‹ Histoire d'HaitiChapitre 3 sur 43 · LIVRE TRENTE-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-SEPTIÈME

-Sfommaire.^ Disette au Cap. — Chiffre des approviaionnemens an milieu d'Octobra« 1803. — Oq apprend au Cap îa nouvelle de l'évacuation du Port au- Prince. — On conseille à Rocliambeau d'évacuer sur San to- Domingo. — Il repousse ces conseils comme enfantés par la peur.— Il &it contraindra les bÀtimens américains à entrer au M6|e. — Emprunt forcé de 800,000 francs — Exécution de Fédon. — Fortifications du Cap — Confiance aveugle de Rochambeau. — Dessalines part de la plaine du Cul-de-Sac pour le Cap — Il passe ses troupts en revue aux Gonaîves. — Le général Ge firard éteint une révolte dans les mornes de Jacmcl. — Dessaliaes arriva au Carrefour du Limbe. — L'armée indépendante qui doit assiéger le Cap s'y réunit. — Corps qui la composent. — Etat de l'armée — Elle arrive au Haut da Cap. — Christophe s'empare de la Vigie. — Ciervaux attaque le fort Bréda» -r- I^apoix tente d'enlever le fort Vertières. — Il fait des prodiges de valeur. — Rochambeau admirant son courage lui envoie des.complimens. — DessaUnes fait occuper ia butte Charrier qui domine Venières. — Mort de Paul Prompt. — Mort de Dominique. — Trait de courage de Je^in Philippe^ Ddut à Charrier. — Les français remontent la rivière du Haut du Cap dans un bac , et canonnent les indigènes ; ils. sont obligés de se retirer sous la fusillade. — Rochambeau tente de s'em* Srer da Charrier ; il tombe dans une embuscade et est repoussé par la 3e inpendanto. — Une pluie abondante fait cesser le feu. — La garnison de Bréda &it une sortie; elle est repoussée — Dessalines gagne la bataille. — Rochambeau demande à Dessalines un armistice. — DessaKnes lui répond de lui envoyer un officier muni de ses pouvoirs — Il traite avec Dessalines. — Traité de la. capitulatiop du Cap.— Adresse de Dessalines aux habitans du Cap, par laquelle il ItvLX promet protection et sécurité. — ^Bochambeau ne peut s'entendra avea. les*

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Anglais. — Drssalîncs dernsAde si la partie de l'Est ne sera pas aussi évacuée par les français.— Héponse que lui fdii faire Rochambeau — Conduite généreuse de Dessalines envers la garnison de Bréda. — Don de Rochambeau à Capoix. — Noble réponse de Dessalinrs au commo'lore Lorinr qui demande des pilotes pour pénétrer dans la rade du Cap. — Les français évacuent le Cap. — Ils traitent avec les Anglais. — Dessajines prend posarssion ' du Cap. — Fêles — Le général Christophe nommé commandant de l'arrondissement du Cap — Rochambeau est fait prisonnier par les Anglais. — Exécution des français malades laissés dans les hôpitaux du Cap.— Le colonel Pourcely assiège le Môle St-Nicolas. — Le général Noaillcs évacue cette ville. — Fin de la guerre de l'indépendance — Les indigènes prennent la dénomination d'Haïtiens. — On reproche à Rochambeau d'avoir évacué le Cap avant d'avoir supporté trois assauts. — Le général .Ferrand évacue Monte-Christ sur Bto- Domingo. — Le départemert de Cibao se soumet à Dessalines. — Etat des forces envoyées de France à St-Domingue en J802 et en 1803. — Des généraux français qui ont fait partie de l'expédition française. — Pertes éprouvées sous le général Leclerc ," en l'espace de neuf mois.

Dans le Nord, le général Romain avait déployé tant d'énergie qu'il était parvenu à détruire le marché que les cohgos avaient ouvert aux français à la Petile>Anse. Les habitans du Gap ne recevant plus les vivres qui, chaque semaine, affluaient à ce marché, ressentaient déjà une forte disetie. Au milieu d'Octobre , la population de cette ville de 30,000 âmes , et les troupes de la garnison voyaient avec désespoir les magasins dégarnis de farine, de biscuits et de salaisons. Quant à la ^viande fraîche, on n'en mangeait qu'à la table de l'état major et chez une douzaine de négocians qui payaient au poids de Tor à quelques congos audacieux ut) veau, un mouton ou un cabri. Le commissaire Hubert, chargé du service desapprovisionnemens, annonça au général Rochambeau qu'il n'y avait dans les magasins de TElat que 299 barils de farine pesant 53,871 livres; 9,082 livres de légumes secs ; 24,676 livres de beurre , mantègue ou sain-doux ; 32,043 pintes de vin ; id7,845 pintes de vinaigre.

Ce fut alors qu'on apprit au Gap l'évacuation du Port-au Prince. Aussitôt beaucoup de citoyens et de militaires proposèrent au oapitaine-général Rochambeau d^évacuer sur Sto Domingo, avant Tarrivée de Dessalines. Mais une armée de cinq mille hommes d% troupes de ligne et de mille gardes nationaux , eût-elle pu , suivie de nombreux malades , traverser plus de cent lieues de plaines et. de montagnes , sans cesse harcelée par 12,000 hommes aguerris et disciplinés. L'armée française retardée dans sa marche par une foule éperdue de femmes , de vieillards et d'enfans , tombant à instant dans des embuscades, n'eut pas alteint St.Yague. Elle eut été exterminée par les généraux Romain , Capoix , Clervaux et Christophe. Rochambeau qui ne perdit jamais Tespoir de conser^ ver le Cap à la France , et dont l'intrépidité grandissait dana le danger repoussa ces conseils d'évacuation sur Sto.Domioga comme enfantés par Tégarement de la peur«

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Aussi se détermina -t-il à approvisionner . la ville par tous les moyens possiJ>les. Les navires américains , au lieu d'entrer aa Cap ou au Môle , allaient trafiquer avec les indigènes aui Gonai* yes , à St Marc , à TArcahaie , à léréraie. Les américains étaient satisfaits des malheurs des Trançais à St. Domingue; car depuis l'arrivée de Texf édition sous les oidrcs de Leclerc , ils avaient perdu tous les avantages commerciaux dont ils jouissaient sous Toussaint Louverture. Le général Nonilles, eroisant à la pointe du Mo(e St/ Nicolas « contraignait , d'après les instructions qu'il avait reçues de Rochambeau , la plupart des navires américains qui pénétraient dans la baie de la Gonave, d'entrer dans le port du Mule. H en- Toyait au Gap , par le cabotage , les comestibles dont ces bâtimens se trouvaient chargés. Au 23 octobre , il avait (ait parvenir au Cap 544 barils de farine , pesant 61,920 livres, et 50,255 livres de bis^ cuit.

Mais comment payer ces marchandises? les caisses de TEtat étalent 'vides ; Rochambeau et ses agens les avaient pillées. Ces dilapidâ*tions avaient éteint le patriotisme des riches citoyens qui ne se pressaient pas d'accourir au secours du gouvernement. Rochambeau fit publier Un emprunt forcé de 800,000 francs sur la ville du Cap* Huit négocians blancs, millionnaires diaprés la voix publique furent taxés, chacun à 33,000 francs, par le capitaine-général lui-même qui leur promit des récépissés négociables sur le trésor de la métropole. Le conseil des notables taxa les autres citoyens proportionné* ment ù leurs fortunes. Les huit négocians étaient dans Tobligatioa déverser au trésor public, sous peine de mort, chacun 33,000 frs. Cinq refusèrent d" payer, l<?s citoyens Allard, Hardivilliers , Brassier, Wanlron et FéJon. ils furent cmpiisonnés. Rochambeau, ayant appris (|ue Wantron |)08sédait une fortune bien au-dessous de celle qu'on lui attribuait , réduisit sa contribution et le fit mettre en liberté. Allard, Brassier et Hardivilliers , effrayés de la mort qui les menaçait , se hâtèrent de payer. Quant à Fédon , il refusa obstinément de se soumettre à l'arrêté du capitaine générai. L'adjudantgénéral Néraud, alors commandant de la place, commanda aussitôt, par les ordres de Rochambeau , de le faire fusiller. L'ordonnateur Pcrroud apprit que cet infortuné n'avait pas en caisse la somme de 33,000 francs. Il se rendit auprès, de Rochambeau et lui annonça que les citoyens Renounrd et Stransant , membres du conseil des notables, s'étaient entendus pour réunir la somme que devait Fédon. Alors radjudant-g/'néral Néraud doiina un second ordre ainsi conçu : «5i, € dans une heure ^ les six mille gourdes ne sont pas versées au trésor ^ € le citoyen Fédon sera fusillé , conformément aux ordres du général en c chef. •

Pendant cet intervalle, Rochambeau , indigné qu'on eût osérésis« ter à »c$ voloalés , et^ voulant , par k mort de Fi^lon , terrifier cem

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qu'il appelait d«s anglonoan, ordonna de hâter l'exécution. Fédon s'était toujours énergiqiiement prononcé contre le système du capitaine-général. Rochambeau lé soupçonnait , sans raison , d'avoir in* cîté, en Novembre dernier, Glausel, Thouvenot et Magny tôt à conspirer contre lui. Le chef d'escadron Colbert , commandant de la gendarmerie du Gap , l'entratna à deux portées de fusil du palais national , et le malheureux reçut la mort le 3 Brumaire an XII , à neuf heures du matin , ( 26 Octobre 1803. ) Quand les citoyens Re« nourd et Stransant se présentèrent au bureau de la place, avec les 6000 gourdes , l'adjudant-général Néraud leur apprit la mort de Fédon.- Cette exécution plongea la ville du Cap dans une profonde consternation. Tédon, homme de probité, était généralement estimé. Cependant l'armée demeura convaincue qu'il avait été un conspira* leur. Tels sont les crimes qui naissent du régime de l'arbitraire. Rochambeau oubliant que la force sans le droit est finalement im« puissante , se livrait à toutes sortes de violences , en excitant les soldats qu'il avait égarés contre les honnêtes citoyens.

Le drapeau français flottait encore au Cap et au Môle St. Nicolas. Tous les autres points de Tancienne partie française étaient au pouvoir des indépendans. Le Cap renfermait dans son sein 5,000 vétérans, les débris de Tarmée expéditionnaire. Rochambeau avait Tcspoir de conserver à la France cette position importante ; il attendait de nouvelles forces pour reconquérk^ les villes qu'il avait été contraint d*abandonner a la liberté. Un grand nombre de jeunes officiers qui admiraient son courage, attendaient avec impatience l'occasion de se couvrir de gloire. Hôrissé de forteresses, le Cap présentait un front si formidable que Rochambeau, plein de sécurité, ne croyait pas que les indigènes pussent oser venir encore fy attaquer. Il ne redoutait que la famine: le port était toujours bloque par le Commodore Lêring, et presque tous les bâliraens qui teuiaicnt de forcer la ligne anglaise étaient capturés.

Plusieurs forts s'élevaient sur le plateau du haut du Cap, et menaçaient danéanlir f ennemi qui tenterait de s'approcher de la ville. Le fort Bréda, armé de huit pièces de canon , sedressait, à une lieue de la place, sur une éminence qui dominait le chemin du Portau Prince. Il renfermait 600 grenadiers sous les ordres du chef de bataillon Péjot. A un mille plus loin, ^vers la ville, s'élevait sur un mornet le fort Verlières, baigné, dans la saison des pluies , par les eaux de la ravine Charrier. Douze pièces faisaient le tour de ses remparts. La ile légère en formait la garnison. La ville était en outre protégée par les forts Champin, Pierre Michel, de f Hôpital et de Béiair. De toutes parts l'on découvrait, au. milieu de vastes champs que la guerre avait ravagés ,des murs noircis par les flammes, quelques touiïes de cam« pêches, et de nombreux ossemens demeurés sans sépulture. Entre Ibreda et Vertîôres s'étendait une grande allée de chônes et de pal^

mîers. C'était là que les français se livraient aux exercices de la course et aux évolutions militaires.

Rochambeau, dans son brillant palais , entouré de baïonnettes et de canons, se croyait dans une position inexpugnable. A le voir se livrer aux plus douces jouissances, enivré dans les bras de voluptueuses créoles, on eût été tenté de croire qu'il oubliait que sa couche était sur le cratère d'un volcan qui devait bientôt engloutir tout ce qui portail le nom français

Pendant ci^t intervalle, Dessalines ne laissait pas se ralentir Tardeur de ses troupes* Après leur avoir accordé onze jours de repos au Port au-Prince, il leur annonça son projet d'aller attaquer le Cap. Il partit de la plaine du Cul-de Sac le 28 Vendémiaire, an XII (21 Octobre 4863),. après avoir confiô au général Pélion le commande^ ment de la seconde division de l'Ouest. Le 8 Brumaire (31 Octobre), la 3e demi brigade', la 4e, la lie et la 20e partirent de la Petite^ Rivière de l'Ajnibonite, et atteignirent les Gonaïves au milieu de la nuit. Le lendemain. Dessalines les passa en revue. Le même jour elles partirent pour le carrefour du Limbe, où devaient se réunir toutes les troupes d'élite du Sud, de l'Ouest, de l^Artibonite et da Mord. Mais la division du Sud, sous les ordres du général Geiïrard, n'atteignît pas môme le Port-au-Prince. Dés qu'elle arriva au Grand-' Goâve, on apprit qu'une ré\olte venait d'éclater dans les mornes de Jacmel, contre l'nutorilé de Dessalioes. Le g'^néral Pétion en avisa le général en chef qui ordonna à GclTrard d'aller l'étouffer, et d'occuper ensuite les campagnes de Jacmd jusqu'à la (in de la campagne entreprise contre le Cap. GefTrard pénétra dans les mornes de Jacmel, dispersa les révoUés peu nombreux, et arrêta leurs principaux chefs qui étaient d'anciens partisans de Làmour Dérance. L'ordre fut rétabli de toutes parts.

Le 14 Brumaire (0 Novembre) Dessalines, accompagné de trois escadrons, arriva au carrefour du Limbe. Le temps était affreux ; depuis plusieurs semaines, les pluies n'avaient cessé de tomber avec abondance. L'armée fut contrainte de s'arrêter. Le 23 Brumaire, (15 Novembre) elle reprit sa marche, et atteignit le MorneRougo* Dessaiines établit son quartier général sur Ihabitation {^normand. Là se réunit toute Tarmée qui devait assiéger le Cap. Elle était forte de quinze demi-biigades d'i^ifanterie, et de trois escadrons fournissant 27,000 hommes. Gabart était à la tèle de la 3e, de la lie, de la 20e et de deu?L bataillons de la 4e. Le général Jean Philippe Daut commandait la 10e, et le 3e bataillon de la 4o composé de 1 élite de la jeunesse du Port-au Prince. Clervaux, le plus ancien des généraux de l'armée, était à la tête de la. 6e. Christophe, ayant sous ses ordres le général Romain , commandait la 1ère et la 12e, Capoix la mort était à la tète de deux bataillons de la 9e du Port* de*faix} et les troupes de Léogane^ de JacmUi et du Petit Goàve,

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composant les 21e, 22e, 23e, et 24c, étaient sous les ordres de Cangé. Les 14e et 7e étaient commandées par Yernet.

Autour de Dessalines étaient rangés les dragons de la plaine de l'Artibonite, ai mes de longs sabres, et la tête chargée de vieux ca^ ques ombragés de panaches verts. Le colonel Gharlotin Marcadieux et les chefs d'escadron Paul Prompt et Bastien les commandaient.

Nos soldats de pied bien armés avaien^, depuis la prise du Portau Prince, des munitions en abondance. Mais ils étaient presque nus. Ils portaient des havresacs de peau de chèvre, des besaces pour gibernes, et des chapeaux de paille. La plupart des sous-ofliciers sans habits ni chemises, avaient à la tète les niarcfu^s de leurs grades. La 9e. du P0rt de-Paix était le seul corps qui fut convenablement habillé. Elle avait trouvé à la Tortue un dépôt considérable devètemèns de troupes. Quant aux généraux , ils étaient tous couverts d'or. Nos soldats amaigris par des marches forcées , aguerris par mille combats, les lèvres chargées d'épaisses moustaches noires , ofTraient un aspect terrible; et si la discipline qui régnait souveraine dans Tarmée n'avait établi un ordre parfait dans les rangs, on eût pu les prendre *|)0ur des hordes de brigands. Ils étaient loin de posséder cette tactique européenne qui terrasse souvent le courage le plus brillant; mais l'amour de la liberté et de Tindépendance, ia haine profonde qu'ils avaient vouée à leurs oppresseurs, les conduisaient joyeux au combat et les rendaient invincibles. Ils allaient porter le dernier coup à la puiisance coloniale ; la prise du Cap devait les affranchir à tout jamais de l(#métropolo, et ils avaient juré de vaincre ou de mourir. L'enthousiasme éclatait sur leurs visages, et les chants de liberté retentissaient dans les campagnes.

Dessalines, entouré des braves qui composaient son état- major, était joyeux de la gaieté de l'armée, il lui montrait le C^tp comme le terme de ses fatigues, et le dernier refuge des monstres qui s'étaient baignés dans le sang indigène. *

Un roulement général de tambours remplit le camp d'gn bruit prolongé ; un profond silence s'établit ; il parcourut les rangs , et les troupes, partant du Morne Rouge , dciilôrent sous ses yeux. Dessalines apprit que Rochambeau ne se doutait nulh^ment de ses projets audacieux. Il résolut, avant d'attaquer les forts Bréda et Vertières, élevés le long de la grande route, d'envoyer les généraux Christophe et Romain ;; 'emparer de la Vigie qui doujine le Cap, du côté opposé. Cette manœuvre hardie avait pour but d'empêcher Rochambeau menacé du côté de la Vigie, d'envoyer des troupes au secours de Bréda et de Vertières.

Christophe, à la tète des Ire et 2e , après avoir enlevé plusieurs postes ennemis, annonça, le 17 Novembre, à Dessalines, qu il attendait , pour s'efforcer d'atteindre Ih sommet de la Vigie qu'on commençât l'attaque de Bréda. 11 était midi. Dessailnes monté sur un cheval pieia

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de feu, accompngné d'un îngc^nieur , s'approcha du fort Bréda; et texamina avec la plus scrupuleuse allenlion : un fcs^é l'enlourail el entre ce fossé el ks rom[)arts s'élevait une haie impénétrable d'aloès et d'autres plantes épineuses entrelacées de fortes lianes. Les français qui l'avaient laissé s'approcher sans obstacle, lui lancèrent, pendant qu'il se retirait , une grêle de balles , sans l'atteindre.

Dans la nuit du 25 au 20 Brumaire (17 au 18 Novembre), il confia le commandement de gavant garde à Capoix, le plus intrépide de nos générîMix, avec ordre , dès que Taction commencerait, d'aller en avant et de ne s'arMôler qu*à la barrière Bouteille, * dût il |>éfir avec toute la 9e. demi brigade, sous les feux des forts nui dominaient le chemin.

Celte manœuvre qui sera en partie exécutée par Capoix amènera la capitulation du Cap. Le général Clervaux fit dresser , à 200 toises de Bréda, une batterie d'un obiisier de 6 pouces, d'une pièce de 4 el d'une pièce de 8, dont le commandement fut confié i deux arlilleurs Zenon et Lavelanet. Dans la môme nuit, Dessalines fit dresser dos retranchemens autour de Vaudreuil, non loin de Vertières. Il forma te corps de réserve destiné à demeurer auprès de lui , des deux premiers bataillons de la 4e, de la 8e, el de la 20o. Le 26 Brumaire (18 Novembre 1803), à la pointe du jour, le général Clervaux ordonna de commencer l'attaque. Les français battaient la diane dans le fort. Un boulet alla se lixer dans les remparts de Bréda. Aussitôt les forts répandirent la mort de toutes parts dans les rangs indigènes. Déjà une foule de nos artilleurs étaient abattu» , et noire batterie fut démontée. Aussitôt le général Rochambeau' sortit du Cap, a la tète de sa garde d'honneur, et vint s'établir près da biockaus de Vertières. En même temps les généraux Christophe et Romain, descendant de la Vigie, s'emparaient au pas de charge de la position de Destaing et refoulaient les français dans la place. Dessalines s'd|)erçul que les divisions Gabart, Vernel el Cangé, l'arme aux bras dans le grand chemin, se trouvaient exposées au feu le plus meurtrier de Pierre Michel qui dominait toutes les autres fortifications. Il se détermina à tourner Bréda, à l'attaquer par derrière, et à assaillir en même temps toules les positions qu'occupait Tèn* nemi. Par celte manœuvre il devait afiaibiir le feu des fiançais et l'«mpècher de se diriger sur un seul point. 11 envoya aussitôt l'ordre au général Capoix qui sui-vait audacieusemenl îa grande route du Cap, de changer de direction , el d'aller s'emparer- de la bulle de rhabilation Charrier qui dominait Vertières. , H existait au centre du plateau un ravin que traversait en face du ft)rl Vertières un petit pont à moitié brisé.. Entre ce pont et le fort s'élevaient des barricades au dessus desquelles étaient braquées contre l'armée indigène <|uatrer pièces de canon. Pour atteindre Charrier , Capoix devait en Ion-

* Entrée du Cap.-

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géant le ravin passer sous le feu de cette batterie. Quand il arriva vis à-vis du pont, il fut^ accueilli par un feu si vif que les soldats des 9o, 7e, et 44e, qui formaient l'avant garde chancelèrent. Gapoix qui n'avait jamais fui devant les français, releva par son audace le courago de ses grenadiers , et leur fit entendre sa voix terrible : « Il faut, mes braves, vous rendre maîtres de cette butte; le salut f de l'armée en dépend; en avant ! » Les grenadiers de la 9e s'élancèrent avec rage.au devant de la mort.- Mais Tortillerie française, bien servie, les culbuta par de vives décharges. La 9e jeta un peu de désordre dans les rangs de la 7e, et de la 14e qui se replièrent sur le quartier général. Dessalines lança contre Verlières les 3e, He $20e demi brigades qui furent à leur tour horriblement mahraitées. Gapoix bouillant de rage ramena ses soldats au combat; bravant la mort au premier rang, il arrêta l'élan des français qui déjà avaient franclii le ravin poursuivant les indigènes la baïonnette aux reins. Le combat se rétablit; mais la mitraille faisait de grands ravages dans nos rangs, et les soldats les plus intrépides de la 9e étaient renversés. Capoix lit un dernier effort. Monté sur un cheval richement eaparaçonné, il s'élança de nouveau plein d'ardeur contré le fort. Ses soldats le suivent; ils sont repoussés; il s'indigne; il les exhorte à le suivre encore; il jure d'enlever la batterie; ses grenadiers atteignent les barricades; mais ils tombent sous la mitraille et la fusillade. Un boulet renverse son cheval ; l'intrépide général tombe j mais il se relève aussitôt , marche, et- s'écrie : en avant ! en avant ! La foudre éclate, son chapeau garni de plumes i^t enl'^vé; nos rangs s'éclai missent , et la 9e.' est arrêtée au bord du ravin. D3 grandes acclam liions retentissent du côté de l'habitation Vertières; Ion dislingue les cris de bravo! bravo! sortant des rangs de la garde d'honneur de Rochambeau spectatrice du combat. Un roulement se fait entendre; le feu des français . cesse, et un cavalier se présen* tant devant le pont dit aux indigènes : « Le capitaine gé- « néral Rochambeau envoie son admiration à rofUcier général qui « vient de se couvrir de tant de gloire. » Le hussard français se retira et le combat recommença avec une nouvelle fureur. Les détonnations multipliées du canon se prolongeaient au fond des bois. Dessalines s'aperçut que sMi ne s'emparait pas de la butte Charrier le succès de la journée lui échapperait. En se rendant raailre de cette position , il avait l'espoir de débusquer Rochambeau de la butte de riiabitation Vertières, et* d'ouvrir à Capoix' le chemin delà barrière Bouteille,

Capoix , depuis le commencement de la journée, contenait l'ardeur des français au pont du fort'' Verlières. S'il avait fléchi un moment l'armée indigène eut été chassée du plateau du haut du Cap. Dessalines demanda à Gabart si , en s'emparant de Charrier , il ne serait pas ç^rtaîa de la victoire. Gabart lui fit observer que les troupes ea

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laissant sous le feu croisé des forls Bré(îa , Verlières, el Pierre Mîcliel, s'exposeraient à êire anéanties. Je veux , s'écria Dessalines , >que le draprau indigène flotte avant une demi-heure sur le sommet de Charrier , dussé-je voir disparaître numéro par numéro tous les corpa de l'armée ; je veux que vous passiez Tarme aux bras sous la mitraille des forts. Qui eût pu arrêter l'élan de ces nombreuses colonnes de troupes exallées par cette énergiqne détermination de Dessalines. Les français avaient , depuis plusieurs mois, désarmé la butte Charrier. Ils étaient loin de se douter que les indigènes pussent concevoir le hardi projet de se rendre maîtres de cette position protégée par Vertiéres. Le soleil était déjà brûlant ; el les baïonnettes de la garde de Ilocliambeau étincelaient au delà du ravin. U y avait trois heures que Ton se battait avec acharnenient sur tous les points. •

Pendant que Capoîx faisait des prodiges de valeur au pied du fort Vertières entouré de cadavres , le génértil Gabart armé d'un fusil ^ et le général Jean Philippe Daut, suivis tous les deux d'un bataillon delà 10e. et des jeunes soldats du Port-au-Prince qui formaient le 3e. bataillon de la 4e , s'élancèrent dans la magniiique allée qui s'étendait le long du ravin de Verlières. Les français voulant anéantir la colonne, dirigèrent contre elle tous leurs coups. Des lignes entières sont enlevées; mais elle avance au pas de charge , sans être ébranlée , fière, au milieu de la mitraille, des boulets et des balles. Le vide qui se fait dans les rangs est aussitôt rempli par des soldats^ qui démontrent le plus grand mépris de la mort. Ce feu ne put arrô» ter les deux bataillons qui marchaient au travers de grands arbres renversés et de cadavres indigènes. Enfin nos baîonneUes brillèrent avec éclat au sommet de Charrier^ et nos soldats répondirent aussitôt au (ort Vertières. Mais notre fusillade se tut bientôt sous le feu nourri des fiançais. Il était oni&e heures. Christophe qui . avait établi une batterie au sommet de la Vigie canonnail le Capavec une prodigieuse activité. On entendait sans interruption les détonnations de Tartillerie et les décharges de la mousqueterie. L'atmosphère était chargée d'une épaisse fumée sans cesse déchirée par les obus et les bombes <|ui éclataient dans l'air et venaient répandre la mort à Charrier et au quartier géncirai. Dessalines assis sur une large pierre, donnait ses ordres, et semblait jouir de ce magnifique spectacle. Il s'aperçut que Rochambeau, à la tête des grenadiers^ de sa garde, changeait de position. Craignant qu'il n'all&t débus* quer Gabart et Jean Philippe Daut de la butte Charrier , il ordonna^ à Clervaux daller les renforcer, à la^ tète de la 6e. Celte demi brigade n'atteignit Charrier qu'après avoir éprouvé des pertes considérables. Rochambeau , voyant Capoix sur le point de forcer le passage que défendait le fort Vertières , ne crut pas devoir donner assaut à hi butte Charrier : Cat^oix aurait pu , en s'élançant dans la savane

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Champîn , Tdttaquer en queue et lui couper toute retraite siir Fe Cap. H fit établir au milieu de la savane une pièce de iO qui joua activement contre Charrier. Malgré le feu soutenu des forts, Dessalines lit aussitôt transporter par des canonniers une pièce de 4 au sommet de Charrier. Elle ne tarda pas à démonter la jpinne de 1G que venaient d'établir les franç.iis. La cavalerie de la garde d'honneur de Rochambeau forte de 200 hommes se tenait immobile non loin du grand chemin, ont^e Vertièros et Champin , spectatrice de la bataille,

Sur le sommet étroit du tertre de Charrier étaient réunies les 4e. , 6e. et 10e. demi brigades. Quatre généraux soutenaient le «ourage des soldats qne foudroyaient sans cesse les canons de Vertières. Un espace de 200 pas s'étendait entre ces deux positions. La fusillade dos indigènes reeommtpça , et la pi('ice établie sur la butte Charrier joua vigoureusement. Le général Clervaux, armé d un fusil, sortait souvent des rangs, malgré les instances des soldats , pour envoyer Ja nïorl aux français. L'adjudant-général Gérard , de son état-major, lorsqu'il allait demander des ordres à Dessalines, au quartier gêné- ^ral, passait avec la plus grande gaîlé sous le feu de Vertières. Gabart et Jean Philippe Daut excitaient l'admiration des soldats par leur sang-freid. Les boulets et des bombes tonnant avec un horrible fracas avaient écrasé la maison de Charrier. Il n'y eut plus aucun abri contre les projectiles. Clervaux ordonna aux soldats, de faire des élévations de terre contre la mitraille. Le général Jean Philippe Daut, dont le costume brillant attirait les coups de l'ennemi , sortit aussitôt des rangs , et traça avec la pointe d'une baïonnette la ligne des rctranchemens , sous des milliers de balles qui pleuvaicnt autour de Ijii. Toutes les troupes se mirent h l'ouvrage et malgré la mitraille des français les travaux furent achevés en moins d'une heure. Auraient-il$ pu ne pas vaincre, ces braves, quand de tels généraux les' guidaient au combat. .

Un caisson sauta dans Tenceinte de^ Vertières. L'explosion fut si forte que les français furent contraints .de sortir du fort rempli de fumée, avec deux pièces de canon. Aussitùt Jean Philippe Daut descendit pour les combattre. Il rencontra un bataillon inébranlable contre lequel il (itde vains efforts; il fut repoussé. Pendant que le désordre régnait dans Vertières par lexplosion du caisson, Dessalioes pensa qu il pourrait p;ir une brillante charge de cavalerie s'ouvrir un passage vers la barrière Bouteille. Il lit appeler Paul Prompt , un des cavaliers les plus intrépides de I Artibonite. Celui-ci, la tôte chargée d'un casque brillant', se présenta devant le général en chef, et le salua en inclinant la pointe de son sabre. « Paul Prompt, lui dit Dessalincs, il faut que dans quelques minutes, îl n'y ait pas un seul blanc hors du fort, ou que j'apprenne ta mort.» IJq Sgça4ron $oriit du (juartier-géoérs^l, au son des fanfares, et foodi|

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PsiqI Prompt au premier rang, sur le carré que formaient les français. Chaque capitaine, à la lête de sa compagnie, attaqua séparément. Les français furent assaillis de toutes parts; mais ils demeuraient inébranlables. Leur première ligne, genou en terre, présentait la baïonnette , pendant que les deux autres faisaient un feu des plus meurtriers. Nos dragons venaient expirer contre ce rempart de fer et de feu. Par intervalles les rangs ennemis s'ouvraient et la mitraille les repoussait au loin. De. nombreux chevaux remplissaient le ravin du côté du pont brisé près de la bariiére de Verlières. Paul Prompt rallia ses cavaliers ; et malgré les obstacles que des chariots renversés présenlaient dans le chemin , il se précipila de nqu« veau contre le carré avec une si vive impétuosité (|ue les français furent ébranlés. Alors Dessalines, voyant à ses côtés le commandant Domi. DÎque , lui dit : • Dominique , je t'ai ôté ton baluillon à cause de ta faiblesse dans diverses actions ; eh bien ! voici Toccasion de l'illustrer et de regagner mon estime ; charge avec vaillance, jo te rendrai ton bataillon.» Dominique vse précipite sur les français, pousse son cheval jus(|ue sur les baïonnettes, et reçoit la mort dans les rangs ennemis. Les dragons animés par l'exemple de Paul Prompt attaquent le carré avec une espèce de rage. Des chovaur se cabrant sur les baïonnettes de la première ligne ^ouvrent un passage, et les français mis eu dé* sordre et sabrés rentrent dans le fort rempli de fumée. Paul Prompt emporté par son bouillant courage |>énètre dans les (ossés où il reçoit la mort. Alors la cavalerie, vivement mitraillée par les canons du fort, est culbutée; elle se rephe sur la 9e dont elle traverse les rangs, et rentre au quartier général avec le corps de si+n chef. Dessalines $e montra aiHigé de la mort de Paul Prompt» La 7e rangés en ba« taille à 100 pas du fort Verlières, et ayant à sa tète Guerrier, son colonel, supportait héroïquement le feu des fi ançais , depuis le corn* mencement de Taclion. Après re\plosiou du caisson elle s'était encore approchée du blockaus.

Quand le feu se ralentissait de part et d autre, les soldats français envoyaient des injures aux indigènes qu'ils appelaient brigands. Lq commandant de Verlières se promenait autour des remparts, et animait ses grenadiers en agitant son sabre. Il adressait la parole à Clervaux quand celui ci eut une épaulelle emportée par un coup de mitraille. Vers les quatre heures de l'après-midi la fumée de la poudre devint si épaisse que les comballans cessèrent presque de se voir. Le général Vernet , se tenant à la tête de sa division, au milieu du grand chemin , eut un cheval lue sous lui ; et le colonel de la 7e Guerrier * eut un bras fracassé par une balle. En même temps les soldats de la 6e s'aperçurent que des boulets qui semblaient ne pas sortir de Vertières exerçaient des ravages dans leurs rangs. Des

^ Celui qui , en 1844| fut proclamé Président d'Haïti.

90 HISTOIRE d'iiaiti. — (1803)

écluireurs découvrirent bientôt un bac armé d'une pièce de canon sur la rivière du haut du Gap. Ils dirigèrent sur ce bac une vive fusillade et les français se retirèrent. Rochambeau voyait la fortune se prononcer contre lui. L'opiniâtreté des indigènes que le feu meurtrier des batteries n'ébranlait pas , le déconcertait. Il résolut de chasser nos soldats du tertre de Charrier. Il exhorta ses troupes à faire un dernier effort. Sa brillante garde d'honneur s'ébranla. Mais des chasseurs indigènes avertirent Clervaux de l'approche de l'ennemi. Plusieurs compagnies de la 3e demi-brigad? furent placées en em* busrade dans un bois que devaient traverser les friinçais. Quand c( s derniers pénc'-trèrent dans la forôl, ils reçurent en flanc plusieurs >iv(*s décharges de mousqueierie qui les contraignirent à rétrograder. Il était déjà cinq heures "de Taprès midi que l'acharnement des comballans ne se ralentissait pas. Tout à coup des nuages s'amoncelèrent ; des éclairs sillonnèrent l'espace; le tonnerre gronda. Le feu cou(iijuait toujours. Muis l'atmosphère se chargea d'épaisses vapeurs et la pluie tomba avec violence. Le plateau fut inondé des eaux qui descendaient des mornes ; et le feu ne cessa qu'en dépit des combattans dont les fusils ne pouvaient plus lancer la mort. La pluie ne s'affaiblit qu'au commencement de la nuit. Alors Dessalines, accompagné du chef de son état major, radjudanl-général Bazeiais, et du général Daut Brave, vint à Charrier. Il était six heures du soir. Aussitôt les acclamations les plus vives témoignèrent l'amour des soldats qui lentourèrent. L'ivresse de la victoire brillait sur son front. Il dil au général Clervaux dont une des épauletles avait été enlevée, et qui ressemblait à un chef de bataillon: t Clervaux, « vods èies aujourd'hui le commandant de mes généraux. » Les^ soldats indigènes firent éclater des transports de joie quand ils Tentendirent s'informer des blessés. Ces infortunés entassés au milieu des débris de la maison de Charrier , privés de toutes sortes de soins, n''ct\:uent cessé, pendant la bataille, de faire entendre des gémissements. Dessalines ordonna de les transporter au quarlier-gé* Déral de Vaudreuil.

Les indigènes se montraient gais, quoiqu'ils fussent pressés par la faim et assaillis par toutes sortes de privations. Les vivres arrivaient difficilement de Tintériebr; car Jacques Tellier et Tagnet, chefs des Congos , occupant les environs du Cap , assassinaient la plupart des cultivateurs qui se dirigeaient vers le eamp indigène. Pour des grades et un peu d'or que leur avait donnés Rochambeau, ils avaient, comme on l'a déji^ vu, trahi la cause de la liberté: ils combattaient encore pour un gouvernement qui, à la Guadeloupe, à la Martinique, avait replongé dans «la servitude, de nombreux infortunés qu'un décret éphémère de la Convention avaient émancipés en 179i. Le gén^éral Yayou qui leur avait été opposé, dans la montagne, déploya une activité si grande, qu'il arrêta l'élan qu'ils voulaient prendre

vers le Cap, pendant la bataille. Ils ne tarderont pas à tomber sous les coups de la vengeance nationale.

Dessalines, en se retirant au ([uartier général de Vaudreuil, ordonna à Clervaux d'attaquer de nouveau lennenii, le lendemain, au point du jour. Il se croyait tellement assuré du succès, qu'il ordonna en outre qu'on employât toute la nuit à faire des gabions. Il disait aux officiers qui Tentouraient qu'il pourrait dans la journée du lendemain approcher ses canons de la place. Le commandant deVerticres , ayant perdu ses plus braves soldats , pensa qu'il ne pourrait soutenir, de nouveau , les formidables assauts de Ga poix. H sortit du fort qu^il livra aux flammes. La 7e. en prit aussitôt possession. Pendant qu'elle combattait Tincendie, les indigènes des autres corps s'écrièrent : les blancs prennent la fuite-, en avant! Ils courent après les français; ceux-ci font voile face , s'arrêtent, pointent leurs pièces et leur demandent avec audace ce qu'ils veulent. Il ne fut pas tiré un seul coup de fusil.

Les soldats demeurèrent un moment en présence, paraissant se redouter de part et d'autre. Enfin les français continuèrent leur marche sans être inquiétés. Dessalines avait envoyé Tordre de les laisser entrer en ville ; car c'eût été livrer un combat inutile. La grande route du Gap se trouva ouverte ; les indigènes se répandirent dans la savane Champin ; et d'intrépides chasseurs de la 9e. allèrent donner l'alarme jus(|u'à la barrière Bouteille , laissant derrière eux le fort Champin occupé par les français. La 4e. et la lOo. établirent sur le champ des gabions vis-à vis de ce fort. Les soldats de ces corps apportèrent d'ofiormes fagots de bois desséchés auxquels ils mirent le feu, et les lancèrent contre Champin. Dessalines se proposait de donner assaut à la fortification , à la pointe du jour, s'il ne réussissait pas à l'incendier. Les troupes qui occupaient Pierre Michd , profilant de l'obscurité de la nuit , rentrèrent au Cap. En même ten)ps la garnison de Bréda fit une sortie ; mais assaillie par les indigènes , elle fut contrainte de rentrer dans la fortification. Dessatines avait gagné la bataille. Dans cette mémorable journée les 3e., 4e., 6e., 7e., 9e., 10e. et 44e. demi brigades s'étaient couvertes de gloire; les autres corps n'avaient donné que faiblement. Les indigènes comptèrent plus de douze cents hommes tués et deuxmille blessés. Cette victoire qui fut si chèrement achetée produira un grand résultat : les français refoulés de toutes parts dans la place, seront contraints ou de capituler, ou de périr jusqu'au dernier en la défendant. Rochambeau voyant que les indigènes avaient vaincu tous les obstacles qui eussent pu les empêcher d atteindre les portes de U ville, craignit que le Ca^, succombant le lendemain, ne fût livré au carnage le plus horrible. La garde nationale, jusqu'à présent, se montrait dévouée à la France; il n'y avait dans la place aucune conspiration en faveur des indépendans. Rochambeau depuis long*

98 HISTOIRE d'haîti. — (180S>

tomps savait éclairci les rangs des citoyens en faisant dispfiraKre ceux (les noirs et des jaunes qu'animaient d'énergiques srniinf>ens* A minuit, un officier fi ançais se présenla aux avant-postes de Tarmée indigène /et fui conduit auprès de Dessalines auquel il annonça (|u'il ^lait venu demander un armislice de la part de Rochambeau* Dessalines lui répondît que si un oflirier , muni des pouvoirs de Rochambeau , relatifs seulement à la capitulation du Cap, était envoyé auprès de lui , il consentirait alors à suspendre les hostilités. Roehamboau , dès qu'il reçut celle réponse, se détermina à traiter préalablement avec les anglais qui bloquaient Iç port ; car les forces navales françaises étaient si faibles qu'il eût été impossible de songer à forct?r la ligne anglaise. Ces forces élaicnl^ous les ordres du capitaine de vaisseau Barré , officier obscur, qui avait remplacé l'amiral Latouche Tréville, comme nous l'avons vu. Quant aux amiraux Vil- i

laret Joyeuse, Delraolble, Ganthaume, Linois, Magon, le gouvernement '

fiançais les avait rappelés depuis longtemps. Le 27 brumaire (19 novembre) à 2 heures après minuit, Hochambeau écrivit au commodoro Loring que, désirant prévenir l'eifusion du sang et sauver les débris de l'armée de St.Domingue, il envoyait auprès de lui le général Boyé et le capitaine de vaisseau liarré , chargés de traiter avec les Anglais. * Au point du jour, le général Ik>yé écrivit à Dt^ssalines que le capi-^ taine général Rochambeau le priait de suspendre les hostilités jusqu'à la conclusion définitive d'un traité qui devait être conclu avec les Anglais. Dessalines, qui ne voulait pas perdre les fruits dcsa victoire, craignit que cette démarche de Rochambeau ne fiU qu'un piège : les Français qui voulaient embarquer les munitions de la place no cherchaient qu'à gagner du temps. Il répondit à l'officier: '

Allez dire au générârl Rochambeau que. ses négociations avec les Anglais ne me regardent pas, que ceux ci font la guerre pour leur compte, et les indigèaes pour le leur. Néanmoins je lui accorde une suspension d'armes pour^la journée ; mais si ce délai expiré, rienn'esi

* ARMÉE DE Pt-DOMINGUE.

An qnartipr-général dn Cnp, le 27 Brumaire an 12 de la R^pnWiqna française ( 10 Noveiubre 18u3. )

■ Le général en chef ^ à Monsieur le commodore Loring , commandant les forces navales de Sa Majesté Britannique devant le Cap.

Monsieur,

Pour prévenir rcffnsion dn sang , et sauver les débris de l'armée de St. Domingue , j'ai rhoniieur dn vous envoyer deux officiers cîiarg«'»s de mes instructions, à l'effît. dentier en nccommodenioni avec vous, l.e général j

de brigade Boyé , chef de i'état-major général , et le capitaine de vaisscan Barré sont chargés de vous remettre ma lettre^ Je les ai choisis pour avoir l'avantage de traiter avec vous. j

J'ai l'honneur d^être avec lu plus haute considération , Monsieur, \

• ' D. ROCHAMBEAU. i

HISTOIRE d'haï TI.— (1808) 9S

Qrrèté entre loi et moi , je reprendrai mes opérations avec la plus grande vigueur.

Dessalines avait transporté son quartier-général au village du Haut du Cap. À cinq heures de Taprcs midi (19 Novembre), il vît arriver au camp l'adjudant général Dnveyrier, chargé des pouvoirs de Rochambeau <pour traiter de la redditon de la place. Ils dressèrent et signèrent lacté qui suit :

Aujourd'hui 27 Brumaire (19 Novembre 1803 ), radjudant-commandant Duveyrier, chargé des pouvoirs du général en chef Rt)chambeau , commandant Tarmée française, pour traiter de la reddition de la ville du Cap, et moi Jean- Jacques Dessalines, sommes convenus des articles suivans :

Art. 1." La ville du Cap et les forts qui en dépendent seront remis, dans dix jours, à dater du 28 présent, au général en chef Dessaliues.

Art. 2. Les munitions de guerre qui seront dans les arsenaux, les armes et Tariillerie seront laissées dans Tétat où elles sont présentement.

Art. 3. Tous les vaisseaux de guerre et autres qui seront jugés nécessaires par le général Rochambeau tant pour le transport des troupes et des habitans que pour l'évacuation , seront libres de sortir au jour nomn^é.

Art. 4. Les officiers militaires et civils, les troupes composant la garnison du Cap, sortiront avec les honneurs de la guerre; emportant leurs armes et les effets appartenant à leurs demi-brigades.

Art. 5. Les malades et 'blessés hors d'état d'être transportais seront traités dans les hôpitaux jusqu'à leur guéiison. Ils sont spécialement recommandés à riiumanité du général Dessalines.

Art. 6. Le général Dessaiines en donnant Tassurance de sa protection aux habitions qui resteront dans la pbce , réclame de lu justice du général Rochambeau la mise en liberté des hommes du pays quelle que soit leur couleur , lesquels ne pourront sous quel<|ue prétexte que fi/à soit être contraints à s'embarquer avec l'armée française. .

Art. 7. Les troupes des deux armées resteront dans leurs positions respectives jusqu'au dixième jour fixé pour Tévacuation du Cap.

Art. 8. Le général Rochambeau enverra pour sûreté des présentes conventions, l'adjudanl-cominandant Urbain Deveau en échange duquel le général Dessalines remettra un officier de même grade.

Fait double et de bonne foi, au quartier- général du haut du Cap, lesdits Jour, mois et an précités.

Signé Dessaunes , DuvEvaiER.

L'adjudant* général Duve;yrier en monlaot à cheval pour s'en re-

84 HISTOIRE P^UAITI. — (180S) •

composant les 21e, 22e, 23e, et 24o, étaient sous les ordres d^ Cangé. Les 14e et 7e étaient oora mandées par Vernet.

Autour de Dessalines étaient rangés les dragons de ia plaine de i'Artibonile, ai mes de longs sabres, et la tête chargée de vieux casques ombragés de panaches verts. Le colonel Char loti n Marcadieux et les chefs d'escadron Paul Prompt et Bastien les commandaient.

Nos soldats de pied bien armés avaien^, depuis la prise du Portau Prince, des munitions en abondance. Mais ils étaient presque nus. Ils portaient des havresacs de peau de chèvre, des besaces^ pour gibernes, et des chapeaux de paille. La plupart des sous-ofliciers sans habits ni chemises, avaient à la tête les mar((UPS de leurs grades. La 9e. du P9rl de-Paix était le seul corps qui fut convenablement habillé. Elle avait trouvé à la Tortue un dépôt considérable de\ètemèns de troupes. Quant aux généraux , ils étaient tous couverts d'or. Nos soldats amaigris par des marches forcées , aguerris par mille combats, les lèvres chargées d'épaisses n^oustaches noires , offraient un aspect terrible; et si la discipline qui régnait souveraine dans Tarmée n'avait établi un ordre parfait dans les rangs, on eût pu les prendre *pour des hordes de brigands. Ils étaient loin de posséder cette tactique européenne qui terrasse souvent le courage le plus brillant; mais l'amour de la liberté et de l'indépendance, la haine profonde qu'ils avaient vouée A leurs oppresseurs, les conduisaient joyeux au combat et les rendaient invincibles. Ils allaient porter le dernier coup à la puissance coloniale ; la prise du Cap devait les affranchir à tout jamais de la(» métropole, et ils avaient juré de vaincre ou de mourir. L'enthousiasme éclaiail sur leurs visages, et les chants de liberté retentissaient dans les campagnes.

Dessalines, entouré des braves qui composaient son état-major, était joyeux de la gaieté de l'armée, il lui montrait le O^p comme le terme de ses fatigues, et le dernier refuge des monstres qui s'étaient baignés dans le sang indigène.

Un roulement général de tambours remplit le camp d'gn bruit prolongé ; un profond silence s'établit ; il parcourut les rangs , et les troupes, parlant du Morne Rouge , dèiilérent sous ses yeux. Dessalines apprit que Rochambeau ne se doutait nulle#nient de ses projets audacieux. 11 résolut, avant d'attaquer les forts Bréda et Vertières , élevés le long de la grande route, d'envoyer les généraux Christophe et Romain ^'emparer de la Vigie qui domine le Cap, du côté opposé. Cette mai)œuvre hardie avait pour but d'empêcher Rochambeau menacé du côté de la Vigie , d'envoyer des troupes au secours de Bré«la et de Vertières.

Christophe, à la tète des Ire et 2e , après avoir enlevé plusieurs postes ennemis, annonça, le 17 Novembre, à Dessalines, qu il attendait, pour s'efforcer d'atteindre \h sommet de la Vigie qu'on commençât Tatla- ^ue de Bréda. 11 était midî. Dessalines monté sur un cheval pleia

HISTOIRE d'iiaiti. — (1803) 65

de feu, accompagné d'un ingénieur, s'approcha du fort Bréda; et Texamina avec la plus scru|)ulcuse allenlion : un f(;8>6 renlourail et entre ce fossé el k-s remparts s'élevait une haie impénétrable d'aloès ei d'autres piaules épimjuses entrelacées de fortes lianes. Les français qui l'avaient laissé s approcher sans obstacle, lui lancèrent, pendant qu'il se retiniit , une gré!e de balles , sans l'atteindre.

Dans la nuit du 25uu2(> Brumaire (17 au 18 Novembre), il confia le commandement de ('avant garde à Capoix, le plus intrépide de nos générîMix, avec ordre , dcis que Taclion commencerait, d'aller en avant et de ne s'annoter qu'à la barrière Bouteille, * dût il périr avec toute la 9e. demi brigade, sous les feux des forts qui dominaijBnt le chemin.

Celle manœuvre (j.ui sera en partie exécutée par Capoix amènera la capitulation du Cap. Le général Clervaux fit dresser , à 200 toises de Bréda, une batterie d'un obusier de 6 pouces, d'une pièce de 4 et d'une piéee de 8, dont le commandement fut confié à deux artilleurs Zenon et Lavelanel. Diins la même nuit , Dessalines fil dresser des retranchemens autour de Vaudreuil, non loin de Vertières. Il forma le corps de réserve destiné à demeurer auprès de lui , des deux premiers balaillons de la 4e, de la 8e, et de la 20c. Le 26 Brumaire (18 Novembre 1803), à la pointe du jour, le général Clervaux ordonna de commencer ralla(|ue. Les français battaient la diane dans le fort. Un boulet alla se iixer dans les remparts de Bréda. Aussitôt les forts répandirent la mort de taules parts dans les rangs indigènes. Déjà une fouie de nos artilleurs étaient abattus , et notre batterie fut démontée. Aussitôt le général Rochambeau' sortit du Cap, à la tète de sa garde d'honneur, et vint s'établir près du biockaus de .Vertières. En même temps les généraux Christophe et Romain, descendant de la Vigie, s'emparaient au pas de charge de la position de Destaing et refoulaient les fiançais dans la place. Dessalines s'aperçut que les divisions Gabart, Vernet et Cangé, l'arme aux bras dans le grand chemin, se trouvaient exposées au feu le plus meurtrier de Pierre Michel qui dominait toutes les autres fortifications. Il se détermina à tourner Bréda, à l'attaquer par derrière, el à assaillir en même temps toutes les positions qu'occupait l'ennemi. Par cette manœuvre il devait affaiblir le feu des français et l'empêcher de se diriger sur un seul point. 11 eûvoja aussitôt 1 ordre au général Capoix qui sui-vait audacieusement la grande roule du Cap, de changer de direction , et d'aller s'emparer de la bulle de Ihabitation Charrier qui dominait Vertières. . Il existait a^ centime du plateau un ravin que traversait en face du (brt Vcrlièies un petit pont à moitié brisé.. Entre ce pont et le fort s'élevaient des barricades an dessus desquelles étaient braijuécs contre l'armée indigène quatre^ pièces de canon. Pour atteindre Charrier, Capoix devait en lon-

* Entrée du Cap.-

81 HISTOIRE d'uAITI. — (tSOS) •

composant les 21e, 22e, 23e, et 2ic, étaient sous les ordres dd Gange. Les 14e et 7e étaient oora mandées par Ver net.

Autour de Dessalines étaient rangés les dragons de ia plaine de l'Artibonite, ai mes de longs sabres, et la tète chargée de vieux casques ombragés de panaclies verts. Le colonel Char loti n Marcadieux et les chefs d escadron Paul Prompt et Baslien les commandaient.

Nos soldats de pied bien armés avaien^, d^^puis la prise du Porlau Prince, des munitions en abondance. Mais ils étaient presque nus. Ils portaient des havresacs de peau de chèvre, des besaces^ pour gibernes, et des chapeaux de paille. La plupart des sous-ofliciers sans habits ni chemises, avaient à la tète les niarcfu^s de leurs grades. La 9e. du P0rt de-Paix était le seul corps qui fut convenablement habillé. Elle avait trouvé à la Tortue un dépôt considérable de-vèlemèns de troupes. Quant au\ généraux , ils étaient tous couverts d'or. Nos soldats amaigris par des marches forcées , aguerris par mille combats, les lèvres chargées d épaisses moustaches noires , offraient un aspect terrible; et si la discipline qui régnait souveraine dans l'armée n'avait établi un ordre parfait dans les rangs, on eût pu les prendre *|)0ur des hordes de brigands. Ils étaient loin de posséder cette tactique européenne qui terrasse souvent le courage le plus brillant; mais Tamour de la liberté et de Tindépendance, la haine profonde qu'ils avaient vouée i^ leurs oppresseurs, les conduisaient joyeux au combrit et les rendaient invincibles. Ils allaient porter le dernier coup à la puissance coloniale ; la prise du Cap devait les affranchir à tout jamais de la(» métropole, et ils avaient juré de vaincre ou de mourir. L'enthousiasme éclatait sur leurs visages, et les chants de liberté retentissaient dans les campagnes.

Dessalines, entouré des braves qui composaient son éiat-major, était joyeux de la gaieté de l'armée. Il lui montrait le C:»p comme le terme de ses fatigues, et le dernier refuge des monstres qui s'étaient baignés dans le sang indigène.

ifn roulement général de tambours remplit le canip d'gn bruit prolongé ; un profond silence s'établit ; il parcourut les rangs , et les troupes, partant du Morne Rouge , dcfiiérent sous ses yeux. Dessalines apprit que Rochambeau ne se doutait nullement de ses projets audacieux. Il résolut, avant dat^aquer les forts Bréda et Vertières , élevés le long de la grande route, d'envoyer les généraux Christophe et Romain ^'emparer de la Vigie qui domine le Cap, du côté opposé. Cette maiiœuvre hardie avait pour but d'empêcher Rochambeau menacé du côté de la Vigie , d envoyer des troupes au secours de Bréda et de Vertières.

Christophe, à la tète des Ire et 2e , après avoir enlevé plusieurs postes ennemis, annonça, le 17 Novembre, à Dessalines, qu il attendait , pour s'efforcer d'atteindre 1^ sommet de la Vigie qu'on rommençàt l'attaque de Bréda. 11 était midi. Dessalines monté sur un cheval pleia

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de feu, accompagné d'un ingénieur, s'approcha du fort Bréda; et Texamina avec la plus scrupuleuse atlenlion : un fcs^é Tenlourail et enlre ce fossé el ks remparts s élevait une haie impénétrable d*aloàs ei d'autres plantes épineuses entrelacées de fortes lianes. Les français qui l'avaient laissé s approcher sans obstacle, lui lancèrent, pendant qu'il se retir:)it , une grè!e de balles , sans Tatteindre.

Dans la nuit du 25uu%G Brumaire (17 au 18 Novembre), il confia le commandement de l'avant garde à Capoix, le plus intrépide de no& généraux, avec ordre , d(is que l'action commencerait, d'aller en avant et de ne s'aruôler qu'à la barrière Bouleille, * dût il périr avec toute la Oe. demi brigade, sous les feux des forts oui dominai^ent le chemin.

Celle manœuvre qui sera en partie exéuulée par Capoix amènera la capitulation du Cap. Le général Clervaux fit dresser, à 200 toises de Bréda, une batterie d'un obiisier de 6 pouces, d'une pièce de 4 et d'une piéee de 8, dont le commandement fut confié à deux artilleurs Zenon el Lavelanet. Dans la môme nuit , Dessalines fil dresser des retranchemens autour de Vaudreuil, non loin de Vertières. Il forma le corps de réserve destiné à demeurer auprès de lui , des deux premiers bataillons de la 4e, de la 8e, et de la 20e. Le 20 Brumaire (18 Novembre 1803), à la pointe du jour, le général Clervaux ordonna de commencer l'attaque. Les français battaient la diane dans le fort. Un boulet alla se fixer dans les remparts de Bréda. Aussitôt les forts répandirent la mort de toutes parts dans les rangs indigènes. Déjà une foule de nos artilleurs étaient abattus , et notre batlerie fut démontée. }^ussilôt le général Rochambeau' sortit du Cap, à la tôle de sa garde d'honneur, et vint s'établir près du blockaus de Vertières. En même temps les généraux Christophe et Romain, descendant de la Vigie, s'emparaient au pas de charge de la position de Destaing et refoulaient les français dans la place. Dessalines s'aperçut que les divisions Gabart, Vernel et Cangé, l'arme aux bras dans le grand chemin, se trouvaient exposées au feu le plus raeurtrier de Pierre Michel qui dominait toutes les autres fortifications. Il se détermina à tourner Bréda, à l'attaquer par derrière, et à assaillir en même temps toutes les positions qu'occupait l'ennemi. Par cette manœuvre il devait alfaibiir le feu des fiançais et l'empêcher de se diriger sur un seul point. Il envoya aussitôt l'ordre au général Capoix qui suivait audacieusement la grande roule du Cap, de changer de direction , et d'aller s'emparer- de la bulle de riiabitation Charrier qui dominait Vertières.. Il existait au centre du plateau un ravin que traversait en face du fbrt Vertières un petit pont à moitié brisé.. Entre ce pont et le fort s'élevaient des barricades au dessus desquelles élaicnl braijuécs contre l'armée indigène (|uatre^ pièces de canon. Pour atteindre Charrier, Capoix devait en ioa-

* Entrée du Cap.-

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composant les 21e, 22e, 23e, et 21o, tSitaient sous les ordres dû Cangé. Les He et 7e étaient commandées par Vernet.

Autour de Dessalines étaient rangés les dragons de ia plaine de i'Artibonile, ai mes de longs sabres, et la tête chargée de vieux casques ombragés do panaches verts. Le colonel Charlotin Marcadieux et les chefs d'escadron Paul Prompt et Bastien les commandaient.

Nos soldats de pied bien armés avaien^, dopuis la prise du Portau Prince, des munitions en abondance. Mais ils étaient presque nus. Ils portaient des havresacs de peau de chèvre, des besâces^ pour gibernes, et des chapeaux de paille. La plupart des sous-ofliciers sans habits ni chemises, avaient à la tète les mar((UPS de leurs grades. La 9e. du Pdrt de-Paix était le seul corps qui fût convenablement habillé. Elle avait trouvé à la Tortue un dépôt considérable de^èlemëns de troupes. Quant aux généraux , ils étaient tous couverts d*or. Nos soldats amaigris par des marches forcées , aguerris par mille combats, les lèvres chargées d'épaisses moustaches noires , offraient un aspect terrible; et si la discipline qui régnait souveraine dans Tarmée n'avait établi un ordre parfait dans les rangs, on eût pu les prendre *pour des hordes de brigands. Ils étaient loin de posséder cette tactique européenne qui terrasse souvent le courage le plus brillant; mais l'amour do la liberté et de l'indépendance, la haine profonde qu'ils avaient vouée à leurs oppresseurs, les conduisaient joyeux au combat et les rendaient invincibles. Ils allaient porter le dernier coup à la puissance coloniale; la prise du Gap devait les afiranchir à tout jamais de lai^mélropolo, et ils avaient juré de vaincre ou de mourir. L'enthousiasme éclatait sur leurs visages, et les chants de liberté retentissaient dans les campagnes.

Dessalines, entouré des braves qui composaient son état-major, était joyeux de la gaieté de l'armée. 11 lui montrait le G^^p comme le terme de ses fatigues, et le dernier refuge des monstres qui s'étaient baignés dans le sang indigène. ' '

Un roulement général de tambours remplît le camp d'gn bruit prolongé ; un profond silence s'établit ; il parcourut les rangs , et les troupes, partant du Morne Rouge , déiilèrent sous ses yeux. Dessalines apprit que Rochambeau ne se doutait nullement de ses projets audacieux. 11 résolut, avant d'attaquer les forts Bréda et Vertières, élevés le long de la grande route, d'envoyer les généraux Christophe et Romain ^emparer de la Vigie qui domine le Cap, du côté opposé. Cette manœuvre hardie avait pour but d'empêcher Rochambeau menacé du côté de la Vigie , d'envoyer des troupes au secours de Bréda et de Vertières.

Christophe, à la tête des Ire et 2e , après avoir enlevé plusieurs postes ennemis, annonça, le 17 Novembre, à Dessalines, qu il attendait , pour s'eflbrcer d'atteindre Ih sommet de la Vigie qu'on commençât l'attaque de Bréda. 11 était midii. Dessaiines monté sur un cheval pleia

HISTOIRE d'iiaiti. — (1803) 85

de fou, accompagné d'un ingénieur , s'approcha du fort Brédn; et t*exai«ina avec la p!us scrupuleuse allenlion : un fcs^é Tenlourail et entre ce fossi; et les romparls sVIevail une haie impénétrable d'aloôs ei d'aulres plantes épineuses entrelacées de fortes lianes. Les français qui l'avaient laissé s approcher sans obstacle, lui lancèrent, pendant qu'il se retirui , une grè!e de balles , sans l'atteindre.

Dans la nuit du 25 au 20 Brumaire (17 au 18 Novembre), il confia le commandement de Tavant garde à Capoix, le plus intrépide de nos génératix, avec ordre , dés que Taction commencerait, d'aller en avant et de ne s'arpôler qu'à la barrière Bouteille, * dût il périr avec toute la 9e. demi brigade, sous les feux des forts oui dominaient le chemin.

Celte manœuvre qui sera en partie exécutée par Capoix amènera la capitulation du Cap. Le général Clervaux fit dresser, à 200 (oises de Bréda, une batterie d'un obusier de G pouces, d'une pièce de 4 et d'une pièce <lc 8, dont le commandement fut confié à deux artilleurs Zenon et Lavelanet. Dans la même nuit, Dessalines fit dr^'sser doa retranchemens autour de Vaudreuil, non loin de Verlières. Il forma !e corps de réserve destiné à demeurer auprès de lui , des doux premiers bataillons de la 4e, de la Se, et de la 20e. Le 2G Brumaire (18 Novembre 1803), à la pointe du jour, le général Clervaux ordonna de commencer l'attaque. Les français battaient la diane dans le fort. L-n boulet alla se fixer dans les remparts de Bréda. Aussitôt les forts répandirent la mort de toutes parts dans les rangs indigènes. Déjà une foule de nos artilleurs étaient abattus , et notre batterie fut démontée, aussitôt le général Rochambeau' sortit du Cap, à la tcte de sa garde d'honneur, et vint s'établir près du blockaus de Vertières. En même temps les généraux Christophe et Romain, descendant de la Vigie, s'emparaient au pas de charge de la position de Destaing et refoulaient les français dans la place. Dessalines s'aperçut que les divisions Gabart, Vernel et Cangé, l'arme aux bras dans le grand chemin, se trouvaient exposées au feu le plus meurtrier de Pierre Michel qui dominait toutes les autres fortifications. Il se détermina à tourner Dréda, à l'attaquer par derrière, et à assaillir en même temps toutes les positions qu'occupait Ténnemi. Par cette manœuvre il devait afiaiblir le feu des fiançais et l'empêcher de se diriger sur un seul point. IJ eAvoya aussitôt l'ordre au général Capoix qui sui-vail audacieusement la grande route du Cap, de changer de direction , et d'aller s'emparer de la butte de Ihabitation Charrier qui dominait Vertières.. Il existait au centre du plateau un ravin que traversait en face du fbrl Vertières un petit pont à moitié brisé.. Entre ce pont et le fort s'élevaient des^ barricades au dessus desquelles étaient braquées contre l'armée indigène (juatre^ pièces de canon. Pour atteindre Charrier, Capoix devait en ioa*

* Entrée du Cap.-

100 HISTOIRE d'haiti.— (180S)

Dans Faprès midi du même jour, les Français n'avaient pas encore appareillé. Cihrislophe intima à Rochambeau Tordre de lever Tancre, sous peine d'êtr« canonné à boulets rougas. Les batteries du fort Picolet furent aussitôt pointées contre Tescadre. Rochambeau ^ était sur la frégate la Surveillante. Il fit écrire à Christophe, qu'il était certain quo le général Dessalines , franc et loyal , respecterait l'armistice jusqu'au coucher du soleil. Dessalines qyi eût pu en effet écraser les bâtimens sous le feu du fort Picolet , envoya Tordre de ne pas les in(][uiéter. Rochambeau n'avait tardé à appareiller que parce qu'il avait entamé des négociations avec le commodore Loriag pour sa sortie du port. Néanmoins il avait Tinlcntion de s'efforcer d^éviter Tescadre anglaise et d'atteindre Sto. Domingo.

A. la pointe *du jour du 30 Novembre, le traité suivant fut conclu entre lui «t les Anglais.

le Dieu des hommes, nous ordonne de leur tendre nos bras victorieux. Mais pour ceux qui, «nivrés d'un fol orgueil, esclaves intéressés d'une prétention criminelle , sont assez aveugles pour se croire des êtres privilégiés , et pour dire que le ciel les a destinés h être nos maîtres et nos tyrans , qu'ils n'approclient jamais du rivage de Saint Domin^ne : ils n'y trouveraient que des chaînes ou la déportation. Qu'ils demeureni où ils sont ; qu'ils souffrent les maux qu'ils ont si bien mérités ; que les gens de bien, de la crédulité desquels ils ont trop longtemps abusé, les accablent du poids de leur indigûation. Nous avon-? juré do punir quiconque oserait nous parler d'esclavage. Nous serons inexorables , peut-être mèine crutis, envers tous les militaires qui viendraieat nous apporter la mort et la servitude. Rien ne coûte et tout est permis à des hommes à qui Ton veut ravir le premier de tous les biens, duils fassijiit couler des flots de san^ ; quils incendient, pour défendre leur liberté, les sept huitièmes du globe , ils sont 'innoceus devant Dieu , qui n'a pas créé les hommes pour les voir gémir spus un joug honlewx.

" Si, dans les divers sonlèvemens qui ont eu li«u , des blancs, dont nous H'civions pas à nows plaindre, ont péri, victimes de la cruauté de quelques soldats ou cultivateurs, trop aveuglés par le souvenir de leurs maux passés pour distinguer les propriétaires humains de ceux qui ne l'étaient pas , nou* déplorons sincèrement leur malheureux sort , «t déclarons â la face de l'univers, que ces meurtres ont été commis malgré nous. II était impossible, dans une crise semblable à celle ou se trouvait alors la colonie , de prévenir ou d'arrêter ces>,désordres. Ceux qui ont la moindre connaissance de l'histoire , savent qu'un peuple , fût-il le plus policé de la terre, se porte à tous les excès, lorsqu'il est agité par les discordes civi- •les, et que les chefs, n'étant pas puissamment secondés, ne peuvent punir tous les coupables, sans rencontrer fans cesse de nouveaux obstacles. Mais , aujourd'hui que l'aurore de la paix nous présage un temps moins orageux , et que le calme de la victoire a succédé aux désordres d'une guerre affreuse , Saint-Dominçue doit prendre un nouvel aspect , et son gouvernement doit être désormais celui de la justice.

" Donné au quartier-général du Fort-Dauphin, le 29 Novembre 1803. " Signé, DessalinëS] Curistophe, Clehvaux. "

ÇAPITULATtON

VùMT Vêvacualton du Cap entre John Bligh , capitaine du vaisseau d$ S. M. U Théseus y inv^esti des pouvoirs de Jehn Loring ècuyery capitaine du vaisseau de S. M le Bellérophon , et le plus ancien officier de Vescaire croisant devcsnt le Cap , d'une part ; H Jacques . Boyé, général de brigade , chef de Vétat major de V armée française, ei Henri Barré, capitaine de vaisseau, commandant les forces navales de St Domingue , autorisés l'un et f autre par U général m chef Rochambeau , capitaine général de la colonie , d'autre part.

' Art. 1er. Les navfres français de guerre et marchands qui sont maintenant i Tancre dans ce port seront livrés aux Anglais.

Réponse : Acceplc.

Art. 2. La garnison du Cap-Français embarquée à bord des bâ« liinens , et les équipages^ seront prisonniers de guerre, et seront envoyés en Europe y à condition de ne pas servir , à moins qu'ils ne soient échangés , et cola aussitôt que possible , afin que réchange puisse avoir li^u sans délai.

Réponse : Accepté.

Art. 3. Tdus les généraux et autres officiers sont compris dans Farti^Ie précéilent , et retiendront leurs armes.

Réponse : Accepté- Art. 4. Les malades qui sont embarqués à bord de la Nouvelle Sophie et de la Julienne , seront envoyés directement en France, et les Anglais s^engagent à leur donner toutes sortes d'assistances pour cet efiet, ei à leur fournir des provisions et des médicamens. Les équipages de la Nouvelle Sophie et de la Julienne ne suffisant pas pour conduire ces bàtimens en France, le nombre nécessaire pour cet effet sera complété par des marins des aptres navires ; et les provisions et médicamens qui peuvent être fournis, sans ineonvép nient, seront fournis par les vaisseaux de S. M. B..

Réponse : Accepté.

A,rt. 5» Les propriétés individuelles seront rigoureusement respec* lées. Les< archives appartenant à Tarmée seront livrées au chef de l'état- major général.

Réponse : Accepté.

A.rt. 6. Les Américains, les Espagnols et lès Suédois, à bord desquels sont embarqués des habitans de SÎ. Domingue xlisposés à suivre Tarmée , auront la liberté de se rendre à leurs destinations fi^ns être inquiétés , pourvu qu'on puisse prouver que ces bâtimens appartiennent à ces nations; et pour cet effet une enquête sera faite.

Réponse: Accepté. ^

Art. 7. La frégate prendra la mer sous les couleurs françaises , et elle déchargera ses canons avant de mettre à la voile.

Réponse: Accepté,

'^* , , Qfriéiers seront considérés comme

Art. S. ^^..^^"^^^^'^Ifies individus qui se sont volontairement Mnnnricnani à ' ^''("^^',. ^,„^ française seront mis à terre sur le îmburnués pour smyre I armée /m'V

territoire de Sto. Domingo. xSZ'êtg^^^ Surveillante, au Cap Français, le30

Novembre i803. ... . i ^ j o i#

Siiiné; J- Blioh , capitaine du vaisseau le TheseuB de 5. M. ^ fl. DaRR£, capitaine de vaisseau.

J. BovÉ, général de brigade ,' et chef de T étal-major.

Aussitôt après la signature du traité, les Français appareillèrent, pès qu'ils sortirent de la rade, ils déchargèrent leurs canons, et furent piis par les An^Hais , après avoir vainement tenté de les éviter. Ils furent conduits à la Jamaïque. Rochambeau fut envoyé en Angleterre où il demeura jusqu'en I8H. Alors Napoléon Téchangea contre des prisonniers anglais. Il péril* à la bataille de Leipsick en 1813-

Dessalines , par la prise du Gap, se couronna d'une grande gloire. Les indigènes , exaltés 'par Tivresse du triomphe, le plaçaient au dessus des plus grands capitaines, il avait trouvé dans la bouche mê« me de Rochambeau la glorification de sa bravoure audacieuse. Dans celte grande balaiHe , il avait déployé du génie et une audace prodigieuse; et après la victoire, il se conduisit avec dignité dans sesre* luions avec le commodore Loring. Mais Ja gloire 'qu'il s'était acquise dans ces mémorables journées eûl été pure , s'il ne l'avait pas ternie, en méprisnuL les promesses solenndies qu'il avait faites augéné^ rai Lapoype de donner toutes sortes de soins aux malades.

Trois jours ne s'étaient pas écoulés depuis Tévacuation , qu'il prétendir que les Français, laissés dans hs hôpitaux , étaient à charge à l'Etat. On leur annonça leur départ pour France.

Des soldats les conduisirent sur le rivage de la mer; le ciel était étincelant d'étoiles ; le Cap était plongé dans le sommeil. Ils furent embarqués dans de grandes chaloupes qui ne s'arrêtèrent que dans le canal do la Tortue. Ils furent tués à coups de baïonnettes , et leurs cadavres disparurent sous les flots, lis étaient ea<* viron au nombre de 800. Les passions politiques qui animaient alors les indigènes étaient telles , que ce grand crime n'excita pas une vive indignation. Les colons, les capitaines-généraux Ileclerc et Ro<*hambeau avaient exercé tant de cruautés sur les indigènes , que ceux-ci se faisaient, pour ainsi dire, une vertu de rendre aux français crime pour crime. Ils étaient devenus aussi féroces que leurs, persécuteurs. Peut^on s'étonner des vengeances exert^ées par celui que l'esclavage a rendu cruel ? Mais quant au général Ro* cliambeau , il appartenait à un peuple vieilli dans la oivilisatîoQ.

HisToiHE d'haiti.— (1803) lOS

Il n'a pas existé un btirbare qui l'ail surpassé en férocilé ; aucun n'inventa de plus affreux supplices. Mr. Bignon , dans son histoire de France y page 444 , dit: c Cependant l'histoire doit son « tribut à la sévérilc de la justice : elle nommera donc comme « coupables des plus odieuses exécutions , parmi les blancs , et par « suite des préjugés des blancs, RochambeaUp etc.»

Pendant cet intervalle , le colonel Pourcely , k la tète d'un bataillon de la 9e et de nombreuses bandes de cultivateurs de Jeaa Rabel et de Bombarde, cernait étroitement la ville du Môle St Nicolas occupée par le général Noailles. Le commodore Loring qui était venu bloquer le port.de cette ville, apprit, aux français Tévacuation du Gap. Par une lettre en date du 10 Frimaire an 12, (2 Décembre 1803) , il leur proposa de capituler. Le général Noailles lui répondit :

Armée de St-Domingue. — Bivtsion de droite du Nor^d.

Au quartier -général du Môle, le iO Frimaire an 12 de la Repu* blique Française , (2 Décembre i803).

Louis NOAILLES , Général de brigade , an Commodore LoRmG.

Monsieur , J'ai reçu la lettre dont vous m'avez honoré sous la date du 40 Frimaire. Je désire connaître les termes auxquels vous m'offrez de traiter avec vous.

J'ai Thonneur d'être avec la plus haute considération , Monsieur , votre très humble et très obéissant serviteur , .

Noailles.

Le général français reçut par une dépêche les propositions du commodore qu'il refusa d'accepter. Il résolut de tenter la fortune en perçant, de nuit , la ligne anglaise. l\ monta une; frégate et chargea deux corvettes de toutes les familles blanches. Dans la nuit du 3 au 4 Décembre 4803 il appareilla et gagna la haute mer. Les deux corvettes furent capturées. A la pointe du jour Neailles découvrit , non loin des côtes de Cuba, un vaisseau Anglais dont il s empara après un com bat acharné. 11 gagna la Havane où il mourut des suites d'une blessure qu il avait reçue pendant Taetion. Le 4 Décembre 1803, Pourcely prit possession du Mole quil trouva garni d'un matériel de guerre considérable.

Ainsi se termina à la gloire des indigènes cette guerre sanglànfe contre les Français, qui en 22 mois dévora près de 55,000 hommes de troupes européennes. La France perdit sa prépondérance en Amérique. Un immense débouché fut enlevé à son commerce dont les exportationa

ÎP4 Iîistoihe d'haiti.— (1803)

s élevaient au-delà de cent raillions de francs. St. Domîngue seul réunissait tous les éléinens de prospérité du commerce maritime delà France. La navigation de celte colonie employait 20,000 marins et plus de seize cents navires marchands.

Tous les points de l'ancienne partie française avaient été abandonnés des troupes européennes ; riuilépcndaace du pays était ehliùroment conquise. On songea tout de suite à donner un nouveau nom à celte terre qui formait un nouvel Etat. Le nom d'Haïti rappelant les aborigènes de Tlle qui s'étaient fait exterminer on défendant leur liberté, sortit de toutes les bouches. Il fut accueilli avec enthousiasme, et les indigènes s'appelèrent Haïtiens»

En 1804 et en 1805, on a beaucoup reproché, m Europe, au général Ilocliambeau , de n'avoir pas évacué le Cap sur Slo. Domingo ,*avpnt l'arrivée de Dessalines. C'était chose impossible. Les cinq mille hommes de troupes qu'il avait encore sous ses ordres, suivis de nom-, breux malades, des familles blanches, de rarlillerie de campagne, des archives des greffes .et des administrations militaires auraient péri sous les coups des indigènes. Le gouvernement Français le blâma d'avoir traité avec Dessalines. Il n'était pas permis à Rochambeau d'agir autrement. 11 n'avait de provisions que p©ur vingt-huit jours; il lui était impossible de forcer la ligne Anglaise pour atteindre 1 fia de Cuba; car Tescadre de S. M. B. était Jbrte de on^e vaisseaux, et lui n'en avait que quatre. Il aima mieux livrer la place à Dessalines qu'aux Anglais , craignant que ceux ci ne voulussent pas la remettre aux indigènes après en avoir 'pris possession. Il sentait que les Anglais, maîtres de cette position, nuiraient considérablement au commerce français ; et il croyait qu'il serait toujours facile, à l'avenir, de la reprendre sur les indépendans.

On le blâma aussi de n'avoir pas supporté trois assauts. Rochara* beau qui avait comparé, après la première journée, la faiblesse de* ses moyens de résistance a la puissance de Dessalines, craignait avec raison que la ville, au second assaut , ne fut enlevée et saccagée. En capitulant il sauva les débris de l'armée Française , et une foule de familles blanches qni n'auraient pas été sacrifiées plus tard si elles avaient voulu abandonner leurs propriétés pour le suivre.

Les Français avaient encore trois mille hommes dispersés dans l'ancienne partie espagnole. Dès que le général de brigade Ferrand qui commandait à Monte Christ apprit la chute du Cap, il trahit la confiance des habitans du département de Cibao , en abandonnant celte vaste province , et en se retirant à Slo. Domingo , après avoir détruit toutes] les muaîtions qu'il ne pouvait pas emporter. Ne fie sentant pas capable de résister , à St. Yague , à l'armée indigène qui pouvait venir l'y attaquer, il avait cherché un refuge dans les murs de Sto. t)omingo où commandait le général Kerverseau. Les Espagnols du Cibao redoutant les vengeaaces des indigènes , envoyèrent

ttîSTOiRE O'IIAITI. — (1803) 105

auprès de Dessalîncs une dépulation composée du père Jean Richardo, des capitaines don Domingo Ferez Guerra et José Compas Tabarrès. Les députés oiTrirent au général en chef de se soumettre à son autorité. Dessalines les reçut favorablement , leur promit que leur province ne serait pas ravagée. Mais il établit sur eux unecontribution de 500,000 livres tournois qu'ils furent contraints de payer. Ainsi tout le département de Cibao , quoique Dessalines n'y eut pas envoyé un seul soMat , fit partie du nouvel état. Le commandement en fut confié à José Compas Tabarrès, indigène espagnol , uni des membres de la députation. Mais le général Feri and sortant de Sto. Domingo ne tardera pas à revenir prendre pos* session de cette province où flottera de nouveau le drapeau français.

ETAT des forces envoyées à Saint-Domingue par la France en 1802

el en 1803.

Première expédition, à partir de Février 1802, sous LECLERC.

5e., Ile » 3e. demi-brigades légères; 22e., 31e, 79e demi-brigades de ligne ; lUo. chasseurs à cheval , un détachement d'artillerie, fournissant 6,600 hommes, venus sur Tescadre de Brest, composée de .18 vaisseaux, '9 frégates ou corvettes , 3 bâlimens légers ou de transport, sous les ordres de Tamiral \illaret Joyeuse , ci 6,600

71e. demi-brigade de 900 hommes , venue sur l'escadre de Lorieni, composée d'un vaiSseau de ligne, d'une frégate, de deux corvettes, ci 900

15e, 56e, 68e et 96e de ligne, la légion de la Loire, 19e de dragons, un détachement d'artillerie, \enus sur l'escadre de Rochoforl , sous les ordres du contre amiral Lalouche-Tréville, fournissant 4000 h. ci 4,000

28e, 74e , et un corps d'artillerie , fournissant 4,200 hommes, arrivés sur une frégate, quatre Vaisseaux, une corvette et une llùte formant l'escadre de Toulon , 60US les ordres de Tamiral Gautheaume, ci 4,200

19e de ligne, ,un bataillon allemand, 10e de dragons, fonrnissant 2,400 hommes, sur l'escadre de Cadix composée de trois vaisseaux de ligne et de trois frégates, sous les ordres de l'amiral Linois, ci. 2,400

98e de ligne de 1,400 hommes sur l'escadre du Havre de quatre frégates, ci.* 1,400

7e de ligne et une compagnie d'artillerie, fournissant 1,500 hommes sur Tescadre hollandaise , sous les ordres du contre amiral Hartzinch ^ ci. i,500

lomps HT^ait ëclairci les rangs des citoyens en faisant dispnrallr^ ceux (les noirs el des jaunes qu'animaient d'énergiques snniimens. A minuit, un officier français se prés^^nla aux avant-postes de Tarmée indigène, et fut conduit auprès de Dessalines auquel il annonça (|u'il était venu demander un armistice de la part de Rochambean* Dessalines lui répondit que si un officier , muni des pouvoirs de Hocha m beau , relatifs seulement à la capitulation du Cap, était envoyé auprès de lui , il consentirait alors à suspendre les hostilités. Rochamboau , dès qu'il reçut celte réponse, se détermina à traiter préalablement avec les anglais qui bloquaient Iç port ; car les forces navales françaises étaient si faibles qu'il eût été impossible de songer à forcer la ligne anglaise. Ces forces élaicnl^ous les ordres du capitaine de vaisseau Barré , officier obscur, qui avait remplacé l'amiral Latouche Tréville, comme nous l'avons vu. Quant aux amiraux Villaret Joyeuse^ DelmotbVï, Ganthaume, Linois, Magon, le gouvernemenC français les avait rappelés depuis longtemps. Le 27 brumaire (19 novembre) à 2 heures après minuit, Hoehambeau écrivit au commodoro Loring que, désirant prévenir l'etfusion du sang et sauver les débris de l'armée de St.Domingue , il envoyait auprès de lui le général Boyé et le capitaine de vaisseau Barré , chargés de traiter avec les Anglais. * Au point du jour , le généjal Boyé écrivit à Dessalines que le capi» taine général Rochambeau le priait de suspendre les hostilités jusqu'à la conclusion définitive d'un traité qui devait être conclu avec les Anglais. Dessalines, qui ne voulait pas perdre les fruits dcsa victoire, craignit que cette démarche de Rochambeau ne fiil qu^un piège : les Français q^ii voulaient embarquer les munitions de la place ne cherchaient qu'à gagner du temps. Il répondit à rofficier: Allez dire au général Rochambeau que. ses négociations avec les Anglais ne me regardent pas, que ceux ci font la guerre pour leur compte, et les indigènes pour le leur. Néanmoins je lui accorde une suspension d'armes pour^la journée; mais si ce délai expiré, rienn'es^

* ARMÉE DE Pt-DOMINGUE.

An qnaitifT-genéîflî du Cap, le 27 Brumaire an 12 de la République, française ( 19 Novembre 1803. )

" Le général en chef^ à Monsieur le commodore Loring' , commnndant les forces navales de Sa Majesté Brilannique devant le Cap,

Monsieur,

Pour prévcînir reffnsion du sang , et f?anver les débris de Tarmée de St. Domingiie , j'ai rhoimonr do. vous envoy^'r deux officiers cliarg<'»s de mes iustrnctions , à l'effît. d'entrer en Mccomniodeinoni avec vous, lie général de brigade Boyé , c?hef de létat-major général , et le capitaine de vaisseau Barré sont chargés de vous reuieltre ma lettre^ Je les ai choiijis pour avoir l'avantage de traiter avec vous.

J'ai l'honneur d'être avec lu plus haute considération , Monsieur,

• ' D. ROCHAMBEAU

HISTOIRE d'haï TI.— (180B) 98

Sirrèté eDire lai et moi , je reprendrai mes opérations avec la plus grande vigueur.

Dessalines avait transporté son quarlipr-gcnéral au village du H'iut du Cap. À cinq heures de Taprès midi (49 Novembre), il vil arriver au camp l'adjudant général Dnveyi îer , chargé des pouvoirs de Rochambeau pour traiter de la reddilon delà place. Us dressèrent €t signèrent Tacte qui suit :

Aujourd'hui 27 Brumaire (19 Novembre 1803 ), Tadjudi^nt- commandant Duveyrier, chargé des pouvoirs du général en chef Rt)chambeau , commandant l'armée française, pour traiter de la reddition de Ja ville du Cap, et moi Jean> Jacques Dessalines, sommes convenus des articles suivans :

Art. i" La ville du Cap et les forts qui en dépendent seront remis, dans dix jours, à dater du 28 présent, au général en chef Dessalines.

Art. 2. Les munitions de guerre qui seront dans les arsenaux, les armes et Tarlillerie seront laissées dans Tétat où elles sont présentement.

Art. 3. Tous les vaisseaux de guerre et autres qui seront jugés nécessaires par le général Rochambeau tant pour le transport des troupes et des habitans que pour l'évacuation , seront libres de sortir au jour nomn^é.

Art. 4. Les oiliciers militaires et civils, les troupes composant la garnison du Cap, sortiront avec les honneurs de la guerre; emportant leurs armes et les eiïets appartenant à leurs demi-brigades.

Art. 5. Les malades et 'blessés hors d'état d'être transportais seront traités dans les hôpitaux jusqu'à leur guéiison. Us sont spécialement recommandés à Thumanité du général Dessalines.

Art. 6. Le général Dessalines en donnant Tassurance de sa protection aux habitans qui resteront dans la p^ace , réclame de la justice du général Rochambeau la mise en liberté des hommes du pays quelle que soit leur couleur , lesquels ne pourront sous quel(|ue prétexte que fie soit être contraints à s'embarquer avec l'armée française. *

Art. 7. Les troupes des deux armées resteront dans lours positions respectives jusqu'au dixième jour fixé pour l'évacuation du Cap.

Art. 8. Le général Rochambeau enverra pour sûreté dos présentes conventions, l'adjudant-commandant Urbain Deveau en échange duquel le général Dessalines remettra un officier de même grade.

Fait double et de bonne foi, au quartier- général du haut du Cap, lesdits Jour, mois et an précités.

Signé Dess AUNES , Duveyrier.

L'adjudant'général Duveyrier en montant à cheval pour s'en re-

temps avait éclairci les rangs des citoyens en faisant disparaître ceux (les noirs et des jaunes qu'animaient d'énorgicyues sr^nlimens* A minuil, un officier français se présenta aux avant-postes de Tarmée indif^ène/el fut conduit auprès de Dessalines auquel il annonça qu'il était venu demander un armistice de la part de Rochambeau» Dessalines lui répondît que si un officier , muni des pouvoirs de Rochambeau , relatifs seulement à la capitulation du Cap, était envoyé auprès de lui ^ il consentirait alors à suspendre les hostilités. Rochamboau , dès qu'il reçut celte réponse, se détermina à traiter préalablement avec les anglais qui bloquaient Iç port ; car les forces navales françaises étaient si faibles qu'il eût été impossible de songer à forcer la ligne anglaise. Ces forces élaicnt^ous les ordres du capitaine de vaisseau Barré , officier obscur, qui avait remplacé l'amiral Latouche Tréville, comme nous l'avons vu. Quant aux amiraux Villaret Joyeuse^ Delmothie, Ganthaume, Linois, Magon, le gouvernement français les avait rappelés depuis longtemps. Le 27 brumaire (19 novembre) à 2 heures après minuit, Rochambeau écrivit au commodore Loring que, désirant prévenir l'effusion du sang et sauver les débris de l'armée de St.Domingue , il envoyait auprès de lui le général Boyé et le capitaine de vaisseau liarré , chargés de traiter avec les Anglais. ^ Au point du jour, le général Boyé écrivit à Dt^ssalines que le capi» taine général Rochambeau le priait de suspendre les hostilités jusqu'à la conclusion définitive d'un traité qui devait être conclu avec les Anglais. Dessalines, qui ne voulait pas perdre les fruits desa \ictoire, craignit que cette démarche de Rochambeau ne fût qu'un piège : les Français qui voulaient embarquer les munitions de la place no cherchaient qu'à gagner du temps. Il répondit à rofficier: Allez dire au général Rochambeau que, ses négociations avec les Anglais ne me regardent pas, que ceux ci font la guerre pour leur compte, et les indigèaes pour le leur. Néanmoins je lui accorde une suspension d'armes pour^la journée ; mais si ce délai expiré, rien n'es^

* ARMÉE DE Pt-DOMLVGUE.

An qnartipr-gcnéraî du Cnp, \h 27 Brumaire an 12 de la Répllb!ique^ française ( 19 Noveiubre 1803. )

' Le gé/féral en chef, à Monsieur le commodore Loring , commandant les forces navales de Sa Majesté Britannique devant le Cap.

Aîonsieur,

Pour prévenir Tcffusion du sang , et fjanver les débris de Tarmée de St. Domingiie , j'ai l'honncnr do. vous envoyor deux ofTjcicrs charg<'*s de mes instructions, à leffit. d'entrer en accommodeuieni avec vous. Le g^ént'ral de brigade Boyé, chef de l'état-major général , et le capitaine de vaisseau Barré sont chargés de vous remettre ma lettre,. Je les ai choisis pour avoir l'avantas^e de traiter avec vous.

J'ai rironneur d^être avec la plus haute considération , Monsieur,

• ' D. ROCHAMBEAU

HISTOIRE d'haiti.— (1808) 9S

arrêté eDtre loi et moi , je reprendrai mes opérations avec la plus grande vigueur.

Dessalines avait transporté son quartier-général au village du Hiut du Cap. À cinq heures de raprcsmidi (49 Novembre), il vil arriver au camp l'adjudant général Diiveytier, chargé des pouvoirs de Rochambeau pour traiter de la reddilon delà place. Ils dressèreni et signèrent l'acte qui suit :

Aujourd'hui 27 Brumaire (19 Novembre 1803 ), Tadjudi^nt-commandant Duveyrier, chargé des pouvoirs du général en chefR\3chambeau , commandant Tarmée française, pour traiter de la reddition de Ja ville du Cap, et moi Jean- Jacques Dessalines, sommes convenus des articles suivans :

Art. i" La ville du Cap et les forts qui en dépendent seront remis, dans dix jours, à dater du 28 présent, au général en chef Dessalines.

Art. 2. Les munitions de guerre qui seront dans les arsenaux, les armes et Tariillerie seront laissées dans Tétat où elles sont présentement.

Art. 3. Tous les vaisseaux de guerre et autres qui seront jugés nécessaires par le général Rochambeau tant pour le transport des troupes et des liabitans que pour l'évacuation , seront libres de sortir au jour nomn^é.

Art. 4. Les ofQciers militaires et civils, les troupes composant la garnison du Cap, sortiront avec les honneurs de la guerre; emportant leurs armes et les effets appartenant à leurs demi-brigades.

Art. 5. Les malades et 'blessés hors d'état d'être transportais seront traités dans les hôpitaux jusqu'à leur guet ison. Us sont spécialement recommandés a Thumanilé du général Dessalines.

Art. 6. Le général Dessalines en donnant Tassurance de sa protection aux habit^ins qui resteront dans la pface , réclame de lu justice du général Rochambeau la mise en liberté des hommes du pays quelle que soit leur couleur , lesquels ne pourront sous quehjue prétexte que ^ee soit être contraints à s'embarquer avec l'armée iVançaise. .

Art. 7. Les troupes des deux armées resteront dans leurs positions respectives jusqu'au dixième jour fixé pour Tévacuation du Cap.

Art. 8. Le général Rochambeau enverra pour sûreté dos présentes conventions, l'adjudanl-commandant Urbain Deveau en échange duquel le général Dessalines remettra un oflicier de môme grade.

Fait double et de bonne foi, au quartier- général du haut du Cap, lesdits jour, mois et an précités.

Signé Dessalines, Duvevrier.

L'adjudant*général Duveyrier en monlaot à cheval pour s'en re-

&3 HISTOIRE d*ha1ti. — (180S)

temps avait éclairci les rangs des citoyens en faisant disparaître ceux (les noirs et des jaunes qu'animaient d'énergiques srniimens* A minuit, un officier français se présenta aux avant-postes de Tarmée indif;ène/el fut conduit auprès de Dessalines auquel il annonça qu'il était venu demander un armistice de la part de Rochambeau* Dessalines lui répondit que si un officier , muni des pouvoirs de Hocha m beau , relatifs seulement à la capitulation du Cap, était envoyé auprès de lui , il consentirait alors à suspendre les hostilités. Rochambrau , dès qu'il reçut cette réponse, se détermina à traiter préalablement avec les anglais qui bloquaient Iç port ; car les forces navales françaises étaient si faibles qu'il eût été impossible de songer à forcer la ligne anglaise. Ces forces étaient -sous les ordres du capitaine de vaisseau Barre , officier obscur, qui avait remplacé l'amiral Latouche Tréville, comme nous Tavonà vu. Quant aux amiraux Villaret Joyeuse^ DelmolhlE^, Ganthaume, Linois, Magon, le gouvernement français les avait rappelés depuis longtemps. Le 27 brumaire (19 novembre) à 2 heures après minuit, Rochambeau écrivit au commodorc Loring que, désirant prévenir l'effusion du sang et sauver les débris de l'armée de St.Domingue, il envoyait auprès de lui le général Boyé et le capitaine de vaisseau fîarré , chargés de traiter avec les Anglais. ^ Au point du jour, le général Boyé écrivit à Dessalinos que le capi-^ taine général Rochambeau le priait de suspendre les hostilités jusqu'à la conclusion définitive d'un traité qui devait être conclu avec les Anglais. Dessalines, qui ne voulait pas perdra les fruits de^sa victoire, craignit que cette démarche de Rochambeau ne fût qu'un piège : les Français q^ii voulaient embarquer les munitions de la place ne cherchaient qu'à gagner du temps. Il répondit à l'officier: Allez dire au général Rochambeau que. ses négociations avec les Anglais ne me regardent pas, que ceux ci font la guerre pour leur compte, et les indigèoes pour le leuir. Néanmoins je lui accorde une suspension d'armes pourra journée ; mais si ce délai expiré, rien n'es^

* AUMÉE DE ?ÎT-DOMlNGUE.

An qnaitior-p^»néral du Cnp, Ib 27 Brumaire an 12 de la République^ française ( 10 Novenjbre 1803. )

* Le général en chef^ à Mon^i^ur le commodore Loring , commandant les forces navales de Sa Majesté Britannique devant le Cap.

Aionsieur,

Pour prévenir Pcffosion dn sang , et Pnnver les débris de Tarmée de Sf. Domiiigue , j'ai rhoniirnr ào. voiis envovvr deux officiers charg«''s de nKîS instructions, à l'effit. d'entrer en nccomniodenieni avec vous, l.e g^énéral de brigade Boyé, c?hef de léfat-mnjor général , et le capitaine de vaisseau Barré sont chargés de vous remettre ma lettre^ Je les ai choisis pour avoir l'avantage de traiter avoc vous.

J'ai rironneur d'être avec lu plits haute considération , Monsieur,

* ' D. ROCHAMBEAU

drrèté entre lai et moi , je reprendrai mes opérations avec la plus grande vigueur.

Dessalines avait transporté son quarti^r-général au village du Hiut du Cap. À cinq heures de Ta près midi (19 Novembre), il vil arriver au camp l'adjudant général Dnveyiier, chargé des pouvoirs de Rochambeau pour traiter de la reddilon delà place. Us dressèrent €t signèrent l'acte qui suit :

Aujourd'hui 27 Brumaire (19 Novembre 1803 ), l'adjudant-commandant Duveyrier, ch;irgé des pouvoirs du général en chefRochambeau , commandant Tarmée française, pour traiter de la reddition de Ja ville du Cap, et moi Jean- Jacques Dessaiines , sommes convenus des articles saivans :

Art. 1." La ville du Cap et les forts qui en dépendent seront remis, dans dii jours, à dater du 28 présent, au général en chef Dessaliues.

Art. 2. Les munitions de guerre qui seront dans les arsenaux, les armes et Tariillerie seront laissées dans Tétat où elles sont présentement.

Art. 3. Tous les vaisseaux de guerre et autres qui seront jugés nécessaires par le général Rochambeau tant pour le transport des troupes et des habitans que pour l'évacuation , seront libres de sortir au jour nomn^é.

Art. 4. Les officiers militaires et civils, les troupes composant la garnison du Cap, sortiront avec les honneurs de la guerre; emportant leurs armes et les effets appartenant à leurs demi-brigades.

Art. 5. Les malades et 'blessés hors d'état d'être transportas seront traités dans les liApilaux jusqu'à leur guéiison. Us sont spccialemcnl recommandés à Thumanilé du général Dessalines.

Art. 6. Le général Dessaliues en donnant Tassurance de sa protection aux habit^ins qui resteront dans la phce , réclame de lu justice du général Rochambeau la mise en liberté des hommes du pays (|uelle que soit leur couleur , lesquels ne pourront sous quehjue prétexte que ^ soit être contraints à s'embarquer avec Tarméc française. .

Art. 7. Les troupes des deux armées resteront dans leurs positions respectives jusqu'au dixième jour fixé pour Tévacuation du Cap.

Art. 8. Le général Rochambeau enverra pour sûreté des présentes conventions, l'adjudant-commandanl Urbain Deveau en échange duquel le général Dessalines remettra un officier de môme grade.

Fait double et de bonne foi, au quartier- général du haut du Cap, lesdits Jour, mois et an précités.

Signé Dessalines , Dcjveyrieh.

L'adjudant- général Duveyrier en aH)nlaot à cheval pour s'en re-

98 • HISTOIRE d'haiti. — (1803J

dre connaissance des lettres qu'il avait reçues. Il apprit peu d' instant après qu'un soldat de. la Renommé Dupuy, jeune homme de couleur, recruté au Port au> Prince, parlait «t écrivaU cette langue. Il le lit aussitôt appeler. Le jeune homme fut au désespoir; il crut que le général en chef voulait le faire fusiller. Il fit ses adieux à ses camarades en leur disant, qu il avait été toujours été bon soldat et qu'il ne concevait pas quel pouvait être son crime. Dessalines lui présenta lui'même les lettres de Lorlng. Dupuy les traduisit. Le commodore anglais priait le général en chef des indigènes de lui envoyer des pilotes pour qu'il pût entrer dans la rade dijJK^ap , capturer les vais* seaux français et les amariner.

Dessalines , qui ne voulait pas qu'on pût croire qu'il avait joint ses forces à celles des Anglais pour chasser les Français, ne ré* pondit pas sur le champ à Loring. Les Indigènes en effet avaient toujours combattu leurs ennemis sans l« secours d aucune puissance étrangère ; et ils ne devaient les grands succès qu'ils avaient obtenus qu'à leur héroïsme. Le commodore écrivit de nouveu ; alors Des* salines lui répondit :

Liberté ou la Mort.

Au quarlier-général ^ le 6 FHmaire an 12(28 Novembre 1S03.)

L$ général en chef de V armée Indigène à M. Loring ^ commatidant les forces navales de S. M. B. devant le Cap.

Monsieur ,

Je vous accuse réception de la lettre que j'ai eu l'honneur de recevoir ; vous pouvez: vous convaincre que mes dispositions pour vous et contre le général Bochambeau sont invariables. J'entrerai dans la ville du Cap demain à la tête de mon armée. Je ne puis, M'., quoiqu'à regret, vous envoyer les pilotes que vous me demandez. Je présume que vous n'en aurez pas besoin , car je forcerai les bâtimens français à sortir de la rade , et vous en agirez avec eux comme vous le jugerez convenable.

J ai l'honneur d être , etc.

Signé, . DESSALINES.

Le commodpre n'insista pas davantage. Le jeune soldat se saisit de son fusil, et salua Dessalints en lui présentant les armes. Il allait se retirer quand le général en chef lui dit : laisse là ton fusil , tu deviens nn de mes secrétaires et en outre officier attaché à mon état-major. -11 parviendra au grade de général dans les armées indigènes, et la connais* aance de la langue anglaise fera sa fortune sous roi le Christophe»

HUTOTRB 1>*HA1TI.«^(18£^) ' 99

Les Français s'embarquèrent le lendemain ; et Tadjudant général d'Henin livra à Bazelais la plaee et les forts. En vertu de l'article 5 du traité, Rochambeau aviit laissé dans les hôpitaux les blessés el 19S fiévreux européens, n'ayant pas assez de bâtiraens pour les trans- ^ porter à l'étranger. Dessalines a\ait promis au général Lapoypo ,

commaPàdant de la division du Nord , de leur donner toutes sortes de soins Jusqu'à ce quil pût les envoyer en France sur des bâti* mens neutres.

h Les indigènes prirent possession du Cap le 7 Frimaire an 12

|. ( 29 Novembre 1S08)/ Dans la journée il y eut de grandes fôtes f et il y régna un ordre parfait. Les soldats, les femmes, les enfans parcouraient les rues en chantant des hymnes de liberté. Des publications promirent de nouveau aide^et protection aux blancs E planteurs, négocians , ouvriers qui n avaient |ras suivi l'armée fran-

1- çaise. Ils vinrent se prosterner aux pieds du général en chef qu'ils

traitaient de brigand la veille, et firent des vœux ardens pour ' le bonheur de ses jours. Ils rappelaient Jean-Jac(|ues le Bon. Des- .

salines les accueillait en effet comme un pore de famille ; mais dès ^\. qu'ils se retiraient, son front prenait une expression menaçante. Cependant les membres du conseil des notables, l'ordonnateur i^erroud et plusieurs famillos blandios s'embarquèrent n'ajoutant pas foi à |,^. ses promesses. Le général Christophe fut aussitôt nomme commandant de l'arrondissement du Cap. Il apprit que les Français avaient embarqué les archives du gretle ; il en avisa aussitôt Dessalines qui écrivit à Rochambeau qu'il eût à les débarquer attendu qu'elles appar* tenaient à la ville du Cap. Ce qui fut exécuté sur le champ. *

* La proclamation suivante qnc nous rencontrons- dans la plupart des écrivains étrangers qni ont parlé d'Haïti est apocryi^he. Elle est datée du 29 Novembre 1803 du FortOnnphin ; ce jotir', Dessalines était au Cap. Nous ne Tavons rencontrée nulle part, dans le pays, ni manuscrite , ni imprimée :

" Au nom des noirs et des hommes de eoulevr.

" l/indépendance de Saint-Domingue est proclamée. Rendus à notre

première dignité , nous avons recouvré nos droits , et nous jurons de ne

[ ' jamais nous les laisser ravir par aucime puissance de la terre. Le voile

I affreux du préjugé est maintenant déchiré! Malheur à ceux qui oseraieut

réunir ses. lambeaux sangians. '

" Propriétaires de St Domingue, qui errez dans des contrée» étranger jes , en proclamant notre iiidC'p.ndancc, nous ne vous défendons pas de Çî' Xïïetrer dans vos biens; jjin de nous celte pensée ujjuste. Nous savons qu'il est parmi vous d»'S hommes qui ont abjuré leurs anciennes erreurs, lenoncô à lours folles prétentions , et reconnu la jnstice de la cause pour laquelle nous ver^rons notre sang d^^^uis douze années. Nous traiterons en frères ceux qui noub- aiment : ils jxîuvent compter sur notre estime et ttOtre aiQitié; et revenir habiter j[armi nous. Le Dieu qui aous protège^

100 BigToiRE d'haiti.— (1808)

Dans Taprès midi du même jour, les Français n'avaient pas encore appareillé. Chrislophe intima à Rochambeau l'ordre de lever l'ancre, sous peine d'êtr« canonné à boulets rougds. Les batteries du fort Picolet furent aussitôt pointées contre T escadre. Rochambeau i était sur la frégate la Surveillante. Il fit écrire à Christophe, qu'il était certain que le général Dessalines , franc et loyal , respecterait Tarmis* tice jusqu'au coucher du soleil. Dessalines qyi eut pu en effet écraser les bâtimens sous le feu du fort Picolet , envoya Tordre de ne pas les in(][uiéter. Rochambeau n'avait tardé à appareiller que parce qu'il avait entamé des négociations avec le commodore Loring pour sa sortie du port. Néanmoins il avait l'intention de s'efforcer cTéviter l'escadre anglaise et' d'atteindre Sto. Domingo.

A la pointe 'du jour du 30 Novembre , le traité suivant fut con* clu entre lui «t les Anglais.

le Dieu des hommes, nous ordonne de leur tendre nos bras victorieux. Mais pour ceux qui, enivrés d'un fol orgueil, esclaves intéressés d'une

{^rétention criminelle , sont assez aveugles pour se croire des êtres priviégiôs , et pour dire qi^e le ciel les a destinés à être nos maîtres et nos tyrans, qu'ils n'approchent jamais du rivage de Saint Domingne : ils ny trouveraient que des chaînes on la déportation. (Qu'ils demenrenl où ils sont ; qu'ils souffrent les maux qu'ils ont si bien mérités ; que les gens de bien, de la crédulité desquels ils ont trop longtemps abusé, les accablent du poids de leur indigoation. Nous avon-j juré do punir quiconque oserait nou<ï parler d'esclavage. Nous serons inexorables, peut-être même cruels, envers tous les militaires qui viendraient nous apporter la mort et la servitude. Rien ne coûte et tout est permis à des hommes à qui l'on veut ravir le premier de tous les biens. Quils fassent couler des flots de san^ ; qu'ils incendient, pour défendre leur liberté, les sept-huitièmes du globe , ils sont 'innocens devant Dieu , qui n'a pas créé les hommes pour les voir gémir spns un jotig honteax.

" Si, dans les divers sonlêvemens qui ont eu li«u , des blancs, dont nous H'iivions pas à nous plaindre, ont péri, victimes de la cruauté de quelques soldats ou cultivateurs, trop aveuglés par le souvenir de leurs maux passés pour distinguer les propriétaires huînains de ceux qui ne l'ér taient pas , nou» déplorens sincèrement leur malheureux sort , et déclarons a la face de l'univers, que ces meurtres ont été commis malgré nous. Il était impossible , dans une crise semblable à celle ou se trouvait alors la colonie , de prévenir ou d'arrêter ces^désordres. Ceux qui ont la moindre connaissance de l'histoire , savent qu'un peuple , fût-il le plus policé de la terre, se porte à tous les excès, lorsqu'il est agité par les discordes civi- •les, et que les chefs, n'étant pas puissamment secondés, ne peuvent punir tous les coupables, sans rencontrer Fans cesse de nouveaux obstacles. Mais , aujourd'hui que l'aurore de la paix nous présage un temps moins orageux , et que le calme de la victoire a succédé aux désordres d'une guerre affreuse , Saint-Domingue doit prendre un nouvel aspect , et son gouvernement doit être désormais celui de la justice.

" Donné au quartier-général du Fort-Dauphin, le 29 Novembre 1803. " Signé, D£ssALiN£s, Christophe, Cleuvaux. "

HISTOIRE d'hAITI* — (180S) lOl

ÇAPITULATTON

Pour l'évacuation du Cap entre John Bligh , capitaine du vaisseau d$ S. M, h Théseus^ im>esli des pouvoirs de J#hn Loring icuyer^ capitaine du vaisseau de ^. M le Bellérophon , et le plus ancien officier de Vescadre croisant devant le Cap , d'une part ; et Jacques . lioyé, général de brigade y chef de Vétat major de V armée française, et Henri Barré ^ capitaine de vaisseau , commandant les forces navales de St Domingue , autorisés l'iin et t autre par le général en chef Rochambcau , capitaine général de la colonie , d'autre part.

* Art. ier. Les navfres français de guerre et marchands qui sont maintenant à Tancrc dans ce port seront livrés aux Anglais.

Réponse : Accepté.

Art. 2. La garnison du Cap-Français embarquée â bord des bâ« timens, et les équipages^ seront prisonniers de guerre, et seront envoyés en Europe y à condition de ne pas servir , à moins qu ils ne soient échangés » et cola aussitôt que possible , aÛQ que réchange puisse avoir lieu sans délai.

Réponse : Accepté.

Art. 3. Tous les généraux et autres oITicîers sont compris dans Tartiele précéilent , et retiendront leurs armes.

Réponse : Accepté.

Art. 4. Les malades qui sont embarqués à bord de la Nouvelle Sophie et de la Julienne y seront envoyés directement en France, et les Anglais s^engagent à leur donner toutes sortes d'assistances pour cet effet , et à leur fournir des provisions et des médicamens. Les équipages de la Nouvelle Sophie et de la Julienne ne suOisant pas pour conduire ces bàtimens en France, le nombre nécessaire pour cet effet sera complété par des marins des autres navires ; et les provisions et médicamens qui peuvent être fournis, sans ineonvéf» oient, seront fournis par les vaisseaux de S« M. B.^

Réponse : Accepté.

Art. 5. Les propriétés individuelles seront rigoureusement respec^ lées. Les. archives appartenant à l'armée seront livrées au chef de l'état major général.

Réponse : Accepté.

Art. 6. Les Américains, les Espagnols et lés Suédois, à bord desquels sont embarqués des habitans de SÎ. Domingue disposés à suivre Tarmée , auront la liberté de se rendre à leurs destinations sans être inquiétés , pourvu qu'on puisse prouver que ces bâtimens appartiennent à ces nations; et pour cetefletune enquête sera faite.

Réponse: Accepté. ^

Art. 7. La frégate prendra la mer sous les couleurs françaises , et elle déchargera ses canons avant, de mettre à la. voile.

Réponse: Accepté.

loi ïffSTOIlTE D'nAiTr.— fISOS)

Art. 8. Les domestiques des officiers seront considérés comme appnrlcnanl k l'armée , et les individus qui se sont volonlaircment embarques pour suivre l'armée française seront mis à lerre sur le territoire de Sto. Domingo.

Iléponse: Accepte.

Agréé et signé à bord de la Surveillante y au Cap Français, leâO piovcmbre 1803. \

Signé: J. Bligh , capitaine du vaisseau le Theseus de 5. M. n. Barré, capitaine d£ vaisseau, ). BovÉ, général de brigade , et chef de l'étal major.

Aussitôt après la signature du traité, les Français appareillèrent. Dés qu'ils sortirent de la rade, ils déchargèrent leurs canons , et furent pri^ par I«s Anglais , après avoir vainement tenté de les éviter. Ils furent conduits à la Jamaïque. Rocbambeau fut envojé en Angleterre où il demeura jusqu'en 1811. Alors Napoléon Véchangea contre des prisonniers anglais. Il péril* à la bataille de Leipsick en 1813.

Dessalines , par la prise du Cap, se couronna d'une grande gloire. Les indigènes , exaltés par l'ivresse du triomphe, le plaçaient au dessus des plus grands capitaines. Il avait trouvé dans la bouche mè« me de Kochambeau la glorification de sa bravoure audacieuse. Dans colle grande balailie , il avait déployé du génie et une audace prodigieuse; et après la victoire, il se conduisit avec digniîé dans ses relations avec le Commodore Loring. Mais Ja gloire 'qu'il s'était acquise dans ces mémorables journées eûl été pure, s'il ne l'avail pas ternie, en méprisant les promesses solennelles qu'il avait faites augéué« rai Lapoype de donner toutes sortes de soins aux malades.

Trois jours ne s'étaient pas écoulés depuis l'évacuation , qu'il prétendir que les Français, laissés daqs les hôpitaux , étaient à charge à l'Etat. On leur annonça leur départ pour France.

Des soldats les conduisirent sur le rivage de la mer; le ciel était étincelant d'étoiles; le Cap était plongé dans le sommeil. Us furent embarqués dans de grandes chaloupes qui ne s'arrêtèrent que dans le canal de la Tortue. Ils furent tués à coups de baionpelles, et leurs cadavres disparurent sous les flots. Ils étaient en-^ \iron au nombre de 800. Les passions politiques qui animaient alors les indigènes étaient telles, que ce grand crime n'excita |>as une \ive indignation. Les colons , les capitaines-généraux teclerc et Rochambeau avaient exercé tant de cruaulés sur les indigènes p que ceux-ci se faisaient, pour ainsi dire, une vertu de rendre aux français crime pour crime. Ils étaient devenus aussi féroces que leurs, p^^rsécuteurs. Peutron s'étonner des vengeances cxertîées par celui que l'esclavage a rendu cruel ? Mais quant au général lio^ chambeau , il appartenait à un peuple vieilli dans la «ivilieailoa »

HISTOIHE d'HxUTI.— (1803) 103

II n'a pas existé un btirbare qui l'ail surpassé en férocité ; aucun n'inventa de plus aiïreux supplices. Mr. Bignon , dans son liistoire de France, page 444 » dit: c Cependant Thistoire doit son « tribut à la sévérité de la justice : elle nommera donc comme « coupables des plus odieuses exécutions, parmi les blancs, et par « suite des préjugés des blancs, RochambeaUf etc.»

Pendant cet intervalle, le colonel Pourcely , i la tète d'un bataillon de la 9e et de nombreuses bandes de cultivateurs de Jean Rabel et de Bombarde, cernait étroitement la ville du Môle St Nicolas occupée par le général Noaiiles. Le commodore Loring qui était vena bloquer le port de cette ville, apprit. aux français Tévacuation du Gap. Par une lettre en date du 10 Frimaire an 12, (2 Décembre 1803) , il leur proposa de capituler. Le général Noaiiles lui répondit :

Armée de St-Domingue. — Bivîsion de droite du Nord.

Au quartier «général du Môle, le iO Frimaire an 12 de la République Française, (2 Décembre 1803).

Louis NOAILLES , Général de brigade ^ au Commodore Lorikg.

Monsieur ,

J'ai reçu la lettre dont vous m*arez honoré sous la date du 10 Frimaire. Je désire connaître les termes auxquels vous m'offrez de traiter avec vous.

J'ai rkonneur d'être avec la plus haute considération , Monsieur y votre très humble et très obéissant serviteur , -

NOAlLLES.

Le général français reçut par une dépêche les propositions du commodore qu'il refusa d'accepter. Il résolut de tenter la fortune en perçant, de nuit , la ligne anglaise. Il monta une: frégate et chargea deux cor* vettes de toujes les familles blanches. Dans la nuit du 3 au 4 Décembre 1803 il appareilla et gagna la haute mer. Les deux corvettes furent capturées. A la pointe du jour Noaiiles découvrit , non loin des côtes de Cuba, un vaisseau Anglais dont il s'empara après un com bat acharné. Il gagna la Havane où il mourut des suites d'une blessure qu il avait reçue pendant Taclion. Le 4 Décembre 1803, Pourcely prit possession du Môle qu*il trouva garni d'un matériel de guerre considérable.

Ainsi se termina à la gloire des indigènes cette guerre sanglante contre les Français, qui en 22 mois dévora près de 55,000 hommes de troupes européennes. La France perdit sa prépondérance en Amérique. Un immense débouché fut enlevé à son commerce dont les exportations

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S^' ^l'U^' lj% on a beaucoup reproché, rn Europe, au général ^ é'^f'i'^'ûi^'^'\ t^^^^^ pas évacué le Cap sur Slo. Domingo , avant

fHifiil^^'^^ * ntoes. C'était chose impossible. Les cinq mille hom- /v//»^'^' ç/^ ^^fganil avait encore sous ses ordres, suivis de nom-, jiil^ t/<? 'f^j^g^ jes /brailles blanches, de Tariillerie de campagne, l)rt'ux ''/•'' ^ jg'^ greir^s .et des administrations militaires auraient 'f ^^.'^ s^ les coups des indigènes. Le gouvernement Français le

^ /^'7^^j'3voir traité avec Dessalines. Il n'était pas permis à Rocharabeau

w'^'^Tr* a"^^^*"^'*^' II n'avait de provisions que peur vingt-huit jours; liai <i^'^i^ impossible de forcer la ligne Anglaise pour atteindre Tlle Je Cuba; car Tescadrc de S. M. B. était Jbrte de on^e vaisseaux, et lui n'en avait que quatre. Il aima mieux livrer la place à Dessalines qu'aux Anglais , craignant que ceux ci ne voulussent pas la remettre aux indigènes après en avoir *pris possession. Il sentait que les Anglais, mallres de celle position, nuiraient considérablement au commerce français ; et il croyait qu'il serait toujours facile, à l'avenir, de la reprendre sur les indépendans.

On le blâma aussi de n'avoir pas supporté trois assauts. Rocharobeau qui avait comparé, après la première journée, la faiblesse de* ses moyens de résistance à la puissance de Dessalines, craignait avec raison que la ville, au second assaut , ne fut enlevée et saccagée. En capitulant il sauva les débris de l'armée Française, et une foule de familles blanches qui n'auraient pas été sacrifiées plus tard si elles avaient voulu abandonner leurs propriétés pour le suivre.

Les Français avaient encore trois mille hommes dispersés dans l'ancienne partie espagnole. Dès que le généial de brigade Ferrand qui commandait à Monte Christ apprit la chule du Cap, il trahit la confiance des habitans du département deCibao, en abandonnant cette vaste province, et en se retirant à Slo. Domingo, après avoir détruit toutes] les munitions qu'il ne pouvait pas emporter. Ne se sentant pas capable de résister , à St. Yague , à l'armée indigène qui pouvait venir l'y attaquer, il avait cherché un refuge dans les murs de Sto. t)omingo où commandait le général Kerverseau. Les Espagnols du Cibao redoutant les vengeaaces des indigènes , envojrèrent

msToiRE d'haiti.— (1803) lt)5

auprès de Dessalincs une députation composée du père Jean Richardo, des capitaines don Domingo Ferez Guerra et José Compas Tabarrès. Les dépulés offrirent au général en chef de se soumettre à son autorité. Dessalines les reçut favorablement , leur promit que leur province ne serait pas ravagée. Mais il établit sur eux une contribution de 500,000 livres tournois qu'ils furent contraints de payer. Ainsi tout le département de Cibao , quoique Dessalines n'y eut pas envoyé un seul sol iat , fit partie du nouvel état. Le coœmandement en fut confié à José Compas Tabarrès , indigène espagnol « un- des membres de la députation. Mais le général Ferrand sortant do Slo. Domingo ne tardera pas à r^^venir prendre possession de cette province où flottera de nouveau le drapeau français.

ETAT des forces envoyées à Saint'Domingne par la France en 1802

el en 1803.

Première expédition , à partir de Février 1802, sous LECLERC.

5c., Ile , 3e. demi-brigades légères; 22e., 31e, 79e demi-brigades de ligne ; lOo. chasseurs à cheval , un détachement d'artillerie, fournissant 6,600 hommes, venus sur Tescadre de Brest, composée de .18 vaisseaux, '9 frégates ou ' corvettes , 3 bâlimens légers ou de trans- ► port , sous les ordres de Tamiral Y illaret Joyeuse, ci 6,600

71e. demi-brigade de 900 hommes, venue sur Tes- ^^ cadre de Lorienl , composée d'un vaiSseau de ligne,

d'une frégate , de deux corvettes , ci 900

45e, 56e, 68e et 9©e de ligne, la légion de la Loire, 19e de dragons, un détachement d'ariillerie, venus sur l'escadre de Rochcfort , sous les ordres du contre amiral Lalouche-Tréville, fournissant 4000 h. ci 4,000

28e, 74e , et un corps d'artillerie , fournissant

4,200 hommes, arrivés sur une frégate, quatre Vaisseaux,

j une corvette et une (lùte formant l'escadre de Toulon ,

fious les ordres de l'amiral Gaulhcaume, ci 4,200

49e de ligne, ,un bataillon allemand, 10e de dragons, fonrnissant 2,400 hommes, sur l'escadre de Cadix composée de trois vaisseaux de ligne et de trois I frégates, sous tes ordres de l'amiral Linois, ci. 2,400

r 98e de ligne de 1,400 hommes sur l'escadre du

ïlâvre de quatre frégates, ci.- 4,400

j . 7e de ligne et une compagnie d'artillerie, fournis-

I sani 1,500 hommes sur Tescadre hollandaise , sous les

j ordres du contre amiral Bartzinch , ci. 4,500

100 HISTOIRE d'haiti.— (180S)

Dans Taprèsmidi du même jour, les Français n'avaient pas encore appareillé. Christophe intima à Rochambeau Tordre de lever l'ancre, sous peine d'êtr« canonné à boulets rouges. Les batteries du fort Picolet furent aussitôt pointées contre Tescadre. Rochambeauj était sur la frégate la Surveillante. Il 6t écrire à Christophe, qu'il était certain qua le général Dessalines , franc et loyal , respecterai! Tarmistice jusqu'au coucher du soleil. Dessalines qyi eut pu en effet écraser les bâtimens sous le feu du fort Picolet , envoya Tordre de ne pas les in(][uiéter. Rochambeau n'avait tardé à appareiller que parce qu'il avait entamé des négociations avec le commodore Loriag pour sa sortie dii port. Néanmoins il avait Tintention de s'elTorcer dTéviter Tescadre anglaise et' d'atteindre Sto. Domingo.

À la pointe 'du jour du 30 Novembre , le traité suivant fut conclu entre lui et les Anglais.

le Dieu des hommes, nous ordonne de leur tendre nos bras victorieux. Mais pour ceux qui , enivrés d'un fol orgueil , esclaves intéressés d'une

f>réteQtioQ criminelle , sont assez aveugles pour se croire des êtres priviégiés , et pour dire que le ciel les a destinés à être nos maîtres et nos tyrans , qu'ils n'approchent jamais du rivage de Saint Dominofue : ils n y trouveraient que des chaînes ou la déportation. Qu'ils demeureni où ils sont ; qu'ils souflFrent les maux qu'ils ont si bien mérités ; que les gens de bien, de la crédulité desquels ils ont trop longtemps abusé, les accablent du poids de leur indignation. Nous avon-? juré do punir quiconque oserait nous parler d'esclavage. Nous serons inexorables , peut-être mêitie cruels, envers tous les militaires qui viendraieat nous apprter la m«rt et la servitude. Rien ne coûte et tout est permis à des hommes à qui l'on veut ravir le premier de tous les biens, duils fassont couler des flots de san^ ; quïls incendient , pour défendre leur liberté , les sept huitièmes du globe , ils sont 'innocens devant Dieu , qui n'a pas créé les hommes pour les voir gémir spus un joug honteux.

" Si, dans les divers soulèvemens qui ont eu li«u , des blancs, dont nous a'itvions pas à noias plaindre, ont péri, victimes de la cruauté de quelques soldats ou cultivateurs, trop aveuglés par le souvenir de leurs maux passés pour distinguer les propriétaires humains de ceux qui ne l'ér taient pas , nou» déplorons sincèrement leur malheureux sort , et déclarons â la face de l'univers, que ces meurtres ont été commis malgré nous. 11 était impossible, dans une crise semblable à celle ou se trouvait alors la colonie , de prévenir ou d'arrêter ces^désordres. Ceux qui ont la moindre connaissance de l'histoire , savent qu'un peuple , fût-il le plus policé de la terre, se porte à tous les excès, lorsqu'il est agité par les discordes civi- •les, et que les chefs, n'étant pas puissamment secondés, ne peuvent punir tous les coupables, sans rencontrer Fans cesse de nouveaux obstacles. Mais , aujourd'hui que l'aurore de lu paix nous présage un temps moins orageux , et que le calme de la victoire a succédé aux désordres d'une guerre affreuse , Saint-Domingue doit prendre un nouvel aspect , et son gouvernement doit être désormais celui de la justice.

^ Donné au quartier-général du Fort-Dauphin, le 29 Novembre 1803. " Signé, Dessalines, CuRisTOpnE, Cleuvaux. "

HI»TOIEE d'haiti. — (1805) 101

ÇAPITULATtON

Powr Vêvacualton du Cap entre John Bligh , capitaine du vaisseau d$ S. M. 1$ Théseus^ investi des pouvoirs de J«hn Loring écuyer^ capitaine du vaisseau de S. M h Bellérophon , et le plus ancien officier de Vescadre croisant devant le Cap , d'une part ; et Jacques . Boyé, général de brigade , chef de Vétatmajor de Vârmée française, et Henri Barré, capitaine de vaisseau, commandant les forces navales de St Domingue , autorisés l'tin et l'autre par le général en chef Rochambeau , capitaine général de la colonie , d'autre part.

' Art. fer. Les navfres français de guerre et marchands qui sont maintenant à l'ancre dans ce port serant livrés aux Anglais.

Réponse : Accepté.

Art. 2. La garnison du Gap-Françaîs embarquée à bord dés bâ* timens , et les équipages,, seront prisonniers de guerre, et seront envoyés en Europe^ à condition de ne pas servir, à moins qu'ils ne soient échangés , et cela aussitôt que possible , afm que réchange puisse avoir lieu sans délai.

Réponse : Accepté.

Art. 3. Tous les généraux et autres orficîers sont compris dans Fartîele précédent , et retiendront leurs armes.

Réponse : Accepté.

Art. 4. Les malades qui sont embarqués à bord de la Nouvelle Sophie et de la Julienne , seront envoyés directement en France , et les Anglais s'engagent à leur donner toutes sortes d'assistances pour cet effet, et à leur Fournir des provisions et de^ médicamens. Les équipages de la Nouvelle Sophie et de la Julienne ne suffisant pas pour conduire ces bàtimens en France, le nombre nécessaire pour ~cei effet sera complété par des marins des aptres navires ; et les provisions et médicamens qui peuvent être fournis, sans ineonvé*nient, seront fournis par les vaisseaux de S. M. B^

Repense : Accepté.

Art. 5. Les propriétés individuelles seront rigoureusement respec* lées. Les. archivas appartenant à Tarmée seront livrées au chef de Vétat major général.

Réponse : Accepté.

Art. 6^ Les Américains, les Espagnols et lés Suédois, à bord desquels sont embarqués des habitans de SÎ. Domingue disposés à suivre Tarmée , auront la liberté de se rendre à leurs destinations^ s^ns être inquiétés , pourvu qu on puisse prouver que ces bâtimens appartiennent à ces nations; et pour cet effet une enquête sera faite.

Réponse: Accepté. ^

Art. 7. La frégate prendra la mer sous les couleurs françaises , et elle déchargera ses canons avant de mettre à la voile.

Réponse: Accepté.

100 BiiToiRE d'haiti.— (1808)

Dans Faprès midi du même jour, les Français n'avaient pas encore appareillé. Christophe intima à Rochambeau Tordre de lever Tancre, sous peine d'êtr« canonaé à boulets rouges. Les batteries du fort Picolet furent aussitôt pointées contre Tescadre. Rochambeaui était sur la frégate la Surveillante. Il fit écrire à Christophe, qu'il était certain que le général Dessalines , franc et loyal , respecterait Tarmistice jusqu'au coucher du soleil. Dessalines qyi eût pu en effet écraser les bâtimens sous le feu du fort Picolet , envoya Tordre de ne pas les incj^uiéter. Rochambeau n'avait tardé à appareiller que parce qu'il avait entamé des négociations avec le commodore Loring pour sa sortie dii port. Néanmoins il avait Tintention de s'efforcer d^éviter Tescadre anglaise et' d'atteindre Sto. Domingo.

A la pointe 'du jour du 30 Novembre , le traité suivant fut conclu entre lui et les Anglais.

le Dieu des hommes , nous ordonne de leur tendre nos bras victorieux. Mais pour ceux qui , onivrés d'un fol orgueil , esclaves intéressés dHujc

Î^réteatioQ criminelle , sont assez aveuçles pour se croire des êtres priviégiés , et pour dire que le ciel les a destinés à être nos maîtres et nos tyrans , qu'ils n'approchent jamais du rivage de Saint Domino^ne : ils n y trouveraient que des chaînes ou la déportation. Qu'ils demeurent où ils sont ; qu'ils souffrent les maux qu'ils ont si bien mérités ; que les g^ens de bien, de la crédulité desquels ils ont trop lon^^teraps abusé, les accablent du poids de leur indignation. Nous avon^ juré do punir quiconque oserait nous parler d'esclavage. Nous serons inexorables , peut-être même cruels, envers tous les militaires qui viendraieat mous apporter la mort et la servitude. Rien ne coûte et tout est permis à des hommes à qui l'oa veut ravir le premier de tous les biens. Qu'ils fissent couler des flots de sang ; qu'ils incendient , pour défendre leur liberté , les sept-huitièmes du globe, ils sont 'innoceus devant Dieu , qui n'a pas créé les hommes pour les voir gémir spus un joug honloMx.

" Si, dans les divers sonlèvemens qui ont eu li«u , des blancs, dont nous n'iivions pas à nous plaindre, ont péri, victimes de la cruauté de quelques soldats ou cultivateurs, trop aveuglés par le souvenir de leurs maux passés pour distinguer les propriétaires humains de ceux qui ne l'ér taient pas , nou» déplorons sincèrement leur malheureux sort , et déclarons â la face de l'univers, que ces meurtres ont été commis malgré nous. II était impossible, dans une crise sembinble à celle où se trouvait alors la colonie , de prévenir ou d'arrêter ces^^désordres. Ceux qui ont la moindre connaissance do l'histoire , savent qu'un peuple , fût-il le plus policé de la terre, se porte à tous les excès, lorsqu'il est agité par les discordes civi- •les, et que les chefs, n'étant pas puissamment secondés, ne peuvent punir tous les coupables, sans rencontrer Fans cesse de nouveaux obstacles. Mais , aujourd'hui que l'aurore de la paix nous présage un temps moins orageux , et que le calme de la victoire a succédé aux désordres d'une guerre affreuse , Saint-Dominp^ue doit prendre un nouvel aspect , et son gouvernement doit être désorm<iis celui de la justice.

" Donné au quartier-général du Fort-Dauphin, le 29 Novembre 1803. " Signé, Dessalinës, CuRisTOpnE, Cleuvaux. "

HI»TOIEE d'HAïTI. — (180S) lOl

ÇAPITULATÎON

Paur rêvacualwn du Cap entre John Bligh , capitaine du vaisseau d$ 5. M. U Thêseus^ im-^esti des pouvoirs de J«hn Loring écuyer^ capitaine du vaisseau de S. M le Bellérophon , et le plus ancien officier de Vescadre croisant devcmt le Cap , d'une part ; et Jacques . Boyé, général de brigade, chef de V état major de V armée française, et Henri Barré, capitaine de va^'sseau, commandant les forces navales de St Domingue , autorisés l'un et l'autre par le général en chef Rochambeau , capitaine général de la colonie , d'autre part.

' Art. ier. Les navfres français de gnerre et marchands qui sont maintenant à l'ancre dans ce port seront livrés aux Anglais*

Réponse : Accepté.

Art. 2. La garnison du Cap- Français embarquée à bord des bâ« timens , et les équipages,, seront prisonniers de guerre, et seront envoyés en Europe^ à condition de ne pas servir, à moins qu'ils ne soient échangés , et cela aussitôt que possible , afin que réchange puisse avoir lieu sans délai.

Réponse : Accepté.

Art. 3. Tous les généraux et autres oiricfers sont compris dans Tartiele précédent , et retiendront leurs armes.

Réponse : Accepté.

Art. 4. Les malades qui sont embarqués à bord de la Nouvelle Sophie et de la Julienne, seront envoyés directement en France, et les Anglais s'^engagent à leur donner toutes sortes d'assistances pour cet effet, et à leur fournir des provisions et des médicamens. Les équipages de la Nouvelle Sophie et de la Julienne ne suffisant pas pour conduire ces bàtimens en France, le nombre nécessaire pour t:el effet sera complété par des marins des autres navires ; et les provisions et médicamens qui peuvent être fournis, sans ineonvé«nient, seront fournis par les vaisseaux de S. M. B^

Réponse : Accepté.

Art. 5* Les propriétés individuelles seront rigoureusement respec^ lées. Les. archives appartenant à Tarmée seront livrées au chef de l'état major général.

Réponse : Accepté.

Art. 6^ Les Américains, les Espagnols et lès Suédois, à bord desquels sont embarqués des habitans de SÎ. Domingue disposés à suivre Tarmée, auront la liberté de se rendre à leurs destinations sans être inquiétés , pourvu qu'on puisse prouver que ces bâtimena appartiennent à ces nations; et pour cet effet une enquête sera faite.

Réponse: Accepté. ^

Art. 7. La frégate prendra la mer sous les couleurs françaises , et elle déchargera ses canons avant de mettre à la voile.

Réponse: Acceptée

100 BiiToiRE d'haiti.— (180S)

Dans Taprèsmidî du même jour, les Français n'avaient pas encore appareille. Christophe intima à Rochambeau l'ordre de lever Tancre, sous peine d'êtr« canonné à boulets rouges. Les batteries du fort Picolet furent aussitôt pointées contre Tescadre. Rochambeau; était sur la frégate la Surveillante. Il fit écrire à Christophe, qu'il était certain que le général Dessalines , franc et loyal , respecterait Tarmistice jusqu'au coucher du soleil. Dessalines qyi eut pu en effet écraser les bâlimens sous le feu du fort Picolet , envoya Tordre de ne pas les in(][uiéter. Rochambeau n'avait tardé à appareiller que parce qu'il avait entamé des négociations avec le commodore Loriag pour sa sortie du port. Néanmoins il avait l'intention de s'efforcer cTéviter l'escadre anglaise et' d'atteindre Sto. Domingo.

À la pointe 'du jour du 30 Novembre , le traité suivant fut conclu entre lui et les Anglais»

le Dieu des hommes, nous ordonne de leur tendre nos bras victorieux. Mais pour ceux qui , enivrés d'un fol orgueil , esclaves intéressés d'une

f^rétentioQ criminelle , sont assez aveugles pour se croire des êtres priviégiôs , et pour dire que le ciel les a destinés à être nos maîtres et nos tyrans , qu'ils n'approchent jamais du rivage de Saint Domiugue ; ils n'y trouveraient que des chaînes ou la déportation. Qu'ils demeurenl où ils sont ; qu'ils souffrent les maux qu'ils ont si bien mérités ; que les gens de bien, de la crédulité desquels ils ont trop lon^^tcmps abusé, les accablent du poids de leur indignation. Nous avon-? juré do punir quiconque oserait nous parler d'esclavage. Nous serons inexorables, peut-être même cruels, envers tous les militaires qui viendraieat mous apporter la mort et la servitude. Rien ne coûte et tout est permis à dos hommes à qui l'on veut ravir le premier de tous les biens. Qu'ils fissont couler des flots de san^ ; qu'ils incendient , pour défendre leur liberté , les sept huitièmes du globe , ils sont 'innocens devant Dieu , qui n'a pas créé les hommes pour les voir gémir spus un joug honteux.

" Si, dans les divers soulèvemens qui ont eu lieu, des blancs, dont nous ii'u viens pas à noiis plaindre, ont péri, victimes de la cruauté de quelques soldats ou cultivateurs, trop aveuglés par le souveair de leurs maux passés pour distinguer les propriétaires hnmains de ceux qui ne l'ér taient pas , nou» déplorens sincèrement leur malheureux sort , et déclarons à la face de l'univers, que ces meurtres ont été commis malgré nous. II était impossible, dans une crise semblable à celle où se trouvait alors la colonie , de prévenir ou d'arrêter ces^^désordres. Ceux qui ont la moindre connaissance de l'histoire , savent qu'un peuple , fût-il le plus policé de la terre, se porte à tous les excès, lorsqu'il est agité par les discordes civi- •les, et que les chefs, n'étant pas puissamment secondés, ne peuvent punir tous les coupables, sans rencontrer Fans cesse de nouveaux obstacles. Mais , aujourd'hui que l'aurore de la paix nous présage un temps moins orageux , et que le calme de la victoire a succédé aux désordres d'une guerre affreuse, Saint-Dominjrue doit prendre un nouvel aspect , et son gouvernement doit être désormais celui de la justice.

" Donné au quartier-général du Fort-Dauphin, le 29 Novembre 1803. " Signé, Dessalines ] CuRisTOpnE, Clervaux. "

HISTOIRE D*HAITI. — (180S) lOl

ÇAPITULATTON

Pour Vivacualwn du Cap entre John Bligh , capitaine du vaisseau d$ 5. M, 1$ Théseus ^ investi des pouvoirs de Jdlin Loring écuyer^ capitaine du vmsseau de S. M le Bellérophon , et le plus ancien officier de Vescadre croisant devcmt le Cap , d'une part ; ei Jacques . lioyè, général de brigade , chef de Vétaimajor de Vârmêe française, et Henri Barré, capitaine de vaisseau, commandant les forces navales de St Domingue , autorisés l'un et l'autre par le général en chef Rochambcau , capitaine général de la colonie , d'autre part.

' Art. fer. Les navires français de guerre et marchands qui sont maintenant à Tanorc dans ce port seront livrés aux Anglais.

Réponse : Accepté.

Art. 2. La garnison du Cap-Français embarquée â bord des bâ« timens , et les équipages^ seront prisonniers de guerre, et seront envoyés en Europe, à condition de ne pas servir, à moins qu'ils ne soient échangés , et cela aussitôt que possible , afin que réchange puisse avoir lieu sans délai.

Réponse : Accepté.

Art. 3. Taus les généraux et autres oITiciers sont compris dans Farliele précédent , et retiendront leurs armes.

Réponse : Accepté.

Art. 4. Les malades qni sont embarqués à bord de la Nouvelle Sophie et de la Julienne , seront envoyés directement en France , et les Anglais s'^engagent à leur donner toutes sortes d'assistances pour cet effet , et à leur Fournir des provisions et des médicamens. Les équipages de la Nouvelle Sophie et de la Julienne ne suffisant pas pour conduire ces bàlimens en France , le nombre nécessaire pour t;«t «(Tet sera complété par des marins des autres navires ; et les provisions et médicamens qui peuvent être fournis, sans ineonvé^ nient, seront fournis par les vaisseaux de S. M. B^

Réponse : Accepté.

Art. 5. Les propriétés individuelles seront rigoureusement respec^ lées. Les. archives appartenant à Tarmée seront livréjes au chef de yétat major général.

Réponse : Accepté.

Art. 6. Les Américains, les Espagnols et lès Suédois, à bord desquels sont embarqués des habitans de SÎ. Domingue <lisposés à suivre Tarmée, auront la liberté de se rendre à leurs destinations s^ns être inquiétés , pourvu qu'on puisse prouver que ces bâtiment appartiennent à ces nations; et pour ceteflelune enquête sera faite.

Réponse: Accepté. ^

Art. 7. La frégate prendra la mer sous les couleurs françaises , et elle déchargera ses canons avant, de mettre à la voile.

Réponse: Accepté.

103 msToiTîE d'haiti.— (180S)

Art. 8. Les domestiques des officiers seront considérés comme apparlenant à l'armée , et les individus qui se sont volontairement embarqués pour suivre Tarmée française seront mis à terre sur le territoire de Slo. Domingo.

Réponse: Accepté.

Agréé et signé à bord de la Surveillante, au Cap Français , le«30 Novembre 1803.

Signé; J. Bligh , capitaine du vaisseau le Thesem de S. M. n. Barré, capitaine de vaisseau, J. BovÉ, général de brigade , et chef de Vétalmajor.

Aussitôt après la signature du traité, les Français appareillèrent. Dés qu'ils sortirent de la rade, ils déchargèrent leurs canons, et furent pris par l%% Anglais, après avoir vainement tenté de les éviter. Ils furent conduits à la Jamaïque. Rochambaau fut envojé en Aiiglolerre où il demeura jusqu'en 1811. Alors Napoléon Téchangea contre des prisonniers anglais, H périC à la bataille de Leipsick en 1813.

Des^salines , par la prise du Cap, se couronna d'une grande gloire. L«s indigènes , exaltés par Tivresse du triomphe, le plaçaient au des» jsus des plus grands capitaines. Il avait trouvé dans la bouche même de Rochambeau la glorification de sa bravoure audacieuse. Dans colle grande bataille, il avait déployé du génie et une audace prodigieuse; et après la victoire, il se conduisit avec dignité dans ses relations avec le Commodore Loring. Mais Ja gloire 'qu'il s'était acquise dans ces mémorables journées eûi été purie , s'il ne l'avait pas ternie, en méprisant les promesses solenndies qu'il avait faites augéué* rai Lapoype de donner toutes sortes de soins aux malades.

Trois jours ne s'étaient pas écoulés depuis Tévacuation , qu'il pré« tendir que les Français, laissés daqs les hôpitaux , étaient à charge ^ TEtat. On leur annonça leur départ pour France.

Des soldats les conduisirent sur le rivage de la mer; le ciel était étincelant d'étoiles ; le Cap était plongé dans le sommeil. Ils furent embarqués dans de grandes chaloupes qui ne s'arrêtèrent que dans le canal do la Tortue. Ils furent tués à coups de baîonnettes, et leurs cadavres disparurent sous les flots. Ils étaient en-^ \iron au nombre de 800. Les passions politiques qui animaient alors lés indigènes étaient telles , que ce grand crime n'excita pas une vive indignation. Les colons , les capitaines-généraux Leclerc et Rochambeau avaient exercé tant de cruaulés sur les Hudigènes , que ceux-ci se faisaient, pour ainsi dire, une vertu de rendre aux français crime pour crime. Ils étaient devenus aussi féroces que leurs, persécuteurs. Peutron s'étonner des vengeances cxerbées par celui que l'esclavage a rendu cruel ? Mais quant au général Ro* cliaiobeaq , il appartenait à un peuple vieilli dans la eivilisalion»

HISTOIRE d'hatti."«-(1803) IOS

II n'a pas existé un btirbare qui Tail surpassé en férocité ; aucun n'inventa de plus aiïreux supplices. Mr. Bignon , dans son histoire de France, page 444, dit: « Cependant l'histoire doit son « tribut à la sévérité de la justice : elle noron)era donc comme « coupables des plus odieuses exécutions, parmi les blancs, et par « suite des préjugés des blancs, Rochambeaut etc.»

Pendant cet intervalle, le colonel Pourcely , à la tôte d'un bataillon de la 9e et de nombreuses bandes de cultivateurs de Jeaa Rabel et de Bombarde , cernait étroitement la ville du Môle St Nicolas occupée par le général Noailles. Le commodore Loring qui était venu bloquer le port de cette ville, apprit aux français Tévacuation du Gap. Par une lettre en dote du 10 Frimaire an 12, (2 Décembre 1803) , il leur proposa de capituler. Le général Noailles lui répondit :

Armée de St-Doiiingue.— Bivtsion de droite du Nor-d.

Au quartier -général du Môle, le iO Frimaire an 12 de la Répu« blique Française , (2 Décembre 1803).

Louis NOAlLLES, Général de brigade ^ au Commodore Lorikg.

Monsieur , J'ai reçu la lettre dont vous m^avez honoré sous la date du 10 Frimaire. Je désire connaître les termes auxquels vous m'offrez de traiter avec vous.

J'ai Thonneur d'être avec la plus haute considération , Monsieur ^ votre très humble et très obéissant serviteur , . ^

Noailles.

Le général Français reçut par une dépèche les propositions du commodore qu'il refusa d'accepter. Il résolut de tenter la fortune en perçant, de nuit , la ligne anglaise, il monta une; frégate et chargea deuxcor^ vettes de toujes les familles blanches. Dans la nuit du 8 au 4 Décembre 1803 il appareilla et gagna la haute mer. Les deux, corvettes furent capturées. A la pointe du jour Neailles découvrit , non loin des côtes de Cuba, un vaisseau Anglais dont il s'empara après un com bat acharné. Il gagna la Havane où il mourut des suites d'une blessure qu il avait reçue pendant l'action. Le 4 Décembre 1803, Pourcely prit possession du Mole qu'il trouva garni d'un matériel de guerre considérable.

Ainsi se termina à la gloire des indigènes cette guerre sangliainfe contre les Français, qui en 22 mois dévora près de 55,000 hommes de troupes européennes. La France perdit sa prépondérance en Amérique. Un immense débouché fut enlevé à son commerce dont les exportations

128 HISTOIRE d'ha1ti.—( 1804)

\ Tavaienl aussi signée se caeli^rent. Le goiivorneur général eût pu lies dcrouvrir cl les laire arrôlôr ; mais il avait jeté le \oile de Toujbfi sur le pas?^é quant à ce qui concernait ceux des indigènes qui lavaient élé cou|V)blf*8 envers la libcrl*^ Le préfet apo.^loliquc Lecun (craignit d'ôlrc immo!é. Il vînt so jeter aux pieds de Desiialines qui ne daifi^na pas le relever. Il se relira humilié et plein de terreur. Les femmes blanches, effrayées do h mort prochaine de leurs éooux, élaient tombées dans le dcs(»spoir ; leur existence à elles n'était pas encore menacée; le peuple et l'armée ne demandaient pas l'extermination des innocens.

Du Porl-aurprince , le gouverneur général se rendit à Léogane. le général Cangé. qui y commandait lui fit un accueil magnifique. Les habilans de ce quartier se plaignirent de lui; ils prétendaient en avoir reçu toutes sorles de mauvais traitemens. Gange, emporté, violent , n'clail pas cependant un m%hant homme. Dessalines leur répondit qu'il le remplacerait, mais (pi'il ne les écouterait plus s'ils. se plaignaient de celui quil leur donnerait. H se résolut à l'envoyer à l'Artibonite , et à le remplacer par le général Yayou qui/ commandait à la Gi^ande Rivi(-*re du Nord , et dont se plaignait beaucoup le général Chrîslojdic. Après avoir traversé le Fond Melon,. il atteignit le Cap Ronge où. vint au devant de lui le général Magloirc Ambroise, commandant de rarrondissemenl de Vacmel. Il se transporta ensuite à Jacmel d'où il alla à B;iynet, en longeant la route des Côles-de-Fer. De là il parvint aux Caves, chef lieu du département du Sud. Ce fut en cette ville qu'il mit à exécution la résolution terrible, sanglante, qu'il avait prise d'exterminer les Français. Cependant le massacre général des blancs des Cajes n'eut pas lieu sous ses yeux. Pendant qu'il y était on ne tua que quelques blancs isolément. GcfTrard obligea, par son énergie et sa grande iNfluence les of(iciers de Télat major du gouverneur a respecter, chez lui , un Français qui enseignait la musique aux jeunes personnes de sa famille. En parlant des Cayes pour J/^Vîmie , Dessalines laissa l'ordre à Geffrard de (aire égorger tous les blancs indistindement et déclara que leurs biens seraient confisqués au profil de l'Etat. C'était en Février. Geffrard ne voulant pas être témoin de ce massacre , en chargea le général Moreau Coco Ilerne, et alla faire une tournée dans l'étendue de son commandement. Le long de sa route, il en sauva plusieurs, et quand il rentra aux Cayes, le sacrilice était consommé.

A Aquin , le général Jean Louis François en prit beaucoup sous sa protection , et leur procura des moyens d'évasion. 11 avait tui-raème affrété une goélette, et l'avait mise à la disposition de douze blancs les plus distingués de la ville. Ces malheureux [s'étaient embarqués ouvertement, et la garde du port, qui eût* pu les arrêter, les avait luissé* passer I d'après les ordres (|u« lui avait doanés Jean-liouî^

auprès de Dessalincs une députalion composée du père Jean Richardo, des capitaines don Domingo Ferez Guerra et José Compas Tabarrès. Les députés oITrirent au général en chef de se soumettre à son autorité. Uessalines les reçut favorablement , leur promit que leur province ne serait pas ravag('îe. Mais il établit sur eux une contribution de 500,000 livres tournois qu'ils furent contraints de payer. Ainsi tout le département de Cibao , quoique Dessalines n'y eut pas envoyé un seul soMat , fit partie du nouvel état. Le commandement en fut conli(3 à José Compas Tabarrès , indigène espagnol, un: des membres de la dcpulation. Mais le général Ferrand sortant do Slo. Domingo ne tardera pas à revenir prendre possession de cette province où Qottera de nouveau le drapeau français.

ETAT des forces envoyées à Saint-Domingue par la France en 1802

el en 1803.

Première expédition ^ à partir de Février 1802, sous LECLERC.

5c., lie , 3e. demi-brigades légères; 22e., 31e, 79e demi-brigades de ligne; 10e. chasseurs à cheval, un détachement d'artillerie, fournissant 6,600 hommes, venus sur Tescadre de Brest, composée de .18 vaisseaux, '9 frégates ou ' corvettes , 3 bâlimehs légers ou de transport, sous les ordres de Tamiral Villaret Joyeuse, ci 6,600

71e. demi-brigade de 900 hommes, venue sur l'escadre de Lorienl, composée d'un vaiSseau de ligne, d'une frégate, de deux corvettes, ci 900

15e, 56e , 68e et 96e de ligne, la légion de la Loire, 19e de dragons, un détachement d'arlillerie, venus sur l'escadre de Rochcforl , sous les ordres du contre amiral Lalouche-Tréville, fournissant 4000 h. ci 4,000

28e , 74e , et un corps d'artillerie , fournissant 4,200 hommes, arrivés sur une frégate, quatre Vaisseaux, une corvette et une Hùle formant l'escadre de Toulon , &0US les ordres de l'amiral Gauthcaume, ci 4,200

19e de ligne, .un bataillon allemand, 10e de dragons, fonrnissant 2,400 hommes, sur l'escadre de Cadix composée de trois vaisseaux de ligne et de trois frégates, sous les ordres de Tamiral Linois, ci. 2,400

98e de ligne de 1,400 hommes sur l'escadre du Havre de quatre frégates, ci.- 1,400

7e de ligne et une compagnie d^artillerie , fournissant 1,500 hommes sur Tescadre hollandaise , sous les ordres du contre amiral Hartzinch , ci. 1,500

108 msToiTtE tfnAïTr.— (180S)

Art. 8. Les domestiques des officiers seront considérés comme appartenant k l'armée j et les individus qui se sont volontairement embarqués pour suivre l'armée française seront mis à terre sur le lerrîloirc de Slo. Domingo.

Réponse: Accepté.

Agréé et signé à bord de la Surveillante^ au Cap Français, le^O PJovembre 1803.

Signé : i. Blich , capitaine du vaisseau le Theseus de S. M. H. Babrë, capitaine de vaisseau, J. BovÉ, général de brigade ^ et chef de V étal-major.

Aussitôt après la signature du traité, les Français appareillèrent. Dés qu'ils sortirent de la rade, ils déchargèrent leurs canons, et furent pi i^ par les Anglais , après avoir vainement tenté de les éviter. Ils lurent conduits à la Jamaïque. Rochambeau fut envoyé en Angleterre où il demeura jusqu'en iSil. Alors Napoléon l'échan-* gea contre des prisonniers anglais. Il périt* à la bataille de Leipsick en 1813.

Dc<^salincs , par la prise du Gap, se couronna d'une grande gloire. Les indigènes , exaltés par l'ivresse du triomphe, le plaçaient au dessus des plus grands capitaines. Il avait trouvé dans la bouche mé« me de Rochambeau la gloriGcation de sa bravoure audacieuse. Dans cûtle grande batalHe , il avait déployé du génie et une audace prodigieuse; et après la victoire, il se conduisit avec dignité dans sesre- )<Uions avec le commodore Loring. Mais Ja gloire 'qu'il s'était acquise dans ces mémorables journées eût été pure , s'il ne l'avait pas ternie, en méprisnnl les promesses solennelles qu'il avait faites augéuéf rai Lapoype de donner toutes sortes de soins aux malades.

Trois jours ne s'étaient pas écoulés depuis l'évacuation , qu'il prétendit que les Français, laissés daqs hs hôpitaux , étaient à charge à l'Etat. On leur annonça leur départ pour France.

Des soldats les conduisirent sur le rivage de la mer; le ciel était étincelant d'étoiles ; le Cap était plongé dans le sommeil. Ils furent embarqués dans de grandes chaloupes qui ne s'arrêtèrent que dans le canal de la Tortue. Ils furent tués à coups de baïonnettes , et leurs cadavres disparurent sous les flots. Ils étaient eo*» \iron au nombre de 800. Les passions politiques qui animaient alors les indigènes étaient telles , que ce grand crime n'excita pas une vive indignation. Les colons, les capitaines-généraux lleclerc et Ro<'hiimbeau avaient exercé tant de cruautés sur les indigènes , que ceux-ci se faisaient, pour ainsi diie, une vertu de rendre aux français crime pour crime. Ils étaient devenus aussi féroces que leurs, persécuteurs. Peutrou s'étonner des vengeances exertîées par celui que l'esclavage a rendu cruel ? Mais quant au général Ro« cliambeau , il appartenait à un peuple vieilli dans la «ivilisalion.

HISTOIRE d'haiti.-«-(1803) IOS

Il n'a pas existé un barbare qui Tail surpassé en férocilé ; aucun n'inventa de plus aiïreux supplices. Mr. Bignon , dans son histoire de France, page 444 , dit: c Cependant l'histoire doit son c tribut à la sévérité de la justice : elle nommera donc comme « coupables des plus odieuses exécutions, parmi les blancs, et par « suite des préjugés des blancs, RochambeaUf etc.»

Pendant cet intervalle, le colonel Pourcely , i la tète d'un bataillon de la 9e et de nombreuses bandes de cultivateurs de Jean Rabel et de Bombarde, cernait étroitement la ville du Môle St Nicolas occupée par le général Noailles. Le commodore Loring qui était vena bloquer le port de cette ville, apprit. aux français îévacuation du Gap. Par une lettre en date du 10 Frimaire an 12, (2 Décembre 1803), il leur proposa de capituler. Le général Noailles lui répondit :

ÂRHÈE DE St-D0BIIN6UE. — BiVISION DE DROITE DU NottD.

Au quartier -général du Môle, le dO Frimaire an 12 de la Répu« blique Française , (2 Décembre 1803).

Louis NOâILLES , Général de brigade^ au. Commodore Lorikg.

Monsieur ,

J'ai reçu la lettre dont vous m'avez honoré sous la date du 10 Frimaire. Je désire connaître les termes auxquels vous ra'oflrez de traiter avec vous.

J'ai Thonneur d'être avec la plus haute considération , Monsieur , votre très humble et très obéissant serviteur , . ^

MOAILLES.

Le général français reçut par une dépêche les propositions du commodore qu'il refusa d'accepter. 11 résolut de tenter la fortune en perçant, de nuit, la ligne anglaise. H monta une; frégate et chargea deux corvettes de toutes les familles blanches. Dans la nuit du 8 au 4 Décembre 1803 il appareilla et gagna la haute mer. Les deux corvettes furent capturées. A la pointe du jour Neailles découvrit , non loin des côtes de Cuba, un vaisseau Anglais dont il s'empara après un com bat acharné. 11 gagna la Havane où il mourut des suites d'une blessure qu il avait reçue pendant l'action. Le 4 Décembre 1803, Pourcely prit possession du Môle qu'il trouva garni d'un matériel de guerre considérable.

Ainsi se termina à la gloire des iedigènes cette guerre sangliante contre les Français, qui en 22 mois dévora près de 55,000 hommes de troupes européennes. La France perdit sa prépondérance en Amérique. Un immense débouché fut enlevé à son commerce dont les exportations

J04 tîISTOiRE D^HAITI.— (1803)

s'élevaient au-delà de cent raillions de francs. St. Donoîngue seul réunissait tous Us élémens de prospérité du commerce maritime delà France. La navigation de cette colonie employait 20,000 marins et plus de seize cents navires marchands.

Tous les points de l'ancienne partie française avaient été abandonnt^s des troupes européennes ; fiodépondaBce du pays était etitiùroment conquise. On songea tout de suite à donner un nouveau nom à cette terre qui formait un nouvel Etat. Le nom d'^Haïtt rappelant les aborigènes de llle qui s'étaient fait exterminer on défendant leur liberté, sortit de toutes les bouches. Il fut accueilli avec enlhousiasme, et les indigènes s'appelèrent HulienSi

En 1804 et en 1805, on a beaucoup reproché, m Europe, au général Itocliambeau , de n'avoir pas évacué le Cap sur Slo. Domingo, 'avant l'arrivée de Dessalines. C'était chose impossible. Les cinq mille hommes de troupes qu'il avait encore sous ses ordres, suivis de nom-, breu\ malades, des familles blanches, de Tarlillerie de campagne, des archives des greffes .et des administrations militaires auraient péri sous les coups des indigènes. Le gouvernement Français le blâma d'av.oir traité avec Dessalines. Il n'était pas permis à Rochambeau d'agir autrement. Il n'avait de provisions que peur vingt-huit jours; il lui était impossible de forcer la ligne Anglaise pour atteindre 1 lie de Cuba; car Tescadre de S. M. B. était Jorte de on^e vaisseaux, et lui n'en avait que quatre. 11 aima mieux livrer la place à Dessalines qu'aux Anglais , craignant que ceux ci ne voulussent pas la remettre aux indigènes après en avoir 'pris possession. Il sentait que les Anglais, maîtres de celte position, nuiraient considérablement au commerce français ; et il croyait qu'il serait toujours facile, à l'avenir , de la reprendre sur les indépendans.

On le blâma ausvsi de n'avoir pas supporté trois assauts. Rocham* beau qui avait comparé, après la premièie journée, la faiblesse de' ses moyens de résistance â la puissance de Dessalines, craignait avec raison que la ville, au second assaut , ne fut enlevée et saccagée. En capitulant il sauva les débris de l'armée Française , et une foule de familles blanches qui n'auraient pas été sacrifiées plus tard si elles avaient voulu abandonner leurs propriétés pour le suivre.

Les Français avaient encore trois mille hommes dispersés dans l'ancienne partie espagnole. Dès que le général de brigade Ferrand qui commandait â Monte Christ apprit la chute du Cap, il trahit la confiance des habitans du dépariemont de Cibao , en abandonnant celte vaste province , et en se retirant à Slo. Domingo , après avoir détruit toutes] les rouaitions qu'il ne pouvait pas emporter. Ne se sentant pas capable de résister , à St. Yague , à l'armée indigène qui pouvait venir l'y attaquer, il avait cherché un refuge dans les murs de Sto. Domingo où commandait le général Kerverseau. Les Espagnols du Cibao redoutant les vengeaaces des indigènes , envoyèrent

auprès de Dessalines unô députalion composée du père Jean Richardo, des capitaines don Domingo Ferez Guerra et José Compas Tabarrès. Les députés ofTrirent au général en chef de se soumettre à son autorité. Dessalines les reçut favorablement , leur promit que leur province ne serait pas ravagiîe. Mais il établit sur eux une contribution de 500,000 livres tournois qu'ils furent contraints de payer. Ainsi tout le département de Cibao , quaique Dessalines n'y out pas envoyé un seul sol lat , lit partie du nouvel état. Le commandement en fut confi(3 à José Compas Tabarrès , indigène espagnol, un< des membres de la députalion. Mais le général Ferland sortant de Sto. Domingo ne tardera pas à revenir prendre possession de cette province où flottera de nouveau le drapeau français.

ETAT des forces envoyées à Saint-Domingue par la France en 1802

el en 1803.

Première expédition, à partir de Février 1802, sous LECLERC.

5e., lie , 3e. demi-brigades légères; 22e., 31e, 79e demi-brigades de ligne ; lUo. chasseurs à cheval , un détachement d'artillerie, fournissant 6,600 hommes, venus sur l'escadre de Brest, composée de .18 vaisseaux, '9 frégates ou ' corvettes , 3 bâlimehs légers ou de transport, sous les ordres de Tamiral Villaret Joyeuse , ci 6,600

71e. demi-brigade de 900 hommes, venue sur l'escadre de Lorienl, composée d'un vaiSseau de ligne, d'une frégate , de deux corvettes , ci 900

156, 56e, 68e et 96e de ligne, la légion de la Loire, 19ft de dragons, un détachement d'arlillerie, \enus sur l'escadre de Rochoforl , sous les ordres du contre amiral Lalouche-Tréville, fournissant 4000 h. ci 4,000

28e , 74e , et un corps d'artillerie , fournissant 4,200 hommes, arrivés sur une frégate, quatre Vaisseaux, une corvette et une llùle formant l'escadre de Toulon , 60US les ordres de l'amiral Gautheaume, ci 4,200

19e de ligne, ,un bataillon allemand, 10e de dragons, fournissant 2,400 hommes, sur l'escadre de Cadix composée de trois vaisseaux de ligne et de trois frégates, sous les ordres de l'amiral Linois, ci. 2,400

98e de ligne de 1,400 hommes sur l'escadre du Havre de quatre frégates, ci.* 1,400

7e de hgne et une compagnie d'artillerie, fournissant 1,500 hommes sur Tescadre hollandaise , sous les ordres du contre amiral Hartzinch , ci. 1,500

IH HîsToir.E d'haiti.— (1804)

que le géniç qui veille à Us destins me dictera pour ton bofitieur, tu mériterais fo sort des peuples ingrats. Mais loin de moi cette affreuse idée; tu seras le souiien de la liberté que tu chéris et Tappui du chef qui te commande. Prête donc entre mes mains le serment de vivre libre et indt'^pendant , et de préférer"; la mort à tout ce qui tendrait à te remctire sous le joug. Jure^enfin de poursuivre à jamais les traîtres «et* les ennemis de ton indépendance. - Fait eu quartier général des Gonaîves, le premier Janvier mil -huit* ^nt quatre, Tan ier de l'indépendance.

(Signé) J. J. DESSALINES.

Eloisrond Tonnère lut ensuit(i T^cte de Tlndépendance.

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