LIVRE QUARANTE-QUATRIÉME
Sommaire. Apres a^'oir lové le siège du Port-au-Prince, Chriitopke se rend à Marchnnd. — Marche de Pétion sur TArcahaie. — Christophe lui oppoise le général Ronnain. — Pétion rentre au Port-au-Prince. — Promotions faites par Christophe. — Larose, officier de Christophe , prend possession du quartier de i^Arcahaie — Il
. en maltraite les habitants. — Rttour de Christopie au Cap. — Il fait mourir l'un des frères Roamage. — Il rétablit les travaux agricoles. — Son adresse aux habitans et aux cuhivaleurs.— Blurich«ît aine nommé Secrétnire d*Eiat de la Ré-
Îublique, chargé du Pouvoir Kxécutif pendant la vacance de la présidence.-'^ )écret du Sénat en faveur des députés du Nord, demeurés au Portau-Priftce. — Promotions fains par le Sénat — Décret du Sénat par lequel Christophe est mis hors la loi — La Constitution du 27 Décembre 1806 est publiée au Portau-Princa. — Marche de Pétion sur l'Arcahaie.— Il fait enlever le fort Sabourin par le général Yavou. — Celui ri feii prisonnier ,' à Labarre, un bataillon df la 8e. — Pétion prend l'Arcahaie. — Le général Francisque s'avance jusqu'à Montrouis. — Pétion rentre au Port au- Prince. — Il expédie, par mer, la 15e. contre les insurgés de la Grand' Anse - Ripport fut au Sénat par Bonnet, au nom du Comité des finances. — Christophe fait ravager Ip quartier de l'Arcahaie par le général Larose. — Mort de Jean-Chfules Courjol. — Les cultivateurs du quartier de l'Arcahaie, a3rant à leur tête Jean Dugotier, se soulèvent contre Christophe. — Constitution ae Christopht^ — Christophe reçoit [(^ titre de Piésident et gêné* ralissime des forces de terre et de mer d»; l'Etat d'Haïti. — Publication de la Constitutioo de Christophe. — Cérémonie à cette occasion — Proclamation de Christo* (ho por laquello Péuon et Géria seat mis hors h loi. — Lois do Cbristopho concor-
^88 fiHTOIRE d'haiti.— (1807)
nant la division territoriale, la solde d« Pétat-major, Padministrafon des fiDaûces, la religion catholique, apostolique et romaine, Porganisation des tribunaux, les droits suecéssibles des enfants naturels, la vente d^s habitations et autres biens de PEtat d'ilaïti. Pétion nommé Président de la République d^Haït? par le Sénat. — Abolition du quart de subvention par le, Sénat. — Prestation de serment du Président Pélion. — Loi du Sénat concernant l'administration générale. — Loi sur les fmises en possession des biens d# ceux qui avaient été injustement dépossédés , du 9 Février. — Loi interprétative de celle du 9 Février — Autrfà promotioni du Sénat. — Lois concernant Pimpôt établi sur les guildives , le droit conféré au Président d'Haïti d'entretenir des relations extérieures, l'organisation de Penregistremcnt des acK s civils, Pimpôt territorial sur le coton, le cacao. Pinsiituljon de quatre fées nationales, la déclaration en état de révolte de toutes les parties d Haïti soumises à Christophe. Organisation du corps des dragons d'Haïti. -Loi surla direction des dourmes -Arrivée au Port-aurPrince du colonel Delva, venant des Etats-Unis. — (>hriçtophe visite TArtibonite. — L«is de Christophe sur la tutelle et Pémanripalion, sur Vassimi- Jation des grades civils à ceux de l'armée , sur les honoraires 'des ofHi^iers de doiAnc et autres. — Le -despotisme de Christophe porte à l'insurieclion la population du Port-de Paix.— Jean- Louis Rébeccase soulève à la tête d« la 9e. — Il va s'emparer, dans Pinlérieur, à\è fort des Trois-Pa vil Ions, à la tête des deux premiers bata'illons de ce corps — Le 3e. -bataillon , demeuré en ville, se soulève aussi. — — Les autorités se sauvent du Port-de-Paix et se rend* nt auprès de Christophe. — Rébecca rentre au Port-de Paix ; il incendie cette ville, à l'approche de Christophe , et se retire mux Trois- PaviNens — Il éva:ue ce fort; le général Romain la poursuit , l'atteint et lui fait trancher la tète. — La nouvelle de. la révolte de Rébecca parvient au Port*au Prince — Pétion annonce qu'une expédition sera envoyée an secours des insurgés du Port-de-Paix. — Les soldats de la 9e. , dispersés dans les bois , se réunissent et mettant à leur tête leurs anciens chefs de t)ataillon' Nicolas Louis et Beaiivoir. — Christophe trav.erso les Moustiques ^ saccageant tout sur San pa^sag»^.— La vil!e du Môle St. Nicolas se soulève auss: contre lui — Il se retire au Cap et laisse le général Romain au Port-de-Païx. Le général Bazelais part à la tête d'une expédition dirigée contre St Marc par mer. Aa lieu d'attaquer cette place il va s'emparer des Gonaïves — NiçoUs Louis re<jo t des déjiêches de Pétion. — Il s'empare du" Port-de-Eaix sur Romain —Il s'efforce, en vain,, de communiquer avec Bazolais. — Ea même temps . Pétion marche sur St Marc — U prend le fort du Boucassin. — Il envoie des instructions à Bazelais.- Il assiège St Marc. Les troupes de Christophe reprenn»*nt les Ganaïves sur BazcUis. — Pétion lève le siège dR St. Marc. — Lh général [jamarie , à la tête d'une nouvelle expédition , part du Pori au Priaco, au secours hs insurgés du Portde-Paix — Il débarque au Port-' B-Piment, fait jonetion avec Nicolas Louis aux Moustiques, et se rend au Port- -de-Pdix, Il ornrmiae Pinsurrecioa — Le Sénat s'ajourne, se fait représenter par Tin comité permanent, et confie au Présid''nt d'Haïti lea pouvoirs îégislalifs. — Coup d'œil rapide sur les événemens de 1807 à 1838.
Après avoir levé le siège du Porl-au Prîftce , 'Christophe s'arrêta i i'Ar«abaie et y réorgaoisa la 3e. demi brigade. 11 partit de ce bourg aussitôt après , le laissant presque dégarni de troupes, et s*arrèta quelques jours à St. Marc d'«à il se transp#rta i- Marchand. De •son côté^ Pétion: ne soriit du Port au Prince que plusieurs jours après ia levée du siège. C eût été une faute grave, s'il n'avait pas, à dessein , Idissé à Christophe le temps de fortifier St. Marc où il eût pu entrer en même que lui, en le talonnant. Mais ignorant les véritabl#li.projets des rétolutiejiMires du Sud j et de tério ^ particulière^
' HISTOIRE n'flAiti. — (1807) 88^
tttent , dont il redoutait rambition , il hésitait à 6' éloigner dul^ort au Prince, et surtout à se dégarnir d'une partie des troupes qui avaient sa confiance, en occupant St. Marc. Néanmoins, cédant au vœu de Tarmée, il se résolut à faire une démonstration vers cette place, ea se rendant au Boucassin; mais il mettra , dana ses opérations, toutes Sortes détenteurs. Il sortit du Port-au Prince, parvint au Boucassin, et établit son quartier général sur Thabitation Labarre. Le camp Drotiët était occupé par le commandant Noël Dubourg , sous Tauto^ rite de Christophe. Cet officier lui fit saveir qu'il était disposé à lui livrer ce poste. Péïion , après avoir confié au général Gérin Tarmée campée i Labarre, se rendit à Drouët à la tète de plu« sieurs bataillons, en prit possession, -j trouva une grande quantité de munitions , et revint au quartier général. Il établit sur l'habitation Saintard la 15e. demi brigade, ainsi qu'un escadron des dra* gons du Sud , dont il forma lapant garde de l'armée. On apprit en même temps , avec certitude, que la ville de* Si Marc était dégarnie de troupes. Gérin conseilla en vain à Pétîon d'aller s'en em^ parer et de poiler ensuite son quartier- général à Marchand. Péiion^ voulant lui enlever roccasien d'acquérir de Tintluence sur les trou^ pes de rOuest , n'accueillit pas ses conseils.
Christophe était encere à Marchand. Comme il croyait que Pélion l'eûl poursuivi à outrance, il n'était demeuré que peu de jours à St. Marc, comme nous Tavons vu. Mais quand il apprit que 1 armée de la République paraissait hésiter k pénétrer dans le Nord , il envoya des trou- 6 es à St. Marc, et ordonna aux généraux Romain, Daut Brave et [agny de marcher contre Pétien , à la ,tête d^s Ire. , 2e. , 6e. , 9e.^ et 14e. demi brigades. Le général Romain ,. après avoir atteint la quartier de TÀrcahaie, traversa le morne Mahotte, y laissa un bataillon et alla occuper le poste Lapointe. Pétion lança contre lui la 2^e. demi brigade , sous les ordres du colonel Lamarre. Celuiàci parvint & une position qui dominait, Lapointe. Romain , de son côté, gravit âivec la 14e. un morne très élevé, en atteignit le sommet, et domina la 24e. Les deux corps demeurèrent en présence toute la journée sans en venir aux mains. Le colonel Lamarre envoya aux chefs de bataillon de la i4e. plusieurs proclamations du Sénat lancées contre Chris* tophe; elles furent favorablement accueillies. Peu de jours après,, le général Paul Romain , s'apercevant que la fidélité de ses troupes était ébranlée, rentra à St. Marc qu'il abandonna aussitôt pour re««. tourner à Marchand. Peux des chefs ^ de bataillon de la 14e. furent arrêtés et exécutés pour n'avoir pas repoussé les procbmalions de la République. Pétion, de sen côic , rentra au Port au Prince, et le quartier cle TArcahaie, généralement dévoué^à la République^ se trouva abandonné. Le général Gérin blâma sévèrement la con<« duite qu'il avait tenue dans cette campagne, lui reprocha ouvertetteotde ne s'être pas emparé de St. Marc et de n'avoir pas marcha
MO HlfTOlRE d'haiti.— (1807)
sur le Cap, les populations étant, de toutes parts , favorables à la République. Il était d'autant plus indigné contre Pétion que ce général venait die s'attacher deux officiers influens du Sud, en exhortant le Sénat à nommer Francisque, général de brigade , et Borgella , colonel. Pétien , pour se justifier , disait que Christophe se perdrait tôt ou tard par sa férocité , et qu'il était inutile ^ par conséquent , de verser du sang , en portant la guerre dans le Nord. Gérin répliquait que Christophe , avant de succomber , se l;>aignerait dans le sang des populations , et qu'on devrait ne pas laisser échapper Toccasion favorable de Tebaitre d'un seul coup. Les officiers du Sud se montraient convaincus que Pétion sacrifiait l'intérêt général à des vues ultérieures d'ambition personnelle.
Chri<;tophe , do son côté , faisait des promotions. Il nomma le cobnel Louis Larose, le colonel Pierre Toussaint, généraux de brigade; les colonels Pierre Cotterea.u et Guerrier, adjudans généraux.
Le général Pierre Toussaint partit de Marchand i la tète des 4e. et 7.\ <Jemi brigades, et alla occuper à St. Marc. Le général Louis Larose vint prendre possession de TArcâhaié que Pétion avaii aban* donné. Il maltraita considérablement les habitans de ce quartier qui passaient pour être trèn dévoués à la caufe de la République. Il en arrêta un grand nombre qu'il fit conduire à Marchand où ils furent égorgés la plupart. Le commandant Jean Toussaint Labarre eut le bonheur d'échapper à la mort. Larose établit son quartier général sur l'habitation Labarre, livra lArcahaie au plus affreux pillage. Les hubitans, après avoir vu enlever leurs bestiaux qui forioaient en ce mjment leur principale richesse , furent acheminés^ en grand nombre, vers la province du Nord , et y furent condamné'; aux travaux les plus rudes. 'Ce fut alors que Christophe, après avoir fait enlever les trésors et les munitions que Dessalines avait réunis i Marchand, se transporta au Cap, pour donner de la stabilité à sa nouvelle position. Aussitôt après son arrivée en cette ville , il fit arrêter Roumage atné, directeur [des domaines. Comme celui-ci s'était montré sympathique aux principes démocratiques proclamés dans rOuest , il prétendit quil avait mal versé et le fit périr, après l'avoir refenu, deux m *is environ, à la geôle, près de la Proifidence, vers la Grande Ravine. Aussitôt après, il porta son at« tention sur la culture des champs , source de toutes richesses , et rétablit les travaux agricoles que les agitations occasionnées par la mort dt Dessalines avaient interrompus. Il fit publier l'adresse suivante aux habiuns et cultivateurs:
« Iles efforts commencent enfin à vous ouvrir les sources de la prospérité. Dès l'instant où le vœu du peuple m'a perte à la tète du, gouvernement, mon premier soin a été d'appeler , dans nos porls^
les nalions eommerçantes , tl d« vous procurer des moyens d'é^ change pour vos denrées.
< Nos vœux vont se^ réaliser, naus voyons déjà flotter dans nos rades les couleurs des différentes nalions qui nous apportent les produits de leur industrie, pour les produits de nos manufactures. Il nous faut entretenir cet heureux commencement; mais le seul moyen d'y réussir^ €Stde fournir ^ leurs demandes, par un travail constant et uniform««
« Habitants d'un sol productif, qu'un soleil bienfaisant éclaire» la nature a tout fait pour nous; pouvons; nous manquer de faire quelque chose pour nous-mômes? Nou^. n'javons besoin, pour possédée le bonheur, que de recueillir ses dons, et desavoir en faire usage.
« Les jouissances d'un peupk libre* ne consistent pas dans le vaia appareil d'un luxe extérieur. L'union des citoyens, la valeur des soldats, la fertilité des champs et la richesse du eommerce ; voilà. 1^ luxe qu'il faut étaler aux yeux des nalions.
« Si quelques médians, ennemis du repos de notre patrie , n'ont pas craint de se révolter contre l'autorité, gardez vous d'écouter les principes affreux ifu'ils ont le front de professer. Je vous réponds ^'ils seront, avant peu, punis de leur audacieuse tcm^rité : je me charge de vous garantir de leurs fureurs.
« Mais, au contraire, employez vos bras à fertiliser vos champs ^^ i recueillir ces denrées précieuses que l'on vient chercher avec tant d'emprussemenl dans nos ports, et pour lesquelles l'on vous offre les richesses de 1 Europe. Ne craignez point, en travaillant, de
1>erdre le fruit de vos travaux. Le gouvernement vous assure toute^ a protection due aux citoyens paisibles et aux famrties laborieuses. Il fait plus , il emploie tous ses moyens à assurer l'amélioration de vos fortunes, par un commerce lucratif, et le bonheur de vos familles , par une protection efficace. Votre union , votre soumission aux lois, doit ôlre te g^ge de la prospérité d^i gouverne-^ ment, ainsi que le travail de vos bras doit faire sa richesse. Livrezvous donc sans réserve aux travaux de la culture. Vous n'avez de bien £ espérer que dans vetre travail , sans lequel il n'est pour vous ni jouissance, ni sûreté. Que tous les cultivateurs se réunissent sur les habitations qui leur ont été désignées; qu'ils ne craignent dIus d'y être troublés; que les inspecteurs et les ^commandans redoublent de surveillance , pour empêcher les vexations , l'oisiveté et le vagabondage , et pour encourager le travail de la récolte*
c II me reste à vous dire que la plus brillante perspective s'of** Ire devant nous. Les nations étrangères rendent déjà hommage à nos principes ; un grand nombre de bâtimens s^équipent dans tous leurs ports , pour venir acquérir les avantages de notre commerce. Une guerre longue et opihiâtre occupe nos ennemis en Çurope , et Jee empêche de pouvoir chercher à nous inquiéter. Sachons donc met-^ tf% i i^rofit ces &veurs. d'une {providence bienveillante. QueTunioD^
S9t HISTOIRE d'haiti.— (1807)
le travail, le eamm«rc«6trindu«triede tous les citoyens, tn fournissant au gouvernement les moyens de se soutenir avec dignité et de remplir avee honneur ses engag enaens , lui donnent aussi le pouvoir de faire votre bonheur et de vous préserver de tous les pièges de nos ennemis.
« Donné au quartier général du Cap , le 22 Janvier 1807 , l'an quatre de Tlndépendance.
€ te Chef du Gouvernetnenf ,
€ Henry CHRISTOPHI:* c Par son Excellence,
c Is Secrétaire du Gouvernement,
« RouANKz jeune. »
Sur ees entrefaites, le Sénat, réuni au Port-au-Prince, organisait le gouvernement de ia République. Le 18 Janvier, usant des dispositions de l'arlice 42 de la constitution par lesquelles il pouvait nommer à toutes les [fonctions civiles et militaires , il appela le général pStion au commandement du département de l'Ouest , et ' Gérin à celui du département Sud. Et sur la préposition d'un Sénateur , et en vertu de Tarticle 68 de la constilutien , il arrêta que les citoyens Paul Romain , Toussaint Brave, Magnj , Gharairon , qu'il considé* rait comme ayant été égarés par Christophe , seraient invités à venir^ du Nord, siéger au Sénat, sous le délai de quinze jours. Le lendemain, il. nomma le citoyen Blanchet aine secrétaire d'Etat , ehargé du pouvoir exécutif pendant la vacance de la présidence ; et le 81, tous la présidence de Magloire Àmbroise, il décréta que les gêné* raux commandant les départements seraient chargés de maintenir l'ordre dans les villes^ et campagnes , et vu les besoins des députés du département du Nord, anciens membres de rassemblée consliludnte, qu'une quantité de café équivalente à la somme de nsille
Sourdes, serait tenue leur disposition à Jacmel/ Ce décret fut rentï" en faveur de ceux des députés du Nord qui , ayant embrassé le parti de la République , ne pouvaient plus retourner dans leur .pays. Parmi eux se faisaient remarquer Kfanigat, Larose, Thélé** maque et Simon Boisbel , citoyens de distinction. Ceux qui avaient signé la protestation contre la constitution s'étaient embarqués en toute hite pour le Nord , aussitôt après la bataille de Sibert, du 1*' Janvier.
Le 24, le Sénat décréta l'organisation de Tarmée du Sud , et vot» 4U peuple et à l'armée une adresse par laquelle la chute de Dessa- ]1q9S était jaslifiM «( iâ çoaduile de Gkistophs coAdamaé^. Le 25^
HISTOIRE d'haiti. — (1867) M8
il arrôta que les approvisionDemins des départemens de l'Ouest «i du Sud auraient lieu, sous la surveillance des généraux, en atten* dani ia nomination d'un secrétaire d'Etat, chargé de la guerre. Le même jour il nomma Tadjudant général Blanchet général de brigaife, pour être en activité dans le Sud, sous les ordres de Gérin; Wagnac, général de brigade, commandant l'arrondissement des Cayes; le eolonel Francisque, commandant de Tarrondissementde la Gran»f Anse; le générai de brigade Vaval, commandant Tarrondissement d'Aquin ; le colonel Bruny Leblanc, commandant de l'arrondissement de l'Anseà- Veau à son grade de eolonel; le chef de bataillon Verret adjudant générale l'armée du Sud; le chef de bataillon Bergerac Trichet chef de brigade, commandant de la iSe; le cbefd'eseadron Borgella, chef de brigade, cemmandant de la i5e demi-brigade ; le cheid'es* cadroii Racolier , chef de brigade, commandant du régiment de la cavalerie du Sud. Tous ceux qui avsiient le plus contribuée la chute de Pessalines recevaient du Sénat \euv récompense et se trouvaient irrévocablement attachés au parti de la République. Ile- n'étaient la plupart que confirmés dans les grades qu'ils s'étaient donnés aussitôt après la révolte contre Dessalines. C^.|i(;udani Berg<>rae Tri. chet, nommé colonel, avait pris le grade d adjudant général, à la mort de Ferou. Le 27 Janvier, le Sénat, après avoir déclaré que le général Christophe avait incendié la plaine du Cul de Sac, et que le délai de quinze Jours accordé au président d'Haiti, après son élection, pour prêter son serment était expiré, décréta qu Henri Christophe, ci-devant général en chef, était destitué de toutes fonctions civiles et militaires , que sa personne était mise hors la loi et que tous les citoyens étaient invités à courir sus, qu'une amnistie était accordée à tous ceux qui se rangeraient sous les bannières de la République et qui contribueraient à établir le^ régne de la liberté.
Le Sénat lit ensuite publier la censtiiutioo du 27 Décembre 1806, avec la plus grande solennité. A cette occasion , il éclata dans le peuple et l'armée le plus grand enthousiasme. Deux jours après , eur une injonction du Sénat; l'armée de la République , coiomandée
' par Pétion , entra en campagne, s'acheminant sur le Boucassin, en deu|L
colonnes, la première commandée par Ynyou, la seconde division GériQ«
Le général Larose qui commandait à l'Arcahaie, au nom de Chris-
.tophe, informé de l'approche de lennemi , se résolut à aller se retranchera la iSource Puante, distante de 6 lieues du Port au Prinee, pour rempêcherde debou<her dans la plaine du Boucassin. La Source* Puante est un passage étroit qui traverse un morne rocailleux do« minant le rivage de la mer; au-dessous du chemin est yne source enlfureuse d'où s'eihale une odeur infecte ; de là son nom de source puante. Larose fut prévenu par la rapidité de la marche de Péiioa ^oi , aux derniers jours de Janvier , était parvenu au Boucassin. Il'eriiiée de le République j après avoir traversé la Source Puante ^
S94 ni9T<MiiE d'haiti.— -(1807)
avait pénétré dans le grand cbemio de TArcahaie et avait négligé le sentier du rivage qui se termine un peu au dessus de la source f elle avait laissé derrière elle le général Larose qui s'avançait i sai rencontre par ce sentier que Pélion n'avait pas fait éclairer. Larose, parvenu à la Source Puante, s'aperçut que Tennemi l'avait devancé; il fît prisonniers la plupart des traînards de la prennière division et s# mit aussiôt à la talonner. Elle était compostée des He, 12e, 21e, 22e, 23e et 24ie. demi brigades et deux escadrons , fournissant six mille hommes. Elle avait atteint riiabilalion Sabourih dont le fort, occupé par un bataillon de la 20e. de Clirislophe , fut enlevé à la baïonnette par le g4néral Yayou. Elle se porta ensuite sur les Vases. En même temps , la seconde .colonne , division Gérîn , composée des 13e., 15<î. , ICe. et 17e, troupes du Sud, fournissant deux mille cinq cents hommes, s'avançait par la grande route de l'Arcahaie. Ces dix mille cinq cents hommes , audacieusemeni commandes, eussent pu ne s'arrêter qu'aux Gonaives.
Le général Larose , s'apercevant qu'il se trouvait entre deux forces imposâiites , obliqua vers les montagnes pour échapper à une destruction totale. Il se retira vers la halte Àubry , atteignit les mornes de Jarrosey , dans la section des Délices, et y campa. Les fuyards de la 20e. , qui avaient abandonné le lort Sabourio , vinrent grossir sa troupe.
fétion, à la tête de la cavalerie de la première colonne, s'élança vers rhabitalion Labùrre qu'occupait un bataillon de la 8e. de Christophe. Son eommandant, André, s'était éloîgé du camp avec quelques maraudeurs. Les soldats delà 8e. entendant des fanfares, et croyanl que c'était le- chef d'escadron Barthélémy Mirauh qui arrivait avec les dragons de l'Artibonite, ne se rangèrent même pas en bataille* Ils furent tout à coup cernés par la cavalerie républicaine. Le général Yayou les somma de mettre bas les armes ; ils se rendirent i discrétion. Le colonel de la 22e., David Troy , leur dit qu'ils étaient libres de se retirer à St. Marc , s'ils le désiraient , que la République ne voulait avoir que des citoyens sincèrement attachés à sa cause. Us se langèrent, sans hésitation, aous les bannières républicaines.
Yayou, à la tète d'une brigade formée des lie. et 12e. marcha aussitôt contre le bourg de l'Arcahaie ; et la 3e. répitblicaine , sous les ordres du brave colonel Gédéon , traversa Thabilation Coriad et pénétra dans la grande route de St. Marc pour couper la retraite à la garnison du bourg. Les troupes de la Ire. division étaient animées du plus grand enthousiasme que leur inspirait le général Yayou. La 3e. de Christophe qui occupait l'Arcahaie , cernée de toutes parts, mil bas les armes.
Pétion prit possession du bourg , et le général Fraacisque , à lu (été dé la 13e., de la 15e. et de la 24e. (^'avança jusqu'à Moatrôimj^
ItlSTOIRK D*H1ITI.-^(1807) S95
il 7 rencontra deux bataillons, l'un delà 7e. et Vautre de la f4e. et les culbuta. Les 7efet 14e, sous les ordres du chef de bataillon Barthélémy, se replièrent en bon ordre sur St. Mare. Ifais, apprenant que le général Pierre Toussaint, officier d*une audace prodigieuse , le tournait par les montagnes , Francisque rétrograda jusqu'à FArcahaie^
Le général Pétîon réunit l'armée sur Thabilation Poix la Générale^ 11 songea à gagner Larese au parti delà République, et lui envoya des proclamations. Mais celui. -ci les fit brûler en présence des envoyés sans en avoir pris lecture.
L'armée demeurait dans l'inaction ; cependant pleine d'ardeur , elle demandait à «marcher contre St. Marc. Le général Pierre Toussaint qui commandait en cette ville dont la garnison s'élevait à peine à 3000 hommes, n'eût pu résister à l'impétuosité de plus de 8,000 hommes. Les généraux étaient d'opinion qu'on allât en faire le siège. Hais Pétion , général en' chef de l'armée, ne voulait pas s'é loigaer davantage du Ptrt-au- Prince , avant qu'on eût nommé un Président d'Haïti. Enfin, vers le milieu de Février , sans avoir consulté ses généraux , profilant de la nouvelle qui lui était parvenue que la révolte se développait de plus en plus dans la Grand' Anse, il ordonna l'évacuation de l'Arcahaie. Il n'y laissa pas même une garnison. L armée rentra au Port au Prince , après avoir fait une campagne sans résultat.
Aussitôt après son retour, le Sénat expédia à Jérémie , par mer, U 15e. demi brigade sous les ordres deBorgella, etordonuaau général Francisque de s'y rendre, par terre, pour prendre le commandement de la Grand'Anse qui lui avait été confié.
Parvenue à Jérémie, h la fin de Février, h 15e. demi brigade en sortit aussitôt contre les insurgés. (Après avoir atteint le Petit -Trou Favranche , elle parvint au Corail. Elle pénétra ensuite dans les iDornes , et dispersa , sur Thabitalion Beaumont, une bande considérable de campagnards révoltés. Elle fit prisonnier un de leurs chefs subalternes, nommé Jean Ba^iisle Lagarde.
En mAme temps, pendant que le général Francisque s'approchait du Corail , lé général Vaval ei Thomas Durocher s'avançaient i Toppo*» ftite de Thabitaiion Beaumont. Quand ces trois officiers supérieurs firent leur jonction , ils décidèrent , en conseil , sur les instances de Thomas Durocher qui alimentait seurdément le mouvement insurrectionnel, que les prisonniers seraient mis en liberté;. Jean Baptiste Lagarde fut renvoyé avec tous ses compagnons. Mais il ne tardera pas à se soulever de nouveau et à entraîner dans sa défection un corps de troupes de plus de 1500 hommes qui, plus tard, sera créé sous la dénomination d'éclaireurs. Thomas Durocher se montrait indulgent à l'égard des prisonniers parcequ'il les avait portés à 1% jr^Yolte comme nous l'avons vu.
396 HisToïKE d'haîti —(1807)
Au Porl au Prince , le Sénat éiaîl toujours en permanence. Lé 9 Février , sous la présidence du citoyen Fresnel , il avait arrêté que les baux à ferme donnés, par Tancien empereur seraient résilic^s, excepté ceux passés en faveur de madame Dessalines, l^e même jouril avait rendu une loi sur tes mises en possession concernant ceux qui avaient été injustement dépouillés. Le 21 sumnt, il décréta que les députés (Ju Nord et de TArlibonite, qui étaient demeurés a» Port au Prince , pourraient être employés tant dans le civil que dans le militaire, et le sième jour il détermina le costume de ses membres.
Dès l^s premiers jours de Février , il avait chargé son comité des finances de travailler à un projet de loi sur l'organisation de Tadministration en général. A la séance dii 25 du même mois, ce projet, imprimé, fut distribué aux Sénateurs , et Bonnet, au nom du comité des finances, donna lecture du rapport suivant, relatif à la loij '
c Sénateurs,
c Organe du comité des finances , je viens vous soumettre Te résultai d'une partit de ses opérations, en attendant que uous puissions mettre sous vos yeux Tensemble du travail que vous nous avez chargés de \ous présenter.
« Avant de passer au mode de contribution qu'il convient d'établir, votre comité a cru devoir s'occuper de Torganisalion de Tadmi- Bistration et de la trésorerie; c'est «loue sur ces deux objets importans , qui seuls peu\ent nous retirer du chaos où nous sommes plongés, que vous allez maintenant prononcer. Si le plan que nous avons suivi se trouve conforme à vos vues, s'il remplit le but que TOUS vous êtes proposé , nous serbns payés de ros travaux.
« L'absence de notre collègue Trichei nous a privés des lumières qu'il a acquises par une longue expérience dans cette partie, mais nous avons tâché d'y suppléer en prenant l'avis de ceux de nos collègues qui, comme lui, avaient parcouru la carrière administrative^ nous avons aussi consulté les différentes lois , ordonnances et règle* mens, qui ont été faits pour ce pays; et cest d'après ces renseignemens, et des recherches pénibles que nous avons établi le travail qui va être soumis à votre examen.
c Le trésor public , sous le gouvernement précédent, était la prapriété du chef et de ses favoris; un ministre, un administrateur en faveur avait le droit d'y puiser à volonté; il est résulté de ce désordre affreux que les revenus de TEtat étaient dévorés parcesagens avides, tandis que les défenseurs de la patrie, privés de .tout, languissaient dans la plus affreuse misère.
c £n prenant les mesures qui nous ont paru convenables pour faire disparaître de pareils abus , nous avons senti qu'il était indis* pensable de rendre à l'autorité administrative son ancienne indépant
. HI8T0IEE D'HArPI.— (1807) 8Ô7
dance. C^est le irœu de la Constitution que Us pouiroirs soient divisés, c'est le \o&u de la raison, cest le \œu des gens instruits, ce sera aussi le vôlre , Sénateurs ; et loin dtî tolérer |t)lus longtemps d'anciens projugés, nous .pensons qu'il est de voire dignité de les anéaniir, surtout lorsqu'ils nuisent si évidemment à la resiauralion de nos finances.
« En rendant aux agens de Tadministration la considération qui -leur est due, vous relevez réclal de leur .dignité que l'ignorance avait frappé d^ mépris ; et en leur laissant toute Tauloriié qu'ils doivent avoir dans Texercice de leurs fonctions , vous vous réserve» aussi le droit d'exiger rigoureusement qu'ils les remplissent avec exactitude et probité. .
• Les contrôleurs, qui, sous le règne de Dessalines, n'étaient considérés que comme les commis des administrateurs, vont connaître maintenant toute l'importance de leur charge, ils sauront que, plaeés auprès d'eux pour veiller aux intérêts de TCiât, ils sont les hommes de la R<'publique, et non ceux des administrateurs.
•« Après avoir réfléchi sur les moyens à employer pour dégager l'administration de tous ces rouages compliquée qui la gênaient dans sa maicbe, nous avons pensé que, pour simplifier , il convenait de réunir la guerre , la marine , les (inancos et les domaines sous ua mêiue chef, ainsi que la Constitution semblait l'avoir désigné ea D'établissant qu'un seul secrétaire d'Etat.
« Ce système nous a paru le plus convenable à nos localités : Im bornes d'un petit Ltat qui permettent de tout surveiller ; le peu de sujets propres aux emplois , et la pénurie de nos finances qui cominande la plus sévèro économie, sont les motifs puissans qui nous ont djèterminés: d'ailleurs re\perie||ce a déjà prouvé qu'il était It -plus avantageux à notre pays, puisquil a été suivi par tous ceux q^ui nous ont devancés.
« M. de Marbois, le plus grand administrateur que St. Domingue ait possédé dans son sein, était en mêfne temps Intendant des guerres, marine, finances, justice, police etc. C'est par la réunion de toutes ces branches du serviee dans des mains aussi habiles, que cet homme éclairé a acquis une si grande réputation et a rendu. Saint Domingue la plus florissante des antilles. Sous lui, eeUelle était parvenue à un degré de splendeur que, de longtemps, nous DO pourrons espérer d'atteindre.
< Les successeurs de M. de Marbois ont marché sur ses Irdees; et. U général. Toussaini Louverture, qui les a suivies, a obtenu 1^ plus grand succès dans ladministration de ses finances* Sous le gouvernement du Capitaine- Général Leclerc on s'en était écarté dans le priAcipe ; mais l'expérience bientôt après y reconduisit les français.
« C'est donc le système d'une seule administration qui a. tou** }Q!SM pura^ ift piw coQYtaabli à Haïti; e'est aussi oelni que fious
398 BI8T0IRE d'rjliti. — (1807)
avoni cru devoir suivre. Les aivanfages qu'ont eus les administrateurs
2ue nous venons de citer, sont le présage heureux de ceux que nous evons auf si attendre. Quant à I administration des domaines , conservée dans les gouvernsmens précédens , ce service que ra(rernitg# des biens réduit à si peii de chose, peut jfttre, sans aucun inconvé» nient , réuni i l'administration générale.
« Les fonctions et les attributions des ditTérens agens de l'adnaînistration une fois déterminées, nous avons pensé qu'il était de notre devoir d'arrêter nos regards sur la trésorerie nationale : nous avons réfléchi sur les abus énormes dont celte branche du service* offre depuis trop longtemps le scandale, et nous avons reconnu quedesa mauvaise organisation naissaient tous les désordres qui l'ont accompagnée.
« Pour remédier donc à tant d'abus, votre comité a jugé qu'il était nécessaire d'expliquer clairement la manière dont l'argent devait sortir du trésor , et de rendre responsables les agens de latréso* relie qui s'en écarteraient. En établissant pour règle certaine et invariable qu'aucun paiement ne pourra s'eflectuer que sur une ordonnance de dépenses, appuyée de pièces en bonnes et dues formes^ nous avons tranché la têie de THydre, et conservé dans les caisses de l'État des sommes qui souvent en étaient distraites , pour servir aux profusions d'une concubine , ou pour alimenter quelques autres passions (effrénées; nous avons établi ;en principe que les revenus des domaines seront versés au trésor, c'est-à-dire que le produit de la vente des denrées devra y rentrer par une ordonnance de receltei afin de centraliser et de régulariser ee service. Par 14, la retenue deï 4 deniers pour livre que quelques administrateurs se sont ap« propriés juvsqu'ici, cessera d'ètr§ pour eux un droit d'aubaine.
« La réunion de toutes les caisses particulières en une seule caisse générale oiïre cela d'avantageux , que les sommes en provenant , ayant toutes une destination fixe , ne seront plus considérées à Tave* nir psr quelques receveurs, comme leur patrimoine.
« Enfin , en exigeant des trésoriers et des recev<^urs une caution en immeubles, nous nous sommes assurés qu'ils ne détourneraient plus , comme ci-devant, les deniers de lÉtat pour leurs dépenses personnelles.
« Tels sont, Sénateurs, les vices et les abus que nous eroyons avoir extirpés par la loi que nous vous proposons : en simplifiant Tadministration , nous avons tâché de rendre sa marche plus facile; si ses agens sont indépendans de l'autorité militaire, ils ne le seront
{'aillais du pouvoir des lois: nous voulons qu'ils soient respectés dans 'exercice de leurs fonctions ; mais nous voulons aussi qu'ils soient probes et zélés pour les intérêts de la République qui leur sont eoufiés.
f JL'epinion publiqie doit être la sentinelle de leurs actioHS } l'csil
BiSToiEE d'haiti.— (1807) 89»
i^tgilant do gouvernement , des magistrats et de tous les bons citoyens doit les observer sans cesse-^: que la reconnaissance nationale soit la récompense de leurs vertus ; que le gouirernement lui-même s'empresse de témoigaer sa satisfaciion à ceux qui s'en seront Vendus dignes par une bonne conduite; mais s'il en est qui, oubliant ce qu'ils doivent à la patrie el à Thonneur, •osaient dilapider les revenus de TEiat, Sénateurs, plus d'indulgence; ces hommes là sont les ennemis secrets de la République, il faut les frapper d'anathême. »
Bonnet lut ensuite le projet de loi.
Cette lecture produisit dans* l'assemblée des impressions diverses ; la plupart des Sénateurs, quoique partisans de Gérin qu'ils se proposaient de porter à la présidence, raccuillirent favorablement; plusieurs qui avaient adopté les vues de ce général relativement à un système fédéral , contrair'e à la centralisation de Tadjoinistration générale, combattirent le projet. Le Sénat en ajourna la discussion i une des prochaines séances.
Deux jours apré^s , il entendit un rapport de son comité de la guerre sur les modifications à apporter au code pénal militaire de Mai 1805, •t sûr l'établissement d un conseil de révision. Le 4 M irs il amnistia tous ceux qui avaient été condamnés avant la publication de la Constitution du 27 Décembre 1806 ; et le 7 môme mois , il rendit une loi sur les patentes.
Sur ces entrefaites, Christophe, ayant appris les évènemens de l'ArGahaie , résolut de détruire de fond en comble ce quartier qu'il ne pouvait plus* conserver. Lé petit corps d'armée de Laroso. fut renforcé du deuxième bataillon de la 4e. sous les ordres du colonel Jean Louis Longuevalle , et d'un ^bataillon de la i4e , sous les ordres d'Eloy Turbet. Larose , d'après les instructions qu'il leçut , livra au pillage et aux flammes les sections du Boucassin , des Vases, des Matheux, des lïélices et du Fond Blanc. La plupart des infortunés habitans dépouillés, pour échapper à la mort , se réfugièrent au fond des bois. Ceux 'qui étaient demeurés auprès de Larose témoignèrent leur mécontentement , entre autres le fameux Jean-Charles Courjol. Il tua lé colonel de la 8e, Eloy Jeanton , dans un mouvement d'emportement; Larose le lit assassiner^ sur i habitation Labarre. Après sa mort, les soldats de Christophe ne 'gardèrent plus aucun ménagement. Les cultivateurs furent traques jus* qu'au fond des forêts , et Larose, après avoir livré aux flammes. rbabitation Labarre , son quartier gént^ral , alla s'établir à Lapointc.
Tant dt cruautés portèrent Jean Dugotier, commandant du Fond- Slanc , à lever Tétenderd de la révolte. Après avoir réorganisé la 3e. demi- brigade , Larose dispersa les bandes de Jean Dugotier, en forçant à marcher contre elles, les montagnards des Délices, des lialheux et du Fond-Baptiste » sous tes ordres des commandans
400 msTeiRfi d'haIti.— ( 1807 )
Noël Buquet , Casimir Vinccnl et George Guimbert. Pendant cfu*îl se reposait sur des monceaux de cadavres , se félicitant 4'avoir bi«ci mériû de son maître, arriva du Gap l'ordre de son exécution. Il fut arrêté par Barthélémy Mirault et exécuté. Malgré ses témoigûages sanglants de dévouement^ Cltristoplie avait suspecté sa fidélités
Quand la nouvelle de la ruine de l'Arcahaîe parvint au Port-au- Prince , les partisans jAe Gério en jetèrent toute la faute sur le général Pétion ; ils dirent que celui ci, à la tète de 10,000 hommes réunis au Port au Prince , distant de douze lieues de TArcahiaie, avait laissé égorger des malheureux dont le crime avait été d'être dévoués à la République. Cette attitude d'observation prise par Pétion eût pu être taxée de complète inhabileté , si la crainte des projet» ambitieux de Gérin ne l'avait pas contraint à ne pas s'éloigner de la capitale* Néanmoins entraîné par l'opinion publique , il annonça une prochaine cjimpagne contre St. Marc. Déj;) te Sénat avait décrété le 13 Février que deux mille jeunes gens seraient recrutés et qu ils ioraient incorporés dans les demi brigades cantonnées dans l'étendot du Commandement du général Pétion.
Pendant que le Sénat , par de sages et énergiques mesures , con*' solidait la République, Christophe, de son côté, dominant dans le Nord et l'Artibonite, organisait son nouvel Etat. Il convoqua au Gap, en Conseil d'Etat, les généraux Paul Romain , A. Veraet, Toussaint Brave, Martial Besse , Jqan Philippe Daut, Raphaël Manuel, Magny, les citoyens Fleury et Jean Baptiste, juge. Le 17 Février, dans la nuit, le Conseil d État, présidé par le général Paul Romain, sous la dénomination de doyen , et ayant pour secrétaire le générai^ Magny, vota une Constitution intitulée Àele eon$titulimn$l d'Haïti ^ dans le but de procurer à leurs coji$tituant$ » qui en réalité ne les avaient pas délégués , la jouissance des droits sacrés illimilès et inaliénables de Vhomm$. Les principaux articles étaient les suivants :
« Tout individu résidant sur le territoire d'Haïti est libre; l'esclavage esta jamais aboli à Haïti ; personne n'a le droit de violer l'asifa d'un citoyen, ni d'entrer de forcer dans sa maison, sans un ordre émané d'une autorité supérieure compéienle; toules les propriétés» sont soufria protection du gouvernement. Celui qui attaque les propriétés d'un citoyen est puni par la loi. La loi punit de mort raisfistin. Le gouvernement .d'Haïti est composé l"" du premier magistrat qui prend le litre et la qualité ele Président et de généralissime des forces militaires et natales d'Haïti, toute autre dénomination étant pour jamais proscrite; V d'un Conseil dEtat. Le gou^ verneoient d'Haïti sera connu sous la dénomination d'E(at d'Haïti. La constitution nonnnele général en chef, Henri Christophe, Président et* généraKssiœo des forces de terre et de mer. La dignité de Prési^ dftnt et de généralissime est inamovible. Le Président a le droit de chobir son successeur, mais seulement parmi les généraux. Or
choix doit êlre secret el contenu dans un billet cacheté qui ne sera ouvert que par le Conseil d'Elnt, solennellement assemblé à cet effet. Le président pi|[|pdra toutes les précautions nécessaires pour informer le Conseil d'Etat du lieu où ce billet sera déposé. La force armée sera sous la direction du président, ainsi que i'administraiion éen finances. Le président a le pouvpir de traiter avec les nations étrangères , tant pour établir des relations commerciales que pour assurer Tindépendance de l'Etat. Il conclura la paix, et déclarera la guerre pour maintenir las droits du peuple d Haïti. Il a aussi la droit d'aviser aux moyens de favoriser et d'accroître la population du pays. Il proposera les lois au Conseil d'Etat qui, après les avoir adoptées at rédigées, les lui enverra pour recevoir sa sanction , sans laquelle elles ne pourraient être exécutées. Le traitement du président est fixé i quarante mille dollars par an. Le Conseil d Etat est composé de 9 mynbres nommés par le Président, et dont les Heux tiers au moins doivent être généraux ; il est établi pour riecevair les projets de loi du présidant et les rédiger de la manière la plus convenable; pour fixer le taux des taxas, le mode de perception ; pour ratifier les traités conclus par le président et pourvoir au recrutement de l'armée. 0:i lui présentera tous les ans un tableau des recettes, des dépenses et des ressources du pays. ( Les titres IV, Y, VI ont rapport à la nominatian du surintendant général des finances, de la marine et de l'intérieur , al à celle du secrétaire d'Elat at des membres des tribunaux). La religion catholique , apostolique et romaine est la seule reconnue par la gouvernéinent. On établira une école centrale dans chaque division , et des écoles particulières dans chaque sous-division. Le gouvernement d'Haïti déclare aux puissances qui ont dos colonies dans le vpisinagede Itle, qu'il a fermement résolu de ne jam.ns troubler le gouvernement de Ces colonies. Le peuple d Haïti ne fait point de conque* ta hors de son tie; il se borne à la conservation de son tt^rritoire. »
Ainsi , dans^ la l\ord , le premier magistrat prenait le titre de pré» sident de TEtat d Haïti, généralissime dès forces de terre et de mer, et ne pouvait choisir son successeur que parmi les généraux. C'était une véritable aristocratie militaire. Dans les départements de l'Ouest et du Sud , le chef de I Etat , d'après la Constitution du 27 Déaembre i806 , -dut avoir le titra de président da la Rêpubliqna d'Haïti. La président de TEtat d'Haïti était à vie ; et celui de la République d Haïti , pour. quatre ans, était nommé par le Sénat Dans la Nord le' pouvoir législatif était contié 2 un Conseil d'Etat nommé par le Présidant; dans l'Ouest et le Sud il était confié à un Sénat nommé par le peuple. La président da i*Ëtat d Haïti nommait à toutes lés fonctions civiles et militaires; dans le Sud et lOuest, la Sénat seul nommait las fonctionnaires tant civils que iniliiaires, les commissaires du gouvernement près les tribunaux exceptés.
La Constitution de Christophe rédigea sous ses yeux par Rouants
jeune, 1# secrétaire d'Biat, n'avait été que présentée à Vacceptatwn du Censeil d'Etat. Parmi les membres du Conseil d'Elat , l'on di»lingait Martial Besse , natif du Terrier Roug^ prés du Gap, hommg •instruit , élevé en francs. C'était alors rufricier général le plus ancina du pays. Il avait été proclamé général de brigade par le peuple dfi Paris à la prise de la Bastille. Il était revenu dans son pajs an commencement de la révolution. Sang-mèlé, a^aat la peau blanche ^t les cheveux plat^, beaucoup d'haïtiens, qui ne sont pas de soa quartier, ont cru quil était blanc.
Dés que la Constitution du Mord fut votée, on se di^osa à la
I oublier avee solennité. Après une salve générale des forts du Cap, es troupes et la population se réunirent sur la place d'armes. Christophe s'y rendit, à six heures du matin, précédé de son état major général, et accompagné de leurs excellences les généraux de division André Vernet , Paul Romain et Toussaint Brave, des jzénéraux d% brigade Etienne Mdgny , Martial Basse, Raphaël Manuf»!; ^è\ Joa- .<jiin et Michel Pourcelj. Les corps civils et une députation du com« iperee étranger assistaient à la cérémonie. Après que le secrétaire* général, Bouanez jeune, eut donné lecture de Tacte constitutionnel , spn excellence le Président de l'Ëtat d Haïti prononça le discours aniyai^t :
« Généraux , soldats et peuple d Haïti ^
c \oui venez d entendïre la lecture de lacté constitntionnel quW ■vient de vous donner ; c'est le fruit des longues méditations des généraux , vos mandataires , ^qui , depuis longtemps , n'ofl cessé de \erser leur sang pour la défense de no(re liberté, et qui ont généreusement, d'après l'invitation que je leur ai faite, consacré ieurs veilles à vous présenter ce pacte précieux. «
« Peuple d Haïti et militaires de tous grades, vous voyez qu^, ^os droits sont religieusement conservés et garantis par la puissanG€. d'un gouvernement fort .et rempli de sollicitude.
« Il était nécessaire de relever la dignité de la religion abattue; la morale délaissée , laissait la jeunesse en proie aux licences de son âge ; la liberté même était assaillie par des traîtres , ennemis de leurs concitoyens, et vendue à nos plus cruels ennemis! Elle ^st assurée maintenant , n'en doutez point ! et dans peu , vous y%nez disparaître , comme un nuage léger , l'essaini criminel de €es hommes atroces.
« L'éducation publique, ce hien , après la religion e^ la liberté, le plus précieux de 1 homme, sera ranimée et soutenue de la morale ; elle sera encore remise en honneur et vénérée, au milieu de nous. Le divorce, ce ver rongeur des mœurs, est rigoureusemeal défendu et proscrit à jamais. *
* Ces paroles sont une eensurs sévère du gouvernement ds Deesalioei.
Bi0torRB d'haiti.— (1807) 409
« Personne ne doute que le commerce ne soit la jichesse d'un peuple de cultivateurs ;*vous voyez déjà les vaisseaux de teutes les nations Hvaliser dans nos ports ; que sera-ce lorsqu'une protection gêné-* reuse va assurer aux étrangers le droit de commercer avec la garantie d'un gouvernement dont la bonne foi est déjà célèbre parmi les nations?
« Vous, généraux, qui environnez cette enceinte jiuguste, le prix le plus doux de'' vos innombrables travaux «est sans doute le bonheur du peuple pour lequel vous avez combattu depuis Jant d'années ! Quel spectacle en effet plus touchant que les bénédictions d'un million de citoyens reconnaissants , que vous venez de rendre heureux ! •
« Pour moi , je ne sens que trop le poids énorme du fardeau que m'impose la oonstitulion ; le désir seul d'être encore utile à notre patrie, m'a fait accepter celte marque d'amour de mes concitoyens. Si la ferme volonté et la plus grande application de toutes mes facultés peuvent me permettre l'espoir de réussir , je vous jure die n'épargner ni veilles ni soins pour faire respecter le gouverne* ment au dehors et répandre le bonheur au milieu de vous.
« Dans ce jour d'entheusiasme, dans ce jour à jamais mémerablé dans les fastes de l'Etal .d'Haïti , jurons d'observer et de faire observer cette sainte Constitution , jurons de mourir plutôt que de souffrir qu'une main sacrilège y porte jamais aucune atteinte.
€ Vive la Constitution! Vive le Conseil dEtal! Vivent les généraux et 1 Etat d'Haïti ! »
Le président assista ensuite à un Te Deum qui fut chanté en actions de grâces. Quand il rentra au palais du gouvernement il écouta avec satisfaction les félicitations de ses généraux , des fonctionnaires civils et militaires et du eommorce. Son secrétaire particulier , a la tète de l'état-major rangé en de^mi cercle et dans une altitude pleine de dévouement , lui adressa les paroles suivantes :
« Premier Magistrat de l'Etat, à qui la Constitutien , diaprés le * \œu du peuple , vient spontanément de confier les destinées de l'Etat d'Haïti, la récompense de vos travaux fait notre bonheur. Tout l'univers connaît votre attachement à la liberté, et les nations racontent, à Tenvi^ votre gloire dans les combats. Nous ne doutons pas un bevi instant que notre bonheur ne soit assuré, dès que le vaisseau de l'Etat est coniié à un si habile pilote.
« 11 est bien doux pour nous, et ries, en ce jour célèbre dans lés fastes de l'Etat d'Uaïii, de \oir U veitu lécompensée et^ la re« eennaissance éterniser la loyauté d un peuple libre.
« Tous tant que nous sommes ici nous^ vous offrons, avec TépanouisNaent de uos sœurs i nos vœux pour votre conservation el"*
celle de Totre famille chérie, qui fait la plus douce jouissaDQ« da meilleur des pères, *
« Nous vous jurons tous rattachement le plus inviolable , et la mort pourra disposer de notre existence mais ne changera jamais nos sen* limens éternels pour vous.
« Vive le Président de l'Etat d'Haîii! »
Après cette réception qui fut brillante, il y eut un grand banquet 9u palais , au milieu des détonnations de rartillerie et des accens de la musique militaire. Les toasts suivans furent portés: par le Président: à la Constitution d'Haïti! Puisse-telle durer éternellement i Par le Surintendant général des finances : Au'Président d'Haiti et à sa famille chérie ! Puisse son règne éterniser sa gloire et faire le bonheur du pi^uple. Par le Présidi^nt: Au Conseil .TEiat! A Sa Majesté Britannique et au commerce Anglais! Au Président, et aux Citoyens des Etats Unis ici présens ! A larniëe d'Haïli ! Par le général de division Paul Romain: A rittdépt^tjitanie d'Haïti! Par le général de division Toussaint Brave : A tous les peuples libres de la terre ! Par le général de brigade Magny : A 1 union , à la subordi-nation, qui doivent distinguer les haïtiens! Par le g^^nérai de brigade Martial Besse: Aux nations neutres et amies qui enlretieiint^nt des relations eommereiales avec nous I Par le général de brlga^le Raphaël ; A la liberté, à l'égalité! Par le général de brigade ISeël Jaochin : A la Présidente d'Haïti et à son auguste famille ! Par le général de brigade Pourcely : A l'extinction des factieux et de leur? partisans!
Dans la soirée qui suivit , i travers les rues magnifiquement illuminées , une p>roclamation fut publiée avec solennité. Christophe annonçait à l'armée et au peuple qu'une Constitution sage et convenable à leurs 4Sf)œurs, à leur climat et à leurs usages, leur avait 4té donnée; . il ra'ppel'iit à ses concito)ens la sincérité de ses inten« tions dont des scélérats avaient abusé pour fomenter la révolte et allumer la guerre civile; il annonça que des tribunaux allaient être établis pour assurer leurs intérêts; que le commerce national etétran*
Ser serait protégé^ et pour l'alimenter que Tagriculture devrait re« oubler de persévérance et d'activité. Il ajouta qu'après avoir relevé la religion, épuré la morale, encouragé Tagric uliure et le commerce, il ne négligerait pas Texercice des armes, que rennemi veillait ses nouvemens et observait ses démarches, t La politique € desgouvernen\ens étrangers ne s'est pas jusqu'ici manifestée à notre € égard; quelle qu'elle puisse être, mettons-nous à même , sans les € braver, de n'avoir rien' à redouter de ceux qui auraient des inten* • € tions hostiles contre nous. Que ceux qui voudront lier des relations « politiques ou jeuir des avantages de notre eommerce, treuveit m une réciprecité équitable ; n'offrens que la mort et les eombati < aux autres 1 a
Lé 19 suivant il mit hors la loi, par une proclamation, Pétfos, Gérin comm^ cliefs de complots «t soulevés contre !• gouvernsment; il mit également hors la loi l«urs complices , c'est à dira ceux qui 9'étaieiit fait remarquer h la tète des républicains qu'il traitait de révoltés. Il accorda amnistie pleine et entière à tous ceux qui n'avaient point trempé dans la révpite ou qui y avaient été ent ratnés par la force ; il promit protection tt oubli à tous ceux qui abandonneraient le parti des révoltés, et qui \iendraient se ralliera Fui, ou qui lui feraient connaître leurs intentions de se rallier àsoa gouvernement. Il avait déclaré ,. dans les considérants de sa proelaroation, que sa constitution ayant été publiée, les traitres, les factieux du Sud n'avaient plus rien à alléguer.
Le Conseil d'Etat, continuant ses travaux, rendit une Joi 1e 23 Février, par laquelle il fut ordonné que le cachet du Président fât apposé aux lois, jusqu'à la confection du sceau de TEtat. Le n>ânie jour , il rendit une loi sur la division du territoire compre« nant même le Sud, l'Ouest et la partie de TEst qui n'étaient pas soumis à son autorité, enfin l'Ile entière. D'après cette loi, le territoire de I Etat d*IIaïti renfermait, dans son intégrité, l'Ile d'Haïti et les petites ties.qui en dépendaient, Samana , la Tortue, la Gonave, 1 Ile-à-Vaches , les Cayemites, la Saône et les autres Iles adjacentes. Le territoire fut divisé en cinq provinces qui étaient : la province du Nord , celle de l'Ouesl , celle du Sud , celle de Cibao et celle de TOzama. La province du Nord comprenait les paroisses du Môle, de Bombarbe, de Jean Rabel , de Port de Paix, la Tortue, le Petit Saint Louis, le Borgne, le Port Margot, le Limbe ^ Plaisance, la Marmelade, l'Acul, la.Plaine-du Nord , la Petite Anse, le Cap, le Quartier Morin , Limonade , le Dondon , Saint -Raphaël , la Grande Rivière , Sainte Suzanne , le Trou , le Terrier Rouge, Valliére , le Fort Liberté, Ouanaminthe, Laxavon , Montéchrist et les Isabelliques. L^ province de 1 Ouest renfermait les paroisses des Gonaîves , le Gros Morne,. Terre Neuve, Ennery, Saint Michel, Hincbe , Banica , Lescahobes , le Mirebalais , la Petite-Rivière ,. les Verrettes , Saint Marc , l'Àrcahaie, la Croixdes Bouquets , le Port-au- Prince-, Léogane, le Petit et le Grand Goâve, Jacmel , Marigot et Baynet. Là province du Sud comprenait Aquia, Saint L.ouis. Caifatllon, les Cayes , Torbeck, le Port Salut , leir Côieaux, Tiburon, Saint-Louis de Miragoâne, l'Anse à-Veau , le Petit Trou , le .Corail, Jérémie, les Abricots et le Cap Dame Marie. La province de Cibao renfermait les paroisses de San Yago , Porte Plate , la Véga , Coiuy, Samana , la Moque et Lamatte. La province de TOzama était formée. des paroisses de Savanala-mar , Higuej^, Seibo, Bayaguana , Monte de Plata , Boya, Sjin Lorenzo, Santo. Domingo y compris San Carlos^ Santa Roza, San Gregorio de los Ingenios, Bani, Azua et Saa ^aan de la Maguana. Les paroisses conservèrent leurs anciennes étea-
406 ^ BiSToiRE d'haiti.— (1807)
dues et leurs ancienaes limites. Chaque province fut divisée en deux errendissemens.
Le premier arrondissement de la province du Nord comprit le Cap, la plaine da Nord, le quartier de la Petite Anse, le quartier Morin, Limonade, la Grande Rivière, Sainte Suzanne, le Dondon , Saint Raph^iêl, le Trou, le Terrier Rouge, Vallière ,* Ouanaminlhe , le Fort Liberté, Laxavon, Monte Christ et les Isabelliques. * Le second arrondissement, l'Acvil , la Marmelade, •Plaisanct , le Limbe, le Port Margot, le Borgne, St. Louis, la Tortue, -e Port'de-Paix , Jean Rabel , le Môle et Bombarde. Le premier arrondissement de la province de TOuest comprenait les Gonaïves , Terre Neuve, le Gros Morne, Eanery , S^int Michel , Hinche, Saint Marc, la Petrte^Riviére, les Verrettes , Mirebalais, Lescahobes,. Banica et l'Arcahaie. Le second arrondissenant , la Croix des Beuquets , Port au Prince , Lêogane , le Petit et le Grand Goflve, jusqu'au Pont de Miragoâne , B^ynet , Jacmel et Msirigot. Le premier ârronëisse* ment de la province du Sud, était compesé des paroisses d'Aquin, Saint Louis, Cayaillon, des Cayes, Torbek , Port-Salut, les Coteaux et du Cap Tibùron. Le second arrondissement , Saint Michel » Miragoâne V TAnfie-à Veau, le Petit Trou des Baradères, le Corail, Jéréuiie, les Abricots, le Cap. Dame*Marie et TAnse d'Hainault. Chaque province devait être commandée par un lieutenant-général,
{>renant directement les ordres du Président , et correspondant avec e chef de l'état major général pour tout ce qui avait rapport au service de l'armée. Le lieutenant général commandant de la province du Nord devait provisoirement étendre son autorité sur toute la province de Cibao; le lieutenant général commandant de la pro«<ince de rOuest , étendre son autorité provisoirement sur la province de rOziima. Il devait être établi, par chaque arrondissement , un maréchal de camp pour commandant, prenant les ordres du lieutenant général, commandant de prevince, et lui rendant compte directement.
La division territoriale des républicains de l'Ouest et du Sud comprenait également toute Tlle d'Haïti. Le général Ferrand , de son côté, qui commandait pour la France, à Sto. Domingo, prétendait que son autorité dut s'étendre sur toute 1 Ile.
Le 1er Mars, le Conseil d'Eiat rendit une loi par laquelle la solde de l'étal major et des troupes de toutes arm'es fut établie. Les officiers du grand état-major généi;al furent ainsi rétribuée : lieutenant général 35,000 livres, par an, maréchal de camp, 25,000 livres. , brigadier des armées 42,000 livres , colonel 9,000 ; lieutenant cole* nel , 7,000; capitaine, 4,000; lieutenant 3,«00; sens lieutenant 2,200; ceux de I infanterie: 'colonel 8,000 livres, lieutenant colonel 6,600, quartier maître, selon son grade; capitaine , 3,600 ; lieute- ;nant 2,200 , sous-lieutenant l|9p0. Les ofliaiers dis cavalerie durenu
mSTOIRE D'HAlTl.-r-(1807) 40T
recôvôîr la même lolde que le grand état-major selon leurs grades ^ ceux du génie et d'artillerie durent être payés comme le grand état major, ainsi que la cavalerie, suivant leurs grades. Le médecin en ebtTde Tarmée dut être payé selon Je grade de colonel du grand état major. F^es appointemens des chirurgîons de Ire. classe furent fixés à 3,600 livres , ceux des chirurgiens de 2e, classe à 2,200. Lès sous officiers et soldats durent recevoir , par jour, les grenadiers sergents majors, 4 liv. 10 s , sergent 1 liv. ,2s, 6-d, , fourrier , 1, 2, 6, caporal 18 sous, grenadiers 42 sous 6 deniers, tambour 15 sous; iiisiliers sergents majors i livre 8 sous , sergent i livre , fourrier 1 livre, csporî)! 15 sous, fusilier 10 sous, tambour 15 sous; arlille* rie, scrgentnmajor, 2 livres, 8 sous, sergent, 1. 10 s,, caporal i. 6 s., 1er canonnier 15 s. , 2e. canonnier 13 s.
D'aprAs la même loi, les appointemens des lieutenans généraux étant évalués au revenu de la ferme d,e deux sucreries , deux ca« • féteries eî une cotonnerie ; il leur fut alloué, pour paiement de leurs appointemens annuels , la jouissance de deux sucreries, deux caféleries et d'une cotonnerie, à leur choix, parmi celles dont ils étaient fermiers ; les appointemens des maréchaux de camp étant évalués au produit de la ferme d!une sucrerie , d'une caféterie et d'une cotonnerie , il leur fut allpué trois habitations de ce genre ^ aux. mêAies conditions que les iieutenans- généraux. En eas de déeés, démission ou destitution des Iieutenans généraux et des maré« chaux de camp, les habiiations dont la jouissance leur eût été accordée pour solde de leurs appointemens , durent être réunies aui domaines de TEtat.
Le 15 Mars, le Conseil d'Etat rendit une loi sur Tadmiiiistration dés finances. Il dut être établi , jl^ar chaque .province , un intendant des finances, un contrôleur, un trésorier, un directeur des domaines , un directeur des douanes, un pescur et un garde*magasin particulier, pour résider dj^ns le chef lieu de la. province, si c'était un port de. mer, dans le cas contraire, au premier port do mer de la province^ le plus voisin du chef-lieu. L'intendant particulier des finances dut surveiller spécialement la rentrée des revenue do gouvernement, la vente des habitations, maisons, guildives , satines et autres biens de l'Etat, l'affermage de ces bien^ restés in Vendus , le versement du produit des ventes et fermes desdits biens; celui du quart de subvention , le service des douanes , la perceptioa des droits d'importation et d'exportation , ceux de pesage , jaugea* ge et confiscation. Sa surveillance s'étendait sur les magasins et a^utrés dépôts de TElat, ainsi que sur le trésor public. Tous les matins, il devait fournir au gouvernement un état journalier du mouvement de la caisse du trésor, de celui de la douane, du mou- Vémenf dtf hiagasin particulier , ainsi que de celui du magasin do 4lliitMe$ aux domaines» Lo contrôleur était char|{é de la vévificaitioQk
de toutes les ocdonnances de dépenses et de recettes , de tous les comptes des romptables; il donnait son avis sur toutes les ofTrcs de marchandises et marchés à passer avec Tadminislration , ainsi que sur le prix des ventes et baux à ferme; en un mot, il surveillait l'exécution dt^s lois et ordonnances .dans , toutes les opérations de radminislration ; il remplaçait Tintendant chaque fois que ce dernier avait des motifs valables d absence ou d'empêchement. Le trésorier particulier recevait tous les droits quelconques du gouverne-^ meut, dnprAs les ordonnances de l'intendant, vérifiées et enrégie- ' trécsau bureau du contrôle ; il recevait, de celte même manière, tous les droits d1mport;iition , pesage, jaugeage, sauvetage de b&timens naufragés et toutes les contiscaiions prononcées en faveur des douanes, d'après le bordereau ceriiiié du directeur de la douane,^ revêtu des formes prescrites pins liaut Les prix des ventes et fermes des maisons, guildives , salines, et autres propriétés de FElat,qui n'étaieat point payables en nature, étalent également perçus par le trésorier ^ à la diligence de Tinlendant. Les fonctions du directeur des domaines de r^tat embrassaient TafTermage des habitations invendues, d'après Tordre de l'intendant, donné sur lavis du contrôleur , la rentrée du prix des fermes d'habitations payables en nature , du droit de *6ubvctntion et autres; il percevait* un droit d'un pour cent sur le montant de chaque bail à ferme de caféleries , sucreries ou autres propriétés , qu'il était tenu de verser au trésor , tous les mois. Le directeur de la douane était chargé de surveiller qu'il n'y eut point de fi au Je' dans h débarquement des marchandises qui étaient as- 8uj«;tiies aux droits d'importation, d'en constater les quantités et qualités, de surveiller avec exactitude tous les débarquemens de denrées qui viendi aient par merdes diiïérens ports de Ttle, de vérifier de même les exportations de commerce étranger, de tenir la main à faire payer avec exactitude tous les droits d'importation et d'exportation ; il dressait le bordereau certifié de ces droits qui étalent acquittés au trésor. H percevait les droits de pesage, jaugeage , sauvetage de bàtimens naufragés et toutes les confiscations prononcées en faveur de la douane , ainsi que les droits établis sur le petit cabotage ; mais il était tenu , tous les mois , de faire le versement desdits droits au trésor de la province. Il était établi un garde-magasin particu* lier dans chaque endroit de la résidence d'un intendant et d'un contiôleur; et dans chaque endroit où le service Texigeait, un com« mi^ principal d'administration qui était chargé de la perception des droits de I Etat. Le trésorier général résidait auprès du président et correspondait directememt avec lui et le surintendant général des linances. Il se faisait rendre compte de toutes les caisses de l'Etat; }a dépense fixée, l'excédant des recettes était centralisé dans une caisse qu'il tenait à cet effet. Le surintendant des finances avait Auprès de lui deux adjoints qm le remplaçaient toutes le$ fois <|u'U
HISTOIRE d'haiti. — (1807) 40S
j avait nécessité. H y avait, au Cap, pour tout TElal d'Haïlî, un magasin central et général , pour l'équipement et riiabillement des troupes, pour le dépôt des draps, toiles, et autres objets propres à les confeclionner. Le i8 Mars une loi fut rendqe sur ^la religion catholique, apostolique et romaine reconnue celle de TEiat par la constitution du 17 Février. Aucun ordre,v décret ou loi ecclésiastique, quoiqu en matière purement spirituelle , ne pouvait être exécuté dans FEtat, sans le consentement du président et généralissime. Les dimanches, eoRsacrés à l'exercice du culte, étaient , pour tous les citoyens, les seuls jours de repos. La fête de l'Annocialion, la fête de Noël, la Fête-Dieu, celle de l'Assomption de la Vierge, de T Ascension , de la Toussaint, de la Saint Jean, de saint H«nry,de sainle Louise patron et patronne du président et de la présidente, durent être aussi religieusement observées. Toutes les autorités civiles et militaires, étaient tenues d'assister régulièrement au service du cuite, en corps; les instituteurs et institutrices devaient y conTluire leurs élèves. On rendait les honneurs militaires au Saint Sacrement , toutes les fois qu il sortait processionnellement de Téglise , ou pour l'administration des malades, et ff poste le plus voisin de l'église lui fournissait une esct^rte. Les curés et vicaires, sur la présentation du préfet apostolique; étaient nommés par le président et généralissime qui leur assignait l'éfendue de leur administration spirituelle. L'autorité et la juridiction des ecclésiastiques quels que fussent leurs grades, étaient purement spirituelles, li y avait un préfet apostolique dans l'Etat d'Haïti. Sa résidence était lixée dans le lieu de celle ordinaire du président; il surveiU lait, les institutions, examinait les instituteurs et leur délivrait des certificats de mœurs et de religion, saqe lesquels ils ne pouvaient exercer.
Le 18 Mars le Conseil d'Etat rendit une loi sur l'organisation des tribunaux.^ Il fut établi, dans chaque paroisse, un tribunal de paix qui fui composé d'un juge, de deux assesseurs et d'un greffier. Les juges de paix tenaient le registre des naissances, mariages et et décès , et remplissaient toutes les fonctions des anciens commissaires de l'état civil. M fut établi, dans chaque arrondissement, un tribunal civil , qui dut connaître de toutes matières civiles et crimi* nelles, composé de cinq juges et de deux assesseurs. 11 y avait près de chaque tribunal civil un commissaire du gouvernement et un greffier. Les greffiers des tribunaux étaient nommés par le président qui pouvait les révoquer à volonté. Il fut établi près de chaque tribunal civil quatre défenseurs et trois huissiers. Le titre IV de la loi traitait de la forme de procéder en matière civije ; le titre Y de la forme de procéder en matière criminelle. Il y avait , dans chaque arrondissement, un tribunal de commerce qui connaissait de toute affaire maritime «et commerciale. Ces tribunaux étaient composés de cinq, juges I pris parmi les négocians* Le 25 lUars , une loi renflant iç^
droits de snccessibilité des enfans naturels, fut rendue par le conseiF d'Etat. Art. ier. La reconnaissance d'un infant naturel sera faite |mr un acte authentique lorsqu'elle ne l'aura pas été dans son acte de nnissance.
Art. 2. Cette reconnaîsstince ne pourra avoir lieu au profit deienf^ns \)é% d'un commerce adultérin ou incestueux.
Art. S. La reconnaissance du père , sans Findication et l'aveu (fè la mère, n'a d'eflel qu'à IVgard du père.
Art. À\ Toute récLimation de la part de la mère , de même que toute récla*iftiion de la part de l'enfant , pourra être contestée par tous ceux qui y auront intérêt.
Art. 5. La recherche de la paternité est interdite.
Arr. 6. La rechtMhe de la maternité est admise. L'enfant qui réclamera sa mère scia tenu de prouver qu'il esjL identiqueTnent le même que l'enfant dont ^lle est accouchée. Il ne sera reçu à dette preuve par témoins que lorsqu'il y aura un commeacement de preuve par écrit.
Art. 7. Les enfans naturels ne sont point héritiers; la loi ne leur aecorda de droit sur les biens de leur père ou mère décèdes que lorsqu'ils ont été légalement reconnus ; elle ne leur accorde aucun droit sur les biens des parens de leur père et mère.
Art. I. Le droit de l'enrant naturel sur les biens de ses père et mère décédés eat réglé , ainsi qu'il suit :
Si le père ou la mère a laissé des descendons légitimes, il n'a aucun droitd'hérédilé; le droit d'hérédité est d'un tiers lorsque les parens ne laissent pas de descendans, mais bien des ascendans, ou des frèri's eu sœurs; alors le réfute des biens échoit aux parens légitimes, i moins d'autres dispositions .testamentaires; et en cas .que le père ou la méru décède sans parens ii^gitimes les deux autres tiers des biens échoient de droit à. la vacance , s'il n'a pas laissé de. testament.
Art. 9. LVnfant naturel succé<icra à ses frères et sœurs, aux descendais de ses frères et sœurs, à ses oncles et tantes et à leurs eôilatérauXy tous nés comme lui, hors mariage et décédant sans enfans. En cas de prédéccs de l'onfdnt naturel , ses enfans, ascendans peuvent ré* chmer les droits fixés aux articles précédens.
Art. 10. Les dispositions des articles 8 et 9. ne sont pas appîi-» cables aux enfans adultérins ou incestueux. Il ne leur est accordé que des alimens.
Art. H. L-orsqne le père ou la mère de l'enfant adultérin ou in* ceslueux lui aura fait apprendre un art mécanique, ou lorsque l'un d'eux lui aura assuré des alimens de son vivant, l'enfant ne pourra élever aucune réclamation contre leurs successions.
ift. La succession de l'enfant naturel, décédé sans postérité , éitft ilévertue au père ou à la mère qui la reconnu ou par moitiél à fbtfs les* deut| s^îl a été reconnu par Tua et par TautreV
RitTOIRB d'HAITI.— -(WOT) 411
13. Les dispositions de la présente loi ne peuvent ôtre applica* blés aux enfans naturels qui auraient eu précédemment dès droits à exercer ; les mesures prises à leur égard coixtinueront i avoir lieu.. ^
Cette loi concernant les enfant.s naturels était e^essivementeévére 4lans un pajrs où les neuf- cent quatre vin^t dix neuf milliènes de la population étaient nés hors mariage. Elle était toute contraire à Qolle de Dessalines qui était en harmonie avec les mœurs de Tépoque. Mais Christophe voulant éteindre le coneubinage qui ronpt tous les liens sociaux , avait fait rendre cette loi pour contraindra les citoyens au mariage.
Le 31 Mars , une loi, qui ne fut jamais sériensement exécutée sous Christophe, ni dans le Nord ni dans TArtibonite, ordonna la vente des habitations et autres biens del'Eiat d'Haïti. Ce ne fut qu'en i821, après la chute de Christophe, que le orésident Boyer mit en vente * ces propriétés , ou les concéda au peuple.
Christophe organisa aussitôt une gendarmerie , rétablit Tordre et le travail dans les campagnes et porta toute son attention sur les détails môme les plus minutieux de l'administration. Il avait i ses côtés plusieurs hommes remarquables par leurs talens Parmi eux Ton distinguait Rouanez ,* qui rédigea l'acle constitutionnel ; Prévost^ qui avait fait ses études en France , et s'était attaché à la fortune de Christophe, dès 1799; Vasiey , Chanlatte, Dupuy.
Pendant cet intervalle, les Républicains s'occupaient de Télection d^un président d'Haïti. Le peuple, de TOuest désignait le général Pétion, et*celui du Sud le général Gérin. La plupart des sénateurt penchaient pour ce dernier. • Bonni^t était peut être le seul qui dé* sirât ardemment la nomination de Pétion en lequel il reconnaissait les principales qualités d'un chef d'Etat, des mœurs douces, démocratiques ,. tout ce qu'il fallait pour faire prendre racine aux institutions nouvelles. Gérin, au contraire, était violent , despote et toujours prêt à remplacer la loi par sa volonté. Déjà il avait soulevé, contre sa personne, les passions de beaucoup de citoyens,, en soutenant , dans un cercle d'officiers , en présence de David Troy, ^ue le fils d'un. paysan, n'était pas l'égal du sien, même aux yeui; dfi la loi.
Le 9 Mars, le Sénat se réunit , sous la présidence du citoyen Barlatier , pour procéder à la nomination du premier magistrat de la République. Le nombre des membres prescrit par l'article 68 de la Constitution fut constaté. Pétion avait eu Tadresse- de ne pas se présenter à la séance ; mais Gérin s'y, était rendu quoique là plupart de ses collègues lui fussent [favorables. Il se croyait tellement certain d'être élu qu'il avait déjà fait faire son costume d^ président d'Haïti.
Avant qu'on procédât i^ l'élection, de violents débats s'élevèreai
412 HifroiRE d'haîti.— (1807)
relativement au projet de loi sur Tadminittralion générale queBon^ net avait rédigé, et dont il avait donné lecture au Sénatle 25 Février* Cp projet était contraire à toutes les vues administratives de Gérîn*- YouIarU qu'il nafPut pas accepté par le Sénat qui devait le discuter à une de ses prochaines séances, et transgressant les réglemens^du corps, il avait pris la parole, et s'était efforcé d'influencer ses col- Ic'gues. Au lieu de conibaltre le projet , il en attaqua le rapporteur lui H^^me, le général Bonnet , dont toutes sympathies étaient alors pour Pélion. Il en vint, à son égard, à des personnalités qui off<M,sôrriii la dignité de rassemblée. Auguste Daumec , quoiqu'il fût un de ses partisans les plus chaleureux , prit la parole et se prononça en Tavr ur du rapport et du projet de loi. Méanmeins il ne termina pas son discours sans avoir réhaussé les vertus civiques' et les ^capacités administratives de Gérin,
'Gérin, d'une humeur fuugi^use, se voyant contrarié, dità Daumec avec colère: « votre discours est plqin d'absurdités; d'une autre parl^ ne devriez vous pas savoir qu'on humilie un citoyen en faisant soq éloge en sa présence.» 11 sortit aussitôt de la salle, plein de fureur. De nombreux officiers , la plupart du Sud, qu'il avait réunis à la porte du Sénat, pour imposer à l'assemblée , à l'Qccasion de l'élection du président , le suivirent en sa demeAre. De ce moment date l'origine de la chute de son pre$(î{;e.
Bonnet , qui désespérait déjà de la nomination de Pélion , prit avantage de cette ciïcoasliance et dit aux sénateurs : mes collé» gués, si le géncTal Gériu qtii est notre égal, froisse ainsi , A notre égard, toutes les convenances, que ne ferait il pas s'il devieflt le premier magistrat de la République? Ne serait il pas de l'intérêt d% la saine liberté qu*on nommât. président le général Pétion qui , par sa modération, son patriotisme éprouvé, son. républicanisme vrai , nous offre toutes sortes de garanties.
Ses parolfs produisirent une impression profonde sur l'assçmbléef et, sur sa (>roposition , elle se disposa immédiatement à nom* mer un président d'Haïti.
Le sénateur Daumec, prenant la parole, dit que, depuis la rébellion de Henri Christophe , nommé président d Haïti par l'assemblée censlituante, dans sa réunion du 28 Décembre 1800, la présidence était vacante, et que le bien public exigeait impérativement qu'on nommât sans délai un nouveau -président » coufv^rrnément aux articles 106 et 108 de la constitution. Cette proposition fut mise en délibôratîon, et il fut arrête unanimement qu'on procéderait à l'élection d un nouveau prési<lent et qu'il y avait urgence. Les votes furent immédiatement recueillis et dépouillés; le général Pélion réunittreize voix^ les généraux Gério, Magloire Ambroise et Yayou en eurent chacua une. Le général Pélion fut proclamé Président 4'Haïti pour quatre ais, d'après les termes de la constitutioa.
HISTOIRE d'haiti.~(1807) *M
Les sénateurs Thélémaque et Auguste Daumec furent envoyés en Réputation auprès du Président d* Haïti pour lui annoncer sa nomination. Pétion reçut leurs félicitations, ainsi que celles des citoyens les plus reeommandables ; il annonça , au milieu des acclamations qui l'isnlouraient, sa prestation de serment pour le jour suivant. Aussitôt après le retour au Sénat de Daumec et de Thélémaque, 17 coups de canon aimoncèrent à la nation la nomination du président d^Huïti; et Tacte du Sénat fut publié un instant après à travers la \ille. Le vote du Sénat fut [accueilli par la population entière du Port au Prince avec des démonstrations de joîe incroyabl<ds. i
Le même jour, 9 Mars, le vSénat abolît par une loi, le quart de subvention qui ruinait le cultivateur, et le remplaça par un impôt territorial de dix gourdes par millier de café. Le sq^re, le sîrop , le tafia , le rhum furent déclarés francs de tous droits d>xportation ; ils furent soumis au droit de pesage et de jaugeage. Le sucre , le sirop supportèrent un droit tle quatre gourdes par millier à titre d'impôt territorial. Les guildives furent tenues de payer rimpôt territorial sur le sWop qu'elles consommaient. Les droits d'exportation sur le café furent fixés à deux gourdes par quintal. Une retenue de quatre deniers dut être faite sur tous les paiement qui s'effectueraient au trésor public, outre les paiemens pour la solde des troupes et appointements des salariés de la nation. Lt Blême jour , rassemblée organisa le cabotage.
Le lendemain, (10 Mars), le Sénat se reunit avec calme et digni- -■lé , et adopta , après ieclftrc , le procès-verbal de' la dernière séance. I^îb président annonça que le général Pétion, sénateur, nommé, oans la séance du 9 Mars, Président de la République d'Haïti , allait se rendre dans le sein de I assemblée pour prêter le serment prescrit par la Constiluhon. Aussitôt après ces paroles » une salve d'artillerie annonça le Président d'IIaîii. Le Sén.u décida que ses membres le recevraient assis et couverts. Le Président d'Haïti apparut , précédé du secrétaire d'Etat Blanchet, des généraux Bazeiais , Wagnac et d'un grand nombre d officiers civils et militaires. Souifrant de douleuis rhumatismales et simplement velu, il se soutenait à peine , appuyé sur des béquilles. Mr. Lewis , officier de la marine militaire des Etats-Unis , faisait partie du cortège. Le président d'Haïti traversa la salte au son de la musique, et par* vint à la barre de l'âsseinblée où était dressé un siège pour le rece-« voir. Le président du! Sénat , après avoir offert des chaises au se* crétaire d'Etat, aux généraux Bazeiais et Wagnac, ainsi qu*à Mr« Lewis, adressa le discours suivant au président d'Haïti:
fl Citoyen Général,
t Le Séoaty ayant senti la nécessité d'organiser le gouvernemei^l
414 HI0TOIRS ••HAÏTI.— (1807)
a prMédé, à la séance d'hier , à la Domination du Président d'Huîti. Lct suffrage de tet membres a réuni la majorité en votre laveur , et vous avez été proclamé Président de la République haïtienne. Ls Sénat, en vous élevant à la première magistrature de l'Etat , a cru rendre On hommage public à vos vertui et aux sentimens républicains qui vous ont toujours caraelérisé. Chargé du dépôt. des lois et de la force armée, vous deviendrez , Pré^denl, un sujet d'émulation pour tous ceux de vos compagnon^ d'armes qui parcourent la même carrière que vous. Votre attache^ ment à la République, votre soumission aux lois et votre zèle à iM faire exécuter, sont les puissans motifs qui ont déterminé le corps législatif k vous placer à la tète du gouvernement et de la force armée, finissent les Dieux vous conserver l'heureux caractère que vous a départi la naiurç et vous rendre toujours l'objet de l'admiration publique! N'oubliez jamais , Président, que te salut de la République dépend de l'harmonie qui doit exister entre le pouvoir exécutif et le corps législatif; s'en écarter, ce serait compromettre le salut de l'Etat et lexposer à des déchiremens. La crise politique doit cesser quand le gouvernement est organisé. »
Le PrésidenI d'Haïti , debeut et découvert , répondit en ces termes : ^
« Sénateurs, ^
t Elevé par votre choix à la première magistrature dlâifEtat, devenu en quelque sorte le dépositaire du bonheur et des . destinées de notre pays , j'ai l'honneur de vous déclarer que je serais effrayé de rétendue des obligations que vous m'imposez , si je n'étais certain de trouver dans vos lumières, dans votre sagesse, dans votre énergie, toutes les ressources dont j'aurai besoin. Cette idée. Sénateurs, doit ne rassurer; et acceptant avec confiance la nouvelle mis&ien dont vous m'honorez , mon cœur va prononcer dans le sein du Sénat le serment que la Constitution prescrit au Président dHaiti.
« Je jure de remplir fidèlement l'office de Président d'Haïti , et €-. de maintenir, de tout mon pouvoir , la Constitution. Oue les ar* 5 mes confiées, au peuple pour la défense de la liberté se dirigent c contre ma poitrine , &i jamais je concevais le projet audacieux et «• impie d'attenter à ses droits , si jamais j'oubliais que c'est aprâ( s avoir, contribué à punir de mort un tyran dont Texistenee était € un tort de la nature , que c'est après avoir contribué à en pros- € erire un autre , qui , par sa folle ambition , a allumé parmi < nous le feu de la guerre civile» que je me vois élevé à la prési* «* deoce d'Haïti. •
nxsToiES d'haiti.— (1807) 416
Sur rinviution du pré«id«nt du Sénat, ]e Préiiident d'Haïti s'assit à ta droite, et la musique exécuta Ia «lorcaau « Où peut-on 4iirf mieux qu'iiu sein de sa famille. > Un grand nombre de cite* jens, parmi lesquels on remarquait des commerçans étrangers, ^pcupaient les tribunes, el la joie'^était peinte sur tous les visages. le Sénat, sur la demande d'un de ics membres, arrêta que le discours du Président du Sénat el celui du Président d'Haïti seraient livrés j^ rimpression. Comme le Président d'IIâili paruissait trèx souffrant, sur la proposition d'un sénateur, le président du Sénat leva la séance.
La nomination du général Pétiou' à la présidence inspira aux ci* toyens sages et vraiment éclairés , aux Isboureurs. et aux troupes de rOuest^ la plus grande confiance en l'avenir. Les partisans de Géria prouvèrent un mécontentement qu'ils ne craignirent pas de témoi* gner et qu'ils formuleront sous peu en conspiration.
Le 42 Mars* le Sénat permit au Président d'ILi'm de proposer seul les officiers civils et militaires à nommeV ou ji remplacer Le 14 Mars il nomma le citoyen Ghanlatte secrétaire réducteur ilu Sénat ; c'était le parent de Ghanlatte , secrétaire général sous Dessalinesi. Ce dernier s'était attaché à la fortune de Christophe.
Le nièm^ jour fut enfin rendue la loi concernant Torganis-^cian dç Tadministralion en général. Œuvre de Bonnet , e'est la plus im« I)ortante de Tépoque et la plus heureusement rédigée. Dés lors corn ipence Torganisation de. notre administration générale quia survécu p tous nos bouleversemens poliiiques. Cette loi est mise «m pratique jusqu'aujourd'hui sauf quelques légères modifications. Eu 72 articles, aous treize^ titres, elle centralise, en termes clairs , aux mains du secrétaire d.Ëtat, à la capitule, toutes les branches de l'administra* tion, seule* et U4iique pour toute l'étendue de la République. Sous le titre 1er., dispositions générales, l'administration comprend la gueire, la marine, les finances, les domaines nationaux. Dans chaque département il est établi un administrateur principal, chargé enjchof du service; dans les ports ouverts au commerce étranger, des admi* nistraleurs pariiculiers; des préposés d'administration dans les communes de l'intérieur et tous les ports de cabotage, et des gardes magasins , dans les ports ouverts au commerce extérieur. Sous le titre 2, elle traite de l'administrsition et de la comptabilité; sous le titre 3 du contrôle; sousle titre 4, des vivres; sous le titre 5, du service commun à tous les agens; titre 6 , des bâtimens armés; titre 7,^ de Tadmissiqu et de lavan* «ement des empUyés ; titre 8, des mouvemens'des ports ; titre 9 , del'organisation des bureaux; titre 10, des assimilations de grades-; titra li , du costume; titre 12, des appointemens ; titre 13, de la trésoi^rie* Il est établi un trésorier général pour toute la République, des trésoriers par tfculiers , des receveurs principaux et des receveurs partir €ulier/s. *
*^Voir les pièces justifllaûves^
Xe 9 Février , le Sénat avait rendu un« loi sur les mises en possession concernant ceuf" qui avaient été dépouillés sous le gouvernement précédent. Le 16 Mar^il veta une loi interprétative de celle
. du 9 Février. Le secrétaire d'Etat avait demandé l'explication de Tarlicle 19 de l'arrôlé de Dessalities du 7 Février 180i qui avait été rappelé dans la loi du 9 Février 1807 sur les dépossédés arbitrairement. Prenant en considération cet article 19 qui n'avait pu être dicté que par une tyrannie qu'aucun gouvernement juste ne peut mettre en pratiqua, le Sénat arrêta que les acquéreurs , donataires ou légataires, en vertu de vente, donation ou testament avant la 11 Brumairaan 11, lerNovenibre 1803, ou depuis le 7 Février 1804, seraient maintenus, à moins que leurs titres ne fussent viciés, d'après les lois exécutées en cette Ile en l'an 9 au 1801, que tous porteurs de ces actes ne pourraient s'en prévaloir comnje propriétaires, s'ils ne justifiaient que les vendeurs donateurs ou testateurs ne fussent décédés , avec extrait des registres publics ou autres actes authentiques, que nulle enquête pour cet etfet ne serait admissible que d'haiiiens à haïtiens , et encore en bonnt forme , aux peines at observances portées en l'article 8 de la loi du 9 Février 1807 ; que tout testament , quelle que fût sa date , ne serait exécuté qu avec preuve de mort comme le portait l'article 8 sus énoncé ; que les ventes antérieures au 11 Brumaire , an 11, ou postérieures au 7 Février 1804 seraient maintenues , sauf recours parla République pour les soldes dues aux émigrés ouproscrits; que. quant aux baux à ferme desdites propriétés remises quels qu'en fussent les fermiers, si le propriétaire réintégré était en cette lie Jors de la ferme^ colui-ci serait substitué à la République pour réclamer le prix des fermes dues par le feimier , avec tout recours en justice contre le fermier , sa caution et son certilicateur ; que les baux à ferme des propriétés remises dont les propiiétaires étaient absents, à l'époque du bail, seraia'nt maintenus, pour leur durée, en faveur des fermiers, et Its propriétaires s<^raicnt substitués à la République, pour exiger et percevoir les prix échus et dus par les fermiers et l'exécution de la carte bannie, avec toutes les rigueurs autorisées par
* la justice tant contre eux que contre l^urs cautions et certificateurs, ails ne s'arrangeaient pas k I amiable ; que tous les dépossédés arbi« trairemem , depuis 1806 et réintégrés, i éprendraient les denrées récoltées qui seraient sur leurs biens v<^ans qilt; les fermiers pussent rien exiger, attendu que les recolles étaient en partie recueillies.
Continuant à organiser U République, le Sénat décréta Je 19 Mars, que la Président d'Hiati était autorisé, pour la promotioa des officiers supérieurs, à présenter au Sénat trois candidats lorsqu'une place serait vacant^e , et à désigner celui, ues trois qu'il croirait le plus eapabla ; le même jour , la général Bazelais fut nommé divisionnaire , chef dé TEtat major de l'artiée ; le général Ma-
ffisToiEK ]>^i!Âiri.*^(1807) - 417
gloire , divisionnaire , coamnanCant du département de TOuest ; le général Yayou , divisionnaire, commandant des arrondissement du Port* au Prince et de Léogane ; l'adjudant général Bonnet , général de brigade, commandant deTarrondissement de Jacmel; le colonel Lansarre, adjudant général en activité da4gs l'armée; Lys, colonel, comman* dant de Tarrondissement du Port au Prince, sous les ordres de Yayou.
Le 21 Mars, une loi détermina le pi ode de percevoir Timpdt établi sur les guildives,- ei le même jour tfn décret conféra au Prési* dent d'Haiti le droit d'entretenir des relations extérieures, et de signer ou Taire signer avec les puissances étrangères tous traités d'alliance, de commerce. Le même jour une loi concernant l'organisation de l'enregistrement des actes civils, judiciaires ^t des titres de pro* priété fut rendue. Le 30 Mars, le coton et le cacao furent assujettis à l'impôt territorial: le coton dix gourdes par millier, le cacao cinq gourdes par millier. Le A Avril , une loi institua quatre fêtes naiionales : i/ Celle de l'Agriculture , le prelfnier Mai; y celle de la Constitution, 5 Juillet; 3"* celle de la liberté, 17 Octobre, 'jour mémorable de la mort du dernier t}ran; A^ celle de rindépendance , 1*' Janvier. . Il fut décidé que le T' Mai des arbres de la Liberté seraient plantés dans toutes les communes de la Ré* publique. * Dans sa séance du 4 Avril 1807 , le Sénat arrêta qu'au cas que la ville du Port-au-Prinee vtnt à. supporter un siège, les Sénateurs, en leur costume de cérémonie , se tiendraient Siur les remparts, portant un baudrier rouge; et le 7 il déclara en état de révolte toutes les parties d'Haïti soumises à Christophe, et autorisa le Président d'Haïti à faire croiser les bfttimens de l'Etal sur les côtes de Christophe, à capturer les bàlimens insurgés M à, délivrer des lettres de marque.
li nomma le commandant Beyer, colonel attaché à l'Etat major du Président dHiïLî; le chef desdadron Chauvet, adjudant g^^néral, attaché près du général Yayou, 10 Avril. — li forma un régiment de dragons, sous la dénSmination de dragons dHaîti, qui fut composé du régiment des dragons du Sud et des deux escadrons de l'Ouest, 10 Avril. Lageodarmerie fut aussi formée. L'infantgrie futorganisée : chaque demi brigade eut trois bataillons, chaque bataillon neuf compagnies, cha* que compagnie cinquante hommes. La force de la demi brigade fut d^ 1350 hommes portant fusil. Cependant la plupart des colonels contiiàuùrent à maintenir à 1800 ou 2000 hommes le çhitfre de leurs corps. L'adjudant général Borno Déléard fut nommé chef de l'état- major général de la divi$i.ou de l'Oaest. 21 Avril. Le même jour, d'après un rapport fait par le comité des finances , une loi fut rendue sur la direction des douanes. En même temps pour ^^^ncourager les anciens militaires et les attacher à la République, il fut arrêté que tous les anciens oHiciers décorés d'une marque supérieur^, et ceux * It en existait déjà presque partout dopais sous la Répubii(|ue Française.
418 hUtoire d'haiti.— (1807) - "
^ui M le savaient pas , jouiraient €e la muoificence du gouverrittnent, ei que les honneurs seraient rendus aux militaires qui auraient été blessés dans les .combats , par tous les postes devant iesqueJs ils passeraient. Le Sénat, par un message, invita Fe Président d'Haïti à établir sur des Iiabitations, de leyr choix , les malheureux de toutes, ^conditions que la guerre civile avait chassés des Arcahaies, des Cro* <;faus , des Grands Bois et du Mirebalais.
Le Sénat, se livrant à ^d'împortans travaux sans discontinuer , faisait de nobles efforts pour consolider la République et enflammer d'enthousiasme les citoyens.
Ce fut à cet époque que débarqua au Port au Prince , venant de New York, le colonel Delva, qui, en 1802, avait été déporté parle général français Lalane, sous Rochambeau. Delva, comme nous l'avons, vu, avait été un des brillants lieulenans du général Rigaud , pendant la guerre civile. Peu de jours après, un jeune martiniquais, nommé VTcsama, sortant aussi de New York, arriva au Port au Prince. Le général Pétion, frappé de* la vivacité de son intelligence parles réponses judicieuses qu'il fit aux questions qu'il lui adressa , lui donna, ^ans son état< major , le grade de sous-lientenant et le combla de bienfaits. Désirant que le peuple' de la République se recruiât de noirs et d'hommes de couleur des Iles voisines, il était heureux de 4raiter avec distinction celui qui se présentait Tun des premiers*
Pendant cet intervalle , Christophe parcourait les provinces soumises à son autorité et rétablissait lordie dans les campagnes. Il était sorti du Cap à la fin de Mars et s'était acheminé sur les Gonaîves. <}uand il arrjva en celte ville, il visita rtiôpilal militaire et fit donner toutes $orto^ de soins aux malades. De là il se transporta à iSt.»Marc, en visita les fortifications qu'on restaurait, parcourut le «ordon de l'Ouest, -et le trouva dans un étal admirable de défense. Après avoir traversé Dessalines ou Marchand, .il rentra au Cap le S Avril. Le lendemain , d'après ses erdres , le gén<Sral de division Toussaint Brave , conseiller d'Etat , installa tes tribunaux civils et de commerce de la province du Nord.
Le Conseil dEiai, réuni ^de nouveau au Cap, après le relour de Cliristophe , vola, le six Mai, une loi par laquelle la tutelle et Téttancipation furent réglées ; et le mèrne jour une autre loi par laquelle les grades des officiers d'administration furent assimilée à ceux de Tarniée. Le lendemain fut rendue une loi fixaiit los honoraires des officiers de douane, des commandons de place, des commissaires des guerres , des capitaines de port, des interprètes et vig istes pour Texpédition des batimens. Il était alloué au directeur de la douane^ pour Texpédition de chaq.ue bâtiment du commerce étranger , huit gourdes; pour la feuille de douane à délivrer aux caboteurs, un gourdin i pour la feuille de douane, lorsque ces caboteurs étaient ex< pé4iéii sur lest, 4evx escalinsl Le directeur de la deuane exigr *
HUTOrRB D*flAITI.«-(ljM)T) 419
on oulr« huit gourdes par chaque bAtiment ie commereo élranger, laquelle soMme il versait entre les maios du commandant déplace. Le trésorier percevait , pour chaque bâtiment du commerce étranger, kuit gourdes ; le commissaire des guerres percevait, pour chaque bâtiment de commerce étranger, une somme de quatre gourdes, pour droit d'ancrage qu'il versait tous les mois dans la caisse dtt trésorier. Il lui était accordé pour chaque r6Ie d'équipage, qui de* vait être délivré tous les trois mois aux embarcations pontées do eabotagé, deux gourdes ; pour rôle d'équipage des embarcations non pontée , une gourde. Pour la carte de sortie des petits bâtimens ayant quille , depuis deux jusq^ quinze tonneaux , un gourdin ; pour ceux d'un tonnage au dessus, deux gourdins. Le capitaine de pert recevait pour chaque bâtiment étranger, huit gourdes. U recevait en outre une Isomme de quatre gourdes pour chacun des* dits bàtimens dont il tenait compte au* vigiste. Les honoraires de l'interprète étaient de dix gourdes pour chaque bâtiment étranger. Christophe ^^chef absolu des provinces du Nord et de rArtibônite, •xerçait sur les populations soumises à son autorité un despotisme déjà sanglant. Sa volonté avait remplacé la loi , et quiconque osait se plaindre de ses actes tyranniques était conduit à Técharaud. Il avait déjà établi dans les campagnes une organisation par laquelle Thonme était attaché â la glèbe comme sous Toussaint Louverture. Le produit du travail forcé subvenait largement aux dépenses de son gouver* Bernent. Le propriétaire n'étaii plus le maître de ses revenus ; les agens du fisc s'en emparaient et en remplissaient les nagasinsdu gouvernemeAt. Les propriétés de ceux qu'on envoyait à la mort étaient con« fisquées au profit de l'Etat, et leurs héritiers, pour sauver leurs jours, étaient contraints de taire leur ressentiment. Bien que Christophe ordonnât que la morale fût en vigueur , il laissait s'approcher de lui des eourtisanes qui intriguaient avec des favoris autour de sa person ne; ses' ordonnances étaient admirables , mais il les transgressait luimême ; il proclamait la loi souveraine, mais elle était toujours suspendue par ses caprices ; il envoyait pour un temps , â la Ferriire , un bourgeois ou un militaire , mais celuiei y demeurait toute sa vie; les habitans du Nord étaient libres* d'aller où Hs voulaient et de dire ce qu'ils pensaient , sous la réserve d'être arrêtés , s'il plaisait au chef de l'Etat d Haïti, d'être fusillés on décapités , ou d'être * condamnés aux travaux forcés dans les fortifications. Néanmoins , en faisant abstraction de ses fureurs qui né se calmaient souvent qu'à la vue du sang, et qui l'ont réduit à s'ôter la vie , en i820^poyr ne pas tomber en la puissance populaire, son gouvernement restera un modèle d'ordre et de forte organisation.
La paroisse du Port de-Paix souffrait particulièrement de cet ordre de choses ; ses habitants, fiers et braves, auxquels il faisait expier leur Mtathement à Capoix , aimaient la liberté et se plaignaient hautement.
430 «ISTaiRE 1>*IIAlTI.-r(1807}
Bès l'aurore d# la révolutîoa, ils s'étaient montrés dévoués aux principes républicains , cohtrairementjà la plupart des autres habitans du Nord qui avaient défendu la cause royaliste. Sous Laveaux, le Port de-Paix avait été le boulevard de la liberté; sous Toussaint, il avait fallu toute Ténergie de Maurepas pour le contenir. Les sympathies de cette ville étaient pour les institutions établies dans TOuest. Jacques Simon, intendant de la première division du Nord, y exécutait les instructions de Christophe avee une rigidité extrême. La 96. demi brigade , recrutée et cantonnée dans, cette paroisse, supportait le joug avec impatience. L'esprit de la population du quartier avait été travaillé, après la bataille du^^er Janvier 1807, en faveur de la République, par le citoyen Pierre Thimothé ^ député à la Constituante en 1806. Thimothé , pour pouvoir retourner dans le Nord et y préparer un mouveqient insurrectiennel, avaii signé la protestation contre Ja Constitution, du 27 Décembre 1806.
Il y avait dans les rangs de la 9e. un grenadier , conmj par ton énergie, très insubordonné , aimé de ses camarades, et exerçant aur eux une grande infliience. C'était Jean Louis Rébecca , natif du <iuartier du. Port-de Paix, fiien pénétré des idées démocratiques que Pierre Thimothé avait répandues dans sa paroisse ,^il se détermina i porter à la révolte, contre Christophe, toute la 9e. et é reconnaître ie gouvernement établi au Port au Prince. Il insinua à tous ses compagnons l'esprit d'insurrection dont il était animé.* Il avait été ad« judaiit sous efricier dans son corps, mais son colonel que son caraetère impérieux offensait , l'avait dégradé et l'avait remis soldats
Le général Guillaume, mettant aussi rigoureusement en pratique les ordres de Christophe , eemtnandait larrondissement du Port-de- Paix. Les troupes qu'il maltraitait souvent l'avaient pris en exécration. Le treize du mois de Mai, tous les soldais et sous-officiers de la 9e. excités par Rébecca , lui demandèrent avee menaces trois gourdes par revue, au lieu de deux. Le général Guillaume s*y refusa. Quelques heures après, les soldats , cenduits par Rébeeca qui enirete^ nait l'insubordination parmi eux, envahirent le palais du gouvernement «t cherchèrent en vain le général pour lui couper la tète : il s'était caché k l'approche des séditieux. Après ètiil demeuré renfermé plusieurs jours , il apprit que l'effervescence s'était calmée ; alors U revint occuper le palais du gouyernement , passa les troupes en revue, (17 liai), "^ et fit donner trois gourdes à chaque soldat. Aus*sitôt après la revue, les troupes le huèrent, et preclamèrent Tinstirrection aux cris de vive le Président Pétion ! ^^ vive la République! Elles mirent i leur tète le grenadier Rébrcca et lut conférèrent le droit d'exercer l'autorité suprême. Rébecea se disposait à (aire arrêter lé général Guillaume lorsque celui ci prit la fuite et t'achejnina sur le Cap. Le même jour , poursuivant son projet ^ il chassa
* Balletio de Christophe. — ** iîéciaraiioa ds Jacques Simon,
HISTOIRE d'haiti.— (1807) 4tl
da earps, sdns eiercer sur eux aucun a^ da Yialenca, tous Tar officiers qui an formaient Télat major, s'empara du Grand Fort à la tèie des 4cr et 2a. bataillonsde la* 9e., tira sur ia iriila à boulets, abandonna ensuite la fortificatien , apris en avoir enlevé toutes les munitions, se j(^ta dans le chemin des Trois. Rivières, puis dans^ celui du Gros Morne. Après avoir traversé Thabitation Aubert , il alla se retrancher au fort des Trois Pavillons et expédia aussitôt des dépêches au Président Pétion, lui demandant de procapts secours. Aussitôt après l'arrivée au Gap du général Guillaume , Christophe avait envoyé A Pourcely , colonel de la Oe., le brevet de général de brigade, ainsi que le commandement de rarr^adissement du Port de- Paix. Les oflicicrs de la Oe. , chassés du corps par les soldats, s'étaient réunis , au palais du gouvernement , autour de Pourcely. Le troisiëme bataillon de la demi brigade, dont le drapeau était dépesé au bureau de l'arrondissement , n'avait pas suivi Rébecca , quoiqu'il fût animé du même esprit que les deux autres ; mais il n'avait pas voula abandonner sen drapeau; il oecupait , en ce moment, tous les postes de la ville. Le* lendemain du* jour de la sortie de la place des deux premiers bataillons , un soldat arriva de la montagne des Troie Pavillons , se présenta devant Pourcely et lui remit une lettre de Rébecca. Elle était conçue en ces termes:
Général , En nous insurgeant, nous n'avons pas été guidés par l'ambition;: nous .réclamons nos droits qui sont méconnus par Christophe ; noua demandons à être libres; venez vous joindre à nous, général, emvenez avec vous tous les officiers , qu'ils viennent reprendre leurs rangs, à notre tête; nous sommes tous frères; ne combattons pas les uns contre les autres ; Christophe est notre ennemi commun ; aujourd'hui il dépouille le peuple » demain ce sera le tour des chefs.
Après la lecture de cette Ifttre, en présence du colonel Jacquee L.ouis, un des favoris intimes de Christophe, Pourcely dit au naessager : c Allez faire savoir à Rébecca qu'il est. un brigand, et que je n entrerai jamais dans le parti des rebelles. » Le soldat partit aussitôt pour les Trois Pavillons. Les officiers de la 9e. sortirent du gouvernement ; Pourcely entj^a dans sa chambre et s étendit sur son lit. L'adjudant de place Alain, ancien adjudant- major de la 9e« demi brigade , s'approcha de lui el^ lui dit: < Général , pourquoi ne ^ous mettez vous pas à la tète de la 9e.? Rébecca, par sa lettre; ne \ou8 rcconnatt^il pas pour son cluf? Faisons la guerre à Christo* phe, pendant qull en est temps encore; car plus tard, amis ou ennemis, noiis serons tous ses \ieliines. » Pourcely réfléchissait et ne répondait pas. Au même instant le colonel Jacques Louis entra dans la chambne ; il avait tout eatendu. 11 jeta sur Alaia un str
412 HISTOIRE d'haiti.— (180T)
«rd côurroueé; mais e^l^i-ei, qui avait découvert lês ditpositioM dos soldats do service au gouvernement, n'éprouva aucune inquiétude, car il était cartain c[u*il no serait pas arrêté , si Jacques Louis com* mandait aux grenadiers de le conduire on prison. Pourcely raffermi par la présence de Jacques Louis, manda , par lettre à Christophe, que Rébecca ^occupait le fort des Trois Pavillons. C'était le 18 Mai.
Qttand la nuit fut venue, le Se. bataillon qui était répandu dans losjdifferons postes do la ville, se souleva à son tour , aux -cris do vive Pétion ! pénétra dans la bureau de Varrondissement, en enleva son drapeau, pilla le trésor, et commença un feu vit de mousquetcrie sur le palais du gouvernement qu'occupaient les officiers. Quelques grenadiers so dirigèrent sur la maison do Tintendant Jacques Louis pour lui couper la tète. Celui-ci , dès le 16, s'était eaché« Il atteignit le rivage , so jeta dans un canot , se rendit à la petite lie de la Tortue d'où il parvint au Cap. *
Les offioiers renfermés au gouvernemetit étaient dans les plus vi* fos inquiétudes. Ils craignaient, à chaque instant , que dos assassins no vinssent les égorger. L'un d'eux , nommé Théodore Dosvillos, so rendit sur la place d'armes , servit seul une pièce de 4 qui s y trouvait, et en chassa les soldats qui y étaient dispersés ça et là. Un moment après le bataillon vint, en masse sur la place , prit la pièce do 4 , ainsi qu'un ebusier qui était braqué prés d'elle , et allait ^mitrailler le gouvernement , quand le capitaine Alian en sortit et employa un reste d'influence qu'il exerçait sur les soldats pour les détourner de ce projet.
Le général Pourcely, le colonel Jacques Louis, les chefs de bataillon do la 9e. Nicolas Louis , Bauvoir , et les autres officiers , voyant qu'il devenait impossible de conserver la position, prirent la ' fuite , au milieu do la niiit. Quand ils arrivèrent sur l'habitation Laciente , ils tombèrent dans] une embuscade ,
3 n'avaient drossée les chasseurs du 2o. bataillon de la 9o. , et so ispersèront. Les commandants Bauvoir et Nicolas Louis so rôti* rèrent sur l'habitation Desmao , dans les mornes du Fond-Ramier , commune du Port de? Paix , où ils se tinrent cachés. Le général Pourcely, accompagné du colonel Jacques Louis, se rendit à Jean« Habel. Placido Lebrun qui commandait cette commune réunit une centaine do cavaliers et se rendit avec lui au Porta Piment. De là ils parvinrent aux Gonaîves d'où le général llagoy les envoya au Cap auprès do Christophe. Mais celui-ci était déjà on marche sur le Port'do Faix avec^ une division 'commandée par le gé* aérai Romain.
* Déclaration faite au bureau de la place du Cap, le 21 Mai 1807 , par Tlntendant Jacques Louis, arrivant de la Tortue. Envoi de cette déclaration, le 21 IVlai 1807 , au président et généralissime dès forces de terre et de mer de TEtat d'Haïti , par le chef de brigade Baptiste Michel , commandant de la place du Ca^,
Le capitaine Alain , qui n'avait pas suivi* les officiers , était ren^ tré chez lui. Sa femme , qui avait entendu les soldats répéter partout qu'ils ne voulaient tuer personne, l'engagea à ne pas partir.. Il suivit ce conseil: Quand le jour commença à poindre , les soldat» du 3e. bataillon de la 9e. se réunirent sur la place d'armes, traîné* rent la pièce de i sur le warf, et s'opposèrent à ce qu'aucun bâtiment n'appareillât, k leur grand étonnement ils virent Alain t assis devant sa porte'; ils lui dirent : < Vous avez eu conliance eauous ^ eh bien ! nous vous donnons le commandemant de la place l » Alaii» leur répondit qu'il acceptait. Ils ajoutèrent que l'argent trouvé au v trésor avait été enlevé par quelques uns' d'entre eux qui en jouissaient seuls ,et ils Texhortèrent à faire, sur le champ, toutes sortes de perquisitions pour retrouver quelques gourdes dont Rébecca auraii besoin. Alain réunit en peu d heures 1,200 gourdes. Il est i remar* quer que .pas un des sousQfliciers et soldats de la 9e. n'avait soogé^ à prendre des grades. Rébecca , simple grenadier , avait le commr^ndement suprême; les compagnies, les bataillons étaient comman*^ dés par les sousofiicirrs i^oi conservaient leurs insignes.
Pendant qu Alain s'eiTorçait de rétablir un peu d'ordre dans la place , les soldats des deux premiers bataillons de la 9e. qui s étaient retirés aux Trois-Pavillons , Rébecca à leur tète, se répandaient .dans les campagnes environnantes et portaient les populations à la. Mvolle. Dès le 42 Mai, une partie de la 14e. demi -brigade s'était aussi soulevée au Gros Morne. Le général Magoy , qui commandait aux Gonaïves, s'était empressé de demander des secours au chef de brigade Monjrobarc, cemmandant de Plaisance. Celui ci avait réuni toutes les gardes nationales de son quartier, s'était transporté à Pilate , vers la^ limite de la paroisse du Gros-Morne, y avait établi un cordon de troupes pour ejDpëcher la révolte de pénétrer dans la paroisse qui lui était confiée. Les soldats de la 9èf»e. envahirent le Borgne, en firent sortir teute la population qu ils emmenèrent avec eux, après en avoir contraint le commandant, Jean Pierre Azard , à fuir par les côtes de fer. ^ Le Limbe se fût aussi révol* fé, si le commandant Michel Auguste ne s'était h&té de prendre les mesures les plus énergiques pour y maintenir la tranquillité.^^
Rébecca , de son côté , dés qu'il avait reçu la réponse de Pour* eely , avait, fait ses disposiiions*pour rentrer au Port de Paix. Après avoir réuni ses troupes éparses dans les environs , il descendit dea Trois-PaviltonS) le 49 à huit heures du matin , à la tôle des seU dats des deux premiers l3ataillons , portant des lauriers , drapeaux déployés, tambours et musique en tète. Quand il parvint sur la.
• Lettre de Jh. Sannitte, commandant militaire du Limbé, à SE. le président
•t fénéraiissime des forces de terre et de mer de TEtat d'iïaïit, du 18 Mai 1807.
** Lettre de Michel Auguste , commandaAt militaire du Limbé, itCIirifitofhA.
484 HISTOIRE d'haiti.— (18©t)
i)hce du PorUde Paix , ayant son uniforme de grenadier, ses épaa* elles de laine, sa giberne et son fusil , il fit mettre la demi brigade en bataille, et s'avança au devant du capitaine Alain <|ui , portant ses décorations , se tenait au bureau de la place. Alain le salua du titre de colonel. Il lui répondit : Je ne suis pas colonel ; si vous le vouloz , appelez<moi camarade. Il approuva les soldats du 3e. bataillon d'avoir donné à Alain le commandement de la place, fraternisa avec ce dernier et lui promit d'oublier lé passé. Avant l:i révolte, Alain , en sa qualité d adjudant de place, avait mainies fois réprimé ses écarts, * avee la plus grande sévérité.
Rébecca appela un jeune soldat, nommé Sainte Blême , et lui dicta une proclamation, par laquelle les habitans du Port de- Paix élàienl prévenus qu'ils étaient libres à présent, maîtres de disposer de leurs biens k leur guise et de se retirer où ils voudraient.
Sur ces entrefaites, les soldats avaient rompu les rangs et s'étaient dispersés dans la ville, les uns pour piller , les aulres pour voir leurs parens. Un instant après, le capitaine Jules Derré que Pourcely avait envoyé auprès de Chrif^tophe pour lui annoncer Toccupalion des Trois Pavillons , arriva au milieu de la place d'armes. Beauce^p éé Midais voulaient le massacrer. Mais Alain arrêta leur fureur par ces mots: Jules Derré est militaire; si le général Pourcely vous eul envoyé au Cap vous eussiez comme lui rempli votre devoir ; pourquoi voulez vous l'assassiner. Sa voix fut écoutée. Il demanda à Jules Derré où il avait laissé Christophe ? L'exprès lui répondit que c était ê la Ravine Pourrie, à cinq lieues du Port de Paix. Cette nouvelle parcourut aussitôt toute la ville. Rébecca revint, au galop , sur la place d'armes, toujours en uniforme de grenadier, et fit battre la générale. Mais il ne put réunir qu'une vingtaine d'hommes, le reste se livrant au pillage. Alors pour arrêter ce désordre et contraigdre les soldats et les habitans i abandonnera ville, il y mit le feu. En quelques heures le Port de-Paix'devint un vaste embrasement. Les femmes , les enfants , les vieillards , chargés de paquets de bardes, accompagnes des seldats leurs parens , prirent le chemin de la montagne» Rébecca fit enlever mille gourdes qui étaient déposées au bureau de la place, confia à vingt grenadiers seulement qu'il avait pu réunir les trois drapeaux de la 9e. et pénétra, à leur tète, dans le cliemio des Trois Pavillons, après avoir fait mettre en sûreté sa mère, la citoyenne Elisabeth , et son épouse , Suzanne Leroux.
Le général Romain qui était déjà dans la montagnç avec sa division se fût rendu maître du fort des Trois Pavillons , a^ant l'arrivée de Rébeeca, si une pluie abondante, le surprenant sur l'habitation
* Rébecca avait accoutumé, quand il montait la garde, d'attraper des eabrita qui appartenaient aux autoiités, de les &ire rôt.r et d'en partager la ehair atec ses oanitiradef.
' HISTOIRE û'HAITr.— (1807) 4£5
Mignon , n*a\iit relardé sa marche et n*avait gâté tes munitions. Il s'arrêta sur la propriété où il y avait une poudrière pour que ses ftoldats fissent de nouvelles eartouches. Quand Kébecca entra dans \% fert , %>ipain qui avait repris sa marche, n'en était éloigné que da trois cents pas. Les troupes de Christophe , vQyànt flotter sur les remparts, les trois drapeaux de la 9e« , crurent que tout le corps, qui s* élevait à 2000 hommes , s'y trouvait réuni : il n'y avait qu'une vingtaine d'hommes. Romain se retira i Mignon pour y attendrs Christophe qui s'était dirigé siir le Port-de-Paix par une autre route. Christophe, débouchant du chemin du Gros-Morne, venait d'entrer au Port-de-Paix presque désert. Il fit baîonnetter ceux qu'il put atteindre , hommes , femmes et enfans ; et comme la ville était réduite en cendres, il s'établit, la nuit qui suivit , au Grand Fort. 11 sn sortit le lendemain , et alla camper sur rhabilaiion Lallemand, à un quart de lieue des Trois Pavillons. Il fit cerner le fort qu'occupaient les insurgés, et lé fit canonner activement sans lui donner assaut, croyant que toute la 9e. y était renfermée. Rébecca répondait à son feu par la mousqueterie ; mais sa petite lrau|^ ne s'était grossie que de 40 hommes. Ne recevant aucun autre secours des soldats de son corps , dispersés dans les mornes, il évacua les Trois«Pavillons pendant la nuit. Néanmoins le général Romain s'élança à sa poursuite à la tète de sa cavalerie et de son infanterie. Il l'atteignit à la pointe du jour, sur l'habi« tation Petite Place-Payette , à deux lieses des Trois Pavillons. Rébecca qui n'avait que soixante hommes , au lieu de continuer | fuir au travers des gorges de la montagne, fit vol te face et ne re* douta pas de se mesurer avec 1500 hommes d'infanterie et 3Q0 cavaliers. Il écheloiïna ses compagnons le long des buissons , derrière <les arbres et commença un feu vif sur les troupes de Christophe. Le combat dura près d'une demi heure. Le nembre Tem porta sur' l'héroïsme , et Rébecca tomba, la face contre terre, parmi les morts et les^blessés, atteint d'une balle à la cuisse.
Le général Romain , maître du champ de bataille , ordonna de massacrer les blessés ; ses soldats reconnaissant Rébecca , l'enlevèrent et remportèrent devant lui. Romain lui dit : Etes-vous Rébecca ? — Oui.— Ce Rébecca qui a eu l'audace de soulever la 9e? --Oui. — Pourquoi avez vous agi ainsi? quel grief avez vous contre le généralissime?— J'ai pris les armes contre Christophe, parce que c'est un tyran qui, tout en parlant de liberté , rétablit l'esclavage. £t vous-même, général Romain, vous n'êtes que. le vil instrument d'un monstre.— Romain entra en fureur et lui dit: Que voulez- vous? --La mort.— La tête de Rébecca fut aussitôt tranchée. 21 Mai. ^ Elle fut apportée à Christophe aux Trois Pavillons. Celui ci la fit placer aa bout d'une pique , et l'exposa à la vue de toute son armée. Il ^ jBalleiiû de Christophe,
^6 msTJiRB d'haiti.— (1807)
commanda ensuite i plusieurs régimens de parcourir VmonfagfM, d'y répandre la nouvelle de la mort de Rébeeea el d'annoncer amnis* tie pleine et entière pour tous ceux qui sortiraient des bois et vien* draieot se rendre. Quelque.^ vieillards , de» deux sexes , ^uî^ à cause, de leurs infirmités , ne pouvaient suivre les révoltés, firent leur soumission. Tout le reste de la population , soldats et cultivateurs,, redoutant sa férocilé, prit la fuite, se cachant de toutes parts.
Pendant ce temps, la députation envoyée par Rt^becca au Port* au Prince, pour annoncer sa prise '^ d'armes , y éftit arrivée. Cett^ nouvelle avait Tait éclater dans la République la joie la plus vive. Chacun croyait déjà la ruine de Christophe infaillible. Le Sénat 9*était aussitôt réuni, et après avoir annoncé que le» 9e. et i4e. , les habitans du Port-de Paix , du Borgne f de Jean Rabelel du Gros- Morne venaient' de prendre les armes pour la liberté, avait décrété Je 22 Mai, que Kébecca, les sous-officiers delà 9e. ceux de la i 4e, les habitans et cultivateurs qui s'étaient ralliés au mouvement, avaient, bien mérité de la patrie. Par le même décret ,1e Président d'Haïti* avait été autorisé à décerner à Kébecca et à ses braves compagnons les récompenses qui leur étaient dues. Le nôme jour , le Président Pélion , par une proclamation, avait invité tous les jeunes gens à e'armer pour marcher contre Christophe. Il avait annoncé à la^ nation que le peuple du ^ierd, reconnaissant la Coiistitulion- du 27 Décembre 4806 , lui avait adressé une députation , et que bientôt il donnerait le signal du départ.
On s'occupa immédiatement des préparatifs de deux expéditions contre St. Mare, Tune par mer, et l'autre par terre, pour faire une diversion aux forces de Christophe engagées vers Jean ftâbel.
Apres la mort de Rébecca, les soldats de la 9e. , rtpandus dans les bois de la montagne avec leurs femmes et leurs enfans,, se trouvaient sans chefs pour leur donner une direction. Traqués par les troupes de Christophe, ils se hâtèrent de se réunir et se résolurent à remettre à leur této la plupart de leurs anciens officiers qui s'étaient cachés dans les gorges de la montagne. Le capitaine Alain était tou« jours au milieu d'eux. Ils le dépêchèrent auprès des, chefs de bataiU Ion Bauvoir et Nicolas Louis, qui, au lieu. d'aller joindre Christo* phe y s'étaient retirés sur une batte au bas des Moustiques. Ces deux officiers supérieurs, sortis de leur retraite, cherchaient un autre as^le , lorsqu'ils furent rencontrés , sur la halte Dame Aubert, par Alain et l'inspecteur de culture du Fond- Ramier, Jacques Colas, a la tête d'un détachement de la 9ème. composé de quelques soldats des 1er. et 3ème. bataillons. Alain les exhorta à se mettre à la tète des insurgés et leur dit que leur ré* putation seule pourrait faire le succès de l'entreprise. Nicolas l^ouis consentit à devenir le chef de l'insurrection, et aussitôt Beau* voir, beaucQup-d*autres officiers suivirent sone^mple. Peu de jours
f BI8T0IRB d'hAITI.— (180y) 4iT
après, il reçut une lettre de Christophe ^qu*appert» un capitaine de la 9e. , nommé Lafortune, par laquelle le généralissime de l'Etat d'Haiti Tintitait à rassembler tous lés officiers de ls| 9e. répandus dans la montagne » et à se rendre auprès lui. fl ajoutait que rien ne lui serait fait , car il saiFait que les officiers n'avaient pris aucune part i la réwite. Nicolas Louis, après avoir consulté ses deux amis Beauveir et Germain , répondit à Christophe qu'il n'irait pas auprès d'un tj^ran pour avoir la tète tranchée. Aussitôt après cette réponse, il parcourut la montagne avec Beauvoir et réunit la 9e. Mais il s'aperçut que les soldats n'avaient pas pleine confiance en lui ; ils paraissaienl creire qu*il se mettait à leur tète pour mieux les livrer i Christophe. H résolut, pour dissiper toutes les défianees, ^'en venir aux mains avec Tennemi le plus tôt possible. 11 alla s'embusquer avec 300 hommes sur Tbabitation Harodet, dans le quartier des Moustiques, et confia l'embuscade à Bauvoir. Christophe n'était q«'à cinq lieues de cet endreit. II avait détaché de son armée 1500 hommes , sous les ordres des généraux Daut Brave et Martial Basse, pour éclairer les environs. Ses troupes tombèrent dans l'embûche ^ furent culbutées , éprouvèrent des perles considérables , et gagnèrent avee précipitation l'habitation Fonfrède, au bas des Moustiques où était établi Christophe. Celui ci indigné de leur conduite , les traita de lâches, sévit contre eux, et défila, le lendemain,! la pointe du jour, avee toute son armée , pour se rendre au lieu du combat. Bauvoir, voyant s'approcher des forces si considérables, abandonna sa position, et se retira dans les gorges de la montagne.
Christophe envoya les généraux Romain , Pourcely , le chef de bataillon Placide Lebrun, le capitaine Bottex, i la tète de mill« hommes d'infanterie, et 150 dragons sous les ordres du chef.d'es* cadron Lucas, au bourg de Jean Rabel , pour sonder les disposition des habitans et les gagner. Romain avait aussi pour instructions d'enlever les richesses de Placide Lebrun , de les faire con« duire au Port de^Paix , et d'acheminer sur le Cap les épouses des officiers demeurés fidèles au gouvernement (et qui étaient cantonnés à Jean-Rabel. k. son approche , les habitans s'enfuirent dans les montagnes ; il n'en put atteindre que quelques uns qu'il traita, humainement dans l'espoir d'attirer les autres. Néanmoins personne ne vint à lui. Il laissa le^bourg qui était désert, pénétra sans obstacle dans la montagne , par la Source Ronde , parvint au~ Môle St Nicolas qu'il trouva abandonné des soldats de la 9e. qui y étaient en garnison. Ceux-ci s'étaient aussi soulevés, sous les ordres d'un nommé Henri, qui, de simple grenadier, avait été proclamé chef de bataillon pat ses camarades. Une foule de femmes, qui étaient demeurées au Môle , aimèrent mieux se noyer dans la mer i^ue de tomber aui; mains des gens de Christophe. Après avoyp
428 SIST9IRB D*HAÏTI.— (1807)
tout livré au pillagt, Roniai« retourna auprès du ginéraltssiroe. ^
. Christophe parcourut les Moustiques dans foutes les directions ^ saccageant et brûlant tout sur son passage. Ne pouvant atteindre les insurgés, il retourna au PortdePaix, après avoir ordonné à Daut Brave de continuer à ravager les Moustiques. Parvenu sur l habitation Pellier, Daut Brave rencontra Nicolas Louis qui y était campé avec 400 hommes du 2* bataillon delà 9e. Il lui livra coeribat, fut complètement battu et se réfugia au Port-de Pair. Christophe ea était parti pour le Cap et avait laissé , au général Romain , le commandement de son armée/ et de la ligne qui s'étend de Saint. Louis du Nord au Môle St. Nicolas.
Pendant que les insurgés du Port^de Paix résistaient à Christophe*» de toutes parts, dans les montagnes, le Président Pétien , admirablement secondé du colonel Lys , commandant de Tarrondissemeut du Port-au-Prince, sous les ordres de Yayou, avait achevé tous les préparatifs de rexpédilico projetée contre St-Marc, tant par mer que par terre. Il confia le commandement en chef des troupes qui devaient assaillir St. Marc, par mer, au'général Bazelais, et lui donna le 25 Mai, dans la matinée, les instructions suivantes: < Les bâ> timens armés qui portent les troupes sous vos ordres appareilleront cette nuit pour St Marc , où aussitôt arrivés, V Indépendance et VÀimàblê Lady feront voile pour le Port de Paix , ou quartiers voisins * à reflet d y apporter mes dépêches.
t Etant devant St-Marc , vous observerez avec précision tous les^ mouvemens afin de ne pas perdre de temps, si la circonstance lo permet, (comme je le crois), pour opérer le débarquement de yo% troupes dans la position la plus avantageuse pour enlever do vivo force cette place et vous y maintenir. Si le succès couronne vos ofibrts dans cette expédition , prenez toutes les précautions possibles pour éviter Thorreur des mauvaises actions dont les soldats se rendent coupables , en pareil cas , lorsque lo chef , sur qui pèse la rot* ponsabilité , ne prend point de mesure pour les contenir.
« L'objet et lo but de l'expédition que vous commandez étant connus , par ce qui précède , je me plais à croire que vous fores usage de tous vos moyens pour y parvenir, laissant à votre vigilance, votre zèle et votre expérience , le soin de prendre, dans les cas imprévus , toutes les précautions nécessaires ^au salut et au succès des armes de la République.
• Jfl tiens la plupart des détails du soulèvement de la 9e. de feu le gé^ néral Altiin du PortdePaix , qui commanda la place du Môle St-Nicolas, sous Lamarre, en 1807, 1801, 1809, étc , presque jusqu'aux derniers moments de l'occupation de celte ville par \es troupes républicaines. Ces détails sont d'accord avec ceux de beaucoup de lettres particulières d'officiers .supérieure des deux parties belligérantes , et parfliitemeat en harmonie avec les pièces •fficielies quanta l'ensemble des faits, des dates et Aes personnages mis en scène.
HISTOIRE dI^aiti.— (1807) 42*
ir Si toutefois vous ne pouvîei vous rendre matlre de St-Marc , "VOUS feriez route pour le PortdePaix, sans perdre de temps, afin de secourir les courageux haïtiens qui y sont armés contre la tj« Tannie. *
« Arrivé en ce dernier endroit , tous les moyens devront être employés par vous pour «propager les principes de liberté et de justice <]ui doivent toujours caractériser les défenseurs de notre constitution. » **
Baxelais avait sous ses ordres les adjudantsgénéraux Lacroix et lâmarre. M s'embarqua sur un navire étranger de 960 tonneaux, le lord Dorking ^ que le capitaine Lewis, négociant américain, avait mis â la disposition du gouvernement. Ce navire avait été chargé de 2,000 hommes de troupes de différens -corps, de munitions de guerre, débouche et de médicamens. L'adjudant général Lamarre *s'était embarqué , plein d'enthousiasme, sur V Indépendance , commandée par Gaspard. L'expédition appareiUa dans la nuit du 2S au 26* Mai.
Dans la journée du 25, Tavant-garde de l'armée républicaine sortit du Port au*Prinçe , sous les ordres du général Yayou, s'acheminant *sur St. Marc, i^étion devait opérer une diversion favorable aux insurgés du Pert de-Paix, en contraignant Christophe à affaiblir les troupes qu'il-leur avait opposées et i voler au secours de la place menacéei la clef de l'Artibonite.
Quand Bazelais parvint à la hauteur de St. Marc, il se résolut i- ne pas y opérer un débarquement, apprenant parles caboteurs ^ue celte ville était dans une attitude formidable. Il fit voile pour le Port-de-Paix. Mais arrivé vis-à vis des Gonaîves , il apprit d'un pèc)ieur que cette dernière place élait presque dégarnie de forces , et que le général Magny y commandait. Le général Vernet venait d'en sortir pour se rendre au Gros-Morne, afm d'étouffer* les nouvemens insurrectionnels qiJi avaient éclaté dans la 14e. demi brigade. Au lieu de se rendre à sa destination , Bazelais se déterminant à s'en emparer, s'en approcha. Dès l'apparition des voiles républicaines , Magny , n'ayant sous ses ordres qu'une centaine d hommes , fit évacuer là place. (28 Mai). Ceux des citoyens qui étaient favorables à la cause de la République , exhortèrent madame veuve Dessàlinés à demeurer en ville afin qu'elle s'embarquât ensuite pour le Port-au Prince. Elle se montrait irrésolue , quand Magny la contraignit à se rendre dans l'intérieur à Pougaudin , d'où elle fut achtrmiuée sur le Cap , auprès de Christophe. C'eut été pour la République une grande violoire que d'avoir dans son sein la veuve de l'Empereur Dessalines qui
* Pétion i|fnorait encore le sort de Rébecca.
** instructiens pour le général de division Bazelais , ohef de l'état major géné< xal.— 25 Mai 1807.
4M HiSToÎEfi D'Hlfri.— (1807)
t'y 8#rfiiti<^ réfugiée volontaireinent , pendant que Christophe se décla« rait le vengeur de Tillustre fondateur de lladépendance .d^Hailî , quoiqu'il eût été un des premiers à se mettre à Iceuvre pour ruina* soB gouvernement.
Bazeiais prit possession des Gonaîves presque sans obstacles, s'y fortifia , et manda son' succès au général Pélion. Il avait l'espoir que , sous peu de jours, la grande armée , en marche sur St. Marc, ferait sa jonction avec lui.
Pendant cet intervalle, Nicolas Louis avait reçu, par un navire de la République qui s'était détaché de la flotitle , à la hauteur St. Mare , l'arrêté du Sénat et la proclamation de Pétion en date du 22 Mai relatifs aux' glorieux insurgés du Port-de-Paix , ainsi que le brevet de général de brigade adressé à Jean Leuis Rébccea. A la lecture de ces pièces, les soldats de la 9e. furent profondément émus ; ils donnèrent d'abondantes larmti à Rébecca.dont nous avons raconté 'la fin héroïque. «
Bans les premiers jours de Juin, Nicolas Louis, apprenant que le fort Pageot du Port de Paix était sans garnison , sortit des Moustiques avec une compagnie de grenadiers de soixante hommes , et pénétra, de nuit, dans cette fortidcation. Le lendemain , à cinq heures du matin, il y fit battre la diane. Les troupes de Christophe , saisies d'étonnement , coururent aux armes. Le colonel Nicolas Louis monta sur le fort et appela le général Romain. Celui.ci se rendit au pied de la fortification , suivi de ses soldats, i portée de la voix. J'ai i vous remettre, lui. dit Nicolas, uae proclamation du Président Pétion. le viens la prendre, lui cria' Romain. Aussitôt il s'élança vers le fort marchant sur trois colonnes» l'une de gauche , Tautre du centre, la 3e. de droite. Quand cette dernière , qui avait une pièce de 4, parvint sur l'habitat jon Laeiente, elle reçut le feu de quelques grenadiers que Nicolas Louis y avait embusqués. Elle rétrograda rapidement et se joignit aux deux autres qui s'avançaient de front contre le fort exécutant des' feux de pelotons assez vifs. Romain donna trois assauts et fut trois fois repoussé avec perte. Pendant que les troupes de Christophe se retiraient , les soldats de la 9ème. sortaient du fort, passaient à travers les arbres et enlevaient les cartouches qui remplissaient les gibernes des enneoiis tués. Remain (enta un nouvel assaut dans lequel il fut griève* Ment blessé et repoussé. Désespérant do se* rendre maître de Pageot, il évacua le Port-dc-Paix sur le Cap, porté surdcs bran** cards.
Nicolas entra en ville , et s'élança aussitôt après , dans- le chemin du Cap, à la poursuite de l'ennemi qu'il ne^ put atteindre. Il revint au Port de-Paix , s'y fortifia , et attendit les seçpurs que le Président Pétion avait promis aux insurgés. Le^ reste de la 9e. et une foule do cultivateurs armés I ^pleins a enthousiasme pour laRépubU<>