‹ Histoire d'HaitiChapitre 11 sur 43 · PÉTION · texte numérisé non relu

PÉTION

Dès avant cette réponse, le 17 Décembre, h s députés du département^ du Sud étaient arrivés au Port-au-Prince. v.«ax au Nord et de la première division de l'Ouest y étaient parvenus depuis le 30 Novembre. Les généraux Potion et Gériu avaient à dessein retardé les élections , parce qu'ils avaient voulu , avant d'y faire procéder , s'assurer du nçjubre des représentans du Nord et de i'Artibonite. Comme il y avait beaucoup plus de paroisses dans .f^ deux dernières provinces que daus le Sud el la 2e. division de

384 HisTeiiiE d'haTti.— (1806)

rOuest, et que l'on dvait nommé an député par paroisse, les partisane d« Christophe deraîent avoir h majorité dans l'Assemblée. AussîtAl après leur arrivée an Port au Prince , les élerlîon$ avaient commencé d»ns le Sud; mais les dix huit paroisse^ du Su^ f|ni n'auraient dû élire chacune qu*un député f»n fournirent deux. Ces â\\ huit députés irrégulièrement nommés donnèrent aux révolutionnaires une majorité incontestable. Lesélecûons avaient été dirigées dans TOuest el le Sud par Pétion et Garin , cowrne Chiistophe les avait dirigées dans le Nord et l'Artibonhe. • Le secrétaire de Pélîon , le citoyen B(>yer, avait été nommé député. Dopnis la chute de Dessaltnes, il étaii devenu le principal agent de Potion , le propagateur de se^ paroles, de ses' promesses, le confident de ses combinaisons; il expliquait sa politique avec intelligence et sagacité , lui créait de nouveaux partie sans ; il s'agitait tellement quil avait été dénoncé ik Chrislor>he corame un citoyen dangereux et un des principaux marhinateursdes trames qui se nouaient contre h\\. Les agens de Christophe qui se trouvuient au Port-au*Prince lui avaientausfi signalé comme ses ennemis les plus aeharnés , les deux Blanchot, Caneaux, Lys, Bonnet , Daumec.

L'Assemblée Constituante eut dû s'ouvrir au Cap, résidence du chef du -gouvernement ; mais Christophe pour qu'on ne soupçonnât pas qu'il eut le projet de rinfluencer avait lui même désigne le Portau Prince. Il se sentait assez fort pour repousser In Constitution si elle ne se trouvait pas d accord avec ses vues. Pétion et Gérin, ée leur côté , se proposaient de faire f;)ire une Constitution tellement démocratique , que Christophe d'une humeur essentiellemnt absolue dût la rejeter et se mettre lui même hors la loi.

Le 48 Décembre les députés se réuuirent à I église f>aroîs8Îalc. On procéda Ji.la vérification des pouMoirf^ souh la présidence de César Télémaque y deyen d'âge , député du Cap. On #*onstata la nomination de soixante quatorze députés , au lieu île cin<|uanlc six chiffre fixé d'après le nombre des paroisses de 1 Etat d H.tjli. Les reprcsentan* du Nord et de I Artibonile'se réservèrent de protester conite cette illégalité Le bureau avait été dressé à l'extrémité Est de régliseconrtre la balustrade 'du gran^ autel, il fut arrêté qu'il n*y aurait pas de tribune et que ehaque député -parlerait de sa place.

L'Assemblée à l^ouvcrture de ses travaux maintint César STélémaque dans la charge de Président. Mais relui ci se leva et déclara qu il ne se sentait pas assez de capacités pour la présider encore et qu il avait été bien assez honoré du témoignage de coiisidcration que lui avaient déjà donné tes collègues. L'Assemblée, prosqu'à I unanimité, appela à la présidence Tadjudant général Bianehet jeune qui accepta celte charge honorable et promit de s'en rendre digne. Almanzor fils et Monbrun furent nommés secrétaires. Les déptitée levèrent cette première séance et se dispersèrent dans la vdie, au travers d une foule considérable ^jui remplissait la pla«e dt l'^ltse. Il y avait ea vith

HISTOIRE D'fll2TI.«-*(1806) 8^^

une grande «f itation ; oq criait déji dans les rues vm la République! OD ne parbtl tant dans le peuple que dans les casernes que d'inslitutîons démocratiques, de la nécessité de limiler censidérableinent les atiribiiiiofis du pouvoir exécutif et de ne confier la souveraineté qu*à un Sônai composé des pliv^ illustres citoyens. On n'avait pas encore ouvert les débats sur la Constitution que déjà on en connais* sait les principjles dispositions: pendant les élections les chefs révolutionnaires du Port au Prince lavaient rédigée; il ne s agissait que de la présenter à la sanction de l'Assemblée. Les députés du Nord et de l'A^riibonile se tenaient la plupart isolés de ceux de T Ouest et du Sud et ne parlaient que d une énergique proieslalion.

À la séafice d'ouveiture , les* députés qui avaient répondu à rappel nominal étaient les suivans : P. Bourjoly Mode , David Troj, Beyer, Pelage Varin , Plésance, J. R. Sudre, D. Rigaud, B. Tabutaud, Malet atnc, Simoa, J. Barlalier , J. Simon, La* violette, Dégrieu, G. Basquiat , Laroee, Hie. Datti , N. Sagct , Lins* tant Pradine, César Thélêmeque, Aubin Orcel, Th. Brière , Delonnaie , G. Leconte , Rollin , Pinet , Lamolte Aigron , Roiimago aîné, Afit. Mays , Lagroce, L. Dessalines, F. Desormeau , Auguste Dupuy, In. Isaac, J. J. Masse, Boniot, Petign} flis , F. André Rousseau^ Ch. DaiguilUs , J. Girard, Jh. Neptune ^ J- B- Masse, J. Ferricr , J. Lamoiitagne , Manigat, Pierre Thimethée, Gitlé , Merlet alné^ Vollaire , Faubert , Louis Auguste Daumec , Bt^rtrand Lemoi<> ne, Gallois , J. L. Dépa Médina, FresneP, Bno. Blanchet^ i. B Bayard, Lys, Bonnet, Migloire Ambroise, Pélion, Féquièrcataé, Théedat Trichet , L. Leroux, R. Bataille, Juste Ugonîn, Dévalon, Almaiizor lils , Monlbrun , Blanohet j^une.

Parmi les dépuiés , Ton distinguait Bruno Blanchet, Bon* net, Roumage , A. Dupuy , Théodat Trichet , Almanzor fils , Daumec, Larose , a&sez versés dans le droit public» Saget était un vieillard dont l'esprit s'était développé pendant les troubles de la ré* volution; Pélion , Faubert, César Tétémaque, Thi«othée, Voltaire^ Lye, Depa Meilina, zélés patriote*, avaient grandi «ous le régime républicuin et étaient animés d'idées démocratiques. Juste Ugonia «t Ferrier , do Cap , étaient les agens secrets de Christophe et lui rendaient compte de tout ce qui se passait au Port-au-Prince.

L'Assemblée se réunit le lendemain avec assez de calme; maie les séanoes qui suivirent furent orageqaes pendant plusieurs jours. La plupart dee questions relatives k la Con&tituiion fuient discutées confusément et avec chaleur. Blanchet et Bonnet dominaient l'As- •emblée par Tascendant de leurs talens ; ils firent adopter la plupart 4e leurs idées.

L'Assemblée, après avoir proclamé la république et avoir résolu que le principe démocratique dominerait dans la Conatitution , que la plupart dea attributions du Pouvoir lilxécutif seirateat coiàiiéea k

une seule Assemblée, forma un comité chargé de rédiger le pacte fondamental et de le présenter à la discussion. Les membi;es du comité furent les citoyens Pélion, César Thélémaque, Théodat Trîçhet , M;)gloire Amhroise, R. Bhinchsl , David Troy , Manigat , Bonnet et Lys. Quand il fut question , dans le sein du comité qui s'était réuni , rue des Miracles, non loin de la mer, de la condition des blancs en Haïii , Bonnf t demanda que les Français fussent seuls exclus de la jouissance des droits civils et politiques. Le général Pétion eotnbatlit son opinion et soutint que la plupart des blancs se resseiubjai«*nt innt par. la peau que par les sentimens, qu'ils avaient presque tous des préjugés contre la race africaine, car dans . leurs colonies ils avaient des esclaves noirs et mulâtres, qu'Haïti libre et indépendiwUe menaçait leurs possessions d'Amérique, qu'ils voyaient avec inquiétude son ex is:t4ènce politique, qu'ils travaillaient à son anéantissement et qu'ils devraient par consé(pienl être toujours rejetés da son sein. Le comijc accueillit favorablement cette opinion, ' du reste l'expression vraie des senfirnens des masses , et décida que les dispositions relatives aux blancs de la constitution de 4805, seraient maintenues. Bonnet, Blancbet et David Troy firent adopter leurs vues constitutionnelles par leurs collègues sans éprouver aucune difficulté. Dainnec les aidait de ses lumières quoiqu'il ne fût pas membre du comité. Pendant que la constitution se rédigeait, Juste Ugonin écrivit à Christopbe , le 22 Décembre, que s'il Tacceptait , il nanrail pas plus de pouvoirs qu'un caporal.

Enfin l'Assemblée, dans sa séance du 27 Décembre, à 2 heures de Taprès midi, écouta le général Bonnet qui donna lecture du rapport et de l'acte constitutionnel.*

Ce rapport était ainsi conçu :

« Pour rendre une révolution utile, il faut, après s'être fait justice d'un tyran, frapper encore sur la tyrannie et lui ôter tous moyens de se reproduire. Tel a été le vœu , ainsi que l'objet du peuple, en vous nommant pour lui donner une Constitution. Chargés par vous, citoyens, de recueillir les principes et les institutions les plus propres à fonder et à assurer la liberté et le bonheur de nos concitoyens, nous venons vous présenter le résultat de notre travail.

€ C est une vérité incontestable que le meilleur système de gouvernement est celui qui,' étant le mieux adopté au caractère et aux mœurs du peuple pour qui il est fait, doit lui procurer ja plus grande somme de bonheur; mais il est également évident et certain qu'il est des principes communs à toute bonne Constitution; le plus essentiel de ces principes est la séparation des pouvoirs , puisque leur concentration dans les mêmes mains est ce qui coqs- Ulu« et dciinit le despotisme.

HISTOIRE d'haiti.— TISOG) % 867 '

« Nous >reti8 proposons donc, ciloycns, d'établir un Sénat dont les membres seront élus, pour cette fois, par rAssetnbiée ConstitusDt«r«t*Seront pris, à l'a\«nir, parmi les fonctionnaires publics que le pôU|ile aura désignés; ^insi le Sénat sera composé de militaires ^ui s^ seront signalés par des services rendus à la Patrie, et de citoyens qui , par leurs talens et leurs vertus, auront mérité la con* ijance publique.

« Voyez quels avantages doivent résulter de cette Constitution : nos lois ne seront plus TeTpression du caprice et do la volonté d'un individu toujours porté, par ses passions, à séparer son intérêt particulier de rinlérët général ; elles seront l'ouvrage d hommes intègres et éclairés, elles seront soumfses à un examen sévère et. à une discussion publique. Ceux qui les auront dictées, comme Sénateurs, seront forcés d'y obéir comme citoyens. Le peuple n'aura plus à craindre que l'impôt pèse sur lui au delà de ce (|u'exigent IfS besoins de TEtat, parce qu'il aura, dans ses représentans, des défenseurs 9*autant plus intéressés à le garantir à cet égard, que le poids porterait sur eux et leurs familles.

« C'est par la séparatioQ des pouvoirs , citoyens , que les américains sont devenus nombreux et floiissans dans une progression teU lement rtpide que les annales d'aueun peuple n'offrent un pareil exemple. La séparation des pouvoirs a jeté sur l'Angleterre un éclat que D'ont pu ternir les défauts de son gouvernement.

« Nous avons cru devoir vous proposer de composer le Sénat do ^ingt quatre membres. Ce corps ne doit pas être trop nonjbreux; Texpédilion des affaires eu soi^ifrirail; il doit l'être suffisamment pour que les lois se trouvent conformes aut»nl que possible au désir et à la volonté du peuple.

^ c La Dôminalion »u\ emplois et aux fonctions de VEtat que nous avons attribuée au Sénat sera toujours un des articles les plus es* seniiels dans toute Constitution. C est vouloir pervertir l'esprit publics, eVsl \ouloir préparer l'esclavage de ses concitoyens que do roconnatlre au pouvoir exérntif cette importante attribution. Les fonctionnaires publics ne doivent point se considérer comme les créatures d un individu; tout doit , au contraire , leur rappeler sans cesse qu'ils sont les agens et les délégués du peuple ou de ses représentans'. Ainsi donc, en bonne théorie, et dans la pratique de tout gouvernement bien ordonné, le droit de nommer les fonctionnaires publics appartient essentiellement à la puissance législative.

« Vous n^avez pas oublié ce que produisit, sous Dessalines, cette prérogative de nommer aux places qui fut une de ses usurpations.

« L ambition et la cupidité s'emparèrent de tous les cœurs; des boromes irréprochables , jusqu'alors , consentirent , pour obtenir ou conserver un emploi, i se faire les suppôts et les agens de la tyranm%i d*attlrea devioreot^ à la velouté du tyran, les instrumeus d«

S68 HISTOIRE b'haIti. — ( 1806 )

sa f^ro^iié. Touf lei chefs , il est vrai , ne reMeoibl^Dt point i DoiiAlines; mais en lé(|;isUlion 00 compte sur les priacip^s et jamaiy sur les hom.mes. ^ •

f Celui qui est chargé de faire des lois pour son pays écarte df lui toutes passions, ainsi ^ue toulfj affections partieulières, le sajai amour de la pairie remplii son cœur tout entier ; le moment présent n'est point tout pour lui; son Ame s*élance dans Tavenir, U s'associe aux générations qui doivent lui succéder , il veut que les lois politiques et civiles soient en harmonie avec les lois jle la Nature parce qu*il se regarde comme j'or^ane , le ministre de cette Providence Divine qui a créé Tbomme pour qu'il iùl heureux dans tous lee

temp».

c D'ailleurs , citoyens , si nous déléguions au chef du fouveirneroent une portion seulement du pouvoir l^;islatif, au lieu de travailler pour la liberté, nous établirions le despotisme. L'expérience i^e prouve-t-elle pas que le pouvoir législatif tend *sans cesse au relâchement|y tandis que le pouvoir exécutif acquiert sans cesse une plupp granoe intensité de force ?

« Nous vous proposons, citoyens, qu'aucune somme ne sorte du trésor pjublie, sans la signature du secrétaire d'Etat qui, placé amprèe du Sénat, sera toujours prêt i lui rendre compte ((s ses opirati#os. Il esl just# que le peuple, dont les contributions forment les reiseaue de l'Etat , soit instruit de l'emploi qui en a été fait : s'il en était autrement, si comme dans les monarchies , le trésor public devenait le trésor d'un individu , la corruption s'introduirait jusque dans le Sénat. Les hommes étant partout les mêmes, ayons la modestie de croire que nous ne sommes pas moins incorruptibles dans notre république qu'ils ne le sont ailleurs.

€ Dans la situation 011 nous nous trouvons avec les autres gouvernemens il est isaportant de reconnaître au Sénat le droit d'entriS^ tenir des relations extérieures et de conduire les négociations. Nous devons rediercber la bienveillance et cultiver l'amitié de tous les gouvernemens ; en leur payant les égards et le respect qui leur sont dûs, nous aurons droit d'espérer, de leur part, un retour d^a pro(;édés nobles et généreux.

m £n nous occupant du pouvoir exécutif nous avons pensé qi^e le titre modeste de Président était celui qui convenait le plue an premier magistrat' de la République, nous vous proposot^ qu*il soit élu pour quatre ans et qu'il puisse être indéfiniment réélu ;vnous voi|| proposons aussi qu'il ait te commandement de larmée et qu'il nomme les commissaires près les tribunaux.

« Ces pouvoirs et ces attributions qui excédent ceux que possé* dait le Directoire exécutif de Fiance reedent extrêmement importaol^ la carrière qu'il va parcourir ; déjà nous entendons la voix du ptiu^ pie qui lui crie : nos représentaos vous ont élu à la pris^miAre magis^

BffTOIRfi ]>'HAITI.— (180(^ tSt

trature de TElât ; ili ont voulu que vous en fussiez le premier citoyen. Honneurs, dignités, fortune, ils ont tout accumulé sur votre tête; si vous le méritez , vous serez toute votre vie environné de Féclat du commandement; mais contribuez à nous rendre heureux; rap« pelez-vous qu'il vient un moment où toutes les illusions des hommes se dissipent , et que, lorsque vous serez arrivé à ce terme auquel la nature vous appelle, comme tout autre, vous ne trouverez alors de réel et de consolant que le témoignage d*une ç(}nscienc6 irréprochable, ainsi que le souvenir des serviees rendus à la patrie.

« Dans l'article qui traite de la justice civile, vous tr<^uver«zdes dispositions qui garantissent vos propriétés , et dans lartich qui traite de la justice criminelle, vous trouverez des dispositions qui respirent l'humanité.

« En reconnaissant à tout citoyen le droit d'émettre et de publier ses pensées , nous faisons de la liberté de la presse le palladium de la liberté publique. Gouvernés par de tels principes , obéissant à une constitution qui sera la boussole qui nous empêchera de nous égarer dans la route que nous avons à suivre , que nous manquera t*il pour être heureux? Rien , citoyens, si nous savons user des bienfaits de cette Providence Divine qui rlous a protégés dans toutes nos entreprises, et qui, en nous plaçant au centre de cet archipel , sous un eiel heureux , sur une terre de merveilleuse t<#rti« Hté, semble nous avoir destinés à être le peuple le plus fortuné de i'Ainivers.

Signé, Pétioa, César Thélémaque, Théedat Trichet, Magloire Ambmise, Bruno Blanchet, DiviJ Troy , Manigat , Bon* net et Lys. »

Les plus vives acclamations accueillirent ce rapport, et l'Assemblée Tota la Constitution, dans la même séance, twlie qu'elle avait été lue. Ses principales dispositions étaient les suivantes :

« Il ne peut exister d'eselaves siir le territoire de la République; Tesclavage y est i jamais aboli

« La propriété est inviolable et sacrée ; toute personne, soit *par elle-même, seit par ses représentans , a la libre disposition do ce qui est reconnu lui appartenir. Quiconque porte atteinte i ce droit se rend ciiminel envers la personne troublée dans sa propriété.

« La souve>aineté réside essentiellement dans l'universalité des citoyens; nul citoyen, nulle réunion- partielle de citoyens ne peut s'attribuer Ja souveraineté.

« L'Ile d'Haïti , (ci-devant appelée St. Domingue) avec les lies adjaeentes qui en dépendent , forme le territoire de la République d'Haïti.

j|7d filSTOIRE D'HAtTI.— (1806)

f La religion catliolique, apostolique «t romaino étant celle dt tout les baîtieos, est la religion de rElat.

€ Le Pouvoir Législatif réside dans un Sénat ; le Sénat est com« posé de vingt*quatre membres.

« Le Sénat a exclusivement le droit de fixer les dépenses publiques , d'établir les contributions publiques etc. etc. #tc. de déclarer la guerre, déformer et d'entretenir l'armée, etc. de faire ioul traité de paii, d-aliiance et de commerce , de nommer loua les fonctionnaires civils et militaires , les commissaires du Pouvoir Exécutif fxrés les tribunaux exceptés , de déterminer leurs fonetions et U lieu de leur résidence.

« Le Pouvoir Exécutif est délégué à un magistrat qui prend le ti* tre de Président d Haïti.

« Le Président d^Uaiii sera nommé pour celte fois par TAssem* blée Constituante ; il sera nommé pour quatre ans.

c A revenir le Président sera élu par le Sénat k la majorité de$ suffrages, et exercera son office durant un terme de quatre années.

« Le Président pourra être réélu tous les quatre ans en raison df) 6a] bonne administration.

« Pour être Président il faut avoir atteint 1 âge de trente cinq ans.

€ Tout autre Président que celui nommé par la présente Assenablée Constituante ne pourra être pris que parmi les eitoyeos qui auront été ou seront membres du Sénat ou secrétaire d'Etat.

« Le Président recevra une indemnité de 2i,000 gourdes. »

Comme les députés du Sud et de la seconde division de l'Ouest avaient voté la Constitution en apprehensien des tendances despoti« ques de Christophe, il ) avait été stipulé, article 83, que le Sénat aurait b droit de disposer pour le mainii^u du reapect qui lui était dû, des forces qui , de son cousente.nent , seraient dans le déparlement où il tiendrait ses séances, et que le Pouvoir Executif, (art. t4) ne pourrait faire passer ou séjourner aucun corps de troupes dans le département où le Sénat siégerait , sans une autorisation expresse de sa part.

La séance s était prolongée jusqu'au com nencemeat de la nuity #t les députés signèrent la Constitution i la lumière.

bans la même soirée, après qu on eut levé la séance, il j eut grande joie au Port-au Prince. Pendant que la population se livrait à des élans denthousiasme, aux ciis de vive la République , la plupart des députés du Nord et de l Aitibonite, cousternéa , dreasaient cbindestinemeol dans un^ maison particulière, la protestation auiname quib e»vo^r«Qi i Cbriitephe j elle deoieiura ^«offée dft l'Ai* cenabléff^

HisTorRE d'haiti.— (1808) 871

(fROTESTAÎlON adressée à son ISxeellence U Général en Chef de Varmie d'Haïti.

Aujourd'hui iringt sept du mois de Décetnbra 1806 , an Se dt Tin^ dépendance d'Haïti ,

Nous, députés soussignés des deux divisions du Nord et de la première de l'Ouest è I assemblée constituante, pour former l'acte constitutionnel, nous nous sommes riéunis au Port>au-Priiice , lîeii indiqué pour cette opération. Dès la vingt du mois dernier, nous aurions commencé ce travail; 1# général Pélion, commandant delà division , nous objecta que les députés du Sud n'étaient pas encore arrivés, que nous ne pouvions pas faire la constitution sans la participation de ceux de toutes les parties de 1 lie. Pour prouver à nos compatriotes le déair (|ue nous avions de toi:t sacrifier au bonheur à% notre pays , nous eûmes la pi^lience d'attendre jusqu'au dix-huit de on mois, jour qu'on nous prévint de commencer. Ce n'est pas que nous manquassions de témoigner tous les jours notre impatience au général Péiion qui remellail l'ouverture de l'assemblée de lundi en lundi , et refusait même d'indiquer le lieu où les séances devaient se tenir. Le jour enfm arrivé, quel fut notre étonnement, après la vérification des pouvoirs , de trouver soixante-quatorze mandataires au lieu de cinquante-six que nous devions être. Dès lors, considérant cette assemblée comme illégale , nous en fîmes l'observation qui fut rejeléepar la majorité absolue qu'eurent los députés des divisions du Sud et de là seconde de POuest; nous fûmes convaincus qu'il nous serait inutile démettre aucun vœu tendant au bien de notre pays; nous nous réservâmes le' droit de protester contre tout ee aui se ferait dans rassemblée ; et de ne faire connaître notre protestation que lorsque nous serions en lieu de sûreté. En conséquence nous protestons contre notre signature apposée sur l'acte soi disant Constitutionnel de ce jour, fruit de riniiigue et de la malveillance et contre tout ce qui s'en suivra jusqu'à la dissolution de l'assemblée, comme étant ilK^gale et contre tout principe de justice et d'équité.

Fait au*Falais du Port au-Pi incc , les jour, mois et an qne des* sue. Signé, Dupin , J. isaac, H. Daily, Galbois, Ë. Depaloir, J. Simon , Rou mage atné, Baubert, Bonniot, Ch. Leçon te , Peligny fils , Boucanier, Bertrand Lemoine, Almanxor (ils. , Thimothé Âubert, le général Lamothe , Bataille, F. Ferrier , J. E. Degrieux.

Nous avons dit que cette pièce fut faite non pas au palais , maie dans une maison privée.

Le lendemain 28 Décembre , l'Assemblée se réunit à deux heures de rapiés-midi. , Presque tous ceux des députés du Nord et de l'Artibonjte qui avaient signé la protestation y étaient aussi présens. Ln président de l'Assemblée Blancbet jeûna invita ses collègues & pracé-

171 w»T0iRfi d^hâitk-— <180fS)

dor i la Domination du Prisidrat d* Haïti. Les scruiint fa^ posés st ensuite dépouillés: It général Christophe réunit cinquante-trois toix , le général Paul Roumain , qualorie, et le général Pétion , une. Le général Henry Christophe fut proclamé Président d'Haïti.

Les députés du Sud et delà seconde divisron de TOuest, certaine que Gki^istophe n>ût pas accepté la Constitution telle quVlle avail été faite et eût pris les armes centre elle, s'étaient la plupart enteindus pour voter en sa faveur , afin que l'occasion de le mettre hors la loi se présentât.

Dans la même séance, et en vertu de Tarticlelide la Constitution, TAssemblée nomma les Sénateurs, un tiers pour trois ans, un tiers pour six ans, et tin tiers pour neuf ans..^

Ayant terminé ses travaux , elle demeura néanmoins au Port-au- Prince j attendant le ier janvier, jour fixé pour la publication de la Constitution ; mais comme Pétien appréhendait un coup d'état de la part de Christophe, il avait envoyé dans le Sud Théodat Trichet eC Daumec avec mission d'avertir Gérin qu il eut à se tenir prêt à monter au Port-au-Prince i la tète de ses troupes. Haïti deviat une république dont le Président, presque sans prérogatives, n'était que le mandataire du Sénat qui représentait la nation.

Dés le vingt quatre Décembre, Christophe était parfaitement instruit de toutes les di<tpesiiions de la Constitution, quoiqu'à cette date «lie ne fût pas votée. Il avait été indigaé d'apprendre qu'on ee laissât au président pas même le droit de nommer aux fonctions tant ci viles que militaires, qu'il dût être contrainti s'il était Donmé, de se rendre, sans troupes, au Port au-Priiice où il eût été sacrifié, pensait il, comme Doss.ilinés. Il s'était résolu à marcher centre Pétien avant que celui-ci eût mis la dernière main à ce qu'il appelait l'œuvre de ses infâmes complots. Il s'était transporté de la Ferrière au Cap le 24 Décembre , et avait mis i l'ordre du jour la pièce suivante:

« Pétion, Bonnet, Boyer , les deux frères Blanchet , Daumec, Lys, Caneaux et quelques autres de leurs infâmes complices , viennent de lever le masque; ils ont mis au jour leurs projets. Ils sont en pleine révolte contre l'autorité; ils veulent établir une Censtitution qui

• Lei vin|[t-quatr« membres furent : les citoyem Romain , Gbrin , PétioQ , Toussaint Brave, g-énéraux de dÎTÎsi^n ; Thélémaque , contrôleur de la marinr au Cap; Fresnet , commissaire du piuvoir-exécutif au Partau-Prince ; Théodat Trichet, E)6pa MédicTa; Magny, Magloire , Yayou, généraux de brigade; Blanchet jeune, adjttdant général ; Lys , coional; Thimothé ; Charéron , administrateur à St -Marc ; Gharlts Oaguiile, commissaire du pouvoir-exécutif à l'Anse à-Veau ; DaTÎd Troy, ohef da bataillon ; Bonnet . adjudant-général ; Daumec , commissaire du peuvoir^ exécutif à St.-Marc; llanigat, ju^e au Fort-Dauphin ; Simon, trésoritr à Saint- Marc; Lamothe Aigron, général do brigade; Fcrriar, négociant au Cap; Baxlaqiù%x I juge-da paix au Mirebalaia.

HISTOIRB D'HAITI. — (ISÔJ) gfS

meUra le pouvoir entre leurs mains , et livrera Us finances et lear places h leurs dispositions. Le général en chef vient de donner Tor* 4re de la niarche pour soutenir vos droits et pour maintenir votre liberté que l'on veut vous ravir. Ces scélérats , une fois parvenur à leurs fins , ne vous laisseront pas seulement la faculté de vous plaindre.

« Il faut marcher / notre devoir nous oblige de maintenir Tordre et Vexécution des lois. Que tous les. maux qu'ils ont préparés retombent sur leurs tètes coupables. Votre général ne veut point transiger avec les ennemie de la liberté ; il^ ne veut poip^t tergiverser avea eux..

« il attend de vous, militaires de tous grades, de remplir votre devoir comme vous l'avez toujours fait; il compte sur tous les chefs el officiers* des corps, et sur leur aitentionf au service. Les facétieux ont levé Tétendard de la révolte, il est juste qu'ils |pa;ent, de leur fortune , leurs complots funestes. Le pillage de tous le&. lieux où les rebelles seront trouvés , vous est abandonné sans restriction. Karebez, et la victoire va couronner la justice de nôtres cause. »

Christophe partit du Cap et envoya Tordre i la 4e. , qui était^ en garnison à la Terrière, de s^acheminer sur Milot et de l'y atten* dre. Quand il parvint en ce bourg , il reprocha sévèrement à ce^ corps de s'être mis à la tête d'une émeute, à l'Artibonite , quand il n'aurait dû songer qu à veagèr l'Empereur assassiné par les brigands du Port au Prince. Les soldats demandèrent à. grands cris à marcher contre les ciloyetts de la seconde division de T Ouest , et jurèrent d'anéantir le Port au Prince que , dés lors , Christophe commença à appeler Port aux crimes. ^ Le général Vernet reçut Tordre de se porter avec la 14e. , des Genaîves sur St-Marc où, devaient se réunir toutes les troupes de TçipédiiioB.

Christophe se rendit à Marchand où il fît arrêter plusieurs olKciers dont il soupçonnait la fidélité, entre autres un ancien aide de^campde Dessaiînes , nommé Manuel. Il fît aussi arrêter les généraux Dartiguenave et Cangé ; le premier fut conduit à la Crète-Rouge p dans le Nord, où il fut exécuté; le seeond ^t fusillé non loin de^ Marchand. 11 entra à St. Marc le 26 Décembre 180« , accompagné de Vernét. La 7e. demi brigade et les dragons de la plaine de rArtiboùite partirent penr TAcrcahaie. 11 y arriva lui même dans la mit du 27 au 28 , et fît aussitôt arrêter le chef de bataillon Flambert , le capitaine, du port Jean Toassaint Cortad, et Jes adju-

• En 1793, les affranchis avaient donné le nom de Port aux-Crimes à 'la ville du Port-au-Prince, parceque les petits blancs, avec lesquels ils étaient an lutte, y. 4oaiiQaieat et m iiviaiem sur eux à toutes toitcs d'uxcèa.

dans de {vlace Bonhomme tt Lécoore» ainsi qu'une foule d'aulrc» officiers an lesquels il n'avait nulle cofi fiance.

Presque -tous les généraux qui avaient formé Tétat-m^jor d% Dessalines étaient entrés dans celui d« C^ri^lopbe. Le général Bazelais, ancien chef de Télal major de larm^ , s'était trouvé à l'Arcahaie quand Christophe était parti de St. Marc pour s'y rendre. Il s'était lancé sur la route du Port au-Prince en toute hâte , était parvenu en cette ville d un seul trak , et avait annoncé l'approche des troupes du Nord et de l'Artibonite. Déjà Destradeet plusieurs autres citoyens d^ lArcaliaie , qui étaient entrés au Port-au-Prince , avaient annoncé que Christophe arrivait à la tête d'une armie; mais on n'avait pas ajouté fui à leur rapport. *

Les citoyens du {^ori au Prince furent profondément émus de cette nouvelle Beaucoup. 4e familles effrayées partireni pouf le Sud » soit p^r terre, soil par mer. Cependant Pétion demeurail dans l'inaction, ne croyant pas que Christophe fut si près de la capitale. Cependant la ville était presque dégarnie de troupes. L'armée du Sud s'était retirée dans ses cantonn«mens comme nous lavons \u , et le général Gérin était parti pour TAnse à- Veau , il y avait quinze jours environ. On prétendait que Christophe s'avançait à la tête de 18,000 hommes. La résistance p;araissait devoir être impossible. Enfin rincrcilulité de Péûon fut >aincue par le général Bonnet 3ui s'était longuement entretenu avec Bazelais, et qui venait d'appreare par un canot, sortant de I Arcahaie, que Christophe occupait ce bourg. Pétion se résolut enfin à maiclier à la rencontre de lenne^mi, ne perdantpas l'espoir de vaincrsi quoiqu'il n'eût alors, sous ses ordres, que trois- mille hommes. Il lit aussitôt battre la générale , releva le courage des citoy* ns , dépêcha, de nouveau, des courriers auprès des généraux du Sud, les invitant à atteindre, le plus t6t possible, le Port-au-Prince, à la têie des troupes sous leurs ordres. La garnison du Port-au Prince était composée de six compagnies d'élite de la 3e commandées par le celonel Gédéoe ; de la Ile, colonel Métellus ; de la 12e, soqs les ordres de Ui^ntor ; du bataillon de la 20' des Vérettes ; de deux escadrons command^'s par Bastien et Bode. L'arrondissement fut confié provisoirement au général Magloire Ambroise. Le Sénat, dans ce moment suprême, s'était réuni pour procéder à son organisation : C. Thelémaqne fut proclamé président de l'assemblée, et on nomma secrétaires Depa Uedina et Daguille: Le président invita aussitôt les Sénateurs à s'approcher du bureau. Ceux ci prêtèrent le serment d'être fidèles à la République d'Haïti , de rnaia^ tenir et ^e faire exécuter, de tout leur pouvoir, les lois de la République au péril de leu.r vie. Sur la motion du général Magloire Ambroise, le Sénat décréta que toutes les farines qui se trouvaient en ifille seraient achetées pour l'approvisionnement des troupes, que les circoostaaees fa,ij9alent apj^roch^r du Porl<au Prince j il décréta^ eQ

HISTOIRE d'haiti. — (tSOT) &7&

entre , qu'il serait écrîl au général Yayoa de faire avaneer près de la capitale Tes troupes de rarrondissemeni de Léogane. Dans h soirée du 3f , Y«you élail au Porl-au Prince à la lélc de la 21e.

Christophe, depuis Ta ^teille, était campé au Boucassin , à neuf lieues du Port au Prince. H avait ordonné à ta 4e. et à la le qui formaient son avant garde, ainsi qu'au gros de son armée, de pénétrer dans la grande route. Déjà la 7e. avait pris le chemin qui longe \e rivage de la mer , et ^près avoir traversé rhabilalion Prince, s'était arrêtée , dés le 3i , sur Thabitation Laffitcau. Par tes ordres du généralissime, Lsrose, à la tête de la 8e. , dut abandonner ta grande route, suivre le littoral et ne s'arrêter qu'à Sibert.

Le général Pétion ,^ roulant surprendre Christophe, partit pour l'Arcaliaie, le fer. Janvier 4807 , à deux heures du matin. Il était à ta tête des 6 compagnies de la 3e , des Ile, 21e demi-brigades , duQ bataillon de ta 20e, d'un bataillon de la 24e, de deux escadron». Ces troupes mat réunies fournissaient un effectif de 3,000 bommeâ d infanterie et de trois cenis chevaux.

^ Pètion pénétra dans l* grand chemin de TArcahaie , et laissa imprudemment V ^ sa gatirhe, le sentier qui longe le rivage; car en poursuivant sa marche, il devait rencontrer le gros de l'armée de Christophe de 40 OMO hommes environ; et en même temps la 8e* débouchant du seniier du rivage dans le grand chen^in devait fui couper toute retraite vers le Port ou Prince : pris entre deux feux , il eût été écrasé. Teis le point du jour, des transfuges de ta 7e. vinrent heureusement l'avertir que Tennemi était près de déboucher dans la savane de Bouc en Bouc et de couper, la route du Port-au« Prince. Il commanda aussitôt de rétrograder ; ses troupes exécu* tèrent ce mouvement avec la plus gramte précipitation et ne s'arrêtèrent qu'à Sibert , habitation distante de quatre tieues du Port-au* Prince.

Pétion avait été averti à temps , car , dès qu'il fit jour , te premier Anvier , Christophe, s'arrêtent au pont de la saline de Bouc en Bouc, découvrait Tliabiiation Sibert. Un cours d'eau, nommé Rivière de Sibert ou Batardeau , traversait celte propriété et âtlait se perdre dans ta mer. L'armée de- la lU^publique, après avoir passé cette rivière , s'était arrêtée sur la rive gauolie. Le cours d'eau de Sibert séparait donc les deux armées. La ile. demi» brigade avait pris sa ligne de bataille, au milieu du grand chemin^ le long de Batardeau qu\in pont traversait un peu au dessus de la grande route, vis-à vis de l'hahitation Moléard où Pélion venait d'établir son quartier général. Moléard était occupé parles six compagnies d'élite de la 3e. sous tes ordres du colonel Gédéon. Le temps était chargé de brouillard, et une pluié une ^tombait vers le Portr au-Prince. ^ *

La 46. demi-brigade , le premier corps de TaTant garde de Christophe, coniinua sa marche et vint s*arrèter sur la rive droit» du Baiardeau. Jean Louis Longuevalle qui en était le colonel , et Guerrier, commandant de la 7e. furent interpellés par Mélellus qui leur demanda où ils allaient. Ils lui répondirent quils avaient l'or*' dre du chef du gouvernement de ne s'arrêler qu'au Port au-Princa où plusieurs iratlres devaient recevoir le prix de leurs méfaits. Que peuvent verâr chercher au Port-au-Prince tant de troupes et eu pleine paix , s'écria le colonel Métellus? . La Constitution permet-elle aQ Président d lluti de se transporter avec une armée au lieu où le Sénat tient ses séances? Au même instant le général Yayou se présenta au bord du Baiardeau , et commanda en vain à ta 4e. de rétrograder. Les officiers el les grenadiers du 1**^ bataillon de ce corps s'adressaut aux troupes du Port-au-Prince: < Camarades^ fraternisons; Pélion est € un traître; le général Christophe est le chef légitime de lElatlî f Pourquoi nous entr' égorger pour satisfaire Tambition d'un cons* « pirateur, ennemi de son pays. » Ces paroles commençaient à ébranler les soldats de la lie. Pétion comprit que le moment de rompre avec Christophe était arrivé , que la guerre était préférable à une paix elTrapnte pendant laquelle ce dernier se rendrait le maître des hom mes et des cho^s. il ordonna Je commencer le feu. Mais la Ile hésitait à tirer ne sachant eu était la patrie ; cependant subissant Va^cendant de Métellus , son colonel , ofticier tout dévoué à Pélion^ elle fit un feu de régiment. Les sollats de la 4e de TArtibonite qui se tenaient Tarme aux bras , à Topposiie, furent culbutés par la fusillade. Les grenadiers, quoiqu ils eussent perdu Savarj leur capitaine, revinrent à la charge. Mais ils furent arrêtés par le feu de toute la ligne républicaine qui s étendait du grand chemin au pont de Meléard.

Christophe, qui occupait le pont de Bouc en Bouc, au milieu de la grande route , lança , pour soutenir la 4e. , la 7e. et deux bataillons de la 20e. * Le, combat se rétablit aussitôt. De partetd'au* tre il n*7 avait pas de canons. Christophe n'en avait pas fait traîner parce (|u'il ne s'attendait pas à si une forte résistance. Quant à Pétion, il avait commis la faute gr.4ve de n'avoir pas fait garnir de pièeea d'artillerie le Batardeau de Sibert. Pendant que la 4e. se réformait sous le feu de Tennemi , Larose , à la tête de la 8e, se résolut à attaquer en flmc les troupes de Péiion. Il se dirigea vers l'embouchure du B)t.udeau dont le pont, du côté du rivji^e de la mer, était occupé p'ir le 3t^ b.ilaillen de la 20e. sous les ordres de Louis Lerebours. Celui ci avait eu Timprudence d'abandonner sa position ^ pensant que Christophe avait été battu ; il s^était replié sur la cour de riiabitation Sibert. Le ilanc gauche de Tarmée du Port-au-Prince se trouva dés lors à découvert. Larose franchit le Batardeau sans obstacle et marcha résolument contre l'ennemi. D'après jes ordres de

*J^9 3s. ba^ulloa ds Ja 20s, étaieut dm» 1^ rangs de Fétipi]^

HISTOIRE d'haiti.— (J807) 477

Christophe, Us l*** et 2* bstailloDt de U lOo venaient d'abandonner la grande roule, et s'avançaient pour soutenir Larose. ^ En même temps , le colonel Gédéon, larmi aui bras , au pont de Moléard , demaDdait, avec instances, au général Pétion, de se l^tncer sur la A: de lAriiborite. Péiion s'aperçevant que la lie. fléchissait sous le feu formidable des 4e. et 7e. réunies, lança It^s six compagnies d'élite de la 3e.« Gédéon à leur têle. Celui-ci, tout en disant qu il repousserait l'ennemi jusqu'à lÂrcahaie si on le secon* dait , franchit le pont , longea la rive droite du Balardeau et déboucha dans la grande route sous le feu de l'avant garde de Christephe. La 11»., ayant la 3e. sous son feu, cn^sa de tirer. Gédéon à, la tète de 600 hommes d'élite s'avançait résolument sur (rois colonnes: la première, après une seiale décharge, alia(|ua quatre mille hommes qui remplissaient la grande roule; la deuxième se^ répandant à droite et à gauche du chemin engagea le feu avec les tirailleurs ennemis; la troisième eolonne, en réserve, suivait la preeaière. La 4e. demi brigalle de rArlibonite ne put résieier à tant d'impétuosité; elle prit la fuite, se jeta sur la 7e. qui elle mèwese replia sur le quartier général de Christophe. Gédéon chassait toujours les fuyards devant lui , au pas de charge. Chrislopher fut ubli|;é d'abandonner le pont de Bouc en Bouc. Si le commandant Louis Lerebours avait conservé la position qui protégeait le flanc gauche de l'armée du Port au Prince, la bataille eût été gagnée par Pétion.

Mais, pendant cet intervalle, le colonel Larose, à la tète de la Se. et des deux premiers bataillons de la 20e, attaquait résolument la 21e de Léogane , commandée par Sanglaou, et le S«. bataillen de la 2Ae. , rangés en bataille à l'ouest de Sibert. Malgré la faute commise par Louis Lerebours, au eommencçment de I action, si Sanglaou avait énergiquement résisté à la 8e. , Pétion n'eût pas perdu la journée. Le bataillon de la 20e. et la 21e. culbules prire'nt la fuite. Larose se dirigea aussitôt vers ia grande roule du Perl au- Prince, pour prendre en queue le général Pétion. Celui-ci , apprenanti- par les fuyards, oette manœuvre habile et audacieuse de l'ennemi, envoya en hAte au colonel Gédéon, qui s'engageait imjiru* demment , Terdre de battre en retraite. Mais Gédéon, emporté par sa fougue , continua ses succès. Sa marche triomphante fut arrêtée par laeavalerie ennemi'^ forte de 1200 ehevaut, que Christophe, ignorant le succès de la manœuvre ex^^euiée par Larote et le crojrant battu , venait.de lancer pour pretéger sa retraite. Les dragons du. Nord et de l'Aiiiboniie, sous les ordres d'Etienne Albert et de Barthélémy Mirault , se précipitèrent avec fureur sur les soldats de la Se. Ceux-ci, rompus et sabrés, se replièrent sur Sibert qu'ils treuvèrent abandonné des lie, 21e et du butailloji de la 20e, en, pleine déroute. Le hiave général Yayou fit de vains efforts pour rallier les fuyards. U M faisait déjà un horrible carnage des gens du Port«au*Prince.^ Pétion,

878 , tfisTOiîiE d'haiti. — (I80T)

au pont de Holédrd^ dc^convrît les drngonfs ennemis qaî se lançaient dans le Balardeau pour fe traverser. Il prit ta route du Port iu« Prînoe, après avoir ordonné aux deux escadrons qui se tenaient à ses celés, de chsrger pour protéger sa retraite. Mais sa cavalerie n'attendit mèm% pas le choc de Tennemi. L'escadron de Bastien, à Taspect de BarthéfemyMirauIt , prit fa fuite par Bonrepos^et cc^lui de Bode se 86 préHpita, à bride abattue, dans-le chemin delà Grande -Rivière du Cul de Sae, aprc^s avoir perdu son étendard. Apprenant fe succès de LarObe, CluiiBlo|.lie, à pied, à la tête de sa réserve, armé d un fusif , portiu)! un« giberne de grenadier, marcha au pas de course à fa suil# de sa eav^iierie. La division qui le suivait était composée dt*s Ire, 24'., et 5e. demi-brigades, sous les ordres Ju généra! Romain. Le colont^l Géd^'on ne dut son salut qu'au pillage auquel dé livierçnt les soldais de la 9e- Christophe joignit fe colonel Liirose sur Ihabhaiion Sibert. Les généraux Pélion et Yayou axaii^.ni. déjà traversé la grande rivière. Pélion , portant ua chapeau g^ilonné, et poursuivi par la cavalerie ennemie, se voyait sur lé poiiil d'être fait pris>onnier ; il voulut se donner fa nvorl ; mais !Vl«fy.ronnel, i^on neveu et son aidedr^-camp , qui maichait à ses côiéj», avsit enlevé ses pistolets de ses fontes et pressait son chevnl par le fouet. Le chef d'escadron Barihélemy Miranll ordonnait à ses dragons de tirer sur le chapeau g?)lonné. Les fuyards, vigourçusement poursuivis, remplissaient le grand chemin de Blanchard au l^ortau-Piiuce. tin jeune oflicier , Coutilien Gouiard;é la Tue du danger qui menace Peiion , se saisit du chapeau de celuici et s'en eouvre lui niéme. Il s'éloigne de son général et se précipite dans la foule des fuyards. Peiiun, de son coié , abandonne le grand ehemin en se jetant dans un sentier qui eonduit sur l'habit^tioQ Trutier, le long dw ri\uge de la mer. Coutilien Coutard , attirant Us coups de Tcnnemi par son ebapean galonné , est poursuivi par tour les diagons de Christophe. Quand il atteignit le pont de Blanchard , son cheval s'abattit. Avant qu'il eût eu le temps deF se reUver , il fut tué a coups de sabre. Les dragons de TArtiiioliite ne s'arrêtèrent qu à Dreuillard. Barthélémy Mirault revint sur ses pas , et se présenta devaet Christophe qui était appuyé contre le ^anur de I habitsuon Duvivier. Il lui remit le chapeau de Pétioa en lui disant : Voici, gèueral en chef, Tétrenne que je vous offre» Au même instant , radjuJanl général Papalièr , reconnaissant l'impossibilité de fuir, se tenait iinmubiie le long de la route; il fut fait prisonnier et conduit à Christophe. Celui ci le reçut avec distinetioa et lui promit de l'employer auprès de sa personne.

Le dévouement héroïque de Coutilien Couiard avait sauvé Pétion. CeluL ci, ayant cessé d attirer l'attention de .'ennemi, pénétra dans les bois , et atteignit Tembarcudère de l'habitation Trutier , le long de la aieri d'où il découvrit une barge de pêcheur qui s'éloignait iii

HISTOIRE d'haiti.— (1897) »'Î9

rmge. Il l'appela par des aignes ; mais ella s'éloignait tonjourg , car le pêcheur Ma reconnaissait pas las hommes qui aa tanaiant daboi%t sur la plage. Une fenima qui était à bord, distinguant le^ général Pétion , oblinl , à force dinstancat, qu*on abordât au rivage. Pétion entra dans la barge avec (juatre officiars qui n'avaian't pas voulu sa séparer de lui, Bédouet, David-Troy , Mejronnet el Bouzy. Christophe dul en partie la succès da celte mémorabla journée & l'audace du colonel J^aroêe qui avait tourné les troupes de Pélion.

Dès qu'on avait entendu, au Port-au Priuce, la fusillade de Sibert^ le général Magloire Ambroise, commandant provisoire de la division ^ avait réuni à TArsanal la 12q demi brigade et lui avait distribué des munitions. Elle était sortie au secours de Pélion nvee quatre pièces de campagne. Avant qu'elle eût atteint le morne Pelée, elle aperçut le général Yayou qui s'en revenait à cheval au milieu de nombreux fuyards la plupart blessés. DeSibert à Brouillard, Yayou avait déployé Ja plus brillante valeur, à la tête de quelques cavaliers , s'eflorçant par plusieurs charges, d'arrêter les d^pgons de Christophe, pour donner aux fantassins républicains le temps d'atteindre le Port au- Prince. Il v^ommanda aux soldats de la iV. de rétrograder et d aller prendre position au fort SWosepb. L'ennemi est sur nous, s'écria-t-il , ne songeofis qu'à sauver ia ville. Dés qu'il entra au Port-au Prince, il rallia lea fuyards, prit le commandament.de Tarméa , car on ignorait ie sort de Pélian, et vigoureusement secondé de Lys et de Caneaux, il échelonna, le long des fessés, la plupart des jeunes gens, dea pères da famille , naême des enfans de 12 à 14 ans environ , et quelques compagnii^s de tro»pesdeligne.^ Lorsque tout semblait perdu, il nedési'spéra pas dek^ cause de la liberté. En même tempe beaueoup de femmes et d'eurfans abandonnaient leurs demeures et s'embarquaient pour le dépav* tement du Sud. Les fuyards qui continuaient à rentrer,' par grou* pes, pillaient les magasins et les maisons abandonnées. Le général Yayou , au milieu de cette confusion, ne pouvant sévir contre eu», les laissait faire, tout en les exhortant à défendre Ja place contre Christophe qu il leur représentait comme un affreux tyran. Dans ee moment suprême tous les prisonnrers furent rats en liberté. Le colonel Lamarre, aussitôt après sa sortie de prison, se présenta, en bourgeois, à la 24e., sou ancien corps, (^es soldats raceueillirent par les plus vives acclamations, le mirent à leur tète et le portèrent en triomphe. Il se rendit au portail St. Joseph où se tenait le brava général Yayou, au premier rang des troupes qu'il avait réunies. Yayou alla au devant de lui , Tembrassa , lui annança qu'il avait oublié le passé, et lui donna sa propre monture. On doit se rappeler que Lamarre a\ait été aondamné à quatre ans de prison et à être dégradé , pour avoir oublié , à Tégard de Yayou , tous ses devoirg. de militaire.

Au mioia iaslaot^ uae fewme | Manette Boonaire se précipita ^

les yeui hagards , verslo portail S^- Joseph , et demanda à grands criy, ce qu'éiait devenu le géiiéral Péiion.— Que ne vous informez vous plutôt de votrt [ils, lui dit un ollicier; il n'est pas rentré avec nous?— Mon fils t qn' m orteà la République son existence ! Mais le général Pétien, où e^\ il? -Quand on lui annonça qu'on ignorait le sort de Pétion ^ eli-^ t(»nfiha prf^sque sans vie»

ConiHie la poudre manquait k Tarsenal , Caneaux et Lys en en» \(.}'èri't durehor au fort Jacques, a quatre lieues dans rintérieifr» ei en aehetèr%ut une forte quantité, d'un marin étranger qui en» avait i son bord.

'S^'^ Its deux heures de Taprèsmidî, pendant que Yayou atten* (\i\h i . M)emi avec impatience, ob apprit que Pétion était débarqué^ • ^fariani , à quatre lieues du P(u*t au-Prince. L'adjudant général^ 1 ..K;:iet * vint en même temps au portail St. Joseph, et félicita Ya«- > .<! de n avoir pis songé à évacuer la vill« pour se replier sur Léof uao. Yjijou lui annonça qu'il ne prendrait cette résolution que si ^yvi's avoir de nouveau tenté la fort|ine , elle lut était contraire.

Presqu'au même instant les troupes de Christophe parvinrent au purliil St. Joseph. Elles furent accueillies par un feu vif d'artillerie et 1^. mousqueterie et repoussêes avec perte. Elles revinrent i la cluir{^(^ ; mais , par les prodiges de valeur de' Ya^ou, de Lamarre et Biaucht^t, elles furent vigoureusement culbutées. Déjà la ligne Nord de la place était garnie de troupes de ligue et de volontaires.

Pendant que Yajou obtenait ce succès , une autre colonne ennemie dirigée pJir ie colonel Apollon, marchait contre le fort National ,1e point culminant de la ville et le plus important , qui n'était pas gardé eu ce momtdnl. Quand elle passa vis à-vis du fert appelé depuis^veillard, où s'était rilliée la 2<e., elle fut arrêtée par le feu de cette demibrigade. En même temps «m bataillon de la 12e, sous les ordres de Frédéric, allant occuper le fort National , t'arrêta au bruit de la mous-' . qneterie de la 21e. , ot se rangea en bataille le long de la montée <]ji conduit, à la fortiûcation. Le chef de bataillon Frédéric dirigea sur la colonne d Apellon un feu plongeant des plus vifs. Lee troupes fie Christophe furent contraintes de battre en retraite et de s^^. tenir L rs de la portée du fusil. Le bataillon républicain de la^ I2ë. continua sa marche, et prit possession du fort National.

Vers les quatre heures de l'après-midi, un courrier venant de Bizoton se présenta au portail , et n^mit à Yayou un billet de Bédouet, écrit au crayon, par h quel celui ci lui annonçait que Pétion, devant rentréedans la place, l'exhortait à y tenir toujours ferme.

f^n instant après, les cris de vive Pétion retentirent de toutes parts». Ce .h ci venait de rentrer au Port au Prince. La foule l'entoura et luccoaipagna à la maison Dallon , sa demeure, au milieu des plus

• li ttuit le plus jeune des deux frères. Il .s'appelait J acquêt- AntoineDupia Biauclitit ou Blaacke^ jeuae. L'autre^ l'aiaé,8e nommait Bruno j^lauch^t

«isToiRB d'hiiti.— (1807) ' 881

VfTes acclamations, On eût dit l'arrivée d'un libératetir ; cependant Ya;oa avait déjà sauvé la vilU. De Tembarcadire de Trutier , Pétîon était descendu à Mariani , comme nous l'avons dit. Apprenant que les 22e. et* 23e. , de Jaemel , approchaient » il leur avait «nvoyé Tordre , par le colonel Bédouet , d'atti^indre , au psa de course , le Mort au Prince qu'allait assaillir Tennemi. Les sol« <iats de ces deux corps , pleins d'ardeur contre CbrisiopHis , en re« connaissant Bédouet , avaient failli le baîonnettcr , parer qu il avait été très-dévoué à Dessalines. Pétion s'était hâté de se tran^norter ensuite au Port au Prince. Il parcourut toute la ligne de la place, puis les rues, rétablit un peu dordre dans les troupes, acheta do relever le moral des citoyens^ et donna au général Yayou, qui venait d'acquérir une grande gloiie.des marques éclatantes de son admiration. Yayou avait été le hères de cette mémorable journée. Dans cette circonstance critique, Pétion Tappreuva d*avoir souffert le pillage d'un grand sombre de boutiques , car c'eAt été augmenter le désordre que de chercher à le réprimer. Ce pillage continua même plusieurs heures sous ses yeux. Du reste les cito*yens qui en furent victimes , de la part des soldats qui défendaient la place, ne s'en plaignirent pas, sachant que si Christophe y pénétrait, ils perdraient la plupart non seulement leurs biens mais encore la vie.

Lee jours qui suivirent, Christophe donna plusieurs assauts aux prin« cipales pesitions de la ville ; il fut chaque fois repoussé avec perte. Enfin le général Gérin qui avait été mandé au Pert au Prince , y arriva i la tète de deux régimens du Sud et de plusieurs gai des nationales. Il s'établit le leng des fossés qui s'étendaient derrière le palais du gouvernement.

Le général Pétion apprit que la plupart des blessés ennemis, defipeurés le long des fossés, étaient sacrifiés par les soldats républicains. Il enjeignit aux commandans de tous les postes de les faire enlever et de les faire transporter i Thôpital. Cet ordre ne fut nulle part exécuté; les soldats de la République continuèrent à massacrer les blessés , en disant que les gens de Christophe servaient une cause trop mauvaise, pour être épargnés. Comme l'anarchie était profonde dans la place qui n'était défendue que par. lélan des troupes et des citoyens, Pétion fut obligé de promettre A piastres pour chaque prisonnier qu'on lui amènerait. Dès lors on cessa de tuer les malheureux qu'on prenait , et on les conduisait au général Pétion , mû par l'appétit de la récoRspense offerte. Le gouvernement sauva ainsi un grand nombre de prisonniers qui , plus tard , servirent la cause de la République avec le plus grand dévouement.

Le 6 Janvier , à troi| heures du matin , Christophe donna à la ifille un assaut général. An fort St. Joseph, au Nord, l'ennemi fut fepoussé avec vigueur par le colonel Lamarre. Le Poste Marchand ^

3ïâ BiSToiRB d'haiti. — (1807)

à t r>t« i^^^ile 1 Intendance , fiH assailli par une colonne qui fit dm \«i.r< «li u U pour s'en emparer. Les saldats de la ISe. qui oeeu* luitHU lo fort National demandèrent à aller la prendre en flanc. Mais ie chît lie batailloA Frédéric qui s'attendait aussi i'*ètre attaqué leur défendit, sous peine de mort y de sertir du fort. En effet onyeniendit la charge presque en même t^raps : c'était une division de Christophe, commandée par le général J. P. Daut , qui se présentait pour enlever la fortificalion. Elle fut accueillie par le feu le plus meurtrier, et repoussée avec une perle considérable. Les soldats de la 12e. jetèrent des huées sur les treu|>e8 du Nord. Celles ci honteuses re« vinrent à la charge ; mais elles furent de nouveau culbutées.

De son c6té, Barthélémy Mirault, à la tète de la cavalerie du Nord ' et de TArtibonite, se répandit dans la savane du gouvernement, et s'eiïorça , par une charge impétueuse , de pénétrer dans la place; mais les troupes rangées sur la ligne Est, sous les ordes de 'Géri«, lui opposèrent un front inébranlable; sa valeur s'épuisa en de vains efforts; il fut obligé de faire sonner la retraite.

Christophe , désespérant de s'emparer de la ville , et craignant, sur ses derrières , des insurrections dans le Nord et TArtibonite , leva le siège deux jours après. Xt^ 8 Janvier , après avoir incendié u»e partie de la plaine du Cul-de Sac , il prit la route de TArcahaie. Le général Ta^ou plein de joie delà retraite de Tennemi , disait avec satisfaction , qu'il avait biin annoncé qu'on n'eût poi tarée à con* naître Chrittophe , homme inflexible it de sang. Tant à la bataille de Sibert que pendant le siège du Port-au Prinee,en avait perdu, de part et d'autre , plusieurs centaines d'hommes.

Presque toutes les familles attendries de la mort de Goutilien Cou* tard, dont le dévouement héroïque avait sauvé les jours de Péiion, lui donnèrent des larmes.

Jérôme Marc Coulilicn Coutard naqnit le 40 Novembre 1778,4 Bellevue , dans Tarroudissement du Port au-Prince. Il entra au ser* vrice dans la 4e. demi brigade , sous Toussaint Lou\erture , et se dis* tingua toujours par un rare^ courage. li devint en 1804 lieutenant de grenadiers. A la mort de Dessalines il se trouvait à Si Marc avec son corps. Il fut un de ces jeunes gens qui, fuyant le desp«« tisme de dit istophe, avaient abandonné leur garnison pour se réfugier au Port au Prince. A la bataille de Sibert , il était à la tète d «ne compagnie de grenadiers de la .3e. demi brigade, sous les erdres de Gédéoa; et au moment de la déroute, il s'était placé à coté de Pétion.

Pendant que Cliristophe était repoussé du Part au Prince , une révolte contre la République, qui durera treize ans, prenait naissance dans la Grand' Anse, département du SuiL aux environs de Jéréaiie. En Décembre 1806 , le cito]yen Théodat Ti ichel qui se trouvait au Port-au Prince, en qualité de député à la Constituante, ayant appris ^ue PétioA et Géria se proposaient de oonliv ^u cdoael FraucÎT"

HisTOtHE d'haiti. — MSOT) S8S

^e , le commandament de la Grand'Anse, avait écrit à Bergerac son frère, qu'il ne larderait pas à perdre sa position. Nous avons vu

?ue Bergerac Trichet , qui s était placé à la tête de la i8e. , aprèe arrestatio*n et Texécution de Baille, a^oit pria le cem mandement de h Orand'Anse à la mort du général Pérou. Dèsqu il ayait appris que Francisque dut le remjprjacer, il en avaii été extraordinaireineftt mécontent.

Peu de jours^vaprèa , il avait reçu Tordre da a'acttaminer eur le Port au-Prinee que menaçait Ghristopke. Il s'était abouché avec Thomas Diirocher , inspecteur 'général de culture de la Grand' Anse, exerçant une grande influence dans les campagnes, et lui avait persuadé que Tautoritésupérieuredu quartier ue devait appartenir qu'à eui deux ; il avait ajouté que cependant Pélibn et Gérin allaient placer à leuraéte le colonel Francisque. Thomas Durooher, qui n'ignorait pas que la 18e. n'eut dana ses rangs de nombreux luéconiens sur lesquels il pouvait compter, l'écouta favorablement : ils convinrent de bouleverser l'arrondissement par une insurrection, pour y.iiiaia« tenir leur autorité. Bergerac Trichet , sur le point de par* tir pour TOuest, confia à Durocher qu'il pensait , d'après les avis qu'il avait reçus , que le Port au Prince succomberait ^ et il lui promit qu'aussitôt après Tentrée de Christophe en cette villa , il reviendrait à Jérémie , et lui livrerait le commao'* dément de la 18e. et de la Grand'Anse. Durocher , de son c6ié^ qui, dans le eas de la chute du Port-au-Prince, devait donner à la révolte projet^^e la physionomie d'un mouvomeet en faveur *de Chris* tophe, lui promit , s'il voulait se rf'lirer à rêlranger, de lui permettre d'emporter tout ce qu'il voudrait. Ainsi le Port au Prince succombant^ Thomas Duroeher , après s être soulevé en faveur de Christophe , fûi (terni uré lechef de la Grand*Anse , et Bergerac en Iftt parti emportant des sommes assez importantes. Ces deux hommes, qui avaient rendu de grands services à leur pays , qui, en 4804, avaient arraché à 1« mort une fuple deproscriis avec un noble désintéressement, égarés par l'ambition du commandement, furent en cette circonv^tanœ dé mauvais citoyens, sacrifiant la chose publique à leurs intérêts privés. Ile réêoiarent que les cultivatturs seraient , à dessein , inquiétés sur Uurs droits, leur liliertc,.et seraient appelés aux armes pour ven« gcr la mort de Dessalines ; cependant ils avaient été l'uii et l'autre d'acharnés ennemis de 1 ancien empereur et des premiers à ee prononcer contre lui, i Jérémie. *

• La note concernant la conduite do Berg^erac Trichet &, de Thomas Duroefa«^r lu'a été fournie par Mr. Michel MerUt aine , Sl plusieurs autres vieillards de Jérémie. Je Vai accueillie d'autant' plus favorablement que B^rgvrac Triahet éù Thomas Duroeher portèrent , peu de temps après , le corps dts Ectaireurs à se jeter dans la parti da Qooiao. Cette dernière circoastance est de notoriété f akli^ue.

S84 Hif ToiHG d^ha1ti.--( 1807 )

Aussitôt après la sortM d« Jérémia dû Bergerac Trichât et i% la 48e., s'acheminani sur le Fort*au Prince, Thomas Durochtr parcourut les campagnes, s'entendit avec Jason Demiego , cultivateur in* Huent,, et lui persuada de se mettre à la tête des campagnards dont la liberté était menacée , et d'ajsaillfr la ville, Jason Domingo s'aboucha avec les citoyens B»zile e( César Novetet , cultivateurs hardis et intrépides, les entraîna dans le parti de la révolte et convint avec eux de la prise d'armes pour le 6 Janvier Au jour fixé tous les campagnards de la commune de Jérémie se soulevèrent. Le 8 suivant ils vinrent, Jason Domingo i leur tète, attaquer la place. Les citoyens de Jérémie qui ne s'attendaient pas à cette agression , coururent éuil armes , se réunirent en hâte , opposèrent aux insurgés une vigoureuse résistance et les chassèrent au loin. Durocher qui avait secrètement sascité cette révolte y était entièrement étranger aux yeux de la populatioB urbaine ; il la condamaaît même très énergiquemeat. La 4Se était parvenue sur Thabitation Bézin, quartier de Nippes; quand elle apprit l'attaque de Jérémie ; elle rétrograda et revint dans son cantonnement. Peu de jours après on sut que Christophe avait levé le siège du Port au Prince. Bergerac Trichet et Thomas Durocher^ -ne voyant aucune chance sérieuse au succès de la révolte , n'y prirent aucune pari active; ils craignirent même d être compromis^ et s' élu* dièrent , parleur conduite, à éloigner d'eux tout soupçon. Ils firent des démarches clandestines auprès des principaux chefs de 1 insur« rection pour les porter à rentrer momentanrment dans le devoir; mais ils ne purent gouverner le niou\ement. Les insurgés résolurent de se donner un chef de quelque influetice. Ils s'adressèrent à Goman, chef d'un des bataillons de la 19e de I Ansed Ainault , oflicier très distingué par son cx)urage et les lonfçs services qu'il avait rendus i son pays depuis 4794, sous le général Riguud. * Il les aeçueilltt favorablement et se mit à leur tète, après avoir (ait de vains efforts pour entraîner son bataillon dans la révolte. Il se proclama le vengeur de Dessalines. Telle fut l'origine de l'insurreetion de la Grand'* Anse, que le Président Royer ne parvint à éteindre qu'en 1819, après qu'elle se fut usée par iA années de résistance. Elle fut pendant quelque temps mollement combattue par la iSe. de Jérémie qui, en i806, avait accepté la révolte contre Dessalines avec une réprobation bien marquée.

La plupart des familles qui s'étaient enfuies dans le Sud, sa hfttèrent de rentrer au Port-au Prince. Peu à peu le calme se rétablit, la coi< fiance reparut , et le commerce reprit son ancien cours. Haïti se trouva divisée en deux parts : le département du Nord et TArtibonite sous les ordres de Christophe; l'Ouest et le Sud sous les ordres de Pétion et de Gérin. Quant k la partie de l'Est elle était

* {tigaud éiait le parrain ' de Gomaa africain.

RiSTarRS d'haiti.-— (ISOT) 'S^J*

téojourg occupé* par les franfais qui s'cfforçaîeiît en vain éty feîr# chérir leur domination.

Par la chute â^ Dtsgulines, l'ancien parti d« Rîg«ud, épuré atf Iravertf des flammes de h guerre, entièrement dépouillé de tout ce qu'il y avait d'illusions dans la première révolution, plein d'expérience, s'ideniifiant davantage avec le peuple, reprit Fautorité et sa vierlfo prépondérance tant dans FOoest que dans le Sud. Les préjugés de. . condition qui avaient éloigné Taneien affranchi du nouveau libre s'étaient évanouis pendant la guerre de l'Indépendance, et ces deux classes d'hommes avaient consacré leur alliance en se confondant, le 1er Janvier 1804, sous la dénomination générique d'Haïliens. Ce parli, à présent représenté par Pètion et Gérin, avait toujours été démocratique et plein de confiance en la France républicaine, tl; s'était séparé de Toussaint Louverture en 1799, parce que celui ci, rêvant à l'indépendance et à la monarchie , avait voglu se détacher de la France et se faire couronner. Toussaint sentait, dès 1797, qu'une réaction contre la liberté générale ne dût pas tarder à avoir lieu ; il avait vu juste , et ce fut la cause de ses efforts pour s'éloigner de la métropole. Le plîrti rigaudin, qui avait en horreur le système nfionarchique et qui ne croyait à aucune réaction contre la liberté gé* nérale, entreprit la lutte eontre lui et fut vaincu. Toussaint, af[:>ibli .par la guerre civile, fut à son tour terrassé parla métropole. Mais le parti rigaudin vit s'éteindre sa confiance en la France républicaine, en Août 1802, époque du rétablissement de lesclavage dans les Iles du vent, d'après les termes de la l6i du 20 Mai de la même année. il reconnut que Toussaint, plein de perspicacité, avait mieux découvert que son rival les projets de la France relativement à Saint- Domingue. Il courut' aux armes, comprenant tardivement que la liberté des masses à laquelle il avait* toujours. aveuglément sacrifié , ne pouvait se maintenir que par une indépendance absolue de la, France, dont le gouvernement réagissait contre les principes républicains, en Amérique aussi bien qu en Europe. La victoire nous demeura, et l'indépendance d'Haïti fut proclamée.

Pendant la guerre nationale, le Nord et TArtibenite, représentés par Christophe et Dessalines , anciens lieutenants de Toussaint , l'Ouest et le Sud, par Pétion et Geiïrard, anciens lieutenans de Ri* gaud , s'étaient unis contre Tennemi commun. Mais.au fond des deux partis étaient demeurés, d'une part, les principes monarchit ques , d'autre part , les principes démocratiques.

Le gouvernement de Dessalines fut momentanément un terrain de conciliation; rapprochant les deux partis, il s'effurça d'établir entre eux l'équilibre. En prenant le titre d Empereur , il sacrifia aux principes monarchiques , et par sa constitution du 20 M^i 1805, il calma les fermentations dfémociaiiques qui agitaient dcjà les populations du $ud et d'une partie df l'Ouest. Ce système mixte, où

^ffM , RllTOIEE D^HAITI.— (1807)

dominait héanmoini la ^alonté absolue du Chef dt l'Etat , ne contenta aucune classe de citoyens. Les deux partis s'entendirent pour U renverser. Aussitôt après la chute de TEmpereur, le Nord el rArtibonite voulurent faire dominer leurs principes monarchiques \ rOuest et le Sud, au contraire, proclamèrent les instituliens dénocratiques les plus larges. €omme les partis étaient de forces égales , on en tint à une rupture. Quoique Toussaint et Rigaud ne fussent plus sur le champ de bataille, leurs principes entrèrenl en lutte: aristocralje , d'une part, personnifiée en Christophe j déwecratie , d'autre part , personnifiée en Pétioa.

Page 1