‹ Histoire d'Haiti (volume 4)Chapitre 8 sur 14 · ARMÉE EXPÉDITIONNAIRE · texte numérisé non relu

ARMÉE EXPÉDITIONNAIRE

Au i^uartifr-Géhéraî du Port Républicain^ l§ 10 Germinal , Van iù êê la République (31 Mars 1802),

jje Général en chef ordonne,

Art. 1er. Tous les bâlimcns français, arrivant directement delà France, et chargés de marchandises françaises , ne seront assujettis ,^ pour les droits d'importation et d'exportation, qu'à payer la moitî^ (le ceux qui sont exigés pour les navires étrangers.

Art. 2. Tous les bâtimens qui apporteront des marchandises sè^ fhes, fabriquées ailleurs qu'en France, paieront par droit d'impw Vition, vingt p«ur cent^ '

1^ général en chef, (Signé;| LECLERC.

Pendant cet intervalle, la division Boudet, sous les ordres de Pam^

J>hile de Lacroix, s'était rendue à St-Marc. Delà, elle se dirigea sur es Matheux pour disperser quelques rassemblemens. Elle «ssuya les plus granaes fatigues, en |[ra vissant le$ sources de Mon trou is , autravers de chemins obstrués, presque impraticables? Si Charles Bélair s'était trouvé dans ce canton, c'en était fait de cette division, dt l'aveu des généraux français. Quand elle parvint aux Matheux, ell# n'eut SQU8 les yeux que des campagnes, abandonnées « couvertes de cadavres blancs, La 7e. s^était retirée avec Charles Bélair, dans let montagnes des Cabos, auprès de Toussaint Louverture. Pamphile d% Lacroix adressa à Charles Bélair une lettre par laquelle il Texhortatt à imiter Lstpl urne, Clcrvaux, Paul Louverture et Maurepasquis^étaient soumis au nouveau gouvernement. Charles Bôlair lui répondit qu'il *^tait déterminé à mourir pour la cause de Toussaint, gouverneij^*. légitime de la colonie^ *

La division frauçaise«reprit le chemin du PortRépublieain. Quand ^lle atteignit le morne du Mardi gras, Pamphile de Lacroix reçut une lettre du général Boudet qui lui recommandait de hâter sa marche, f(9 f^jrç s^M port'Répub|iGaiii tiae entrée solenoeUa, ea distr^t^u^a^efs.

SitToiRB b'saiti.— (1802) tM

trt^upet de telle sorte que la population de couleur de l'Ouest b# put pas découvrir les pertes éprouvées par les français , à la Crète* à Pierrot. Quand il arriva à une lieue du . fort Républicain, sur Tha* biialien Drouillard, Pamphile de Lacroix aperçut Tartilierie de la placé, attelée, venant à sa rencontre, pour grossir sa division. Il rangea ses jKoldats sur deux rangs seulement, par pelotons de seize hommes, laissa d'assez grandes dislances entre les pelotons, et entra en ville, au son de la musique et des tambours. Le général Boudet crut qu'il avait obtenu TeiTet qu'il voulait produire. Mais le vide qui existait dans Tarmée n échappa point aux indigènes qui acquirent plus que jamais le.sentimant de leur force. Jusqu'alors ils étaient divisés en trois partis: celui de Toussaint Louverture, le plus faible et le pluséner<gique; celui qui souhaitait l'expulsion des français, mais, après la chuté de Toussaifit, dont la domination avait été trop sanglante; entin la parti vraiment français , ennemi de Toussaint Louverture , ennemi de toute idée d indépendance, aidant <le bonne foi au triomphe dea armes françaises, mais voulant avant tout le maintien de la liberté e| de 1 égalité. Nous les verrons plus tard se canfondra en un seul , résister au rétablissement de Tesclavage, . et inscrire sur leur drapeau, Indépendance ou la Mort.

Quelques jours après l'entrée de la division Boudet au Port-Répu* Micain » le général Leclerc annonça , par une proclamation ,• la d^ portation du général Rigaud. Il préleu^Iait qu'il voulait troubler , pour satisfaire son ambition, l'ordre qui venait d être rétabli par da ai grands sacrifices» Une lettre que Rigaud avait adressée, aux Cayes, ^ un nommé Duroneerey, fut afiichée au Port Républicain. U chargeait celui ai de réclamer tous ses meubles du génétal Laplume qui fdïk jouissait. Cette lettre se terminait par ces mots : « Lorsqua j'auiai entièrement lini de combattre les incendiaires du Nord ,' ja retournerai dan^ le Sud, pays qui m'a vu naître et quej'ai commandé avec gloire. » Les ftançais prétendirent qu'il voulait reprendre la commandement en chef de ce département.

L'embarquement de Rigaud fit naître la défiance dans la population de couleur. £lle considéra cet acte comme une atteinte portéa à la liberté Individuelle dp tous les indigènes. Au Port Républicain, quand le général Pam|>hile de Lacroix, chef de l'état- major de la .division de lOuest,' parla de cette eirconstance aux officiers de la 13* coloniale qui étaient venus le saluer, après une revue, ua morne silence régna dans la salle. Potion , à la tète de Tétat-majo? du corps, coh>poso de noiis et d hommes de couleur, s'arrêta , am aorttr de la muison ; devant l-affiche qui contenait la lettre de Rigaud^ et la lut attentivement. Il ne put contenir sou émotion, et ditavea humeur à ses compagnons d'armes qui l'entouraient: « c'était biea la peine da le faire revenir , pour lui donner ce déboire , ainsi qu'à ^]|0^s totis. » Paaiphiie de Lacroix , caché déniera une das jalai^

Mi HisTonifi D*HAiri.— (1802):

«es de la saHe , le \it el rmtêiunt. Cette cireonsfâncê , et erfKfc de la Crète à Pierrot le porlèreot à le stgnaler au capkaioe général, comme un mulâtre dangereux. Lamour Dérance , ce Ëimeux chef de bandes, se trouvait ^lors an Port-Républicain. Dès qu*it apprit la déportation de Rigaud , il se hâta de retourner dans ses montagnes, inaccessibles y n'ayant plus aucune confiance dans les français, ré« 8olu à se tenir sur ses gardes , et à commencer les hostilités contre eux, à la première occasion favorable. Lamour Dérance, pendante la guerre civile entre Toussaint et Rigaud , s'était toujours montré^ dteuM rOuest , le partisan de ce dernier.

Nous avons vu que la diversion opérée dans le Nord par Toussaint Louverture, pour dégager les rivées de TArtibonite du gros deParmé» française; avait échoué complètement par la victoire que Desfourneaux, temporta sur lui , à Plaisance. L'ex gouverneur, aussitôt après Té** wcwtion de la Crète -à Pierrot , alla se retrancher dans le quarti«lE^ ée Marquez aux Petits Gahos, à quinze lieues ds la Petite Rivièrt*. La lonffue chaîne des Cahos s'étend du Nord au Sud-Est , eitre la, vallée de Goftve et le quartier de l'Àrtibonite. Les cimes bleues da^ cas montagnes, couronnées de palmiers et de pins , se perdent danai les nues, en la saison des orages. D'énormes rochers enracinés danà leurs flancs, pendant au dessus des chemins qui les traversent. Des. abîmes d'où il ne sort qu'un bruit sourd , tel que le mugissement des vagues de la mer, s'offrent sous les yeux du voyageur qui n'osa^ an sonder les profondeurs Dans certaius quartiers,, quand le soleil a atteint le milieu de sou cours, Tattiiosphère devient brûlante, le feu prend quelquefois de toutes parts aux herbes desséchées, lea rochers éclatent , et ces lieux se (ransfoimcnt en fournaises^i. Un silence profond règne dans ses effrayantes solitudes. A. peu de distance de ces lieux stériles, tant les contrastes sont fréquentsalans. nos montagnes , l'on rencontre une nature riante , une campagne arrogée de nombreux ruisseaux , une végétation' prodigieuse , et des habitations admirablement cultivées. Une multitude de femmes^ d'enfans , s'étaient réfugiés dans le quartier de Marquez avec Tous-^ tûint, chargés de ce qu'ils avaient de plus précieux , pour échappeh à l'affreux pillage auquel se livraient les troupes françaises dans le^ plaine de l'Artibonite. Là, s'étaient réunis, en partie, les débris de râr- Biée de l'ex -gouverneur. Des ajoupas dressés à la 'hâte formaient dans une clairière, sur un plateau assez étendu, un cercle, au centra duquel s'élevait une tente surmontée d'un drapeau tricolore. Là, régnait une profonde tristesse. La guerre civile ravageait natre beati pays ; le drapeau français guidait au combat les deux partis. Bientôt iioas verrons Dessalines et Pétion , arracher ensemble la couleur blanche du drapeau tricolore, et déployer majestueusemant l'étendard indigène sur nos eampagnes soulevées en coasse aa eri de l'Indë-

vLas MDtiMHes placées aux extrémités du eamp fStaïent MiiniébilHiA Aeurs. postes. Les soldats qui tous ffié|>risaient la mort étaient assis •ur de larges pierres, autour de leurs armes peu nombreuses rangées en faisceaux, ^et attendaient a\^ec impatience le signal du départ pour courir -à de nouveaux dangers. Des officiers supérieurs, Gabart^ jFonlaine , Vernet , Pourcely , Placide Louverture , et une foulé dl*autres , tenant sous leurs bras des sabres resplendissants d'un yit écht , marchaient silencieusement , en se croisant , autour de la 4ente principal , d'où ne se détournaient pas leurs regards attentifs. Dans ce {âvillon était debout , près d'une table , Tecissaiuft l!A)uverture, maigre, petit de taille, aux traits mobiles, aux yeus ?îfs et aux gestes animés. Une riche épée pendait à ses côtés , par un ceinturon de velours doré, enrichi de pierreries. 11. dictait à MO secrétaire des lettres auxquelles il semblait porter le plus vif intérêt. C'était le 29 Mars , (8 Germinal). Quand il eut fini si ifM>rrespondance , il dit à un de ses aides de-camp : Amenez auprès de moi le chef de brigade Sabès et le lieutenant de vaisseau Gimont. Ces deux olïiciers , comme nous Tavons raconté , avaient été &itt .prisonniers, au Port Républicain , par Lamartinière. Traînés de morne en morne , livrés i toute la fureur des indigènes , mille Ibis ils avaient été sur le point d'être immolés. Mais l'ordre di^ Toussaint de les épargner seuls, avait toujours détourné de leurs lôtes le sabre levé pour les frapper. Ils furent introduits dans lia ientepar Tadjudant- général Fontaine.— Citoyens, leur dit Toussaint^ TOUS n'êtes plus prisonniers; vous serez accompagnés par des guides sûrs jusqu'au Port-Républicain ^ et vous remettrez ces dépêches ao général Boudet. Toussaint faisait savoir au gouvernement fran« ^is les vains efforts qu'il avait faits pour que le colonie ne devint pas une vaste désolation. En mêm« temps , il envoyait à Bonapar« te une lettré particulière, en réponse à celle qu'il lui avait adressée. >— «Vous n'avei; jamais essuyé aucun mauvais traitement parmi noue, citoyens; vous'^avea; été témoins de notre humanité envers beaucoup 4e prisonniers. La France ,. que le premier consul a égarée à notre ^gAi'd, sera juste un jour envers nous, nous en avons la certilu» de. Elle rendra le général Leclerc responsable de tous ces dépêtres qu'il ,eût pu éviter à la colonie, en employant envers moi les formes de bienséance qnil devait à un général français, son égflt dont les armes ofit vaincu les Anglais et les Espagnols, et ont con« serve à la métropole toute la colonie. » Le chef de brigade Sabès loi répondit : c Général , nous avons beaucoup souffert , et nous avons été témoins de bien des atrocités. Si vous n'aviez pas mé<* lionnu l'autorité' téffifime du capitaine géuéral , nous n'aurions pas à déplorer sTujourd hui toutes les calamités qui nous afiligent. » -^ ^Toussaint, dissimulant autant qu'il était en son pouvoir 1 indigna* ||en aue cette audacieuife réponse avait escîtée ea 900 ^aœ^Pi répK*

^n% tiimnenl : « Tous in^oonnaissex la noblesse de mon âroe> n^ toyen; j^aime trop mon pays pour sacrifier son bonheur à mo» embition. Le général Leclerc s'est présenté dans la colonie, je um dirai pas comme un gouverneur légalement envoyé par sa nation , mais comme un ennemi. Il m'a sommé de lui remettre Tautorité^ conmie si j'étais un rebelle placé par les circonstances à la tète des 'affaffes de la colonie, comme si je m'étais déclaré indépendant d* la France que je chéris. Je n'ai fait la guerre qu'au capitainegénéraL N'étais-je pas gouverneur français , proclamé par 1 Assem-* blée tlentraie? N'avais jje pas antérieurement reçu de la Commission civile le titre de général en chef de la cobnie? Ce titre b# me fut il pas confirmé par le' premier consul ? Devais-je me sou« mettre aux caprices de Bonaparte, entouré de vils et cruels •osions, de mes ennemis personnels? Le fer et le feu ne couvriraieni, pas de sang. et de ruines les mornes et les plaines, si le gétiéral Leclerc m'avait donné avis de son arrivée,^ avant d'avoir commencé les hostilité:». Je lui aurais cédé lauterité , et la guerre n'eût pas éclaté avec toutes ses fureurs. N'étaitil pas de mon devoir de dé« fendre le territoire français, lorsque des pavillons étrangers se prés sentaient pour le violer ? * Car quels précédens pouvaient me fairt penser que c'était une armée française qui débarquait avec un nou«> ifeau gouverneur français? Le premier consul m'avait il annonoé l# départ de l'expédition ? Ne pouvais je pas prendre le capitaine-gé* néral lui-même pour un rebelle fuyant la patrie , et venant, de son propre mouvement,, prendre possession de la colonie? Vous, lieu* tenant Glmont , si un capitaine de corvette , naviguant en pleine mer, se trouvait tout -à coup assailli par le feu d'un vaisseau de s% nation qui le sommât d'amener pavillon; que ferait il , ce capitaine? 11 se défendrait, comme il Teût fait contre un forban. Le capitaine général n'a employé aucun des procédés qu il devait à un gou* verneur français, son égal, et tout le sang qui a été versé rejaillira sur sa tête. Vous pouvez vous retirer, citoyens. »

Les deux français n'avaient pas remarqué sans inquiétude l'indi* gnation de Toussaint Louverlure. Ils firent, à la hàle, leurs disposi* tiens de départ, s élancèrent de toute la vitesse de 'leurs chevaux sur la route des Yerrettes, et ne sentirent leur existence assurée que %rsqu'ils furent au-delà des pays insurgés.

Toussaint lit un signe à ses aides-de camp qui se retirèrent. It demeura seul dans sa tente avec son secrétaire. Il croisa ses bras

sur sa poitrine; sa tète était biùlante ; son cœur battait convulsivement; ses yeux se dérobaient sous les plis de ses sourcils. Ses actions passées venaient en foule assaillir sa mémoire. L'inqulétud«

* Toussaint voulait parl-er des pavillons hollandais et espagnols qui existfiieiu wx x^ilieu de la iotte i^çaiat.

MliTêlllB «*ÉAltI.— (IIOI) 9èf

1M 1#ren(lords semblaient Tagiter. Il s'assU abimé dans de profondeé réflexions. Le sang inutilement répandu après la guerre du Sud^ * guerre cependant juste que nécessitait son acheminement ?ers Tindépendance de son pays, l'amnistie du 1er Messidor qu'il avait violée, Téxécution barbare de Moyse , son neveu , sacrifice sans fruit qu'il avait fait à la perfidie coloniale , Si Domingue maintenant indépendant et bravant les forces de la France, si Tambition de aégner seul n'avait précipité Rigaud dans de si graves erreurs, le triomphe actuel d'Hédouville dont la mission avait été d'établir la division entre les noirs et les jaunes, de les laisser s entr égorger pour que les écha<* fauds de la servitude fussent dressés sur leurs cadavres ; la soumis* •ion de la plupart de ses liautenans, les quelques hommes qui lui restaient fidèles, l'impuissance où il se trouvait de continuer la guerre, les suprêmes dangers de sa race : toutes ces convulsions passées, toutes les horreurs qu'il voyait dans le lointain ,. devaient le livrer A cette horrible agitation. *

Dans son camp régnait ' un profond silence. Les sentinellet qui Veillaient autour de sa tmté virent un nuage de poussière qui gros-^ aidait en approchant sans cesse. Bientôt ils découvrirent, à Textrénité du plateau, quatre cavaliers, dont les chevaux ruisselans de aaeur, s'arrêtèrent tout à-ceup. Les quatre cavaliers se firent con-, duire auprès du général en chef. Toussaint Louverture, après un #eurt entretien avec eux , donna ses ordres à ses aides-de camp «|uî

* IVaprès quelques écrivains anglais , Toussaint aurait expédié au général Boudet la lettre dont la substanre suit, à l'adresse de Bonaparte, •n réponse à celle que celui-ci lui avait envoyée. Par cette lettre il aurait déclaré qu'il aimerait mieux mourir , les armes à la main , que de sa randre , que , dans tous les cas , s'il était contraint de mettre bas les ar^ mes, par la puissance des évènemens , sa soumission ne serait que feiate^ at qu'à la première occasion favorable , il recommuncerait les hostilités contre la Pràhce , et lui ferait une guerre franche , dont la devise serait: Indépendance de Saint-Domingue. Il aurait parlé de x hiens amenés dans la aolonie pour dévorer les indigènes. Cette lettre (;8t apocryphe. Elle est tout-à fait contraire à la pelitique qu'avouait Toussaint, à cette époque, dans toutes les pièces officielles qu'il expédiait à Tétran^er. Etait-il , du reste, d'une nature à dévoiler ainsi ses projets ultérieurs, surtout lorsqu'il voulait teuterune réconciliation ,il est vrai momentanée , mais présentée avec toutes les apparences de la sincérité. Comment aurait-il pu parler de «biens amenés pour dévorer les indigènes, quand ce fut Rochambeau yx\ envoya chercher ces bètes féroces à l'île de Cube , par le général Noailles, lon^^-teraps après J'en! èvement "de Toussaint. Neus prouvons enaore àrancer hardiment que Toussaint avait une intelligence trop fine pour écrire mne lettre d'une telle maladresse. Du reste , la circonstance coneer- 'Baat les chiens prouve d'une manière évidente que cette pièce est suppe* aée. La lettre' que Toussaint envoya à Bonaparte n'était que la justi£ca- Siij^ de sa résistance i Leclerc*

fas transmirent èè h»uM9 parts, tes tamboufs en eamp b»ttirei<* aussitôt h générale , le son de la trompetts se répéta jusqu'au fend des ravinS) et une joie beltîqucuse éclata parmi les soldais. ToussainI doni l'âge avait btancifi les cheveux, mais qui avait toute la vivacité de la jeunesse I s'élança sur son cheval , passa en revue sa ftiibié armée^ et lui ftl prendre le chemin du Nord. Il aUait attaquer hi* division Hardy^ qui, sortie de la Petite-Rivière de TArtibonite, avai» passé le Petit-Fond et St-Michel, et se rendait au Cap. En arrivant k St. y^'chel) après avoir traversé Eschasseriaux et le fond Cabœuily Toussaint apprit que les français étaient en marche sur le Dondon, oà ils devaient se rafraîchir quelques jours. li laissa St. Raphaël k sa droite, passa à travers le quartier du Bassaut, et atteignit l(p Dondon. Il ordonna au général Christophe de réunir ses troupe» aux siennes. Ce général commandait aux débris de sa brigade et U plusieurs cents de miliciens du Dondon et do la Gràndetliviére. Toussaint, à la tête d'un escadron, sous les ordres de Morisset, e$ ^une compagnie de grenadiers , commandée par Gabart , résolut d'attaquer la tète de la division Hardy, pendant que Christophe en attaquerait là queue. Hardy partit du Dondon, à deux heuies de l'après-midi. U surprit le 'général Christophe qu*il culbuta. H faillit inôme le prendre pendant qu'il fuyait à travers un bosquet de paKmiers. Nos miliciens, poursuivis la baïonnette aux rein$, se précipi^ tèrent dans, des sentiers connus d'eux seuls , et échappèrent ad* français. Ils allèrent se rallier autour du général Toussaint Louverture qui attaquait la tète de la division. De vives décharges de mousqiieterie remplirent les bois d un bruit sourd et prolongé. Les. grenadiers de la i* coloniale , répandus de toutes parts, en tirai IleurSi^ abattaient les français, en se protégeant derrière les arbres. Let balles des blancs se perdaient dans les feuillages, coupaient les branches et s'aplatissaient contre les pierres. Quand ils couraient à labaïonnette sur les indigènes, ceux-ci disparaissaient dans de petits «hémins, et reparaissaient plus loin. Ils tombaient en poussant des cris de désespoir , et se tordaient sur une terre brûlante qu'ils appelaient déjà le tombeau des français» Hardy fut contraint de battre en retraite; il fut inquiété par Morisset et Placide Louverture, à la tète des dragons de la garde d'honneur, jusqu'au Car« refour formé par Tembranchement des routes du Cap et de fa Grande* Rivière, et jusqu'à la Tannerie. Cependant il ne rentra au Cap qu'après avoir entièrement dégagé cette ville des bandes d'insurgés ^ui la cernaient. Depuis l'ouverture de la campagne, Placide. na« tait cessé de déployer le courage le plus %rillant.

Toussaint établit un cordon de troupes, de la Grande -Rivière ibs Marmelade. U lappefa le cordon du Nord, et en confia le commandement au général Christophe. H se retira à St. Raphaël où il étaMif

9pB f UMUergénirat tt A% ftraUw l'atoinistrateur Kénérut Y^Uée^

Vtne Irançai» cpii lui était très-dévoué, et qui avak mieu)? moè lé suivre, que d'aller joindre l'armée expéditionnaire. Voilée avaîl élA "son ami. Il fit rendre à ses restes les plus grands honiMurs mUî« taireai. ^ Les français avaient porrki tous les points dont ils a'étaitiilhi emparés dans l'intérieur du Nord.

Presqua en même temps les divisions de Flessingue el <ki Hdvrfr débarquèrent au Cap. Elles renforcèrent Tiarroée française de ^«OOÛr fiommes. Le sénéral de brigade Bo^er en fit aussitôt marcher uiw partie contre 1 ennemi. H sortit du Cap, à la tète de i,5*0 hoatt»^ Wes de troupes européennes, de deux bataillons de la 10e. coh>« Biale qui avait fait sa soumission à Sto Domingo , et viot attaquer Sans Soucy et le colonel Jasmin qui commandaient à S>.te*SusaniM les miliciens de ce canton , sous les ordres du général Christophe» U fut repoussé ^vec perte. Les insurgés firent quatre- cents prison» niers qui fui'ent conduits* à Toussaint Louverture, à la Marmelade* Celui-ci les interrogea sur le but de l'expédition; ils lui répondis* rent qu'on ne les avait pas envoyés pi ur combattre, mais pou# tenir garnison dans un pays français; que, du reste, ils décou* iraient qu'ils ne seraient pas plus heureux qu'en Egypte. Tous» mint leur fit donner toutes sories de soins, et leur laissa la IL» Verte de circuler dans la campugne. Au grand étonnament dts indigènes , ils se mirent à s'exercer à la course , dans les savanes, i-laluUe, à sauter pardessus de larges fossés, et à s'élancer avec légèreté sur des chevaui^ fougueux. Les imiigènes disaient à Toussaint : Quels sont ces blanc& ? ils franchiraient les mornes aveo autant d^agilité que nous. — Me vous ai je pas déjà dit, leur ré- |K>Qdit Toussaint , que Bonaparte nous a envoyé ses meilleures^ trou** 0es; mais elles succomberont bientôt bous Tinfluence meurtrière d% éotre soleil.

Le capitaine général étiit revenu au Cap. Il envoya ' !• général Dugua dans le Sud , avec missioa de lui fair«. un rapport sur l'état de ce département , et le général Rochambeaa à St-Marc. Il se proposait, de son côté, d'aller visiter la partie de l'Est. Il ordonna aussitôt de travailler activement à la recons** truction du Cap. Il demanda^ au ministre de la Marine et des Colonies des charpentiers, des menuisiers, des maçons; et^ lui an* aonça qu'ils trouveraient largement de quoi gagner leur vi^^ qu'ils -aeaaient payés au poids de Tor , et qu'avec un peu de- ceaduite^ ila pourraient commencer, une petite fortune.

Comm« la saison des pluies ailoit arriver , il cantonna l'ari&ét dd

* Il avait cru pouvoir enlever k la connaissance de l'Europe » par Pas» ^^indt de Voilée , ^ui ne l'avait jamais perdu de vus, toutes les atreci- ^ «ui avaient éttf commises? autour de lui, depuis l'arrivée de l'armée iip^tioanaire. Les irancais. de leur côté . eooimettaisnt lea mMsise atroaUftt

I4t " tiiiftiiitt B^HiiTi.— (tèôé).

It maôière là plus commode » afin qu'elle vk^wX pas. i souffrir de rhiTernage^ On lui avait envoyé par le Zélé et le Tourville queU ques recrues sans fusils; ce aui était une faute grave, car Tarmé- ^jpent de ces nouveaux soldats dégarnissait les arsenaut qui déjà né Tenferroaient pas assez d'armes. Il s'en plaignit amèrement au mi- •isire de la Marine , et lui dehfianda ^ en même temps^ qu'on pût recevoir à St Domingue un paquebot par semaine « afin que le soldai iftt à même d'avoir fréquemment des nouvelles de sa famillç. Comme la tranquillité se rétablisxSait de toutes parts, t amiral Yillaret Joyeuse, jugeant que sa présence devenait inutile à StDomidgue^

Eartit du Gap, le 20 Germinal (10 Avril), et arriva à Brest avee uit vaisseaux de son escadre. Quelques jours après son départ, Leclerc apprit qu'une révolte avait éclaté dans les ateliers de la Tortue , petite Ile vis à vis du Port <le Paix , en faveur de Toussaint Louverture. Il y envoya Martial fiesse, homme de couleur, qui avait été nommé général par le peuple de Paris, à la prise de la Bastille. Martial Besse, par des mesures promptes et énergiques^ fit rentrer les ateliers dans le devoir. Comme il les avait traités avec humanité après la victoire, n'exécutant pas les ordres cruels qu il avait reçus^ Leclerc le fit arrêter, à son retour au Gap, embarquer ensuite pour France. Peu de temps après son arrivée en Europe il fut emprisonné dans la forteresse de Joug.

Pendant cet intervalle, Charles Bélair se tenait aux Gahos auprès dc Toussaint Louverture. Quant au général Dessalines, il était retenu, dans la plaine de l'Artibonite, sur 1 habitation Marchand, par une fièvre violente. Il avait reçu l'ordre de Toussaint d'occuper les défilés qui conduisent au centre des mornes des Gahos. Quand il se releva ,• il commanda à ses officiers de rtunir leurs troui>es pour qu'elles fussent passées en revue. Quelle fut sa surprise quand il ne vit sous les armes que soixante hoiiimes. Dans son indignation^ il brûla la cervelle à deux capitaines qui étaient à ses cùtés, et déclara aux autres officiers qu'ils seraient tous fusillés^ si dans peu dejourSj ils n'avaient pas réuni une forée imposante. En lespacedeiSheures il put se mettre à la tète de 3000 miliciens auxquels il communiquai son ardeur.

Depuis l'évacuation de la Crète-à Pierrot, Toussaint était devénii beaucoup plus humain envers les prisonniers français. Les deux partis , fatigués de tant de carnage , avaient suspendu ies hostilités. Le capitaine-général, songeant à proposera Tex gouverneur de se soumettre, cessait toute agression. Il commençait à redouter , de la part des révoltés , une résistance desespérée , soutenusf par l'horreur du rétablissement de l'esclavage. En effet, que n'au» raient pas entrepris des hommes qui préféraient la mort à la servi-* tude? Toussaint 9 de son côté, attendait l'hivernage, ou la saisod

4es pluies el du débordement dea rivjèris ^ pour jrecpmmeootr ^ak

HlStOIRB D^UAtTI.— (ISM) êU

ifuerre, si les français ne lut offraient pas une retraité honorable, «t le maintien dans leurs grades et fonctions de tous les officiem qu'il avait sous ses ordres. Il se rendit sur Thabitation Paparel, y réunit tous les prisonniers français qui avaient été blessés , et leur fit prodiguer toutes sortes de soins. Diaprés son nouveau plan dm «ampagne, Dessaiines devait, aussittf^ après le débordement deseaut de TArtibonite, reprendre le camp de Castera et la Crète à Pierrot; Vernet devait reprendre les Gonaîves ; et pendant que Christophe arrêterait les forces françaises au cordon du INord^ il se proposait de s'emparer luimème de Plaisance et du Limbe. Il comptait , pour le triomphe de ses armes^ sur la défection des troupes coloniales qui s'étaient rendues aux français, et surTinsurrection descultivateuri du Nord. Il avait établi son quartier-général à la Marmelade* Là, il recevait des rapports qui rallligeaient profondément sur la mésiiH lelligence qui existait entre ses généraux : Tenvie les divisait. Il employa en vain toute son autorité pour amener entre eux une réconciliation. Combien son influence ne s'élait-elle pas affaiblie par les revers de la fortune ? Avant l'arrivée des français , quand il disait k un soldat: ûte*toi la vie; le malheureux sortait des rangs» •t allait se donner la mort, sans murmurer. ^ Dessalines mettait tout .en œuvre pour perdre Charles Bélair dans l'esprit de l'ex-gouverneur. On se rappelle que Pamphile de Lacroix avait exhorté Charles» Bélair, par une lettre, à se soumettre au capitaine-général: Dessalines Js'étayait de cette circonstance pour l'accuser de trahison, et Je iair# fusiller.

Toussaint vit naître avec douleur une division qui devait considérablement affaiblir ses forces. Cependant il ne put se résoudre à sacrifier à la haine jalouse de Dessalines un général dont l'innécence était si évidente. Charles Bélair lui avait envoyé la lettre qu'il avait reçue du général français, ainsi que la réponse qu'il lui en avait faite. Toussaint se vit contraint de les éloigner lue de l'autre. Il remplaça Charles Bélair, aux Grands Cahos, par le colonel liontauban. Il le fit venir, auprès de lui, à la Marmelade. Charles Bélair était son faveri intime; il l'avait choisi pour le remplacer au gouvernement de la colonie. Dessalines envieux des faveurs doat jouissait son rival auprès de l'ex gouverneur lui portait une haine implacable , haine qu'il assouvira plus tard.

Le général Christophe, commandant du cordon du Nord, bris4 par les armes françaises, se résolut, de son côté, à faire sa soumission au généraf Leclerc , à l'insu de Toussaint Louverture. U entra en pourparler avec le citoyen Vilton, homme de couleur, qui commandait à la Petite-Anse pour les français, \ilton , qui était son ami et un de ses anciens frères d'armes, avisa le général Hardy du désir qu'il manifestait de reconnaître le nouveau gouvernement. Le ^4-

Aérai Bardy fit rédiger la letlro suivante i que \iltoa fut coniraïaH

ftift BISTOIM D*HAIT1."^(18M)

de sigMr , par BU nommé Anqu«lil , chox le citoyen Min do VHk^ neuve, un des grands planteurs de la plaine du Nord :

Petite Anse, le 36 terminal an 10, (i6 Avril 1802.)

Tllton, commandant di la Petite Mêj «m ctloysn Ifmrjf Christophe, gènt^ rai d$ brigade , en son quartier-ginéred.

Mon cher Compère >

Je cède aux sentimens que mMnspire mon «neienne amitié pouf 'VOUS. J'ai vu avec un mortel regret ces refus que vous avez faits de vous soumettre aux volontés du général français que le premier consul a envoyé à St«Domingue, pour achever de maintenir et con« solidcr Tordre que vous aviez si bien établi dans la ville du Cap, la dépendaaee du Nord , où vous vous étiez fait aimer de tous les colons. Vous m'aviez dit plusieurs fois , mon cher compère , que votre plus grand plaisir était de voir arriver les français, pour dé*

})oser entre leurs mains l'autorité dont vous étiez revêtu ; par quelle atalité faut il que vous ay^z si subitement changé^ vos bonnes intentions ? Vous avez par H renoncé à votre bonhi^ur, à la conservation de votre fortune, bu magnifique sort que vous pouviez faire à votre aimable famille; vous Tavez plongée, ainsi que vous, dans la misère •la plus» affreuse. Vos intentions m'ont toujours paru si pures, et votre dévouement à la nation française ne me laissait aucun doute -sur la conduite que vous deviez tenir , lorsque tout d'un coup , i 4'apparition de l'escadre française, vous n'avez plus été le même homme. Tout le monde, et sui;tout vos amis, croyaient aussi que vous avies été mal conseillé, et peut-èlre dominé par quelques cncis noirs qiri vous entouraient ; on a dit tant de bien de vous à Mr, Leclerc , "général en chef, et il est si persuadé que ee sont de mauvais conseils qui vous ont fait prendre le parti de lui résister, qu'il est tout prêt i vous pardonner, si vous voulez ramener sous son obéissance la troupe que vous commandez, et le poste que vous occupez. C'est une belle porte qui vous est ouverte, mon cher compère, a^nsi qu'auk braves ofiici^^rs et soldats qui sont sous vos ordres ; ils seront tous traités de la même manière que l'arméf^ française, et Ton vous assurera, ainsi qu'à votre famille, tout le bonheur que vous pouvez désirer, surtout si vous avez le courage de demander i sortir de la colonie, ^t c'est ce que vous pourriez bire de mieuz , pour n'être point -exposé aoz liaines des rebelles aux ordres de la France, qui œ voudront pas faire comme vous. On vous assurera une belle fortune, ^ vous en jouirez paisiblement , sous la protection de la France , dans le pays que vous voudrez choisir.

VoHàs -mon cher eompère, ee que ma tendre amitié pour vous et

tMre fiimillé m*tnffagé à irotift écrire, ie jouira! d« Voira l>onheur^ si je pui8 contribuer k le faire. Il ne dépend que de vous de mu donner cette satisfaction « en suivant les avis de votre ancien ami^ Bépondcz-rooi , et faites^ttioi savoil* vos intentions , pour les Ceiirt réuî^ir de la manière qui vous paraîtra le plus convenable.

Tout le lAonde est ici , dans toutes les parties de lacolonie» témoia d« la franchise, de la loyauté des généraux français^ et je ne crains pas de vous répéter et d« vous assurer que Vous pouvez avoir toute confiance en eux ; ils vous ouvriront toutes les portes^ vous aideront de tous leurs moyens, et vous mettront dans le cas d'emporter a vee TOUS tout ce que vous possèdes, pour en jouir paisiblement parioul où TOUS voudrei aller. Ainsi, mon cher compère, croyez moi » quittez cette vie errante et vagabonde , qui vous déshonorerait , si Tous. la meniez plus long- temps, et regagnez l*estime des bons ci-toyens par un retour sur vous même, en abandonnant la cause d'un Ambitieux qui finirait par vous perdre. Ne faites pas attention à votre mise hors la loi ; le général Leclerc a dit qu'elle n'aurait pas ^u lieu, s'il vous avait connu plus tôt, et que cette proclamation serait annulée aussitôt qu'il apprendrait que vous reconnaissez votre erreujB #t que vous abandonnez la cause des rebelles.

Salut et amitié, (Signé) VILTON.

Christophe, voyant les populations accourir de toutes parts au -deTSnt des fiançais, sentait Timpossibiliié de continuer la guerre aves succès ; 0t comme Texistence nomade, de guérillas, qu'il menait à travers les inornes ne sympathisait pas avec son humeur , il se résolut à défendre la liberté de ses frères, pour le moment, non plus sur les champs de bataille, mais dans les conseils coloniaux, tl méditait la répen^ qu'il avait à faire à Vilton, lorsqu'il reçut la lettre suivante que lui avait adressés Leclerc.

Au quartier général du Cap, le 29 Germinal, Tan iO de la Républi» que française. (19 Avril i80S.)

Le général m chef au général Chrùiophê.

Vous pouvez ajouter foi, citoyen général, i tout es quelecitoyea Vilton vous a écrit de la part du général Hardy. Je tiendrai les promisses qui vous ont été faites; mais, si vous avez intention ^ TOUS soumettre à la République, songez qu'un grand service, qyt vous pouvez lui rendre , serait de nous fournir les- moysài ds nous assurer de la psfso^ine du général Toussaint.

(Signé), LSCIfSR«,

1l44 lUSTOIRE D^HAITI. — (1802).

L'on voit déjà renaître celte perfidie coloniale qui fera pendant V|ucl(]:je temps le malheur des indigènes, mais qui amènera l'cxler* mînation des français.

Christophe se hâta de répondre au commandant Villon, par \in% lettre en date du 30 Germinal, (20 Avril 1802.) H lui dit quil serait disposé à tout faire pour le bonheur de ses concifbyen», s'il pouvait airqucrir la conviction qu'ils seraient tous libres et heureux....

« J ai renoncé, dites-vous, au bonheurl Elil quel bonheur, quelle fortune, quel sort, magnifique pour moi at pour ma famille eussent pu jamais me consoler de la douleur de voir unes semblables réduits au dernier degré de Tinforlune sous le poids de l'esclavage! Mes intentions sont toujours pures, et vous étiez, plus 4pie personne, à môme de connaître mon dévouement à la nation française. Mes intentions, mes sentimens n'ont point varié; je suis toujours le même Jbohime. Sentinelle placée par mes concitoyens au poste où je dois veiller à la sûreté de leur liberté, plus chèr« pour eux que leur existence, j'ai dû les réveiller à l'approche du coup qui allait 1 a<néautir

Yaus me donnez le conseil, mon cher compère, de ne point faire attention à ma mise hors la loi; le général Leclerc, m'annoncezvo .s, a dit qu'elle n'aurait pas eu lieu s'il m eut connu plus tôt, et que cette proclamation serait annulée aussitôt que je reviendrais de mon erreur. Je suis prêt à en revenir; mais il faut m'cclâirer , éclaircir mes doutes, et m'en tirer. Il n'est point de sacrifices que je ne fasse pour la paix , et pour le bonheur de mes concitoyens, si j'obtiens la conviction qu ils seront tous libres et heureux. Il ne me reste plus d'autres sacrifices à faire que celui de ma vie; j'ai déjà iait> tous les autres; que les preuves nécessaires à ma conviction me soient offertes, et je Toffre de bon cœur ce sacrifice, si, en me démontrant que je suis dans l'erreur, il peut l'expier et rendre la la tranquillité et la félicité à mon pays, à mes concitoyens.

4 Je vous salue d'amitié , H. CHRISTOPHE. »

Le même jour 30 Germinal (20 avril), Villon écrivit, de la Petite Anse, à Christophe, qu'il avait reçu sa lettre, et que sa soumission au général Leclerc lui acquerrait un protecteur qui prendrait lui* même le soin de lui faire un sort ; il ajouta qu'il avait conimuniqué sa lettre au capitaine-général , ainsi qu'au général Hvirdy. Celui ci écrivit aussi au général Christophe , à la date du 30 Germinal. 11 lui dit que les français, après avoir combattu pendant douze ans pour la liberté, ne seraient pas assez vils, à leur propres yeux , pour terair leur |[loire 90 (établissant l'esclavage. Il ^termina sa

lettre en lui disait de se rendre sur Thabitation Ydodreuil pour lui faire verbalemcut ses propositions de soumission.

Le 2 Floréal an iO (22 Avril ) Christophe qui était indigné de la proposition qui lui avait été faite par Leclerc, de livrer Toussaint Louverture , répondit à Hardy qu'il eût consenti à l'entrevue qu'il provoquait 9 non seulement à Vaudreuil, mais à la Petite- Anse et au Cap y si le capitaine-géncpal n'avait réveillé en lui la défiance en lui proposant une perfidie , une lâcheté. Il lui offrit une entrevue à MontahDon , habitation au ôentre des lignes des deux armées. Le aiôme jour 2 Floréal (22 A.vril) , de son quartier-général de Ro* billard, au Grand Boucan, il adressa à Leclerc la lettre qui suit:.

< J ai reçu la vdtre du 20. du mois expiré. Désirant ajouter foi i ce que m'a écrit Je citoyen. Vilton, je n attends que la preuve q«ii doit me convaincre du maintien de la liberté et de l'égalité eu faveur de la population de cette colonie. Lt3s lois qui consacrent ces principes , et que la. Mère Patrie a ^sans doute rendues , porteraient dans mon cœur celte conviction , et je vous proleste qu en obtenant celte preuve désirée, je m *y soumettrai immédialement.

Vous me proposez, citoyen général , de vous fournir les moy^ nsi de vous assurer du général Toussaint Louverture ; ce serait de n<av part une perlidie, une trahison, et cette proposition, dégradante pour moi , est à mes yeux, une marque dç 1 invincible répugnance que vous éprouvez à me croire susceptible des moindres sentiment de délicatesse et d honneur. Il est mon chef et mon ami. L'amitié,, citoyen général „ èst-elle compatible avec une aussi monsirueuse:^ lâcheté î

LesJeis dont je viens de vous parfor nous ont été promises p^or la Mère Patrie , par la proclamation que ses consuls nous otit adressée, en nous faisant lenvoi de la Constitution de Tan \ni. Remplissez , citoyen général , remplissez cette promesse maternel le ^ €n ouvrant a nos y^iux le Code qui la. renferme, et vous verrez accourir près de cette Mère bienfaisante tou» ses.eufans^ et avec €ux. le général Toussaint Louverture , qui , alors éclairé, comme %ux,y reviendra de Terreur où il peut être ; cène seraq." alors que cette erreur aura ainsi été détruite , qu'il pourra , s'il persiste malgré-: Tévidence , être considéré comme criminel , et encourir justemeitt l'anathéme que vous, lancez contre lui , et dont vous me proposez l'exécution.

Considérez , citoyen général , les heureux effets qui résulteront de la plus simple ex|>osiiion de ces lois aux yeux dun« peuple jadis écrasé sous le poi<ls des fers , déchiré par le fouet d'un barbare •scia vage ,. excusable sans doute d'appréhender les horreurs d un pjareil sort; d'un peuple en(in qui , après avoir goûté les douceurs de la liberté et de légalité, n'ambitionne d'être heureux que par- «Uâs^^, et par 1 assurance, de n'avoir plus i redouter les chaînes qu'î)

fil IftSTSlBB B*HAITt.— (ItM)

H briséei. VeAiHiûôn àê cet lois i ses yeux arrêtera TefRision dtf du sang français tersé par des Traoçais, rendra à la République des enians qui peQveut la servir encore , et fera succéder aux lior« reurs de la guerre civile la tranquillité, [a paix et la prospérité au Min de cette malheureuse colonie. Ce but est digne [sans doute de )a grandeur de la Mère Patrie; e^ raUeiqdre, citoyen général, c« eerait voqs couvrir de gloire et mériter les bénédictions d'un peu^ pie oui se complairait i oublier les niaqx que lui 9^ déjà fait éproa-9 vrer le retard de leur promulgation.

Songes que ce serait perpétuer ces maux jusqu'à la destruction entière de ce peuple, que de lui refuser la participation de ces lois nécessaires fiu salut de oes coqtrées. Au nom de mon pajs, au nom de la Mère- Patrie , je les réclame ces lois mlqtaîree , et Sif Pomirtgiie est sauvé.

J'ai l'ffoqneqr df voqs saluer 1 .

(Signé) CHRISTOPHE, s

Leclerc Iqi répondit par une lettre du 4 Floréal (24 Avril ) qu'il lie devait pas douter des vues bienveillantes du gouvernement français à regard des habitans de Domingue, que le gouvernement travaillait , eq ce n^qn^ent , a un code qui assurerait pour toujours la liberté aux noirs. Il Fexhorta à se fier i sa parole ^ s'il ne voulait as être considéré eoq^me Tennemi du nom français, et à se rendft une entrevue qu'il lui offrait au Haut du Cap. Il lui donnait sa parele d'bonneqr , que s'ils ne parvenaient pas à s'entendre définitivemeot , il aurait la liberté d'aller se mettre de nouveau à la tète de se^ troupes; il terminait sa lettre en lui disant que le refus qu'il lui «vait ^it de Iqi liyref Toussaint Louverture , ajoqtait eu* eore i la haqte idée qu'il s était formée de son caractère. Quoi dé plus perfide et de piq^ lâche que cette i)roposition Aiite par Leclere au général indigène ? Cenbieq qe s'avilit-il pas dans sa réponse , )e capitainegéqéral , lorsqq'il dit à Christophe qui avait repoussé Hvee une ihqigqatiqn noble et pleine d^ dignité, cette inftme pro* position, que spn refVis ajoutait encore ^ la haute idée qu'il avai( de son caractère. Qu'il est honteux pbur le corrupteur d'être son traint 4)6 fiatter celqj (|qi a repoussé |iyec horreur ses propositiens corrup* trices. *

Le 5 Floréal (95 Avril) Christophe consentit à une entrevue •u Haut du Cap. Le jour qui suivit, il partit d^ sqn quartiergénéral des Gardinaqx et se rendit, à onxe heures du matin , au lieu désigné poqr l'entrevue. Il y rencontra le général Leclerc qui lui fit l'accueil le plqs flatteur , reçut sa soumission , et le maintiilf dans son 'grade de général de brigade. Après un court entretien avec le eapitaine-ffénéral , il se transporta à la Grandi-Rivière, en- Ifjtç k \k «Urmeuidt tl Toimint livait foa qu2)rtier-|;énfr«l. |

mVFOUlE D^HAIT1.-^(180S> M9

n'y renco&trft pM faneien gouterneiir ^ui orgaoïstU h Entiéry \% milice de ce quartier. Il le ^It eosuUe arriver, après l'avoir at« tendu près d'une journée.

' Il ne lui avoua pas (fu'il avait reconnu te nouveau gouvernement. Cependant il lui fit savoir qu'il avait eu une entrevue avec Leclerc^ au Haut du Cap, et qu'il en était sorti convaincu des bonnes dispoaiUons de Bonaparte i l'égardr des noir<: Il engagea Toussaint à De plus reprendre les hostilités, et hn donna l'assurance que 1» France , après sa soumissiofi, le traiterait avec lionneur et magni* ficeuce. Toussaint le blâma sévèrement d'avoir eu tine conférence avec Leclerc, sans son antorisalion , et lui ordonna deretoiirner au cordon du Nord. Christophe,, aussitôt qu'il eut quitté Toussaint^ livra au général Salm , la Grande-Rivière, te Dondon, te Mornet, le Port*Françaîs. A la tète de SOO hommes de troupes coloniales , il se rendit de uouveau au Haut du Cap , où ses soldats jurèrent &* délité à la France. Par sa soumission, Christophe enlevait à Toussaint tout espoir d'une plus longue résistance : en dégarnissant le- eordoa du Nord , il permettait aux français de pénétrer dans les cantons - ^eore eu insurrection. En mAme temps le chef de bataillon Ghancy apportait i Toussaint une lettre du général Boudet. Celui cii lui écrivait que les dépêches qu'il avait reçues par le chef de brigade^ Sabès et le lieutenant de vaisseau Gimont, avaient, été eAvojée^ea France au l*** Consul. Quoique Bonaparte eut résolu la perte df^ Toussa tnl. Lou vertu re , Boudet usait de courtoisie envers rancien gou* irerneur ^ pour calmer son indignation contre la métropole , et lut hisser eatMvoir ta possibilité d'une réconciliation qiii n'était qu'un piège. Le général Lecierc, de son côté, voulait n»ettre fin a là guerre ci.vile qui, répandant l'inquiétude dans les campagnes , arrêtait le développement de la culture. Toussaint, abandonné desea meilleurs lieutenans et de presque toutes ses troupes, ne pouvait phia tenir la campagne. Lecierc lui adressa une teit^re par laquelle il l'exhorta, à cesser des hostilités qui perdaient la colonie. £b mèmQ temps le général Fressinet qui était arrivé avec- la division de Fiessingue, le conjura de se hâter défaire sa soumission, à la Répubii* que. Fressinet avait autrefois, servi à St. Domingue sous le gouverneur Laveaux. Tbussaint répondit à Lecierc qujl accepieratl lesù propositions qui lui seraient faites, si elles étaient en harmonie avec* les égards qui lui étaient dus ; qii'il avait l>esoin. de repos , et qu'on devrait épargner à St. Domingue le spoctacle de nouvelles horreurs. Oe fut alors qu'il se convainquit de la soumission de Christophe ^ par une lettre que lui adressa ce dernier. Il s'en montra violea^rment iadigné. En même temps le commandaot du Mornet , qt LaOeur, commandant de la grande Coupe du Limbe, vinrent \é joindre i la llarmelaii^. Ils lui apprirent que Christophe avait ordonné d^

ljan£ ou quvUers aux Ina^ , et iiu'iJa 9'él»iMi( (wfws % abandon-

§4M mnrôm D*HAïTï.^(18êt)

nés de teirs troupes, à l'approche du général Salm. Ils se noB* traienl convaineus que Christophe voulaient livrer aux français Tan* cien gouverneur. La résistance devenait de plus en plus impossible* Avant de prendre la détermination désespérée de se jeter dans ie& mornes les plus retirés , Toussaint écrivit une lettre à Lecierc , par laquelle il lui demandait dans quel but il voulait continuer à exercer les horreurs de ia guerre civile dans la colonie. Il terminait sa lettre par ces mots: « que des ciroonsiances fort malheureuses « avaient déjà occasionné bien des maux ; mais quelles (]ue lussent « les ressources de Tarmée française» il serait toujours asseas fort et - « assez puissant, pour brûler, ravager, et vendre ctièremqnt une ^ € vie qui avait été aussi quelquefois utile à la Mère Patrie. » Le* clerc comprit que son ennemi , aux abois , désirait , pour se soumet* tre, que la proposition précise d'une réconciliation lui fut (aite. Pu reste depuis plusieurs jours Tex gouverneur employait secrètement tous les moyens pour faire connaître aux français la situation douloureuse où il se trouvait. Le capitainegénérai s*abslint de le réduire au désespoir dans la crainte qu'il n'incendiât de nouveau toutes les plantations. L*armce française était considérablement affai^ blie ; elle avait déjà perdu, en l'espace de 3 mois, 5,000 hommes dani les combats, et prés de 5,000 malades encembraient les hôpitaux. Lecierc avait besoin de donner quelque repos à ses troupes. La V^ Mai, il répondit à Toussaint : < Je vois avec plaisir , citoyen général, le parti que vous prenez de vous soumettre aux armes de la Répu« ))lique. Ceux qui ont cherché à vous tromper sur les véritables intentions du gouvernement français sont bien coupables. Aujourd'hui, il ne faut plus nous occuper à revoir les maux passés. Je ne dois m'occuper que des moyens de rendre, le plus promptement possible , la colonie & son ancienne splendeur. Vous , les généraux et les troupes sous vos ordres, ainsi que les habiians de cette colonie, ne craignez point que je recherche personne sur sa conduite passée. Je jette le voile de Toubli sur tout ce qui a eu lieu à St. Doiningue 9vant mon arrivés. J'imite en cela l'exemple que le Premier Goasiit a donné à Is^ France, après le 48 Brutpaire*

€ Tous ceux qui sont ici ont une nouvelle carrière à parcourir, •t à l'avenir je ne connaîtrai plus que de bons et de mauvais citoyens. Vos généraux et vos troupes seront employés et traités comme le reste de mon armée. Quant à vous, vous désirez du reposj le repos vous est dû ; quand on a supporté, pendant plusieurs années, le gouvernement de St. Domiogue, je conçois qu'on #• ait besoin. Je vous laisse maître de vous retirer sur celle de v#s habi-» tations qui vous conviendra le mieux* Je compte assez sur latta^ ^hement que vous portez à la eolonie de St. Domingue, pour oroir* i|iie yous emploierez Içs moqwns 4^ Içiak ^ne voiiy auret 4m^ vetft

ttUTOIRE D*HAlTt.^180S} t49

retraite, à me cemmuoiquer \os vues sur les meyens propres k $àive refleurir dans ce pa^s, le commerce et fagriculture.

Aussitôt que l'état de situation des troupes aux ordres du général Pessaiincs me sera parvenu , je ferai connaître mes intentions sur la position qu'elles doivent occuper. Vous trouverez à la suite d« eeite lettre l'arrêté que j'ai pris pour détruire les dispositions de mIuî du 28 Pluviôse (17 Février) qui vous était personnel*

(Signé) LECLERC.

Toussaint en recevant cette lettre qui ne l'obligeait pas û se rendra auprès de LeelerCy lui demanda cei>endant une entrevue au pied du Mornet. Il communiqua o Dessalines «la lettre qu'il avait reçue, et lui annonça la détermination qu il avait prise de faire sa soumission^ eontraint par la trahison du générai Christophe qui, <iégarnissan| !• cordon du Nord, le mettait dans T impossibilité de continuer la guerre. Dessalines combattit- énergiquement sa résolution. Les nègres, lui dit il, ge soulèveront un jour en masse contrôles français; si vous faites une guerre de partisans, vous hâterez le moment de cette îasurreciioQ générale dont vous devie/idrez le chef. Ces paroles n'ébranlèrent |jas la détermination de Toussaint qui cependant lui donna lassurance, qu'aussitôt après le débordement des rivières, il recommencerait les hostilités, et le conjura, au nom de l'amitié, de se soumettre aux ordres qu'il lui donnerait. Dessalines jusqu'alors très-devoué à l'ex-gouverneur lui promit de ne pas contrarier ses desseins.

Toussaint eût dû suivre les conseils de Dessalines. Les français lui tendaient un piège dans lequel, il allait se précipiter. Quant à Dessalioes il ne se montrait si résolu à continuer la guerre qne parce qu'il n'attendait aucun quartier du général Leclerc auquel il avait été signalé comme Tennemi le plus implacable des blancs.

Avant de partir pour le Mornet , Toussaint entendit la messe et communia à la Marmelade. Ses soldats, à son exemple, remplirent leurs devoirs de chrétiens. Us adressèrent à Dieu de ferventes prières, pour le bonheur de leur chef. Aux premières blancheurs de l'aube, les trompettes du camp avaient sonné Tair de Diane; toute sa garde s'était agenouillée, et le ciel avait retenti des cantiques i l'Eternal. C'était un spectacle imposant que celui d'iine foule de guerriers inclinant leurs têtes superbes devant le Dieu des armées. Toussaint qui était fanatique, et se confessait toutes les fois que sa conscienee était labourée de quelques violents remords, ne négligeait jamais ces eérémoaies religieuses qui se célébraient dans les camps et les ca* Mrnes. Il partit de la Marmelade, et atteignit le Mornet où il fà« reneootrâ pas le général Leclerc, contre son attente. Il ne voulut pMls Tj attendre ; e( malgré Ite iasMaetB d« Morisset et de ^aberti

mtniére là plus commode, afin qu'elle n'eut pas i souffrir Se l'hhernage. On Jui a\ait envoyé par le Zélé et le Tourvîlle quel^ ques recrues sans fusils; ce oui était une faute grave, car Tarmè- Njpent de ces nouveaux soldats dégarnissait les arsenaut qui déjà ne renfermaient pas assez d'armes. Il s'en plaignit amèrement au mi- Bistre de la Marine , et lui dernanda ^ en même temps^ qu'on pût recevoir à St Domingue un paquebot par semaine, afin que le soldat fax à même d'avoir fréquemmenl des nouvelles de sa famill^. Cornne là tranquillité se rétablissait de toutes parts, t amiral Villaret Joyeuse, jugeant que sa présence devenait inutij^ à 6t Domingue ^

Eartit du Gap, le 20 Germinal (10 Avril), et arriva à Brest ave^r uit vaisseaux de son escadre. Quelques jours après son départ, Leclerc apprit qu'une révolte avait éclaté dans les ateliers de la Tortue , petite Ile vis à vis du Port de Paix , en faveur de toussaint Louverture. H y envoya Martial fiesse, homme de couleiir, qui avait été nommé général par le peuple de Paris^ à la prise de la Bastille. Martial Besse, par des mesures promptes et énergiques, fit rentrer les ateliers dans le devoir. Comme il les avait traités avec humanité après la victoire, n'exécutant pas les ordres cruels qu il avait reçus^ Leclerc le fit arrêter, à son rett^ur au Cap, embarquer ensuite pour France. Peu de temps après son arrivée en Europe il fut emprisonné dans la forteresse de Joug*

Pendant cet intervalle, Charles fiéJair se tenait aux Cahos auprès d# Toussaint Louverture. Quant au général Dessalines, il était retenu, dans la plaine de l'Ariibonite , sur I habitation Marchand, par une fièvrif \îolente. Il avait reçu l'ordre de Toussaint d'occuper les défilés qui conduisent au centre des mornes des Cahos. Quand il se releva ,• il commanda à ses officiers de rtunir leurs troupes pour qu'elles fussent passées en revue. Quelle fut sa surprise quand il ne vit sous les armes que soixante hommes. Dans son indignation^ il brûla la cervelle à deux capitaines qui étaient à ses côtés, et déclara aux autres officiers qu'ils seraient tous fusillés^ si dans peu de jours, ils n'avaient pas réuni une force imposante. En TespacedeiSheures il put se mettre à la tête de SOOO miliciens auxquels il communiqué son ardeur.

Depuis l'évacuation de la Crête-à Pierrot, Toussaint était devénix beaucoup plus humain envers les prisonniers français. Les deixik partis , fatigués de tant de carnage , avaient suspendu iee hostilités. Le capitaine-général, songeant à proposera Tex gouverneur ^e se soumettre, cessait toute agression. Il commençait à redouter, de la part des révoltés , une résistance desespérée, soutenue par l'horreur du rétablissement de l'esclavage. En effet, que n'au» raient pas entrepris des hommes qui préféraient la mort à la servi-» tude? Toussaint 9 de son côté, attendait l'hivernage, ou la saisoii

lies pluies et du clébordem«a( de$ rivières ^ pour recpmmenotr J»

HIStOIliB D*UÂlTI.~(180f) ê4i

ifoerre» si les français ne lui offraient- pas une retraité honorable, •t le maintien dans leurs grades et fonctions de tous les officiers qu'il avait sous ses ordres. Il se rendit sur Thabitation Paparel, f réunit tous les prisonniers français qui avaient été blessés ^ et leur fit prodiguer toutes sortes de soins. D'après son nouveau plan d# campagne y Dessalines devait, aussiti^ après le débordement deseaui de TArtibonile, reprendre le camp de Gastera et la Crète à- Pierrot; Yernet devait reprendre les Gonaïves ; et pendant que Ghristoph« arrêterait les forces françaises au cordon du Nord, il se proposait de s'emparer lui-même de Plaisance et du Limbe. Il comptait , pour le triomphe de ses armes, sur la défection des troupes coloniales qui s'étaient rendues aux français, et sur Tinsurrection des cultivateur^ du Nord. Il avait établi son quartier-général à la Marmelade. Là^ il recevait des rapports qui Taflligeaient profondément sur la raésin'^ lelligence qui existait entre ses généraux : l'envie les divisait. Il employa en vain toute son autorité pour amener entre eux une réconciliation. Gombien son influence ne s'était-elle pas aflaiblie par les revers de la fortune? Avant l'arrivée des français, quand il disait à un soldat: ùte-toi la vie; le malheureux sortait des rangs, et allait se donner la mort, sans murmurer. ^ Dessalines mettait tout .en oeuvre pour perdre Gharles Bélair dans l'esprit de l'ex-gouverneur. On se rappelle que Pamphile de Lacroix avait exhorté Gharles* Bélair, par une lettre, à se soumettre au capitaine-général: Dessalines Js'élayait de cette circonstance pour l'accuser de trahison, et «le iair« fusiller.

Toussaint vit naître avec douleur une division qui devait considcrablement affaiblir ses forces. Cependant il ne put se résoudra à sacrifier à la haine jalouse de Dessalines un général dont l'inneeence était si évidente. Gharles Bélair lui avait envoyé la lettre qu'il avait reçue du général français, ainsi que la réponse qu'il lui en avait faite. Toussaint se vit contraint de les éloigner luR de Tautre. Il rempUça Gharles Bélair, aux Grands Gahos, par le colonel Hontauban. Il le fit venir, auprès de lui, à la Marmelade. Gharles Bélair était son faveri intime; il l'avait choisi pour le remplacer au gouvernement de la colonie. Dessalines envieux des faveurs dont jouissait son rival auprès de l'ex gouverneur lui portait une haine implacable , haine qu'il assouvira plus tard.

Le général Christophe, commandant du cordon du Nord, brisé par les armes françaises, se résolut, de son côté, à faire sa sounission au général Leclerc, à l'insu de Toussaint Louverture. U entra en pourparler avec le citoyen Vilton, homme de couleur, qui comman* dait à la Petite-Anse pour les français. Yilton , qui était son ami et un de ses anciens frères d'armes, avisa le général Hardy du désir qu'il manifestait de reconnaître le nouveau gouvernement. Le ^4-

B^ai Hardy fit rédiger la lettre suivante , qu9 Villon fut coDlraia(

mtBière là plus coininode « afin qu'elle n eut pas. i souffrir êè Thivernagei. On lui avait envoyé par le Zélé et le Tourville quel* ques recrues sans fusils; ce oui était une faute grave, car Tarmè- Naient de ces nouveaux soldats dégarnissait les arsenaux qui déjà ne renfermaient pas assez d'armes. Il s'en plaignit amèrement au mi- •istre de la Marine , et lui detnanda ^ en même temps^ qu'on pût rteevoir à St Domingue un paquebot par semaine « afin que le soldat fài à même d'avoir fréquemment des nouvelles de sa famille. Corn* mê la tranquillité se rétablissait de toutes parts, 1 amiral Villaret Joyeuse, jugeant que sa présence devenait inutile à 6t Domidgue ^

Eartit du Gap, le 20 Germinal (10 Avril), et arriva à Brest avee uit vaisseaux de son escadre. Quelques jours après son départ , Leclerc apprit qu'une révolte avait éclaté dans les ateliers de la Tortue , petite Ile vis à vis du Port de Paix , en faveur de toussaint louverture. Il y envoya Martial fiesse, homme de couletir, qui avait été nommé général par le peuple de Paris^ à la prise de la BastilU. Martial Besse, par des mesures promptes et énergiques^ fit rentrer les ateliers dans le devoir. Comme il les avait traités avec humanité après la victoire, n'exécutant pas les ordres cruels qu il avait reçus, Leclarc le fit arrêter, à son relieur au Cap, einbar(|uer ensuite pour France. Peu de temps après son arrivée en Europe il fut emprisonné dans la forteresse de Joug.

Pendant cet intervalle, Charles Bélair se tenait aux Cahos auprès d# Toussaint Louverture. Quant au général Dessalines, il était retenu, dans la plaine de rArlibonite , sur 1 habilatioii Marchand , par une fièvre violente. Il avait reçu l'ordre de Toussaint d'occuper les défilés qui conduisent au centre des mornes des Gahos. Quand il se releva ,• il commanda à ses officiers de rtuuir leurs troupes pour qu'elles fussent passées en revue. Quelle fut sa surprise quand il ne vit sous les armes que soixante hottimes. Dans son indignation^ il brûla la cervelle à deux capitaines qui étaient à ses côtés, et déclara aux autres ofiiciers qu'ils seraient tous fusillés» si danspeu dejoura^ ils n'avaient pas réuni une force imposante. £n lespace de 48 heures il put se mettre à la tête de 3000 miliciens auxquels il communiquai son ardeur.

Depuis l'évacuation de la Crête-à Pierrot, Toussaint était devenu beaucoup plus humain envers les prisonniers français. Les deux partis , ialigués de tant de carnage^ avaient suspendu Je» hostilités. Le capitaine-général, songeant à proposera Tex gouverneur de se soumettre, cessait toute agression. Il commençait à redouter, de la part des révoltés , une résistance desespérée, soutenu* par l'horreur du rétablissement de lesclavage. En effet, que n'au» raient pas entrepris des hommes qui préféraient la mort à la servi-* tude? Toussaint 9 de son côté, attendait l'hivernage, ou la saisotf

4es pluies et du débordem«ot dee rivières ^ pour recommenotr J»

HlStOIRB II*llAlTI.-*(180f) #41

ifnerre» si les français ne lui offraient- pas une retraité honoratrie, •t le maintien dans leurs grades et fonctions de tous les officiers qu'il avait sous ses ordres. Il se rendit sur Thabitation Paparel, y réunit tous les prisonniers français qui avaient été blessés ^ et leur fit prodiguer toutes sortes de soins. Diaprés son nouveau plan d« ^mpagne. Dessalines devait, aussiti^ après le débordement deseaui de l'Artibonite, reprendre le camp de Gastera et la Crète à- Pierrot; Yernet devait reprendre les Gonaïves ; et pendant que Ghristopha arrêterait les forces françaises au cordon du Nord, il se proposait de s'emparer lui-même de Plaisance et du Limbe. Il comptait , pour le triomphe de ses armes^ sur la défection des troupes coloniales qui s'étaient rendues aux français, et sur Tinsurrection des cultivateuri du Nord. Il avait établi son quartier-général à la Marmelade. Là^ il recevait des rapports qui TaÛligeaient profondément sur la niésin^ lelligence qui existait entre ses généraux : Tenvie les divisait. Il employa en vain toute son autorité pour amener entre eux une réconciliation. Gombien son influence ne s'était-elle pas aflaiblie par les revers de la fortune ? Avant l'arrivée des français , quand it disait i un soldat: ùte-tai la vie; le maiheureiix sortait des rangs, et allait se donner la mort, sans murmurer. " Dessalines mettait tout .en œuvre pour perdre Charles Bélair dans l'esprit de l'ex-gouverûeur. On se rappelle que Pamphile de Lacroix avait exhorté Charles* Bélair, par une lettre, à se soumettre au capitaine-général: Dessalines js'élayait de cette circonstance pour l'accuser de trahison, et .le raire fusiller.

Toussaint vit naître avec douleur une division qui devait considérablement aifaiblir ses forces. Cependant il ne put se résoudra à sacrifier à la haine jalouse de Dessalines un général dont l'innécence était si évidente. Charles Bélair lui avait envoyé la lettre qu'il avait reçue du général français, ainsi que la réponse qu'il lui en avait faite. Toussaint se vit contraint de les éloigner luR de Tautre. Il remplaça Charles Bélair, aux Grands Cahos, par le colonel Montauban. Il le fît venir, auprès de lui, à la Marmelade. Charles Bélair était son faveri intime; il Tavait choisi pour le remplacer au gouvernement de la colonie. Dessalines envieux des faveurs dont jouissait son rival auprès de l'ex gouverneur lui portait une haine implacable , haine qu'il assouvira plus tard.

Le général Christophe, commandant du cordon du Nord, brisé par les armes françaises, se résolut, de son côté, à faire sa soumission au général Leclerc, à l'insu de Toussaint Louverture. Il entra en pourparler avec le citoyen Vilton, homme de couleur, qui commandait à la Petite- Anse pour les français. Vilton , qui était son ami et un de ses anciens frères d'armes, avisa le général Hardy du désir qu'il manifestait de reconnaître le nouveau gouvernement. Le ^4-

B^al Hardy fit rédiger la lettre suivante , quf Vilton fut coDlraia(

n ttiûière là plus cominodet afin qu'elle n^ut pas. i souffrir dfè rhhernageé On lui avait envoyé par le Zélé et le Tourviile queU ques recrues sans fusils; ce oui était une faute grave, car Tarmè- ^jpent de ces nouveaux soldats dégarnissait les arsenaux qui déjà né 'renfermaient pas asvsez d'armes* Il s'en plaignit amèrement au mi-* Bistre de la Marine , et lui detnanda ^ en même temps^ qu'on pût recevoir à St Domiogue un paquebot par semaine « afin que le soldat Ittt i même d'avoir fréquemment des nouvelles dé sa famill^. Com* me la tranquillité se rétablissait de toutes parts, 1 amiral Yillaret Joyeuse, jugeant que sa présence devenait inutile à 6t Domiugue^

Esrtit du Gap, le 20 Germinal (10 Avril), et arriva à Brest avee uit vaisseaux de son escadre. Quelques jours après son départ, Leclerc apprit qu'une révolte avait éclaté dans les ateliers de la Tortue , petite Ile vis à vis du Port de Paix , en faveur de Toussaint Louverture. Il y envoya Martial Besse, homme de couletir, qui avait été nommé général par le peuple de Paris, à la prise de la Bastille. Martial Besse, par des mesures promptes et énergiques^ fit rentrer les ateliers dans le devoir. Comme il les avait traites avec humanité après la victoire, n'exécutant pas les ordres cruels qu il avait reçus^ Leclerc le fit arrêter, à son retour au Cap, embar(|uer ensuite pour France. Peu de temps après son arrivée en Europe il fut emprisonné dans la forteresse de Joug.

Pendant cet intervalle, Charles Bélair se tenait aux Cahos auprès d# Toussaint Louverture. Quant au général Dessalines, il était retenu, dans la plaine de TAriibonite, sur 1 habitatioti Marchand, par une fièvre violente. Il avait reçu l'ordre de Toussaint d'occuper les défilés qui conduisent au centre des mornes des Cahos. Quand il se releva ,• il commanda à ses officiers de rtunir leurs troupes pour qu'elles fussent passées en revue. Quelle fut sa surprise quand il ne vit sous les armes que soixante hoiijmes. Dans son indignation^ il brûla la cervelle à deux capitaines qui étaient à ses côtés, et déclaré aux autres officiers qu'ils seraient tous fusillés^ si danspeu dejours^ ils n'avaient pas réuni une force imposante. £n I espace de 48 heures il put se mettre à la tête de SOOO miliciens auxquels il communiquai son ardeur. ^ . ,

Depuis l'évacuation de la Crête>à Pierrot, Toussaint était devenu beaucoup plus humain envers les prisonniers français. Les deux partis , fatigués de tant de carnage , avaient suspendu je» hostilités. Le capitaine-général, songeant à proposera Tex gouverneur de se soumettre, cessait toute agression. Il commençait à redouter, de la part des révoltés , une résistance desespérée, soutenus par l'horreur du rétablissement de l'esclavage. En effet, que n'au» raient pas entrepris des hommes qui préféraient la mort à la servi"» tude? Toussaint 9 de son côté, attendait l'hivernage, ou la saisoif

4es pluies £l du débordem^ot de» rîvièrts ^ pour recammenoir J»

niStOlRB D^UAl TI.—(180f) 441

îfoerfe» si les français ne lui offraient pas une retraité honorable, et le maintien dans leurs grades ot fonctions de tous les ofiicieri qu'il avait sous ses ordres. Il se rendit sur Thabitation Paparel, y réunit tous les prisonniers français qui avaient été blessés ^ et leur fit prodiguer toutes sortes de soins. D'après son nouveau plan d« campagne, Dessalines devait, aussitH^ après le débordement deseaui de TArtibonite, reprendre le camp de Gastera et la Crète à- Pierrot; Yernet devait reprendre les Gonaîves ; et pendant que Christophe arrêterait les forces françaises au cordon du Nord, il se proposait de s'emparer Ini-mème de Plaisance et du Limbe. Il comptait , pour le triomphe de ses armes, sur la défection des troupes coloniales qui s'étaient rendues aux français, et sur Tinsurrection des cuUivateuri du Nord. Il avait établi son quartier-général à la Marmelade* Là^ il recevait des rapports qui raQligeaient profondément sur la mésin^ lelligence qui existait entre ses généraux : Tenvie les divisait. Il employa en vain toute son autorité pour amener entre eux une réconciliation. Combien son influence ne s'était-elle pas aflaiblie par les revers de la fortune? Avant l'arrivée dss français, quand il disait à un soldat: ôte-toi la vie; le malheureux sortait des rangs, et allait se donner la mort, sans murmurer. " Dessalines mettait tout .en œuvre pour perdre Charles Bélair dans l'esprit de l'ex-gouverneur. On se rappelle que Pamphile de Lacroix avait exhorté Charles* Bélair, par une lettre, à se soumettre au capitaine- général: Dessali nés Js'étayait de cette circonstance pour l'accuser de trahison, et Je laire fusiller.

Toussaint vit naître avec douleur une division qui devait considcrablement affaiblir ses forces. Cependant il ne put se résoudre à sacrifier à la haine jalouse de Dessalines un général dont l'inné* eence était si évidente. Charles Bélair lui avait envoyé la lettre qu'il avait reçue du général français, ainsi que la réponse qu'il lui en avait faite. Toussaint se vit contraint de les éloigner lue de l'autre. Il rempls^ça Charles Bélair, aux Grands Cabos, par le colonel Hontauban. Il le fit venir, auprès de lui, à la Marmelade. Charles Bélair était son faveri intime; il l'avait choisi pour le remplacer au gouvernement de la colonie. Dessalines envieux des faveurs doot jouissait son rival auprès de l'ex gouverneur lui portait une haine implacable , haine qu'il assouvira plus tard. •

Le général Christophe, commandant du cordon du Nord, brisi par les armes françaises, se résolut, de son côté, à faire sa soumission au général Leclerc, à l'insu de Toussaint Louverture. Il entra en pourparler avec le citoyen Villon, homme de couleur, qui commandait à la Petite- Anse pour les français. Vilton , qui était son ami et un de ses anciens frères d'armes, avisa le général Hardy du désir qu'il manifestait de reconnaître le nouveau gouvernement. Le miserai Hardy fit rédiger la letlro suivante i qu« Yilton fut coniraia^

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