ADRESSE DE L'ARMÉE D'HAÏTI
Au GÉNÉRAL KN C9EF H. CHRISTOPHE.
t La tyrannie est abattue avec la tète du tyran! La liberté re^ nattl Depuis !e 17, nous sommes enGn libres! Exemple frappant des révolutions opérées par le machiavélisme, et qui prouve qu'un peuple longtemps sous le joug, ayant connu une (bis ses forces, a pu se laisser abuser un temps par ceux qu il croyait capables de le iaire jouir du prix de ses etforts, mais qu'il n'a jamais été possible de l'aveugler sur ses véritables intérêts, puisque par des agitations sans* cesse renaissantes il n'avait pas encore atteint le but qu'il s'était pruuose , et au terme duquel il serait seulement possible de lui faire fer* mer le temple de la guerre.
« Ces principes que vous ^ave% toujours partagés et que vous avez eu k curage de communiquer aux généraux dans des temps de barbarie où le souffle même était interprété et pouvait conduire les tètes les plus innocentes à Téchataud, ont été le fi'u électrique dont la commotion vient de se faire ressentir d'une manière aussi forte et qui a tout entraîné devant lui, jusqu'au moment où J. J. Dessalines, notre commun oppresseur, a cfssé d'être.
c La vengeance est opérée, et Tarmée n'attend plus que votre présence, pour concourir à la formation du pacte social qui doit noi^s lier, d'une Constitution enfin où chaque citoyen trouve sa garantie pour sa personne , et le droit sacré des propriétés , émanée de la volonté générale, non pas tel que cet acte informe que nouf venons de fouler aux pieds, fait dané le silence du cabinet, i l'insu de ceux qui y étaient intéressés, uniquement calculé pour flatter les canrices d'un seul homme, contraire par son texte même aux prin« eîpes de toute équité.
838 HISTOIRE d'Haïti.— (tSOB)
< Si longtemps abusés, nous avons juré de -ne pas nous Bépater
3ue nous n*ayons vu proclamer le nouvel acte constitutionnel qui oïl nous régir, que nous ne Tajons approuvé et juré de l'observer; €t que semblable à T usage des anciens guerriers , nous ne vous ayons reconnu publiquement pour chef du .gouvernement et porté sur nos boucliers.
« Satisfaites k l'impatience de vos braves soldats, général, de tout un peuple assemblé, admirateur de vos vertus, et auquel seul man* que votre présence dans ces momens d'allrgn»sse.
« Au quartier général dn Port-au-Prince, le 21 Octobre 1806.
Le ministre de la ffuerre et de la marine E. Gvnn ; le général cem* mandant la 2e division de TOuest, Pétioii; Yi^you , Waval, gêné* raux de brigade; 1 adjudant- général, ^ief de Tétat major. Bonnet; Marion, Verret, Lacroix, E. V. Meptor, adjudans-généraux ; Francisque, Bauregard, ' >^agnac , Dîeudoiiné, Lamarre, -Sai^laou, J, L. Mentor, Bourdet^ Terrien, Mélellus, Gédéon, coliHieU ; Adam, Cadet, Bastien, Baude, Aquerre, Frédéric, Deiftrade, Fiambert, Caneaux, Boyer,^ Lefranc, Lafoniant, Borg^lla, Levèque, Delau« nay, Gireaud, Clermont, Bordes , chefs de bataillon ; Cliervain , commissaire des guerres ; Imbert, Oille fils, Bigot, Castaing, Lt* initié, Gardel, Silvain Legendre, Destouches, Dorman , Sabourin, Viau, Libéral^ suiven^t d'autres, noms obscurs.
Le conseil des généraux se réunit, et décida qae Tadjudant^én^rai Bonnet partirait pour la province du Nord, avec mission d'annoncer officiellement à Christophe sa nouvelle dignilé. Bonnet reçut pour instructions de répandre, partout sur s<m passage, tant en allant qu'en revenant , que le peuple voulait avoir une Constitution dans laquelle là liberté indîvidirelle, l'inviolabilité de la piopiiétéel de la représentation nationale fussent consacrées. On ne pouvait mieux choisir que Bonnet pour remplir cette mission délicate, et même
{)érilleuse , i cause du peu de sincérité qui existait entre l'Ouest et e Nord. C'était un des officiels supérieurs haïtiens les plus instriiits, tt en outre il possédait à un haut degré le courage ci\il. Il s'embarqua pour le Nord, accompagné d une trentaine de jeunes cito- .yens du Port au- Prince, le 22 Octobre, avec des dépèches ii l'a* dresse de Christophe. Pétipn avait écrit i ce dernier que larmée l'avait proclamé général tn chef, qu'elle l'attendait dans ton sein, et qu'H lui envoyait son chef d'élat*major , l'adjudant général Bonnet, pour lui faire un rapport fidèle et circonstancié de la position de l'Ouest, et de tout ce qui s'était passé.
* C^est ce même Boyer qui deviot Président d^Haiti en 181S €t cenmafida à la République d'Haiii jusqu'en 1^43.
" HlSTOrHE D*HAITI.— (180^ 83 à
Les Papalier^Ies Dtvid-Troj, les Borgella et plusieurs autres orflciers supériturs étaient arrivés des Cayesau Port au-Prince. Dès le 19 Octo* bre, Inginac, parvenu à Léogane, sa villejnaiale , s'était séparé de Papa* lier» s'était retiré à Campanet s'y était caché* Aussitôt après le départ de Bonnet pour le Nord ^ DavidTroy , qui depuis longtemps nourrissait contre Mentor une jalousie profonde, se rendit en sa demeure, s'en* tretint longuement aveclui sur ks événemens qui s'étaient accomplis, et sur ceux qu'on découvrait dans Ta venir. On prétendit , à l'époque , qu'il aurait , dans cet entretien , exposé à David Troy ses nouveaux projets d'ambition , et que celui ei les aurait rapportés à ses collègues, les chefs révolutionnaires. Mais les hommes impartiaux ont affirmé qu'on lui tendit des pièges de tous côtés pour le perdre, et qu'on dénatura ses paroles les plus innocentes. Il y eut, dans la même journée, un repas eu assistèrent Borgella, David Troy et plusieurs autres officiers supérieurs. Il y fut décidé que Mentor et Boisrond Tonnère seraient arrêtés comme des hommes dangereux et capables d'égarer le général en chef Christophe, mais qu'au* cun mal ne huv serait fait. L'autorité supérieure accueillit favorablement cette résolution qui lui fut transmise.
Le lendemain Mentor et Boisrond Tonnère, se promenant i travers la ville et ne soupçonnant pas que leurs tètes fussent menacées , surtout Mentor qui avait démontré de la joie & la mort de Dessalines, furent arrêtés et emprisonnés par ceux-là même qui avaient été les compagnons de leurs plaisirs et qui leur témoignaient le plus d'affection depuis le 17 Octobre. La cause léelle de leur arrestation était l'envie qu'inspirai«!nt leurs talents à plusieurs hemmes influens, et particulièrement à David-Troy. Ils n'eussent probablement jamais consenti à devenir les instrumens des passions politiques des chefs révolutionnaires auxquels ils se jugeaient supérieurs. Pour légitimer l'arrestation de Mentor on répandit qu'il av:iit dit à Madame Yauve Germain Frère , dont I époux avait été sacrifié, comme nous l'avons vu, qu'eire trouverait bientôt en lui un nouveau protecteur. De là une soi disant conspiration. Boisrond Tonnère et Mentor avaient été renfermés dans le même cachot. Le premier rendait les sombres idées dont son imagination était chargée en vers mélancoliques qu'il traçait sur la muraille, à l'aide d'un elou :
« Humide et froid séjour fait par et pour le crime , c Ou le crime en riant immole sa victime! c Que. peuvent inspirer tes fers et tes barreaux, « Quand un cœur pur y goûte un innocent repos? »
Mentor était sous l'influence d'une proFoodc résignation. Mais ni l'dn ni l'autre ne s'attendaient à être assassinés. Pendant qu'ils se Ijivraient i des illusions, leur mort était résolue. Va oflicier suivi
849 HISTOIRE b'haiti.— (1806)
d'une dixaiiiê de soldats, pénétra vers eux , et leur annonça qu'ils allaient mourir. Mentor se leva, se tourna contre le mur, et aiteodit le coup fatal. Il tomba baïonnette, sans laisser entendre une plainte. Boisrond Tonnère, au contraire, devint furieux; il s'écria: t Qu'aije fait pour mériter la mort? Je sers de passeport à Mentor. » ^ Il ge saisit d'une cruche et de quelques bouteilles et les lança contre les soldats. Mais l'infortuné ne put lutter contre les baïonnettes; il expira percé de plusieurs coups. La Pairie perdit en ces deux hommes, viclimes delà jalousie la plus odieuse, talent, courage et jeunesi^e. Qui eût pu mieux -que Boisrond , tracer en lettres de feu les belles pages de notre guerre nationale dont il avait été un desacteurs. Ainsi tomberont plus lard les têtes les plus iières et les plus belles d'espérance. La Patrie géo)îi encore aujourd'hui sur ces vîciimes d'une aiïreuse époque. Qu'ils sont coupables ceux qui, pour satisfaire leurs propres passions, excitent le peuple contre les hommes de lumières le plus sou\ent les apôtres de la vérité? Combien Haïti ne maudira t- elle pas un jour leur mémoire !
Ce n'était pas Boiirond Tonnère que les révolutionnaires avaient \ouIu faire périr , mais bien Dupuy qui avait aussi accompagné Dessa-* lines dans le Sud , lors du dernier voyage qu'y entreprit celuici. Cependant nous avons vu qu li)ginac n'avait anéanti la correspondance de Geffrard que sur lesiusiances deDupuy qui, moins dévoué i Dessalines qu'à Christophe , avait veulu faire disparaître les traces de la conspiration dont ce dernier élait le principal auteur. Bupuy qui avait été, à d'autres époques, le protecteur de rnade^ moiselie Joute Lachenais devenue la compagne du général Péiton, trouva un asile en la demeure de son ancienne amie. Bonnet intercéda en sa faveur auprès de Pétion dont l'influence était déjà toute puissante. C^luici oubliant que Dupuy avait été le protégé de Dessalines favorisa généreusement son évasion. Dupuy se retira dans le Nord auprès de Christophe. Comme la politique infime et mb« chiavélique de l'époque commandait que Mentor, noir, ne fût pas sacrifié seul, Boisrond Tonnère qui avait été un des intimes de r&npereur fut immolé pour prouver aux masses noires que les préjugés de castes ne dictaient pas les mesures révolutionnaires. Politique absurde et cruelle qui faussait l'éducation du peuple et ne pouvait être mise en pratique qu'à une époque de profonde ignorance et qui s'est évanouie à Téelat des lumières comme une vapeur^npure aux rayons du soleil. Les citoyens du Sud ont toujours soutenu que Pétion avait été l'auteur de la mort de Beisrond Tonnère, et ceux de l'Ouest en ont accusé Çrérin. Il n'est pas probable que Géria ait poussé à la mon de Boisrond , ear il avait
* Il entendait qu'on ne ]e saerifiait que parce i|u'il toit homme de couleur | les /évolationnaires ne voulant pas sacrifier un noir sans ua mulàire.
Hî'foiitE h'haiti.— (1806) S41
toujours êié son ami et avait été porté au ministère do la guerre et de la marine rar son influence. Nous n'ignorons pas les iaS"* tances de Boisrond auprès de Dessalines pour affaiblir, dès la guerre de rindépendance, l'influence de Geflrard et faire grandir c»lle de Oérin; d*une autre part nous savons que Pétion avait toujours été l'objet des persécutions et des animosiiés de Boisrond, sous Dessalines. Il serait plus vraisemblable que Pétion oôt opposé moins de résistance que Gérin à Timmolation de Boisrond Tonuère, quand' dé^ nombreux officiers supérieurs vinrent la demander.
Pendant cet intervalle, ChrFstophe dans le Nord avait été vague* ment informé de ta mort de Dessalines. Gomme il ignorait la con.duile des chefe de l'insurrection à son égard et qu'instinctivement leur a'mbttton lui portail ombrage , il n-approuva ni ne condamna Tévénement an public; incertain de la position qui lui avait été fait«, il se* montra plutôt disposé, dans ses relations intimes , à déplorer la chute de Dessalines, survenue sans sa participation armée*.
Le 19 03iobre, il adressa la circulaire suivante , en manuscrit , au général de division Paul Romain, commandant la tre. division du Nor4, au général de division Toussaint Brave, commandant la deux!*ème division , et au général de brigade Dartiguenave , commandant Tarrondissement de la Grande Rivière.
e G*est avec des brmes de sang, général, que je vous apprends que je viens d'être informé par S. Ex. \e Ministre des Finanees^ et par le colonel Pierre Toussaint , commandant la place de Saint Marc, que S. M. TEmpereur vient d'être assassiné; il a commencé à se battre depuis ITiabilation Sibert * jusqu'au Portau Prince , croyant que les troupes et les habitans de cette ville élaient pour lui ; il y est arrivé; mais hélas! il n'y a trouvé que la mort.
c En conséquence au reçu delà présente rendezr vous, sans délâf, auprès de moi ( ou le généraï Romain )''et laissez le commandement au général Guillaume, recommandez bien & Pourcely de faire maiatenir Tordre dans cette brigade. Je vous attends. « Signé, CHRISTOPHE. »
TiC même jour il écrivît à Pétion que n'entendant pas parterde lui, il était dans les plus graves inquiétudes sur son sort, et qu'il attendait avec impatience des renscigncmens sur les circonstances de Ja mort de Dessalines, qu'il lui envoyait le capitaine Hyncinlhe et l'aide de camp du général Oartiguenave , chargés d'apprendre de lui exactement ce qui s'était passé. — Jusqu'alors Christophe n'avait reçu, aucune des pièces qui lui avaient été adressées.
• Sibert est à qaatre lieues du Port au-Prince. Christophe n'était pas encore bien informé des circonstances de la mort de Pessalines.
S42 BïSTOiEB d'haiti.— (1806) -
Le 21 Octobre il écrivit à Vefnet quMl ôppelait son cher camû# rade , < qu'il avail reçu les détails qu'il lui avait envoyés sur le malheureux .allenlat qui avait été exercé sur la personne de S. Ml'Empereur et que Tincerliiude ou il se trouvait était véritablement inquiétante. » Christophe ignorait réellement si Dessalincs avait été victime , (|uels étaient les véritables chefs de Tinsurreclion depuis l'entrée de Tarmee du Sud au Port-au Prince, quels étaient leurs nouveaux plans , leurs projets. Le général Martial Besse qui étail sur rhabiiation Labarre, à l'Arcahaie, avec le colonel de la 4c. Jean Louis Longuevalie, lui avait éeril qu'il avait appris que l'Empereur était retenu au Port au Prince, et qu'il devaity demeurer jusqu'à ce qu'il eut souscrite certaines conditions lesquelles ceux qui lui avaient appris cette' nouvelle ignoraient ou Feignaient d'ignorer. En attendant que des nouvelles orficielles lui parvinssent, Christophe maintenait l'ordre dans le Nord , faisait payer et habiller les demi brigades avant de songer à sortir du Cap. U y avait au trésor de cette ville assez d'argent pour solder les troupes pendant quatre mois. Il enjoignit au général Martial Besse de retourner à Mar* chand , d'y maintenir l'ordre, de garder cette ville, de Honnerious ses soins aux munitions, au palais et particulièrement à la falbîlle impériale. H écrivit au Ministre des finances d'habiller les troupes et de le^ rationner, ^i un escalin par jour (douze sous) dès qu'elles rentreraient à Marchand , de faire respecter les personnes et les propriétés; il lui recommanda aussi l'Impératrice et ses enfans.
Dans l'Ariibonite on tint les troupes sur la défensive, prèles à re^ peusser la force par la force, on attendant Tarrivée de Christophe. Celui-ci après avoir ealmé les esprits daas le Nord devait ee rendre à St. Marc pour empêcher 1 insurrection de m propager et de l'atteindre , car il n'avait nulle confiance en la loyauté des chefs de l'Ouest et du Sud.
Le 21 Octobre, il écrivis la lettre suivante à S. M. Tlmpératrice.
« Il serait difficile à mon cœur, ma chère Commère, de vous exprimer la sensation que j'ai éprouvée , en apprenant la nouvelle des troubles qui ont eu lieu, 'et surtout l'attentat inouï quia été commis sur la personne de S. M. l'Empereur, votre époux ; mon inquiétude est sans égale sur son sort. Je n'ai pu parvenir à avoir aucun détail certain sur ces malheureuses affaires; j'ignore absolument les chefs des insurgés, leur plan et leur but; je nepuisencorô penser qu'ils aient osé tremper leurs mains dans son sang. De crainte que l'insurrection ne se propagedans le Nord, j'ai cru prudent de prendre, avant de me déplacer, des mesures qui tendent au maintien de l'ordre dans les deux divisions J'ai ordonné l'habillement et la solde des troupes. Du moment qu'il me sera permis de m'absenter, vous me verrez voler' auprès de vous. Ne vou9
HISTOIRE D'il AITI.— (1^06) 84S
htsser pas, chère commère, accabler par le chagrin; vousmeconr naissez , ayez une confiance entière en moi ; je ferai tout ce qu» riionseur exige de moi pour éviter reiïusion du sang entre nous* Le graad projet de nos ennemis est donc rempli ; ils ont enfin rÀussi à mctUe la division dans FEmpire, et dans quel moment ?& la veille d'une paeificaiion générale en Europe, oà nous ne devrions songer qu'à Oiiir nos fortiiications et attendre l'ennemi. De grands coupables ont joué un, rôle dans cette alTaire. -
« Je ferai tout ce q^ue mon devoir m'ordonnera de ftiire ; je pren* ërai Dieu à lémoin! de mes actions. Ayez soin de vos.enfans, X'ai écrit ai>> Ministre des (înances , s'il croyait que vous, ainsi que ifotre intéressante famille, couriez quelques risques, de me le faire savoir tout de suite; je vous enverrais chercher , ainsi que vosenfans^ pour venir auprès de mon. épouse qvii est dans les alarmes et qui gémit comme moi sur ce cruel événement.
« le vous eipbrasse de. tjput coeur et avec un dévouement sans bornes. *^
Deux jours après avoir adressé cette lettre à Madame Dessalines^ Christophe adhérait à la révolution qui s'était opérée , et traitait TEmpereur d'Hydre dévorante. Le colonel Pierre Toussaint^ comman* danl de la place de St. Vlarc et le général Vernet venaient de lui iaire parvenir les dépêches des généraux Gérin et Pétion. Il éprotir va une joie réelle devoir été pr4»clamé le chef du gouvernement. Il coavoqua aussitôt à Milot les autorités civiles et militaires du Cap^ «t des environs et leur donna lecture des lettres qu'iL avait reçues et de la pièce intitulée, Hesistance à TOppressioft.
Les autorités du Nord , agissant sous son influence, accueillirent Êvorablement la révolution, rédigèrent et signèrent Tacte qui suit:
Aujourd'hui 23 Octobre 1806-, an 3e de T Indépendance.*- Nous soussignés, sur Tinvitation à nous, faite par son Excellence le général Christophe ,
, Nous> nous sommes* rendus au quartier général de Milot , à Teflet de prendre connaissance des dépêches qui lui ont été adressées par JLL. EE. les. généraux commandant les divisions du Sud et la 2.& de rOuest , où étant il nous a été donné lecture ; V D'une lettre
• Lo lecteur nf* doit pas 8*étonner qtie jo transcrive liltéfaVmcnl la plupart des pièces qui ont trait à la.chutiî de Dt ss.-iiinos. Elles sœn. dt- la plus, bauto importance •lans notre histoire et p^u connues do la nouvelle génération Rapportées en entier, elles font parfiitçmeni connaître. c* t. événfnrïtnV qui a eu les résultats les-, plus déplorables et dont les effets se font sent r iuequ'aujourd'hui Elles surehar* gent la narration et l'iMenoinpent souvent; mais en Us rejetant à la fin de Pouvra^
£e, elles ne seraient pas parcourues de beaucoup de lecteurs qui se conteateat de& re un livre , sans jeter les yeux sur les pièces justificatives^
944 HISTOIRE D^KAITI. — (1806)
écrite ft S. Et. le généra! eo chrf, ptr le général de division Pétîon,en date du 17 du courant; 2** D'une lettre du général miniatra de la guerre et da la marine , accompagnant la relation de la campagne haïtienne contre la tyrannie, en date du 18 du courant^ 3* Enin d'une déclaration ayant pour titre : Réstttancê à l'Oppression.
Aprèi avoir mûrement réfléchi sur le contenu dea lettres et la déclaration précitée, ainai que sur les motifs qui ont déterminé Tar* mée sustlite à se réunir contre la tyrannie sous laquelle noua gé* miftsions, nous reslons pénétrés de reconnaissance pour U courage et l'énergie qu'elle a montrés f en écrasant la tète de THydre qui allait nous déférer; trompés par les fausses {protestations de protéger et d'assurer notre liberté, de respecter nos droits, à peine avions-nous donné «ne adhésion pleine , franche et loyale aux mesures conservatrices qu'on nous annonçait, que te plus dur despotisme, la tyrannie la plus révoltante ont pesé S(ir nous.
O joug affreux et désespérant I 11 est enfin brisé !
Les nf^êmes sentimens qui ont porté nos frères du Sud et ^e l'Ouest à cet acte répressif nous animent tous, et comme eux nous avions senti
3ue nous ne pouvions mieux placer le salut de notre pays qu'en éférant au général en chef Henri Christophe, les rênes du goa- Ternement, sous quelque dénomination que ee puisse être.
Nous nous sommes empressés de lui manifester nos vœux à cet égard, et, après nos vives sollicitations, il a adhéré; il ne nous reste maintenant qu'à nous féliciter sur un avenir plus doux ; sous la protection des lois sages qui vont être faites et sous leur entière exéeution, ce ne sera point un chef que nous aurons, ce sera un père entouré de ses enfans, qui n'aspirera qu'à leur bonheur eti leur prospérité.
Fait et clos lea jour, mois et an que dessus.
Signé : P. Romain, général de division; Dartiguenave, général de brigade; Gérard, Campos Thabarrès, adjudaxis-généraux ; Cfa. Thiphaine , chef de bataillon d'artillerie; H. Barré, chef de bataillon, directeur du génie; Roumage jeune, administrateur; César Thélémaque, contrôleur; Roumage atné, directeur des domaines; L. Ra« phaël, directeur de la douane; Leroy, garde magasin ; Bertrand Lemoine, peseur; Fleury, président du tribunal civil; Beaubert, juge; Bonniot, président du tribunal de commerce; J. B. Petit, Almanzor père, juges; Jean Isaac, juge-depaix ; I>elon, assesseur; G. BreUe, curé; Villon, J. Ferrier, Juste Uugonin ; Ch. Leconte, négociant.
Le général en chef de l'Etat d'Haïti, Signé: Henry Christophe.
Christophe livra à l'impression les dépêches qu'il avait reçues, aJAsi que la Résistance À l'Oppremion. Le même jonr)23 Octobrei
HISTOIRE d'hiiti. — (1806) S45
î! écrivît k Gérîfi que l'événement tragique qu'il lui a\ait annoncé el qu'une cruelh nécessité avait amenée l'avait «ffligo; que jamais Torgtieil et l'ambition ne ravticnt dominé, et que le bonheur de ses concitoyens avait toujours été son unique désir ; qu'il acceptait la charge de chef du gouvernement, aussi honorable que pénible et dirticib, qu'il approuvait toutes les mesures qui avaient été prises, «t, pour parvenir à rétablissement d'une constitution régénératrice, qu'A était nécessaire qu'une assemblée, composée des hommes les plus notables , les plus éclairés tt les plus amis de ta chose publi* qne 8« formât pour travailler 6 ce' grand œuvre; qu'il désignerait le temps, le lieu, où celte assemblée devrait se réunir, et la quantité de membres qui devraient la composer. Il écrivit à Pûlion qu'il approuvait H bonne conduite de ses frères du Sud et de l'Ouest, et te pria de s'entendre avec Gérin pour maintenir le bon ordre jusqu'à ce que les lois fussent définitivc^roent faites.
Il adressai Gérin, de Hilot^ le 23 Octobre, la pièce suivante signée des autorités du Nord:
Au Ministre de la guerre et de la marine, et à tous nos frères des armées du Sud et de V Ouest.
Frères et amis , Nous vous serrons dans nos bras, et nous nous réunissons à vous de cœur et d'esprit. Comme vous, nous aimons la liberté, et comme voQS, nous défestons l'oppression. Le général en chef s'est rendu 6 nos vœux qui sont conformes aux vôtres ; il accepte la prefilière magistrature de TEtat que vous lui offrez.
Christophe expédia, au Port-au Prince, par son aide de-camp St. George, et par Monsieur Bertrand Lemoine, sa réponse à Gérin, ainsi qu*à Pétion, et l'adhésion des autorités du Nord à la révolution.
Trois jours après 26 Octobre, il ^écrivit à Pétion qu'il attendait avec impatience l'arrivée de l'adjudant général Bonnet, son chef d'état-major. Youlant voir se disperser les forces réunies au Port au* Pffnee, qui lui inspiraient des inquiétudes, il lui dit qu'il était essentiel, avant de commencer k travailler à Tacte constitutionnel, que les t6tes& fussent olmes et que Me silence de la méditation laissât la faculté d'assurer le bonheur du peuple d'Haïti, qu'il (allait, en con* séquence que' les troupes reprissent leurs garnisons respectives , que tous les corps retournassent dans leurs arrondissements tant pour la sûreté de l'Etat que pour le maintien du bon ordre; qu'aussitôt que tout serait rentré dans Tétat ordinaire , il inviterait les eitoyeof les plus sages, les plus notables, ceux qui possédaient la confisnee du peuple i se réunir dans un lieu qu'il leur désignerait pour former le pacte qui dût lier et assurer le bonheur des Haïtiens. Par une autre fettrei* m^me date, il exprima à t^étion le désir dé
346 insïOfRE D^ÏAÏTI. — (18Cff)
\oir.se rendre auprès de lui les officiers qwi avaient formé TétaC* major-de Dessalînes. L'adjiuIaiU général Blanchet arriva au Porl an- Prince, porlcur deresdeux lettres. Il ne retourna plus dans le Nord; et la plupart des officiers de Télat nriajor de D(»S8aIines qui n'étaient pas nalifs du Nord ou de l'Arlibonile, demeurèrent au Port au Prince. Dans sa leUre Chrisloplie avait manifesté le désir d*avoir auprès de lui l'adjudant.général Papalior; celui ci partît pour le Cap où il ne demeuFera que quelques joîms.
Pondant cet inicrxalle , le navire qui portait le général Don net, envoyé en diipnlatîon auprès de Clirisloplie, entrait dans ia< rade dtt Cap. X rappariiion du Ifâlimonl un peuple imaiense accourut au rivage, lionne doficcndii du navire, tra\ersa la foule et se rendit au bureau de rarrondisscmenl, tout en racontant à ceux qui l'entonraient les dôlails do Tinsurreçlion du Sud et de la ch4ile de Dessalines. t Nous aurons désormais, leur disait-il , une Constitution dans laquelle Us ailributions du chef de l'Etat seront si réduite* qu'il se trouve! a dans Timpossibililé de faite le mal. » Desespions de Christophe recueillaient toutes ses paroles et se hâtaient de le» rappoiter à rautorilé. L'adjudant général Richard » commandant de la ville du Cap, llinvita à se rendre à la Perrière où se trouvait alors Christophe. Bonnet se procura une mofiture et s'achemina vers la citadelle. O^'and il atteignit le sommet du morne Laferri('re , il apt^rçut^ Christophe debout près d'une des embrasures du Fort , une longue vue à la main et plongeant ses regards sur les campagnes environnantes. Il s'approcha d^ lui, maiâ le général en ctieC f^^ig/iant de ne pas le voir, ne se détourna pas dea obj^»ls qui attiraient son attention. Il ne porta sur lui les yeux qu'après qu'il eut entendu sa voix. « T^s troupes réunies au Portau Prince , le peuple du Sud et de 1 (Vicst m'ont envoyé, général, vous annoncer que vous avez été proclamé chef provisoire de TEtat d'Haïti. » Christophe qui avait à ^es cdtés plusieurs officiers, le prit à Técart et lui demanda aussitôt ce que len avait fait de Mentor. Bonnet lui répondit qu'il Tavait Ivisaé au Port au- Prinee, sain et saiaf. » Je suis (aché, répliqua Christophe, qu'on lait épargné ; on eut dû Texécuter ^u le déporter. Eh bien ! je ne serai pas du reste plus mi^chant que vous: » Il engagea Bonnet à retourner au Cap, pour l'y attenirc, et lui olfrît des chevaux avec courtoisie. Bonnet accepta ses politesses et rentra en ville au commencement de la nuit. Sa demeure se remplit aussitôt de citoyens de toutes, conditions; les uns se félicitaient de la mort de Dessalines; les autres, envoyés par le gém>ral Richard, pour espionner, se taisaient et recueillaient les moindres paroles. La plupart lui dirent, en partieulior, que le général Christophe promettait un gouvernement beau* coup plus sanglant que celui de Toussaint LoHvertnre. Le lende« fiiain, les énjtissairés que Christophe avait envo^é^ au PQrt-a¥-PrtQC«i
HISTOIRE o'miTi.— (1806) 347
aussitôt âpres la nouvelle de la chute de Dcssalin68 , revinrent dans le Mord. Ils annoncèrent au g^'oéral en chef l'assassinat deMenlor ci de Boisfoud Tonnère, la nomination par les révolulionnaiies du colonel Wagnac au grade de général, et enfin combien lesgcnérunx rlu Sud et de rOuest étaient peu sincères à son égard. Christopho comprit que Ton ne s'était servi de son nom que pour donner de h con« sistaneç. à f insurrection. II se défia davantage de Pétion , de Géria et des autres officiers de l'Ouest et du Sud. Il ne song^a plus qu'à déjouer leur projet. Il se transporta au Gap, et réunit au palais du gouvernement les autorités et les principaux ciioyens. Il s'assit à fextrémité de la grande salle et prit une attitude sombre. Bonnet plein de calme et de dignité se tenait en face de lui à H'oxtrémité opposée. On épreuvait des inquiétudes pour Us jours des envoyés du Port au- Prince. « L'insurrection du Sud cl de l'Ouest, dit Christophe , rompant le silence qui régnait dans rassemblée, est le résultat de fambilion. On en veut aux hommes écbirés , car on a assassiné Boisrond Tonnére; on en veut aux noirs, car on a assassiné Mentor. Vous ne m'aviez pas parlé de ces crimes , géneial Bonnet I
Bonnet se leva et répondit d'une voix ferme : Dix sept mille hom* mes ont abattu Dessalines au Pont-Rouge; si l'ambiiion les eui animés , ils se seraient précipités dans le Nord , el rien ncùx pu les empêcher de pénétrer jusqu'au centre de la ville du Cap. J'ai été député ici pour vous proclamer chef provisoire du gouvepnemenl d'Haïti; depuis mon arrivée je n'ai reçu aucune lettre du Port-aér-Prinee. Si Mentor et Boisrond Tonnére ont été exécutas , c'est qu'ils conspiraient , sans doute , contre la tranquillité publique. Mais, général en chef, je suis surpris de l'intérêt que tous paraisse% porter à présent i Mentor, quand le jour demen arrivée, \ous m'avez dit| à la Ferriére, que les révolutionnaires avaient mal fait de ne l'avoir pas exécuté ou déporté. » Celte réponse déc(>i«ctrla Christophe qui ne sy attendait nullement. Il se leva et se relira dans un autre appartement. Il dit à plusieurs officiers qui l'avaient suivi : si l'ambition seulement ne les avait pas poussés à Tinsurrcc* tîon , auraient ils cherché à se rendre forts en donnant des grades? N'ai-je pas seul le droit de fuire des promotions, moi qui ai été pro< clamé le chef du gouvernement T Ne voyez-vous pas qu'ils veulent se créer des partisans? £h bi^n I je me rendrai fort, moi aussi; * et je ne me laisserai pas égorger comme Dessalines. » Quoiqu'il fût mécontent de Tatlitude prise par les chefs de l'Ouest et de Sud, il ne voulait passe prononcer encore contre la révolution; il atten* dait que la Constitution qui dût être faite, fût publiée; il se propo sait de l'eccepter si les attributions du chef de lElat y étaient largement consacrées, sinon la rejeter. Déjà il déclarait, à ses ofiiçiers qu'il ^vait toujours ^{é étranger à la .conspiraiion qui avaH
eyîslé contre Dsssalînes. C'était pour s'attacher la pîuparf <I«s frotïpes de TArlibonile , dont l'Empereor avait été très-aimc. Le lendeinain il apprit que Donnct, se promenant beaucoup, à travers la ville, ne parlait, à dessein, que de liberté individuelle et de Constitution démocratique, il le manda tiu palais et lui dit dans un entretien particulier : « On a bien fait d'avoir sacrifié Mentor ; c'était un grand ambiti^'ux ; mais je suis forcé de condamner ce -fait «n prûsence de ces brigands qui m'entourent; si , par mes paroles, je ne les contenais pas, ils se livreraient à toutes sortes d'excès et tenteraient de m'a&sassiner; hier je n'ai entendu blâmer ni vous ni Pélion. »
Dans les premiers jours de Novembre , Bonnet annonça qu'il allait retourner au Port au Prince. Quônd il prît congé de Christophe, celui ci mit à sa disposition des voilures et des chevaux ; il les refusa avec politesse. Un des frères Robmage Tavisa que Christophe avait envoyé l'ordre à un nommé Macaja de l'assassiner au Camp-Coq près de Plaisance, qu^nd il traverserait ces lieux. Bonnet partit aussitôt, chemina rapidement et devança Tf^mbuscade. Mais quand il parvint près des Gonaîves, il fut arrêté par un déiachement de quarante hommes. Comme il était escorté dune trentaine de jeunes gens, on n'osa Vallaquer. L'officier qui commandait le déiachement lui dit qu'il «vai-t été chargé, par le général Magny , commandant des Gonaïves , de venir à sa rencontre et de raccompagner jusqu'<'n ville. Q;iand Bonnet entra aux Gonaïves, il se plaignit qu'un officier subalierne se fût oublié jusqu'à arrêter un officier général. Magny condamna la conduite de l'officier et l« punit sévèrement. Ln effet, homme plein d'honntur, il n'avait envoyé le détachement à sa rencontre que pour lui rendre les honneurs. Bonnet descendit chez Mme. Dessalines qui, d'une bonté surnaturelle, Taccueillit très bien.
Pendant cet intervalle, un officier arriva, du Cap aux Gonaïves, se rendant à Mrtrchand. Il avait été chargé par Christophe de conduire un bataillon de la ie. au pont de f Ester et d*y dresser une embuscade à Bonnet. Celui ci était à table chez madame Dessalines, quand les jounes gens du Port-au-Prince qui formaient son escorte, apprirent ce nouveau projet de guet-à-pens. Il en fut aussitôt avisé et monta en voiture. H devança 1 embuscade et entra h Saint- Marc. Le colonel Pierre Toussaint, commandant de cette ville, le reçujt avec froideur. Jean Louis Longuevalle , colonel de la 4e, vint au bureau de la place et parla d'arrêter les assassins de l'Empereur. Il fut question de placer une embuscade à la Ravine Sèche. Bonnet, informé à temps de ce qui allait se faire, partit aussitôt de $t. MarCi et rentra' au Port-au-Prince , sain et sauf. Il rendit
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compte de sa mîssioa et reçut des félicitations peu communes. ^ Quoiqu'il y eût beaucoup de méeontens dans le Nord et TAr- ' tibonite, les habitans de ces deux provinces demeurèrent prôls à obéir à dnistoptie; la seconde division de l'Ouest et le Sud , bien que Christophe eût été proclamé chef provisoire du gouvernement , ne reconnaissaient que l'autorité de Péiion et de Gérin qui agissaient sans sincérité à l'égard du générai en chef dont ils redoutaient Ihumeur despotique et cruelle. Dans cet étal de choses , la guerre civile devait ne pas tarder à éclater.
De tous les généraux de l'Ouett et du Sud , Péiion , depuis la mort de Gedrard , était celui que les troupes et le peuple vénéraient le plus. Venait en^ seconde ligne dans reslime publique , le gé-> néial Gérin qui se montrait envieux de linfluence de Péiion. Déjà les citoyens et les troupes parlaient de mettre ce dernier àleurtêlc, si Ton en venait i une rupture avec Christophe. Quand quelques murmures éclataient dans les casernes , les soldats n'écoutaient que sa voix. Les lie et 12e demi brigades n'a)ant reçu que deux gourdes et demie au lieu de cinq qui leur avaient été données après là mort de Dessalines rompirent presque les liens de h discipline. Le général Yayou se rendit aussitôt aux casernes et leur parla; mais il fut hué et obligé de se retirer. Déjà on éprouvait en ville de graves inquiétudes. Le général Péiion se transporta aux rarsernes et fut accueilli par les cris unanimes des soldats dci vive le général Péiion! Il leur dit: mes camarades, si vous n'avez reçu que deux gourdes et demie, c'est d'après les ordres du général en chef Chris* lophe auquel vous devez une obéissance absolue; mais, d'une autre part, soyez convaincus que ma voix se fera toujours entendre toutes les fois qu'il s agira de défendre vos droits. » 11 sortit des casernes, au milieu ides acclamations des troupes. Les deux demi brigades , qui fournissaient ensemble une force de 3,600 hommes, rcntrèrcnl dans le dc'voir.
Christophe, en sa qualité de chef provisoire du gouvernement , fit connaître au peuple et à Tarmée d'Haïti, par une adresse du 2 No- \embre, rédigée par Rouanez jeune, les devoirs que leur imposait le uouvel ordre de choses.
« L'événemeat qui vient de vous rendre à un sort phis digne de vos sacrifices el de vos travaux, qui, en détruisant l'arbitraire dont vous aviez à vous plaindre, vous prépare un avenir heureux, doit être le nœud indissoluble de notre union et le rempart de notre fé* licite. C'est o'avoir rien &it que de détruire une mauvaise admi*
* Je tiens de feu le général Bonnet lui méine une partie des détails qu^ je* vient de rapporter. £n 1841 et 1842, quand il venait de St-lflare , où il commandait , au Port au-Prince , il me raeontaît , avec bonté , quoique je fusse d'une eitréme jeu* j|Cf«ej les évéacunejQS politiques auxquels il avait pris parti
nistration sans lui en substituer une meilleure et sans $e garder des désordres de ranarohie trop facile à se glisser dans la transitioa politique d'un régime h un autre. Souvenez-vous que le gouvernement qui va désormais garantir vos droits et assurer le prix de^ros privaiions, demande de vous Tobéissance, le maintien exact de l'ordre el do Tunion, le respect à vos chefs , l'observation de la discipline mililbiîre «t rexécution des lois: Voilà les conditions sans lesquelles il lui est impossible de faire un pas dans la nouvelle carrière qui \ient de lui cire ouverle.
« Vous militaires de tous grades qui, depuis quatre ans, n'avez cessé de soutenir sous des chefs distingués, Thonneur du drapeau d*Haïli, voudriez vous perdre, en un jour, et votre réputation et la récompense qui vous est destinée? Voudriez vous renverser, sur vos propres têles, réditice de notre indépendance et de notre liberté, et nous exposer, par sa chute, à Tironie des nations? Avez vous oublié les préceptes de cette discipline qui a tait distinguer même par nos ennemis, votre mérite et votre bravoure? Souvenez vous que le soldat, n'est pas digne de ce nom lorsqu'il s'écarte du sentier de ses devoirs? Souvenez vous que la sûreté de l'Etat , celle de vos famîllcs, des citoyens et des propriétés, dépendent de votre obéissance à vos chefs. Le gouvernement a les yeux ouverts sur vous ; il sait quelles ont été vos privations; îl s'occupe, à chaque instant, de pourvoir, d'avance, aux moyens d'assurer votre équipement, votre paye et votre existence. INe détruisez donc pas les soins qu'il con« sacre à assurer votre sort.
c Vous cultivateurs et hahiians , dont les bras laborieux soutiennent les bases du gouvernement, votre bonheur est dans vos travaux, votre richesse est le produit de votre culture; sans Tordre le plus exact, sans une tranquillité parfuite, vous perdrez tout le fruit de vos sueurs ; votre bonheur et celui de votre famille occupent le gou-' vernement ; il ne cesse de travailler pour vous donner des règle* mens dont la sagesse va vous garantir la jouissance du produit 4^ votre travail el assurer l'aisance dans le sein de vos familles. La régularité de votre conduite £St essentiellement nécessaire pour assurer les effets de la bienfaisante sollicitude du gouvernement à votre égard.
« Militaires de toutes armes , habitans de tous états , pénétrez-vous bien de la nécessité d'une rigoureuse obéissance aux lois; s'il ^st au milieu de vous des agitateurs, des stipendiés de nos ennemis, des traîtres qui chercheraient à détruire vos principes, sachez les conaattre; mettez le gouvernement à même de détruire les pernicieux effets de leurs per^ iides iasinuatiens ; confiez, sans détours , à vos chefs , avec la franchise du véritable haïtien , leurs suggestions astucieuses. Gardez , dans vos âmes, 4'amour de votre patrie, celui de l'ordre; imprimez y en caractères ioeffaçables , que le gouveroemenl veut ie maiQliea delà
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plus parfaite unioi), et )e sacrifice de toute haine, ambition, de tout •spril de parti et n'a d'autre but que le salul de lEtat. »
Tout en publiant de telles pièces par lef^quelles il prêchait la discipline la plus sévère , Christophe s'elTorçait de répandre la division parmi les officiers généraux de I Ouest et du Sud , pour qu'il pât les écraser avec plus de facilité. Depuis le 30 Octobre, le gcMiérat ' Yayou 9 sortant du Pert-au-Prinee, était revenu à Léogane, le chef lieu de son commandement. Il y avait trouvé le désordre^ son comble, et l'intrigue s'exerçant contre lui activement : quelques hommes influens du quartier voulaient lui tnlever son commandement. Il s'était rendu hostile à beaucoup d'Irabitans par la violence de son caractère. L'adjudant général Hariou, les colonels Dieudonné Gliarlot et Lamarre éta^ient en mésintelligence avec lui : il parut se repentir d'%voir pris les armes contre Dasfalines, appela chez lui luginac l'ex directeur des demiaines et l'entoura de sa protection. I^ous avons vu qu'il était créole de la Grande Rivière du Nord. Le 10 Novembre un messager arriva de ce quartier à Léoganc , porteur d'une lettre de Christophe à son adresse. Ce dernier s'eflorçnit de lui inspirer des craintes à l'égard des habitants et des soldais de l'Ouest et du Sud qui, lui disait il, détestaient lés geuj^ du ^ord ; il lui, rappelait plusieurs des circonstances de la guprro civile entre Toussaint et Rigaud et l'exhortait à être* sans iuqui^imle sur le aort de sa famille qui était à la Grande-Rivicre , en lui donnant Tassurance qu'elle était l'objet de toute sa sollicitude. En terminant sa lettre, il le priait de croire à son estime et à la confiance que lui ^avait inspirée son courage, lui exprima qu'il appréciait les services qu'il avait rendus à la patrie et qu'il déplorait que D^ssalines Itùi en>eyé dans l'Ouest, en l'obligeant à quitter des lieux que sa valeur avaii arrachés aux français. Yxyou n'ignorait pas qu'il n'avait été déplacé de la Gran« de-Rivière par Déïssalines qu'à l'instigation de Christophe, son enne* mi personnel. Cependant il se montra satisfait qu'il lui rendit justice. H communiqua cette lettre à plusieurs citoyens qui avaient sa confiance. lU lui . rappelèrent que Christophe, dès 1805» avait entretenu une correspondance av«c GelTrard contre Dessalines, que sa mauvaise foi étaii évidente, ei qu'il ne voulait faire de lui qu ua instrument pour bouleverser lOuest. Yayou frappé de la justesse de ces^ observations , envoya à Pétion, par un capitaine de la 21* la lettre de Christophe. Il ordonna auvssi au messager du Nord de a'aeheminer sur le Port au Prince. Il parcourut ensuite la plaine de Lé^gane et les environs , calmant les esprits qui étaient toujours agités et prêchant aux cultivateurs la soumission à leurs chefs. Quand il parvint sur l'habitation Fauchsir qu'il exploitait depuis sous Dessalines il apprit qu'il se faisait contre lui une forte propagande daos les sections de Tdte*à bcQjjf du Grand Goâve et de Fourqueda
Petit.Goâvc; que c'étaient Lamarre, colonel de la 24e, et Quique, cher du troisième bataillon de ce eorps, qui la dirigeaient. Oa lui annonça que Lamarre 8*était concerté avec plusieurs habitans do L^ogane pour Tabattre , et que le commandant Quiqve, Taitendait avec son bataillon , pour le sacriiier , quand il 99 rendrait sur sa propriété , dans la plaine du Petit- Goàve. Ya*
' you , sans approfondir ces rapports qui étaient mensongers , reviol à Léogane, très agité, se répandant en menaces eontre ceux qui, lui avait-on dji, en voulaient à ses jours. Il manda à Léogane le colonel Lamarre, ainsi que plusieurs officiers de la 24e. Lamarre lui répondit qu'il n'obéirait pa^à ses ordres, et qu'il ne se Ireasporterait à Léegane que pour se rendre au Port-auPrioee où Tap^ pelaient des affaires privées. Cette réponse exasp^éra davantage le général Yajou qui invectiva contre Lamarre publiquement, oiè^ que celui ci arri\a à Léogane, il se transporta en la demeure d« Yajou, et en présence des soldats qui montaient la garde etieï ea général, il Tinjuria avec fureur, et le menaça m4me de son poignard.* Il partit aussitôt après pour le Port au Prince. Le bruit se répandit au Petit-Goâve que Lamarre avait été arrêté à Léogane. Le ebeC de bataillon Quique, sans &ire aucun mouvement militaire, paria da marcher sur Léogane pour le délivrer. Il ne revint sur sa déter* mination qu'en apprenant que son eolonel était parti pour le Port au* Prince. Yayou avisa Péiit^n de la conduite de Lamarre et des perolee de Quique. Lamarre fut aussitôt arrêté, livré aune cemmission militaire, jugé et condamné à quatre ans de prison et à être dégradé. Le chef de bataillon Quique, par lea ordres de Pétien, fut arrêté et conduit au Porl-au Prince, jugé, condamné à N peine eapitale»^ pour une prétendue rébellion contre radtorité,et evécuté en place" publique. Ces rigueurs irritèrent davantage les habilans de larron* dissement de Léogane centre Yayou. De son côté, le colonel Dieudonné tharlot, parent de Lamarre et ennemi personnel de Yayou ^
^suscitait à ce dernier toutes sortes de contrariétés en méconnaîsaaat sans cesse son autorité. L'adjudant général Uarion, avait failli d'en venir aux mains avee Yayou. Néanmoins il était parvenu à eaapè- ' cher les soldats de la Sle de se révolter centre ce général et de tirer sur lui i une revue solennelle. Pour éviter l'effusion du sang qui était sur le point d'avoir lieu , il It connaître au général Pélien que l'anarcbie était & aon comble à Léegane, et que sa présence y était indispensable. Pétion s'y rendit , accompagné de cinquante dragons, commandés par le capitaine Per et de cent grenadiers de la lie demi brigade, sous les ordres du chef de bataillon Confident. Par sa modération il réconcilia les parties, calma les inquiétudes de
* A cette époque la plupart des officiers supérieurs portaient des poignards à là ceiûtufe et quelquefois collés eoutre leurs bottée à réeujère*
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Yayon, condamn» la conduite du colonel Dieudonné Chariot et re« tourna au Port au Prince, le 13 NoTenibre, emmenant avec lui Tadjudant-général Marion dont la présence ne peuvait que renouveler las déserdrea oui avaient existé à Léogane, car Ya) ou le considérait, à tort, comme le principal auteur de tout ce qui s'était passé. Yayou, créole de la Grande-Rivière du Nord, ayant coetre lui l'esprit de localité, rencontrait fort peu de sympathie dans les populations de rOueat. Les habitant de Tarrondissement de Léogane supportaient avec impatience son autorité parce qu'il n'était pas de leur quartier, ft qu'il était, du reste, très-violent.
Aussitôt apros le départ de Péiion, Dieudoniié , appréhendant une arrestation s'était cache, et pendant toute la journée du iS on n'avait pu découvrir sa retraite. Vers minuit, le géniral Yayou apprit qu'il s'était réfugié dans une maison près du cimetière de Léogane , et qu'il se proposait, à la pointe du jour , d'atteindre les montagnes du Grand-Go&ve qui étaient en grande rumeur. Il envoya pour l'arrête^ un fort détachement. Dès que Dieudonné Chariot, aperçut les sol* data il tira sur eux deux coups de pistolet; mais il tomba aussitôt sous une décJiarge de mousqueterie. Après cette exécution tout ren« tra dana l'ordre à Léogane, et Yayou reprit son ancien ascendant.
Pendant que Pétion rétablissait dans l'arrondissement de Léogane ]fi tranquillité qui avait été un instant troublée, Christophe faisait le3 plus grands efforts pour la maintenir dans le Nord et TArlibonite. Depuis le séjour de Bonnet au Gap, l'esprit d'insubordination avait pénétré dans les treupes; elles ne parlaient que de Constitution, des droits de Ihomme, de la trop grande sévérité du Co<Ie pénal militaire, d'un gouvernement démocratique et de légalité parfaite qui dût exister entre les citoyens, (hristophe était obligé d'exercer de grandes rigueurs, de commander des exécutions ex«m* plaires en tète de 1 armée. ^ Le 3 Novembre il adressa la circulaire suivante, aux généraux Pétion, Romain, Brave, Vernet, Gérin et Pérou , concernant la réunion des assemblées électorales et la convocation de l'assemblée constituante.
< Etant instant de travailler à la formation d'une constitution , voulant autant qu'il est en mon pouvoir accélérer la conclusion de
* Le 3 Novembre 1806, il adressa la lettre .suivante au général Romain: " Je viens , général , de recevoir avec voire Irtlre du premier do ce mois la procds-Ysrbal qui a été dressé par le chef du premier bataillon de la Ire demibrigade, contre le grenadier Auguste, convaincu d'avoir tenu des propos tendant & semer le trouble et la division, et d'avoit assassiné le caporal Guillaume . son chifi Vous ordonnerez de sui e la convocation d'un conseil spécial militaire pour juger ce délit , et vous f^rez fusill r ce gn^nadier à la tète da premier bataillon, après le jugement f^tii aura été rendu. ''
C'était assez dire aux juges auxquels la lettre fut eommuniquée , qu'il n'y avait à f roaoacar ^nt la peins sapitale.
«éttê œuvré nécessaire , que le plui sûr moyen d'y parvenir est i# réunir les plus sages de nos concitoyens et l#s plus éclairés sur leurs droits, pour, d'après les vœux du peuple, convenir d'ua pacte qui établisse les devoirs de toutes les branches du fouverne- Itienl ainsi que les obligations des Haïtiens, je. vous invite à don* ner des ordres dans chacjue paroisse de la division que vous commandes pour Taire assembler ,' le 20 du présent mois, toiis les habitans de cbacune de ces paroisses, à VtffeX d'élire^, dans chacune, un citoyen connu par sa moralité et son amour du bien public pour la représenter et travailler à notre constitution; ces citoyens se réuniront le 30 de ce mois dans ta ville du P(»rt au-Prince, pour faire, d'après les veaux de leurs commettans, une conjititutîon | et je li'ai pas besoin de vous recommander d'aider de vos lumières le choix du peuple en lui indiquant au besoin tes personnes qui, à irotre connaissance , sont dignes de la confiance publique', et pou- ^\ant, par leur discernement concourir à la jierfeclion de cet important ouvrage.
€ Vous voudrez bien leur faire observer que la non-résidence dans la paroisse n*est pas une qualité exclusive de léleclion, tout eiloyen d'Haïti a droit à la nomination partout c^ù il sera digne.
c Lorsque les divers envoyés des paroisses seront arrives dans le Heu qui leur est désigné, ils n'auront pas besoin d'autre lettre de convocation que les procès \erbaux de leurs paroisses respectives pour procéder, après que la Irgalité en sera reconnue, de suite i terminer le plus tôt possible leur tra\ail.
c Aidez de votre influenre ei tfe vos sages conseils , autant qiTil sera en votre pouvoir, rassemblée de nés concitoyens, afin qu'avec la noiivelio année nous puissions , s'il est possible , o(b ir au peuple Tétrenne précieuse de la nouvelle constitution. »
Les généraux qui avaient reçu cetîe circulaire la firent aijssitdt publier dans toutes les paroisses , et le peuple se réunit dans ehaqjue quartier pour procéder à l'élection des députés. Encore pionfé dans I ignorance, il ne nommera , comme sous Toussaint Louverlure, que les individus que lui désigneront ses chefs. Le Nord et rArtibunite ne fourniront à la représentation nalienale que des créatures de Christophe , et l'Ouest et le Sud , que des créatures de Péiion et de Gérin.
L'adjudant> général Papalier qui avait été mandé au Cap par Christophe revint au Port au Prince peu de jours nprès la publication de la circulaire concernant les assemblées électorales. Christophe avait produit sur lui une bonne impression ^ il expiima qu'il le croyait animé des meilleures intentions. Son langage déplut à Gérin et à Pétion, et lui valut de leur part des reproeliej» qui lui furent adressés eo parlicuUer. Pétion, surtout, était d'eutaot plus irrité contre
HiSTorRE d'haiti.'— (1806) S59
Christophe depuis peu de jours, que celui ci, tout en lui envoyant des lettres pleines d'amitié et en le traitant de fion cher camarade, blâmait la plupart des mesures qu'il prenait. Ainsi il atait fait dire à Pétion , par son aide de-camp Doria qu'il avait expédié auprès de lui , qu'il avait eu tort de eas^f^r plusieurs officiers supérieurs dûment brevetés sans les avoir fait juger par un eonsf^il si)ocïa!; qu'il aurait dû ramener ces militaires dans les bonnes voies par la douceur afln qu'ils pussent être utiles un jour à leur pays; que la justice du gou^'ernemejst voulait tout oublier pour ne voir dans les militaires et les citoyens que les enfants de la même famille. En effet un brevet d'officier délivré par un chef d'Etat à un militaire devient la propriété de celui ci , et ne peut lui être enlevé que par UB jugement portant dégradation.
La désertion continuait toujours dans les troupes de rÂrlibonite; les soldats abandonnaient leurs drapeaux et se rendaient au Port* au Prince. Les autorités de celte ville qui , par des agftns secrets, s'efforçaient de répandre le trouble dans le Nord et l'Artibonite, favorisaient ces désertions. C'était en vain que Christophe , par lettres, enjoignait à Pétion de contraindre les déserteurs à se rallier à leurs corps. Le général Pétion demeurait sourd h ces injonctions et paraissait entièrement ignorer ce qui se passait. Beaucoup de jeunes gens de la cavalerie de l'Onest, des officiers même, des soldats de la 4e demi brigade étaient entrés au Port au- Prince avec armes et bagages, malgré toute la surveillance quVxerçaient le colonel Pierre Toussaint , commandant de la place de St. Marc, et le général Martial Besse, commandiHit de Marchand. Le maître de musique de la 4e, Boucher, avec tous les musiciens de ce corps , plusieurs ouvriers blârrcs qui travaillaient à I arsenal de Marchand é(<tient aussi arrivés au Port au- Prince. Du Sud et de rOuesl il n'y avait aucune désertion dans le Nord et rArlibonite, parce que la licence que Ptaion et Gérin toléraient rendait le peuple et le soldai contents. En abandonnant le Nord et rArlibotnie on fuyait les rigueurs di^ Christophe dont le caractère ne souffrait aucune indiscipline. A la Grande Rivière du Nord, la tranquillité était menacée par d'audacieux agi* tateuis. Le général DanTgucnave (jui y commûndîiil reçut Tordre • de Christophe de surveiller activement le fort Rivière, dont les factieux voulaient s'emparer, et de se tenir sans cesse sur ses gardas. Pour fiire cesser tes déserfioni, il envo}i au Port au Prince,, l'adjudant général Borno Di l<;jrd auprès de Pétion pour lui ordonner de contraindre les militaires de l'Arlibonile à rejoindre leurs corps. 11 adressa en même temps iSi Pétion quelques extraits d un ouvrage qui avait été publié en Angleterre par Mr Slcvens, avocat au conseil privé de Sa Mpjesté Biiiannique. Il Teng; gea à lire a\ec attention ces extraits où étaient exposeb h s nio\ens victorieux qu'a\ait êmpleyés Tauteur, pour prouver la stabiliio de la liberté tt de Tin-
SM mgToiRE d'hâiti.--(180€)
dépendance des Haïtiens, et la nécessité d'entrer sans délai en re« lations commerciales avec notre tie. Pétion reçut avec froideur Tea* voyé de Christophe €t lui dit que les affaires importantes qui se passaient dans le pays, à Toccasion des élections, ne lui permettaieol pas de porter une sérieuse attention sur quelques déserteurs.
Au mili^ju de tant de diilQcuItés intérieures, Christophe ne perdait pas de vue nos relations extérieures. Gomme chef provisoire du gouvern«fnent , îl adr^^sale 24 Novembre 1806 aux puissances neutres, un« proclamation dont les principales dispositions étaient les suivantes:
ff Toute noire al^ention est maintenant tournée vers la «ultura des productions de prix. Notre industrie nous a amplement récompensés de nos travaux ; nos magasins remplis de toutes les produ«tions des Antilles n^altendent que l'arrivée de vos flottes pour éeh«Q« ger les marchandises que vous recherchez contre celles dont noue â^ons besoin. Si un système défavorable aux progrès du commeree Ta jusqu'à ce jour empéohé de réussir parm^i nous , cette influea* ce désastreuse cessera bientôt. Le gouvernement actuel est si éloigné de vouloîf iBi^tti^ des entraves au commerce, qu*il vousoffr« des avantages qu'aucun autre gouvernement ne saurait accorder. N'importe sous quel pavillon vous vous montrerez , le gouvernenienC j'engage h veiller attentiveaient à votre sAreté personnelle et à vm intérêts. Les taxes seront proportionnées aux dintcultés que voue pourrez éprouver en gagnant nos ports. On expédiera vos bAtimens avec la plus grande promptitude. Le gouvernement a ordonné déjà la suppression des consignations exclusives, de la taxe sur le prix des marchandises, des privilèges accordée pour la vente 'du café, et de la défense de prendre des carg^iisons d^ sucre, *«te. Chacun sera libi^ de vendre et d acheter aux conditions qu'il croira les plue avantageuses. Les anciens règlemens , enfantés par rignorance , ne mettront plus d'obstacles à vos spctculations ; vous ne serez pitie * forcés d'accorder votre confiance à des individus qui vous étaient étrangers, et qui n'entendaient pas même les intérêts de leur pays. Vos marchandises demeureront entre les mains de vos amis et de vos facteurs particuliers , et le gouvernement s'engage à leur accorder toute la protection qu'ils pourront désirer. Les horreurs qui . n'ont que trop longtemps signalé le commencement d'un règne tyrannique, ne se renouvelleront plus à l'avenir. Venez avee une entière confiance commercer dans nos ports: venez échanger les fruits de votre hi(instrie contre nos richesses , el soyez persuadés que vous n'aurez jamais lieu de vous repentir de vous être fiés à nos promesses.
« Mjis si le gouvernement fait tous ses efforts pour vous procurer les avantages d'un commerce brillant, il exige de vos agens la noéme loyauté et la même bonne foi. Il espère aussi que la conduite in- 01011 des pirates de la Louisiane ne 4rouvera pas d'imitateurs.
-(i8o«) ssr
« Nos ports sont: le Cap, Fort Dauphin, Port de^Puii, les Gooaîvef,. Saint Marc, Port au Prince, les Cayês» Jérémie, et Jacmel. Vous pouvez y envoyer vos cargaisons^.
« L'exactitude avec laquelle le gouvernement d'Haïti a* toujours, ren^plt ses engagemens, est un gage assuré de. Texéculion des traités qu'iLpourra conclure avec vous. ' Malgré les maux qui ont précédé notre indépendance et le$ guerres désastreuses qu'elle a nécessaire* meni occasionnées, le gouvernement n'a Jamais cessé de pouvoir sub* venir à ses besoins. Telle est l'étendue de nos ressources, que les vices même de radministratron précédente n'ont pas empêché les liquidations d'avoir lieu. Que sera ce donc lorsqu'une sage économie succédera à la prodigalité, et qu'une juste répartition é^ revenus déterminera les droits du gouvernement et des particuliers. »
Christophe voulant avoir les renseignemens les plus exacts sur ee qui se passait dans la seconde division de l'Ouest et dans le Sud, se résolut à y envoyer le général Dartiguenave , ancien officier de nigaud , sur la fidélité duquel il comptait, plus propre à cette mission que n'importe quel citoyen , parce qu'il y connaissait les indi* vidtis et les localités. Il lui donna pour instructions, le 30 Movemère , de visiter les deux divisions du Sud, pour y prêcher l'ordre', la tranquillité , la subordination et l'obéissance au dief du gi^uvernement, de recevoir toutes les plaintes qui pourraient lui être laites, de prendre à tAclie de ciàlmer les esprits et de les disposer à l'oubli de toute haine et de toute animosité de parti , de ne travailler qu'à maintenir lunion, la rraternité, la bonne foi qui pouvaient seules préserver le pays des horreurs de l'anarchie et de sa ruine 4o<ale, auprès des généraux, des chefs de coi^ps, des soldats, des habitans et des cultivateurs. Les instructions portaient en outre que toute foi devrait être ajoutée aux conseils que donnerait le général Dartiguenave, et aux discours qu'il tiendrait sur le désir sincère da chef du gouverneoient do rappeler la paix, la concorde et de contribuei> de toutes ses forces à la prospérité du pays; qu'au cas que le gé« néral Pérou fût décédé, comme ou l'assurait dans le Nord , le générai Dartiguenave, confierait, en vertu des ordres du chef du gouvernement, le commandement de la seconde division du Sud au général Va val, provisoirement, et choisirait l'officier le plus capable de convmander provisoirement l'arrondissement de Jéréraie sous les ordres. en général Yaval; qu'il choisirait parmi les chefs de corps Tofficiec le plus capable de commander les deux arrondisseoiens de la pro^ miére division du Sud, et les lui confierait provisoirement; que le général Dartiguenave , s'entendant parlaiiemeni dans Tart des fortifications, visiterait toutes les forteresses, y ferait tous les changemeos néeesseires et en rendrait compte %u chef du gouvernement ; que^ le ministre Gérin s'adjoindrait à Dartig;^uenave dans sa missioa etu l'aiderait <le ses comseîls^
*38 HUTomE d'haiti.— (18Ô6)
Quand Darliguenave arriva au Port- an Prince porteur Je telles instructions , il fut accueilli avec indignation. Comme représentant du chef du gouvernement il- ne pouvait que contrarier Pélion et Gérin (|ui exerçaient vériiableincnt la souveraineté dans lOucst et le Sud. Pélion s'opposa ace qu'il pénétrât dans le Sud en lui disant ({ue les circonstances ne le permettait pas, qu'il y exposerait ses jours, que tout y étant en agitation par les élections le moment n'était pas ftuorable. Il s'était aussi montré offensé d'avoir été invité k se transporter au Gap avec Gérin. Christophe leur avait fait savoir, par lettres, qu'il avait à s'entretenir avec eux sur Ivs importantes questions du mouK'nt , ne pouvant pas confier au papier ce qij'il avait à leur dira P'^lion n^^nsait qu'il lui tendait un piège. Il répondit à D<u ti^ueuavd q<ii l'exhortait , au nom de Christophe , à faire ses efforts, dans l'Ai^semhlée consliluante , quand ell« S'ouvrirait , pour que les prérogatives du peuvoir exécutif fussent drs plus larges : « s'il se présente un homme assez audacieux pour aborder une pareille question, je monterai à la tribune pour le combattre; le peuple veut la liberté , et je le seconderai de tous mes efforts, » *
Le général Férou venait de mourir. Gérin sans Tauloxisation de Christophe avait souffert qu'il fut remplacé au commandement de la Grand'Anse par le colonel Bergerac Trichet quittait à la tête de la 18e. demi brigade depuis la mort de Bazile. Les gens du Sud n'entendaient pas que ce qu'ils avaient fait fAt même contrôlé par Chri>U)j>he <|uoique celui ci iùi le ihtï du gouvernement. Tout annonçait donc la guerre civile. Le général Laurent Férou, l« \ain41iour de Garata, éliil né stjr Ih^liitation Pinet , communedes Coteaux , département du Sud d'Haïii, de Férou blanc et de Thérèse noire. C'était un franc mulâtre. Avitnt la révolution son père lui donna, sur cette [propriété , 1 éducation que recevaient à cette époque la plupart des hommes de couleur, il devint charpentier, il ne savait ni lire ni écrire; mais il signait son nom. Dans ses momens de loisir, avant 1790, il se livrait aux exercices que prenaient alors la plupart des gens de couleur : \\ montait à cheval et chassait les cochons marrons. Intrépide chasst^ur il portait sur le dos la trace de la défuise d un sanglier <|ui lavait terrassé. Il était brave, emporté et d'une grande sé\éi iié. Il devint militaire en 1793 et entra dans le trosiëme régiment diî la Icgîon de TEgalité du Sud. Son courage le fit parvenir au grade de capitaine pendant nos guerres contre les anglais , et au commandement de la commmne des Coteaux. A la chute de Rigaud , Toussaint Louverture lui ôta ce commandement; niais à l'arrivée des français, en 1802, il entra de nouveau au service, et fut placé à la tête de la même commune. En Février
* Extrait fl« la réponse de Péiioa aux calemnîçs du général Christophe.
IH£TOIRE d'hAITI. — (1808) 8*f
tS03j voyant les français rétablir Tesela^age, il s'arma contre eux ef' fut proclamé commandant en chef de Tarmée indigène du Sud. A Tarrivéede GefTrard dans ce département il se soumit à son autorité» Au miliou de 1803 , il fut nommé général de brigade par Dessalines» au camp Gérard, dans la plaine des Cayes. 4 lévacualion de la Grand'- Anse par les français, il fut nommé commandant de larrondisser ment de Jérémie et mourut en cette ville.
Pendant que Dartiguenavc se trouvait dans l'impossibilité dé remplir la mission que le chef du gouvernement lui avait confiée par l'opposition qu'il rencontrait en Pélion , les émissairee de I Ouest et du Sud , répandus dans le Nord , y semaient toujours la discorde et Vinsubordinalion. Le caractère de Christophe s'aigrissait de plus ea plus , sa défiance était au comble , à Tégard des révolutionnaires du Sud* et de l'Oiiesl. Il venait d apprendre que Fêrou , simple général de brigade , avant de mourir, avait nommé Bergerac Trichet adjudant générai. Le Sud était devenu pour lui un chaos dans lequel ses idées ne pouvaient plus pénétrer. Cependant il écrivit à Yayou qui avait répondu à ses dépêches, d'apris les conseils de Pélion^ de l<)njpurs cxécuK^r et faire exécuter les ordres de ce général qui Testimait, le chérissait et le protégerait. Mais les murmures des troupes réveillaient ses fureurs dés q:>'elles commençaient à s'apaiser. Les -4e., 7ie., 8e. demi-brigades de l'Arlibonile avaient refusé la. solde qus le général Ma» liai Besse avait ordonné de leur payi'ir. Le soldat auquel on avait voulu donner deux gourdins par semaine, demandait deux gourdes et demie; ^ il ordonna aux deux premiers bataillons de la 4e. de venir prendre garnison à la Perrière, au 3e. balaillon de la 20tî, d'aller occuper l'Arcaluie ; en même temp9 il apprit (ju au l^oridePaix. la Ue. demi brigade avait aussi refusé' la solde (\fs deux goirdins; il manda au Cap le général Guillaume qui s'était montré faible en celte occurrence et l'envoya au' cachot à la Ferrière. A I Arcahaie, maigre les efforts du colonel Larose, pour empôcht;r les désertions ^ elles continuaient toujours aclivemenl* Christophe écrivait à ce colonel de ne pas se décourager , de redoubler d'activité, qu il comparait les déserteurb aux émigrés qui s'étaient réfugiés à Coblentz, en Europe, mais quand il en a^ait été temps, l'autorité légitime avait bien su les disso\idre. Sur ces entrefaites, le colonel Boisneuf, commandant delà 10e. du Mircbalais, arriva à Milot, et annonça à Christophe , d'après leç ordres du général Jean Philippe Daut , que ce corps murmurait et refusait au.vsi la paie, que. le 3e. bataillon delà 20e. s'était en entier retiré au Porl-au Princç
• Christophe avait ordnnné an ministre dru finances do faire payrr les troupes, chaqnn Uimanche,^ après hi parade , ainsi qu'il suit : 1(S si-rgenis majors , deux gourdins , deux escalins ; les sergents • deux gourdins un escaliu ; les caporaux, six e«çalins ; les soldats , canonniers et dragons , 4cux gourdiaa. Les officiers élaiti^. payés à la fia do chaque mois-
S69 HISTOIRE d'aaiti.— (1896)
et que les six compagnies d'élite dé la 3e. qui étaient dans cette ^iila , n'étaient point retournés i leur cantonnement de rArcahate,
auoiqu'il eût ordonné au général Péli:>n de les y envoyer. Au milieu e tant de dlTOcuités , de tant de tentatives de révolte , Christophe faisait sentir son autorité , et maintenait à force de rigueurs lès populations qui rongeaient leur frein.
On était au 16 Fiécembrè et l'Assemblée Constituante qui aurait dA s'ouvrir le 30 Novembre , n'était pas encore en entier réunie au Porlfiu Prince ; cependant les députés du Nord et de l'Artibonite étaient à leur poste. Le 18 Décembre Christophe lança une proclamation par laquelle il exhorta l'assemblée, qu'il croyait déjà réunie, à se prémunir contre les menées sourdes et ténébreuses des ennemis {de l'ordre et de là tranquillité, qui cherchaient à semer les brandons de la discorde , et il adressa aux députés plusieurs exemplaires de cette proclamation ainsi qu'au général Pétion. H apprit en mfime temps que le général D.irtiguenave n'avait pu remplir sa mission parce que Gérin qui prétendait qu'on voulait avilir sou autorité s'y était opposé, à rinstigation de Pétion. Il écrivit à Dartiguenave puisqu'il ne lui était plus possible de se rendre dans le Sud de retourner dans le Nord. Mais ne pouvant plus contenir son indignation contre le général Pétion , il lui adressa la lettre suivante , en date du 19 Décembre que le général Bichard apporta au Port-au Prince.
c Je viens, général, de recevoir vos deux lettres des 9 et 10 dil
présent mois, celle du 9 sans signature, La première m'apprend
que le 3e bataillon de la* 10e demi-brigade en garnison au Mirebalai^
^a quitté sans ardre son poste pour se rendre au Portavi Prince où
* vous l'avez fait casemer dans la crainte qu'il ne se fui répandu dans
les bois, si vous Teussie^ renvoyé à son poste.
c 11 est étonnant, Mr. le général,' que connaissant la conséquence de la démarche de ee bataillon , vous ne lui ayez pas prescrit sur* lechamp de retourner à son poste au ris<|ue de le voir se répandre dans les bois. Vous n'ignorez pas que l'exemple qu'il vient de donner ne peut que produire le plus funeste etf^'t, et l'on aurait trouvé bien promptement les moyens die le faire sortir des bois où il se serait réfugié; je ne puis doue qu'être surpris que ce bsilaillon sodt jusqu'à ce moment au Port-au Prince, dans vos casernes.
« Votre seconde lettre relativement à la miss.ion du général Dar« tiguenave que j'ai envoyé dans le Sud, m'étonne aussi; je ne pouvais m'attendre, Mr le général, qu'un officier envoyé par le gouvernement pât éprouver aucune difficulté à remplir la mission qui lui était confiée 9 ni faire perdre au gouvernement la conlianee du peuple, faire renaître la défiance , détruire l'Iiarmonié et retarder le bien. Je désirerais savoir, et c'est ce dont vous ne m'avez pas instruit, O^mn^ent la missioa du {[éaéral Dartiguenave peut paraître au générai
HISTOIRE d'IUITI.— (1806) *61
Gérin un dessein formé d*atilîf son autorité anx yeux de ces hommes qui se sont volontairement rangés sous son conmandement.
t L^ général Gérin en se mettant le premier à la tète de ceux qui ont contribué au renversement du gouvernement précédent, pouvait'» il prétendre à la propriété des divisicins du Sud; espérait il (|uece serait là le prit de ses services? D'après ce qu'il ma éerit, il est bien loin de penser, comme vous le donnez à entendre; il se plaint à moi des intrigues qu'ont employées les faotie.ux pour troubler Tordre, des peines qu'il a eues de réprimer l'ambition des places et la cupidité dans les deux divisions du Sud. Et plut à Dieu qu'il puisse y parvenir; je désire de tout mon cœur qu'il déjoue ces gens à parti, qui poursuivent les grades et la fortune, et contre lesquels ce général est obligé d employer des voies de tigueur pour les réprimer.
« ie ne puis point m'empèeher de vous avouer que%je découvre de plus en plus le fil de toutes les trames et de toutes les menées qui ont lieu dans l'Ouest et le Sud. Je n'ai jamais su tergiverser; j'aime qu'on me parle ouvertement et que l'on s'explique cathigoriquement. Si vous n'avez pas toujours réfléchi en m écrivant vos lettres, je n'ai jamais manqué de le faire en les lisant.
t Les esprits sont, dites«vèus, tendus vers la Gosstitution ; jt l'attende aussi avec la plus grande impatience ; j'espère qu'elle ne sera pas uniquement consacrée à favoriser les intrigants et à leur donner les moyens d'alimenter leurs passionl. Le bonheur de nos concitoyens sera toujours le but de teutes mes mesures et ma gloire la plus chère, mais je ne ferai jamais consister cette gloire à favo** riser les factieux et à contribuer à leurs desseins. »
La proclamation du 48 Décembre I80è signalait Pétion , sans h nommer, comme le machinateur de toutes les intrigues qui se pratiquaient. Il était impossible que les gens du Port au*Prince tt% reconnussent pas ce général aux paroles suivantes:
« D'après les agitations qui viennent de se manifesterdans les brigades de plusieurs divisions , il n'est plus permis de douter que lesageps secrets de quelques ambitieux ^n'aient été envoyés pour soulever les troupes contre l'autorité légitime et les porter à refuser -la solde régulière que j'ai établie d'après l'état de nos ressources. Quel moment ont-ils choisi peur rcxéculionde leurs indignes projets? celui où l'Assemblée d'Haïti que j'ai convoquée doit commencer ie travail de la Constitution. Il est aisé de s'apercevoir quel est le but dte ces ennemis de notre pays; tandis qu'ils retardent, d'un côté, l'arrivée des députés du Sud, pour avoir le temps dlntriguer et de se préparer te terrain , leurs émissaires se répandent parmi les troupes des brigades de la première division de l'Ouest , pourles engager & la désertion ; c'est ainsi que Ton a persuadé aux musiciens de h 4e. demi-brigade de quitter leurs drapeaux et qu'on a souffert
S62 BX8T0IRK d'haiti'.— (1806)
que le 3e. bataiPon de la 20e. demi brigade ait absindonné s» garnison du Miiebolais nnalgré les ordres formels de ses officiers. On s'esl servi de quelques autres déserteurs, parlis précédemment, qu'on a renvoyés de leurs corps, pour fâcher de gagner leurs camarades, el souiller parmi eux I insurreclion et la révolte, etc. «•
Pétion répondit à la lettre de Christophe du 10 Décembre, ainsi qn'ih suit :
Porl-au- Prince le 2i Décembre 1806.
Le Général de Division PÉTIOS , commandant la T^"" division deVOuest^ et mimbre de l'Assemblée constituante.
Au Général en Chef Henry CHRISTOPHE, Chef provisoire du.
Gouvernement.
« J'ai reçu, .Général, votre lettre du 19 du courant à laquelle je^ vais répondre :
« A l'égard de ce qur vous me dites relativement au 3™ bataillonde U 26°" demi hriffade , j'a\ais senti aussi toute la conséquence do sa dctiiat<:he , mais je n'ai |):is pensé que dans la rircoustance où nous sonjuios la scNénté fûi le seul rfmède aucjuel il fallut recourir, et j*». suis loin de croire qu'elle aurait produit VvftH que vous présumez. D.tns le passugf^ rl'un gouvernemenl à un autre, si l'on peut s'o|)p(»ser à ce que les lois soient entièrement suspendues, il est même dillicile d enipéi her qu'elles ne perdent une partie de leur force et de leur énergie.
t Quant à la mission du général Darliguenave, dans le Sud, je n'ai ftit que me conformer A vohe lettre dont il était porteur et par laquelle vous m'invitiez à laidor de mes conseils, et si je mt suis pi^riàiis de vous faire quelcpies observations, ce n est que parce que vous m'avez aulorisé à cela par plusieurs de vos lettres ent'autrès celle du 23 0.!iohre où vous vous expliquez ainsi : < Personne « mieux que nous, mon cher camarade, ne connail mes principes et « mon d(sicjtéressement pour toute espèce d'emploi; il a fallu un « aussi puissant motif pour me déterminer à accepter ce fardeau 4r énorme, av^c la persuasion que j'ai que vous concourrez en votre « particulier a m'aidor de \os lumières ^lorsque le bien public lexi- « géra. » Connaissant les principes du général Gérin, je suis persuadé, générai, qu'il ne regarde pas plus les deux divisions du Sud conime sa propriété que je ne regarde celle de TOuest cH)mme U mienne; jo pense mém<5 qu^aucun autre fonctionnaire ne peut avoir ^ine semblable idée. Le prix des services du général Géria, comme le prix des miens j est la gloire d'avoljc reconcjuis 1a liberté de noire
HisTOinE d'haiti.— (1806) 863
pays^ Si nous avions de l'ambition, après la journée du 17 Octobre, nous étions les maîtres d'y donner un libre cours, tandis que notre démarche, au contraire, a prouvé quel est noire désinlércssemcnt. Le grade de générai de division que j'occupe en ce moment suffit à mon ambition, et je serai toujours prêt à m'en démeUrc lorsque le bien publie l'exigera. J ai prouvé plus d'une fois que je 4i'ai jnmais connu ni l'intrigue ni l'ambition : la voix publique ne laisse aucun doute à cet [égard. C'est pourquoi j'eusse désiré que vous m'eussiez- fait connaître quels sont ceux qui tiennent le fil des trames que vous dites qui s'ourdissent dans l'Ouest et dans le Sud; car j'aimo aussi que Ton me parle ouvertement et que l'on s'explique calhègoriquement ; alors je pouirai y lépondre.
« L'accusation que vous me faites de ne pas réfléchir sur les lettres que je vous écris, m'a fait beaucoup réfléchir sur -la vôtre et sur \olre dernière proclamation, et j'y ai vu un acte peu propre à ramener les esprits vers un- même but. Je crois devoir vous dire que j'ai l'habitude aussi de réfléchir sur mes actions, et dans toutes je prends pour guides l'opinion publi(iue et l'intérêt de mon pays.
« Enfin, citoyen général, la Constitution va paraître, et je suis comme vous d'avis qu'elle ne sera point consacrée uniquement à favoriser les intrigans ni ù leur donner les moyens d'alimenter leurs passions; le peuple en abattant le tyran à la journée à jamais ménoorable du 17 Octobre n'a pas fait la guerre pour tuer un homme, mais bien pour détruire la tyrannie et pour changer la forme d un gouvernement qui ne pouvait lui convenir en rien, et établir sa sou«veraineté ; c'est au moment ^que cet acte de sa volonté suprême de* vra recevoir son exécution qu'on connaîtra les ambitieux et les intrigants; pour moi. je suis pré| à déposer à ses pieds les pouvoirs que je leconnais ne tenir, que de lui, et à soumettre ma volonté particulière à la volonté générale. C est alors que le peuple distinguera ses vrais amis d'avec les ambitieux. Malheur à eux ! S il n'a pas craint d'abattre la tête de Dessalines pourra-t*il trembler devant des intrigans et des ambitieux subalternes.
« J'ai l'honneur de vous saluer très respectueusement,