capitaine Ghpncj , homme de couleur, neveu de Toussaint, qui avait été arrêté dans les mornes du Petit Goâve. Chancy, n'ayant pas fait rencontre avec Dessalines « s^était efforcé d'arriver à Jérémie auprès de* Dommage. Ces lettres avaient été écrites par Tex gouverneur , alors qu'il venait d'apprendre ^M^ te général Gfoiidet avait pris le Port- Républicain.
(liberté. Egalité.
Au quartier-général des Gonaives , le 19 pluviôse , as 10. (8 février 1802.)
Ia Crouverneur-Général , au général Dessalines , commandant en
chef l'armée de l'OmsL
Bien n'est perdu , citoyen général ; si vous pouvez -parvenir à enlever aux troupas de «lébarquement les ressources que leur offre *)e Port Hépubilicain. Tâchez, p^ tous les moyens de force et d adresse , d incendier cette place ; elle est construite en bois; it lie s'agit que d'y faire entrer quol<|ues émissaires fidèles. Ne s'en trouvera-t-il donc pas sous vos ordres d'as<^z dévoués pour rendre ce service? Ah! mon ct^er général, quel malheur qu'il y ait eu un traître dans cette ville ^ et quon ny ait pas mis à exécution vos ordres et ies mîen^ ; guettez le moment où la garnison s'affiiiblira par des expéditions dans les plaines, et tâchez alors de surprendre et d'enlever cette ville par ses derrières.
N'oubliez pas qu'en attendant la saison des pluies qui doit nous débarrasser de ^ qos ennemis , nous n'avons pour ressources que la destruction et le feq. Songea^ qu'il ne faut pas que la terre , baignée de nos sueurs, puisse fpiirnir à nos ennemis le moindre aHment. Carabinez * les chemins; faites jeter des cadavres et des chevat|x dans tQutes les sources ; faites tout anéantir et tout brûler» pour que ceux qui viennent pour nous remettre en escl^va^e , ren* contrent toujours ^devant lenj^ yeux l'image de l'enfer qu'ils méri* fent. Salut et iamitié.
fçy^sAiNT LOyVEETURfi;
Liberté» E^^liié.
Toussaint Louvbrturè, Gouverneur de Saint Domingue y w ^(oyeti^. Domnage , général de brigade , commandant ^n chef
l'arrondissement de Jérémie^
Au quartier«général de St. Marc, le 20 pluviôse p au 10, (9 février 1802);
J^envoie auprès île vous , mon cher général , mon aide-dci-camp Ghancy. Il est porteur de la présente, et il vous dira de ma part ce dont je Tai chargé. Les blanos de France et de la colonie « réunis ensemble , veulent nous ôter la liberté. Il est arrivé h^aucoup de vaisseaux, et des troupes qui se sont emparées du Cap, du Port-Républicain et du Fort Liberté. Le Gap , après uae vigou<reust résistance a succombé ; mais les ennemis n'ont trouvé qu'una TÎUe et une plaine en cendres ; les forts ont sauté et tout a été incendié. La ville du Port Républicain leur a été livrée par le traître général Agé, ainsi que le fort Bizoton qui s* est rendu sans coup férir, par la lâcheté et la trahison du clief de bataillon Bardet^ ancien oflicier du Sud. Le général de division Dessalines maintient dans ce moment un cordon à la Croix .des Bouquets, et toutes nos autres places sont sur la défensive* Comme la place de Jérémie* est très forte par les avantages de -la nature , vous vous y maia* tiendrez et la défendrez avec le courage que je vous 'connais. Méfient vous des blancs ; ils vogs trahiront s'ils le peuvent : iQur désir biea manifeste est le (retour de Tesclavage.
Eu conséquence, je vous donne ôarle bhoche; tout ce que vous fdre^ sera bien fait; levez eu masse les cultivateurs, et péuétrezrles bien de cette vérité qu'il faut se mélier des agens adroits qui pourraient avoir reçu secrètement des proclamations de ces blancs de France et qui les feraient circuler sourdement , pour séduire las amis de la liberté. *
Je donne ordre au général Laplume de brûler la viil6 des Caj'es, les autres villes et toutes les plaines; et dans le cas qu'il ne pour^ rait résister à la force de lennomT, alors toutes les troAipes des dif« férentes «garnisons et les cultivateurs iraient vous grossir à Jérémie'; VBOus voas entendrez parfaitement avec le général Laplume ppur biei> faire les choses; vous emploiera;!; à planter, des vivres, ea grandequantité toutes les femmesi cultivatrices.
Tâchez autant qu'il sera en votre pouvoir de m'instruire de votre position, Je con)pte entièrement sur vous, et vous laisse maître de tout faire y pour nous soustraire du joug le plus affreux.
Bonne santé je vous souhaite,
3alut et aipitié,
Toussaint Louverture.
Aussitôt qu'on lui ^eut remis ces lettres , le général Pamphîle de ^acroi\ , ignorant que Dessalincs fut à la Velite Rivière de TArii* bonite, établit des embuscades dans la nuit du 8 au 9 Ventôse (du 26 au 27 Février, ) entre le Pont Rouge et la porte St. Joseph. Le contre-amiral Latouche Tréville descendit/ en ville avec le$deux tiers de ses équipages et vint renforcer la garnison. A chaque instant, pendant la nuit , les français s'attendaient à l'arrivée de Dessalines. Le feu prit par accident dans une des cases de la plaine du CuU de*Sac; les flammes furent ap««rçues du fort National qui commande toute la ville. Dessalines! Dessalioes! s'écria t-on de toutes parts, ^ux armes ! La garnison , la garde nationale , les. marins , se rangèrent sur les remparts. La place tira une partie de la nuit sur la plaine; les cultivateurs étonnés fuyaient au loin cherchant un abri contre les boulets. La garnison de la Croix-des Bouifuets entendant gronder le canon se tint sur la défensive. Au jour, les français^ ne découvrant pas Tennemi se gloriliaient de leurs succès; Pamphile de Lacroix se montrait heureux d'avoir sauvé le; Port Républicain d'un coup nie main, quand un courrier , arrivant de la Croix des- Bouquets, annonça que Dcsalines n avait pas apparu dans la plaine qui était en puifaite soumission. Le capitaine Chancy , porteur des deux lettres incendiaires qui avaient été interceptées, attendait la mort dans les cachots du Port Républicain. Pour le sauver, plusieurs ofiiciers indigènes qui servaient dans l'armée fran^^aise , déclarèrent au général Pamphile de Lacroix qu il avait été maintes fois persécuté par Tex gouverneur, è cause de son dévouement à la métropole, et qu'il n'aujait jamais consenti à &e charger d un tel paquet sil en Rivait connu le contenu. Ils ajoutèrent que peu de mois avant l'ar* rivée des français, Cliancv avait été empiîsonné ^our ses opinions françaises. Çhancy avait été réollemenl emprisonnré , mais ce fut pour avoir séduit une femme mariée. Le général français trompé par cette fausse déclaration , mit aussitôt le prisonnier en liberté.
Rochambeau et Hardy étaient campés au Pont de i-Ester. Le capitaine général Leclerc leur ordonna de parcourir les montagnes dee Cahos où s'étaient réfugiées lesdames Dessalines, Louverture, Vernet, Oabart et une foule d'autres familles, d'atteindre ensuite le Mirebaïais l^our sç porter sur les 4errières de- l'armée indigène qu'il voulait
loujours tenir entre deux feux. Toussaint, chassé delà Pctî!e-Rivièrc de TArtibonite, devait ^Ire jeté sur les baïonnettes de Hanly ou de Rochambeau. Celui ci, accompagné du général Rigaud, partit pour les grands Cahos le 11 Ventôse {H Mars), longeant la rivière du Cabœueil. Il recueillit au morne à Pipe un grand nombre de blancs qui s'y étaient réfugiés. Au\ Cahos, commandait le chef de bataillon Aignan , homme de couleur , très dévoué à Toussaint , campé sur I*^habitation Magnan avec une compagnie des miliciens de Dodard, et trois compagnies de la 8e. Les français voulaient, avant d'atteindre le Mirebaiais , s'emparer de^; caisses d'argent Iransporlées dans la montagne par ordre dé Toussaint. Dès qu'il sut la marche des di- \isions Hardy et Rochambeau , au-travers des Cahos , Dessalines expédia au commandant Aignan, pour le renforcer, un bataillon de la 4e.
Pendant que ce bataillon parvenait au Grand Fond Magnan , la division Rochambeau, conduite par des guides indigènes, atteignait, par la source Wichaud , le plate au de la montagne. Les cavaliers français, montés sur les chevaux du pays , gravissaient rapidement ce* mornes presque inaccessibles. La 4a. ai rivant près de Magnan^ au milieu de la nuit , et découvrant une ligne de baïonnettes dans le ehcmin qui conduit à cette habitation , criit cpie cNuail un corps français. Elle tira sur la 8r. , (|ui riposta >igourensement. Pendant qud les indigènes, se prenant mutuellemeul pour l'ennemi, s'en tre fusillaient , les {français passèrent au milieu d'eux , dans un ravia qui les séparait , parvinrent sur te plateau de Magnan, et s'y rangeront en bataille. A la pointe du jour , Rochambeau lança sa cavalerie et ses chasseurs sur les miliciens de Dodard , qui , attaqués avec une vigueur incroyable, furent rompus, sabrés et foulés aux pieds dês clievaux. Une fouIe.de femmes, de vie.llards, d'enfans, éperdus, se précifutèrent d.ms de profonds ravins, fuyant une mort imminente. La 4e. et la 8e., harassées par une nuit entière de combat, s'étaient reconnues au l«vor du soleil. Elles descendirent avec précipitation vers la plaine. Les soldats de Toussainl poursuivis, la baïonnette aux reins, abandonnèrent tous les bagages qui leur avaient été conliés. Oueh|uefois, pour arrêter racharnement des français , ils laissaient tomber devant <cux les sacs d'argent dont ils s'étaient saisis dans leiir fuite, et se dispensaient dans les bois. La plupart des prisonniers indigènes furent sacrifiés par le soldat européen qui , fatigué de carnage , se livra au pillage. Les femmes furent dépouillées a\l3« une rage fiénéliquc ; ces infortunées eurent les oreilles arrachées avec les boucles qu elles portaient ; elles furent mises entièrement^ nues, violées et flagellées. Pour une bague, un collier, un bijou quelconque, Tindigèue, n'impoi:te son âge ou sod sexe , recevait la mort. Le général Rochambeau fit enlever les tré* sors des caisses nationales de Si -Marc . des VerretteSi de la Petitt^
eOO HISTOIRE d'haiti.— (1802) /^
Tâchez autant qu'il sera en \otre pouvoir de m'înslruiç^ position, Je compte enlièremenl sur vous, et vous laif*^ tout faire, pour nous soustraire du joug le plus affrerf.5
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oflî' o — 'viueur, n ajoute jamais
oi - ue»or, et ne flt faire aucune fouilla,^ ni à
^ . uux Cahos , pendant tout 1« temps de son règne des-
,,|iie et civilisateur.
'le général Boudet , qui était toujours à St-Marc, écrivit plusieurs j^rtres à Leclerc, l'exhortant à entreprendre un voyage au Port*
* Rîgand était revenu, comme on Ta vu, à .^t-Domingrue , avec Tarmée expéditionnaire. Il combattait , ainsi que ses •ancien» frères d'armes Avec acharnement, contre Toussaint Louverture, *
** Dans les bulletins de l'armée française on lit que Rochambeau fit un Witin Considérable dans les mornes des Cahos. Ce rapport s'accorde parlaitement avec tes traditions haïtiennes, et le dire des anciens' qui ont ec^battu les français , et c^tte éjjoque, dws k quwlier de l^Artiboaite.
HISTOIRC D*HAlTr. — (1802)
iiblicain, qu'il croyait toujours menacé d'une ruine complète
Dossalines. «
s les premiers jours de mars, Leclerc, accompagné du général
et suivi de la plupart des officiers rigaudins qui étaienl re-
aus la colonie avec Tarmée française, partit des Gonaïves et
t au Port-Républicain par mer. Il descendit en ville au
ment de la nuit. Il reçut des citoyens Taccueil le plus
ville fut illuminée, et de magnifiques fêtes furent données
^u gouvernement. Les colons blancs l'entouraient avec une
resse. ils avaient (Remontré le même cnibousiasme en
pieds de Toussaint Louverture. Quelques jours après,
sparte, son épouse, partit du Cap sur le vaisseau le
\int le joindre au Poit-Rôpublicain. Lcclerc attendait
^ Tarrivée des escadres de Flessingue et du Havre,
«*etard ; elles devaienl lui apporltT 3,000 hommes de
, «1 Villaret Joyeuse dans le Nord, Tamii^l latouche
>ud, avaient énergiquenient secondé, sur le littoral^
troupes de terre.
e des fêtes célébrées à Toccasion de Tarrivée du is rOtiest que vinrent mouiller au IH- Républicain *e et I Indienne , chargées de 350 hommes de . tuditis, qui sciaient téfugiés à Cube, après la barquèrent on chantruil des airs patrioiiques ; France allait jusqu'au délire; la haine ta plus «saint Louverture éclatait dans leurs paroles, uait , Bonnet et (ireiTrard. Après l'arrivée viso le Tricolore aidait été obligé de relâcher retour au Cap, le capitaine du navire avait lion, rédigée par Bonnet et signée de sept s à Sl'Yague, par laquelle ils demandaient nunçaise contre Toussaint Louverture. L'amiral Joyeuse leur avait «xpédié les frégates la Créole et Tindienne, chargées de les ramener a St-Dumingue.
Pendant cet intervalle Fex gouverneur qui avait abandonné le pont de l'Ester, à rapproche de Rocharaibeau, ordonnait à Vernet, homme de couleur, de se rendre à la Petite Rivière de I Artibonite avec un escadron de k garde d honneur, les d«'bris du balaiilon de la 7e et le corps défi casaques rouges. Il établit son quartier général à Cou? riotte, dans la plaine de TArtibonite. Il a\aii autour de lai Dessalines, Christophe , Yaquoi , -alors son secrétaire , les colonels Jasmin , et Gingembre Tropfort , Magny, Muipiint, Tadjudant général Fontaine qoi avait remplacé Agé dans les fonctions de chef de létal major général de Tarmée, tous noirs; les commaudans Lamaitinière, Bazelais |, iarose, Laurette, Gabart, Morisset, tous hommes de couleur. L'adjodantgéoéral Barada , officier blanc allemand » ancien commaadaiit
.«.ii^w
HISTOIRE D*UAITI.«— (18()2)
armer une éminence vis-à-v4s du fort de la Créte-à-Piorrot. — II en donne le com* inaudement à Lamartinière. — Il quitte \e (ni. — Il est battu au Nolo par le général H;irdy ; ses comm'inications sont interceptées avec !a Créte-à- Pierrot. — }^. divrsion Hardy s'établit au pit-d du inorno de l'Acul du Parc- — La divisioa Rochambi-au s'établit en vue du fort. — La Ci 6te à- Pierrot est investie de toutes parts — La division Ro^hambeau attaque la redoute de Lamartinière ; elle est repoussée— La Crôte-à- Pierrot est canonnée et bombardée. — Elîe est évacuée par Lamartiuière et iMaj^ny. — La prise de la Crète- à -Pierrot porte le dernier coup à la puissance de Toussaint Louverture — Toussaint, pénMrant dans le Nord , est battu à Plaisance par le général Desfourn<^aux. — Christophe soulève les cultivateurs du Nord et vient assaillir le Cap. — Il est repoussé par le général Hoyer. — Le contie-amiral iVlagon préserve de la dévastation les quartiers du Fort-Dauphin.
Peu de jours après Tarrivée de IVxpédiiion française à Sl-Domingue, Tamiral Viilaret Joyeuse, voulant se mettre en bonnes relations avec les anglais, avait expédié des dépêches, par la frégate la Cornélie, à sir John Thomas Duckworlh , contre amiral de Tescadre rouge , commandant la station de la Jamaïque. L'amiral français lui faisait connaître que St Domingue était déclaré en état de siège, et q Taucun navire ami ne pourrait se présenter devant les ports qu'occuperaient les rebelles. Il lui avait aussi annoncé qu il pourrait se trouver dans la nécessité de lui demander des secours en vivres de toutes espèces. Le capitaine de la frégate, le citoyen Villemandr|n , et l'enseigne de vaisseau , Clouet , porteurs des paquets de l'amiral Yillaret Joyeuse, avaient été parfaitement accueillis par Tamiral anglais qui avait saisi cette occasion pour célébrer le retour de la paix entre la France et TAnglelerre. Sir John Thomas Duckworth avait répondu à Tamiral français » par la lettre suivante :
Sir John Thomas Ducku>orth, commandant de la station de la Jamaïque^ à VÀmiral Villaret Joyeuse , au Cap. A bord du vaisseau de S. M. B. le Leviathan^ au Port Royal de la Jamaïque^ le 19 Février 1802.
Monsieur ,
J'ai reçu la lettre que votre Excellence m'a fait Thonneur de m'écrire, pour me communiquer l'arrivée au Cap, dés forces françaises
2ui sont sous son commandement, et je suis flatté de la confiance ont Y. E. m'honore, en me faisant connaître Tétat de ces forces et leur destination. < es informations sont parfaitement conformes à celles que j'ai reçues des ministres de Sa Majesté , et qui me tians* mettent en même temps les ordres du roi, mon maître, pour traitef U nation française avec tous les égards possibles.
Mais quant à ce qui concerne les secours en vivres que Y. E, f%mi craUtdre d'4lr# daos li eas 49 réclamer, Je \ois avec ua va*
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ritablé regrel que notre situation présente, causée par Varrivée inattendue de très grandes forces de raer et de terre , me mette dang Vimpossibiiité de votis présenter même ancun csi>oir d'assistance. Nos propres ressources sont tellement bornées , que j'ai été obligé de détacher des frégates sur dilTérens points pour chercher les moyens de nous mettre à I abri d'une détresse entière, cl j'ai ainsi que V. Ex. , dû chercher à tirer ces secours du continent américain , eo attendant qu'il puisse nous en parvenir d'Euro|>e.
• C'est avec un sentiment pénible que j'ai appris la réception hostile 'foite à V. Ex., et cette v violation directe de tous les devoirs de) colonies envers leur métropole.
Je suis parfaitement d'accord avec vous sur 1« conséquences d'une pareille conduite ^ et je 'pense qu'elle intéresse véritablement toutes les puissances de TEurope; mais avec des forces aussi considérables que celles sons ks ordres de V. Ex., eette révolte ne peut être de longue durée, et les dévastations commises par les rebelles, en incendiant les; récolles , ne pourront produire qu'un mal temporaire.
J'ai Thonnenr d'être, avec une haute considération, de votre ei*' cellence , le très-humble et très-obéissant serviteur.
JouN TooMii^ DUGKWORTH,
Contre- Amiral de Vescadre rouge etc., commandant en clief.
Les français pensèrent que les anglais auraient pu leur être agréa* l)les , mais que la jalousie qu'ils éprouvaient de voir leurs succès à St. Domingue avait étouffé eo eux tout sentiment de générosité.
Le gouvernement espagnoldela Havane s'était, au contraire, empressé de fournir aux français tous les secours dont il pouvait disposer. Il avait envoyé cinq cent nulle piastres (2,500,000 francs ehviron) qui lui avaient été demandées, cl des habillements de troupes. Il n'avait pas expédié de la farine des Etats-Unis , parce Îu'elle coûtait plus cher à- la Havane qu'à St. Domingue. Du reste, epuis la prise de possession du Sud , de l'Ouest , du Mord et d'une partie de rArtibonite, les français se trouvaient approvisionnés au point de n'éprouver plus aucune inquiétude. D'une autre |M)rt les expéditions ae vivres faites par le ministre de la marine arrivaient chaque jour. «
Leclerc qui était toujours au Port Républicain faisait observer dans Tarmée la plus sévère discipline; sentant le besoin de ménager considérablement les indigènes dont il avait besoin , il punissait de 4iiort les moindres excès da ses soldats à l'égard des habilans. Un propos d'un colon blanc tendant à rappeler l'ancien esclavage , emportait la peine capitale. Il était alors de sa politique de ne faire aucun acle^ avant la chute de Toussaint , qui put donner du crô*
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dit aux bruîls , trop Vrais, répandus dans les campagnes , du projet da. rélablissament de la servitude. 11 àllendait toujours avec impaiieDce les. escadres de Flessingue et du Havre, car le département du Nord <1ont les populations étaient généralement hostiles, était presque déganiî de lioupes européennes.
Quant à la partie çle TEst elle élait parfaitement soumise; elles habilans organisés en miliciens , élaicnl acheminés sur les fronlières de l'ancienne colonie espagnole, deLescahobes à Laxabon , pnur former un cordon tendant à resserrer Tinsurreclion dans les plus étroites [limites. Le soldat français recevait une nourriture abondante en viande fraîche; car depuis Touverture de TEsl par Toussaint, les bœufs existaient en grande quantité dans la partie française. Les riches bagages des partisans de Toussaint , tombés au pouvoir des soldats européens, leur donnaient de laisance et les aidaient à supporter des fatigues inouies. *
Pendant cet iniervalle Toussaint Louverture mettait toujours le fort de la Çréte-à- Pierrot en état de résister aux assauts les plus formidables. Il apprit que le général Leclerc devait inonder 'de troupes les rives de l'Arlibonile où se trouvaient ses dernières ressources. Il conçut le proj^'t hardi tic poiler la guerre jusqu'au centre du Nord, pourse meltre e» rapport avec Maurepas dont iljgnorail la soumission, et dégager du grusdeTarmée française les bords de TArtibonite. Il confia le commamiement de la Petite-Rivière et du fort de la Crèie à- Pierrot , à Hessalines. Il laissa sous ses ordres le général Vernet^ les commandans Magny , La rose , Monpoint et Lamartinière. Ce dernier lui dit lorsqu'il parlait: comptez, gou* verneur, sur la délerminali(Ui, que nous avons prise de vaincre ou de mourir pour la cause de la liberté. Toussaint lui répondit qu il reconnaissait qu'en violant lamnislie du 4" Messidor y publiée après la guerre civile en faveur' des hommes de couleur rigaudins, il s'étiiit privé de nombreux amis de la libellé ; qu'il avait élé trompé par les colons blancs, les auleurs des maux de St. Domingue. Il parlit accompagné de Pourcely et de quelques ofliciers supérieurs, avec une compagnie de dragons et sept compagnies de grenadiers de la 4*. Il axait avec lui quelques conq^agnits récemment organisées qu'il appelait la garde d honneur du Nord. D après ses ordres le général Christophe se répanrlit dans les bois de la Grande- Rivière avec les débris des 2* et 5"^ demi brigades coloniales. Il or-
* Loclerc écrivait au ministre de la marine et des colonies qte les officiers noirs avaient des bagaofes et un grand Ivixe ; mais qu^ils pertaient des éperons d'argent, sans souliers et .sans bas. C'était vrai: maii ils ôtrient leurs chaussures pour mieux gravir les mornes, et qviai d ils faisaient à pied vingt lieues dans la journée, le soldat français chaussé n'eu fai- SfLii que dix*
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donna d'ofgatiîser, dans ïe^ campagnes, leâ milices diî (jraiid feôtidah, Aë Vallière , de Sainte Suzanne ^ de Sans Soucis ot du Port Français, Aussitôt après le départ de Toussaint Louverlure, la générale fut battue dans le bourg de la Petite Rivière. Les bourgeois blancs de* Gonaîves qui y avaient été conduits se cachèrent de toutes pans, le* uns dans les fours, sous les lits, dans les jardins de cannes; d'autres sous la paille et des branches d'arbre. Mais le soldat indigène les découvrit partout. Dessalines les fît conduire à une petite distance du bourg, garrottés et presque nus. Il frappa trois coups sur sa tabatière i ce fut le signal du massacre. Les soldats les égorgèrent tous. * M^* dame Dessalines se trouvait à la Petite«Rivière de TArtibonite. Pleine d'humanité, elle n'avait jamais laissé lui échapper Toccasioti défaire une belle action. Pendant que les cris déchirants des infortuné* qu'on immolait 'remplissaient le bourg, deux jeunes blancs françai* se précipitèrent dans sa chambre, égarés par la terreur de la mort^ et lui dirent: Madame, en grâce, sauvez-nous. Madame Dessaline» demeura un instant irrésolue ; elle voyait déjà sa tête menacée de toute la fureur de son mari qui n'eut jamais d'entrailles poor le* blancs. Cependant les instans étaient précieux ; le plus léger retard portait' le poignard dans le sein de ces infortunés. Elle entendit les accens bruyans de l'état-major de son mari , qui s'approchait d'elle. L'humanité releva son courage qui fléchissait. Gachez-vou* sous ce lit , s'écria- t-eile avec énergie. Presque en même temp»' Lamarliniére , Bazelais , Laureite et une foule d'autres ofiieiers en-^ traient dans la maison avee Dessalines. Ils étaient ivres de joie^ Chaque goutte de sang blanc , disaient-ils , donnait une nouvelle vigueur à l'arbre de la Liberté. Appuyés contre le lit , ils s^entrete-* naient.des ressources qui restaient à Toussaint Louverture, quand tout à-coup un violent élernument éclata dans la chambre. Eh quoi, s'écria Dessalines plein de fureur I Y aurait il un blanc caché ici. Aussitôt les officiers regardèrent sous le lit, et aperçurent lesp deux jeunes gens. Plusieurs coups de sabre et d'épée eurent bienv tôt percé celui qui se trouvait le plus à la portée des armes divi^ gées contre eux. L'autre fut arraché avec violence de dessout ter lit; le sabre était levé sur sa tète, quand Madame Dessalînes se précipita aux genoux de son mari , et s'écria avec nn accent ca^ pable d'attendrir le cœui le plus endurci : grâce I grâce f Messieurs, demandez grâce avec moi; c'est un médecin, ne le tuez pas; il pourra nous être utile. Dessalines la repoussa avec fureur; elle se cramponna à ses habits, et lui demanda, les larmes »ux yeux , le serrant
* Le lieu où ils furent immolés est indiqué aujourd'hui par quelque» croix de bois que les femmes noires et de couleur y ont élerées , depuis la proclamation de notre indépendance. Des âmes pieuses y Tont souvenl adresser des prières au Seigneur,
idans ^e$ hr^^ h vie 4e t;et ipfortuné. t>es$aKn<i9 la rejeta lo^ de lui , et dit 4'une voit forte : il périra. £lle tomba presque ést^- |)ouie. Gependaat Ic^s oTficieri émus pàt ces ioM^^nces courageuses » ajoutèrent leur voix à la sieune. Le jeuue français fut sauvé. C'était fiescourtilz , le naturaliste , l'auteur de la Flore des Antilles, fi avait été envoyé de France à St. Domingue, par une «ociété savante » eo tôOl, poar étudier les |)lajit<^s et l^ji «ninéraMx de aof tîliniiats. -
Pendant cet intervalle, Leclerc avait ordonné à toutes les divisionf de son ai'mé0 de converger vers la Petite Rivière de 1 Ai'tibonite% il coolia à Ta^judant généraUPétion , le coiBuiandement de la 1^ «demi brigade coloniale, et plaça dans la V coloniale qu'il avaU réorganisée beaucoup d'anciens ofiiuiers du département du Sud. Ù tpprit avec douleur que depuis son départ des Gonujves quelques l^ouvelies insrurrcctious avaient éclaté dans le département du ISord. Si les divisions de Flessingue et du Havre avaient eu le temps d'arriver, ces troupes cantonnées sur les principaux points du Nord auraient contenu les populations. Ct^pendant la soumission de Maurepas donnait au capitaine général l'espoir ^ue les mouvemens in- #uri^ctionnels ne franchiraient pas les communes de Plaisance et di^ Ciras Morne occupéees par le général Desfourneaui. Toussaint avaii perdu la plupart de ses dépôts d'armes «t de munitions. Leclerc r^r isolut douc>, avant de retourner au Cap, de dirigtsr toutes ses forces vers la Petite Rivière, d attaquer 1 insurrection au cœur, et df TétoufTer par n'importe quel sacriiicç. Les divisions Débelle, Hardy, fiochambeau , Boudet , .se mitent en marclie contre la Crète à- Pierrut, la position la plus importante encore au |>ouvoir de ToujS- <aiot Louverture. La division DesfQUrnaui: demeura toujours ei^ observation dans le Nord.
La Crète a Pierrot est un fort d'un aspect peu important. L$ Toyagcur qui arrive dans son voisinage l'api^rçoit à peine, et s'étonne qu ufic armée européenne ait pu êne arrôlée si longtemps devant <^tte butte. Au iSord Ouest de la fortiJication est le bourg de 1^ Petite Hivière, et l'Artibonite roule ses eaux riapides , au travers dit hautes liges de roseaux , à deux-cents pieds environ de Téminence* Ceux qui n'ont point vu la Crète à Pierrot, croient qu'elle est as&iif sur le sommet d un morne à pic, trèsidevé: la montée quij con« duil esjt insensible, et ce n est quen anivant dans le fort que l'oii «'aperçoit de 1 élévation du terrain. La fortigcation est rectangulaire €(t à rcdan ; elle a cent pieds environ d» longueur. Un fo^sè largf et profond I environne , et des élévations de terre appuj^ées contre des pieux entrelacés de lianes fortement serrées en ferment l'en* ceinte. Elle fut construite sur la rive droite de TArtibonite , par Laplaine Sterling et Guy Talné, hommes de couleur, à l'époque d«
h f uerre tju'iU «ouiiiirent wntre iBorei u 9^ salîmeca. J^lua t«r4
UlStOlRB d'uàITI. — (ièOÛ) SU
Christophe Mornay, noir, Colonel de la 8e . èoloniale, et èîanc Cassenave, homme de couleur, roccupèrcnt pendant nos guerres contré les anglais et les espagnols. Ceux ci vivement secondés par les colons^ les noirs et les hommes de couleur royalistes, s'en étaient emparés momentanément, ainsi que de presque toute la partie occidentale de notre Ile, comme on Ta vu. Alors le gouvernement britannique rétablissait lesystème de l'esclavage pî^rloutoù la révdlulion française Tdvait détruit; et ce ne fut qu*à celte condition que tes colons, eirrayés de la liberté générale' que proclamaient les commissaires civils Sonthonax et Pol- \érel, lui avaient livré les points les plus imporrans de la colonie. EUvéel i l'entrée pringpale les gorges des Cahos, la Crète à Pierrot mettait la province de l'Ouest, à l'abri des incursions des républicains qui occupaient la pi^ovince du Nord.
A {l'arrivée de Texpédition française ( 1802 ) !a guerre ci« yïle éclata de nouveau pirmi nous. Presque tous les indigènes qui avaient gémi sous le gouvernement de Toussaint Louverture avaioni embrassé le parti du capitaine général Leclerc^ Mais nous verront les débris des troupes' de Toussaint combattre encore les français avec' une intrépidité prodigieuse^ et ne se soumettre que lorsqu'il leui^ deviendra impossible de lutter , plus longtemps , contre une arméef qui leur était quatre fois supérieure en nombre, et contre les in-: nombrables populations des villes et des campagnes, qui, ne se dôu* tant pas alors des perfides instruclioas que le capitaine général avaiC reçues du 1" consul, ne songeaient à rien moins qu'à une gncrref nationale. Bonaparte qui méditait déjà la ruine ae la liberté ea France , ne se faisait pas scrupule de rétablir l'esclavage au delà def l'Atlantique : c étaitj un acfaeminement vers son système d'absolutis* me.
Dessalines avait placé douze pièces de canon de 8 ei de ^2, à lat Cr.4te*à Pierrot. Il en forma la garnison de 300 hommes, la plupart poirs,du 2e bataillon de la 7e, commandé par Marinier, dunecomlpagnie d'artillerie de cent hommea de St-Harc, la plupart hommes de eouleur, de deux-cents casaques rouges^ troupes noires et jaunes^ commandées par J'^-B'* Louverture^ neveu de Toussaint ^ de trois cents hommes d'infanterje , troupes noires, de la garde d honneur, commandés par Magny , de deux cents hommes de la 3e. coloniale, de deux* cents hommes, noirs et jaunes, de -la 4e, commandés par Dominiqueir jPendant qu\\ achevait les fortifications de la Crète, ses éclaire ur s vinxeot lui annoncer f ue le g.""' Roctrambeau, guidé par quelqt^ea indigènes^ iiirait pénétré, de nouveau, dans les montagnes des Cahos, sortant du Mi- Tebalais, et marchait pour le' combattre. Bochambeau avait détruit au iliret}alais Ica magasins de l'ennemi, et avait dispersé la plupart des rassemblemens, Dessalines partit aassitôi avee|106 hommes de la 4e coloniale , 200 hommes de la 3e, laissa le commandement du fortà Magny etàr Lamartinière, p^éU:a (jii^n^ jejs mpptajjnesj ^ tint \^ français en édà^