‹ Histoire d'Haiti (volume 4)Chapitre 7 sur 14 · msTosns p'aiifL-OSOi · texte numérisé non relu

msTosns p'aiifL-OSOi

à^ k^ d^Hitis. V vola ensvhe ao-rl^vaiit du général Débelle cfiiî se *4^N^»it u-rsfci Petite Rivièra. Lamartiniêre , ♦ d une petite taille, 4iàii un oAicier iatrépidc et éclairé. Quoiqu'il eut en horreur le $\sU^)e de gouvcrirement de Toussaint Lou\erture, il le secondait c^)XMu{dnt énergîq uemenl , ayant compris son projet d'indépendance. h\ conduite d flédouvi/ie dans la colonie avait soulevé toute son indignation contre le gouvernement français. 11 n'ignoràît pas'que 1« Directoire E^éculif de France, perfide tant envers Rigaud qu'envers ToUssâifiTty avait fait naître toutes les calamités de la guerre du Sud. Il ne doutait pas que le gouvernement consulaire n'eut pris la détermination de rétablir i'anôien régime que nous avions détruh en versant le plus pur de notre sang. Il avait , <îomme Toussaint , reconnu Timporlance de la position de la Crète à Pierrot» Elle fermait aux français les issues qui couduisaient à ^intérieur, et gênait leurs opjérations -sur les rives de TArtibonite. De son côté, Toussaint Louverture , en x)ccupant les forces de Leclerc autour de cette fortification, avait lespoir de faire, traîner lés hostilités en longueur , de soulever les cultivateurs de U plaine du Nord , eC 4e transformer cotte lutte en guerre nationale.

Xamartlnière étM«')gnypréVo;«1nt qu'ils seraient attaqués, danslanuity ordonnèrent à un officier qui avait leur confiance , de veiller autour du fort, de donner Talarme dés que l'ennemi se montrerait, et de rekitrer aussitôt après dans les redoutes. L'oflicier se reniiit à son poste, et vit quelt|ues éclaireurs endormis , la tète appuyée contre le poing, tl fil saisir un sergentet le -fit en silence baionnetter. Il demandai aux soldats, saisis d'horreur, si c^était ainsi qu'on veiHait au salut de la liberté,' La guerre commande cette sévérité, sinon la victoire^ honteuse de la faiblesse, la trahit et guide les {drapeaux ennemis. Après cette exécution le sommeil s'enfuit. Quelques cultivateurs armés de fusils , se* glissèrent au travers des arbres et s'apprechèreni des cclaireurs. Ils furent bien accueillis; c'étaient des omis qui surveillaient léis mouvemens des français, et en rendaient un compte exact à la garnison. Ils annoncèrent que les troupes européennes n'étant pas éloignées, pourraient à la pointedu jour attaquer le fort* Dès que Taurore brilla à Thorison , les sentinelles redoublèrent d'at^ tention. Tout-icoup les échos delà montagne répétèrent le bruit d'une tnousquelerie : une colonne française venait de passer TArtibonitë, après avoir culbuté Dessalines, à une assez grande distance de la P'*«Ri'^ vière, et déboueliait par un sentier boisé. C'étaient les généraux Débelle et Dévaut, qui se rendant aux Verrettes , marchaient à la tête d'une division de 2,000 hommes de troupes blanches et d'un bataillon noir

^ Lamartinière était un homme de couleur, quarteron, de Léogane. 11 Stvai^ ssrvi coatre Toussaint j^wdaat la giierce siv^Ol^

JtlSTOIIlE D*»AITI. (Iâ02) Srlê

rfela .9' du Port'de Paix, commandé par le colonel Bodîn-. (4. Mars) * i>a colonne française ne trouvant plus aucune résistance, s'avança avec confiance pour enlever la furtificalion à la baïonnette. Quand elle fut gswvenue aux h#rds des fossés, elle fut accueillie par la roltraille la plus vive, et culbuléc. Dévaut atteint d'une balle à la poitrine fut renversé au milieu dos siens* Débclle fut grièvement blessé, sous le bras , d*un cou p^ de mitraille. Les trompettes françaises, sonnèrent la retraite. Pendant que les blancs, poursuivis par la cavalerie indigène^ atteignaient,, en désordre, la Petite- Kivière , pf>ur se refaire, les soldats noirs de la 9' coloniale, poriaiont à force de bras , à travers les eaux du fleuve , une voitme où ils avaient placé le général Débelle y et prolégaient la retraite. Les français avaient perda cent hommes. Le chef de brigade d*artiUerie Painbour. prit k com* mandement de la division européenne.

Les artilleurs indigènes, pleins d'ardeur, étaient immobiles à leur» piè3«s. Lamartinicre ei Magny parcouraient. les rangs, animaient les soldats par leurs énergiques paroles. Ils examinaient les m.ouve** mens de Tennemi sur les bords du fleuve, quand , soudain, ils entendirent une vive fusillade à l'est du for|. Ils furent spectateura d*un combat entre quelques centaines d'hommes de troupes coloniales^ ei une compagnie d<< chasseurs français. Insensibiement le feu cessa, et quatre cavaliers, arrivant avec une gVande lapiditu, entrèrent dansi le fort, r/ étaient Dessalines. Biizclais , Laoreite et.Rvux. A Tapparition de Dessalines , la garnison frémit. Il parcourut, aussitôt les rangs ^ admira la belle tenue des pièces et en complimenta Lamartinicre et, l'^S^y- Q^^^ ^^^^ ^^^ hommes que je vois nonchalamment groupés autour dû cià canon, demanda-t-il à Magny ? — C'est une pièce, général que l'on transporte dan$ cette embrasure qui domine la Petite-Rivière.— Quelle lenteur ! Le soleil sera au. milieu du ciel qu'ils, n'auront pas fini. Il fait un signe d'impatience,, lève sa canne ^ et la pièce,, comme par enchantement, avait volé à sa. destination. Dessahnes, créole de la Grande Rivière, du. Nord, était la terreur des soldats qui cependant Taimaient. Ils avaient en lui pleine cour fiance; ils le savaient l'enfant de la révolotioû : il ne pouvait trahir sa mère; le triomphe de Tancien régime devait »le replonger, comme^ eux , dans l'esclavage, ou au moins dans* la dégradation. Ils avaient gémi dans les fers ; ils avaient en exécration les blanes,^et cette Itaine implacable était la plus forte passion dont ils fussent animés :. Dessalines partageait leurs sentim<;)ns , et ils lui pardonnaient, sa cruelle sévérité. Dès lors il méditait les gigantesques projets qui ont créé 'Haïti. Beaucoup des amis de la liberté avaient Tes yeux sur lui; aussi en 1803, aidé de Pétion , le verrons nous rallier sous le.

* Noue arons vh que la 9e. avait embrassé le garti dô Leelerc , après. Ift soumiseion dç Mfturepas.

él4 HisTom^ d'haiti.— (1802)

drapeau de Vindépendance louîe notre population. Les brave* raimaîcnt , car il admirait et récompensait le courage. Que de

f[uerri«rs , condamnes au dernier supplice , irouTÙrent grâce derant uî, par leur fière atlilude et leur mépris de la rtiort. L*audace , qu'elle se déployai parmi les siens ou sous les {drapeaux ennemis , çxcituit toujours son admiration. On l'entendit, au. siège dé Jacmel, lorsqu'il était repoussé par un bataillon formé -de rôlile de la jeunesse de cette ville» s'écrier, en présence de ses soldats : les braves jeunes gens ! rien ne me résisterait , si je les avais avec moi. Il était de taille moyenne ; ses yeux étaient vifs ; il avait l'habitude de rouler rapidement sa main autour* de sa tête, touies les fois qu'une idée absorbait son atlenlion. Le régime de l'esclavage Tavait ren-? du cruel ; victime des atrocités de ses maîtres impitoyables , quand il parvint au souverain pouvoir, il leur appliqua la loi àa Talion. • ' ,

Toiit-à-coup le cri mille fois répété un espion ! un espion ! éclata dsius le fort. C'était un jeune noir que les français y avaient envoyé avec une proclamation , pour en corrompre la garnison. La proclamation était roulée dans la chevelure du jeune homme qui portait une queue, ainsi que c'était l'usage, sous Toussaint Louverture. On le traina devant .Dessalines qui , dans son indignation ^ sans l'interroger, le poignarda de sa propre main.

Pendant ce temps, toutes les divisions françaises s'étaiefit mises fin mou veulent pour atteindre la Crète à Pierrot. La guerre étai( devenue horrible; de part et d'autre, l'on ne faisait plus de prison* liiers,et les baïonnettes étaient toujours teintes de sang. Le soldat français avait perdu son humanité; il était, comme l'indigène, altéré du sang de son ennemi. Le^krc était au Port Képubticain quand il apprit la défaite de Débelie à- la Crète a Pierrot. Celui-ci s'était retiré à St. Marc ne pouvant plus tenir la campagne. Pugua, d'après les ordres du capitaine général , s'embarqua au Pori-Répablicain , se rendit à St. M<i|rc , et prit le commandement de la division Débet io.

Le, général Boudet était entré en campagne , à la tète de toutes les troupes sous ses ordres. Pamphile de Lacroix, adjudant général, remis de la blessure' qu'il avait reçue, à l'attaque du Port-Républicain, commandait en second cette belle et forniidabie division. La 56' demi«brigade Trançaise, et la 13' coloniale, en formaient l'avant-garde*, sous les ordres de l'adjudant- général d'Henin. Les français, se dirigeait sur le Mirebalais , éprouvèrent les plus grandes fatigues dans les défdés des mornes du Pmset-y Bieti. La chaleur était accablante , quoique ce fut dans les premiers jours de Mars. Les soldats noirs et jaunes de la 43^ coloniale, animés par Pétion,

E ravissaient ces mornes avec agilité, et soutenaient leur courage. § i^ Yer^tOse (3 Mars), D'Henin atteignit le poste dte Triarioh ,

ittSTOIltB D^ttAITI.— (Î80«) fld^

[k>$îtïon admîraMcment fortifiée par là nature (fr'o^irpàtent cenlt cultivateurs du Mîrebalaîs. L'indigène Pierre Parent, noir, rom»* iDandait les insurgés de ce quartier que Roehambeâu avait dé^j ) didtpcrsés, en entrant au Mirebalais. Pour éviter les embtrscadcs qui étaient établies sur son passage, d'Henin tourna tes hauteurs de. la posi- Ifton et pénétra dans les gorges du Trianon. Dès que les '^ullivafeurs. aperçurent renuf^mi , ils entonnèrent des chants , et se pr(> otpètrent sur deut piè<*es de canoiv romissant la mitraille sur la redoute. La 56* protégeait cetto batterie par une-vive fusillade. Les insurgés vinrent etpirer sur les pièôes, abattus par la mousqueterie« . tes français, la baïonnelie en avant , pénétrèrent dans la redoute , et égorgèrent tous ceux qu'ils purent atteindre. D'Il^nLn perdit soixantv^ grenadiers dans cette escarmouche.

Le 13 Ventôse (4 Mars) il entra au Mirebalais qtri avait été réduit en eendres par les indigènes , quand Roehambeâu y avait pénétré., ^ur l'habitation Chirry gisaient 300 cadavres de colons biaiiCS. K Fapproche des français, ils avaient été sacrifiés av<;c une rage fré^ nétique. La campagne entière était en flammes , et les colonnes^ françaises ne marchaient qu'au- travers des ruines fumantes et dee mares ie sang. Le 18 Ventôse (9 Mars) toute la division Boiidet Alt réunie aux Yerrettes. E!|e n'y trouva aucun abri. Le bourg entier, comme celui da Uirebalais, avait été réduit- en cendres. Lee ilKligènes avaient réuni sur la place d'armes toute la population blan^ elle qui a\ait été baîonnetiée, sans. distinction d âge ni de sexe« Left. français virent avec horreur ces cadavres que la chaleur de la Tieli*avait pas encore entièrement, abandonnés. U est impossible de peindre l'^ndignatioa qu'ils laissèrent éclater. Hs. jurèrent aux insur^ gée une guerre à mort qu'ils avaient déjà commencée. De part el^ dautre tout n'était que représailles. Ils bivouaquèrent; et pour n'ô^e pas surpris, au sein de la nuit, ils se formèrent en bataillons carrés, placèrent au centre leurs bagages et leur cavalerie. Vere minuit^ Hs reçurent la fusillade de quelques cavaliers indigènes qui étaieiit cantonnés non loin des Verrettes. Ils r<''pondirent au feu de Tenne* mi; mais à la pointe du jour, ils n'aperçurent pas les ini^rgés, à leur grand élonnement. Charles Bélair n'avait voulu que troubler^ leur sommeil , car sous la zone torride , l'européen auquel Ton en« lève les momens de repos , ne tarde pas ii être atteint de la Hèvrci^ jaune, et succombe intaillibiemont. Ils partirent des Verrettes er Hantèrent de traverser I Arlibunite. Us avaient déjà aUeint la rive opposée, quand. ils fuient assaillis par quelques centaines de culli* valeurs qui les culbutèrent en,.désordre de l'autre côté du fteuve. Le- SO Ventôse (11 Mars) le gcuéial. Boudet, au milieu d*une pluie de^ balles, forma son avant garde de la t3e coloniale, sous les erdrefli de Tavijudant général P^ion^ et commanda de traverser TArtibonite* Sétioa eoteadttât les mufiauf eGF de aes gretiadiers qiti se plsâgaaieoti

tl9 HISTOIRE d'haiti.— (1802)

d*ètre toujours rois k l'avant garde, pour supporter seuls le feu des embuscades, leur dit : n*est il pas glorieux pour vous d*occuper la place d'honneur; faites silence, et suivez-moi. Il s'élança le premier dans le ieuve, le traversa vis-à-vis de l'habitation Labadie, levalenibuscade, et fut suivi de toute la division Boudet guidée par un lieutenant indigène, neramé Claude Labadie, et par St. James, jeune colon blanc, qui avait été officier dans la garde d'honneur de Toussaint Louverturc. Tous les deux avaient abaudonné la cause de Toussaint, le premier aux Verrettes , le second à la Croi]^ des Bouquets. La division française- arriva à Plassac, habitation au Nord Est de Labadie, au Sud du chemin des grands Cahos. Il y avait un dépôt da poudre, Les français s'en emparèrent et firent sauter toutes les mu* nitions. Delà ils se rendirent à la savane Lafortune pour s'emparer dune somme d'argent que Toussaint y avait cachée; mais elle avait été enlevée par les insurgés. En continuant leur marche, ils fuirent obligés de passer au-travers d'un défilé formé par deux ro« ckers nommés les Jumelles. Ils y furent arrêtés quelques instans par le feu vif d'un grand nombre de cultivateurs- Enlin le même jour (11 Mars) ils parvinrent à la portée du canon de la Crète-a* Pierre t« Le lendemain , aux pren)iers rayons du soleil , Dessalines vit plusieurs colonnes françaises se déployer dans la plaine. Il s assit sur un tas de boulets, au centre du fort, près de la poudrière. Il se prit à réfléchir pendant quelques minutes. Sortant tout à-coup de sa rêverie, il se saisit d'une torche enflammée, et dit en créole , en allongeant le bras sur un caisson : « Je ne veux garder avec moi que des braves; nous serons attaqués ce matin; que ceux qui veulent redevenir esclaves des français sortent du fort , et qu'ils se rangent autour de inoi, qeux qui veulent mourir en hommes libres, , » La garnison s'écria par auclainations ; « Nous mourrons tous pour la liberté! » — «Si les français, continuât -il, pénètrent dans cette enceinte, je vous ferai tous sauter. » L'on attendit l'ennemi avec impatience. Les indigènes admiraient les manœuvres de ces belles colonnes de grenadiers, la tête chargée da hauts bonnets à poil, surmontés d'aigrettes rouges, qui avaient terrassé le mameluk dans les plaines" br(]klantes. de TËgypte. La destia •les avait conduits à St-Domingue pour y être ensevelis.' Ces vieilles légions républicaines qui avaient porté si haut la gloire de leur patrie, succombèrent dans nos climats sous les efforts héroïques de la liberté ^ui avait abandonné leurs drapeaux parce qu'elles l'avaient trahie. Elle passa dans les rangs de nos pères, remplit leur cœur de cet enthousiasme qui fait braver tous les dangers, et les rendit ûnaieipent invincibles. Quand la division Boudet parvint i cent mètres epviron de la fortification, elle s'arrêta. L'on vit sortir de ses rangs quatre cavaliers qui s'avancèrent jusque sur lès bprds des fossés. Ils exa^ luioèr^t la fort avec uoe scrupuleuse attention, et parurem étonnaa^

^e ne découvrir aucun soldat , et de n'entendre aucun bruk. Des*salines avait ordonné à ses troupes de se coucher contre (es murs. Appuyé contre une pièce avec Lamartinière et Magny , il suivait les Qiouvemens de l'tnnemi. Les quatre cavaliers s'en retourné* renl; Tun d'eux revint au galop, tenant une lettre entre ses doigts, et' demandant à la remettre au général Dessalines. Celui ci pour ^ toute réponse fit pointer une pièce; feu! dit-il; et le parlemenlaire enlevé par la mitraille avait disparu. Aussitôt la division française s'ébranla ; la charge se fil entendre, et l'attaque commença. Les indigènes résolus à la mort, virent sans crainte s avancer les troupe» ennemies, dont les lignes enlevées par la mitraille , se resserraienl sans^ cesse , et attaquaient à la baïonnette avec une rare in-* trcpidité. Dessalines , le bras nu comme la lame de son sabre , ^ frappait de toutes parts, renversait tout co qui se présentait devant liti, et attirait, par les brillans plumages qui couvraient sa tête, les coups des assaillans. Les français firent <rincrojables efforts pour pénétrer dans les redoutes. Un jeune officier parvenu au bord des fossés lança son chapeau dans le fort, et s'éeria : suivez moi. U franchit le fossé avec impétuosité atteignit les remparts sur lesquels il fut percé de dix baïonnettes. Foudroyés par l'artillerie, les blancs furent culbutés, et le désordre se mit dans leurs rangs. Les indi« gènes sortirent alors du fort , et les poursuivirent , la baïonnette aux reins. Rougissant de leur défaite, les grenadiers de Boudetse retournaient contre eux avec fureur; mais ils se précipitaient dans les fossés, mettaient à découvert les assaillans qu'écr^asait le feu des redoutes. Pour achever le malheur des français, la cavalerie de là garde d honneur , commandée par Morisset et Monpoint , qui se tenait non loin du fort, s'élança dans la plaine, les chargea avec acharnement, rompit leurs rangs, les mit en pleine déroute, les sabra et les dispersa au loin. C'en était fait de cette divisien, si le général Dugua qui avait remplacé Débelle, sortant de St Marc avec le général Leclerc, ne s'était avancé vers les onz« heures du matin pour la soutenir. Il rallia les fuyards. Le général Leclerc était parti du Port' Républicain, et était venu diriger lui-même les opérations du aiège. Le général Pamphile de la Croix reaipiaça dans le corn* mandement le général Boudot qui avait eu, pendant l'action , le talon traversé d'une balle. H était midi quaad le général Dugua attaqua, à son tour, sous les yeux de Leclerc, à la tête de la 49e . légère et de la 74e de ligne. Ses soldats avaient juré de venger leurs ' frères, et d'enlever la Crète à Pierrot. L'atmosphère était calme et l^rûlante ; le * fer étincelait dans la plaine jonchée de cadavres.

Ja^mais ariQée ne déploya plus de bravoure et de discipline quf

* AvfTït 1840, l'auteur -avait publié dans le jearnal V Union j l'épisode 4? I# Qréte-^-Pierrot ^ son preixiier essai sur Thiâtoire d'{Ia)[ii.

228 HïsTotRE d'iiaïti.— (1802).

dit aux bruits , trop Vrais, répandus dons les campagnes , du projet du rétablissement de la servitude. Il àuendait toujours avec impatience les. escadres de Flessingue et du Havre, car le département du Nord dont les populations étaient généralement hostiles , était près* que dégarni do lioupes européennes.

Quant à la partie d<? l'Est elle était parfaitement soumise; elles habilans organisés en miliciens , étaient acheminés sur les frontières de ranciennc colonie espagnole, deLescahobes à Laxabon , pnur former un cordon tendant à resserrer l'insurrection dans les plus étroites ^limites. Le soldat français recevait une nourriture abondante en viande fraîche; car depuis Touverture de TEst par Toussaint, les bœufs existaient en grande quantité dans la partie française. Les riches b.igages des partisans de Toussaint , tombés au pouvoir des soldats européens, leur donnaient de laisance et les aidaient a supporter des fatigues inouies. *

Pendant cet intervalle Toussaint Louverture mettait toujours le fort de la Crète-à' Pierrot en état de résister aux assauts les plus formidables. Il apprit que le général Leclerc devait inonder^ de troupes les rives de l'Arlibonite où se trouvaient ses dernières ressources. Il conçut le proj(.'t hardi de poiler la guerre jusqu'au centre du Nord, pour se mettre en rapport avec Ma u repas dont iLignorail la soumission, et dégager du gros de i armée française les bords de rArlibonite. Il confia le commandement de la Petite-Rivière et du fort de la Crèie à- Pierrot , à Hessalines. Il laissa sous ses ordres le général Vernet, les commandans Magny , La rose , Monpoinl et Lamartiniére. Ce dernier lui dit lorsqu'il partait : comptez , gou* \erneur, sur la détermination, (|ue nous avons prise de vaincre ou de mourir pour la cause de la liberté. Toussaint lui répondit qu il reconnaissait qu'en violant lamnislie du i" Messidor ^ publiée après la guerre civile en faveur" des hommes de couleur rigaudins, il s*étx<it privé de non^breux amis de la libei té ; qu'il avait été trompe par les colons btanc^s, les auteurs des maux de St. Domingue. Il partit accompagné de Pourcely et de quelques ofliciers supérieurs, avec une compagnie de dragons et sept compagnies de grenadiers de la 4*. Il avait avec lui quelques compagnits récemment orgaaisées qu'il appelait la garde d honneur du Nord. D après ses ordres le général Christophe se répandit dans les bois de la Grande* Rivière avec ^es débris des 2* et 5* demi brigades coloniales. Il or-

* Leclerc C'crirait an ministre de la marine et des colonies qi e les officiers noirs vivaient des bngaçres rt un grand luxe ; mais quelle portaient des éperons d'argent, sans souliers et sans bas. C'était vrai: maii ils dtrient leurs chaussures pour mieux gravir les mornes, et qua? d ils faisaient à pied vingt lieues dans la journée, le soldat français chaussé n'en ùi- SfLii que diz« ^

ttlStOlItE »*IIAItI.— (1802) SOI

donna cl'or*gariiser, dans le^ campagnes, leâ milices du tiràhd Ëôudafi, d« Vallicre , de SainU Suzanne^ de Sans Soucis ûi du Port Français- Aiissilôt après le départ de Toussaint Louverlure, la générale fut battue dans le bourg de la Petite Rivière. Les bourgeois blancs dei Gonaïves qui y avaient été conduits se cachèrent de toutes parts, le» uns dans les fours, sous les lits, dans les jardins de cannes; d'autres sous la paille et des branches d'arbre. Mais le soldat indigent les découvrit partout. Dessalines les fil conduire à une petite distance du bourg, garrottés et presque nus. Il frappa trois coups sur sa tabatière i ce fut le signal du massacre. Les soldats les égorgèrent tous. ^ Ma^ dame Dessalines se trouvait à la Petite^Rivière de TArtibonite. Plaint d'humanité, elle n'avait jamais laissé lui échapper roccasion défaire une belle action. Pendant que les cris déchirants des infortunée qu*on immolait >emplissaient le bourg, deux jeunes blancs français se précipitèrent dans sa chambre, égarés par la terreur de la mort^ et lui dircfnt: Madame, en grâce, sauvez-nous. Madame Dessalinet demeura un instant irrésolue ; elle voyait déjà sa tète menacée de toute la fureur de son mari qui n'eut jamais d'entrailles pour les» blancs. Cependant les instans étaient précieux ; le plus léger retard portait' le poignard dans le sein de ces infortunés. Elle entendit les accens bruyans de Tétat-major de son mari , qui s'approchait d'elle. L'humanité releva son courage qui fléchissait. Cachez-voud sous ce lit , s'écria- t-elle avec énergie. Presque en même tempt' Lamariiniére , Bazeiais , Laurelte et une foule d'autres oflieiers en-^ traient dans la maison avee Dessalines. Ils étaient ivres de joie^ Chaque goutte de sang blanc, disaient-ils, donnait une nouvelle \igueiir à l'arbre de la Liberté. Appuyés contre le lit , ils s^entrete-' naient.des ressources qui' restaient a Toussaint Louverture^ quand tout à-coup un violent élernument éclata dans la chambre. Eh quoi, s'écria Dessalines plein de fureur! Y aurait il un blanc caché ici. Aussitôt les officiers regardèrent sous le lit, et aperçurent le» deux jeunes gens. Plusieurs coups de sabre et d'épée eurent bienr tôt percé celui qui se trouvait le plus à la portée des armes dni^ gées contre eux. L'autre fut arraché avec violence de dessous le lit; le sabre était levé sur sa tète, quand Madame Dessalînes se^ précipita aux genoux de son mari , et s'écria avec un accent ca-^ pable d'attendrir le cœui le plus endurci : grâce ! grâce f Messieurs^ demandez grâce avec moi; c'est un médecin, ne le tuez pas; il pourra nous être utile. Dessalines la repoussa avec fureur; elle se cramponna à ses habits, et lui demanda , les larmes »ux yeux , le serrant

* Le lieu où ils furent immoTés est indiqué ûujourdTiui par quelque* croix de bois que tes femmes noires et de couleur y ont élevées , depuis la proclamation de notre indépendance. Des âmes pieuses y Tont souvenl «dresser des prières au SeigneuTr

mSTOtRE D^IIAITI. — (1802).

dit aux bruils, trop Vrais, répanclus dans les campagnes , du projet du rétablissement de la servitude. Il àllendait toujours avec impatience les. escadres de Flessingue et du Havre, car le département du Nord dont les populations étaient généralement hostiles, était presque dégarni de lioupes européennes.

Quant à la partie çle TEst elle était parAracment soumise; et les habitans organisés en miliciens , étaient acheminés sur les frontières de Tanciennc colonie espagnole, deLescahobes à Laxabon , pnur furmer un cordon tendant à resserrer l'insurrection dans les plus étroites [linutes. Le soldat français recevait une nourriture abondante en viande fraîche; car depuis Touverture de TEsi par Toussaint, les bœufs existaicml en grande quantité dans la partie française. Les riches bagages des partisans de Toussaint , tombés au pouvoir des soldats européens, leur dunnuientde laisance et les aidaient à sup« porter des fatigues inouies. ^

Pendant cet intervalle Toussaint Louverture mettait toujours le fort de la Crète-à- Pierrot en état de résister aux assauts les plus formidables. Il apprit que le général Leclerc dc\ait inonder^de troupes les rives de l'Arlibonite où se trouvaient ses dernières ressources. Il conçut le projet hardi de poiter la guerre jusiju'au centre du Nord, pour se mettre en rapport avec Ma u repas dont iljgnorait la soumission, et dégager du grusdcTarmée française les bords de l'Artibonite. Il confia le commamiement de la Petite-Rivière et du fort de la Crèie à- Pierrot , à Hessalines. Il laissa sous ses ordres le général \ernet, les commanduns Magny , La rose , Monpoint et Lamartiniére. Ce dernier lui dit lorsqu'il parlait : comptez , gou- \orneur, sur la délerminati<»a que nous avons prise de vaincre ou de mourir pour la cause de la liberté. Toussaint lui répondit qu il reconnaissait qu'en violant lamnistie du V Messidor ,. publiée après la guerre civile en faveur' des hommes de couleur rigaudins, il s*ét^it privé de nombreux amis de la libeité ; (iu'il avait été trompe par les colons blancs, les auteurs des maux de St. Domingue. U partît accompagné de Pourcely et de queli|ues ofliciers supérieurs^ avec une compagnie de dragons et sept compagnits de grenadiers de la 4*. Il avait avec lui qijclqucs conq)agnits récemment organisées qu'il appelait la garde d honneur du P^ord. D après ses ordres le général Christophe se répandit dans les bois de la Grande*» Rivière avec ^cs débris des 2* et 5* demi brigades coloniales. Il or-

* Loclerc C'crirait an ministre de la marine et des colonie*? qi e les officiers noirs avaient des baj^affos ot un grand luxe ; mais quelle portaient dos éperons d'argent, sans souliers et sans bas. C'était vrai: maif ila 6trient leurs chaussures pour mieux gravir les mornes, et qi:aï d ils faisaient à pied vii!gt lieues dans la journée, le soldat français chaussé n'eu ûd- Sfiii que di^« ,

tttStOlftfi D^HAItl.— (tÔÛlS) SOI

donna (l'organiser, dans lesl campagnes, leâ milices du Cirahd Ëotidaii, ûë Valliére , de Sainte Suzanne^ de Sans Soucis (*t du Port Français* Aussitôt après le départ de Toussaint Louverlure, la générale fut battue dans le bourg de la Petite Rivière. Les bourgeois blancs dei Gonaïves qui y avaient été conduits se cachèrent de toutes parts, les uns dans les fours, sous les lits, dans les jardins de cannes; d'autres sous la paille et des branches d'arbre. Mais le soldat indigène les découvrit partout. Dessalines les fil conduire à une petite distance du bourg, garrottés et presque nus. Il frappa trois coups sur sa tabatière i ce fut le signal du massacre. Les soldais les égorgèrent tous. ^ Ma** dame Dessalines se trouvait à la Petite«Rivière de TArtibonite. Pleine d'humanité, elle n'avait jamais laissé lui échapper roccasion defairir une belle action. Pendant que les cris déchirants des infortunée qu'on immolait 'remplissaient le bourg, deux jeunes blancs français se précipitèrent dans sa chambre, égarés par la terreur de la mort^ et lui dirent: Madame, en grâce, sauvez-nous. Madame Dessalinee demeura un instant irrésolue; elle voyait déjà sa tète menacée de toute la fureur de son mari qui n'eut jamais d'entrailles pour led blancs. Cependant les instans étaient précieux; le plus léger retard portait' le poignard dans le sein de ces infortunés^ Elle entendit les accens bruyans de Tétat-major de son mari , qui s'approchail d'elle. L'humanité releva son courage qui fléchissait. Gachez*voue sous ce lit , s'écriat-elle avec énergie. Presque en même tempe' Lamariiniére , Bazelais , Laurelte et une foule d'autres offticiers en-^ traient dans la maison avec Dessalines. Ils étaient ivres de joie^ Chaque goutte de sang blanc , disaient-ils , donnait une nouvelle ^rigueur à l'arbre de la Liberté. Appuyés contre le lit , ils s^entrete-' naient.des ressources qui restaient à Toussaint Louverture, quand tout à-coup un violent élernument éclata dans la chambre. £h quoi, s^écria Dessalines plein de fureur! Y aurait il un blanc caché ici. Aussitôt les officiers regardèrent sous le lit, et aperçurent le» deux jeunes gens. Plusieurs coups de sabre et d'épée eurent bienr tôt percé celui qui se trouvait le plus à la portée des armes diri-* gées contre eux. L'autre fut arraché avec violence de dessont te lit; le sabre était levé sur sa tète, quand Madame Dessaltnes se précipita aux genoux de son mari , et s'écria avec un accent ca^ pable d'attendrir le cœui le plus endurci r grâce I grâce f Messieurs^ demandez grâce avec moi; c'est un médecin, ne le tuez pas; il pourra nous être utile. Dessalines la repoussa avec fureur ; elle se cramponna à ses habits, et lui demanda , les larmes »ux yeux, le serrant

* Le lieu où ils furent immolés est indiqué aujourd'hui par quelque* croix de bois que les femmes noires et de couleur y ont élevées , depuis la preclamation de notre indépendance. Des âmes pieuses y ront souvenl adresser des prières au SeigneuVr

HÏSTOtRE dSiAITI. — (1802).

dit aux bruils , trop Vrais, répancliis dans les campagnes, du projet du. rétablissement delà servitude. Il attendait toujours avec impatîeDce les. escadres de Flessingue et du Havre, car le dé|mrtement du Nord dont les populations élaîent généralement hostiles, était presque dégarni de troupes européennes.

Quant à la partie de TEst elle était parA^itcment soumise; et les habilans organisés en miliciens, étaient acheminés sur les frontières de Tancicnne colonie espagnole, deLescahobes à Laxabon , pour former un cordon tendant à resserrer l'insurrection dans les plus étroites ^linûtes. Le soldat français recevait une nourriture abondante en viande fraîche; car depuis l'ouverture de TEsi par Toussaint, les bœufs existaient en grande quantité dans la partie française. Les riches bagages des partisans de Toussaint , tombés au pouvoir des soldats européens, leur donnaient de l'aisance et les aidaient à supporter des fatigues inouies. *

Pendant cet intervalle Toussaint Louverture mettait toujours le fort de la Crète-à- Pierrot en état de résister aux assauts les plus formidables. Il sipprit que le général Leclerc devait inonder'de troupes les rives de l'Artibonite où se trouvaient ses dernières ressources. Il conçut le projet hardi de poiler la guerre jusqu'au centre du Nord, pourse meltre e» rapport avec Maurepas dont iljgnoraît la soumission, et dégager du grosde Tarmée française ies bords de TArtibonite. Il confia le conmiandement de la Petite-Rivière et du fort de la Croie à- Pierrot , à Hessalines. Il laissa sous ses ordres le général \ernet, ies commandans Magny , La rose , Monpoint et Lamartinière. Ce dernier lui dit liirsqu'il parlait : comptez , gouverneur, sur la délerminalion, que nous avons prise de vaincre ou de mourir p(»ur la cause de la liberté. Toussaint lui répondit qu il reconnaissait qu'en violant 1 amnistie du V^ Messidor ,. publiée après la guerre civile en faveur' des hommes de couleur rigaudins, il s et<iit i)r)vé de nombreux amis de la libei lé ; qu'il avait été trompé par les colons blancs, les auteurs des maux de St. Domingue. Il partît acconipagné de Pourcely et de quelques ofliciers supérieurs, avec une compagnie de dragons et sept compagnies de grenadiers de la 4*. Il axait avec lui quelques compagnies récemment organisées qu'il appelait la garde d honneur du INord. D.après ses ordres le général Christophe se répandit <]ans les bois de la Grande* Rivière avec les débris des 2* et 5"^ demi brigades coloniales. Il or-

* Leclerc écrivait an ministre de la marine et des colonie? qic les officiers noirs avaient des bag^acres rt im ^raiid Ivixe ; mais qu^ils portaient dos éperons d'argent, sans souliers et sans bas. C'était vrai: mai« ils ôtrient leurs chaussures pour mieux gravir les mornes, et qi:ai d ils faisaient à pied vingt iieues dans la journée, le soldat français chaussé n'en fai- Sfiii que di^«

ttlStOtRE D^IIAItl.— (ISÛi?) Soi

donna d'organiser, dans Ué campagnes, leâ milices du drand Itdiidari, d« Vallière , de SainU Suzanne ^ de Sans Soucis Ci du Port Français* Aussitôt après le départ d% Toussaint Louverlure , la générale fut battue dans le bourg de la Petite Rivière. Les bourgeois blancs dei Gonaîves qui y avaient été conduits se cachèrent de toutes parts , le» uns dans les fours, sous les tits, dans les jardins de cannes; d'autres sous la paille et des branches d'arbre. Mais le soldat indigène les découvrit partout. Dessalines les fit conduire à une petite distance du bourg, garrottés et presque nus. Il frappa trois coups sur sa tabatière i ce fut le signal du massacre. Les soldats les égorgèrent tous. ^ Ma« dame Dessaiines se trouvait à la Petite«Rivière de TArtibonite. Pleine d'humanité, elle n'avait jamais laissé lui échapper Toccasion défaire une belle action. Pendant que les cris déchirants des infortunée qu*on immolait 'remplissaient le bourg, deux jeunes blancs français se précipitèrent dans sa chambre, égarés par la terreur de la mort^ et lui dirent: Madame, en grftce , sauvez-nous. Madame Dessaline» demeura un instant irrésolue ; elle voyait déjà sa tète menacée de toute la fureur de son mari qui n'eut jamais d'entrailles poor le^ blancs. Cependant les instans étaient précieux; le plus léger retard portait' le poignard dans le sein de ces infortunés^ Elle entendit les accens bruyans de Tétat-major de son mari , qui s'approchait d'elle. L'humanité releva son courage qui fléchissait. Cachez-vousf sous ce lit , s'écria- t-elle avec énergie. Presque en même temps' Lamarliniére , Bazelais , Laurelte et une foule d'autres ofiieiers entraient dans la maison avec Dessalines. Ils étaient ivres de joie^ Chaque goutte de sang blanc, disaient-ils, donnait une nouvelle ligueur à l'arbre de la Liberté. Appuyés contre le lit , ils s^entrete^ naitnt.des ressources qui' restaient à Toussaint Louverture, quand tout à-coup un violent élernument éclata dans la chambre. Eh quoi, s'écria Dessalines plein de fureur t Y aurait il un blatic caché ici. Aussitôt les oiYiciers regardèrent sous le lit, et aperçurent les deux jeunes gens. Plusieurs coups de sabre et d'épée eurent bienr tôt percé celui qui se trouvait le plus à la portée des armes diri-« gées contre eux. L'autre fut arracfhé avec violence de dessoot le lit; le sabre était levé sur sa tète, quand Madame Dessalînes ser précipita aux genoux de son mari , et s'écria avec nn accent ca^ pable d'attendrir le cœui le plus endurci : grâce I grâce f Messieurs ^ demandez grâce avec moi; c'est un médecin, ne le tuez pas; ik pourra nous être utile. Dessalines la repoussa avec fureur ; elle se cramponna à ses habits, et lui demanda, les larmes »ux yeux , le serrant

* Le lieu où ils furent immolés est indiqué aujourd'hui par quelque* croix de bois que les femmes noires et de couleur y ont élevées , depuis la proclamation de notre indépendance. Des âmes pieuses y vont souvent adresser des prières au Seigneuir

223 tfisTOiRE d'haiti.— (1802)

nu un héros. Auraient ils pa^ ces braves, fléehir un instant, quand la voix coi^rageuse d'une femme les exhortai! à s'ensevelir sous les ruines du fort. Marie- Jeanne , femme de couleur , iudU gène du Porl-RépuhLicain , d^ne éblouissante beauté, abandonnant les occupations de son sexe, venait, à ebaque assaut que donnaient les fraTiçuis , alfiopler la mort sur les remparts. Une ceinture d'acier à laquelle était suspendu un sabra, entourait sa taille, et ses mains armées d'une carabine , envoyaient hardiment le plomb meurtrier dans les rangs français. Elle avait lié sa destinée a cella de Lamartinière , et combsiltait toujours à ses cotés.

Le capilainegénéral avait vu tomber les meilleurs artilleurs de la division Boudet dont les batteries se ralentissaient. Le général Rigaud, qui se trouvait à ses côtés, l'exhorta en vain à coatier le commandement de la batterie à Tadjudant général Pétion , qui déjà avait établi , avec adresse , un mortier , en avant de la division Boudet , pj'ôs du lieu où Dessalines avait fait égorger les blancs prisonniers à la Petite-Rivière. * Pétion, quoiqu'il eut la réputation d'une grande bravoure donnait mollement, à la tête de la 13* coloniale, depuis le commencement du siège. Les français virent sur sa phy« sionomie combien il lui répugnait de combattre contre ses frères noirs et jaunes. Dès lors ils acquiient la certitude qu'il ne s'était armé que contre Touss^'iint, son ennemi personnel, mais qu'il ne deviendrait pas l'instrument de leurs vengeances. Pétion désirait la prise de la Crèl(#-à Pierrot qui devait porter le dernier cou,p à Ifi puissance de Toussaint Louverture , i4 savait que saui son frane concours dans l'attaque, le fort serait finalement enlevé; il voulait que les indigènes lui sussent gré un jour d'avoir ménagé le sang de ses frères. Cependant les assiégés crojaient qu il déployait contre eux^le plus grand acharnement. Toutes les fois qu'une bombe ^tombant dans le fort , y répandait la mort , les indigènes ci iaient : c'est Pétion! gare Pétion!

Les bombes lancées des batteries dressées par Rocham beau exer* çaient d'horribles ravages dans la fortification. Les cases que les ia* digènes avaient dressées étaient détruites , et pour achever leur maU heur , l'artilkrie française éteignit le feu delà batterie du petit fort, en la démontant. Rechambeau crut pouvoir enlever la redoute. Sa division s'ébranla ; quand elle fut arrivée près des fossés , il dit en s' adressant aux grenadiers de l'avant garde : Français , dé]à tro|^ longtemps votre courage s'épuise sous ces faibles remparts. Quelle

daiont aux Bgf^us de Toussaint qui les excitaient à sarmer contre Leclerc: Quand nous avons pris les armes, avec le i.énrral Moyse, contre ln^ blancs, le gouverneur ne nous atil pas fait exterminer? N'a-t-il pas ûiit 'exécuter Moyse , son neveu , pour plaire au gouvernement français ? qu'il ressuscite Moyse, pour combattre les blancs ! * JU'artilierie de l'aroiée expéditioiu^aire n'était pus ^^énéialemoat bie^

HISTOIRE d'i<ia!ti.-^(1802.) £28

liODle pour nous » si l'Europe qui nous contemple disait dans son élonnement : quelques rebi iles (|ui ont si souvent fui à l'aspect du fouet , ont délniit une araiée française. Grenadiers , regardez cette redoute; c'est là qu'il faut bivaqucr celle nuit ou mourir. Viveja République! La cbatge se fit, entendre et la fusillade recommença plub meurtrière que dans les autres assauts. I^s grenadiers fran* çais he précipitèrent avec ardeur dans les fossés , Tes franehircnt et 4)énélrérent en ^rand nombre dans les redoutes. Le combat devint ^es plus meurtriers. Les épées sont teintes de sang, depuis la pointe^ jusqu'à la garde; assrégeans et assiégés combattent corps à corps; le plus fort triomphe du plus faible; l'on n'entend plus que par intervalles le bruit de la mousqueterie ; la baïonnette exerce ses rava* ^cs , et los cabres éiincellont en se croisant. Lamartinière s'e]c- |>ose comme le dernier des soldats ; de sa main il immole bien des ennemis; il était sur le point d'ôire abattu par un soldat français, lorsque celui ci fut renversé dune halle. « Courage! courage! disait* «1» à ses compagnons d^ armes! c'est leur dernier effort; demain ils lever(»iu le siège; nous aurons terminé nos fatigues; vous feverres vos fenrmes, vos enfiins. • Pendant qu il parlait, les rangs des indigènes retentissaient des cris de victoire, et les assaillans se retiraient emportant le général Roohambeau qui s'élait demi la jambe ten se précipitant dans les fossés. La division Rochambeau venait ile perdre 300 soldats et plus de 50 ofticiers tués dans les fossés. Déjà plus de 1,500 cadavres de soldiiis blancs gisaient autour de ia Crète à Pierrot. Les indigènes passèrent le reste de la journée à transporter ab loin les cadavres qui encombraient les (ossés.

Du 1" au 3 Germinal (du 22 au 24 Mars) le grand et le petit fort forent canonnés et bombardés avec vigueur. Le colonel Jean-Baptiste liouverture fut lue par un coup de mitraille. L'artillerie indigène ne pul lutter contre la supériorité de celle des français. Le petii fort, ouvert de toutes parts, ne fut. plus tenable. Lamartinière l'abandonna dans la nuit du 23, et rentra avec 150 hommes dans le g^and fort, où il apporta la confiance et 1 enlhousiasme. Le^ remplis de cette dernière forlificalion étaient aussi détruits ; il n'y avait plus aucun abri contre les boulets; les vivres et les munitions venant à manquer, la garnison mangea du cheval , et les cailloux remplacèrent les balles. Ijamartiniére annonça à ses compagnons 1^ dctermination qu'il avait prise de s ensevelir sous les ruines *de la Crète. Cette énergique résolution fut aecutillie avec enthousiasme par ces braves qui entonnèrent des bj'nines de liberté.

Dans la matÎBée du ft4 Mars, un vieux noir, boilQux, ^ourd et

servie. Xederc , dans ses lf)ttr«is an ministre 4le la Marine et des Colonies , demande sans cesse des officiers du génie, et se plaint de la nullité do 1» plupart de ceux ^u'on lui yf^ài ^onnép^

224 insToinE d*haiti.— (1802).

presque muel, nccompagné d'une vieille no!re[, é(aîl arrêté par les français dansios environs du fort. Les soldats européens, le prenant pour un espion , rinlcrrogérenl ; il ne répondit, avec dos yeux hagards, que par des bêlemens ; ils remmenèrent au général Lederc f]u\y reconnaissant qu'il était idiot, ordonna de Je renvoyer. En le conduisant jusqu'aux bords du fleuve, ils le maltraitèrent à coups de plats de sabre et de bâton {; il se mettait à genoux et belail. Quand ils le lâchèrent, il traversa le fleuve avec difficulté, disparaissant sous Teau, aux grands éclats de rire des français. Dès qu'il eut atteint, avec sa compagne, la rive opposée, il se redressa, cessa d'être sourd, boiteux et muet, dansa la Ghica, ^ invectiva les blancs, fit plusieurs bonds avec l'agilité du cabrit , el se précipita vers le fort, au milieu d'une grêle de balles. Les français reconnurent qu'ils avaient eu aflaire à un espion , où à un émissaire des plus adroits. Cet homme était un vieil officier africain envoyé par Dessalines. Il pénétra dans le grand fort , et présenta à Lamartiniére un anseau : c'était l'ordre de l'évacuation. Les soldats versèrent des larmes d« rage, quand il fut décidé qu'ils abandonneraient la Grête-à-fiierrot. Mais l'ordre de Dessalines était pour eux un arrêt auquel il fallut se soumeltre sans murmurer. Le 24 Mars, à 8 heures du soir, ils encombrèrent les fossés , surtirent du fort dans le plus profond silence, et marchèrent contre la ligne de la division Boudet placée entre la division Rochambeau et une réserve, sous les ordres de l'aide de camp BurHe, sur la gauehe de l'Artibonite. Une sentinelle ennemie donna Talarme. Les français firent sur les indigènes une vive fusillade. Le colonel de la 9e coloniale, Bodin , et l'adjudant* commandant dHenin, leur présentèrent un front formidable. ISous perdîmes la moitié des nôtres. Le reste, au nombre de 300, se replie sur la di\ision Ro^haifibeau , passe sur le corps d'une demi-brigade française, s'ouvre , à la baïonneite, un passage au-travers des blancs, et se jette dans les bois. Les gémissemens des blessés que les indigènes étaient obligés d'abandonner leur arrachaient des cris douloureux* Le colonel Lefèvre, à la tête de la i9e demi brigade légère, s'élança à leur poursuite. Lanôartinière se retournant, comme un lion furieux, l'attendit au pied du morne de la Tranquillité, derrière la divisioa Rochombcau, lui livra un combat sanglant, et le culbuta dans les eaux de l'Artibonite. Il Ht, sans être inquiété, sa jonction avec le général Dessalines , au sommet du morne du Calvaire. A la pointe du jour, les français pénétrèrent dans le fort. Ils y trouvèrent les instrumens de musique de la garde d'honneur, les douze pièces que Dessalines y avait placées , et massacrèrent tous les blessés. Des mornes voisins, les indigènes découvrirent des cadavres mutilés, pendus aux branches des arbres qui entouraient le fort. JPar cette

^ Panse lascive des cultivateurs haïtiens»

Barbare ixéeutich , Leclerc aVait cru les effrayer; mais en les air grissant/ il d« lit que les exeiter à rompre le dernier chatuon qui tes attachait à la métropole.

Le siégé de la Crêie à Pierrot doit aire placé dans les pages de l'Histoire au rang des faits d'armés les plus mémorables. En 4802 , te soldat français qui parlait de ses campagnes, et citait lés traits 4e sa valeur, disait avec fierté) en portant la main à sou bonnet: j'étais à la iitk à Pierrot. *

La prise de-ce fort porta le dernier coup à la puîssaocédé Tous* saint Louverture^ Cette conquête avait coulé aux français de bien grands sacrifices. Ils frémirent à l'idée des obstacles insiirraootablés qu'ils auraient rencontrés ^ si la majorité de aotre popuiatiod s'était insurgée contre eux. Leurs pertes avaient été si considérables autour de cette érainence, que Leclerc défendit à ses généraux de les publier et même d'en parler dan^Jes villes de la colonie , dans la crainte que les détails dé ee fait d'armes ne ranimassent les partisans de Toussainti '^'^

Dessalines, Lamarliiiiére et Magny se réuniretil à Escbassériaux ; au Petit Cahos , et se rendirent ensuite sur l'habilalion Marchand, dans la plaine de TArtibonite i avec les débris de la garnison de \i Crête-à-Pierroti-

Pendant que le gros de l'armée française cernait la Ctéleà Pierrot^ le département du Nord se trouvait presque dégarni dé troupes. Toussaint résolut d'en profiter pour y porter la guerre^ et soulever les cultivateurs de ce département, k la tête de sept compagnies! de la Àe. coloniale, sous les ordres du chef de bataillon Gabart, de quelques compagnies de la garde d'honneur du Nord, commandées par Pourcely, et accompagné de l'adjudaat-général Fontaine, ilfran- •bit les mornes de St-Michel, et se dirigea vers Ennerjr. La faiblit

* On lit dans les iriémoiros du gônéral français Pamphile dé Lacreîx; ibme ÎI , pQg« itO : " La retraite qu'Osa concevoir et exécuter le rom- IfriandAnt de la Crète-à Pierrot 4^81 un ftiit d'anneâ rerriarqaable. Nous enieurions ion pojte au nombre de pluii de douze nîille homitïes ; il âesaù- Ya , ■• perdit pas la moitié de sa garnison , 6t ne nous, laissa que ses morts et ses bli»ss6s. Cet homme était un quartnron à qui la.hature avait donné une âme de là plus forte trempe: c'était Lamartinière, le même qui ^'était Nii^s A la tête de la résistance du Port-au-Prince contre la division Beudet, et qui, en plein conseil, avait cassé là tête au commandant de TArtilIerie Lasombe (blanc.) "

** Dacts Sa lettre ati ministre de la Marine et des Colonies , publiée danaf ie Moniteur de 1802 , Leclere n^aecuse qu une perte de 500 hommes. Pani-' tthile de Lacroix parle de plus de 1,600 hommes. ' Les indig^ènes ont éytf

J^# le perte d«9 ùw^w h 2/)00 itoowes au momj

Î[arni9on êe C6 l)ourg , ""dès qu'elle sut son approcha , n repfia sot es GonaÏYSs. Il eût pu enlever cette ville, s'il avait été dans sén ptoa ^'occuper le littoral. Car les français d^à terrifiés par \m échecs, -que leurs troupes avaient reçus à la Crète à-Fîerrot^ voyant Toussaint •pénétrer dans le Nord , croya'eat le général Lsclerc anéanti .i la petite Rivière da TArlibonite. Ils é4aicnt sur le point de te jetei* dans les chaloupes qui longeaient le littoral , pour atteindre Bue frégate, mouillés dans la rade desGonaives. Toussaint entra au bourg d'En* tkêvj où il organisa quelques compagnies de cultivateurs. Delà , il se rendit à la Marmelade où il apprit que Dessalines ^ sorti de la CrHe à-Pierrot , avait été battu au Molo^ et s'était retiré au sommet des mornes, en observation. On lui annonça aussi que Romain , -dans les mornes du Linibé, Sjlla dans ceux de Plaisance, combattaient toujours pour lui avec une rare intrépidité. Le bourg da. Plaisance était occupé par le |[éneral Desfourneaux.

Afin d entrer en communication avec Maurepas dont il ignorait la sert» Vex gouverneur résolut d'enlever Plaisance , et de ne s'arrètsr qu'au sein des montagnes du Port de Paix. Il ordonna à l'adjudant général Fontaine d'attaquer un fert dressé sur Phabitation Bidourète. L'assaut fut donné par les indigènes qui s eu emparèrent. Des renforts sortis de Plaisance, pour les t)n chasser, furent repouàsés avec perte. Alors, le général Desfourneaux, en personne, à la téta 4e i,500 hommes, se mit en mou vendent. Toussaint vola i sa ren* t;ontre. lisse trouvèrent en présence sur l'habitation Laforestria, entre Bidourèie et Plaisance. Le général indigène divisa son armée en deux colonnes. Celle de droite fut confiée à Gahart, st celle de jgauche à Pourcely. €el(ji ci reçut l'ordre d'aller assaillir Desfour- «eaux par deiTière, par des chemins de traverse, pendant que Tous^ saint le corabalirait de front. L affaire s'engagea à droite avec achar.* iiement. Gabart, à* la tête dés grenadiers de la 4ie., culbuta Des^ fourneaux qui battit en retraite , en bon ordre, quoiqu'il fut vigou* reusement chargé par soixante dragons. Toussaint s'aperçut que le général français, ne trouvant aucun obstacle à gauctie, manœuvrait pour le prendre en flanc, le long d'un sentier bordé de précipices d*un côté, et de Tautre dominé par des lâchers à pic. Il sxpédia auprès de Peurcel^ un aide de camp qui revint lui annoncer que la colonne de gauche s était indubitablement égarée, car il neravait pas aperçue. En effet, Pourcely, indigène de Jean-Rabel, ne,con« naissant pas le quartier de Plaisance, s'était perdu dans les bois avec toute sa troupe. Toussaint laissa Gabart répondre à la fusillade ds l'ennemi, et se transporta à gauche avec ses dragons et iOO g rena« diers. Tout-àcoup il aperçoit au premier rang des français un«ba« taillon noir de la 9e du Port de Paix, commandé par Golart. 11 nm douta plus de la soumission de Maurepas. li s'élança seul jusqu'à

vingt-sinq pas au devant do «ei aociena solc^U^ M leur dit; firavôi

f5m))dgnoni cPàrmes^ poiirrie2-vous tirer rar toi friresf Les bfaaei wtnh sont nos ennemis, tits soktats de I9 9e , attendris et ébranlée

Îftr ces paroles, ietteni leurs armes et se précipitent aux getîo.ux et loussaiDt, en criant: Vive le gouverneur! vive notre général! Le< français , rangés en bataille derrière eux, témoins de Cette scène ^ firent sur eux une décharge formidable i ils se débandèrent et se jetèrent dans les bois. Cette malheureuse circonstance répainâit le désordre dans les rangs des grenadiers de Toussaint^ tis battirent •n retraite, longeant le sentier dont nous avons parié j et Tadjudantgénéral Fontaine évacua le fort Bidouréte. Toussaint, suivant leche*> min, au milieu d'une grêle de 'balles, courut les plus grands dangers; Il vit tomber ) à ses côtés, plusieurs olYiciers, entre autres^ uti jeune homme, venu à sa rencontre, porteur d'une lettre de Dessalines, qui fut atteint d'une balle en la lui. remettant. Par cette Inissive, Tous* saint apprit que la garnison de la Crète à«Pierrot faisait toujours un# vigoureuse résistance. ' Quand l'ennenii eut cessé de le poursuivre ^ il réunit la colonne de Pourcely, (|ui s'était égarée dans lès bois, à . celle de Gabart, et vola au secours de la garnison de la Crète à Pierrots Il vint s^établir derrière la division Roudet, au Nord-Est de la Petite^ * Rivière. de TArtibonite, dans le chemin des Petits Cahos, sur l'habitation Marcail, située dans la section de la savane Brôlée. A peine fut-il huit heures du soir, qu il entendit une t^ive fusillade: c'était Lamartinière qui évacuait le fort, comme on l'a vu. Toussaint prii aussitôt le chemin du quartier de Marquez , aux Petits Gahos/

Le général Charles Bèlair devait aussi se mettre en marclie pouf secourir la Crête-à- Pierrot, quand il apprit la retraite de Latiiartinière« Il partit de l'habitation Monovrier, dans les mornes de l'Arcahaiei e( se rendit aux Cahos auprès de Toussaint Louverture«

Pendant cet intervalle, te général Christopfie pàrcoiï^àit fe dépaf'tement du Nord avec une audace extraordinaire. Il sotileva les cuU tivateurs de la Grande Rivière, du Trou, du Terrier Rouge, de Limonade, du Quartier Morin, incendia les maisons et les jardins d# cannes de la plaine du Nord, et vint' braver le générai Boyer qui commandait au Cap ju^ique-sous les murailles de l'Hôpital et de la Petite Anse. Le général Bo^er^ secondé par l'amiral Villarel Joyeuse, tira de Tescadre tous les soldats de l'artillerie de marine et On corpi de 1200 matelots qui eombatlîrent vigoureusement tei {usdrgés^ et les repoussèrent. Des chaloupes armées se tinrent en station à la Petite Anse, à la rivière de Galifet, et sur tous les points de la côte qui pouvaieat être assaillis. Les environs du Cap ne seront cependant dégagés que par 1 arrivée du général Hardy sortant de la Crète-à- Pierrot.

A» »4»e temps la aaatf a animal Blàgon, quoiqu'il ft*aut «out att

"Ht

'MltOtU »^JIAITt.-^(180ll)

ordres qu6 peu,0<$ troupes, repoussait les attaques clés tsultiTSteufi éans les environs du Forl- Dauphin, et préservait de la dévastatioo les quartiers de Maribaroux, d'Ouanamintha, de Vallière, de Laxabon* Les marins de deux vaisseaux de ligne et d'une frégate,^ mouillée a» JTort-DauphiOj k secondèrent énergiqueaient.

UVRÏ yiNGT-SIXlÊME.

Sbmmaire. Lecl^rc part de la Petite-Rivière de TArtibonite pour St. Marc — Déportation de Rigaud. Il est emprisonné en France, dans la fortereste de Joug. — Dessatines tente de forcer le Mirrbiiais ; il est repoussé. — Les division» de l'armée française ,. sortant de lu Crète- à -Fier roi - , ^ rendent à leura destinations. — Rochaa[ib**au se rend aux Gonalves. — La division Boudet arriva ai4 PortrRépubiicaio. — Effet de la^ déportation de Rigaud sur. seSc^nciaos partisans. — ^^Lamaur Dérnncf* devient . hostj]»^ aux fraaçaif- — Toussaint f:st retranché aux Cahos. — Description do la position qu'il occiipp — lî'nvoieà Boudet des paquetA pour le 1er. Consul. — Hardy. 8« renJ;iiit au Cap^ bal Christophe au Dondon. — U est ensuite battu par Toussiint eu jterâonoe. -^Toussaint, établit un cordon, dit cordon du Nord, de la Granii^- Rivtèr** à la Marmeludc — Il ^n confie' le commandement à Christophe — II. éinblitson ouartir^r g«>n«ral à St. Raphaël — Arrivéa au Cap de la division ae Fle«siiigue ex .Ir^ cAu du Hàv e. — Le général Boyer est bat^ ta à 6te -Suzanne par Sans-Souci ft Chiistophe. — LeeUrt^ntourne au Cap. — Martial Besse soumet quelques, révoltés de !a Tortue.--- L<:ci4trc fait travailler à la re* construction du Cap.^- Départ potir Bi>.*si de l'amiral Vjllaret Joyeuse. — Dessa** linet réorganise un corps d'aTmée d ;ns la plaine de PArtibonite.-r Nouveau plan de campagne de Toussaint. — Son. infiii^ncc sur les musses, est presque anéantie. Mésintelligence entre iJessalines «t Charles Bélair. — Christophe se dispose à se aoumettre. — Sa correspondance avec Vilton , l^eclrrc, H&rdy^— Entrerue qu'il a avec Leclerc au haut du Cap. — Il livre au général ^Salm tout le cordon du Nord. — Toussaint abandonné de Christophe , 9*f. détermine à se soumeUre — 8a, correspondance avec Leclerc. — D^.ssalines conseilla à Tousiaintde ne pas se soumettre. — Toussaint rejette ses conseils et se rend au Cap —Réception brillante qu'on lui i|kit.--*Il jure fidélité au BOUTcau gouvernamfaU— --Adieux ëa Toussaint à sa gar*

de.— H choisit pont fa retraite la vallée d'Çnnery.— Mort Jle Tillate an 4hf, . -«—L'arrêté qui mettait Toussaint hor* la loi est rapporté. — Les troupes coloniales qui avaient con^battu sous lee ordres de Toussaint sont dispersées sur difl^rent» points de l'Ile — De^salia^s reçoit l'ordre de se rendre à St.-MaVt ; Lamartinière^ au Port-Républicain. — Lps t«pupf»s coloniales sont incorporées dans Tarmée française.— Les grades donnés par l^oussaint, depuis l'arrivée de Parmée française, sont déclarés nuls — Armes et munitions qu'on foit rentrer dans les villea du littora).-rr-if'QUte la colonie es^ SQiuniseï de Samana ^ ^i'ibmoQ.

Leclero , mattre de la Crète-à Pierrot , aongea à rétablir ses eom^ fDunicationa aveo les villes qu'il occupait. Il ordonna aux diiïéreafes divisions de son armée /de ' se rendre à leurs destinations y et partit pour St. Marc , après avoir laissé une forte gar* nison à la Crète à Pierrot. La division Roobanfibeau se rendit aux Çonatve^, cçlle de Hardy se dirigea sur le Cap, celle de Boudet, sous les ordres du g[énéral Pamphile de Lacroix , prit la rovte du Port Républicain.

Quand Leclerc s^rriva à St. Marc , il se résolut à déporter le gélierai Higaud dont la présence dans H» colonie pouvait être gênante, quand i^ s'^irait de rétablir la servitude. Quelques plaintes portées contre lui par le général Laplume qui commandait aux Gayes, four* nirent un prétexte au capitaine général. A l'arrivée de Tarroée française des murmures sans importance s'étaient manifestés dio^ Je voisinage des Cayes.

Les autorités constituées en avaient été extraordinairemeat efirayées^ Laplume, et les colons qui formaient son conseil , écrivirent ^ iicclerc que le nom de Rigaud avait été prononcé par les mécon* fens^ Depuis la fin de la guerre du Sud « le jgénéral Laplume était çn possession des meubles qui avaient orné la demeure de Rigaud, ^ux Cayes. Il se disait lan des demandes de celui ci qui réclainait sans cesse, depuis son retour à St. Pomingue, les obj|ett qui lui appartenaient, ^es mandataires de Rigaud n'avaieni pu obtenir jusqu'alors la levée du équestre que Toussaint avait établi sur ses biens. Boisrond foi^i'èi'^ affirme dans ses mémoires^ que Lapluo^e fit savoir au général Leclerc que Rigaud , depuis son re* tour t li^i ^(dressait oontini^ellement des lettres pleines d'arrogance, De respirant que la haine la plus infiplacable , haine, qu'il lui por^ fait à cause de son 4^vo^ement aux blancs. 1 aplume ajoutait qu« tous ceux qu^ paraissaient redouter le rétablissement d'une préten* 4ue servitude parlaient de le mettre à leur tète. Leclero, quoiau'il n'i- ^Boràt pas le d^vouem^at dç Rigaud à h l^'rançe^ se saisit a videsnenf

* Ces mémoiiras ^t Boisronâ Tonn^re , bien auslassoua , quant au styla^

Îa ses immortelles proclamations^ sont presque en antier un panégyrique B igess^i^ea. iX^ lo^me^^ uae l^roçhuxe d'^ne centre irile j^e^.

^ ee prétexté peur îè déporter. Les indigènes , en généraF ^ l'avaient : accueilli , du. reste , avec tant d'enthousiasme , que> Rocbambaau cpii le détestait, comme prescfue tous ceux de sa caste, lit savoir tu général Leclerc que I»* présence de ce mulâtre dans rOuest , ne pourrait qu'être nuisible aux intérêts français. Rigaud était devenu inutile au capitaine général qui ne s*était servi de son influenee sur ses anciens partisans, que pt>ur combattre avec succès. Toussaint Louverture. Le i*' Consul ne l'avait renvoyé dans iaco^ lonie qu'afîn qu'il fût pu ramenc'r les citoyens du iud, sous^ les drapeaux de la France, s'ils s'étaient prononcés contre elle, à l'arrivée de l'expédition. Bigaud se serait efforcé de les convain» cre que la métropole ne voulait que faire expier à Toussaint toutea tè& atrocités qu'il avait exercées dans leur département après la guerrescivile.

Le capitaine général fit appeler Rigaud qui ignorait tout ee qui se tramait contre lui , et lui dit : mon cher général , vous pouvez, écrire à votre famille qui se trouve au Cap, qu'elle ait à s'embarquer pour les Cayes ; car vous devez m'accompagner dans le Sudl que je vais visiter. Il y avait dans la rade de St. Marc deux frégates , la Cornélie et la Guerrière.. Rigaud fut d'autant plus heureux, de cette courtoisie du capitaine- général qu'il avait déjà demandérautorisation d'aller régler des aflbtres. de famille aux Cayes. It annonça par une lettre, à son épouse , la fav«^ur dont l'honoraii^ Leclerc. Celui ci s'embarqua sur la Guerrière. Rigaud fut conduit à. bord de la Cornélie, après, avoir embrassé » sur le levage , u a-, grand nombre des ôfliciers du Sud qui étaient revenus de St. Y^gue^ de Cube dane la colonie, sur les frégates. 1 Indienne et la Créole. Rigaud étonné de n'avoir pas été conduit h bord de la Guerrière où était Lec!erc, en demanda le motif au capitaine du. navire. Celui ci lui répondit sèchement qu'il était prisonnier et qu'il cAt à remettre soou épée. Rigaud, dans son^ indignation , aima mieux la jeter à la marque la rendre. La Cornélie appareilla pour le* Gap. Quand elle «rriva dans la rade de cette ville , elle envoya ses chaloupes au rivage..

On les chargea des objets les plus^. précieux qui appartenaient 4 la famille du prisonnier. Le», matelots,^ peedant qu'ils retournaient dt bord , remplirent leurs havresacs de l'argeia , des bijou;iL •t du linge qu'ils trouvèrent dans, les^ paquets qui leur avaient étéeonfiés , et firent sombrer la, chaloupe qui en était particulièrement, chargée. Quand ils atteignirent la, Cornélie i, il$ déclarèrent au ca* pitaine que par une fausse manœuvre la barque avaii été renversée^ fieobs dessua dessous.. C'était le prélude dcis crimes qu'un grand ^sombre d'ofliciers de marine comn;ettronl sur« les infortunés indigènes qui seront enchainés à leurs bords. La fômillede Bigaud, s'embarqua dépourvue des objets de première nécessité; elle ne|(bssédait i^ue quelques {j^urdee que des fêtâmes iadi|ènes du. Cap , louchieeii

fSf l^isfoiits d'haiti.— (1802)

^ san tnaThetireut sort , lui avaient données Ces femmes séroiiC plus tard pendues pour cet acte de générosité envers des frères in* forlunés. La Cornélie fit voile pour France. Quand elle y arriva Rigaud fut jelé dans les prisons de la forteresse dô Joug.

Dos que Leclerc parvint au Port-Républicain, il apprit que Dessalines avait tenté -de forcer le Mirebalais, et quil avait été repoussé avec perte. Il se résolut aussitét après, sur la demande des négociaos français, à accorder au commerce national des avantages dont il n*avail pas joui (Qus Toussaint (.ouverture^ Il pu|)iiaTordQiifiance qui suit;

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