PÉTION
Gérin de son côté adressa la lettre suivante à Christpohe ;
Au Port au Prince, le 18 Octobre 1806, l'an 3 de Tlndépendance^
Le Èinistre de la Guerre et de la Marine , *
'À S. E. U Général en Chef de V armée, et Chef Suprême du gouver-
neinent d'Jlaili, « Excellence,
« Depuis longtemps nos vœux vous désiriînf 5 la tfite do nolré pays. Une foule d actes arbitraires, un rè^nc par la terreur, des injustices sans nombre et un gouvernement dont le but était une destruction et une subvt^rsion totale , nécessitaient que vous eussiez succédé au tyran pour nous faire oublier, par vos vertus et vos talons, lesexcos-de notre Néron. Le mulheur du peuple ayant été à son comble , il s'est levé en masse coutro celui qui Ta occasionné, et préparait par la force, sa chute, quand la Divine Providence di*
• On est sans cesse éiontié de voir Gérin prondre le titre de Ministre de la Gu^rro et de la iMarine, pa'*l;i < 'on.-^iiliiîion , qM.url les acl< s oliiciuls de h\ révolution dont il 4tiit le principal chr'f, avait-nt détruit cette Constiiation. Il prétendait, que ce tiîte ^lui Joanuit uaj supéiiôiilé marquée sur les amies géûéraux.
H18T9IAB d'haiti.— (1806) S35
rigeant cet événement, a contluil Dessalines au Pont-Rouge, sur le iihennD du CuldeSae , près de cette ville, pour être frappé à mort par le premier coup de fusil qui ait été tiré depuis cette sainte insurre«>lion. *
«En commandant cette embuscade, j'avais,donné les ordres les plus positifs de ne le point tuer,* mais bien de Tarrèter, poifr qu'il fût jugé. Cependant au moment que je criai halte ! il se saisit d'un de ses pistolets, en lâcha un coup , et fil des mouvemens pour rétrograder et se sauver. Alors partit ce coup de fusil qui l'atteignit, ensuite une décharge, et la fureur du soldat alla au point de mutiler et d'éch:u[)er «on corps inanimé. La colonel Marcadieux périt au$H en le défendant , el a excité bien des regrets. La difficulté de contenir des e$pri(s montés et exaspérés a empêché de sauver cet homme estimable. Le reste de son état major est en grande partie ici,
« Ainsi le tyran n'est plus, et I^^Uêgresse publique applaudit h cet événement, comme elle vous nomme pour nous gouverner. Le peuple et l'arm^'e ne douienl pas. Excellence, que vous ne vouliez agréer les fi>Ui:lions dont ils vous chargent, par une volonté, générale bien prononcée et spotitunée.
« Jai l'honneur de vous ailresser, sous ce pli. Excellence ,«un# lettre des duiïs de la première division du Sud, une relation de la marche de T^Ainive que Jai commandée, et les heureux résultats qui en ont^été Ja suite; des exemplaires de Tacte dû peuple qui vous proclame son chef, el le triplicala d'une lettre que Je vous écrivis de TAnse à*Veau, dont aucun**s ne vous sont, je crois, parvenues, puisque celle que j'ai Thouneur de vous remeltro ci jointe, m'a été rendue ici.
t J'ai rhohncur d'être, avec respect, de Votre Excellence,
« Le très humble et très obéissant serviteur,
€ Et. GÉRLN. »
II est de notoriété publique que Tordre ne fut point donne d*ar^ - têter Dessalines pour le ju(,'cr. Les chefs révolutionnaires eussent redouté de- livrer à un tribunal militaire un homme qui rappelait des souvenirs nationaux si briJIants et à Taspect duquel les troupes frémissaient et reculaient quand la colère Tanimait. Un jour de calme, au Port-au Prince, après son arrestation, eût peut-être changé le caractère de Tévénement. Dessalines, en tombant dans Tembus* cade, ne chercha pas non plus à rétrograder ni à se sauver; il s'é-
• Nous avor.s déjà dit que le premier coup de fusil tiré n'avait pas atteint Dessalines Le général BoQnet me l'a dit plusieurs fois. Le jeune Garât qui le tira, ftctueilement général, m'a aouvent répété qu'il vit Dessaiinaj tomber tous la décharge générale.
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lança au contraire surjes troupes, et succomba en marchant en avant audacieusement.
(les deux lettres avaient pour objet de calmer l'humeur défiante de Christophe qui ^ ayant trempé dans la conspiration , entendait en profiter seul.- Les mots de liberté, de .souveraineté po< pulaire, dl constitution lui donnaient de graves inr|uiéludes, car il méditait dfjà le rétablissement du pouvoir absolu. Les généraux du Sud et de TOuesl paraissaient maintenant se soumettre à ses volontés afin de se proeurer le t^mps, par une forte organisation, de lui résister. Pétion s efforçait de calmer la fougue de Gérin ; il mandait, par lettres, dans le NoriJ et l'Artibonite, à toutes les personnes influentes qui jouissaient de l'estime publique, les causes de l'insurrection contre Dessaliiies; il leur exposait que le bonheur dut en résulter.
Il adressa à Madame Veuve Eessalines, la lettre qui suit:
c Madame ,
ff Toutes les lois de la nature les plus sacrées, violées par celui qui port» le nom de votre époux , la destruction générale des véritables défenseurs de TEtat, dont Tarrôt était sorti de sa bouche coupable, Fexcés du crime enfin a fait courir aux armes tous les citoyens opprimés pour se déjivrer de la tyrannie la plus insupportable. Le sacrifice est consommé, et la mémorable journée du 17 avait été fixée par la Providence pour le moment de la vengeance. Voili, Madame, le tableau raccourci des derniers événemens, et la fin de celui q.ui profana le titre qui l'unissait à vous.
€ Quelle différence de la vertu au crime? Quel constraste! A peine respirons-nous, après la grandeur de nos dangers, qu*en élevant nos mains vers l'Etre Suprême, votre nom, vos qualités inestimables, vos peiaes, votre patience à les supporter , tout vient se retraeer à nos cœurs, et nous iapp«*ler ce que le devoir , la re- .connaissance, ladmiration , nous inspirent pour vous. Gonsoleacvous, Madame, vous êtes au milieu d'un peuple qui consacrerait* sa vie pour votie bonheur ; oubliez que vous fûL(s la femme de Dessalines pour devenir Tépouse adoptive de la nation la plus généreuse, qui ne connut de haine que contre un seul oppresseur. Vos biens , vos propriétés, tout ce qui vous appartient ou sur quoi vous aves; qu#lques droits, est un d(^pôt confié à nos soins pour irons le transmettre dans toute son intégrité ; ils sont sous la sautegarde de Tamour de vos concitoyens. C'est au nom de toute Tar* mée, dont je me glorifie d'être aujourd'hui l'interprète, que j« jirous prie , Madame , d'agréer l'assurance des sentimens qui l'animent pour vos vertus et dont les traits gravés dans tous les ceaure ne pourront jamais s'efiEsicer.
WBTOIRE ]>'HAITX.-i.(18«9) ttV
« l'ai rbûuntur de vous saluer av^ rasptct.
f Le général f commandarU la seconde division de V Ouest ^
€ PÉTTON.
« Au quartiar-géiiéral du Port-au-Prince, le i9 Octobre iSOC. •
Le surlendemain , 21 , les troupes de l'Ouest et du Sud furent passées en revue et soldées; chaque soldat reçut cinq gourdes. Elles se montrèrent très joyeuses , car elles n'avaient jamais été payées sous Dessalines , Empereur.
Les principaux officiers de Tarméê signèrent la pièce suivante qui, par sa rédaction peu eorrecte f ne permet pas de la Uien comprendre en certains passages.