ARMÉE INDIGÈNE
Aujourd'hui, 1" Janvier 1ti04, le Général en Chef de Farmée {ndigône, accempagné des généraux deTarmée, convoqués à Tefleide prendre les mesures qui doivent tendre au boniieur du pa^s ;
Apres avoir fait connaître aux généraux assemblés ses véritables intérêts, d'assurer à jamais aux indigènes d'Hayli , un gouverne* ment stable , objet de sa plus vive sollicitude ; ce qu*il a fait par lin discours qiii tend à faire connaître aux puissances étrangères, la résolution de rendre le pays indépendant, et de jouir d'une li* berté consacrée par le sang du peuple de cette 11^ ; et aprè^ avoir recueilli les avis, a demandé que chacun des généraux assemblés prononçât le serment cle renoncer à jamais à la France , de mourir plutùt que vivre sous sa domination , et de combattre jusqu'au dernier soupir pour I Indépendance.
Les généraux , pénétrés de ces principes sacrés , après avoir don* Dé d'une vqix unanime leur adhésion au projet bien manifesté d'In?dépendance, ont tous juré à la postérité , à TUnivers, de renoncer à jamais à la France, et de o^ourir plutôt que de vivre sous sa domination.
Fait aux Gonaïves, ce l'Wanvier 1804 et le 1"* de l'Indépendance d'Hayti/
Signé: Dessalines, général en chef; Christophe, Pétion , Cleryau](, Geffrard, Vernet , Gabart , généraux de division] P. Romain, E. Gérin , F. Gapoix,Daut, J. L. François, Férou, Cangé, L. Bazelais, Magloire, A'^broisc, J. J. Herne , Toussaint Brave,' Yayou, généraux deJ^rigade; Bonnet, F. Papalier, Morrelly , Chevalier , Marion , qdjudansrgénéraux ; Magny , Roux, çhe^ê de brigade ; Chareron , B. Loî*et , Quene , Makajoux , Dupui, Carbonne, Diaquoi atné, Raphaël, Malet , Dereaoncourt, êffieiers de l'armée \ il Boisrond Tonale , $ecrHair$.
HISTOIRE, d'iiaiti.— (1804) 1 19
pessalines cria vive Tlndépendance ; ei aussitôt des «lîves d*artlK I«rie, des élancomens d'enthousiasme remplirent la ville. Dossalincs^ entouré des généraux deTÉiat d'Haïti , Tut proclamé le premier citoyen «i^'un peuple libre. Toute la population l'accompagna au palais aa« lionah
Là, les généraux lui conférèrent le titre de Gouverneur Général, $upérieur , en leur esprit , à celui de Général en Chef, parce que Toussaint l'avait pris, .après avoir publié sa constitution calooiaie. * Chacun parut alors avoir oublié que ce titre ne convenait pas au c>>ef d'un peuple indépendant, car l'idée d^in gouverneur estasseeiée à celle d'une autorité plus relevée , ou d'une métropole. Pensa-t- on que celte autorité supérieur^ était la natîon que Dessalines était chargé de gouverner ?
Les généraux dressèrent et signèrent Facte suivant :
Au NOM DU PEUPLE d'hAYTI.
Nous généraux et chefs des armées de File d'ttayti, pénétrés de reconnaissance des bienfaits que nous avons éprouvés du général en chef Jean Jacques Dessalines , le protecteur de la liberté dont jouit le peuple; au nom de la liberté, au nom de Tindépendance , au nom du peuple qu il a rendu ht^ureux , nous le proclamons gouver* neur-général a viedelile d'Hayli ; nous jurons d'obéir aveuglement aux lois émanéea de son autorité , la seule que nous reconnaîtrons ; nous lui d(jnnons le droit de faire la paix , la guerre , de nommer ion successeur.
Fait au quartier général des Gonaives le r*" Janvier 10S4, Vjour de r indépendance.
Signé: Gabart, P. Romain, J. J. Herne, C^poix, Christoplie^ Geffrard, E. Gérin , Vernet , Pétion , Glervaux , J. L. François , Cangé, Pérou, Yayou, Toussaint Bi^ave» Magtoire Ambroise » L. Bâzelais.
Le reste de la journée s'écoula en réjouFssances , et Itsdétenmifrona de l'artillerie éclatèrent de minute en minute. L'Haïtien semblait croire que les échos de ses joies patriotiques traversaient l'AtlantU que et se répétaient dans l'ancien monde.
Dessalines fît publier dans tout l'Etat d'Haïti Facté de l'indépenr dance» sa proelamatien au peuple qu'avait rédigée . Boisrond Tonnère, et sa nomination » la dignité do Gouverneur Général. D% tootes parts , il y eut des fêtes magnifiques.
Dans la soirée du premier Janvier 1804, il fut q[uestion parmi; lesî généraux réunis au palais du gouvernement , du massacre général d« blancs qae cem mandait pour ainsi dire la proclamation lue sur
119 HlgTOIRE y'iïAITI.— (1804)
9% de rindépencbnce* Télémaque, après avoir passé la c#rd« au cou du Français 9 se soniit faillir au moment de. Texicution. H déclara presque évanoui qu'il aimerait mieux périr que da commettre un crime. Dessalines , paraissant le prendre en pitié , le chassa de sa présence tout en ordonnant de ne lui faire aucuA mal. Il livra le blanc à des sold;its de la ^c. qyi le sabrèrent. Il fit ensuite venir devant lui un vieillard , noir , nommé Dessalines , qui , dans l'ancien régime, avait été son second raattre, et dont il avait pris le nom. Il lui annonça qu'il le créait son grand mattre-d'hôtel.
Au Port- de- Paix , le général Capoix , d'après les ordres qu'il avait reçus , fit arrêter les Français de sa ville. Il n'y en avait qu'une <|uinzaine ; il en sauva cinq qui étaient de bons artisans et fit massacrer le reste. Au Fort-Liberté, au Mêle St. Micolas , sur tous les autres points du Nord, regorgement fut général. - Enfin le grand sacrifice était aonsommé ; les Français avaient dis^ paru du sol d'Haïti.
Les massaeres avaient duré des premiers jours de Février nu 92 Avril. Pessatines disait : Si je meurs actuellement , je descendrai heureux dans la tombe; nous avons vengé nos frères, et toutes les poptilations éteintes clans la servitude ; Haïti est devenue un point Vouge sur la surface du globe, que le Français n'a« bordera jamais.
Le$ femarres blanches respiraient encore , êtres innocents, inoffensifSf'dontIa mert n'avait été demandée par personne, mÊme pendant qu'en massacrait leurs époux avec le plus de fureur. Mais le sang attire le sang. Des infâmes, des hommes [auxquels il ne restait plus aucun sentiment d^ pitié , excités par des passions brutaie«, pmbitieux df s'enrichir encore par l'assassinat, s'approchèrent de Bessalines, qui nu songeait pas immoler ces infortunies. Célail le lendemain du massacre des blancs. Ils lui dirent que les blanches étaient des brigandes qui maudissaient les victoires des Haïtiens; qu'elles regrettaient le règne de leurs époux ; qu'on ne pouvait les laisser dans le pajs; qu'elles auraient des (ils avec les Haïtiens;
Sue ceux-ci auraient \^ douleup de voir grandir leurs enfans dans es idées françaises, et qu'en moins de vingt ans, ils auraient une nouvelle génératioq de traîtres à exterminer.
Ce conseil fit d'abard horreur à Dessalines; il répondit à ceux qui le lui donnaient qu'il vaudrait mieux que les blanches fussent conservées! qu'elles s'établiraient avec les noirs et hommes de cou-* leur, qu'elles en auraient des sang?mèlés, des Haïtiens enfin. Mais il fut tellement ei^cité à ce grand crime qu'il y consentit tout eu fiéclarant que cette fois il n'ien sentait pas la nécessité.
Au Çap , beaucoup de ces malheureuses furent entraînées hors de U viil«« P9t scélérats promirent Ist vie à toutes celles qui voudraient
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se livrer à eux. Plusieurs, peur sauver leurs jours, firent le sacrifice de leur honneur. Elles n'en furent pas moins poignardées par ceux qui avaient assouvi sur elles leurs infâmes passions. EnGa Christophe les fit réunir toutes en «n grand convoi, et ordonna de les conduire à la Fossette où elles devaient être exécutées. On les plaça entre deux haies dt soldats de la 4e. La musique militaire, exécutant les airs patriotiques de la France , la Marseillaise, le Chant du Départ, ouvrait cette lugubre marche. Les soldats avaient la tite baissée; leur physionomie exprimait la honte et la douleur; ces cris de joie qui retentissaient partout , pendant qu'en égorgeait les blancs , ne se faisaient pas entendre. Quand le convoi atteignit ia rue Espagnole , une femme blanche qu'on n'avait pas arrêtée à cause de son giand âge et qui se tenait renfermée depuis plusieurs années , demanda ce qu'annonçait cette musique. On lui répon* dit qu'on allait égorger les blanches. Elle se leva , se saisit de sa béquille et vint se mêler à la foule en disant : puisqu'on égorge les femmes, je veux mourir moi aussi. Elle marcha à la mort avec une assurance surnaturelle.
Quand on arriva aii lieu de Texécution , il régna un morne silence jusqu'à ce qu'on eut ordonné de commencer le massacre. Au dire des vieillards qui ont assisté à celte herribie scène , elles étaient belles la plupart, quoique plongées dans le désespoir. Elles se pros« ternèrent aux pieds des soldats', embrassèrent leurs genoux , et leur présentèrent lenrs petites filles à la mamelle. Elles étaient tout en pleurs. Nos grenadiers reculèrent. Grâce! grâce! fut le seul cri qui sortit de leurs rangs. Les officiers, émus jusqu'aux larmes, commandaient faibUment Téxéculion. Le soldat s approchait ; mais il reculait encore, ne se sentant pas la force de plonger sa baïonnette dans le sein de ces infortunées. ^ Le général Clervaux entendant ces cris de grâce, apparut*tout<ii coupa cheval , au milieu des rangs. «Quoi, dit il aux soldats! vous reculez devant ce dernier sacrifice! Elles portent dans leurs seins d'autres 'Français qui respirent encore au milieu de nous. » Aussitôt il arrache, des bras d'une femme, une enfant à la mamelle et lui brise le crâne contre untasdegros« ses pierres. Les soldats furent contraints d'achever le plus affreux carnage qu'il avait commencé , foulant aux pieds de son cheval et sabrant des créatures dignes d'un sert moins horrible.
Clervaux si brave dans les combats, comcaent pul-il ternir sa gloire par tant de barbarie? Le fanatisme de la liberté pourrait il l'ex^ cuset*? Non ! Le massacre des femmes fut un crime inutile, auquel
* Cette scène s'est passée t«lle que je la raconta. Les soldats attendris la phipaU , disaient à leurs officiers qu'ils ne^se sentaient pas la force de porteri la main sur ces malheureuse ; puisqu'il n'y avait plus moyen de les sauver , qu'ils aimeraient mieux se placer à une grande distance et tirer sur •lies. * ■
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poussèrent Its liommes los plni férocés de l'époque. Avant cette circonslance, le général Glervaux ne s'était jamais fait remarquer par d«s actas de eruaulé. Au contraire on citait de lui beaucoup d'actes d humanité exereés envers dos noirs, des hommes de couleur et des/ blancs. Il élait en 1804 exaspéré contra les Français qui, sous Leclerc, avaient fait périr presque tous ses parens, antre au* tras Jacques Glervaux , son fràre. Noits avpns également flétri les hommes qui ont ensanglanté Ja domination française , en égorgeant des enfans noirs et jaunes, des innocants. Plus un homme occupant une position sociale est éelairé, plus il doit surveiller ses démarches dans les effervescences révolutionnaires, et savoir sa contenir après la victoire, quand il n'y a plus autour de lui que des ennemis vaincus et désarmés, surtout des temmes et des enfans.
L'ardre fut envoyé de toutes parts d'cxccutar les blanches.
L humanité das citoyens du Port de*Paix éclata énergiquement an celte circonstance. Ils sauvèrent beaucoup de femmes et d'enfansen bravant la fureur de quelques hommes cruels. Le capitaine Alin da la 9e. eut lecourage d'en embarquer publiquement une vingtaine sur des navires américains qui partaient pour le continent.
Au Port-au Prince,, le colonel Germain Frère les poursuivit avea le dernier acharnement. Elles se réfugièrent la plupart dans les ap. partemens de la maison Dalton, sous la protection du général Pétion. Mais celui ci ne put résister a Topiniàtreté de Germain Frère qui, pour prendre leurs t^Jes, mettait sans eesse en avant la nom de i
Dessalines. Il en sauva néanmoins quelques unes entra autres Ma* |
dame Campan, créole iTune rare beauté, qu'il éloigna aussitôt de sa demeure pour que la ealomtiie ne l'accusât pas d'avoir mis un prix '
à celle action. Elles furent jetées dans da grandes chaloupes, et noyées à la pointe du Lamentin, i une lieue de la ville. Des femmes noires et de couleur avaient arraché è Germain Frère plusieurs petites blaixhps l<s( unes à la mamelle, d'autres de quatre ou cinq ans, en ceniliant, par serment, au péril de leurs jours, que ces innocentes étaient des sang-inêlées. Si un faux témoignage peut être pardonné, c'eait "dans une telle circonstance.
On pubir^a aux Caves que les femmes blanches seraient embarquées , pour être ensuite déportées. Elles se transportèrent en grand nombre , avec ce qu'ailes avaient de plus précieux , chez Monsieur Carter, négociant américain, heureuses de fuir una terre qui avait dévoré leurs époux. Dans la soirée elles furent 4
conduites à bord d'un britk américain mouillé dans la rada. Vers le milieu de la nuit , on les fit passer dans de grandes chaloupes et on les amena au Gluteaudain, mouillage peu éloigné de l'embouchure de la rivière Renaud. Des matelots, sous les ordres de Bégon, de Aoua et du capitaine Tartre , les lièrent dos à dos, leur attachèrent aux pieds de grosses pierres et les plongèrent au foad de
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la mer. Pendant les jours qui suivirent et tle exécution on Qt des ^'siles domiciliaires dans de nombreuses maisons pour arrêter celles qui s'étaient cachées. Le chef d'escadron Voltaire, aide-dt-camp du général GcfTrard , arracha à la mort madame Renaud , femm^ remarquable sous tous les rapports ; plusieurs autres citoyens et madame Laurence Macintosh en sauvèrent quelques unes.
Au Fort Liberté, aux Gonaïves, à St-Marc, au Mirebalais, à Jscmel, aux Cayes, à Jérémie, partout enfin, des rivages à la cime des plus hautes montagnes , elles furent immolées. Quand le général Pérou avait reçu, à Jérémie, Tordre de les faire exécuter*, il était tombé dans une profonde consternation. Il garda l'ordre .sur lui pendant deux jouis, sans en donner connaissance à aucune des autorités. Enfin il le communiqua à Théodat Trichet, à Bergerac Tricliet et à Thomas Durocher ses conseillers intimes. Ces quatre hommes réunis fondirent en larmes. Mais il fallait ou exécuter Tordre, ou se mettre en état de révolte contre le gouverneur*gcnéral. Tout en prenant la résolution de Texécuter, ils se déterminèrr.nt à sauver la plus grande partie de ces malheureuses. Férou appela Gaspard, le commandant du port, et Texhorta à embarquer , pendant la nuit qui devait suivre, joutant de femmes blanches que ses deux goélettes pourraient en recevoir. Gaspard exécuta ces instructions, tt le lendemain le massacre corn*, mença. Thomas Durocher, de son côté, en cacha beaucoup. Gaspard appareilla pour Tlle de Cube, où, à son arrivée, il les débarqua saines et sauves. Il revint à Jérémie , reçut encore à son bord celles qui avaient été cachées*, fit un autre voyage à Cube et les y déposa le long de la côte.
Aussitôt après le massacre des blanches du Ca|i, Dessalines avait fait arrêter Petit Noël Prière et les autres anciens du fs de congés qui lui avaient fait leur soumission, comme nous Tavons vu. Il leur fit enlever tout ce qu ils avaient pris sur les blancs pendant le massacre , et les fit cc^duire à Marchand où ils furent exécutés quelque temps aprée.
L'exécution des femmes blanches répandit tant dans nos villes que dans nos campagnes une sombre douleur. Les haïtiens gémirent la plupart sur ce sacrifice inutile. Ils en jetèreat tout Todieux sur Dessalines qui cependant en était moins coupable que son entourage, car il avait dit maintes fois qu'il n'ea sentait pas la nécessité. Comme chef d Etat , il eût du s y opposer ; mais il y fut entraîné par des hommes en lesquels il oietlait sa eonfiance , qui lui persuadèrent que la nation demandait avec opiniâtreté ce dernier sacrifice; on le détermina surtout à y consentir parce quon le conirainquit que ce massacre consoliderait à (out jamais Tindépondanca 4u pays , en mettant un océan de sang entre Haïti et la France , et ferait perdre à Taneienne métropole tout espoir do traiter avec PQils. £t pour consolider Tindépendance d'Haïti^ Dossalines n'et^i
r«cu1é devant aucun du moyens que lui suggéraient ses convictions. Les hommes de Tépoque qui J'ont poussé au massacre des -femmes n'éprouvèrent de diflicultés que pour le convaincre; ils sont les premiers coupables. Dessalines avait quelques bons instincts; si on les cet dirigés avec sollicitude, il eut commis moins de fautes. Les conseils lui étaient surtout nécessaires depuis Tévacuation des Français, car il n'était qu'homme de guerre. Quand il fse trouvait à lérémie, il avait élé enchanté de deux actrices blanches qui au théâtre Tavaient beaucoup fait rire. Il était parti de cette ville, animé de bonnes dispositions envers les blanches. Si Tidée d'exterminer ces malheureuses ne lui avait pas été suggérée plus tard, pourquoi eût-il laissé un intervalle estre leur égorgemenl et celui des blancs. Néanmoins c^mme il n*a pas opposé une résistance in« vincible à ces atroces suggestions, l'histoire ne peut le justifier.
Le massacre général des Français après l'évacuation de Rochambeau est un acte qu'on a presque partout condamné. Ces terribles mesures font horreur à l'humanité. Comme la violence de nos passions politiques ne permettait pins aux blancs de demeurer parmi nous, on eût dû les déporter; car si, en grand nombre, ils n'ont pas suivi les débris île l'armée française, c'est que nous leur avions promis, par. des act^ oiïjciels , sécurité et protcctién. Mais ce n'est pas une raison pour que l'on jette sans cesse malédiction sur nous. Tous les peuples dans les effervescences révolutionnaires ont eu ces affreux momens d'égarement sur lesquels Ton gémit , et que l'on s'efforce de ne pas renouveler. La Sicile a eu ses vêpres siciliennes, l'Espagne ses auto-da-fé, l'Angleterre, ainsi que l'Altenfiagnc, ses guerres de religion , la France ses massacres de la Si. Barthélémy , ses journées de Septembre. Les crimes commis sur no» pères par les colons , plus tard par Lecicrc et Rochambeaii , sont bien supérieurs en raffinement de cruauté à tout ce qui a été (ait chez nous en 1804. La France doit elle être à cause de ces crimes un objet éternel d'horreur? Du reste l'homme civilisé , se vantant d'être à la tête des progrès de Tesprit humain , asservissant son semblable, mû par uu sordide intérêt , n est-il pas plus coupable que l'homme aux qualités natives qu'un esclavage abrutissant a rendu cruel î
Les Haïtiens, portant encore les marques des tortures que les blancs leur avaient fait souffrir , ne purent , sous l'influence de quelques incitations, contenir leur fureur. Les uns demandaient aux btanes un iils, une sœur, d'autres une mère, un i)ère , de nombreux amis. Il fallait que la nation fût dévorée d'une soif bien ardente de vengeance, pour que tout un peuple doux, ha* main, hospitalier, se résolût à celte cruelle mesure, si contraire à ses instincts. Quant à la politique, on pensait alors qu'elle eommandait isapérieusement ce sanglant sacrijfice. La France était toute
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puissanU ; elle menaçait Haïti d*nne nouvelle expédition. On craignait en déportant les blancs qu'ils ne revinssent dans le pays, les armes à la main, guidant les armées de l'ancienne métropole. Si des historiens Français sévèrement attachés à la nationalité de leur patrie, aujourd'hui jouant un rôle honorable dans leur pajs , ont pu considérer les massacres de Septembre, i(ui font frémir l^iumanité, comme nécessaires au salut public, ae doii-on pas, à plus forte raison, jeter le voile de Toubli sur les massacres de 1804, commis par uu peuple alors presque barbare, qui avait été maintenM , pendant près de trois siècles, en une servitude, non seulem^^nt physique mais encore morale et întellectueHe.
On a vu les Haïtiens des deux couleurs, noirs et jaunes, demander en grand nombre , Texterminatien des blancs , et se livrer à de vives joies pendant gu'on les massacrait. Mais ceux que les passions politiques n'égaraient pas, virent avec inquiétude le peuple lancé dans les voies du sang ; ils craignirent que le gouvernement ne pût arrêter cet élan. D uue autre part ce projet du gouverneur général , de faire abandennner les villes du littoral , paraissait à beaucoup de généraux éclairés , à Christophe, Pélion , Geflrard, coatraire aux pro- Srès d'un jeune peuple. Dès lors deux partis commencèrent à se essiner : les ultra-révolutionnaires et les modérés. Ces derniers, ayant vu s'évanouir les dangers de la patrie , désiraient un gouvernement doux , intelligent et même constitutionnel, de fréquentes relations avec les étrangers, Anglais, Allemands, Danois, Suédois, Américains; les premiers , zélés partisans du système de Dessalines, désiraient au contraire , que la population vécut au sein des montagnes, afin, disaient-ils, que la corruption européenne ne pût l'atteindre.
Cependant la proclamation qui annonça à la nation l'extermination générale dos Fr^inçais que presque chaque bras avait exécutée, fut accueillie avec enlhoMsiasnie par les Haïtiens, modérés et ultra- révolutionnaires. ^ Le nombre des viclimos, hommes, femmes et enfaus s'élevait à trois mille environ.
Liberté , ^ ou la Mort.
J. DESSALINES, Gouverneur Général.
AUX IIABITANS d'haÏTI.
Des fertaits jusqu'alors inouïs faisaient frémir la nature; la mesure était à son comble .' .
* Cette proclamation fut publiée an Cap, pendant qn'on achevait dans le Sud le massucre dus femmes blanches vers les extrémités de ce département.
Enfin riieure de la vengeance a sonné , et les implacables enne* mis des droits de l'homme ont subi le châtiment dû à leurs -crimes.
J'ai Ie%é mon bras trop, longtemps retenu sur leuis tôtes coupables. A ce signal qu'un dieu juste a provoqué, vos mains saintiment armées ont porté la haehe sur Tarbre antique de l'esclavage et des prc'jugés. En vain le temps et surtout la politique infernale des Européens, l'avaient environné d'un triple airain; vous avez dépouillé son armure, vous l'avez placée sur votre cœur pour devenir comme vos en,nemis naturels, eruels, impitoyables. Tel qu'un torrent débordé qui gronde, arrache, entraîne, votre fougue vengeresse a tout emporté dans son cours impétueux. Ainsi périsse tout tyran de l'innocence, tout oppresseur du genre humain.
Quoi donc! ceurlé^ depuis deux siècles sous un joug de fer, jouet des passions des hommes, de leurs injustices et des caprices du sort; victimss mutilés de la cupidité des blancs français, après avoir engraissé de nos sueurs ces sangsues insatiables , avec une patience et une résignation sans exemple, nous aurions encore vu cette horde sacrilège attenter k notre destruction, sans distinc* tien de sexe ni d'âge; et nous hommes sans énergie , sans vertu , sans délieatesse, nous n'aurions pas plongé dans leur sein nos bras désespérés? Quel est ce vil Haïtien, si peu digne de sa régénération, qui ne croit point avoir accompli les décrets éternels en exterminant ces tigres altérés de sang? S'il en est un (|u'il sMoignc, la nature indignée le repousse de notre sein. Qu'il aille ca* cher sa honte loin de ces lieux : l'air qu'on y respire n est pa^ fait pour ses organes grossiers: c'est l'air pur de la liberté auguste et triomphante.
Oui , nous avoifs rendu à ces vrais cannibales , guerre potir guerre, crimes pour crimes, outrages pour outrages. Oui, j'ai sauvé mon pays, j'ai vengé l'Amérique. Mon orgueil et ma gloire sont dans l'aveu que j'en fais à la face des mortels et des dieux. Qu'importe le jugement que prononceront sur moi leb rares contemporaines et futures? J'ai fait mon devoir; ma propre estime me reste; il me suflit. Mais que dis-*je? La conservation de mes mulheureux frères , le témoignage de ma conscience , ne sont pas ma seule récompense; j'ai \u deux classes d'hommes nés pour s'aimer, s'entrc-aider , se secourir, mêlées enfin et confondues ensemble, courir* à la vengeance, se disputer l'honneur des premiers coups. Noirs el jiunes', que la duplicité laffmée des européens a cherché si longtemps à diviser , vous qui ne faites aujourd'hui qu'un seul tout, i|u'une seule famille; n'en doutez pas, votrepar* fuite réconciliation avait besoin d'être scellée du sang de nos bourreaux. Mêmes calamités ont pesé sur vos têtes proscrites , même ardeur à frapper vos ennemis vous a signales, même sort vous est rê^iervé, nomes intérêts doiveot donc vous rendre à jamais Uois, indivisi*
BISTOIHE D^HAITI. — (1804) I4S
bles et inséparables. Maintenez votre précieuse concorde, cette heureuse harmonie parmi vous; c*est le gage de votre bonheur, de votre saiut^ de vos succès: c'est le secret d'être invincibles.
Faut-il , pour resserrer ces nœuds vous retracer le cours des atrocités commises «ontre noire espèce : le massacre de la population entière de celle Ile, médilé . dans le silence et' le sang-froid du cabinet; rexécutien de cet affreux projet, à moi proposé, sans pudeur, et déjà entamé par les Français avec ce front calme et serein, accoutumé à de pareils forfaits ; la Guadeloupe saccagée et dciruile; ses ruines encore fumâtes du sang des enfans, des femmes et des vieillards passés au fil de Tcpée ; Pelage lui-même, victime de leur astuce après avoir lâchement trahi son pays et ses frères ; le brave et immortel Delgresse emporté dans les airs avec les débris de son fort, plutôt que d'accepter des fers. Guerrier magnanim«i I ton noble trépas , loin d'étonner notre courage , n'a ^fait qu irrilcr en nous la «oif de te venger eu de te suivre. Kappellerai-je encore ici à votre souvenir les trames tout récemment ourdies à Jorémie; I explosion terrible qui devait en résulter malgré le pardon généreux accordé à ces èlres incorrigibles , à Texpulsion de l'armée française ; leurs émissaires leur ont répondu à propos dans toutes les villes pour susciter une nouvelle guerre intestine; le s^rt déplorable de nos frères déportés en Europe, eoUô le despotisme effroyable , précurseur de la mert, exercé à la Martinique. Infortunés flarliniquais ! que ne puisse volera votre, secours et briser vos fers? Hélas! un obstacle invincible nous sépare Mais peut-être une étincelle du feu
qui nous embrase jaillira dans votre âme; peut-être, au bruit de cette commotii^n , réveillés en sursaut de votre léthargii», revenrli^ querez vous, les armes à la main , vos droits sacrés et imprescripii* blesr
. Aorès I exemple terrible que je viens de donner, que toi ou larJ la justice di\ine déchaîne sur la terre de ces âmes fortes, au dessus dos faiblesses du vulgaire, pour la perte et l'cnroi iUè mcclians ; tremblez tyrans, usurpateurs, fléaux du iNouveau Monde ! Nos poignrirds sont aiguisés, vos supplices sont prcls ! soixanlo niiiie honimeso(|uipcs , aguerris , dociles à mes ordres , bsùîenl d ollVir un nouvel holocauste aux mânes de leurs frères égorg*\s ! (|n clic vienne cetlo puis* sance assez folle pour oser m'aUatjuer ? D^Jà à son approcho, le génie irrité (j Haïti, sortant du sein des mers, opparail; son fronl me* naçant soulève les flots, excite les tompèlcs; sa main puissante briso ou disperse les vaisseaux; à sa voi\ redoutable , les lois de la Nature obéissent; les maladies, la peste, la faim dévorante , lincendie, le poison volent â sa'sirite... . Mais pourquoi compter sur le secours du climat et des clémens? Ai-je donc oublié que je commande à des âtftcs peu communes , nourries dan9 l'adversiié, dont l'audace s'irrite des obstacles , s*acoroit dans les dangers? Quelles
\ionnent donc ces cohortfs homicides; je les adends d'un œil fixe, je leur abandonna sans peine le rivage et la place oà les villes ont existé ; mais malheur à celui qui s'approchera trop près des montagnes. Il vaudrait mieux pour lui que la mer Teut englouti dans ses profonds abîmes que d'être dévoré par la colère des enfana d'H.ï.i. .' .
Guerre à mort aux tyrans î voilà ma devise. Liberté , ledépendance, voilà notre cri de ralliement.
Généraux , officiers , soldats , peu semblable à celui qui m'a précédé, à rex-gonvernour Toussaint , j'ai été fMèle à la promesse que je vous ai faite en prenant les armes contre la tyrannie , et tant qu'un aouffle m'animera je tiendrai à ce serment.
€ Jamais aucun colon ni européen ne mettra le pied sur ce terc riloire à titre de maître ou de propriétaire ; celle résolution sera € désormais la base fondamentale de notre conslitution. » Que d'autres chefs après moi creusent leur tombeau et celui de leurs semblables, en tenant une conduite diamétralement opposée à la mienne, vous n'en accuserez que la loi inévitable du destin qui m'aura enlevé au bonhour ou au salut de mes concitoyens. Mais puissent mes successeurs suivre la marche que je leur ai tracée. C'est lei^stème le plus propre à consolider leur puissance; cest le plus digne hommage qu'ils pourront^ rendre à ma mémoire.
Comme il répugne à mon caraelère et à ma dignité de punir quelques innocens des faits de leurs semblables , une poignée de blancs recommandables par la religion qu'ils ont toujours professée, qui d'ailleurs ont prêté le sern^enl de vivre avec nous dans les bois, a*éprouvé ma clémence. J'ordonne que le glaive les respecte, eC qu'on ne porte aucune atteinte à leur travaux ni à leur conservation.
Je recommande de nouveau, cl -j'ordonne à tous les généraiycde département , commandans d'arrondissement et de place , d'accorder secours , encouragement et proleciion aux nations neutres et : amies qui viendront établir avec cette Ile des relalions comoierciales. J
Au quartier général du Cap, 2S Avril 1804, l'an l'"' de l'indépendaiice.
ht Gêuverneur" Général ,
DESSALINES
Pour copie conforme : Le Secrétaire Générât j
Juste CHANLATTE.
Juste Chanlatte , le Secrétaire Général , qui avait rédigé œtle pro» damalion , était un citoyen instruit. Kous l'avons déjà vu figurer
BlSTeiRt D'^lUltl.— (180J) 14#
au commencement de la révolnlîon. D*ub tempérament froid ^ il n'avait animé celte' proclamation de ce feu patriotique que parce qu'il s'était profondément pénétré des sentimens intimes de Dessalines. Celui ci l'avait exalté par son énergie révolution n<)i« re. Indigène d'Haïti, ub des anciens révolutionnaires de notre pays, il avait toujours été cruellement persécuté par les blancs qui le détestaient surtout parce qu'il surpasait en talens leurs meil-^ leurs écrivains de la colonie- C'était un homme impitoyable , f % fort dangereux auprès de Dessalines ^ qu'il ae pouvait qu'ex*' i citer au mal. Mais alors il luttait avec fioisrond Tonnère de pa-
triotisme et de talens. Ce dernier, moins instruit, l'emportait sur lui en imagination. Ils éclipsaient l'un et l'autre les autres secrétaires de Dessalines, Diaquoi, Dupuy , Carbonne, Chareron. Le chef dcf Tétat-major de l'armée, le général Bazelais, audacieux et brave, mais d'une humeur cruelle, sous des formes douces, avait des connaissances assez étendues.
Dessalines, appelé au commandement des Indigènes, dés le com-' mencement de la guerre nationale, avait profondément senti combien était importante T union des Indigènes noirs et jaunes sortis des mftmes entrailles, et également persécutés dans les dieux Amériques. Le triomphe de l'hidcpendance avait été la conséquence de leur accord. La proclamation du 18 Avril 1804 que nous venons de rapporter consa- I cre cet accord comme essentiel au maintien de riudépendance d'Haïti^
i La nation se montra heureuse de cette disposition. « Jamais aucun
« colon ni européen ne mettra le pied sur ce territoire à titre de < maître ou de propriétaire. » En déclarant au peuple qu'il avait pris en horreur le sjslème gouvernenu'Ulal de tousbaiut sous lequel les blancs étaient fjvori^és,* au déliiment des hiJigènes , Dessalines avait produit un enthousiasme général. Son imag^ tracée dans le cie! s'étendait sur toute Il^ïii , el les H:ûliens lui envoyaient de toutes parts l'encens de leurs hommages. Les impressions douloureuses s'effacent vite chez riiomAae, et ctmx qui condamnaient les actes du gouverneur-général, pendant le massaj^re; proclasDuient , après le sacrifice consommé, qu'il avait bien ::^i, qu'il avait une seconde fois sauvé la patrie. Dessalim^s disait : si la France nous envahit et que la fortune soit coulraire à ho0 arme», sur les cbum|>s de bataille , la terre d'Haïti deviendra un embrasement général qui ne iai&sera aux vainqueurs (|ue cendres et décombres. • ^ Sous les gouvernemens qui ont succédé à celui de Dessalines y
sous Pétion , soii« Christophe, sous lîoyer , toutes Mes fois .qu'on a voulu ranimer l'énergie de la nation , et même Tenthousiasm^r, on lui a rappelé les proclamations du 1*' Janvier et du 28 Avril 1804^ Jusqu'après 1818 ces actes ont été publiés dans nos almanachs.
Le 9 Avril, avant le^'massacre des blancs du département du Nord, Pessaliaès avsiit (ait publier rordonnauee sulviàuu ;
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c Tous les propriétaires qui otit des produits; à vendre paieront préalablement à l'Etat un quart de leur denrées à titre d'impôt territorial.^ La faculté de vendre les produits do Tan XI ^^ appartiendra seulement à ceux des propriétaires qui, pendant cette année, faisaient partie dclarmée indigène. Les personnes qui , en Tan XI, étaient avec les Français, ne jouiront pas de leurs produits» et leurs bicas'^^^ seront confisqués pour subvenir aux besoins de Tarmée indigène. Les mulets, les chevaux, les autres animaux appartenant aux habitations séquestrées seront livrés à Tadministralion des domaines qui en fournira un compte exact aux généraux commandant les départements. Ceux ci les placeront sur les biens séquestrés afm qu'ils soient em« ployés à la cultiira.
« 11 est expressément défendu aux officiers de s'associer avec les cultivateurs des habitations.
. • Tous les sucres manufacturés qui ont été livrés aux chefs decorpsf seront remis à l'àdminslration des domaines.
« Les propriétaires qui résidaient avtc les Français, au moment que les armées indigènes prenaient possession d'une place , auront tous leurs produits de Tan XI confisqués.
« Les généraux divisionnaires commandant les départcmens ordonneront dBux généraux de brigade délever des fortifications au sem> met des plus hautes montagnes de lintérieur, et les généraux de brigade feront , de temps en temps, des rapports sur les progrès de leurs travaux.
« Les ventes ou donations tant de meubles qu'immeubles faites par les émigrés en faveur de personnes résidentes dans Tile sont annulées , ïn^i% bien enleudu qu'autant qu'ejles aient été faites après la prise d'armes des armées indigènes pour ohasser les Français d llaili. « Signé DESSALLNES. »
Dès Février 1804 , le gouverneur général avait déjà déclaré nuls les ventes et les lestamens faits par. les blancs. Ceux des indigènes qui étaient propriétaires avant Tan XI, a l'époque de la prise d'armes de Pétion et de Dessalines contre les Français , lors même qu'ils esssent acquis leurs biens de blancs propriétaires , ne furent pas dépossédés; ceux qui étaient demeurés fvec les Français pendant Tan XI ne purent pas , quoique Haïtiens, jouir des produits qu'avaient fournis leurs terres pendanl cette année. Ceux qui [pendant la pé-
♦ * Cette disposiUon, conccrnnnt le quart de subvention , s'appliqnoit aussi
à ceux qui avaient reçu, depuis Tindépendance , des propriétés de T Etat, à
titre de ferme.
.** De Septembre 1802 à Scptcrabrc 1803. Dessalines & Pétion avaient
pris les armes contre les Fraiiçuis en Octobre 1802. ***Par leurs biens on doit entendre leurs produits dans cette circonstance.
HISTOl-RE D'HAItl.— (1864) 147
riode de Septembre i802 à Septembre i803 , avaient acbelé des propriétés d'indigènes demeurés dans le pays et non de blancs, virent respecter leurs droits. Les directeurs des domaines de chaque département étaient chargés de la vérification des titres.
Quant aux biens des blancs, ils furent tous confisqués ^prés U massacre au profit de l'Elat«
Cet arrêté rencontrera , dans son exécution à Tégard des Haïtiens, des obstaclus qui deviendront insurmontables dans le Sud« Gè sera une des causes d^Ia révolte delapopulatioa.de ce départe*mcnt contre De$salines<
Les généraux divisionnaires Christophe , Clevaux , Gabart, Pétion, GefTrard , se mirent avec zèle à élever des forflfications dans leur» départemens , au sommet des mornee de l'intérieur les plus inac« cessibles. Ces fortifications devaient être des asy les, dps retranchemens, au cas d*une nouvelle invasion étrangiVe. Le généra! Capoii acheva le fort des Trois Pavillons dans les mornes du Port de Pâii. Christophe fit continuer les travaux de la Perrière auxquels il. ne mit la dernière main qu'après la mort de Dossalines. * Cjclte citadelle située à cinq lieues du Cap , se dresse avec majesté sur le sommet d'un morne de 2,500 pieds de hauteur, nommé le Bonnet à lÉ^éque. Christophe employait au travail dé cette construction formidable , sous la verge et le bâton , toutes les popula« tions soumises à son commandement. Déjà plusieurs centaines d'hommes avaient péri dans le iransport des matériaux et de la grosse artillerie, au travers d'un sentier jusqu'alors impraticable. Oa ne pouvait pénétrer au lieu de la constructien que par ce ch'emia taillé dans le roc. Les murailles que Christophe rendait très épaisses furent plus tard , sous son règne , garnies de 300 pièces de coRon. Des casernes, et d'immenses jardins s'étendirent daM rintcricur. Ils pwrent contenir et alimenter 40,000 honimed. Christophe laissa découvrir dès lors son génie créateur. Les mauvais trailemens que les hommes et les femmesde toutes conditions essuyaient en travaillant aux fortifications de la Ferriére. excitaient des murmures. Les jeunes cultivatrices, même les plus délicates, étaient contraintes de porter sur la tète des pierres et des boulets , et des soldais grossiers les contraignaient au travail à eoups de verges et de . liane. On se demandait : pourquoi ce travail fored ? Ne pourrait* OB pas employer des Doyens plus doux? Avons oous refusé, disaient les femmes, en leur langage créole, de porter des munitions sous 1« feu de Tennemi, lorsque nos frères et nos époux cooibattaient lens Français, Si la patrie, en danger , eemmandait Teniploi de ces trueU
♦ Dès le mois de Janvier 1804, Christophe avait fair commencer la construction de la Perrière , sous la direction d'un oâicier du génie UsJici ^^Pturéj bQmme de couleiuTi
moyens nous nous y livrerioog avec ardeur ; mais nos oppresseurs ont été chassés à tout jamais; le temps de la légalité est arrivé. Ces plaintes étaient justes; le général Christophe eut obtenu le mâme résultat en employant moins de rigueurs.
De son côté , le général Pclion fit élever une forteresse dans une des plus belles positions de la seconde division de TOuest , à quatre lieues du Port-au-Prince, sur le sommet d'un des mornes du quartier, du Grand Fond. On donna à la foriincalion le nom de Jean Jacques en Thonneur du gouverneur-général. Pétion , d*après les instructions de Dessalines , avait réuni la population du quartier, qui, après s'être pourruo elle même de provisions , travailla sans cesse à la construction^ jusqu'à ce qu'elle fut achevée. Les sections rurales s'étaient readues à ra corvée , allernativement, par semaine, sous la direction de Bélisaire Bonheur, un de nos preniers révolutionnaires. Aujourd'hui celui qui. se tieat sur les murs du fort Jacques est étonné de la vigueur des hommes de Tépeque. A força de bras ils traînèrent le long des flancs d'un morne à pic, des niasses de pierres et des pièces de gros calibre , non pas au moyen de eordages , mais avec de fortes lianes qui , se rompant quelquefois, roulaient jusqu'au pied de la nonlagne et écrasaient les manœuvres des deux sexes. Une aujre forteresse qui reçyt le nom d'Alexandre, en Thonneur du général Pélion , fut ensuite élevée sur un morne voisin qui domine le fort Jacques. Dans les mêmes de Léogane, le général Cangé coramenfa le fort Campan qu'acheva ensuite le général Yayou. Dans le quartier de Jaemel , Magloire Am« broise il construire un fort au Cap-Rouge. Dans le Sud, le général Ceffrard ût élever le fort Platon dans I arrondissement des Cayes, ayant des casernes souterraines à l'abri de la bombe|; et Férou, le fort Mafranc dans le quartier de la basse grande rivière de Jérémio. Dans l'arrondissement d'Aquin , le général Jean Louis François tit commencer la construction d'un fort qui ne fut jamais achevé, sur le sommet d'un morne nommé le Boanet Carré. De cette position l'on plonge ses regards sur toutes les campagnes de l'arrondisserflent. Partout dans r.intérieur, dans chaque arrondissement , l'on voyait se dresser des forteresses qui furent la plupart achevées sous le gouverneur général. Dessalines établit prés de Marchand, i Baurin , habitation arrosée par la rivière de la Coupe Haleine, une manufacture de poudre. Il ne. voulait pas , en cas de blocus, se trouver privé de munitions de guerre.
Dessalines avait conçu le projet , destructeur de la civilisation , de réunir toute la population haïtienne au centre de I tie dans les gorges des plus hautes montagnes. Trop aveuglé par la haine implacable qu'il portait aux blancs, il voulait, autant que possible, que les Haïtiens n'eussent aueuH contact avec les étrangers. 11 se proposait , en conséquence , d établir sur le rivage de 'la mer des comptoirs que des indigènes incorrupiiblea , choisis par
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.lui-même, eussent occupés pour trafiquer avec les blanc«. Les mariliaiiJises importéos auraient élé transportées dans les villes intérieures, dans des c liariols , à iraverà do belles routes qu'il faisait déji percer dans toutes les directions. Il ne vécut pas assez longtemps l.iour réaliser ce projet qui fut une des causes de sa chute. Il faisait abattro, dans lç% villes, des maisons publiques dont les matériaux étaient transportés à Marchand. Des soldats travaillaieirt à la démotilion ^ et il défendait de les payer, car dans ce cas, ils disaient, à son avis, une œuvre patriotique. Le Port au Prinee devait être transporté à huit lieues dans Tiptérieur sur Thabitation Dérance ^ au. centre des montagnes. Déjà on avait dressé le plan 'de cettd nouvelle vflle.
Les denréi*s qui avaient été réduites à nulle valeur, sous le gou- \ern8nient de llochambeau , à cause de la guerre entre la Franca et rAnglelerre, étaient vendues a^)x Anglais dont les navires remplissaient nos poi l^. lis opportaient aux Haïtiens de belles toiles , de» draps lins, de magnitiqnes denlillcs , des sabres d'une trempe sjipérîeurc,. et de véritables madras dont nos femmes se coiffaient avec une grâce ravissante. Les Anglais payaient Je café en ce moment 20sousla livre ; et comme la gourde espagnole valait alors 8 livres 5 sous ou 105 sous, le café rovenait^à 42 piastres le cent. Par leurs remises en Europe , ils faisaient d'énormes bénéfices , et les rici es cargaisons qu ils envoyaient en Haïti , remplissaient d'or , par les droits d'importation , les C4)isses du gouvornement. Comme sous Toussaint Louverturc, le cultivateur, attaché aux grandes habitations, recevait le quart des produJLs , le gouvernejiient un (^lart , et le j>ropVîetairG oufejc* uiior gardait la mouié. Le cultivateur était seul if)justement contraint de ven(lcft^son café à raison de 20 sous la livre. Le prepriélaire avait la faculté de s!en dessaisir au prix, qui luLconvenaii , quand il traitait avec le commerce. Il n'est pas exlniordinaîre qu'en payant le café 20 sous là livre, les Ajiglais aient fait d'énof mes bénéfices. En 1804, la guerre était générale en Europe ;^ le café pénétrait difficilement en France, en Hollande, en Allemagne,, en iiussie , en Espagne; il était en outre rare; car alors Tinde , le Brésil, en produisaient fort peu. Les aolilles anglaises et françaises en fournissaient, pour ainsi, dire seules. Quant aux colonies espagnoles Port^Rico*et Cuba elles n'avaient pas encore donné un grajid développement à la culture de cette fève. Les Anglais seuls maîtres de la mer monopolisaient les denrées coloniales^ et les vendaient au |)rix qu'ils jugeaient le plus convenable à Jeurs inlérèls.
Jusqu'alors le gouverneur^éaéral accordait toute &a confîance au général Christophe qui , |»ar une administration sévère et intelligente, augmentait chaque jour les ressources de l'Etat , dans le département du Nord. Le 18 Mai 1804, Christophe publia au Cap un tarif <]ui détermina la perception du droit de péage reliatif au bac établi
reculé devant aucun du moyens que lui suggéreient ses convictions. Les hommes de l'époque qui J*ont poussé au massacre des -femmes n'éprouvèrent de diflieultés que pour le convaincre; ils sont les premiers coupables. Dessalines avait quelques bons instincts; si on les cAt dirigés avec sollicitude, il eut commis moins de fautes. Les conseils lui étaient surtout nécessaires depuis Tévaeuation des Français, car il n'était qu'homme de guerre. Quand il fse trouvait à iérémie, il avait été enchanté de deux aclriees blanches qui au théâtre l'avaient beaucoup fait rire. H était parti de cette ville, animé de bonnes dispositions envers Us blanches. Si Tidée d'exterminer ces malheureuses ne lui avait pas été suggérée plus tard, pourquoi eât-il laissé un intervalle entre leur égorgement et celui des blancs. Néanmoins csmme il n'a pas opposé une résistance in« vincible'à ces atroces suggestions, l'histoire ne peut le justifier.
Le massacre général des Français après l'évacuation de Rochambeau est un acte qu'on a presque partout condamné. Ces terribles mesures font horreur à Thumanité. Gomme la violence de nos passions politiques ns permettait plus aux blancs de demeurer parmi nous , on eût dû les déporter ; car si , en grand nombre , jls n'ont pas suivi les débris de l'armée française, c'est que nous leur avions promis, par. des act^ ofllciels , sécurité et piotcctiên. Mais ce n'est pas une raison pour que l'on jette sans cesse malédiction sur nous. Tous les peuples daas les effervescences révolutionnaires ont eu ces affreux momens d'égarement sur lesquels l'on gémit , et que l'on s'efforce de ne pas renouveler. La Sicile a eu ses vêpres siciliennes, l'Espagne ses au to-da-fé, l'Angleterre, ainsi que l'Allemagne, ses guerres de religion , la France ses massacres de la St. Barthélémy , ses journées de Septembre. Les crimes commis sur nos pères par les colons, plus tard par Lerlerc et Rochambeau , sont bien supérieurs en raffinement de cruauté à tout ce qui a été fait chez nous en 1804. La France doit elle être à cause de ces crimes un objet éternel d'horreur? Du reste l'homme civilisé, se vantant d'4tre à la tête des progrès de l'esprit humain , asservissant son semblable, mû par un sordide intérêt, n*est-il pas plus coupable que l'homme aux qualités natives qu'un esclavage abrutissant a rendu cruel ?
Les Haïtiens, portant encore les marques des tortures que les blancs leur avaient fait souffrir , ne purent , sous l'influence de quelques incitations , contenir leur fureur. Les uns demandaient aux blanes un fils, une sœur, d'autres une mère, un père, de nombreux amis. Il fallait que la nation fût dévorée d'une soif bien ardente de vengeance, pour que tout un peuple doux, ha* main , hospitalier , se résolût à celte cruelle mesure, si contraire i ses instincts. Quant à la politique, on pensait alors qu'elle eommandait isapérieusement ce sanglant sacrifice. La France était toute
msToiRB d'haiti.— (1804) Ul
puissante; elle menaçait Haïti d'nne nouvelle expédition. On crai* guait en déportant les blancs qu'ils ne revinssent dans le pays, les armes à la main, guidant les armées de l'ancienne métropole. Si des historiens Français sévèrement attachés à la nationalité de leur" patrie, aujourd'hui jouant un rôle honorable dans leur pajs , ont pu considérer les massacres de Septembre, ifui font frémir r>humanilé, comme nécessaires au salut public, ae doit*on pas, à plus forte raison, jeter le voile de Toubli sur les massacres de 1804, commis par un peuple alors presque barbare, qui avait été maintenu , pendant près de trois siècles, en une servitude, non seulement physique mais encore morale et intellectuelle.
On a vu les Haïtiens des deux couleurs, noirs et jaunes, demander en grand nombre, Texterminatien des blancs, et se livrer à de vives joies pendant au'on les massacrait. Mais ceux que les passions po* litiques n'égaraient pas, virent avec inquiétude le peuple lancé dans les voies du saug ; ils craignirent que le gouvernement ne pût arrê* 4er cet élan. D uue autre part ce projet du gouverneur général , de faire abandennner les villes du littoral , paraissait à beaucoup de généraux éclairés, à Christophe, Pétion , Geflrard, contraire aux pro- Srès d'un jeune peuple. Dès lors deux partis commencèrent à se essiner : les ultra-révolutionnaires et les modérés. Ces derniers, ayant vu s'évanouir les dangers de la patrie , désiraient un gouvernement doux, intelligent et même constitutionnel, de fréquentes relations avec les étrangers, Anglais, Allemands, Danois, Suédois, Américains ; les premiers , zélés partisans du système de Dessalines, désiraient au contraire , que la population vécut au sein des montagnes, afin, disaient-ils, que la corruption européenne ne pût l'atteindre.
Cependant la proclamation qui annonça à la nation l'extermination générale dos Français que presque chaque bras avait exécutée, fut accueillie avec enthousiasme par les Haïtiens, modérés et ultra- révolutionnaires. * Le nombre des viclimos, hommes» femmes et enfans s'élevait à trois mille environ.
Liberté, ' ou la Mort.
J. DESSALINES, Gouverneur- Général.
AUX UABIÏANS d'hAÏTI.
Des forfaits jusqu'alors inouïs faisaient frémir la nature; la mesure était à son comble ' •
* Cette proclamation fut publiée an Cap , pendant r|n'on achevait dans le Sud le massucre des femmes blanches vers les extrémités de ce déparlemeut.
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Enfin rheure de la vengeance a sonné, et let implacables enne* mis des droits de l'homme ont subi lo châtiment dû à leurs .crimes.
J'ai levé mon bras trop longtemps retenu sur leurs têtes coupables. A ce signal qu*un dieu juste a provoqué, vos mains saintement armées ont porté la haehe sur l'arbre antique de l'esclavage et des préjugés. En vain le temps et surtout la politique infernale des Européens, l'avaient environné d'un triple airain; vous avez dépouillé son armure , vous l'avez placée sur votre cœur pour devenir comme vos eqnemis naturels, truels, impitoyables. Tel qu'un torrent débordé qui gronde, arrache, entraîne, votre fougue vengeresse a tout emporté dans son cours impétueux. Ainsi périsse tout tyran de l'innocence, tout oppresseur du genre humain.
Quoi donc ! ceuri é^ depuis deux siècles sous un joug de fer , jouet des passions des hommes , de leurs injustices et des caprices du sort; victimes mutilés de la cupidité des blancs français, après avoir engraissé de nos sueurs ces sangsues insatiables , avec une patience et une résignation sans exemple, nous aurions encore vu cette horde sacrilège attenter à notre desiruclion, sans distinc* tien de sexe ni d'âge; et nous hommes sans éners[ie , sans vertu , sans délieatcsse, nous n'aurions pas plongé dans leur sein nos bras désespérés? Quel est ce vil Haïtien, si peu digne de sa régénération, qui ne croit point avoir accompli les décrets éternels en exterminant ces tigres altérés de sang? S'il en eët un (|u'il s'rloignc , la nature indignée le repousse de notre sein. Qu il aille cacher sa honte loin de ces lieux : l'air qu'on y respire n est pas fait pour ses organes grossiers: c'est l'air pur de la liberté auguste et triomphante.
Oui , nous avoffs rendu à ces vrais cannibales , guerre potir guerre , crimes pour crimes, outrages pour outrages. Oui, j'ai sauvé naon pays, j'ai vengé rAmérique. Mon orgueil et ma gloire sont dans ra\eu que j'en fais à la face des mortels et des dieux. Qu'importe le jugement que prononceront sur moi Icb races contemporaines et futures? J'ai fait mon devoir; ma propre estime me reste; il me suffit. Mais que dis<*je? La conservation de mes malheureux frères, le témoignage de ma conscience, ne sont pas ma seule rceempense; j'ai >u deux classes d'hommes nés pours'aimer, s'enlrc-aider , se secourir, mêlées enfin et confondues ensemble, courir* à la vengeance, se disputer l'honneur des premiers coups. Noirs et jiniies', que la duplicité rafHnée des européens a cherché si longtemps à diviser , vous qui ne faites aujourd'hui qu'un seul tout, i]u'une seule famille; n'en douiez pas, votrepar* fiiile réconciliation avait besoin d'être scellée du sang de nos bourreaux. Mêmes calamités ont pesé sur vos têtes proscrites , même ardeur à frapper vos ennemis vous a signalés, même sort vous est réservé, inémes intérêts doiveot donc vous rendre à jamais uois^ iadivisi*
bistoihe d'haiti. — (1804) 145
Ues et inséparables. Maintenez votre précieuse concorde, cetteheureuse harmonie parnfii vous; c*est le gage de votre bonheur, de votre saïut, de vos succès: c'est le secret d'être invincibles.
Faut-il , pour resserrer ces nœuds vous retracer le cours des atro* cités comnnises eontre noire espèce : le nf)assacre de la population entière de celte Ile, médité . dans le silence et' le sang-froid du cabinet; Texécutien de cet aifreux projet, à moi proposé, sans pudeur, el déjà entamé par les Français avec ce front calme et serein, accoutumé a de pareils forfaits ; la Guadeloupe saccagée et détruite; ses ruines encore fumantes du sang des enfans, des femmes et des vieillards passés au fil de Tépée; Pelage lui-même, victime de leur astuce après avoir lâchement trahi son pays et ses frères ; le brave et immortel Delgresse emporté dans les airs avec les débris de son fort, plutôt que d'accepter des fers. GTuerrier magnanime! ton noble trépas , loin d'étonner notre courage , n'a ^f^iit qu irriter en nous la soif de te venger ou de te suivre, llappelierai-je encore ici à votre souvenir les trames tout récemment ourdies à Jorémie; l'explosion terrible qui devait en résulter malgré le pardon généreux accordé à ces êtres incorrigibles , à Texpulsion de Tarmée française ; leurs émissaires leur ont répondu à propos dans toutes les villes pour susciter une nouvelle guerre intestine; le s. >rt déplorable de nos frères déportés en Europe, entili le despotisme effroyable, précurseur de la mert, exercé à la Martinique. Infortunés Sfarliniquais ! que ne puis- Je volera votre, secours et briser vos fors? Hélas! un obstacle invincible nous sépare Mais peut-être une étincelle du feu
qui nous embrase jaillira dans votre âme; peut-être, au bruit de cette commotion , réveillés en sursaut de votre léthargie, revendis qutrez vous, les armes à la main , vos droits sacrés et imprescriptibles f
. Après Texemple terrible que je viens de donner, que t(>t ou tanlla justice disinc déchaîne sur la teire de ces âmes foi tes, au dessus des faiblesses du vulgaire, pour la perle et lelTroi duè médians ; tremblez tyran<i, usurpateurs, fléaux du TSOuveau Monde ! Nos poignnrds sont aiguisés, vos supplices sont prêts! soixunto mille homi>iesé([uipés , aguerris , dociles à ntes ordres, bsùîenl d offrii' un iiouset ho* locausle aux mânes de leurs frères égorgés ! (|u'elie vienne eelto puissance assez folle pour oser m'aita(|uer ? Dijà à son approche, le génie irrité 4 Haïii, sortant du sf^in des mers, apparaît; son froïil menaçant soulève les flots, excite les tompéles; sa main puissante briso ou disperse les vaisseaux ; à sa voiv redoulobie , les lois de la Nature obéissent; les maladies, la peste, la faim dévorante , linccndie, le poison volent i sa'sirite... . Mais pourquoi compter sur le secours du climat et des élémens? Ai-je donc oublié que je commande à des âffies peu communes , nourries dans Tadversité, dont l'audace s'irrite des obstacles, saccroit dans les dangers? Quelles
K)4 HISTOIRE d'iiaiti. — (1804)
Toulnnl se détacher de la France , avaii besoin de la proteclioïi «t ihâme des armes de la Grande Bretagne.^ Mais Dessalines, chef d'un peuple dcji indépendant, y apporta des modifications en harmonie avec la dignité et les nouveaux besoins de la nation, et le retourna,par Mr. Corbet lui-môme, au gouverneur de la Jamaïque pour qu'il le ratifiât. Corbet revint en Haïti, porteur de dépêches à Ta»drosse de Dessalines. Nugent avait répondu , à la date du 31 Janvier^ qu*il n'acceptait pas à regret les nyodificalions apportées au traité. Il priait Dessalines de lui renvoyer à la Jamaïque , sans délai, Mr. Edouard Corbet, attendu que sa présence en Haïti devenait inutiU. Il lui annonça en même temps que Tamiral Duckworth lui expliquerait comment seraient traités les bâtimens haïtiens qui seraicnl rencontrés hors de leurs eaux. M. Corbet partit pour la Jamaïque, et Tamiral Duckworth, croisant le long des côtes d'Haïti, fil savoir h Dessalincs que les bàtimens indigènes même légalement expédiés qui seraient trouvés hors de leurs eaux se dirigeant vers les possessions anglaises seraient exposés à être capturés ; que ceux qui ne seraient pas légalement expédiés seraient traités comme pirates. Les anglais qui possédaient des esclaves redoutaient le contact des haïtiens avec les noirs et les hommes de couleur de leurs colonies. Us
• Voici la réponse de Dessalmes à la première lettre du général Nagent. On voit 'qu'il ne parle point du traité de Toussaint, (|ui ne pouvait lui convenir , et qu'il n'agit que. sous l'influence des devoirs que lui prescrivait |e nouvel ordre de choses établi en Haïti
Port-an-Prin'^e le 19 Janvier 1804 , Tan 1er. de l'Indépendance.
Jai n^çu , par la frégciie de S. M. P. le Tartare y les trente-qualre prîsoîiisiirs que votre Excellence m'a envoyés. Cette marque de bienveillance m'a flatté bien agréablement , et ce serait mettre le comMe h votre générosité que de me faire parvenir le re^te des malheureux i[ue vous m'avez promis.
Je prie votre Excellence de permettre que des bâtimcns soient alFrétéf pour les trnii.sjiî)iti:r ici aux frais de ce gouvernement qui n'apportera aucun retard à rem{)Ur un engagement sacré, L#e capitaine Perkins s'est charge avec plaisir du soin de rappeler cette |.romesse à votre souvenir.
Mr. Corbet a reçu de moi l'accueil distingué et fîivorable auquel il devait nécessairement s'attendre; quoique je le crusse muni de pouvoirs assez amples pour conclure définitivement avec moi un traité réciproquement avantageux , il n pensé devoir l'apporter à la sanction de votre Excellence.
L'amitié d'un gouvernement aussi puissant que le v6tre m'est trop précieuse pour que je ne saisisse pas tontes les occasions de la cirwcnter. Sensible aux désirs du Roi votre maître, de répondre à mes attentions par des considérations particulières , il ne dépendra pas de moi que notre amitié et notre bonne intelligence ne soient jamais interrompues. Ayant ouï dire que le gouvernement espagnol est en guerre avec le vôtre , j'ai l'honneur de prévenir -votre Excellence que j'ai armé plusieurs corsaires coBtie }es corsaires espagnols , notamment ceux de St.-Yago de Cuba.
HISTOIRE d'uaiti.— (1804) , 155
avaient été salisf.uls de voir la France pordre la plus rîchc de ses colonies; mais ils voulaient meUre lours possessions à Tabri de ces secousses révolutionnaires dans lesquelles s'était engloutie la société coloniale de Sl.-Domingue, Ils avaient môme proposé à Dessalines de ne pas armer de corsnîres , s'offrant à veiller eux mêmes] à la garde des cùles d Haïti et à en éloigner toujours les bâtimens do guerre français. » Colle proposilîon , qui n'avait pas été accueillie, était un acheminement à un prolcclorat.
Le 31 Mai , Dessaijnes écrivit , du Cap , au gouverneur Nugcnt, que les bonnes relations qui avaient existé jusqu'à présent entre Haïti et l\ Grande Bretagne ne pourraient^ pas èlre interrompues parce qu'on ne s'élait pas entendu relativement au traité ; que ce traité, qui était en harmonie avec les intérêts d'une colonie , ne pouvait convenir à un pt^uple libre et indépendant. Il lui fil savoir qu'il se tiendrait toujours en garde contre le gouvernement Français et ses allies, et qu'il n'agirait jamais hostilement contre Ic^ ennemis de ce gouvernement perfide , régicide et tyran. Nous avons vu que Dessalines avait épargné tous les Polonais lors du massacro général des Français. Cent soixante d'entre eux lui avait maniTeslé le désir de quitter le pays. • Dessalines accéda sans difficulté à hur demande» et obtint du capitaine Peikins, commandant de la frégate le lariare qu'il les transportât à la Jamaïque. Le gouverneur jNugent, moins généreux que Dessatines, en cette circonstance, ne consentit à les recevoir qu'autant qu'ils voulussent prendre du service dans les troupes anglaises, l^s Polonais refusèrent formellement de servir sous le drapeau britannique. Le gouverneur A-nglaisles renvoya en H nli en exhortant Dessalincs à les chasser du pays. Mais Dessalines lui répondit que ces Polonais étaient devenus Haïtiens, qu'il était le chef d'un- peuple libre, et qu'il ne pouvait , par conséquent, contraindre ses nationaux à quitlc^r la terre de la patrie.
Nous devons nous roppôler qu après ré\acualion du Cap, le général Ferrand qui commandait à Monte-Christ, en était parti , et avait traversé St. Yague qu'il avait abandonné a ses propres ressources ; que les habitans du dêparlement de Cibao axaient reconnu l'autorité de Dessalines pour se mettre à l'abri des exciirsions des indigènes. Ferrand avait atteint Slo. Domingo presque seul , laissant derrière lui trois-cents hommes qu'il avait levés, sur son passage et qui le joignirent ensuite. Aussitôt après son entrée en cetK^ ville où commandait le général Kerverseau , il avait déclaré que Rochambeau lui avait confié le commandement en chef de la partie de l'Est , peu de jours avant Tévacuaiion du Cap. Kerverseau , de son coté , lui avait annoncé qu'il ne lui remettrait l'autorité que s'il en recevait Tordre du 1^' Consul. Ferrand audacieux et adroit, et ayant Tavanta*- ' ge, aux yeux des soldats , d'être plus ancien général que Kerverseau, &e lit, en peu de jours, de nombreux [^artisans, pénétra dans les casernes,
i:>G niSTOlRE uJllAÎTI.— (1804)
et gngna les troupes à son parti. Korverseau so présenta aiu soldats cl les harangua ; niafs ils lui répondirent par los cris de vivo le pcnéral Ferrand. Cependant quc!(|ues troupes lui él^icnt demeurées iid(*'!es. Mais voulant é\i(er TelTusion du sang, il s'embarqua pour l'Europe, abandonnant l'aulorilé à son rival. Quelque temps après, il apprit que Rochambeau , loin d'avoir livré le commandement eu. chef à Ferran'd , l'avait placé sous ses ordres.
Le grnéral l^'errand pour arrêter les «xer.rsîons des Hûlens sur le territoire espagnol du département du Sud-Est ou d# lOzama, établit aussitôt un cordon qui s'étendit de Iliuche à l'étang Hcnciquille ou salé , passant |)ar Lescahobas. Il fU armer une position forte par son site, noit loin de la rivière du Polit Yaquc , entre Azua et St. Juan. Il en confia le commandement au lieutenant colonel Viet , qui avait évacué la Croix des- Bouquets Rur la partie espagnole en Septembre 1803 , après la déf-^ite de la 5e. légère à Sarllie. Viet annonça avdc orgueil que si D^ssalines osait marcher sur Sto. Domingo, la fortification qui venait dèlrc établie deviendrait j
le tombeau* d( s indigènes.
Il porta ensuite sou attention sur le département de Cibao oîi dot» , tait le drapeau Htiniôn. Comme on la vu, Tabarrès, homme do couleur espagnol, natif d Haîli, commnn'bit ro d( parlement , au nom de Dessalines, ayant son quartier général à Si. Yague. N'ayant pas sous ses ordres, uq seul des régimens Haïtiens, il avait formé un bataillon de noirs et de mulâtres espagnols anciens esclaves , recrutés sur les habitations du voisinage de la ville. Fort peu des anciens libres avaient voulu s'armer en noire faveur. La terreur de Dessalioes seule maintenait les indigènes-espagnols sous latilorité haïtien- Dc ; ils n'attendaient (jîie l'apparition d une force française quelconque pour secouer un jotig qu ils trouvaient fort pesant. Le général Ferrand qui n'ignorait pas leur antipathie pour les Haïtiens» après s'èlic bion assuré de sou autorité à Slo. Domingo, confia à l'adjudant commandant Deveau un cent de grenadiers européens, lui ordonna de faire des levées de miliciens espagnols et d'aller prendre {possession du département dc ( ibao. Deveau partit • de Sto. Domirigo, cl ^avanl (ju'il eut alteint St. Yague, il avait réuni un millier de volontaires espagnols. Il surprit Tabarrès qui ne s'attendait pas a colle a:^ression , pénétra audacieusement à St. Yague, rencontra^sur la place de la paroisse le petit bataillon qui j
en formait |la gornison, I altacpia résolument et le mit en pleine dé- •
route. Il se rendit njaîlre dc la ville après avoir perdu quelques J
soldats ( 14 Mai 1804. ) A la nouvelle de celte action le général \
Toussaint Brave partit du Fort Liberté, et marcha sur St. Yague. j
Dès que l'adjudant commandant Deveau apprit son approche , ilaban- i
donna sa conquête avec^tant dc précipitation, se jetant dans la grande !
route de Sto. Domingo , que les babilans , partisans la plupart des \
Hi&ToiRE d'iiaiti.— (1804) 157
Français, n'eurent pas le temps de réunir des chevaux pour s'enfuir. Les meilleures familles suivirent à pied les troupes françaises ; et
^ celles qui ne purent atteindre Sto. Domingo s'anôlèrcnt à Cotuy.
I Le 26 Mai Toussaint Brave arriva à St. Y:ïgue. ]N*y ayant pas ren-
contré l'ennemi , il retourna dans la partie frauçaise.
Deveau , après avoir réuni une forte troupe d'E^pngnols, revînt à St. Yague qui était entièremenl abandonné d«)s Haïtiens, et y établit son quartier général. N'ayant pas Tespoir de conserver ce (|uartier, il ne songea pas à en ménager les ,hdl)itans. Il fit faire des
^ patrouilles sur toutes les liabilations du voisinge ; ses soldats en
enlevèrent les objets les plus précieux et les transportèrent a St. Ya^ue. Quoiqu'on lui réclamât chaque jour ces objets , \\ continua, peixdant plusieurs semaines, à dépouiller les plus riches propriétaires. Ceux-ci cessèrent de se plaindre; mais ils gagnèrent les troupes espagnoles qui formaient la plus grande partie d^ la division française et assaillirent, pendant une nuit, le général Devenu. Les soldats européens enveloppés de tontes parts furent obligés de se
! rendre à discrétion. Deveau fait prisonnier , fut acheminé, sous es-
» corle, sur Sto. Domingo. Les habiians de St. Yague n'iibandon-
nàrent pas la cause française , parce qu*ils avaient secoué le joug de
' l'adjudant commandant Deveau. Aussi le général Ferra nd , no vou-
lant pas les exaspérer, approuva t il leur conduite, il leur envoya
; fordre de reconnaltie pour commandant général du département
' de Cibao, Serupio Reynoso, noir, créole de la Véga d'IIaïli. Serapio.
Bprès avoir été installé dans son commandement , jura sur le Saint Sacrement , en présence du peuple «t de la garnison de respecter religieusement les personnes et les propriétés.
Le départ#ment de Cibao qui s'était soun)is ik Tautorilé de Dessalines, après Tévacuatiou du Cap par Uochantbeau, redevint fran* çais. Ouunaminthe seul;étail au pouvoir des Ilaîiiens. Le général Ferrand entretenait des garoisous à MontériK-ist, à Puerto- Plala, à St Yague, à Sl-Jçan , à Azua et à Sto Domingo. /La vaste éiendue de terre de la partie espagnole, d'une grande ftîrtililé , occupe presque les trois quarts de Tilo d'Haîli. Les Français, dès le mois •de Juillet 1802, y avaient rétabli Tesclavage , mais un esclri\nge doux tel que celui qui y existait sous le gouvernement de Madn !; t't sur une population de 125, OUO âmes, il n'y en avait pas 20,000 dans la servitude. Les hommes dont Tesprit et le cœur n'ont poiiU
^ été cultivés , lorsqu'ils ne suuOVent pas matériellement , ne songent
point à sortir de leur état de dégradation.
Dessalines, aussitôt après son entrée au Cap, avai^t formé le projet de s'emparer de- Slo-Domingo. Il eût dû se précipiter conmie un torrent dans la partie de l'Est, cl rien, alors, n'eut pu résistera ison impétuosité. Mais son élan vers Sto-Domingo avait été arrêté
1 p^ la sf umissioa du dépurlemenl de Cibào, 11 «'atteodaU à voir
15S HISTOIRE d'haiti. — (I8C4)
les liRbilans du déparlement de TOzama arborer aussi le drapeau Ilaîlien. Mais ce qui venait de se passera St-Yague, avait détruit ses espérances, li comprenait combien il était important que le» Français fussent 'chassés de tous les points d'Haïti; car le générî*! Forrand pouvait tenir san$ cesse les indigènes en échec, en attendant le débarquement à Samana d'une nouvella expédition française. Ferrand, accompagne du prélat de Sto.^Doiningo , parcourait tous les quartiers de la partie de lËsl ^ et incitait les hispano-indigAncs contre les Haïiiens en les leur représentant comme des cnnnibali's, des héréliques. Il faisait circuler des écrits dans lesquels il traçait un horrible poi trait de Dcssalincs. H parvint à rendre les Espagnols sensibles aux malheurs des Français. Dès le mois d'Avril 480i , la populiiiion de l'Est, égarée par sesprôîres, était devenue très hostile à la nationalité haïtienne , et refusak do jouir du nouvel ordre de cboscs qu'avait établi notre révolution.
Dessalines « apprenant les dispositions hostiles des Espagnols , leur adressa en Mil 180 i la proclamation suivante rédigée par Chanlatte.
« A pcîrie l'armée française a l elle été expulsée que vous vous êtes empressés de reconnuttre mon autorité. Par un mouvement libre et spontané de votre cœur, vous vous êtes rangés sous mon obéissance. Plus porté à la pros[>értté qu'à la ruine de la partie que \ous habitez, j'ai accueilli favorablement cet homcnge. Dès ce mo* ment je vous ai considérés comme mes enfans , et ma lo)^aulé envers \ous ne s'est pas dénientie. Pour plus grande preuve de ma solli* cilude paternelle, dans les endroits soumis) à mon pouvoir, je n'ai préposé pour chefs (|ue des hommes purs et choisis dan^ votre sein. Jaloux de vous compter au rang de mes amis, pour vous donner tout le temps do vous reconnaître, et pour mieux, m'assurer de votre fi iélité , j'ai jus<|u'tci releiui l'ardeur bouillante de mes soldats. Déjà je m'ap[)iau(iiss.)is , du sticcès <le mes soins qui ne tendaient ^4|u à prévenir T^ifusion du sang. Mais un prêtre fanatique n'avait pas encore souillé dans votre âme la rage qui le domine; mais I insensé Fcrraud n'avait pas encore distillé parmi vous les poisons du mensonge et de la calo:nnie. Des écrits enfantés par le déses* poir et la faiblesse ont circulé; aussitôt plusieurs d'entre vous » séduits par des insinuations perdrlcs, briguent la protection des frai>çais ; ils osent outrager mes bontés, se coaliser avec mes plus cruels ennemis. Espagnols, réfléchissez sur le bord du pn^cipice creusé sous vos pas ! Vous saûvera-t il , ce ministre énergumène , lorsque le fer et la flamme à la main , je vous poursuivrai jusques dans vos derniers relranchemens? Ah! sans dodte , ses prières, ses gri* maces , ses reliques ne pourront m'anèier dans ma course; vous préservera t il de ma juste colère , cet oflicier aussi vain qu impuissant , quand je l'aurai coseveli , lui et ce ramas de brigands (|u'îl
commande, sous les décombres de votre capitale? Tous deux ils se rappellent que c'est devant mes phalanges intrépides que toutes les ressources de Tart des Européens ont échoué; que c'est dans mes mains victorieuses que le destin de Rochambeau a élé remis. Pour entraîner les Espagnols dans leur (^artt , 'As rép:)ndent le bruit' que des bâtimens chargés de troupes viennenl d'arriver à Sto Dj- «ingo. Que n est-ce la vérité? Us ne se doutent p:)s qu'indiiïé* reni jusqu'ici d'aller les attaquer mon principal but était de laisser augmenter la masse de nos ressources^et le nombre de nos victimes. Pour jeter la méfiance et la terreur, ils ne cessent de retrticer le sort que Jes Français viennent de subir. Mais ai-jo eu raison de les traiter ainsi ?• Les torts des Français appartiennent ils aux Espognols ? Et dois je poursuivre , sur ces derniers , les crimes que les premiers, ont conçus et exécutés sur notre espèce. Us assurent efTiontément que réduit à aller chercher mon salut dans h fuite, l'ai été Cacher ma défaite dans la parlie s«d de cette ile. Eh bien ! qu'ils apprenent donc que je suis prêt! que la foudre v» tomber sur leurs tites ! qu'ils sachent que mes soldais impaliens n'attendent qu'un signal pour aller conquérir les limites que la nature et les élémens nous ont assignées ! Encore quelques inslans , et j'écrase les débris des Français sous le poids de^ ma puissance, c Espagnols, vous à qui je m'adresse Uniquement, parceque je voudrais vous sauver, vous qui, pour avoir tergiversé, n existerez bientôt qu'autant que ma clémence daignera vous -épargner , il en est temps encore; abjurez une erreur qui vous est futieste; rompez tout pacte avec mon ennemi, si vous voulez que votre sang ne soit pas' confondu avec le sien. Nommez moi bien vite la parlie de votre territoire où mes premiers coups doivent être portés , ou instruisez moi si je dois frapper indislinctement sur tou^ les f^oints. Je vous donne quinze jours à dater de la noiificalion de la présente proclamation pour me faire parvenir vos dernières instructions et vous rallier sous mes étendards. Vous n'ignorez pas que tous- 1rs chemins qui conduisent à Sto. Domingo nous sont familiers; ^n|uc plus d'une fois nous avons vu fuir devant nous vo% bandas disporséos. En un mot, vous savez ce que je puis, ce que j'ose; songez fi votre salut. Recevez Ici la promesse sacrée que je fais de ne ricMi entreprendre contre votre sûreté personnelle ni contre vos intérôls, si vous saisissez cette occasion de vous montrer dignesr d'être admis au nombre des enfaos d'Uuïti. #
t Signé: DESSALINES. »
Les hîspano-iadigènes des vastes plaines de la partie de l'Est
* Dessalines faisait allusion à la prise de possession de l'Eot par Tous- «oiut Lou\rerture.
ti
<^Rarrs par F<?rrvïnW <Jemetirêron( sourdi aux P'^^^lw d^ ftni;^\i^|| Celui Cl so délcitnintx ù aulieprefitlre la coi>r(rièl( ilclLi^i. M^iisiNant de 6'C inellrc en campagne, il voulut donner encore quelques sorna i lû^lniinistratién inlérieure de ranoieane panie française.
Il di\ijia le pays on trois arrondissemenls sous le rapnori adm' nislralif: le ISord , rOiiest'et le S\ià. L'adminislmion générale à drparlemenl de l'Ouest s% «cniralisait au P^^^^^^u Prince, nuomu ce déparlemenl , sou» le rapport wiililaire , formai doux divisions d\^ linctcs, 1ère et î2e. division de rOu«8t. Ainsi Si. Marc elles Gonatves relevaient du Porl-au-Priacc. Vern«l mini«ire des finances se tenait aux Gonaïvcs. * L'adminislralion générale de l E||ii d'Haiii était centralisée dans ses bureaux. C'était un vieillard plein de zèU niais d'une profonde ignorance. H était natif de la Marmelade. Il ncsavail ni lire ni ccrire; il ne signait que son nom. VasUy , le c\\et do ses bureaux , homme de talens , mais profondémeni corrompu et méchant, avait toute sacontianee, et faisait toul le travail de son département.. Il proHiait le plus souveni de l'ignorance du niinis» tre des finances pour lui faire signer des actes contraires aux inlérèU du fisc, nuiis aNantageux à ceux qui trailoicnt avec l'Etat. Il en relirait d'énormes bénclia-s par les nonibreuscs gratilicalionî» (pnl recevait.
Les administrateurs principaux des départemens de l Ouest , du Nord et du Sud", Joseph Alexandre Ogé, frère de Timmorlel Ogé, créole du Dondon , au Port-au Prince; Félix Ferricr , au Gapj' radjudant-général Papallier , aux Cayes , étaient des hommos de quelque instruction. Chareron , ancien secrétaire de Dcssalioes , élaii devenu aduiinislratcur particulier, à SuMare , sous les ordres d'Ogé. \illet, aux Goi^/ivcs, el Bijeon au Mircbaluis, étaient aussi administrateurs. Villet éiaii un blaix; îtançais que Dessalines a\ait sauvé du mas- Sucic, parce (ju'aulrcTois il ne ra\ail connu que sous de bons rapports. C. A. D. Sabourin , cônlroh ur de la marine du déparlemont de rOuest , honime d'éducation et d'instruction, avaîl eu d abord sous ses ordres le ciioyen Imbeit, chttf du bureau du contro[e. Celui-ci, dès le I." Mai 1804, élail devt^nu secrétaire el chef des bureaux (|^ l'adminislrateur principal du département de f Ouest. Le garde magasin des approvisionnemens et iiabillemeiis du département de TOuebt , élait le ciioyen Nau. IValihazar Ingînac était parvenu à délachcr les doinaints de radminislralioa générale j il avait sous ses ordres , dans chaque commune, un garde-magasia des denrées, chargé de recevoir le nionlanl des fermages, le quart de subvonlion , (qui l'ut quelques années après remplacé par l'ini-
* B^•laco^p de p3rsotlno^ o;U cru qu'il n'avait été no-nmé ministre fies finances qu'après la })i.bliraUon do la coii^tidiiou iiiipérialc en 18'.;5. S<y^^s *ivoris (:u SOIS liiS y.'.ux de no.nbreu es lettres dj service délivrées par Ver net , laiuijlrc dos ûiiauccs dès Janvier IbOl.
BI8T0IRC »'UAITI. — (1804) 161
pôt territorial), le quart reTenant aux cullifateurs dans les produits^ quand le fermier vendait ce quart à TEtat. Chaque garde magasin expédiait au directeur des domaineSj^ aux frais de l'Etat, aux chefslieux des dép^rtemens administratifs, les denrées qu'il avait reçues. • Tous les biens qui avaient appartenu aujç colons étaient devenus dotnaines nationaux. L*Etat ne les \en>1ait pas; l'administration les atfer^ mait au plus offrant et dernier enchérisseur. Cependant le gouverneurgénéral en donnait quehiueFois verbaloment la jouissance à ses favoris. Nous avons vu que Dessalines avait rétabli le système de culture de Toussaint; et quoiqu'il y eât un dixiènie de la po|)ulation sous les armes, la . prospérité renaissait dans les cHuipagncs. Le S:^mediet le Dimanche de chaque semaine, les mairliês des villes étaient encombrés de vivres apportés de l'intérieur. .l]i\ régime de bananes se vondaitsix sous, et un pain d« seize onces, ctouzè sous. Les cuTlîvaieiïrs réunis sur lef -grandes liaUitations étaient contraints à la culture du café, ducotoa et d^ la canne; cependant jusqu'alors les inspecteurs de culture faisaient rarement passer aux ver^s ou au bâlon le laboureur paresseux ou insubordonné que signalaient les gérans ou les chefs de section. Le cultivateur recevait le quart net des prodnits ; lesingtrumens aratoires, les frais de toutes espèces de charroi , de pila^ étaient à. la charge des fermiers. Ceux-ci étaient contraints devendre, pour les cultivateurs, le quart revenant à ces derniers, et de régler avec eux comme nous l'avons vu, à raison de 20 sous la livre. Us traitaient de ce quart soit avec TEtat, soit avec le commerce. Quand c'était avec TEtal, ils fusaient i leurs frais transporter les denrées, sucre, sirop, café, colon, dans les magasins nationaux. La quart revenant à l'Etat y était aussi lrans[)orlé à leurs frais. Le gardé magasin des denrées, du Port an Prince, Toulnié, secondait admirablement B. Inginac. Pres(|ue toutes les grandes habitations étaient affermées aux généraux, aux colonels, aux hauts fonctionnaires civils. Le prix des formages était versé dans les caisses du directeur des domaines de chaque département. Les habitons des villes qui presque seuU avaient quelque instruction occupaient toutes les charges civiles, et I * jamais, sous aucun gouvernement, ils n'ont Joui de plus de faveurs I que sous Dessalines, surtout en 180i et en 1805. Ils étaient heu-
' • reux, la plupart, et le gr;ind vide qu'avait laissé le massacre des
blanes , mettait à leur disposition de magnifiqiies propriétés et dt I grandes fortunes.
\ Quant au commerce, il était des plus florissants dans les grandes villes.
Les ports étaient peuplés de navires anglais, américains , danois, suédois, allemands. Les droits d'importation étaient peu élevés. On payait, comme sous Toussaint Louverture, dix pour cent, pour l'exporlation du sucre, café, du coton et du cacao. Par un décret du 2 Sep* I tembre 1806, Dessalines maintiendra ces mènes droits. Le nombre des
\ tonsignataires était des lors fixé dans chacun des ports ouverts au
Iffl KllTOIKl D'tfAITI.— (1804)
'Ctmmêrcô étranger. Le gouvarnêur-général délivrait At$ numârof à cbaqut eonsignataire. La premier navire qui sa présentait dans un port était consigné au magasin du négociant porteur du n"" 1er; le deuxième qui se présentait était consigné au porteur du n."* 2. On procédait ainsi jusqu'à ce que |a quantité de numéros délivrés fut épuisée. Alors on recommençait par le n."* ier. Le capitaine d'un navire expédié pour Haïti , ignorait ^ avant son arrivée dans nos ports , quel serait son eonsignataire. Si la moralité du consigna* taire que le hasard lui donnait ne lui inspirait pas de confiance, il n'en était pas moins contraint de lui livrer ses marcJiandises. Souvent les commissions prélevées sur le produit delà vente de qua* tre cargaisons proeuraient au négociant une c<M*taii)e aisance* Dessalines ne délivrait ces numéros, le plus souvent, qu'à ses favoris; tantôt c'était à un militaire, tantôt à un offirier d'administration, quelquefois à un simple citeyeur Souvent deux navires apparaissaient %n même temps à 1 horison : une goélette américaine et un -trois m&ts anglais. Le négociant qui 4.^vait avoir à sa consignation le premier navire attendu dans le port, allait trouver lautorilé supéprieure de la place et lui promettait de lui donner la moitié ou lé quart de sa commission s'il pouvait lui fiiire obtenir le plus important des deux i)àtimens. L'autorité appelait le pilote et lui ordonnait de faire eiptrer en rade le trois mâts anglais chargé, d'une riche cargaison , avant la goélette américaine chargée de comestibles* Quelquefois le navire américain avait laissé loin derrière lui le trois siàts; néanmoins le pilote le négligeait, abordait l'anglais et l# conduisait dans le port. Il y avait dés cette époque de très riches négocians tant haïtiens qu'étrangers. Ces derniers étaient anglais ia plupart. Cependant quelques français, que Dessalines avait sauvés , se livraient à des spéculations étendues , entre autres un nommé Chéry Brochard établi à Su Marc. Un capitaine américain Jacob Lewis, faisait aussi d'énormes gains, en fournissant à I Elat des armes et delà poudre. La mode de consignation qui existait alors ne fut sanctionné que le 6 Septembre 1805 en .vertu d'un décret ée Dessalines.
Mais, dans les administrations en général, on mettait sans pudeur 'en pratique, le pillage, le vol, la fourberie et la contrebande. Chacun s'efforçait de faire fortune, par n'importe quel moyen. 'Les dilapidations avaient produit un tel scandale que Vernet, ministre des finances , fil publier les instructions suivantes adr^îssées aux administrateurs principaux des départemens :
c Le ministre des finances, considérant qu'il est urgent de faire eonnattre aux administrateurs principaux et à tous les employés chargés du service de l'administration , le mode de comptabilité provisoire qui"^ doit fixer à chacun les devoirs que leurs places leur imposent ; eonsidérant en outre qu'il est de toute nécessité de prendre
■iSTorRB »'0ÂiTi.— (1804) 16%
les moyens les plus efficaces pour srréter le comsieroe illicite et frauduleux des cafés que font les propriétaires acides de gain; d'aprisl'approbation du gouverneur général de Tlle d'Haïti , annexée i la présente « arrête ce qui suit :
Art. 1er. Lei administrateurs se conformeront strictement i mes instructions préliminaires du 12 Avril et à celles du gouverneur général du 7 Fé\rier 1804; ils me feront parvenir tous les mois régulièrement un état général de leurs opérations. Ces situations donneront les résultats de chaque branchç du service d' administra* tion , d'après le mode de comptabilité ci-après :
Rꀀtl€i. Dépensés.
TmperiatioQ. Approvisionnement.
E\por(aiiou. Hiibillement , équipement
Quart do subvention. Travaux , fertifieations.
Domaines et biens régis. Marine.
Con(i:»caiion et ventes des biens Solde de troupes.
des proserits.
Divers fermages ou loyers de maisons. TraitemeDs d'employés.
Art. 2. Les administrateurs principaux donneront aux directeurs des«lomaines et des douanes, aux trésoriers, aux gardes-magasins^ des instructions détaillées sur la tenue de leurs livres et sur toutes les branches de leurs services respectifs en se rapprochant toujours le plus qu'il sera possible du présent mode de comptabilité générale.
Art. 3. Les directeurs des domaines se feront rendre compte, tous les mois, par les préposés sous leurs ordres, de la situation des biens régis et de ce qu'aura produit le quart de subvention ; ils donneront, à cet effet, aux préposés, des instructions dans lesquelles se trouvera consigné le mode de comptabilité qui leur est propre. Ces situations me seront transmises tous les mois par les directeurs des domaines.
La plupart des adntinistrateurs ne donnant leurs soins qu'à la partie du service qui se trouve sous leurs yeux , n'étendent pas leur surveillance et leur sollicitude sur les opérations des préposés éloignés, dont beaucoup tiennent une comptabilité mal établie, tant par le défaut de lumières que d'instructions, etc., etc., etc.
Au quartier général du Cap, le 4 Mai 1804, an 1er de l'indépendance.
L$ général d$ division conseiller d'Etat ,
Yernet.
J'ordonne que le présent mode d'organisation soit exécuté provi*
ICI filfT^IM BIÀITI.— (1804)
ioiremeDt jusqu'à Vép«que où j'aurai statué %n dernier ressort sur les diverses branches de l'administration.
Le gouverneur génir4il ^ ^
DESSAUNES.
Vour copie conforme.
Le ucrilnire du minieîrè des finances ^
* Yastey atné. *
* Le mois précédent, Gêrin , commandant de rarrondissernent dp Nip« pes, s'était plaint à Uessalines du défaut d uniformité qui réornait daus î'administratioa.
Petit-Tron , le 13 Avril 1804, an 1er. de Tindorendan ed'flnyti. IStienne-Elie GÉRlN , général de brigade^ com7nandn7}t V arrondissement de Nippes , au Gouverneur Général.
Je re sais à quoi attribu r le désagrément cjne je viens d'é^ouver, et que je soumet^ à votie jugem nt , bien persuadé, Gouverneur, que vous ferez droit à une réclamation fondée sur dès principes de raison t^t de justice.
Il y a environ trois semaines que j'ai chargé à bord de ma jroëletf»» la quant té de quatorze-mille-cent«juara'ite li res de café , provenant dess achats faits d ms ce b Mirg par ma sœur , de divers propiétaires , en échange de marchand ses ou argtuit
O'». chanofement ainsi fait , le capi aine louis Monncrean a été s'expédier à l'Anse à- Veau pour le Poit-au-Prince, et, ainsi qu'il a été statué, a payé la denrée à raison de vingt-cinq sojis la livre, srcondcmeut sur riniptx^ition prise sur cett», estimation à quinze sous pour cent, ce qtii fait U!ie somme de deux-mil le-six-c nt-cinquante-une livres cinq sous , ainsi comptée -au trésorier sur ce chargement.
Mais par une circo stance qu'» je ne pouvais pas prévoir et qui peut éîrt3 très '^éfa 'orablt> et très onéreuse à mes intérêts, le citoyen Ikîuth négociant américain, auquel j'avais adressé ce chargement , m'a écrit que le remboursement des droi's au Po-t au Prince ne pou'tiit se percevoir qr.'à. ra'son de dix pour cent et que je deva's m'aflresser à I'admii»isTrateur particulier d" TAnse-à Veau en réclamation de la somme de huit cent-quatievingt-trois livie?» quatorze sous faisant la» différence sur les droits apercevoir et ceux qui avaient »^té perçus.
Dans cette difficulté iuintel!i2:ible entre la perception et le remboursement des droits snr l'exportation des denrées, je me suis adressé au c toyen Papal ier , administrateur en chef du département du Sud, par une lettre en date di sept courant; mais trouvant une occasion favo able de poivoif vous exposer une contradiction qui serait nuisible aux opérations du cabotage, je le fais avec a'-surance et confiance,, lersuadé, Gouverneur, que vous ne permettrez pas que j'éprouve une perte aussi considérable daus mes faibles intérêts.
duel est le motif, Gouverneur, de cette différence dans la perception
HISTOIRE b'hâiti —(1804) 196
Dessalincs , prévoyant toujours une nouvelU «xpédition françaîse, se préparait activement i \h guerre. D'après ses ordres, le minis* tre des finances, Vernet, fit écrire, en Juin 1804, k l'administratjsur principal du département de TOuest , 0){é , qu*il eût à entrer en marché a\ec Jacob Lewis, négociant américain, au sujet de provisions de guerre et d habillements. Le général Pétion , agissant pour !e gouvernement , signa avec I américain plusieurs contrats très importans. Le 27 Août suivant , Jacob Lewis livra k I Etat 2382 bai ils de poudre. Le commandant d'artillerie Canneaux lui en donna reçu par les ordres du général Pétion. Le gouvernement s'oblif(ea à le payer en café. Le général Gérin, de son côté , avail aehfM/» i\ A<|uiu , pour le gouvernement , d'un capitaine américain , 30 175 livres de poudre à raison de 3^ gourdes S\À. la livre, 8336 li\res de plomb en rouleaux, 69 briquets et 42 paires de pistolets.
D'après les ordres du gouverneur général, les généraux qui corn* mandaient les départemens, activaient partout rachèsement des for* tifications de {intérieur, et lui faisaient des rapports sur leurs tournées. Ces pièces font connaître quel était Tétai M' quelques locft- Ulés, à la naissance de nelie société.
des droits dans un port elle refmboiirsement dans un antre ? Je • l'ignore î Va je conçois encore moins, ce qui m*a été dit et affirmé, qiron expédie de la |Oayemilte et de Pestai, purement et simplement sous acquit à caution.
Ce défaut d'ensem^^le et d'uniformité est dés.gréable et préjudiciable & notre situation locale parce qu'il éloigne de nos petits ports les spéculateurs qui seraient disposés à nous porter quelques soiila^emens devenant tous les jours iapéricuix, car malo^rô tous mes soins, tous mes efforts, je^ vois avec pfiue, aroc le plus grand reg^ret , le manque de toute espèce d'appravisionneinens , situation, d autant plus fâcheuse pour moi, à qui vous avei confié Cr^t arrondissement, el déplorable pour les braves g^ens qui composent la force publique. qu'av(C de très grands moyens en richesses territoriales, je ne, peux procur-r aucun soulagement à leurs besoins matériels journaliers.
Vous concevrez plus facilement , mon cher Gouverneur, notre détresse, en vous rappelant le tableau de toutes nos ressources dtpnis le 28 Mars.
Ne recevîint point de bâtimens étrangers dans ce |)oti, j'ai été oblipfé d'implorer l'as.sistnnoe de Padministration de Jérémie, ce qui t'est réduit aux objes ci-après: cinq cents livres de Morue, douze barils de Harengs, six barriques de Pork, et quatre* bariiques de Farine.
Avee un. nombre considérable de mrtlades à l'hôpital, nous nous trouvons dans ce moment sans farine; par des contrariétés^ de saisons, toutes les espèces de vivres sont rares. Cependant tous ces contre t^mps n'affaiblissent pas mon zèle pour le bien et le honhreur public ; mais .e soldat, privé de tous ses besoins, se déconrage ; et le manque d'approvisionnemens est pour lui un prétexte spécieux de déserter, dans le moment où TOiis m'ordonnez de faire des recrues.
Salut fc respect
E. GÊRIIf;^
188 KISTOIEE b'baiti.— (1804)
En Août 1S04, U général Gtfirard, «n tournét dans le déparl*mtnt du Sud, écrivait la lettre suivante à Dessalines.
Liberté , ou la Mort.
A Jérémie, le 5 ÀoAt i804, an ier. de Tlndépendanoe d'Haïti. Nicolas GEFFRAÇD , Général iê division commandant le département du Sud , au Gouverneur» Général.
Citoyen Gouverneur , Par ma précédente, je vous mandai que j'allais partir pour visîter les fertiGcations de cet arrondissement. Me voilà de retour, je m'empresse de vous faire mon récit. Les forts que le général Féroa fait élever dans ee moMent-ci sont à quatre lieues de la ville; l'endroit , quoiqu'il puisse élre dominé par les gros calibres , esl très-bien situé, et avee peu de forces on peut empêcher l'enne- Mii de venir établir ses batteries; j'ai donc jugé à propos de lais* «er aehever cette forteresse, et j'ai fait construire d'autres réserves dans les mornets.
En sortant de là j'ai parcouru les habitations , et je les ai trouvées abandonnées; tous les cafés sent absolument sous les lianes. Celui de Tannée passée qui se trouve en magasin est disposé par tout un chacun. L'insubordination est à son comble , mon cher gouverneur; les mesures de rigueur sont celles qui conviennent dans ce moment ci ; tous les chefs militaires négligent leurs corps, laissent les soldats libres de leurs volontés , pour se livrer entièrement au commerce. Tout cela produit le plus mauvais effet ; il est temps d'y remédier.
Je vais faire en sorte d'être aux Cayes le plus tôt que je pour* rai pour préparer vetre arrivée , et avoir l'honneur d'aller au-devant de vous.
En attendant ce plaisir, je vous désire la santé la plus parfaite. J'ai l'honneur de vous saluer avec respect,
(Signé) N. GEFFRARD.
Il se publiait peu d'écrits i cette époque. Les actes du gouvernement étaient imprimés soit au Cap, soit au Port-au-Prince. Quand quelques citoyens écrivaient c'était pour faire le tableau des horreurs que les blancs avaient exercées sur les indigènes. Des* salines avait demandé i^ chaque commandant d'arrondissement ua rapport sur les indigènes qui avaient été sacrifiés par les trançais. Ces rapports étaient imprimés. Le chef de brigade Guillaume Ia» fleur venait de livrer à la publicité une adresse à ses concitoyens^ dans laquelle il relatait les excès auxquels s'étaient livrés le général Laplume etJt colonel Méreltei sur les indigènes leurs frères^ èliog^
HILTÔIMS B'HAlTl.-<-(I80i) 167
tifaiion des français.^ Le citojeii Ghanlatte flis publia, à cette époque, un écrit sur les causes qui avaimt amené nndcpendaDced'HaîiL Il expesa que Texeès des douleurs indigènes avait produit l'émancipation nationale. Cet écrit était lexpression des sentiments nationaux.
Après avoir rappelé les circonstances les plus horribles de Toccu^ pation française de 1802 et de iS03 , il s*écria :
«Eh! quel est donc notre crime? qu'avons nous donc fait qui puiss* attirer sur nous une. proscription aussi géeérale? quoi ! ce nom d'africain, d'issu de sang afrieain , sera pour nous un opprobre éternel? La couleur de nos fronts sera toujours le sceau de notre réprobation. Cette teinte noire ou jaune nuit elle cependant en nous , aux pro« grès dts ans, des vertus , aux efforts du courage? Nous a t elle em^ péchés surtout d'abaisser ces hommes qui se croyaient supérieurs à nous f par cela seul qu ils étaient blancs? Non , non , pe souf-
* Voici une lettre de Gérin à Dessalines relative à ces sortes dé rapports. Liberté , ou la Mort.
ARMÉE INDIGENR.
A Laval , ^e 16 Juin 1804 , an 1er. de Tindépendance d'Hoïti. Elienne-Elie GËKIN , général de brigade^ commandant Parroadisêemeni de Isippes , au Gouverneur- Général.
Citoyen Gouverneur ,
J'ai Thonnaur de v».us remettre cy-joint, l'état des victimes qui ont été Murit-és sous le régime atroce des Français, dans les communes de PAnse-a Veau et du Petit-Trou. L'absence du commandant Mce. de celle de St.-Michel ayaiu été le motif du retard porté a Tenvoy de cette pièce, est cause que je ne pais y joindre celui ,de cette commune ; mais je lui en voie ce paquet sous cachet volant pour qu'il b'y joigne et qu'il vous l'ex* pêdie sans délai.
Croyez, je vous prie, citoyen gouverneur, qu'il n'y a point eu de négligence dans cette, opérât ion. Trop jaloux de remplir avec zèie tout ce qu^il vous plaira de m'ordonner, j'ai mis tout en œuvre pour me nrocu* rer les renseignement que je vous envoy , et je prends le parti d'oraonner an commandant de St -Michel de 'joindre| à son état celui ci , craignant qu'un plus long délai ne contrarie vos projets.
J'ai déjà eu l<*avantage de vous prévenir que votre lettre relative à cet office ne m est parvenue que le 11 du cou ant après un mois d'attente, et qu'il a fallu quelque peine pmr découvrit exactement les noms et le nombre de nos malheureux frères sacrifiés par les perfides Français.
Si j^eusse eu phis de temps, peut être aurais-je pu. en découvrir quelques Mitres , et faire d(^s recherches plus étendues ; mais je pense que c'est exact à un p tit nombre près.
Je vous expédie^cette pièce au moment où je pars pour les Cayes, pour commandi^r le département du Sud en l'al)sen<;e di générnl Gefirard. Je ferai mes efiorts pour mériter vos suSrages dans cet employ , pour justifier le choix qu'il a fait de moi pour le remplacer. Je serai attentif à vous rendre compte de mes opérations,
Teuillez, je vous prie, être persuadé de mon attachement
J'ai i'honneor de vous saluer avec respeet* Et. G£&UI«
16S uiSToiRB Vhaiti. — (1804)
front plus cet indigna privilège. Quand rÈ(6rnel t répandu les divsrsaft races sur la terre, il o'a point préiendu qu'une «spèce parlicuiière eh détruisit une autre. Les français pensent nous insulter, se croient tout permis en nous traitant de n<^j{res. Hé bien 1 faisens en vanité , iDontrons^leur que ceux q^'il* méprii^ent les surpissent en courage, «Q grandeur dame, et surtout en loyauté ; que leur patrie « esclavt aujourd hui sous un mattreinjjste et ambitieux , apprenne d'un peupie sauvage le secret d'ôtre libre. Les français nous considèrent comme indignes d être leurs égaux; hé bien! que ce préjugé re* tombe sur leurs tètes criminelles ; proscrivons à notre tour cet en* nemi perfide^, frappons le d'anathôoie: les français ne nous croient propres , tout au plus qu à vivre dans les bon : hé bien ! fils du désert, •nfans du malheur, que tardons-neus? Allons, en eiïet ; habiter nos retraites inaccessibles; c'est là que nous serons invincibles; c'est là quo depuis longtemps, le génie tmélaire d Haïti appelle ses chers nourrissons. A cette résolution * courageuse , les ossemens de nos frères, ces martyrs de la liberté, tressailleront d'allégresse. Nos arsenaux, nos armes, nos munitions, nos ressources et nos familles y seront sous la proteclion de la nature et des Dieux. Que si pour quelquet relations conamercialos , nos villes oiTrent encore des as} les passagers, qu'elles deviennent la proie de la flamme à rapproche de Tennemi commun: le drapeau que nous avons consacré, le seul que dès longtemps nous eussions dA arborer , sera désormais la chaino étroite , indestructible autour de laquelle un peuple de frères sert toujours prêt à se rallier. Dans cette altitude comman Jée par la nécessité, la plus imprérieuse des lois, malheur à Tinsensé qui tenterait do troubler l'ensemble et l'harmonie qui doivent régner parmi nous! qu'au moment même il soit extirpé de la société, comme on déracine avee la serpe une plante parasite et vénéneuse. Loin de ces lieux cet esprit de discorde et de division qui préparo fourdement et opère enfin la chute des Etats les mieux consolidés.» Aussitôt après le massacre des français, Boisrond Tonnèro, Chanlatte et les autres ofKciers qui formaient l'entourage de Dessalinei no cessaiejnt do répéter , avec raison , que le titre de gouverneur* général, qu'on lui avait donné, sans réflexion, par imitation de ce qui s'était' fait, sous Toussaint Louverture, ne convenait pas au chef d'un état indépendant. Ce titre s'associait à l'idée d'une autorité supérieure, d'une métropole. Plusieurs des signataires de Tacte de rindépendance étaient bien d'opinion qu'on le changeât; mais ils voulaient qu'on adoptât celui de président et qu'on fil une Cort* titution démocratique : telle était l'opinion de Pétion, de Gefl'rard, de Pérou, de Jean-Louis François, et généralement celle des hom* mes qui appartenaient à l'ancien parti de Rigaud. Comme ils entendaient parler de monarchie , ils craignaient qu'on ne légalisât lo dfspolismej et (ju'oa no fit passer le pouvoir, par droit d'Eérédiléj^
BI8T9IEB d'EAITI.— (1804) 169
dans la famille de Des^alints. D'autres pensaient qu'on pAt avoir [ une- monarchie élective, et qu'il importait peu que le chefderétat
s'appelât roi, empereur ou président.
j Sur ces entrefaites , en Août , le gouverneur g<^néral apprit que
Bonaparte, qui en 1802, avait été nommé oonsul à vie parles^nat, * s'était fait proclamer empereur, à St. Cloud, par les sénateurs ajant à leur tAte Cambacérès, le 28 floréal, (18 Mai 1804) et qu1l ne devait pas tarder à se faire sacrer par le pape Pie Vil.
A la nouvelle de cet événement , Boisrond Tonnère et Ghanlatte le déterminèrent à prendre aussi le titre d'Empereur.
Le gouverneur général se hâta d'annoncer ce bit important à ses principaux généraux, sans eependant leur dire qu'il se proposait d'en faire naître un semblable en Haïti. Il l^ur exposa combien était immense la puissance de Bonaparte puisqu'il avait pu se iaiie pro* clamer empereur, sans opposition, et leur recommanda de se tenir l" plus que jamais en garde contre ses projets.
Il adressa, à cette occasion, la lettre suivante au général Pétion :
Liberté ^ ou la Mort.
Au quartier général de Laville (ou Marchand) le 8 Août 1804, an 1er de Tlndépendance.
Ia gouverneur général au général Pétion. Citoyen géaérai , D'après différentes gazettes que je viens de recevoir, que je vais livrer à l'impression, pour que tout le mon«le en ail entière connaissance, j'apprends que Bonaparte s*est fait nommer empereur des français. Comme il est plus quç probable, qu'en celte qualité, il provoque la réunion des autres puissances contre ce pays, il convient d'activer de plus fort les travaux des fortifications, aliu de bien recevoir nos ennemis, et pour parvenir à ce but on relèvera, les tra« railleurs le samedi afin que Têuvrage se fasse le dimanche, à 1 instar des autres jours.
Je vous prie de faire accélérer la confection des affûts de canon qui sont^ destinés au camp de Marchand, et si j'éprouve du retard i les recevoir et qu'il arrive quelque fâcheux incident, c'est à vous •eui que je m'en preodrai.
Je vous salue avec amitié ^ DESSALINES.
Boisrond Tonnère, Chanlatte et les principaux officiers de l'état* Siajof de Dessalines, s'occupèrent immédiatement du mode de *procéder à sa nom^ination au titre d' empereur. Ils conçurent Ti^lée de faire une pétition par laquelle le peuple et Taroiée demanderaient que la forme du gouvernement fût changée, et que le titre d*em* |>ereur fut doané tu geuTerneur-géoôraK Cette pétition fut rédigée
IW HiSToiat d'hiiti.— (1804)
à Marchand, et Dessalioes l'expédia au général Pétion pour quUI la fait signer par les autorités de TOuest et par celles^ du Sud, avec recommandation de lui en Taire le retour sous dix jours. Il procéda de la même manière à l'égard du Nord et de TArtibonite. Il écrivit au général Péiionà la date du 1i Août 1804, d^ Laville» la lettre sui* vante €|ui accompagnait la pétition.
Le gouverneur général au général Pétion.
J'expédie près de vous, mon cher général, un de mes aides-de* camp, porteur d'une pièce qui demande votre signature, ii vota /r jugez à propot^^ vous la f«:rez signer par les généraux et chefs des corps de votre division.
Gela fait, mon aide de camp restera près de veus au Port-au Priace; vous enverrez un des vôtres au général Jn. Louis François qui, après avoir signé et fait signer les officiers supérieurs de sa garnison, enverra ce paquet au général Geilrard, par un de ses aides decamp, le vôtre restera à Aquin à attendre son retour.
Vous écrirez au général Magloirede se rendre à Léogane pour qu'au retour de votre aide de camp, il puisse signer là dite pièce.
Je ne fais pas réunir les officiers généraux, dans ce moment, parce que leur présence est trop utile dans leurs commandements pour activer les travaux des fortifications.
Vous ordonnerez à tous les commandans des lieux où passera votre aide-de-camp de lui fournir autant de montures qu'il en aura besoin, tn raison de Sa mission. Il faut que dans dix jours je reçoive le paquet ici.
J'ai rhonneur de vous saluer, DESSALINES.
La pétition revi/it à Marchand à la fin du mois d'Août , revétua de signatures. Les secrétaires de D(;'ssalines travaillèrent immédiatement à l'acte de sa noatination à la dignité d'empereur, par les généraux , et à sa proclamation à la nation. Us antidatèrent l'acte de sa nomination au titre d'Empereur et sa proclamation au peuple ; l'ua porta la date du 25 Janvier , Taiître celle .du 45 février 4S04. En faisant remonter ces actes au< semaines qui avaient suivi la 1er. Janvier 1804 , ils voulurent consacrer que ce n'était pas à l'imitation de Bonaparte que Dessalinos avait pris le titre d'empereur. Que devenaient donc les arrêtes, les ordonnances, les proclamations qu'il avait rendus, sous le titre de gouverneur général , toute sa coirefpondance jusqu'au ier. Septembre i804. Mais la haiae contra la Fraace était telle qu'on ne voulait pas qu'il fût dit qu'on eût reçu d^ella même une idée.
Il fut résolu que la cérémonie du couronnement aurait liea la t
^ Dtisaliatf a*igiioiait pas les sentimsas ^démQcratiqiisi dePétita*
■ifT>iM d'biiti.— (1804) ITl
Octobre, à MarchaDd , %{ qut le nèint jour rinttUulion de F Empire serait célébrée dans toutes les autres irilles importantes d'Haïti.
Dessalines 9 attendant atec impatience le 8 Octobre, couiinua à porter le titre de gouverneur général. Le 31 Août 4804, il écrivit i PétiOB , sous ce tilre , concernant les arrangemeis que celui ci avait pris avec le capitaine Joshua Nash , pour fournitures de munilions , d'armes et d'une goélette. Le 1er Septembre 1804 ^ il écrivit i Pétion sous le titre de gouverneur général. ^
Le 2 Septembre 1804, il annonça aux ofliciers de son état- major qu'il n'attendrait pas la cérémonie du 8 Octobre et se ferait acclamer par la 4e. demi biigade canleenée à Marchand. Il sortit de de son palais, se montra aux troupes , et aussitôt son état^major cria vive l'Empereur ! Les soldâtes répétèrent ee cri avec enthousiasme. Il rentra au palais , et les officiers supérieurs de son état major signèrent Tacie de sa nomination et j portèrent les noms des gé« i néraux qui n'étaient pas présents la plupart. Ce ne fut que plus
f lard que ces derniers j apposèrent leurs signatures; et quoique l'imprimé
^ porte les noms de tous indistinctement, plusieurs d'entre eux n'en onl
jamais signé Toriginal. Cet acte fut aussitôt publié à Mareliand.
Nùmination de VEmpêfêur d'Haïti . Jean Jaeque$ Dêêêalinn.
« Nous généraux de Tarmée d'Haïti^ désirant consacrer, par un acte solennel, le vœu de notre cœur, et répendre i la volonté fortement prononcée du peuple d'Haïti, persuadés que l'autorité suprême ne veut point de partage, et que l'intérêt du pays exige que les rênes de l'administration soient remises entre les mains de celui qui réunit la confiance , laffection et l'ameur de ses concitoyens. € Bien convaincus , par une nouvelle expérience et par Thisloire des nations, qu'un peuple ne peut être convenablement gouverné que
I par un seul, et que celui là mérite la préférence, qui, par set
•trvices, son influence et ses talens , a au élever l'édifice de notre indépendance et de notre liberté.
« Considérant qu'après urie loegue série de malheurs et devieissitudes, il convient d'assurer la garantie et la sAreté des citoyens d'une manière immuable et irrévocable , et que le plus sûr moyen d'atteindre ce but est de décerner au seul chef caj^able de représenter et de gouverner dignement la nation, un titre auguste et sacré
^ «|ui ceneentre en lui les forces de l'Etal ,. qui en impose audehors
.«I qui est au dedans le gsge de la tranquillité.
c Considérant [que le litre de Gouverneur Général décerné au citoyen J. J. Dessalines ne remplit pas d'une manière saiisfiiisante
I le voeu général, puisqu'il suppose mn pouvoir seeondaire, dépen-
[ * Archives du nuaiitèrs de Tiat^ienr [ Haïti j.
172 HiBTaiRB d'haIti,— (t804)
dant d'une autorité étrangère dont nous avons à jamais secoué le
« Sans avoir plus longtemps égard aux refus constants ft obstinés du citoyen Jean Jacques Dessalines d'accepter une puissance que le peuple et Tannée lui avaient déléguée dès répoqu<^ où notre in« dépendance a été proclanoée , puisque ce refus contrarie les intérêts^ la volonté et le bonheur, de ce pys , défénuis audit citoyen Jean^ Jacques De»salinps le titre d Empereur d Haïti et le droit de choisir tt de nommer son successeur^
«Désirons que celle expression libre de nos cœurs et déjà provoquée par le peuple, soit oiTtMte à sa sanction sous le plus bttf délai et reçoive sa prompte et entière exécution par un décret du peuple qui sera extraordinairimenl convoqué à cet effet.
« Porl-au Prince , t25 Janvii^r 180i.
€ Singé: Vernel , Clervaux , Christophe, Pétion , G;ibirt , Geffrard, Jean Louis François, Pérou, Gérin, Magny , Kaphoël , Lalondrie , Paul Romain , Capoix , Cangé , Jean- Philippe Daut , Toussaint Brave, Moreau , ïjyou , Magloire Anibroise, Bazelais, général de brigade , chef de I état major général de l'armée. *
Cette pièce datée du 25 Janvier 1804, l^ort-au Prince, ne fut faite qu'à la fir> d Août et ne fot publie* que le 2 Septenibre. Au 15 Janvier 1804, Dessalines, se rendant dans le Sud, était bien au. Port-au Prince; mais il n'y avait pas été question d'en^pereur dans le public, et il n'y avait pas eu d'assemblée de généraux. A un repat où il avait assisté, un des convives voulant s'attirer ses hautes faveurs, avait porté un toast à lempereur. Mais le gouverneur général avait repoussé ce litro sur le ton de la plaisanterie.
On publia ensuite dans la petite ville de Marchand, le même jour 1 Septembre, la proclamation de Dessalines adressée à la nation*
A Dessalines, le 46 Février 4804, an 1er de Tindépendance. X^ Gouvermnr Général d'IIàUi . aux Généraux de l'armée et. aux auto^ rites civiles et mililaires^ organes du peuple. Citoyens , Si quelques considérations justifient à mes yeux le titre augustr que votre confiance me décerne, c'est mon zèle, sans doute à veiller au salut de Tempire, c'est ma volonté à consolider notre entreprise, entreprise qui donnera de nous, aux nations les moins amies de la liberté non /l'opinion d'un amas d esclaves, mais celle d hommes qui prédilecient leur indépendance au pnjudice de celte considération que les puissances n'accordent jamais aux peuples qui, comme tous, sont partisans de leur propre Uberlé, qui n'ont pas eu besoin de mendier des secours étrangers pour briser l'idole à laquelle nous sacrifiions. Cette idole, comme Saturne, dévorait ses enfans, et nous lavons foulée aux pieds. Mais n'effaçoas pas ces souvenirs récents
MilTdiftfi d'haiti.-. ( 1 804) 1 7t
€e nos infortunes imprimés dans nos âmes , ils seront des présef'iralifs puissans contre les entreprises de nos ennemis, et nous pré« muniront contre toute idée d'indulgence à leur égarrd. Si les pissions fobres font les hommes communs, les semi-mesures arrêtent la marche rapide des révolutions.
Puisf]ue ^ous avei jugé qu'il était de TintérAt de l'Etat que j*aeeeptasse le rang auquel vous m'élevei , en m'iniposaol ce neuvoau fardeau je ne contracte am^une nouvelle obligation envers mon pays; dès longtemps je lui ai fait tous les sacrifices. Mais J^e sens qu'un devoir plus grand, plus saint me lie;* je sens, dis- je, que je dois conduire rapidement notre entreprise à son but , par des Um sages, indulgentes pour nés mœurs, faire que chaque citoyen morched^^ins la libiTté sans nuire aux droits des autres, sans blesser l'autorité qui veille au bonheur de tous.
En acceptant enfin co fardeau aussi onéreux qu'honorable , c'est me charger de la somme du bien ou du md qui résultera de non administration. Mais n'oubliez pas que c'est dans les temps leh plus orageux que vous me conikz le gouyerDement du vaisseau de I Etat. -Je suis scTldat ; la guerre fut toujours mon partage, et tant que Ta- <iharnem<*nt,^ la barbarie et l'avarice de nos ennemis les porteront sûr nos pivag4'S, je juslifiei*ai votre choix; et combattant à votre tète, je prouverai que le litre de votre général sera toujours honorable pour moi. Le rang auquel vous m'élevez m'apprend que je sui^ devenu Je père de mes concitoyens dont j'étais le défenseur. Mais qnft le père d'une f:)miile de guerriers ne laisse jamais reposer Tempirii, s'il veut transmettre sa bienveillance à ses descendants, el les familiariser avec les combats.
C'est à vous généraux el militaires qui monterez après moi au rang suprême quo je m'adresse; heureux de pouvoir transmettre mon autorité à ceux qîii oîit versé leur sang pour la pairie, je renoticfî, oui |o renonce à Tu^^age injuste de faire passer ma puissance à ma famillcf.
Je n'aurai jamais égard à J'ancienneté, quand les qualité!; re<fui- •es pour bien gouverner ne se trouveront pas réunies dans le sujet; souvent la tète qui recèle le feu bouillant de la j^uriesse contribue^ pins efQcacement au bonheur de son pays que la tète froide et expérimentée du vieillard qui temporise dans les moments où la témérité seule convient. C'est à ces conditions que je suis votre supérieur, et milheur à celui qui portera sur les degrés du trône, élevé par la reconnaissance de son peuple , d'autres seniimens quo ceux d'un père de famille.
DESS4LINÉS.
Pajp le gouverneur- général ,
L'adjudant général y Boisrono Tonnère.
Cette proclamation datée du 15 Février 1S04 u'a été reproduite^
174 MISTOIEE »*«Â1TI.— (1804)
dans la gazelU du Cap que le 22 Novembre même année. Elle fut faite comme la prtWdenle fin d'Août. Desaaiines est censé Tavoir prononcée à Marchand , cependant au 45 Février 4804, il parcourait le département du Sud. Néanmeins ces deux actes furent à Tépo* que revêtus du caractère ofQciel et publiés dans la gasette du gouvernement.
La dernière disposition de la preclamation concernant la jeunesse provenait de Tadmiralion qu'avaient excitée en iJessalines de nom*» brcux jeunes cens noirs et jaunes, par leur brillante valeur , et quelques uns par leurs talens. Il aiinait surtout les jeunes gens de famille. Il les avait, placés , les uns dans l'administration , d'autres dans Tarmée , et les comblait de ses faveurs. Il avait le don d'inspirer leur amour, il savait enflammer leur courage, et en faisait au feu d'intrépides solfiats. Comme ils lisaient et écrivaient la plupart, dès qu'ils étaient enrôles ils devenaient fourriers on sergents, et ne tardaient pas à atteindre le grade d'officier.
Des ordres furent aussitôt expédiés de toutes parts pour que la nomination de Dessalines à la dignité d'Empereur , qui avait eu lieu, par acclamations, le 2 Septembre, fut célébrée avec la plus grande pom* pe le 8 Octobre. L'acte de sa nomination à cette dignité , ainsi que sa prolcamation , fut envoyé, sous couvert, i tous les comman dans d arrondissement. Au bas de l'adresse était écrit : ce paquet ne sera ouvert que le 8 Octobre.
Dessalines annonça à son état major qu'il se trouverait au Cap le •.Octobre pour assister a la solennité qui devait y être célébrée. Ses secrétaires firent aussitôt le programme de cette f^te qui fut envoyé à Christophe. Il y était déterminé que le cortège de l'Empereur serait composé des corporations de tous les arts et métiers, de cultivateurs représentant l'agriculture, du commerce national et étranger, de la justice, du eôrp$ ligislaiif (qui ne pouvait être composé que » des généraux conseillers d'Etat), des officiers des santé et des offiiers de J'armée; que du Champ-de Mars le cortège se transporterait sur l'autel de la patrie surmonté d'un arc portant ces mots: Jean Jacques Dessalines, 1**^ Empereur d Haïti; que les forts de la rade et les troupes exéeu teraient une salve d'artillerie et de mousqueterie ; que Dessalines, montant sur un trône serait couronné au milieu d*un cercle composé des officiers généraux de l'empire, qu'une triple salve de mousqueierie et et de canon terminerait la cérémonie ; que l'empereur se rendrait ensuite à IVglise pour y entendre un Te Deum pendant que lartillerie exécuterait un triple salut ; que de l'église , le cortège retournerait au palais du gouvernement , et que la ville serait illuminée dans la soirée.
Le 4 Septembre Dessalines était aux Gonaîves ; il s*y était transporté pour s'aboucher avec un envoyé des Etats-Unis , arrivé sur J^ frégate le Conniticutj expressément chargé d'établir avec lui les
B18T0IEB d'haiti (1804) 171
liaisons commerciales les plus étroites, et de fournir k YEint tout ce dont il pourrait avoir besoin en poudre , armes, drap, toiles, habiliemens de troupes. Après avoir éconlé les offres de l'envoyé américain, il retournai Marchand. Le i Septembre , des Gonaïves, il avait é<^it à Pétion sous le titre d'empereur d'Haïti, pour lui annoncer l'objet de la venue de la frégate américaine. *
Haïti devint , squs la dénomination d'empire, une monarchie élec* tive , dont le chef pouvait néanmoins choisir son successeur. Dessalines avait déclaré, dans son adresse au peuple, qu'il respectait trop les services rendus par ses lieutenants pour choisir son successeur dans sa famille. Il avait déjà un ministre des finances ; il songea à nommer un ministre de la* guerre; il avait dtjà formé un Conseil d'Etat composé de tous les généraux.
On ne doit pis être surpris que les généraux aient consenti à signer un acte qui consacrait qu'un peuple peut n*ètre convenablement gouverné qiie par un seul. Les masses n'avaient alors aucune idée d'institutions démocratiques ; ^lles étaient , depuis plusieurs années , habituées à n'obéir qu'à un seul ; formant pour ainsi dire un régiment dont l'Empereur était le colonel , elles subissaient l'influence de l'obéissance passive, s'y soumettant comme à un devoir, «t se trouvant heureuses. Elles Tétaient en eflet comparativement aux époques précédentes, quoiqu'elles fussent déjà un peu maltraitées par les .lieutenants de t)es$alines. Elles se glorifiaient d'ètrt indépendantes de la France, et étaient éblouies de la grande gloire de leur empereur.
Les courtisans de Dessalincs qui l'ont plus tard égaré par de per* filles conseils exposaient, sous ses yeux, tout ce qu'ils croyaient qui pût flatter ses passions. Ils l'exhortèrent à créer une noblesse, à donner aux principaux officiers de lempire les titres de baron , de comte, de duc. "^1 repoussa ces conseils, en disant: t Moi seul je suis noble. » Depuis, il ne fit jamais d'autre réponse à ceux qui lui parlèrent de créer une aristocratie. Il ne voulut pas former une garde impériale , aucun corps privilégié. La 4e demi brigade faisait à Marchand le service de son palais, et les compagnies d'élite des corps en garnison dans les villes qu'il visitait lui servaient de garde.
Des hommes qui n'avaient pris les armes contre le parti colonial et plus' tard contre la France que parce qu'ils avaient été victimes de l'inégalité des conditions, songeaient déjà à se placer au dessus de leurs anciens frèrss d'armes et d infortune par des titres qui , dans les anciens états, constituent l'aristocratie de naissance. Le cœiA huniain se développe partent de It même manière. Pendant que lentourage de Dessalines tentait, sans succès, de faire créer une noblesse, les vieux rivolutiennaires de la République Française j
* Archî?e8 du ministère de Tintéricur [ Haïti J.
176 RiflToïKi d'haIti.— (1804)
cl*ancieni jacobini , se striaient des moyens les 'plus. \ils pour obtenir du premier Consul, devenu Empereur, un rang, dans la noa* telle noblesse qu'il avaîl créée.
Aucun des hommes qui entouraient Dessalines ne songeait k des institutions snges et libérales; iU ne \oulaient pas mettr» un frein à leurs passions, et si l'empereur avait sur eux droit de vie et de mort, eux mêmes exerçaient sur leurs inTérieurs une espèce de souveraineté. Personne non plus ne songeait à donner k Dessalines le cons<*il d'établir des inslitnfions d'iu^tructioQ publique , afin que le peuple, en sVclairanl , (ût concevoir en quoi consiste véritablement la dignité de Thomme. Au ^contraire la plupart de ceux qui avaient acquis quelques connaissances redoutaient la propagation des lumières dans les rangs de la masse. D^ji) ils frémissaient k ridée d'en voir sortir dos hommes* éclairés se saisissant de l'autorité du pays et se passant de leur concours; l'avenir de la nation était sacrifié à dos intérêts privés. Certainement ils eussent rencontré de grands obMacles en Dessalincs dont l'esprit n'avait pas été cultivé et qui ne voulait commander qu'à un peuple de soldats ; maî« tn faisant des efforts pour le mettre dans la voie des améliorations mo« raies et intellectuelles ils eussent rempli un devoir saint envers la pa« trie, et se fussent montrés à la postérité irréprochables. Sous les gou- \ernemens qui ont suivi, sous Pétion, sous Christophe, sous Boyer on a donné des soins à l'instruction publique, maisnnir une base qui n'était pas assez large. On a vu chez nous se développer, depuis Fudépendance , une génération partagée en deux classes appelées également au pouvoir, marchant côte à côte , sous l'influence d'idées opposées, et n'a)ant de commun que Pamour de l'indépendance nationale. L'une, habitant les villes, et composée de noirs et d'hommes de' couleur, a reçu des connaissances qui lui ont donné les premiers instincts de la civilisation européenne ; l'autre composée, presque en entier, de laboureurs noirs, a grandi sous l'im- * pression des mœurs africaines prati(|uées pendant longtemps et mémo de nx)S jours dans nos campagnes. Les jeunes gens de ces deux classes parvenant au pouvoir n'ont pas dû s'entendre parce quo leur éducation était contraire; ils n'ont pu se faire des concessions ni d'nne part ni de l'autre ; ils ont dû en venir aux mains, et les liens de la patrie ont été déchirés. Ce malheur que le temps seul réparera par* la propagation des lumières eût été évité , si , dés 180*4, on avait établi eu Haïti uu système unique et général d'ins- . Iruetion publi(|ué , doniiant aux jeunes gens de toutes les condi(jonf destinés à exercer l'autorité avec les mêmes droits, les mêmes impressions et une même direciion d'idées et de mœurs. Il n'existait sous Dessalines, quelques écoles que dans les villes; encore n'y onseignait-on qu'à lire, écrire et calculer. Cependant , il y avait au Cap, un pensionnat tenu par un nommé Laborio, oùlesjeuAOt
BifToiRE d'haiti. — (1804) 177
gens receiraient des connaissances au-dessus des premières notions de la langue et du calcul.
A cette époque, des corsaires haïtiens, auxquels Dessalines avait délivré des lettres de marque pour donner la chasse aux navires français et espagnols , inquiétaient même quelquefois les b&timens marchands anglais. Ce que les anglais avaient prévu se réalisait ; et c^était .pour éviter d*en venir à capturer nos navires' qu'ils nous avaient demandé , au <5emmencement de Tannée, l'autorisation de proléger euxmêmes notre littoral , et nous avaient exhortés à ne pas ariucr de corsaires. Mais Dessalines qui voulait que son pavillon eut, sur les mers, les privilèges dont jouissent les états indépendans , avait constamment refusé de signer avec eux aucune convention à cet égard.
L'amiral Duekworth lui adressa la lettre suivante , à roccusiuu de la conduite de nos corsaires.
A bord du vaisseau de S. M. le Shark , Porl-Royal ce 2 Siiplembre 4804.
L*Afniral Duchwortk , à son Ex.C€llenc$ le Capitaine Général Dcssdines.
Monsieur ,
« J*ai eu avec votre excellence plusieurs communications dans lesquelles no«s étions comme coavenus que vous n'auriez pas besoin de bàtimens armés pour croisn* autour de lile, et je vous promettais , comme un devoir, de donner mes ordres aux bàtiajcns sous mon commandement de protéger votre commerce.
« Je suis fâché ^de voiis dire quau moment où les bâtimcns sous mes ordres croisent avec ordre de pruiéger. votre commerce contre les déprédations dés corsaires français, c«s mornes bâlimqns ont rencoalrc dans leurs croisières .plusieurs bAlimons armes sous votre pavillon qui ont montré dos dispositions hoslilos. Considérant que voue. excellence ne peut çipprouvcr une pareille conduite , je saisis celle première occasion pour en faire mes représentations, et en même temps vous prier d'arrêter ces mesures contraires à vos pjomcs^^cs, car elles peuvent troubler 1 harmonie qui a existé entre nous, et cela amènerait à des incon\éniens.
0 Cette lellre vous sera remise par le capitaine Perkins , commandant la frégate la Tarlare ^ qui a l'honneur de vous connaître, c J'ai rhonncur d'être etc.
« Dlckwouth. »
Le capitaine Perkins, porteur de cette dépèche , vint mouilleraux Gonaîves , le 48 Seplembrc au soir. Il y apprit que Dessalines venait de se faire proclamer empereur, et se trouvait a Marchand. Il XWalt.le p^(|uot au miai$tto des liaances avec la lettre suivante;
Li Capitaine P^kins , commandant la frégate la tartaré y à • l'Empereur Dessalines.
Gonaïves 19 Septorobre 1804.
« Sire ,
« Je prends la liberté de vous informer que je suis arrivé ici hier au soir , avec des dépèches du commandant en chef de l'escadre en station à la Jamaïque.
« Je devais tes délivrer à vous-même ; mais apprenant que vous êtes assez loin des Gonaîves, je prends donc !a liberté do les confier au général Vernet qui m'a promis de vous les faire par\enir tout de suite. Je suis fâché de n'avoir pas le plaisir de vous voir en personne, ayant bien des choses à vous communiquer. Je vous prie de répondre à la leMre que je vous envoie; je vais me mettre dans quatre jours dehors en croisière, et j'attends par la première occasion «ne réponse. »
Dessalines entra dans une viplente fureur en entendant la lecture de la lettre de l'amiral Duckworth. Il dit que si les anglais continuaient à l'importuner, il romprait toute relation avec eux , leur fermerait ses ports , «t leur prouverait, une seconde fois, qu'on peut vaincre, sur le sol d Haïti , les armées delà Grande Bretagne comme on avait vaincu celles delà France. Il a\aii été vivement piqué du titre de capitaine général que lui donnait l'amiral Duckworih. 11 se demandait si les anglais le prenait pour le général Leclorc ou le général Uochambeau.
Il répondit sèchement au capitaine Perkihs par la lettre suivante:
A Capne. Perkins , commandant la frégate la Tartar$ , en rade aux Gonatves.
Marchand ce 20 Septembre 1804.
< Je reçois à Tinstant avec votre lettre du 19 courant, celle de son excellence l'amiral Duckworth à laquelle je viens de répondre ; ci-joint ma lettre.
< Je suis fâehé de ne pouvoir me déranger de mes grandes occupîitions pour all^ apprendre de vous ce que vot»s avez à me communiquer. Je suis très occupé.
Dessalines.
Ji son excellence V Amiral Duckworth, commandant en chef l'e$cadre en station devant la Jamaïque.
€ Monsieur»
« J*ai reçu la lettre que v^tre exceUence ^m'a écrite sqUs la date
HistorRB D^ Haïti.— (1804) 1^9
du 2' courant , par laquelle volrc excellence me donne af is que deê corsaires armés pour la défense des côtes de Tlle st sont montrée hostiles aux bâtimens de S. M. D. Je me fais Thonneiir de dire à irolre excellence que les corsaires que j*ai fait armer pour proléger les côtes de Tlle^ont reçu ordre de Irailerles bâtimens de sa majesté britannique en amis, mais d'agir contre tous les bâtimens ennemis qui chercheraient à interrompre la tranquillité de Ttle. Plusieurs rapports m ont été faus des rencontres que mes corsaires ont faites avec les bâtimens anglais, et ils se sont traités comme amis<
« Je ne me rappelle pas être jamais convenu avec votre excellence d« ne point armer de corsaires. Bien m'en a valu , car les croispurs français , il nj a pas bien longtemps, se sont montrés dans le fond du canal.
J'ai 1 honneur d'être elc«
t)ESSAL1NEâ.
Dès cette époque les anglais cessèrent de faire des communications de ce genre à Dessalinês. Ils ne voulurent pas entrer en hostilités avec un voisin (|ui pouvait nuire coBsiddrablement à leur marine marchande, et qui comptait pour rien la ruine d^une ville incendiée par le bombardement d'une escadre. J
L'empereur vint de Marchand aux Gonaîves ; il y répéta les paroles qu'il avait dites contre les anglais, et recommanda aux autorités de se tenir en garde contre les blancs de n'im'porle quelle nation.
il se transporta ensuite au Cap avec tout son état major. ^ Le 8 Octobre jour fixé pour la. cérémonie de son avènement à l'Empire, le père Corneille Bretle , curé du Gap , célébra l'office divin avec 9vee la plus grande magnificence. Le général Christophe donrra à la solennité l'éclat de son imagination, elles fêtes célébrées au, Cap furent les plus brillantes de l'empire. César Télémaque, l'ancien maire de celle ville, qui s'était montré jusqu'au dernier mo: ment très dévoué aux fiançais, cl qui avait failli d'être victime de son amour pour lanricnne métropole, chanta et présenta à Dessa* lines , au palais impérial, una pièce de vers , alors considérablement applaudie.^ Au Port au-Prince et dans les autres villes fa môme cérémonie eut lieu avec ordre et enthousiasme; les cris de vive lEmpereur se firent partout entendre , et le peuple , réuni dans chaque chef lieu d'arrondissement, sanctionna par ses acclaniations et par des adresses à Dessalines, l'acte par lequel le titre d'Empereur lui avait été déféré.
* P. Roux, împrîmenr de Pcnipcrcnr, inséra rfans In gnzcHe du Copies vers de Téiéiuai|ue.
Coupletê chantés eipfêifenfés à Sa Myesté J.QCQUES U.r. Empereur d^IfaHh IfAî <L Cétfur Tdimaqu€ , Coutrôieur du dèpartemeai du Nord.
180 HISTOIRE D'HAITf.— (1804)
Déjà Dessalines avait réuni à Marchand des sommes importantes provenant tant des contributions qu'il avait établies sur les blancs avant leur massacre et dês droits de douane , que du prodnit du quart de subvention à titre d'impôt territorial. Il y avait formA un dépôt d'armes et d« munitions. L'arsenal était garni de 50,060 fusils , 50,000 briquets, 5,090 sabres dt cavalerie, de nombreuses pièces de remparts et de campagne et d'un million de poudre. La manufac ture de poudre qu'il avait établie sur l'habitation Boutin près de Marchand lui fournissait déjà d'abondantes munitions. Plusieurs officiers polonais, instruits, dirigeaient avec quelque succès cette manufac* ture. Il a\ait fait écrire aux Etats-Unis pour qu'on lui envoyât plusieurs bons ouvriers. La poudre qu'on faisait à Boutin était un peu grossière et donnait une fumée très noire. Il projetait d'établir plusieurs fonderies sur différens points de TEmpire/
Tout tendait vers ane véritable prospérité matérielle. Le commerce était florissant; nos grands ports étaient peuplés de navires anglais, danois, américains. Les capitaines étrangers, contrairement au\ lois du pays, vendaient clandestinement la plus grande partie de leurs cargaisons en gros et en détail aux petits marchands , et exportaient du pays le numéraiie en circulation. Ces fraudes furent signalées à l'empereuf qui, pour les arrêter , décréta, pendant qu'il était au Cap, le 15 Octobre 1804, < Qu'il était défendu à tous capitaines de bâti- « mens étrangers qui arriveraient dans les ports de l'empire de ven- « dre leurs cargaisons ea détail aux iioarehands ou particuliers ; que ' « les négocians établis en vertu des lettres patentes de l'empereur « auraient seuls le droit de traiter par un ou plusieurs, les car* € gaisons. *
« Que les négocians étrangers ou indigènes qui récuraient direc-
Air : Du vaudcvilU du, Devin dt village, *
•Chantons, célébrons ijotre gloire , Son nom, sa valeur, son courage* ,
Amis de l'ile d'Haïti ; Font trembler tous Us intrig^ans \
Marchons , soutenons la victoire , Ennemi du vil esclavage ,
Le bonheur de notre pays. Il voit ea nous que ses en&ns.
Chêrissoas sans cesse , Chérissons sans cessa ,
Avec allégresse, Avec allégresse,
Celui qui fait notre bonheur; C< lui qui fait notre bonheur,
Vive l'Empereur. [Bis.] Vive l'Empereur. [Bis.]
C'est lui qui punit l'arrogance Reçois de moi les doux hommages ,
Des fran<}ais , nos vrais ennnemis ; Mon respectable souverain ;
Et qui , par sa douce clémence , due Dieu t'iospire des lois sages ,
Fait de ses sujets des amis ! Et te protège de sa main.
Chérissons sans c«sse, Je chéris sans cesse ,
Avec allégresse, Avec agllértsse,
Celui qui fait notre bonheur \ Celui qui fait notre bonheur y
Vive J'fiffipersur. [Bij Vive r£m|>yeur. [Bisj
B «ToinE d'haiti. — (1804) 181
f filment d^s bâtîmens à leur consignation pourraient vendre les mar- € chandisos en . délaiî.
« Que iesdiis n(^gocians ne pourraient néanmoins traiter avec Tes « bâtîmens étrangers pour leurs cargaisons qu'après que Tadminis-
< traiion aurait fi^it çhoi» des articles nécessaires au besoin de c rarmée.
€ Que les conlrevenans à Fordonnanee seraient condamnés à une
< amende de trois-cents gourdes, pour la première fois , et de cinq cents gourdes en cas de récidive. »
Il fut ordonné au ministre des finances, aux généraux de division et de bri«;ade, aux administrateurs princfpaux et particuliers de faire exécuter le décret chacun en ce qui le concernait.
Sous Toussaint Louverture , les caisses de l'Etat étaient celles du gouverneur; sous Dessalines, elles étaient devenues celles de.Fempereur. Tant est funeste le mauvais ejîemple donné par un prédécesseur! L'homme a une tendance à imiter tout ce qui flatte ses mauvaises passions, et pour qu'il leur résiste, il faut qu'il tr^iuve un frein soit dans une haute vertu, soit dans des insliltiiions forte* ment soutenues par des populations morales et éclairées. Toussaint s'était réservé le droit, à lui seul , de dilapider ; Dessalines, moins égoïste, disait aux administrateurs: < plumez la poule; mais prenez garde qu'elle ne crie. » Ce qui signili^iit : faites votre fortune au détrimerft de FEtat; mais tremblez, si la voix publique vous accuse. Oq n'est point surpris de ce langage, quand on se reporte aux mœurs coloniales dont l'influence s'exerçait alors puissamment. Dans l'ancien régime, l'esclave le plus dévoué ne se faisait pas scrupule de voler un objet quelconque à spn mailre auquel il donnait gratuitement ses sueurs. Tant est aflreux le syslftme corruptrër de la servitude qui engendre tous* les vices. Dessalines dont l éducation n'avait pas été cultivée n'avait pas le sentiment de la dignité de sa nouvelle position. C'était ce que Christophe lui reprochait avec le plus de violence dans le cercle de ses intimes.
I! n'existait pas de municipalités; le système cemmunal n'était demandé par aucun citoyen ; les plus zélés partisans de la liberté n'y songeaient même pas; le système des baïonnettes régnait souverainement de toutes parts. Les chefs militaires des ai rondissemens avaient en réalité droit de vie et de mort sur leurs administrés; et les commandans de places exerçaient les fonctions de juges*de paix. Les administrateurs des finances n'osaient rien leur refuser ; ils re« tiraient, la plupart, du trésor public, des sammes assez importantes sans même en donner reçu ; ils toléraient les contrebandes quand ils en retiraient un bénéfice personnel; malgré Tarrèlé de Dessalinos da 9 Avril, les chevaux, les mulets appartenant à TElat servaient à leurs «besoins journaliers. Dans beaucoup de communes ils dispo* saient du quart de subvention déposé daa<s les magasins de lEtàt*
Eq faisant des gralificalions à Vasley, chef des bureaux du ministre des finances, aux principaux officiers de l'état- nnajor de Dessalioes» leur conduite demeurait impunie. Le prix du café avait augmenté. Au lieu de 20 sous la livre, U se vendait de 25 i 26 sous. Le cacao se vendait 15 à IG sous la livre; le sucr« 7 à 8 gourdes le cent; ie Ibois de eampèehe 13 à H gourdes le millier ; la coton 17 à 18 gourdes le cent ; mais le fermier réglait avec le cultivateur, pour ce qui avait trait au café, toujours k raison de 20 sous la livre.
Pendant que les hauts fonctionnaires civils et militaires se procuraient ainsi , d'une manière rapide, une amélioration à leur position, le peuple, surtout celui des campagnes, était tenu sous un régime de fer. Le travail fercé était en pleine vigueur, et le vol le plus léger était le plus souvent puni de mort, selon le caprice des chefs militaires. La cendamné était quelquefois exterminé sous la verge et le bâton par des soldats pris indistinctement dans les corps; il n'y avait pas de bourreau , et le soldat par accident eh faisait lof-* fice , comme s'il eut rempli un service militaire. A celte époque 30, 870,111 livres de café avaient été exportés du pays, non compris une quantité presque égale sortie par la contrebande. .Quoiqu'il y eut un seizième de la population soiis les armes , et que de nombreux cultivateurs fussent toujours employés à lachév^^ment des fortifications intérieures, la culture prospérait. La plaine de TArtibonite se couvrait de cotonneries , et les sucreries qui avaient été in« cendiées, pendant la guerre, se relevaient partout.
Il était défenilu, sous peine de mort, à un indigène de sortir de l'empire. Haïti, menacée d une invasion étrangère, avait besoin de tous ses enfans pour la défondre. L empereur déclara <]ue les marins haïtiens qui aimeraient mieux se rendre à lennemi que de se faire sauter, seraient décapites quand ils rentreraient un jour dans leur patrier. Pendant qu'il était encore au Cap, en Qciobre, il apprit que des indigènes étaient partis pour l'étranger. Il iiecréta le 22 dû' paème mois « Que tout bâtiment étranger armé ou non a bord duquel € il se trouverait une ou plusieurs personnes qui seraient enlevées If dHaiïti pour être conduites à l'étranger, le capitaine serait an été, ff mis en prison pour dix mois, et serait ensuite renvoyé dans son c pays ayec ordre de ne plus reparaître en Haïû; le bâtiment et ff la cargaison -seraient confisqués au profit de TElat; que tout inff dividu pris à bord des dits bâtimens serait fusillé en place pu* ff blique. •
Le 25 Octobre, il ordonna d'arrêter les vagabonds et de les con* traindre à travailler sur les habitations de TEtat. Par la même or^ donnance, des commissaires d'Uets,^ espèces de commissaires de po-
* //et, réunion de m «'disons , dans une ville, but un espace de cent pas ç^ri'és^nviron. On choisit «dinairement , en Haîii , pour commissaire d^let
IIISTOIBE D'iIi^ITI.— (1804) - 18S
lice^ furent institués dans toutes les villes. l(s étaient spécialement chargés de faire le recensement de la population qui s élevait alors, comme nous Tavons déjà vu , à 825,000 âmes. Ce fut à celte époque qu'on songea à continuer la publication de la gazette du Cap, qui . avait cessé de paraître depuis lévacuation des français. Le I**" numéro de cette feuille fut li\ri au public 1^ 15 Novembre 1804, sous le litre de gazette politique et commerciale d'Haïti. Les arrêtés el les ordonnances <le l'Empereur y étaient publiés.
Dessalines qui domptait les passions du peupU, ne pouvait coq* tenir les siennes ni celles de la plupart de ses principaux favoris. Les administrations étaient déji livrées i d liorribles dilapidations, y Il en donnait lui-même l'exemple. Il entretenait dans chaque ville des maîtresses auxquelles il fo«urnissait des sommes considérables. Il employait toutes sortes de ^séductions, ly)nneurs, richesses, pour "vaincre la vertu des femmes qu'entourait une certaine respectabilité* Il n'avait pas besoin d'employer la violence , car la corruption était telle dans les mœurs que beaucoup de jeunes et belles femmes prévenaient ses désirs. Le mariage , loin d'être Imnoré , était presque ua objet de mépris. Beaucoup de grands dignitaires de Tcmpire étaient, comme nous disons chez nous . placés, ou vivaient tn concubinage. Plu&ieurs d'entre eux pratiquaient la polygamie. Sous Christophe, dans le Nord, ces désot dres qui anéantissaient la famille,, seront réprimés après la chute de Dessaljnes.
Les quelques blancs français qui avaient été conservés ne jouis* saient d'aucune garantie ; ^Is n'étaient que tolérés ; pour conserver leur existence ils étaient obligés de s'attirer la bienveillance générale, à force de concessions faites i ceux avec lesquels ils étaient habituellement en relations. Quand ils étaient maltraités ils n'obtenaient aucune justice j quand ils étaient sacrifiés, leurs assassins n'étaient pas poursuivis» U £iut reconnaître que Dessalines faisait respecter ceux qui s^ trouvaient sous ses yeux.
Il y avait à St. Marc un riche négociant français, nommé Brochard,. homme de bien que Dessalines avait sauvé , et un médecin français, Daransan , généralement estimé. La fortune de Brochard excitait depuis quelque temps la cupiditc de plusieurs hommes cruels. Pendant que DessalÎHes était au Cap, un officier de la 4e. visita Rro* chard et Daransan et leur dit que l'empereur avait résolu leur perte,» et que, s'ils ne se hâtaient pas do sesanver, ils seraient infailliblement sacriHés. Ce rapport entièrement faux n'avait été- fait par t'officier que parce qu'il cherchait à dépouiller les deux blancs. Ils leur inspira d'abord une vive inquiétu<Ie , puis une terreur profonde.. Ils se décidèrent à ^'embarquer ; et trompés par les démonstrations 1
U citoyen le pltiB notable de Ttiet ; il exerce gratniieinent ■ fee fonctions ,,
et sa surveiliauce ne •'étend ^«e Au-deJà de sou lieu. j
184 ^ HISTOIRE b'haiti.— (1804)
d'amilié de rofficîer, ils le chargèrent de leur procurer des moyens d'évasion, lis lui livrcrenl tont ce qu'ils possédaient en numéraire, bijoux cl argenlerie , et le virent, dans la journée , embarquer ce^ •objots sur un navire qui devait se rendre au CoBtinent. Quand la nuit fut venue, Rrochard accompagné de sa femme, jeune personne de couleur et d'un fils en bas âge, déguisé en matelot, se rendît sur- le rivage de la mer , avec Daransan. Mais au lieu derencontrcr ia chaloupe du commandant du port qui dtvaii les recevoir ,iU trouvèrent des matelots qui les massacrèrent. Madame Brochard et son fils furent épargnés parce qu'ils étaient sang-mêlés. L'officîpT de la 4e fit descendre à terre l'argent de ces deux infortunés, qu il avait embarqué lui môme , et 8*en appropria après en avoir donné une largd part aux matelots.
A cette époque arriva aux Gonaîves un nommé Tucoudray , homme de couleur , créole des lies du vent. Il fut dénoncé à Vautorité comme espion du gouvernement français. On Tarrita et on le conduw siia Marchand'où il fut emprisonné. Ses papiers qui furent saisis constatèrent qu'il était chargé d'explorer le pays. Il fut exécuté trois jours après son arrestation. Il n'avait cessé| de répéter , pendant qu on interrogeait , que jamais la France ne renoncerait î St. Domingue.
Le 7 Décembre 1804 Dessalines fit publier une ordonnance par laquelle les généraux commandans de déparlemens furent autorisé! à faire imprimer des cartes de sûreté, pour quelles fussent délivrées par les commandans d'arrondissem^^nt et de place aux personnes des dt^ux sexes habitant les villes et bourgs de l'empire. L'autorité fit payer ces cartes un gourdin par les personnes aisées, et un esealin par les indigens. Le produit de cette espèce d'impôt devait être verséentreles mains des généraux dt division,' pour subvenir aux besoins des soldats invalides. Les personnes arrêtées sans être munies de leur cart% de sûreté devaient être employées aux travaux publics.
Sur ces entref\iites arriva dans toutjes les villes de l'Etat d'Haïti Tordre à tous les hauts fonctionnaires civils et militaires de se transporter à Marchand pour assister au deuxième anniversaire de Tlndêpendance (!"' Janvier 1805 ) Le ministre des finances manda en même temps tous les administrateurs et direeteurs des domaines aux Gonaîves, pour les derniers jours de Décembre, afin qu'ils pussent rendre compte de leurs opérations de l'année 1804 avant la fêtèdu ier. Janvier. Dans toute Haïti, il y eut un grand mouvement; tous les fonctionnaires étaient rencontrés sur les grandes routes, cheminant vers Marchand ; et dans chaque ville l'on, faisait des préparatifs de fêtes. Les administrateurs principaux et les directeurs des domaines, réunis aux Gonaîves i la fin de Décembre^ furent parfaitement accueillis
Ear Vernet ; les habitans de cette ville leur offrirent une franche ospitalité. A cette époque, il n'y avait que fort peu de maisons aux Gonaîves; on n'en construisait pas parcs qu on s'attendait, chaque
HisTOtRiB d'haiti— (1804) ISS
jour , à une nouvelle Invasion française ; la population logeait $oit dans des cases, couvertes en paille, clis«<^es et maçonnées, soit dans des ajoupas. Les festins qui j étaient frf^quenls se donnaient sous *de8 tentes qu'on dressait exprès. Quand il y avait dans une maison un grand lit, une bergère, une armoire d'acajou, c était un luxe.* En général on trouvait, dans les cases et les ajoupas , des lits de campagne supportés par des pieux ; mais les babitans avaient de bons matelas, du beau linge de lit , de table et de corps. Ils plaçaient leurs vèiemens dans des malles qu'on pouvait facilement transporter dans lintérieur. Du reste Taspect^des Gonaîves était celui de toutes les villes du Nord et de TArtibonite qu'on avait incendiées en 1802, lors de l'arrivée des français. Dans la seconde division de lOuest et dans le Sud on trouvait"" encore le même ameublement que dans l'ancien régime , parce que les villes de ces quartiers n'avaient pas été livrées aux flammes. Le 29 Décembre 1804, les autorités civiles et militaires de tous les points de fcmpire étaient réunis à Mar* chand. Cette ville avait en ce moment la physionomie d'un vaste camp. D'une étendue de vingt carreaux de terre** environ, elle était parfaitement entretenue. On y voyait , à de légères distances , de
* On n'éirtît qne cnmpè sut le litforal. Les femn^e» des 'pîup prrr.ndg dijçnitaires de l'Empiré (reuvnicnt h peine des roulniièicf», des lingèrcî», dea b'ancLi8$ensc^\ Ver« celle époque , madame Chrislophe èciivnil la letlie sui- Vtihis à 9on mari.
G'^nnîvef, le 11 Novembre 1804.
Femme Henri CHRISTOPHE , à son cher Epoux,
Je profite avec un vrai plaisir, mon bon njiii, de cette o«"r?imon favorable ponr vous apprenrîre qne nous joni?soni3 tou§ d'une parfaite santé, à l'exception cependant de Virior qui est un peu in:omrïiodé ; je pense que • c*eit pour jies dents ; j'aime li croire que «'«la ne sera rtsn. Voilà quelques jour» que j» suis privée de vos chères nouvelles; si vous «aviez la sattsfartion que je refsnens quand j'en reçoiî*, vou? m'en donneriez tous les jours. Je vous prie de fairt presser la blauchiss'eu-^e pour mou linge, car moi et mes enfans sommas à la vaille d'en manquer, et vous savez que l'on se fait blancliir ici dififL-ilement. Lorsqu'il sera prêt, obligez moi de donner vos ordres ponr me le faire apporter tout de suite. Le sucra que vous m'avez annoncé n'est pas encore arrive, ce retard nous fait beaucoMp de peine, car nous rallaiifllons avec impatience , et particulièrement madame Desealines qui espère ses places par ie bâtiment sur lequel vous avez chargé le sucre. Elle et ses d«nfK>i6elle6 me chargent de vous faire bien des complimens.
Nos enfans se joignent à n)oi pour vous désirer une bonne santé et vous embrasser du profond de notre âme.
Votre affectionnée épouse ,
Fc. ClItlISTOPHE.
^ndime Christophe était une demoî^ftlle Coidavid. Elle hc nommait Marie-Louise. Sa famille était libre de nombreuses onnèes avant la révolution.
** Cent pas carrés , le pas de trois pieds et demi.
granJs arbrçs séculaires que b révolution avait respectés, une vingtaine de belles maisons nouvellement bâties, couvertes ta plupart en tuiles; beaucoup d'autres s'élevaient rapidement. On avait dressé autour de la ville plus de trois mille ajoupas pour recevoinous ceux * qui étaient venus assister au deiixièmt anniversaire de T Indépendance. Marchand qui R'était qu'une ville de 1200 âmes avait « réunies dans son sein, plus de 20,000 personnes. La garnison composée délaie et de quelques autres troupes occupait une partie de ces ajoupas , ainsi que de nombre,ux ouvriers de tous les métiers qui, depuis le commencement de 180i, travaillaient aux nouvelles constructions. Il y avait dans chaque rue de vastes tonnelles ornées de larges feuilles, préparées pour les danses et les feslins.
Dès la pointe du jour du 31 Décembre on vit arrivera Marchand de nombreux et beaux chevaux qui devaient, sous les yeux deTempe- ' reur , fournir plusieurs courses. Dessalines aimait avec passion ces sortes de jeux. Les courtes commencées à neuf heures du malin , ne cessèrent qu'à deux heures de l'après midi. Elles avaient eu lieu avec tant de confusion , qu'il avait été presque impossible de constater quels avaient été les meilleurs coursiers. Comme chacun prétendait que c'était le sien^ Dessalines , plein de gaieté , ne donna aucun prix. A. quatre heures, 400 tambours et autant de tifres firent entendre l'assemblée générale i c'était un bruit étourdissant. La 4e. demi brigade, qui seule alors avait un corps de musique, exécutait, au palais impérial , des airs patriotiques. Cn même temps Dessalines parcourait la ville, entrait dans les ajoupas, plaisantait avec tout le monde , et incitait aux plaisirs de tous genres. Â cinq heures et demie deux<cen(s piàces de gros calibre , dressées tant dans les forts que dans la \ille, commencèrent , en même temps, à tirer ^ pour annoncer le deuxième anniversaire de rindépeudanct. Gette^ canonnade dura une demi heure.
Aussitôt après qu'on' eut battu la retraite, des danses africaines de toutes espèces, commencèrent à s'exécuter tant sous les tentes qu'en plein champ; la danse du vaudôux seule était proscrite. Toute la nuit se passa en fêtes et banquets ; le bruit des tambours ne cessa de se faire entendre que vers le jour.
À sept heures. du matin du T*^ Janvier 1805, cinq mille hommes, cavalerie, infanterie et artillerie, étaient rangés sur une vaste place préparée pour la cérémonie. Les soldats et les officiers subalternes étaient diversement habillés. Les uns étaient fort bien vêtus , d'autrestrès mal et piesque nus; les uns étaient chaussés , bottés , d'au* très nu'pieds; les uns coillés, d'autres nu-tètes. Mais Téclat 4^ armes était admirable, et le plus profond silence régnait de tous côtés. Au centre de la place s'élevait Tautcl de la patrie surmonté du trône de S. M. TEmpereur.
A huit heures D^ssalines sortit de son palais entoure des officiers
niSTOIRK D*HAITI.— (1805) 187
de son état-major, de tous les généraux deTempire, parmi lesquels Ton distinguait, Capoix, Toussaint Braire, Vernet, Clervaux, Gabart, Pétion, GefTrard, Pérou, Jean-Louis François. Il portait un habit rouge brodé d'or, des épauleltes couvertes de sept étoiles de diamant, un chapeau bordé d'^or surmonté d'aigrettes rouges et bleues ; il avait à ses côtés un cimeterre, et à la main une canne à pomme d'or. I^ giénéral Henry Christophe se tenait i ta droite, et le général Bazeiais à sa gauche.* Yenail ensuite, à une légère distance, l'Impéralrice, pleine de majesté, d'une taille élevée, dont la physionomie exprimait toute la bonté de son cœiir.^ Elle portait une robe de satin bleu de ciel, bordée d'or et d'argent, parsemée d'abeilles; elle iHait accompagnée de di^uze dames d'honneur et de quatre aidesde-camp de l'Empereur.
Quand Dessalines parvint près de l'autel de la patrie, le général Christophe se détacha de ses côtés, et se transporta au centre de la place pour faire rendre les honneurs à S. M. Il commanda : Présentez les armes, genou terre; et aussitôt les troupes présentèrent les armes, et s'agenouillèrent; la foule quoique étonnée de ce dernier iDouveiivent se prosterna aussi. Alors les canons, les tambours, les fifres, les trompettes, la musique de la 4e retentirent de tous côtés; et pendant une heure la nouvelle capitale fut remplie du bruit de 300 pièces de canon. La fumée était si épaisse qu'on ne se distinguait plus. Quand le ca«on cessa de tonner, la foule toujours âge- Douillée entendit un discours prononcé avee véhémence par Boisrond Tonnère, monté seul sur l'autel de la patrie avec Dessalines. Peadant que Boisrond rappelait les cruautés des français et Jcs hauts faits des armées indigènes, Dessalines était animé d'une ardeur difficile à peindre ; ses yeux brillaient et ses gestes étaient vifs. Dès ^ que Boisrond eut fini de parler, l'Empereur lui même prononça , d'une voix forte, le serment de vivre libre, indépendant ou mourir. L'Impératrice et ses dames d'honneur s'agenouillèrent au prononcé du serment.
Le général Christophe, à cheval au centre de la pface, fit défiler les troupes sous les yeux de l'empereur.
Il était midi quand Dessalines rentra dans son palais. On y avait préparé un somptueux repas auquel assistèrent les ofliciers de la garnison et teùs les employés civils et militaires.
A deux heures de I après-midi, le peuple, ainsi que les soldats, se divisant en des milliers de groupes, se mit à danser à travers la ville au son du tacpbour; dans chaque cercle, on répétait en chantant le serment de vivre libre, indépendant ou mourir.' A. six heures
* Dessalines l'avait épousée, pons Toussaint Louverture , h Léogare , après la guerre civile. Elle se nommait Marie-Claire Heureuse, avant sou lifinriage. Elle existe e.icore et habile Si.-Marc.
188 HISTOIRE d'iiaîti. — '1805)
du soir\ le bal fut ouvert au palais impérial, par un rond Tormé de TEmpereur, de Christophe, de Vernet, de Bazelais, et de Tirapératrice, de la fille aînée de Dessalines, des dames Vcrncl et Daut. La nuit s écoula en danses à travers les rues , et le 8 Janvier 1805, dès huit heures du matin, chacun était à son travail, comme si la veille, il n'y avait pas eu de réjouissances.*
Pendant les fêtes de la veille, Dessalines avait prouvé combien^étaît magique la puissance qu'il exerçait sur la nation. Il n'y avait pas eu le plus léger désordre, quoique chacun fût armé.
L'empereur, suivi de tous les officiers généraux et de tous les employés* civils, visita les travaux qui s'exécutaient pour l'édification d'un immense palais à Marchand; «il inspecta les corps d'ouvriers et parcourut ensuite yn terrain contigu à la capitale, où il so proposait d'établir june sucrerie sur une grande échelle. Il annonça à ceux qui l'accompagnaient qu'en moins ^e dix-huit mois, la nouvelle manufacture pourrait fonctionner, en roulaisen, raffinerie et distillerie. Les uns, dil-il , abattront les arbres, pour faire les cliamps de cannes; d'autres, en même temps, nettoieront le terrain , élèveront les clôtures , planteront les cannes , ouvriront les canaux d'arrosage , prépareront les bois de moulin, de sucrerie, de guildiverie. Les conducteurs des travaux seront choisis parmi mes meilleurs officiers subalternes ; ils activeront les opérations avec zélé; d'ailleurs je serai là, je surveillerai tout moi même, et ce sera un grand malheur pour ceux qui ne rempliront pas leurs devoirs. » Cet établissement fut en effet achevé en moins d'une stnnée.
Dessalines fit ensuite visiter, par ses généraux, les forts qu'il avait élevés à Marchand. Il y en avait sept dressés sur le versant méridional de la montagne qui domine ta ville , au Nord : les forts la Source^ Débuté^ Culbuli, Décidé , Innoant , Ecroié et la Fin du monde. Dessalines rentra dans son palais et donna congé à tous les fonctionnaires qui étaient venus assister à la solennité Les généraux retournèrent daiis leurs départemens et arrondissemens respectifs. La cérémonie du 1er Janvier 4805 avait eu lieu, en même temps, sur tous lés points de l'empire. Christophe, de retour au Cap , la fit de nouveau célébrer le G Janvier avec la plus grande solennité. .
Une dixaine de jours après le départ des généraux, Dessalines reçut, à Marchand, un acte infâme du général Ferrand, daté de Sto-
* Les détails de cette fêle poiU lire» dû note? qu'a laigsécéîle général B, Fnginac coiu-ernonl le« priiifip:\|p9 rircoriâionrcs de ea '.vie. !!• nfonl été fournie pnr s^ filie , la diunft Zehnire Ingin!\c , épouae du Dr. William George îSmiili. B. Inginnc direrieur des d-jinaines en YS05 se trouvait à Marchand le 1er. Janvier de celte année. Ce» détail» sont en llarmoine nvec ceux qne ]'Hi obtenus» d'un grand nombre de vieillards qtii ont assiié h celte cérémonie nationale. La version du gènérdl Lngiuac est d'ac« eord avec .tous leurs rapports.
DomingO) (6 Janvier i805.) Cette pièce le détermina à entreprendre» sans plus tarder, la conquête de Tancienne partie espagnole. Nous devons nous rappeler que déjà il avait annoncé cette campagne. Le général français qui prenait le titre de capitaine-général « par inté* rim,. avait déclaré par son acte « que les habitants des frontières « des départemees de l'Ozama et de Ciba» étaient autorisés , ainsi € que les troupes employées au cordon, à se répandre sur le terri- € loire occupé par les révoltés, à leur courir îus, et i faire pri- € sonniers tous ceui des deux sexes qui ne passeraient pas Tâge de
< 14 ans; que les prisonniers provenant de ces expéditions seraient « la propriété des capteurs; que les enfants mâles capturées ayant € moins de dix ans, et les négresses, mulâtresses au dessous de « douze, devraient expressément rester dans la colonie, et n'en pour- € raient èlre exportés sous aucun prétexte; que les capteurs pour» « raient à leur gré ou les attacher à leurs plantations, ou lesven- € dre à des Labiians résidans dans les départemens de l'Ozama et « do Cibao; ^
« Qur les noirs et gens de couleur qui ne devraient pas être « exportés ne st^raienl considérés comme propriété des capteurs , « et ne pourraient êlre vendus- par eux, qu'autant que lesdiis cap- € teurs se seraient munis, pour chaque individu, dans le dépar* c tement de l'Ozfima , d'un certilicat des notables dAzua ^ visé par « le commandant lluiz , et dans le d«^p^artement de Cibao, d'un pa-
< reil ctrlificat du conseil de St. Yago , visé par le commandant c Sérapio , qui constaterait que ces noirs et g«ns de couleur au* c raient été etfeetivement pris sur le territoire occupé par les révoltés;
« Que les enfans mâles âgés de dix à quatorze ans, et les n(!^res- € ses et les mulâtresses de douze a quatorze ans , seraient expre;ijë« € ment vendus ponrttre exportés;
« Que ceux désignés pour l'expoi^tation ne pourraient être embar* c qués dans aucun autre port que celui de Sto. Domingo , où il « serait payé pour droit, en faveur du gouvernement, cinq pourcent « d'exportation sur la vente;
ff Qu'à I instant où les révoltés , reconnaissant leur erreur , au- € raient fait aete de leur soumission à fEmpereur des français en- € tre les mains du général Ferrand , et qu il y aurait certitude de € leur bonne foi , toutes espèees d*hosliiités cesseraient. »
Dessalgiies ftt aussiliit écrire à tous les généraux de son empire de se tenir prêts à entrer en campagne au milieu de Février , à la tôte de leurs divisions. D'après ses ordres les troupes furent parfaite? ment habillées pour la premièie (ois depuis T Indépendance. L'infanterie avait pour uniforme , habit bleu, collet rouge, revors blancs, shako en cuir avec cordonnets et aigrettes , pantalon blanc. Les grenadiers portaient des é|>aulettes rouges , et les chasseurs des épau- ^eUM vcr|««« Le QQSlUQd^ 4i^\ euUi) presque tel que celui des $ol*
dats de la République fraçaise moins les revers blancs de resiomac. Les cavaliers habillés en bleu , avaient des casques surmontés de panaches verts; il n'y avait que des corps de grosse cavalerie. Il existait pas d'artillerie légère, et les Canonniers étaient vôtus comme les fantassins.
Dessalines partit de Marchand le treize Janvier , et arriva au Portau Prinee le 15 du même m«is. Les troupes qu'il passa tn revue s'agenouillèrent devant lui. Dès lors ce fut un usage suivi dans tout Tempire. On conçoit qu'à la fête de l'Indépendance, alors qu'on s'était réuni pour prononcer le serment de vivre libre , iodépendain eu mouVir , on ait fait le mouvement de génuflexion : on se prosternait devant le Dieu de la patrie. En France , sous la République , la foule s' -agenouillait , aux fêtes patriotiques, au dernier couplet de la Marseillaise ; elle poussa le délire révolutionnaire jusqu'à se prosterner devant la déesse de la Raison ; c'était encore^ se courber devant la représeniatioe d'un principe sacré. Maison ne put voir sans douleur un peuple qui avait vaincu ses oppresseurs, courant à la victoire en chantant des hymnes de liberté , se prosterner dans la poussière devant un guerrier comme devant le Tout-Puissant. Dessalines était devenu non seulement Empereur , mais un Dieu éblouissant sur lequel le soldat n'osait plus lever les yeux.
Eu arrivaiit au Port-au-Prince , il y avait rencontré David Troy, ancien chef d'escadron, sous les français, 'ofticier noir qui avait suivi Lavalette lors de l évacuation , et qui venait de retourner en Haïti , ne pouvant plus vivre à l'étranger. Gomme nous le savons, David Troy avait commandé au Mirebalais poin* les français en 180S et en 1803. Presque toutes les familles indigènes de ce quartier avaient à lui reprocher Tarrestation ou ta mort de quelques parens ; les cordes qui avaient servi à pendre ces maFhéureux étaient encore suspendues aux arbres des bois du Mire» balais. On l'accusait d avoir été l'auteur de la pendaison d'Henriette St. -Marc, au Port-au> Prince. David Troy était un de ces brillante officiers indigènes qui avaient soutenu la eause française avec le plus d'éclat. Dessaiines le manda au palais, pour lui annoncer le sort qu'il lui préparait. 'Dès que David Troy aperçut l'empereur , il se précipita à ses pieds et embrassa ses genoux. Dessalines \e repoussa en lui disant : « Je ne suis pas le bon Dieu pour qu'on baise mes pieds. » Il ordonna de le faire mourir. Mav le général Pétion , témoin de cette scène , obtint sa grftee , à force d'ios^ tances. Dessaiines, voulant néanmoins le punir, lui ôta son grade de chef d'escadron , et le fit entrer comme simple soldat dans la 4e. demi-brigade. A la même époque étaient revenus dans le paye Mentor et Darliguenave. Le premier était parti de SltDomingue en 1797 avec Sonihonax, lorsque Toussaint avait indirectement contraint le commissaire civil à js'embarquer. Le dernier, aacieo lieutet
nanl de Rigaud , avait abandonné le pays , après la ébnte de celui-ci. DossHlinos aiaintint Mentor dans son grade d' adjudant-général et Darliguenave dans son grade de colonel.
L'empereur avait «amené avec lui au Port-au Prince le général Yayou, jeune homme de vingt six ans, qui commandait à la Grande- Ri^ière du Nord. Il lui avait confié le commandement de Tarron- 'di^siinent de Léogaiie en remplacement de Gange qui déjà avait été envoyé h I Artibonite. Yayou était mécontent de cette mutation; il eut mîeux aimé demeurer i la Grande Rivière, son pays. Mais Dessalibes avait cédé aux instances de Christophe, ennemi per^thnel d« Y^iyou. Ce dernier, ancien lieutenant de Sans*Souci, et de Petit Psoël tarière, partageait contre Christophe toute la haine des monlagr^t-nds de la Grande-Rivière. Après Tassassinat de Sans-Souci, Chris* lophe avait employé toutes sortes de moyens pour que Dessalines ne coniii'uiât pas Yayou dans son grade de général de brigade.
L empereur , accompagné du général PétioR , se rendijt à Léogane 011 il installa le général Yayou dans son nouveau commandement. De là, en passant par le Pelit Goàve,il se transporta à Bay- Jiet , où il y avait quelques agitations. Il y fit plusieurs arrestations. Il revint au Port au- Prince d où il partit pour l Artibonite, satisfait de I administration des domaines , car il avait trouvé dans les magasins de l'Etat , au Port au Prince ,. un million de café et plus de trois cent mille livres de coton, entrés en moins d'un mois.
Aussitôt après son retour à Marchand , il se disposa à marcher sur Sto Domingo, n'ayant fait aucun préparatif d'approvisionnemens, certain que ses troupes peurraient vivre sur les lieux. Il ordonna aux généraux cemmandans de déparlement, de laisser dans cliacune des villes où il y avait garnison le 3e. bataillon de chaque demibrigade , pour que le territoire pût être défendu , si pendant son absence il y avait une agression étrangère. Les deux premiers bataillons de chaque demi-brigade dinfanterie, les corps de cavalerie €i des compagnies d'artillerie durent entrer en campagne. Les artilleurs marchèrent tans leurs pièces. Dessalines avait Tespoir d'en conquérir avant d'atteindre Slo Domingo, à St Jean , à Âzua. L'art luée haïtienne fut divisée en deux corps : celui du Nord , sous les ' ordres de Christophe, dut passer par Sl-Yague , et celui dit du Sud composé des divisions de lArlibonilc, de TOuest et du Sud, sous les ordres de Dessalines en personne, dut passer par Si Jean et Azua. Le général Capoix recul l'ordre de demeurer dans le Nord, pendant la campagne, le colonel Germain Frère, au Port au Prince, et Jean Louis François, dans le Sitd.
Le 16 Février 1805, l'empereur passa en revue, à la Petile-Ri- 'vière de^l'Ariibonile, la division Gabart forte de 5,400 hommes et composée des deux premiers bataillons des 4e. , Se.^ 14e. , du deuxième bataillon de la 7e. , de ia 20e. eoreolier, de deux cotnpagnies du
183 BfSTOiRE d'haiti.— (18Ô4)
Bd faisant des gratifications à Vastey, chef des bureaux du nimislre des finances, aux principaux officiers de Tétat-major de Dessalines, I^ur conduite demeurait impunie. Le prix du café avait augmenté. Au lieu de 20 sous la livre, U se vendait de 29 i 26 sous. Le cacao sa vendait 15 à 16 sous ta livre; le sucr€ 7 à 8 gourdes le cent; le J)ois de eampêelie 13 à .14 gourdes le millier ; le colon 17 à 18 gourdes le cent ; mais le fermier réglait avec le cultivateur, pour ce qui avait trait au café, toujours k raison de 20 sous la livre.
Pendant que les hauts fonctionnaires civils et militaires se procuraient ainsi, d'une manière rapide, une amélioration à leur position, le peuple, surtout celui des campagnes, était tenu sous un régime de fer. Le travail fercé était eir pleine vigueur, et le vol le plus léger était le plus souvent puni de mort, selon le eaprice des chefs militaires. Le condamné était quelquefoi.s exterminé sous la verge et le bâton par des soldats pris indistinctement dans les corps; il n'y avait pas de bourreau , et le soldat par accident en faisait lof-fice , comme s'il eut rempli un service militaire. A celte époque 30, 870,111 livres de café avaient été exportés du pays, non compris une quantité presque égale sortie par la contrebande. .Quoiqu'il y eut un seizième de la poptflation sous les armes , et que de nombreux cultivateurs fussent toujours employés à rachèvf»ment des fortifications intérieures, la culture prospérait. La plaine de TArtibonite se couvrait de coton naries , et les sucreries qui avaient été in« cendiées, pendant la guerre, se relevaient partout.
Il était défenjlu, sous peine de mort, à un indigène de sortir de l'empire. Haïti, menacée d une invasion étrangère, avait besoin de tous ses enfans pour la défondre. L empereur déclara que les marins haïtiens qui aimeraient mieux se rendre* à l'ennemi que de se (aire sa^iter, seraient décapites quand ils rentreraient un jour dans leur patrie: Pendant qu'il était encore au Cap, en Qciobre, il apprit que des indigènes étaient partis pour Télranger. Il iiecréta le 22 dû' jnême mois « Que tout bâtiment étranger armé ou non à bord duquel « il se trouverait yne ou plusieurs personnes qui seraient enlevées «r d'Haïti pour être conduites a l'étranger, le capitaine serait an été, ff mis en prison pour dix mois, et serait ensuite renvoyé dans son « pays avec ordre de ne plus reparaître en Haïti; le bâtiment et ff la cargaison seraient confisqués au profit de l'Etat; que tout ina dividu pris à bord des dits bâtimens serait fusillé en place pu- € blique. »
Le 25 Octobre, il ordonna d'arrêter les vagabonds et de les con* traîndre à travailler sur les habitations de TEtat. Par la mêmeor^ doonance, des comipissaires d'tlets,^ espèces de commissaires de po-
* //ef, réunion de maisons , dans une ville, Riir un espace de cent nas pariés <)nviron. Qn chQialt «dinaireinent , en t^aîii , pour commissaire d^let
HISTOIRE d'iiaiti. — (1804) * 18S
lice, furent institués dans toutes les villes. Ifs étaient spécialement chargés de faire le recensement de la population qui s'élevait alors, comme nous Tavons déjà vu , à 825,000 âmes. Ce fut à celte époque qu'on songea à continuer la publication de la gazette du Cap, qui . avait cessé de paraître depuis Tévactiation des français. Le I*"* numéro de cette feuille fut livré au public le i5 Novembre i804, sous le litre de gazette politique et commerciale d'Haïti. Les arrêtés el les ordonnances <le l'Empereur y étaient publiés.
Dessalines qui domptait les passions du peuple, ne pouvait contenir les siennes ni celles de là plupart de ses principaux favoris. Les administrations étaient déj.î livrées ^ d liorribles dilapidations. Il en donnait lui-même Texemple. Il entretenait dans chaque ville des maîtresses auxquelles il fournissait des sommes considérables. Il employait toutes sortes de 'sé<iuotions, lu>nneurs, richesses, pour vaiucre la vertu des femmes qu'entourait une certaine respectabilité. Il n'avait pas besoin d employer la violence, car la corruption était telle dans les mœurs que beaucoup de jeunes et belles femmes préve« naient ses désirs. Le mariage, loin d'être henoré, était presque ua objet de mépris. Beaucoup de grands dignitaires de Tcmpire étaient, eamrae nous disons chez nous . placés j ou vivaient en concubinage. Plusieurs d'entre eux pratiquaient la polygamie. Sous Christophe, dans le Nord, ces désordres qui anéantissaient la famille» seront réprimés après la chute de Dessaljnes.
Les quelques blancs français qui avaient été eoxiservés ne jouissaient d'aucune garantie ; 41s n'étaient que tolérés; pour conserver leur existence ils étaient obligés de s'atiiner la bienveillance générale» à force de concessions faites à ceux avec lesquels ils étaient habituellement en relations. Quand ils étaient maltraités ils n'obtenaient aucune justice; quand ils étaient sacrifiés , leurs assassins n'étaient pas poursuivis4 U faut reconnaître que Dessalines faisait respecter ceux qui se trouvaient sous se.s yeux.
Il y avait à St. Marc un riche négociant français,^ nommé Brochard^ homme de bien que Dessalines avait sauvé , et un médecin français , Daransan , généralement estimé. La fortune de Brochard excitait depuis quelque temps la cupidité de plusieurs hommes cruels. Pendant que Dessalines était au Cap, un officier de la 4e. visita Bro* chard et Daransan et leur dit que l'empereur arvait résolu leur perle,. et que , s'ils ne se hâtaient pas de se sauver , ils seraient infailliblement saeriOés. Ce rapport entièrement faux n'avait été- Aiit par Toflieier que parce qu'il cherchait à dépouiller les deux blanc». lis leur inspira d'abord une vive iuquiétu<le, puis une terreur profonde.. Us se décidèrent à s'embarquer f et trompés par les démonstrations
le citoyen le plus notable de l'iiet ; il exerce gratiiiiement • tes fonctions^ et sa surveillance ne s'éteud p*9 au*deià de sou tleu.
W3 BisToins d'haiti.— (18M)
Bd faisant des gralifications à Vastey, chef des bureaux du ministre des finances, aux principaux officiers de l'élat-major de Dessalines, l9ur conduite demeurait impunie. Le prix du café avait augmenté. Au Heu de 20 sous la livre, U se vendait de 25 i 26 sous. Le cacao $ô vendait 15 à iG sous la livre; le sucre 7 i 8 gourdes le cent; le J)ois de campêehe 13 à 14 gourdes le millier ; le colon 17 à 18 gourdes le cent ; mais le fermier réglait avec le cultivateur, pour ce qui avait trait au café, toujours à raison de 20 sous la livre.
Pendant que les hauts fonctionnaires civils et militaires se procuraient ainsi , d'une manière rapide, une amélioration à leur position, le peuple, surtout celui des campagnes, était tenu sous un régime de fer. Le travail fercé était eir pleine vigueur, et le vol le plus léger était le plus souvent puni de mort, selon le caprice des chefs militaires. Le condamné était quelquefoi.s exterminé sous la verge et te bâton par des soldats pris indistinctement dans les corps; il n'y avait pas de bourreau , et le soldat par accident eh faisait i'of-« fice , comme s'il eut rempli un service militaire. A cette époque 30, 870,111 livres de café avaient été exportés du pays, non compris une quantité presque égale sortie par la contrebande. .Quoiqu'il y eut un seizième de la popfflation sous les armes , et que de nombreux cultivateurs fussent toujours employés à lachèvfîment des fortifications intérieures, la culture prospérait. La plaine de TArlibo* nite se couvrait de cotonneriea , et les sucreries qui avaieut été in« cendiées, pendant la guerre, se relevaient partout.
Il était défenjlu, sous peine de mort, à un indigène de sortir de l'empire. Haïti, menacée d une invasion étrangère, avait besoin de tous ses enfans pour la défendre. L'empereur déclara que Us marins haïtiens qui aimeraient mieux se rendre* à l'ennemi que de se faire sauter, seraient décapites quand ils rentreraient un jour dans leur patrier. Pendant qu'il était encore au Gap, en Qciobre, il apprit que des indigènes étaient partis pour l'étranger. Il (lecréta le 22 dû' jnème mois « Que tout bâtiment étranger armé ou non à bord duquel ff il se trouverait une ou plusieurs personnes qui seraient «nlevéeg #r d'Haïti pour être conduites à l'étranger, le capitaine serait arrêté, «r mis en prison pour dix mois, et serait ensuite renvoyé dans soo ir pays avec ordre de ne plus reparaître en Haïii; le bâtiment et « la cargaison seraient confisqués au profit de l'Etat; que tout ina dividu pris à bord des dits bâtimens serait fusillé en place puc blique. »
Le 25 Octobre, il ordonna d'arrêter les vagabonds et de les con* traindre à travailler sur les habitations de TEtat. Par la mêmeor^ donnance, des çoinmissairas d'ilets,^ espèces de commissaires de po-
* Ilet f réunion de maisons , dane une ville, »ur un espace de cent nas ^c^ri'ds ^nvifon. Qi\ chpisit tidinairement , en HauL , pour commissaire d^lât
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lice, furent institués dans toutes les villes, lis étaient spécialement chargés de faire le recensement de la population qui s'élevait alors, comme nous Tavons déjà vu , à 825,000 âmes. Ce fut à cette époque qu'on songea à continuer la publication de la gazette du Cap, qui . avait cessé de paraître depuis l'évactiation des français. Le I*"^ numéro de cette feuille fut livré au public le 15 Novembre i804, sous le litre de gazette politique et commerciale d'Haïti. Les arrêtés el les ordonnances de l'Empereur y étaient publiés.
Dessalines qui domptait les passions du peuple, ne pouvait coq» tenir les siennes ni celles de la plupart de ses principaux favoris. Les administrations étaient déj.i livrées i d liorribles dibpidations. Il en donnait lui-même l'exemple. H entretenait dans chaque ville des mailresses auxquelles il fournissait des sommes considérables. Il employait toutes sortes de ^séductions, lionneurs, richesses, pour iraiucre la vertu des femmes qu'entourait une certaine respectabilité. 11 n'avait pas besoin d'employer la violence , car la corruption était telle dans les mœurs que beaucoup de jeunes et belles femmes prévenaient ses désirs. Le mariage, loin d'être henoré, était presque un objet de mépris. Beaucoup de grands dignitaires de Tcmpiro étaient, comme nous disons chez nous . piacéSj ou vivaient en concubinage. Plusieurs d'entre eux pratiquaient la polygamie. Sous Christophe, dans le Nord, ces désordres qui anéantissaient la famille» seront réprimés après la chute de Dessatjnes.
Les quelques blancs français qui avaient été conservés ne jouissaient d'aucune garantie; 41s n'étaient que tolérés; pour conserver leur existence ils étaient obligés de s'attirer la bienveillance générale» à force de concessicms faites à ceux avec lesquels ils étaient habituellement en relations. Quand ils étaient nuiltraités ils n'obtenaient aucune justice^ quand ils étaient sacrifiés, leurs assassins n'étaient pas poursuivis^ U faut reconnaître que Dessalines faisait respecter ceux qui se trouvaient sous se.s yeux.
Il y avait à St. Marc un riche négociant français» nommé Brochard^ homme de bien que Dessalines avait sauvé , et un médecin français» Daransan , généralement estimé. La fortune de Brochard excitait depuis quelque temps la cupidité de plusieurs hommes cruels. Pendant que Dessaiines était au Cap, un officier de la 4e. visita Rro* chard et Daransan et leur dit que l'empereur avait résolu leur perte». et que , s'ils ne se hâtaient pas de se sauver , ils seraient infailliblement sacriOés. Ce rapport entièrement faux n'avait eté> fait par Tofficier que parce qu'il cherchait à dépouiller les deux blanor. Ils leur inspira d'abord une vive inquiétude , puis une terreur profonde.. Us se décidèrent à s.*embarquer ; et trompés par les démonstrations
U cifoy«ti te plus notable de ri!et ; il exerce gratnitenient . tes fonctions ,, et sa surveillatice ne s'éteud p'8 au-delà de son Uei..
W8 BI8T0IRE d'hAITI.— (18©4)
Eq faisant des gralincalions à Vaslcy, chef des bureaux du ministre des finances, aux principaux officiers de l'état- noajor de Dessalioes» leur conduite denneurait impunie. Le prix du café avait augmenté. Au lieu de 20 sous la livre, U se vendait de 25 à 26 sous. Le cacao lie vendait 15 à 10 sous la livre; le sucre 7 à 8 gourdes le cent; le bois de campêelie 13 à Ai gourdes le millier ; le colon 17 à 18 gourdes ie cent ; nais le fermier réglait avec le cultivateur, pour ce qui avait trait au café, toujours k raison de 20 sous la livre.
Pendant que les hauts fonctionnaires civils et militaires se procuraient ainsi , d'une manière rapide, une amélioration à leur position, le peuple, surtout celui des campagnes, était tena sous un régime de fer. Le travail fercé était eir pleine vigueur, et le vol le plus léger était le plus souvent puni de mort, selon le caprice 'des chefs militaires. Le cendamné était quelquefois exterminé sous la verge et le bâton par des soldats pris indistinctement dans les corps; il n'y avait pas de bourreau, et le soldat par accident en faisait Tof-fice, comme s'il eut ren»pli un service militaire. A cette époque 30, 670,111 livres de café avaient été exportés du pays, non compris une quantité presque égale sortie par la contrebande. .Quoiqu'il y eut un seizième de la poptflation sous les armes , et que de nombreux cultivateurs fussent toujours employés à lachévoment des fortifications intérieures, la culture prospérait. La plaine de l'Ârlibonite se couvrait de ootonneries , et les sucreries qui avaient été in« cendiées, pendant la guerre, se relevaient partout.
Il était défenjiu, sous peine de mort , à un indigène de sortir de l'empire. Haïti, menacée d une invasion étrangère, avait besoin de tous ses enfans pour la défondre. L'empereur déclara que les marins haïtiens qui aimeraient mieux se rendre à l'ennemi que de se laire sauter, seraient décapites qijand ils rentreraient un jour dans leur patrie*. Pendant qu'il était encore au Gap, en Octobre, il apprit que des indigènes étaient partis pour l'étranger. Il iiecréta te 22 dit' jnème mois « Que tout bâtiment étranger armé ou non à bord duquel € il se trouverait une ou plusieurs personnes qui seraient enlevées M d*Haïti pour être conduites à l'étranger, le capitaine serait arrêté, ff mis en prison pour dix mois, et serait ensuite renvoyé dans son « pays avec ordre de ne plus reparaître eu Haïii; le bâtiment et K la cargaison seraient confisqués au profit de l'Etat; que toutiD*ff dividu pris à bord des dits bâtimens serait fusillé en place puc blique. •
Le 25 Octobre, il ordonna d'arrêter les vagabonds et de les con* traindre a travailler sur les habitations de lEtat. Par la mêmeor^r donnance, des çoininissaires d'tlets,^ espèces de commissaires de po-
* Itet f réunion de maisons , dans une ville, sur un espace île cent rms Çf^rres Qnvifon. On chQisil «l'dinairement , en Haîii , pour commissaire d\lât
HISTOIRE b'iiaiti.— (1804) - 18S
lice, furent institués dans toutes les villes. Hs étaient spccialement chargés de faire le recensement de la population qui s élevait alors, comme nous l'avons déjà vu , à 825,000 âmes. Ce fut à cette époque qu'on songea à continuer la publication de la gazette du Cap, qui . avait cessé de paraître depuis révacnaûon des français. Le I*"^ numéro de cette feuille fut livré au public le 15 Novembre 1804, sous le litre de gazette politique et commerciale d'Haïti. Les arrêtés et les ordonnances <le l'Empereur y étaient publiés.
Dessaiines qui domptait les passions du peuple, ne pouvait cou* tenir les siennes ni celles de la plupart de ses principaux favoris. Les administrations étaient déji livrées i d lH>rribles dilapidations. Il en donnait lui-même l'exemple. H entretenait dans chaque ville des maitresses auxquelles il foijtrnissait des sommes considérables. Il employait toutes sortes de 'séductions, lionneurs, richesses, pour vaincre la vertu des femmes qu'entourait une certaine respectabilité. Il n'avait pas besoin d'employer la violence , car la corruption était telle dans les mœurs que beliiucoup de jeunes et belles femmes prévenaient ses désirs. Le mariage, loin d'être henoré, était presque un objet de mépris. Beaucoup de grands dignitaires de Tcmpire étaient, comme nous disons chez nous . piacés y ou vivaient en concubinage. Plusieurs d'entre eux pratiquaient la polygamie. Sous Christophe, dans le Nord, ces désordres qui anéantissaient la famille^ seront réprimés après la chute de Dessaljnes.
Les quelques blancs français qui avaient été conservés ne jouissaient d'aucune garantie ; îls n'étaient que tolérés; pour conserver leur existence ils étaient obligés de s'attirer la bienveillance générale» à force de concessio^is faites à ceux avec lesquels ils étaient habituellement en relations. Quand ils étaient nuiltraités ils n'obtenaient aucune justice; quand ils étaient sacrifiés ^ leurs assassins n'étaient pas poursuivis. U faut reconnaître que Dessalines Ëiisah respecter ceux qui se trouvaient sous se.s yeux.
Il y avait à St. Marc un riche négociant français^ nommé Brocbard^ homme de bien que Dessalines avait sauvé , et un méJecin français, Daransan , généralement estimé. La fortune de Brocha rd excitait depuis quelque temps la cupidité de plusieurs hommes cruels. Pendant que Dessaiines était au Cap, un officier de la 4e. visita Rro* chard et Daransan et leur dit que l'empereur arvait résolu leur perte^ et que , s'ils ne se hâtaient pas de se sauver , ils seraient- infailliblement sacrifiés. Ce rapport entièrement faux n'avait été- fait par Tonicier que parce qu'il cherchait à dépouiller les deux blancs. Ils leur inspira d'abord une vive inquiétude , puis une terreur profonde.. Us se décidèrent à s'embarquer ; et trompés par les démonstrations
U ciloy«n le pins notable de Tllet ; il exerce gratuitement • tes fonctions ,, et sa Burveiliaiice no s'étend n*8 au-delà de sou Ueu.
19S HISTOIRE d'iiaiti.— (1S05)
au cenirc de la ville, chassant devant luMes femmes et les onfing qui, fuyant la cavalerie, s'efforçaient de gagner les bois. î ""> '-»itî;Us ennemis furent la plupart massacres; Sérapio cl l-î c(à.u.'^i^roI.;rjque lavaient péri dans la bataille.
Les munitions de guerre et les b3gaf!;cs de renncmî !•••.] ' ;>\al en notre pouvoir. Nous avions perdu plus de 300 hor^o . <- îu^s ou emportes par les eaux du grand Vaque lors du pjïssm^ ^ .us avions 60 blessés parmi lesquels Ton comptaii le géu. rn! ^r- r, rnureJ^ly, colonel" de la 9c, .Jacques Louis, chef de balîjiil(^n juj Diè'i*- .-(ups, et le chef d'escadron Pierre Poux. Ce fut la 9o qui, par i iinpétîiosité de son attaque , décida la victoire en faxour <l(s lijUi.os La plupart des morts et des blesses étaient des soki;iU de ce cor|>s que Chrislophe, disait-on alors dans Tarmée, p;'Oîligu;jir au feu, à dessein, pbur^ les détruire. On prétendait que linfujence du ^ônér?.! Cnpoix, ennemi personnel de Chrislophe , s'aft'aiblissait en proportion des perles de la 9e.
Chrislophe entra à Sl-Yague à neuf heures du malin du 25 Février. Il confia le commandement du département au colonel Tabarrés, et celui de la place au-capitaine Jouherl. Le lendemain le général CIcrvaux arriva à St-Ya^#, à la tcte de sa division qui forma Tarrière garde de Tarraée du Nonl. Christophe (il exécuter tous les blessés espagnols et français qu'il trouva dans les rues de St-Yague. Il fit pendre sous la galerie du tribunal un grand nombre de personnes qui s'étaient réfugiées dans l'église et qui en avaient élé arrachées, les nommés don Francisco Remondp, Compa, don Francisco Escoto, don' José de Roxas, don José de ISunez,,don Jean Curel, don Jean Nunez, del Monté, Nobcrto Alvarés , Antonio Rodriguez et Blas de Almonté, les citoyens les plus recommandables delà ville. Il jeta en prison beaucoup d'autres parmi lescpieU élail l'abbé Par blo Alvarès. En partant de St Yague, il laissa l'ordre iîu commandant tabarrès de poursuivre, à toute oulronee, ^pendant son absence, les familles qui s'étaient cachées dans les bois.
Les troupes haïtiennes, sorties de Sl-Yague, s'arrùlèrent le 27, à huit heures du soir, sur les bords de la rivière Pugnf\lé. Lt 28, elles suivirent la route de la Yéga où elles arrivèrent à huit heures du matin. Elles furent saisies d'admiration à l'aspect d'une petite ville fraîche, bien bâlic, et remplie de jolies constructions. Elles |i'y trouvèrent pas une ame; toute la population, en apprenant les résultats de la bataille de St Yague. s'éiait cachée dans les bois et les gorges des montagnes. L'armée continua sa marche ; ;à çept heures du soir de la même journée, elle s*arrèta à Gua, et le 1er. Mars (elle bivaqua sur les bords de la Youna. Lé 2, le curé du bourg de Gotuy vint au-devant de Christophe et lui fit sa soumission. Christophe , après lui avoir donné l'assurance que ses 'paroissiens seraient irespectés, entra à Coluy. Il y donna du repos à ses troupes, et
HISTOIRE d'iiaiti.— (1805) 199
punit sévèrement ceux de ses soldats qui s'étaient livrés à dcr excès» Le 4 Mars, il reprit sa marche, et traversa la rivière de ^a^ano, la savane de Patience, les monts Pugnale, Padaves, les rivières de lîermégo, les plaines de St Pedro, de la Guia. Le 7 à midi, Tarmée s'arrêta à quatre lieues de Slo Domingo, et à deux heures de Taprès-midi, Christophe se trouvait en présence des divisions Pétion et Gabart.
Dessalines lui ordonna aussitôt d'aller s'établir sur la rive gauche de lOzama. L'armée du Nord remonta le long du fleuve , trouva un gué à Ilellanos et le traversa sans obstacle. Clervaux et Christophe placèrent leurs gabions en (ace de la ville, et n'en furent séparés que par rOzama. Ces travaux furent terminés wsous le feu dès français. Des gabions furent également établis, du côté de la rive droite, par la division Gabart, sur les élévations d% terre qui dominent la ligne ^Nord de la place. L'armée assiégeante, quoique la division du Sud, sous les ordres de Gciïrard ne fût pas. encore arrivée, écail fortç de 24,000 mille hommes environ.
La garnison de Sto.-Domingo montait à 3,500 hommes de troupes européennes , et la population de 12,000 âmes fournissait 1,300 gardes nationaux, à la tète desquels se trouvaient des officiers indigènes d'un rare courage, de Tancienne partie Irançaîse, particulièrement de Si-Marc, les Faustin Répussard, les Savari. Le général Ferrand, capitaine général par intérim de la partie de TEst, avait donc sous ses ordres .4,800 hommes. Mais la ville était dégarnie d'approvisionnements ; il n'y avait pas assez de farine pour soutenir un siège d'un mois. Ferrand prit la resolution de faire sortir de Slo Domingo toutes les bouche^ inutiles. Il enjoignit aux femmes de se tenir prêtct à s'embarquer à Ja preuMère occasion favorable. Cette détermination jeta une profonde consternation dans la population ; mais Ferrand se montra inflexible.
Il déclara aux troupes que si les indigènes pénétraient dans la place, il la ferait sauter. Les soldats français accueillirent avec enthousiasme cette énergique détermination, et jurèrent de vaincre ou de mourir.
Les deux divisions de TOuest de l'armée assiégeante occupaient un vaste espace. La division Gabart , sous les ordres du général Daut , étaUie au nord de la. place, s'étendait de l'Ozama au mont St-Carle, vers le Sud Ouest. Là, le général Cangéétailà la tèted'unç colonne dite du Centre, et le général Magny qui commandait l'aile droite de cette division avait étendu ses lignes de Téglise de St Carie à la grande route de Si Yague qu'il coupait. La division Pétion s'étendait , le long de la ligne Ouest , de la grande roule de St* Yague au- rivage de la mer; elle devait être renforcée de la divisioa Geffrard.
Les généraux Christophe et Clervaux établis sur la rive gauche, empêchaient déjà lés embarcations de remonter ou de descendre le fleuve. D'une autre part, les anglais^ louvoyant à l'entrée du port,
19S HISTOIRE d'iiaiti.— (1805)
au centre de la ville, chassant deva^* ^ ^'"''^'p^rcer leur ligne. Dan^ qui, fuyant la cavalerie, s'efTor^^'* ^^^^yr'^f.'^^/rûifemeni bloquée,
ennemis furent la plupar» ^f'PS^' '^ oiilraillc que vomi's-
^vaient péri dans h ' . ^'^^ 'f^^"" fui looies les positions qu occu-
Les munition ,. --f^^^, /""^l^r/^^^ bastion de la Conception,
notre pouvoi' ^J^^I/'^rr'Zl^^^^ '' «'arrôU pour Texaminer.
emportes r ' V^^ &^^1// ^^^^ '^ bastion, au milieu de son
60 blessp .->*^> <W cVp^imt d'artillerie Bnsquet de pointer
colone» C'^y^iff'^^^^^^ groupe d'officiers indigènes où se trou-
fit le u/r^ Lde ^lipsriits et Tadjudant général Damestois, uo
sll/ ^';S^/^<^ l."^' s M renversé parle boulet, à côtéderem-
r* ''f/p^'^j!!!^ ^'^^^^^ 4 visiter ses lignes el rentra dans soq
^v^Ç^^f?^''^^'. jeui navires français , chargés de femmes, sor- ^'mn$ ^^ 'î^^de' '«'^'* '^* Vaisseaux anglais leur donnant la chasse, 'r^t ^^ '* à^y rentrer. Dans la nuit qui suivit les mômes navires les f^''^^'^'^\ser i^ H^^ anglaise, et gagner la hai^te mer. Mais au , pi'f^'li %llot découverts, poursuivis et atteints. jour * j| p'y ^vail plus de fourrage dans la place , le général Fer- ^i^^o f^ ^^^^^^ "" gra»d nombre de ebevaux qui furent pris par soldsi^^ de la 20e demi brigade. .
^^ Le É^. dans la matinée, les irançais canonnèrent et mîtraillèrenl PS relâche toutes nos lignes. Les haïtiens, sahs artillerie, ne rénandaient à leur feu que par la fusillade. Jusqu'aujourd'hui l'on voit sur tes murs du fort St-Giles, au Sud Ouest ()e la vi|le, Tempreinle ^e nos balles.
Tout à coup le canon de la place cessa de se faire entendre, et le général Perrand, à la tête d'une colonne de 1000 hommes, (it une sortie, et se porta résolM.ment sur la position qu'occupait le général Magny dans le chemin de St Yague.^ Les haïtiens accueillirent l'ennemi par une vive fusillade, et demeurèrent inébranlables dans leurs retranchemens. Magny , après avoir épuisé l'ardeur des français , s'élança sur euij^ suivi de ses grenadiers, les cull>uta et les refoula dans la place. Les baftiens firent peu de pertes. Le chef de ba* taillon Lerebours avait étéattein^ d'un coup de mitraille*. Le général Ferrand avai^ été ramené si rapidement qu'il avait abandonné ses blessés sur le champ do bataille. * Dans la môme journée un parlcmentaira anglais (envoyé par l^ commandant de Tescadr^ de S. M. B. descendit en ville, et propos^ au général Ferrand une capitulation que celui ci repoijssa avec indignation.
Cependant tout semblait annoncer la chute prochaine de la place que les haïtiens serraient de très-près. Les malades dont Thôpital /était rempli périssaient, chaque jour, ' en grand nombre, privés d'alimens; pn manquait même de bois à brûler. Ferrand ayant fait 4éq9olir les cases ^ui longeaient les réoiparts, fournit montentaqé*
ment aux besoins de la population. Il se montrait résolu à s'ensr»velir sous les murs de la place. L'échec qu'il avait* essuyé dans la journée du 9 ne l'avait pas découragé, et il se détermina à déloger le général Magny de la position de St. -Carie. Le 11, à huit heures du matin, la garnison sortit de la place, marchant sur trois colonnes: la première s'éleva contre la division Gabarl au Nord; elle rencontra des retranchemens si formidables qu'elle fut obligée de se replier sur la deuxième qui attaquait résolument St. Carie. En même temps la troisième colonne s'eiforçait de tourner cette position. Deux cents tirailleurs de la 5e légère se jetèrent dans l'église de St. -Carie, et firent pleuvoir une grêle de balles à travers les ouvertures du bâtiment, sur la iie haïtienne, pendant que la 3e colonne des français tournait ce corps. Le colonel de la lie., Guillaume, s'apercevani de la manœuvre de la 3e colonne ennemie, sortit de ses retranchements^ f^uîvi de sa demi-brigade et de la 20e, s'élança sur les tirailleurs français et les délogea de St Carie. En môme temps le général Pélion, 8'apercevant que Magny s'était trop engagé, lança pour le soutenir, contre la 3e colonne française , le général Magloire Ambroise de sa division, à la tôte des 22e. et 24e demi-brigades. La 3o. colonne française fut culbutée sur la première en avant de St Carie. Magny secondé de ce renfort de la division Pétion aborda résolument, h la baïonnette, les français déjà ébranlés , rompit leurs rangs et les pour* suivit jusqu aux portes de la ville. Magny vint réoccuper St.-Carle sous le feu des remparts. Le général Ferrand avait abandonné le champ de bataille couvert de ifkorts et de blessés. Les haïtiens eu*rent à regretter le brave colonel Julien atteint d'une balle à la tète, et le capitaine Roulau. Les français tirèrent, sans cesse, le reste de la journée sur l'armée assiégeante. Si les haïtiens avaient eu de rartillerie, la ville eût déjà succombé, car, après avoir fait une brèche, Dessalines eût ordonné à son armée de pénétrer dans la place, lors même qu'elle^ eût dû perdre la moitié de son monde. Dans la soirée du li , le général Pétiôn s'apercevant que Tennemi attachait une haute importance à la position de St- Carie, et qu'il pouvait, à chaque instant, sViïorcer d*en déloger Magny , renforça généreusement celui-ci de la 2te, quoique ce corps n'appaittnt pas à la division Gabart.^ Magny, comme nous
* DevAfit Sfo-Domingo , le 12 Mars 1805.
Le général Pétion à V Empereur.
Sire , La position qu'occupe le gênérul Magny paraipsant. être celle h laquelle t^ennenii porte le plus p:\r(icutièremenl sou altenlion, fai pense qu'il c«)nveniil de ^assister promptement, afin que ses retranclicinens à l'égiise p^K^dent être nu plus (et terminéi. Bu conséquence, è<ant le plus h ^a ponée, j'aî fait hier soir pnsser ^ ce générât lu ^l.ine deri>i*brigade avec une partie
192 HISTOIRE D*HAlTI. — ( 1805 )
premier r^gîmenl d'artillerie, el d'un escadron du 1er. régiment de cavalerie. Gabarl avait sous ses ordres les généraux de brigade Magny et Cangé. CeUe division ^'ébranla da^ns la même journée , traversa, avec^ beaucoup de difficulté, TArlilionite dont les eaux étaient en dcibordement, et s'arrêla sur l'habitation Maugé. Quant à Dessalines, il partit de la Petite Rivière le 17, et atteignit le mame jour le Mirebalais , à 5 heures de laprès-midi. Le jour suivant, le général Gabart entra dans ce bourg, à la tète de sa division. L'emjjereur y passa en revue la 10e demi brigade et deux bataillons de HT 3e.
Pétion, qui était parti du Port au Prince, avec sa division s'éle- \ant à 7800 hommes , arriva su Mirebalais le 24 Février. Cette division était composée des lie, 12e, 21e, 22e, 23e, el 24e d'infanterie, de deux compagnies du 1er régiment d'artillerie, et de deux escadrons du 1er régiment. Pétion avait sous ses ordres le général de brigade Magloire Ambroise. Dés le 19, les communes de Hinche , de Lamatte et de Neybe , terrifiées , s'étaient empressées de se soumettre à Dessalines. Les habilans de ces quartiers lui fournirent des vivres en abondance et une multitude de chevaux et de mulets. Le 20, la 3e demi brigade et la cavalerie pénétrèrent dans le canton des Sarrasins, et bivouaquèrent surt'ba* biration Desvarieux. Quand Dossalines y parvint avec les divisions Gabart et' Pétion , il les passa en revue, et dit aux soldats en créole': mes braves, que le courage et la persévérance ne voue abandonnent pas dans cette grande entreprise; elle est toute nationale; nous allons réunir à l'empire plus des deux tiers de son territoire ; nous allons à Slo.-Domingo où resplirent les restes de nos anciens opprefiseurs, où commande l'infâme Ferrand qui a juré notre exter* iTiinaM'on et la servitude de nos enfans. Les soldats lui répondirent par de grandes acclanialions, et prirent gaiement la roule de Lescahobes. Les troupes Iraïtiennes, pour atteindre Sio Domingo , avaient à traverser de grands espaces: de'Jérémie à S*"" Domingo 193 lieues, du Cap 90 lieues, du Port au Prince 135, au travers de hautb aiernes, de fleuves larges et profonds, et de vastes plaines couvertes d herbes et d'arbrisseaux épineux , et sans abri contre les ardeurs du soleil.
Le 23 dans la matinée une dépulation des habitans dp Lamatte \int au devant de 1 Empereur qui, à midi, pénétra duns ce bourg. Après y avoir pris un peu de repos , les troupes continuèrent leur marche dans la nuit du 2i au 25. Elles traversèrent , à la lueur d«^s étoiles, une partie de e^tle longue et superbe vallée de San Thoraè, arrosée par les rivières Rouan Débeït el Matayaye et qui comprend entre Lescahobes et St. Juan un espace de tren^te lieues. A la pointé du jour l'armée vit se dérouler devant elle dimmenses savanes coupées par uuo infinité de petites rivières et de ruisseaux ; et à une heure de l'après midi, l'empereur découvrit Si, Juaa
HtstoÎRE D^HAITI.— (1801$) 195
Après avoir traversé la belle rivière qui porte le nom de ce boiir^i il crut d'abord qu'il y rencontrerait une forte résistance; mais son armée y entra sans obstacle^ à trois heures de Taprès-midi. La garaison et toute la population ravaiént évacué et s'étaient retirées vers la source de la rivière Yaque, presque au centre de Tlle. Après avoir confié le commandement de ce bourg au chef d'escadron Isaac Borel, un de ses aides de.camp , et y avoir laissé une garnison de trois^* cents hommes^ Dessalines se mit en marche pour Azua le 27 à six heures du malin, par la vallée de St. Juan, arrosée parla rivière de Diae qui roule ses «au^i du Nord au Sud. Les troupes s'arrêtèrent à un gué de cette rivière, y passèrent la nuit et Reprirent leur marche, le 28 à 5 heures du matin. A peine eurent-ell^s parcouru Tespace de trois lieues que le chef d'escadron Barthélémy Mirault, qui était à la tète de Tavaiit garde. Conduisit à Sa Majesté trois espagnols qu'il venait de faire prisonniers. Ceiî^c ci déclarèrent que l'ennemi n'était campé qu'à trois lieues, sous les ordres du commandant Viet, et qu'on les avait envoyés en cclaireurs. A neuf heures^ Barthélémy découvrit plusieurs sentinelles placées derrière un rempart de pierres élevé sur un niornet ; il en avisa TempereUr qui lui ordonna d'aller reconnaître lennemi. Barthélémy suivi de l'étatmajor de Dessalines et de quelques dragons se précipita sur les vedettes françaises qui prirent la fuite; elles furent poursuivies à outrance^ et en moins dune heure elles étaient rentrées dans le camp principal où commandait Viet en personne. C'était une fortification élevée dans le grand chemin sur une éminence que dominaient deux mornes des deux côtés. Les français et les espagnols l'appelaient le Tombeau des Indigènes^ parce qu'ils disaient hardiment que les Haïtiens y seraient détruits et ensevelis. L'empereur s'approciia lui même de la position jusqu'à cent pas pour Texaminer : elle était bordée de canons, ceinte d'un fossé, et flan(|uée de cardasses, d'aloës et d'autres arbres /(épineux qui paraissaient devoir la rendre inabordable; le plus profond silence y régnait.
Quoique la cavalerie^ et le gros de l'armée tie fussent pas encore arrivés, Dessalines conçut son plan d'attaque et l'exécuta aussitôt. L'avant garde de l'armée s'embusqua k la gauche du fort , la 4e demibrigade le tourna, et les généraux Daut et Gabart, à la tète de l'étatmajor , attaquèrent de front. Le commandant Viet monta sur Ic!^ remparts, et les canons vomirent aussitôt boulets et mitraille dans nos rangs. En même temps la 4e donnait l'assaut au pas de charge, se précipitant au milieu des cardasses et des aloë«, au grand éton* nement des français qui croyaient rette épaisse haie d'arbrisseaux épineux infranchissable. En avant ! s'écriait Dessalines. — Tu e» maître du fort, lui répondit Gabart ^ qui s'élançait contre les retran*
* Gabari ifui avait èié sjldat avQC Dcssalitie:), duus n>ême ie corps^ltf tato^U,
premier régiment d'artillerie, el d'un escadron du ier. réf^imcnl de cavalerie. Gabart avait sons ses ordres les généraux de brigade Magny et Cangé. CeUe division s ébranla dans la même journée , traversa, avee^ beaucoup de difficulté, rArlilK)nite dont les eaux étaient en débordement, et s'arrêta sur liiabitation Maugé. Quant à Dessalincs, il partit de la Petite Rivière le 17, et atteignit le même jour le Mirebalais , à 5 heures de l'après-midi. Le jour suivant, le général Gabart entra dans ce bourg, à la tête de sa division. L'empereur y passa en revue la 10e demi biigade et deux bataillons de IV 3e.
Pétion, qui était parti du Port ou Prince, avec sa division s'élevant à 7800 hommes , arriva au Mirebalais le 24 Février. Cette divij?ion était composée des Ile, 12e, 21e, 22e, 23e, et 24e d'infanterie, de deux compagnies du 1er régiment d'artillerie, et de deux «scadrofis du 1er régiment. Pétion avait sous ses ordres le général de brigade Magloire Ambroise. Dés le 19, les communes de tlinche , de Laniatte et de Neybe , terrifiées , s'étaient empressées de se soumettre à Dessalines. Les habilans de ces quartiers lui fournirent des vivres en abondance et une multitude de chevaux et de mulets. Le 20, la 3e demi brigade et la cavalerie pénétrèrent dans le canton des Sarrasins, et bivouaquèrent surt'babiration Desvarieux. Quand Dossalines y parvint avec les divisions Gabart et' Pétion , il les passa en revue, et dit aux soldats en créole': mes braves, que le courage et la persévérance ne vous abandonnent pas dans cette grande entreprise; elle est toute nationale; nous allons réunir à l'empire plus des deux tiers de son territoire ; nous allons à Sto.-Domingo où respirent les restes de nos ancieas oppresseurs, où commande l'infâme Ferrand qui a juré notre extermination et la servitude de nos enfans. Les soldats lui répondirent par de grandes acclamations, et prirent gaiement la roule de Les* cahobes. Les troupes haïtiennes, pour atteindre Sio Domingo , avaient à traverser de grands espaces: de' Jérémie à S*"" Domingo 193 lieues, du Cap 90 lieues, du Port au Prince 135, au travers de hautii mernes, de fleuves larges et profonds, et de vastes plaines couvertes d herbes et d'arbrisseaux épineux , et sans abri contre les ardeurs du soleil.
Le 23 dans la matinée une députation des habitans dp Lamatte \int au devant de 1 Empereur qui, à midi, pénétra dans ce bourg. Après y avoir pris un peu de repos, les troupes continuèrent leur niaiche dans la nuit du 2i au 25. Elles traversèrent , à la lueur des étoiles, une partie de e^lte longue et superbe vallée de San Thoraé , arrosée par les rivières Rouan Débeï t et Matayaye et qui comprend entre Lescahobes el St. Juan un espace de tren^te lieues. A la pointé du jour l'armée vil se dérouler devant elle (limmenses savanes coupées par uuo infinité de petites rivières et de ruisseaux ; et à uneheure del'après midi, l'empereur découvrit St, Juaa
HtSTOIRÉ D^HÂlTI.— (1801$) 195
âpres avoir traversé la belle rivière qui porte le nom de ce beur^i il crut d'abord qu'il y rencontrerait une forte résistance; mais son armée y entra sans obstacle^ à trois heures de Taprès-midi. La garaison et toute la population l'avaient évacué et s'étaient retirées vers la source de la rivière Vaque, presque ai) centre de Tlle. Après avoir confié le commandement de ce bourg au chef d'escadron lâaac Borel, un de SCS aides de.camp , et y avoir laissé une garnison de trois« cents liommes^ Dessalines se mit en marche pour Izua le 27 à sh heures du malin, par ta vallée de St. Juan, arrosée parla Hvière de Diae qui roule ses eaux du Nord au Sud. Les troupes s'arrêtèrent à un gué de cette rivière, y passèrent la nuit et f éprirent leur marche, le 28 à 5 heures du matin. Â peine eurent-ellos parcouru Tespace de trois lieu^^s que le chef d'escadron Barthélémy Mirault, qui était à la tète de Tavant garde. Conduisit à Sa Majesté trois espagnols qu'il venait de faire prisonniers. Ceii^ ci déclarèrent que l'ennemi n'était campé qu'à trois lieues, sous les ordres du commandant Viet, et qu'on les avait envoyés en éclaireurs. A neuf heures^ Barthélémy découvrit plusi(5urs sentinelles placées derrière un rempart de pierres élevé sur un niornet ; il en avisa l'empereur qui lui ordonna d'aller reconnaître lenneini. Barthélémy suivi de l'étatmajor de Dessalines et de quelques dragons se précipita sur les vedettes françaises qui prirept la fuite; elles furent poursuivies à outrance, et en moins d'une heure elles étaient rentrées dans le camp principal où commandait Yiel en personne. C'était une fortification élevée dans le grand chemin sur une éminence que dominaient deux mornes des deux côtés. Les français et les espagnols t'appelaient le Tombeau des Indigènes^ parce qu'ils disaient hardiment que les Haïtiens y seraient détruits et ensevelis. L'empereur s'approcha lui-même de la position jusqu'à cent pas pour Texaminer : elle était bordée de canons, ceinte d'un fossé, etflan(|uée de cardasses, d'aloës et d'autres arbres ii3pineux qui paraissaient devoir la rendre inabordable; le plus profond silence y régnait.
Quoique la cavalerie^ et le gros de l'armée fie fussent pas éncoref arrivés, Dessalines conçut son plan d*attaque et l'exécuta aussitôt. L'avant garde de l'armée s'embusqua à la gauche du fort , la 4e demibrigade le tourna, et les généraux Daut et Gabart, à la tête de l'étatmajor , attaquèrent de front. Le commandant Viet monta sur lc§ remparts, et les canons vomirent aussitôt boulets et mitraille dan» nos rangs. En même temps la 4e donnait l'assaut au pas de charge, se précipitant au milieu des cardasses et des aIoë<, au grand éloanement des français qui croyaient cette épaisse haie d'arbrisseaux épineux infranchissable. En avant I s'écriait Dessalines. — Tu e» maître du fort, lui répondit Gabart ^ qui s'élançait contre les retran*
* 6at>ari ^ui avait été Sk>ldi\t avoc Dosâulines, duiiâ même le corps ^(tf tatojaU,
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fort de St. Giles ballant tant à TOuest qu*au Sud. . Sur la ligne Sud , en laissant St. Giles , on trouve la balterie basse do Saint Carie , les bastions de San José , de St. Fernandez et de Sainte Catherine, Ja redoute Ste. Claire, et la batterie, de l'Arsenal <!ont les pièces sont braquées tant sur la mer que sur rcmbouchurè de rOzama. Sur la ligne Est , le long^ de 1 Ozama , on trouve b prison que baigne le fleuve, el au-dessus de la prison la batterie de la Plate-Forme surmontée de la Tour et la batterie de l'Amiral entre St. Diègue et TAtarazane. Le blocus de Sto. Domingo est des plus diriiciles à cause des ouragans qui^éclalent dans ses parages, et des rochers à pic ou côtes de T«r qui en bordent les rivages.
Pendant que Dessalines arrivait devant Sto. Domingo, le général Christophe était parti du département du Nord, k la tôle de sa division. Il avait ordonné aux deux premiers bataillons de chacune des demi-brigades cantonnées dans Tétendue de son commandement de se mettre en marche pour Sto. Domingo.^
Le 18 Février, à dix heures du soir, les 1ère, 2e, 27c, 28e, et 29ô et deux escadron^ de dragons étaient sortis du Cap, par un violent orage, et avaient atteint la Grande Rivière à une heure du malin. La division, ne pouvant traverser le torrent qui était en débordement, fut obligée de passer la journée el la nuit qui suivit sur les propriétés voisines. Le lendemain 19, Christophe, suivi de ses troupes, lonjfea la rive gauche du fleuve, parvint à son embouchure sur Thabitation Chatenoy, pénétra dans Teau jusqu'à la ceinture et atleignir la rive opposée. Les troupes, après s'être rcposé^îs quelques heures à Tancien bourg de Limonade, pénétrèrent dans la grande route du Fort- Liberté qui était couverte d'une eau boueuse: depuis plusieurs jours il [>leuvait sans discontinuer. La division traversa les habitations Caracolle , Merée, et entra au Fort-Liberté le 20, à six heures du matin. Elle fut grossie lé même jour de J« 9ô du Port-de-Paix qui était en retard. Le général Capoix avait fait tous ses efforts pour que ce corps, qui lui était très-dévoué, n'entreprit pas la campagne; il craignait que Christophe, son ennemi personnel, ne trouvât Toc casion de jeter la 9e de à l'extermination pour lui enlever son appui la plus puissant. -
Ce fut au Fort Liberté que les troupes du Nord furent habillées. Le général Clervaux relardé par le dibordement des rivières ne les avait pas encore jointes. Le 21 elles prirent la route de Laiavon, la 9e à Tarrière^garde.
Le 22, ellel traversèrent la savane de Tète, celle dejUargue, et arrivèrent au milieu de la nuit dans colle de Guayabine. Le 23, à neuf heures du malin, la division traversa, non pas sans peine, la rivière de Guayabine. Après avoir suivi la route, non loin du cours du fleuve Grand-Yaque, dont les eaux vont s'engloutir dans la baie du MouiécUrisl^ les troupes arrivèrent au bour^ de r>lopiiaI, situé dans h
a.STOiRE D'il AITI.— (1805) 19t
magnifique vallée de St Yngue, et y passèrent la nuît sur les battes Hiîaire Gaslon et Pîchasse. Le lendemain, à midi, elles cnlrèrent au bourg d'Amina^ Elles marchaient à une distance de quatre lieues du cours du fleuve, dont elles s'approchèrent pour le traverser; et le 25s à quatre heures du matrn, elles s'arrêtèrent sur la rive gauche. Elles aperçurent sur les bords opposés ïes troupes hispano-françaises rangées en bataille au nombre de t,500 hommes environ, sous les ordîcs de Sérapio , commandant en chef du département de Cibao. 1/ennemî occupait un bastingage de 300 pieds de longueur, armé de ilrux pièces de campagne, ainsi qu'un fort défendu par une pièce de 11 et élevé sur un mornet. Quoique h division Clervaux ne fût pî^s jrrivôe, les trour:rs haïtiennes s'élevaient à 9,000 hommes, ^.es 2e et JTo demi brigades s'établirent en face des relranchemens enneoiis sur une cmiuence de la rive gauche; les 28e et 29c prirent position derrière ellos, et les Ire., 9e, le bataillon de Si- Yngue, * les con»paf>!îii'S daiiillerie se tinrent au milieu du grand chemin, prêts à tjrcer le pnssngo.
Pendant que Christophe faisait ses disposilîonsr d*altaque, le plus grand oidro existait dans les n^nps ennemis. M envoya sur la rive opposée un oHicier du bataillon de St-Vagne, Don Pedre, chargéde sommer Sérapio de livrer le bastingage et le fort, et de lui dire qu'il no venait p4)s avec des intentions hostiles aux espagnols, ot qu'il ne faisait la guerre qu'aux, français. L'ennemi répondit qu'il était disposé » mourir plutOl qut^ de se rendre. Christophe fit aussitôt battre la charge, et le chef de bataillon Jason , suivi de la l.ére dcmi« brigade, dii bataillon de St Yague et de la 9»?, s'élança dans le fleuve^ Les soldats haïtiens, pénétrant dans de Teau jusqu'à la ceinture, ne fésistèrent à la rapidité du courant qu'en se serrant fortement les uns contre les autres. Mus troupes soutenues par le feu des 2e et 27e établies sur la rive gauche, atteignirent la rive droite où s'engagea un combat sanghani. Malgré les prodiges de vateur de Sérapio, officier noir, tes hispario-françhis commencèrent à fléchir. Dès que Christophe s'en aperçut , il ordonna an colonel Etienne Albert de traverser le fleuve avec la cavalerie et de charger. Les dragons haïliens, ayant atteint la rive opposée,, romprrent les rang»de Tennemi que la 9e culbutait déjà, à la baïonnette. La déroute devint complète, et les fuyards talonnés pnr la 9.e et sabrés par les dragons du %e régiment, rentrèrent à St- Yague. Le générai Rrave pénétra
* O ) dvjil se rappeler qiie re l>.')!ail!on dît d>5 S(-Ya^iic avrvil éié formé en ceMe ville, psir les ordres de DcHr^rdiue*», au^rînôi apttM la soumisîaion da déparlement de Cibao eu décembre 1803, I! hvail ^ôlft obligée de se leplior avec Tabarrp.-?, eur le terrii-oire h>îiien, nprè? la rè<)«*rnp,UM)n du Cib.io j nr l'adjndwiii-générol Devant en 1804. Il était composé de noirs el d'Iumnifi.» de couleur espcignols.
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fort de St. Giles ballant tant à l'Ouest qu'au Sud. > Sur la ligne Sud , en laissant St. Giles , on trouve la ballerie basse do Saint Carie , les bastions de San José , de St. Fernandez et de Saiule Calherine , la redoute Ste. Claire, el la ballerie. d© l'Arsenal dont les pièces sont braquées tant sur la mer que sur remboudunè de rOzama. Sur la ligne Est, le long de î'Ozama , on trouve la prison que baigne le fleuve, el au-dessus de la prison la batterie de la Plaie-Forme surmontée de la Tour et la batleiic de l'Amiral outre St. Diègue et TAlarazane. Le bîocus de Sto. Domingo est des plus diniciies à cause des ouragans qui^éclalent dans ses parages, et des rochers à pic ou côies de Ter qtii en bordent lès rivages.
Pendant que Dossalines arrivait devant Sto. Domingo, le général Christophe était parti du département du Nord, a la tète de sa division. Il avait ordonné aux deux premiers balaillons de chacune des demi- brigades eanlonnées dans Tétendue de son commandement de se meltre en marche pour Slo. Domingo.^
Le 18 Février, à dix heures du soir, les ière, 2e, 27e, 28e, el 29â et deux escadron^ de dragons étaient sortis du Cap, par un violent orage, et avaient atteint la Grande Rivière è une heure du malin. La division, ne pouvant traverser le torrent qui était en débordcmcnl, fut obligée de passer la journée el la nuit qui suivit sur les propriétés voisines. Le lendemain 19, Christophe, suivi de ses troupes, lonqiea la rive gauche du fleuve, parvint à son embouchure sur Thabilation Chatenoy, pénétra dans l'eau jusqu'à la ceinture et alleignir la rt\e opposée. Les troupes, après s'être reposées quelques heures à l'ancien bourg de Limonade, pénétrèrent dans la grande roule du Fort- Liberté qui était couverte d'une eau boueuse: depuis plusieurs jours il t>leuvail sans disconlinuer. I^a division traversa les habitations Caracolle , Merée, et entra au Fort-Liberté le 20, à ëix heures du malin. Elle fut grossie lé même jour de le Oe du Port-de-Paix qui était en retard. Le général Capoix avait fait tous ses efforts pour que ce corps, qui lui était très-dévoué, n'entreprit pas la campagne; il craignait que Christophe, son ennemi personnel, ne trouvât roc casion de jeler la 9e de à l'extermination pour lui enlever son appui U plus puissant. -
Ce fut au Fort Liberlé que les troupes du Nord furent habillées. Le général Clervaux relardé par le débordement des rivières ne les avait pas encore joinles. Le 21 elles prirent la roule de Lanavon, la 9e à l'arrière^garde.
Le 22, ellel traversèrent la savane de Tète, celle dejHargue, et ar* rivèrent au milieu de la nuit dans colle de Guayabine. Le 2«i, à neuf heures du matin, la division traversa, non pas sans peine, la rivière de Guayabine. Après avoir suivi la route, non loin du cours du fleuve Grand-Yaque, dont les eaux vont s'engloulir dans la baie du Mouiéchrijst^ les troupes arrivèrent au bour^; de l'Jiôpiial, situé dans la
asToiRE d'haiti.— (1805) 19t
magnifique vallée de St Yague, et y passèrent la nuît sur les battes Hiîaire Gaston et Pîchasse. Le lendemain, à midi, elles cnlrèrent au bourg d'Amîna^ Elles marchaient à une distance de quatre lieues dn cours du fleuve, dont elles s'approchèrent pour le traverser; et le 25s à quatre heures (lu matin, elles s'arrêtèrent sur la rive gauche. Elles aperçurent sur les bords opposes tes troupes hispano-françaises rangées en iKitaille au nombre de i\500 homines environ, sous les okIîos de Sérapio , commandant en chef du département de Cibao. L ennemi occupait un bastingage de 300 pieds de longueur, armé de tirnx pièces de camp?,gne, ainsi qu'un fort défendu par une pièce de 12 et élevé sur un mornet. Quofque ta division .Clervaux ne fût pas ;)irivôc, les lro'jn(»s haïtiennes s'élevaient à 9,000 hommes. ï^es 2e (U JTtî demi brigades s'établirent en face des retranchemens ennemis sur nn(v cmincnce de la rive gauche; les 28e et 29c prirent position derrière ellrs, et les Ire., De, le bataillon de Sl-Yague, * les con»pa^fsîi*s daitillerie se tinrent au milieu du grand chemin, prêts ^ tjrcer h» pas^ngo»
Pendant que Ciiristophe faisait ses dispositions^ d*altaque, le plus grand o^dre existait dans les ranps ennemis. M envoya sur la rive opposée un oHicier du balaillon de St-Yague, Don Pedrc, cliargéde sommer Scrapio de. livrer le bastingage et le fort, et de lui dire qu'il ne venait pas avec des intentions hostiles aux espagnols, ot qu'il ne faisait la guerre qu'aux français. L'ennenjî répondit quil était disposé » mourir plutôt qut* de se rendre. Christophe fit aussitôt battre la charge, et le chef de balaillon Jason , suivi de la l.ère demi* brigade, du bataillon de St Yagueet de la 9>î, s'élança dans lefleuve^ Les. soldats haïtiens, pénétrant dans de leau jusqu'à la ceinture, ne fésistèrent à la rapidité du courant qu'en se serrant fortement les nns contre les autres. Nos troupes soutenues par le feu des 2e et 27e établies sur la rive gauche, atteignirent la rive droite où s'engagea un combat sanglant. Malgré les prodiges de vabeur de Sérapio, officier noir, tes hispaiio-françHis comrojsncèrent à fléchir. Dés que Christophe s*cn aperçut , il ordonna au colonel Etienne Albert de traverser le fleuve avec la cavalerie et de charger. Les dragons haïliens , ayant atteint la rive opposée^ rompîient les rang^deTennemî que la 9e culbutait déjà, à la baïonnette. La déroute devint com« pléte, et les fuyards talonnés pnr la 9.e et sabrés par les dragons du 2.e régiment, rentrèrent k Sl-Yague. Le général Rrave pénétra
* O I dtjil se rappeler rj4ie re Ivitailion tilt d^ S(-Ya^nc avr^il éié fôr'mè en ceMe viî!e, pur les or<lres de l).i.-»>\'\!:ne«^, au-^r^nôi apièa la soumisî^ion Hu déparfemeni de Cibno en décembre 1803. 11 hvait jÔIp. obligé c!e se lepiier avec Tabarrè^ sur le territoire Inîiien, nprè? la réo'-rupalion dii Cibno ^ nr l'adjiid«nt.générfll Devant en 1804. II. était compoôé de noirs el d'h.Miinifi.» de couleur espijgrîols.
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fort de St. Giles ballant tant à TOuest qu'au Sud. Sur la ligne Sud , en laissant St. Giles , on trouve la balterie basse do Saint Carie , les bastions de San José , de St. Fernandez et de Sainte Calherine , h redoute Ste. Claire, et la batterie, de l'Arsenal dont les pièces sont braquées tant sur la nier que sur rcmbouciune de rOzama. Sur la ligne Est, le long de 1 Ozania , on trouve la prison que baigne le fleuve, et au-dessus de la prison lu batterie de la Plaie-Forme surmontée de la Tour et la batterie de l'Amiral entre St. Diégue et TAlarazane. Le blocus de Sto. Domingo est des plus difllcilos à cause des ouragans qui^éclalent dans ses parages, et des rochers à pic ou côtes de Tsr qui en bordent les rivages.
Pendant que Dessalines arrivait devant Sto. Domingo, le général Christophe était parti du département du Nord, à la tête de sa division. Il avait ordonné aux deux premiers bataillons de chacune des demi- brigades cantonnées dans Télenduc de son commandement de se mettre en marche pour Sto. Domingo.^
Le 18 Février, à dix heures du soir, les 1ère, 2e, 27c, 28e, et 29c et deux escadron^ de dragons étaient sortis du Cap, par un violent orage, et avaient atteint la Grande Rivière è une heure du malin. La division, ne pouvant traverser le torrent qui était en débordement, fut obligée de passer la journée el la nuit qui suivit sur les propriétés voisines. Le lendemain 19, Christophe, suivi de ses troupes, lonjTfea la rive gauche du fleuve, parvint à son embouchure sur I habitation Chatenoy, pénétra dans l'eau jusqu'à la ceinture et atteignir la rive opposée. Les troupes, après s être reposées quelques heures à l'ancien bourg de Limonade, pénétrèrent dans la grande roule du Fort- Liberté qui était couverte d'une enu boueuse: depuis plusieurs jours il pleuvait sans discontinuer. La division traversa les habitations Gara col le , Merée, et entra au Fort- Liberté le 20, à ëix heures du malin. Elle fut grossie lé même jour de Ja 9e du Port-de-Paix qui était en retard. Le général Capoix avait fait tous ses eflbrts pour que ce corps, qui lui était très*dévoué, n'entreprit pas la campagne; il craignait que Christophe, son ennemi personnel, ne trouvât i'oc casion de jeter la 9e de à l'extermination pour lui enlever son appui U plus puissant. -
Ce fut au Fort Liberté que les troupes du Nord furent habillées. Le général Clervaux retardé par le débordement des rivières ne les avait pas encore jointes. Le 21 elles prirent la route de Laiavon, la 9e à l'arrière^garde.
Le 22, ellel traversèrent la savane de Tète, celle dejllargue, et arrivèrent au milieu de la nuit dans colle de Guayabine. Le 23, à neuf heures du matin, la division traversa, non pas sans peine, la rivière de Guayabine. Après avoir suivi la route, non loin du cours du fleuve Grand-Yaque, dont les eaux vont s'engloutir dans la baie du Moutécbrifftj les troupes arrivèrent au bour^ de rilùpital, situé dans la
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mag[nîfiqije Tallée de St Yague, et y passèrent la nuit sur les battes Hildire Gaston el Pîcliasse. Le lendemain, à midi, elles cnirèrent au bourg d'Amîna^ Elles marchaient à une distance de qualrc lieues du cours du fleuve, dont elles s'approchèrent pour le traverser; et le 25s à quatre heures du malin, elles s'arrêtèrent sur la rive gauche. Elles aperçurent sur les bords opposes les Iroupes hispano-françaises rî»ngées en bataille au nombre de i\500 hom^nes environ, sous les ordses de Sérapio , commandant en chef du département de Cibao. l/cnnemî occupait un bastingage de 300 pieds de longueur, armé de drux pièces de campagne, ainsi qu'un fort défendu par une pièce <Ie l'2 et élevé sur un mornel. Quoique la division , Clervaux ne fût pas ;îrr'Vv»c, les »roun/^s haïtiennes s'élevaient à 9,000 hommes. J^es 2e et 'J7*î demi brigîjdcs s'élablircnt en face des relranchemens cnneoiis sur vnvt émiuence de la rive gauche; les 28e et 29c prirent posififîtj dcrrièie elles, el les Ire., Oe, le bataillon de Sl-Yague, * les compa|>iw\'S daitillerie se tinrent au milieu du grand chemin, prclvS à liircer le pns^jngo.
Pendant que Cijrislophe faisait ses disposition.^ d'allaque, le plus grand 04dro existait dans les ranf»s ennemis. M envoya sur la rive opposée un oHîcier du baiaillon de St-Yagiie, Don Pedre, chargéde sommer Séiapio de. livrer le bastingage el le fort, et de lui dire qu'il ne venait p^is avec des intenlîons hosliles aux espagnols, ot qu'il ne faisait la guerre qu'aux, français. L'ennemi répondit quil était disposé à mourir plulOl que de se rendre. Christophe fit aussitôt battre la charge, et le chef de bataillon Jason , suivi de la l.ère demi« brigade, du bataillon de St Yague et de la 9*?, s'élança dans lefleuve^ Les soldats haïtiens, pénétrant dans de l'eau jusqu'à la ceinture, ne fésistèrent à la rapidité du courant qu'en se serrant fortement les «ns contre les autres. j\os troupes soutenues par le feu des 2e et 27e établies sur la rive gauche, atteignirent la rive droite où s'engagea un combat sanglant. Malgré les prodiges de valeur de Sérapio, officier noir, les hispano-françMis comm/^ncèrent à fléchir. Dos que Christophe s'en aperçut , il ordonna au colonel Çtienno Albert de traverser le fleuve avec la cavalerie et de charger. Les dragons haïliens, ayant atteint la rive opposée,, rompirent les rang» de l'ennemi que la 9e culbutait déjà, à la baïonnette. La déroute devint complète, et les fuyards talonnés pnr la 9.e et sabrés par les dragons du 2.e régiment, rentrèrent à Si- Yague. Le général Brave pénétra.
* 0 1 (Kyl se rappeler que ce hitailion dit d^ St-Yn^nc f\vr>il élé formé en ceMe ville, pjir les ordres de t).iMsa!:ne«^, auv^^nôî apiè^J la soumisî»ion du département de Cibao en décembre 1803, Il hvail è\é. obligé de se leplior avec Ti«barrès sur le (criii-oire Inîiien, nprè^ la réo'vup.îlfon du Cibao ^nr l'ndjiid<^iu. général Devant en 1804. II. était campo:jé de noirs el âMumnifi» de couleur espîigfïols.
21S HisTOiiiE d'iiaiti. — ^.(1805)
Christophe. — Réponse de TEmpereur — Festin. — Toasts. — Bal.— Proposition? coacernant Christophe faites par Dessalines à Capoix , ainsi ^ qu'au mcdcrin hi&îamoni — Banquet donné aux ^ Etats Unis en l'honneur d'Haïti, — Conduite p( rfiJo de Mentor — Deux partis existent dans l'empire. — Dcssalincs devi< nt défiant. — Immoralité dans la société — Les troupes sont en guenille ot presque nu<s — Mécontentement de la société — Subdivision drs divisions milittiirrs —Chî-ir'tophe nommé général en chef de l'armée d'Fluïli — Décnt concernant le départ furtif de la Louisiaaa. — Décrets concernant le tarif J/.s frais (rinprc<sion et les droiis curfaux. — Décret qui détermine que chaque ccnsignatairc Sfra saisi , à tnnr de rôle, et •suivant l'ordre du numéro de sa patente, delà vcnlo et responsabilité des tâlimens étrangers. — Comment Dessalines faisait ces lois. — Dessalinrs se rend du Cap à Marchand. — Lettre de Capoix à Christophe. — Dcssalincs vient au Port au- Prince. — Il offre sa fille en mariage à l^étion — D'jssalinca expume son indignation contre les dii*pidateurs et ceux qui sa font mettre rn possession dos blf^ns de colons, appartenant à l'Etat -^ Dessalines se rfnd d ui:^ le Sud. — Mort de Gabart.— Mort de la mère de, l'Impératrice. — Relations d'imour du capitain'e Chancy avec la princesse Célimène. — ^!VIort de Chancj»^. — DessuJines ne conçut jamais le projet de massacrer les homm^^s de couleur — I^Mire du colonal Bazile à Dessalines. — Mission du directeur d.'S domaines de- KOïcstà .Facmel. — Idésordre cornmercial.-^Opmion do Dessalines à l'égard de l'educativn da peuple. — Dessalines dit fermer les loges de francs-maçons.
L«s généraux qui commandaient les arrondissomcns no laîssaîcnl pas se ralentir le travail des fortifications. Celles do Marchand furent achevées sous les yeux de Dessalines. Chrislopho seul n'avait pas encore mis le dernière main au fort de la Perrière qui nvail clé commencé sur un plan gigantesque, spus la direction de Henri Barré, capitaine du génie. Quand Dessalines traversait les campagnes ^w département du Nord, il voyait avec admiration celle grande ol Aifaiidable construction, élevée pour être la boulevard de rindépc^ndar.cc; mais elle deviendra le tombeau de nombreux infortunés, victimes de }a cruauté de Christophe. Ses murailles ont été cimentées du sang des populations qui y ont travaillé, et les pyramides d'Egypte ne témoignent pas davantage la vanité et la puissance de I homme.
Nous avons déjà vu que Mèator était revenu ' dans le pays avarU le siège de Sto. Dooaingo. Il avait été, en France, membre du Conseil des Cinq Cents, eomn^e député de St. Domingue; elle \% Brumaire , il avait été exclu de la Représentation Nationale. Mentor, né à la Martinique, était-un noir d'une belle éducation. Il avait une élocution facile, ^ une humeur en apparence douce et bienveillante^ des formes séduisantes , de Ta'bdace et un grand courage. Il avait cru qu'Haïti était devenue presque barbare dopùis révacuatioD dos français , que les hommes les plus instruits n'y avaient que des cenniissaDoes élémentaires , et qu'il y
* Les haïtiens de l'époque disent que lorsqu'il parlait on croyait entendre ua Uaoe européen de bonne éducation.
niBTomE d'hÂiti.— (180S) tIS
eût èié (ncilement aceucilii commo un prodige de lumières. Tl nvLîit donc conçu de grands projels d'ambition , el H avait pensé qu'il eût pu ]es réaliser. Mais sa déception avait éié ^r;in<le lorsqu'il s'était vu au milieu d'un certain nombre d'hommes vr.iîiiwnl éclairés, des Chantalte, des Boisrond Tonnère, des Chareron,. ()'! {Jiaquoi, des Ik)nnet, des Bazelais , et d^habiles guerriers, des ^-i'» ni, des Capoix , des PétioB , des Pérou, des Christophe , des^ i^fi :rt , des Clcrvaux , de» Romain,, des Daui Brave. Plusieurs de ( r.> ] '><nmes avaient comme lui parcouru les contrées où brille la rnjji^»:i.in. Dès lors, il n'avait plus songé, pour atteindre à une lH..e iiofiiîon , qu'à capter la bienveillance et à s'attirer la eon^ û'xhiA 'Àf^ remporciir, en flattant ses passions. Dessalines admirait Ir I- .-ynor briliyril de Mentor, et celui-ci découvrit Timpression fav. «il>Ui qu il avait produite. Ils'efforça de la fortifier en parlant avec t'îi v'ir de la Wivo^hé dos français, de la haine qu'il leur avait vouée v.x îe îcor iirjjjuissance contre If^ïti. H dit dans iiti cercle tfottîi<?rs qa ii tv/it été chassé du Conseil des Cinq Cents, à cause do «^:» pouleur noire. Dessalines , transporté , le serra contre son cœur.*^ 1' îbua lelh-mt-ni les passions de T empereur qu'il fut comblé de ses^ {••V. iis et admis dans son état-major.. Son ambition se développa^ i;< »!wû ipont, Ktt jugeant Dessalines incapable de gouverner Haïti , au sein il' i^ ;>ai\, il leva à Tempire.^^ Mais pour j parvenir , il fallait que nos g)./^iii<Ms ies plus inflneRs cessassent d'exister, ou tombassent dans une rttur nde disgrà.:e. Il ne craignit pas de s'efforcer d'inciter Dessaiit^os contre Christophe, Geifrard, Pétion. Christophe ne tarda pas a d/'co.tMÎr qu'il ne convoitait pas moins que lui la première dignité de TEiat. Il songea à miner l'autorité de Dessalînes qui était déjà cpié sous l'influence des adroites séductions de Mentor. Il avait coiuiu ce dernier, au Cap, sous Toussaint Louverture , lors de la seo'-^ 'lie mission de Sontbonâx, et il le savait capable des projets les plus audacieux. Il se montra bienveillant envers ceux que repoussait l'empereur , se fit secrètement le pretecteur des hommes en " difigrâcè , fio créa des amis , continua ses relations avec les^ généraux Pétion^ Gefirard, ei letir représenta. Mentor comme un agent
* Soixiinte et un député* fiirtnl exclus , de la repréfenlntion nationale dn Fianoe , le 10 brninaue au vu, pour lee excès auxquels ils B*étnient coîi^t sinmeui ponés:, du le décret du Couftei! de? Clrîq-cenls. Mentor fut coinprii9 dans te nombre des soixante cl un , non pas à cause de Fa cou* leur, mais pour »b8 opihiorip. li étftii marié à une f^mme blanche qui hit' è^HU dès dévoilée et qui Tav^iii 8uivi en lloîii. Il en eut une fille, de ccHileur^ qui devint remorqiinble pnr sa beauté*
** Pr^«que tons le*» lîomme?? de l'époque assirent que son ambition était parvenue ù ce degré de dëveloppenvenl.
213 HISTOIRE P'IIAITI. — (1805)
Christophe.— Réponse de rErapereur — Fest- ^^^'"^ jAû^^^ lempereuf, cernant Christophe faites par Dissali»^ r^^v %^/ /a dignité d6 gémoni -Banquet donné aux Etat^ ^ r^^^ f^.^^f CktS^^\ï\ fût U plus Mentor— Deux narlis ex^'" '.#>;// .La///^. . . • ^^
Mentor— Deux partis exî'" '' j^S ".^H".', j.,i r.^^^^%^^\^ n^
moralité dans la soo'^' . 'J^^%/:S^^^ ^"^ appartenir. Ce
ie la /^f^'^^iJ^'^^ P^"** "" nomme de
-Décret qui " ^ -J^^^^^^^ Conduite du gêné.
-suivant Tord . , ^ t^^tf^ . la h '' \ . \ i . i • .
étrangers.. ' ^ -I^tJ!^:^^^ ^^"^ '^^ P^**^'^^ "® tendaient
Marcham^ f *>^^' r /'^iiiptreur. Parce qu il blâmait le
contentement de la ^ > -^^'V^" P""*" "" "ouime ae
mé général en c^ >^ . ^>^^^^j!cià^ 1800, ne trompait ni
Louisiana.— D^ ^ - ^^J^i'JiJ^je i' tooi en paraissant indifférent
Prince. m^ jJ^ ^ M^^ éi^^^^^ pleines, de ne pas solder les
^^'^ • ^' 3 •^J!^!^''^ ^ ^c^peodanl. Les maîtresses et les favo-
scssir 0^.1!^ ^^ipir^^^^!^^^^ SCS largesses ,^ et les vieux soU
Sud r^^>^><M^^/J
du
^^^^^^S ^i*^^ U^P^oàwa^ étaient sans paie et presque nus.
/- ^^>'^jl^î^*/''^''^joj-iï de la campagne de TEst; mais depuis
^ ^ ^^S^ ^^^%U déguenillés. Christophe se faisait rendre
^s^^^^r, '^^ ^^Ls e* ^^* paroles de Gapoix par Tadministra-
Mir ^^de^ '^^MX ^^ conduite de celui-ci souleva contre
j;'<^ /'^'^i pûhliq««-
f'!"i'*9ni^^^ lines^ il ^^^i'^ encore aimé des populations j dans les ^'^}usfi^ ' ^h^rchaii avec empressement ses faveurs , et comme on IhsSf ^"-^^'il instituerait une noblesse, on s'efforçait de lui plaira r.i/^^^'^'^^'v'un li***^ ^^ distinction; cependant il repoussait toujours ^^uir ^l^^^^Jéer des ordres dans l'Etat. Les généraux Pélion, Geffrard, jiM^ j^an-Louis François résistaient à Télan qu'on prenait de tous f^''^^^\^fg atie monarchie héréditaire; ils ae déguisaient pas leur ^'^l'/rc^inisme, et déploraiern Tambition de ceux qui voulaient de- "^iaohlts. ' Ct fi^^ ^ ^^'^® époque , que revînt en Haïti le colonel Faubert , jes anciens lieutenans du général Riguud. Il s'était réfugié à r^trangcr après le triomphe de Toussaint. Loiiverture. Il se transporta i Marchand pour rendre ses hommages à Tempereur. Dessalines Taccueillit avec beaucoup de distinction. 11 se montra frappé de )a petitesse de taille de Faubert qu'il voyait pour la première fois, ^i dont il avait éprouvé Tîntrépidilé en 4790 et en 1800, au Grand Goâve, à Thausin, et au Petit Goàve, pendant la guerre civile. II lui dit, en lui montrant du doigt une des portes les plus élevées de 6on palais : par la renommée de votre valeur , je vous croyais de cette hauteur.
On se rappelle qu'au quartier- général de Gaillard , les secrétaires de Dessalines avaient fait, à la hâte, une Constitution qui devait lui être présentée aussitôt après son entrée è Sto. Domingo. Après la campagne , Boiçrond Tonnère et Chanlatte en rédigèrent une nouvelle sur l'invitation de Dessalioes. Le 20 Mai 1805, l'empereur l'approuva , et la confia à un officier supérieur , chargé de la faire signefi
HISTOIRE d'haïTI.— (1805) tlt
clans chaque quarlîer, paHes généranx dé division et de brigade de l'empire, membres du conseil d'Etat. En attendant qu'elle futrapr porlée à Marchand , sanctionnée par tous les généraux, Dessahnes^ rendit plusieurs lois, et le principe qui domina dans chaeune d'ellee^ fui l'expression de sa voKinté absolue. Son conseil privé, sous sa présidence, Ht, le 28 Mai 1805, le code pénal militaire pour toutes les^ troupes de Tempire. Les peines établies par ce codé, rigoureusemenl appliquées, devaient maintenir dans Tarmée an« discipline de fer. La désertion à l'ennemi était punie dé mort; et le militaire en Tac*^ tion ou en vedette, qui abandonnait son poste, sans avoir rempli sa consigne, était aussi puni de mort. La désertion à TintérieuK était punie d'un aa de prison, et de deux ans, si le soldât déserta ft avec armes et bagages. Le citoyen qui ne rejoignait par son corps , après en avoir reçu l'ordie , était considéré comme déserteur, était passé aux \erges et puni de six mois de prison. Les embaucheurs» les espions de lennemi, les étrangers surpris à lever des plans de nos camps, quartiers, fbrlifications, étaient condamnés à la^ peine^ capitale. Tout militaire oonvaineu do pillage, d'incendie, de meurtre exercé sur un citoyen non armé était fusillé. Le^ viol com». mis par un militaire ou tout autre individu attaché à l'armée , était puni de dix ans de (er, si le viol avait été commis sur une fillè^ âgée de moins de quatorze ans; et de cinq ans, s il avait été eem* mis sur une personne plus âgée. Si la fille eu la femme violée était moite des excès commis sur sa personne, le coupable était eondamné à la peine capitale. Le vol et rinfidélité dans. la gestion et manutention* étaient punis de la dégradation et de Temprisonnement . Le militaire qui ne se rendait pas à son poste, lorsque la générale était battue, était puni d'un itiois de prison pour la première fois, de. trois mois , pour la seconde, et pour la troisième fois était passé aux verges ; presque, tous les autres cas d'insubordination emportaient la peine capitale; Tout militaire qui était. convaincu d'avoir frappé du b&tou son subordonné ctait puni de deux ans de prisen , à moins (|ue ce ne fut pour maintenir dans les rangs ceux qui cherchaient i fuir devant l'ennemi. L'exécution, des jvgemens à mort avait lieu, en place publique, par quatre sergons, quatre caporaux et quatre fusiliers. Le 28 Mai^. l'Empereur rendit une loi sur les entans nés hors mariage. D'après cette loi la recherche de la paternité non avouée ftit défendue; l'enfant reconnu par sa mère avait la fticulté de prouver contre elle sa filiation; les enfans nés hors mariage étaient légitimés par le mariage subséquent de leur père et de* leur mère, et un père engagé même dans les liens du mariage pouvait reconnaître un enfant na« lurel né pendant le cours dudit mariage; les droits de successibilité des enfans naturels reconnus étajent les mêmes que ceux des enfans légitimes; l'époux avait le droit de désavouer l'enfant adultérin qui, dans ce cas, n'héritait que de sa mère. Celte loi du 28 Mai 1805 sur.
218 HISTOIRE d'maiti. — (1805)
les enfans nés hors maringe éiait en harmonie avec les mœurs des haïiiens qui presque lous étaient enfans naturels. Dans l'ancien régime le blanc ne favorisait pas le mariage des hommes de couleur €l des noirs libres; ils ne pormellaienl que rarement à leurs esclaves de s'unir par les liens légitimes. De^salincs disait qu'il serait injuste d'établir des dr<»it8 inégaux, dans les successions, entre dos hommes qui sortaient tous de la servitude ou de la dégradation; que nulle «lisposition de loi ne pouvait empêcher un haïtien d'hériter de celui qui lui avait donné le jour quand celui ci Tavail reconou; que les indigènes avalent tous été, pour ainsi dire, légitimés par Ja révohnion. Le 30 Mai, Teiripereur rendit une loi sur l'organisalion dt?s conseils spéciaux militaires; Je 1er. . Juin sur le divorce; le 3 Juin , sur le mode do constater l'étal civil des citoyens ; la 7 Juin, siir l'arbitrage, les justices de paix, les tribunaex civils, les juges d'appel , le ministère publie, les greffiers, le tribunal suprême, les juges en uirflière de commerce.
La promulgation de ces lois était faite en ces termes : «Jacques, empereur i*'''4rHuïii et chef suprême de Tarmée par la grâce de Dieu et
la loi con^ititutionnelle de l'Etat, ordonne ce» qui suit: » Elles
étaient le plus souvent contresignées de Chanlatte , secrétaire général. Pratique toutes portent l'empreinte du despotisme, caractère de l'éporjue. *
Sur ces entrefaites, l'aide de camp de TEmpercur, qui avait été chargé d** fûre circuler la Constitution dans tout l'Empire, la rapporta à Marrhaml, re\êlue do la signature des généraux de. brigade et de division. Ceux ci la donnaient à la nation comme mandataires et org.uics du peupk d Haïti. L'Empereur y apposa sa signature en lui conservant la date du 20 Mai : Vu la présente Constitution^ Nous, Jiïcijues Dfssalines, empereur d'Haïti et chef sup»ême de I armée, par la gtâce de Dieu, et la loi constitutionnelle de lEiat, l'acceptons dans tout son contenu et la sanctionnons pour recevoir sous le plu<i brif délai , sa pleine et entière exécution , dans toute l'étendue de notre Empire, et Jurons de la maintenir et de la faire observer dans (Bon intégrité jusqu'au dernier, soupir de notre vie.
Au palais impérial de Dessalines , le 20 Mai i805 , an 2ème de Viodépendance d'Haïti, et de notre règne le premier.
( Signé ) Dessâlines.
par 'l'Empereur ,
Ja secrilairegéniral ,
Jqj^te CHAr(LÀTt%.
HISTOIRE d'iiaÎtï. — (1805) ^ 217
Le 16 Juin, de? la pointe du jour, les Iroupcs de la garnison de la capilale, le bataillon polonais, ainsi qno le bataillon ailomand ,* étaient rarjgiîs sur la place d'armes, autour de Taulel de la patrie surmonté du trône. Il y avait granrie joie dans la poi)ulalîon. A 8 heures, rcfïipcreur, suivi de son cortège, sortît du palais, et s'avança sur la place d'armog. Les troupes prcscnlèrcnl les armes et s'agenouillèrent. Il n)onla sur l'autel de la patrie et s'assit sur son trône, entouié de sos pri*n«*ipat,x secrétaires et des généraux de TEmpiro <]ui se tfouvaienl à Marchand. Le sccréloire générai Juste Cbanîalte donna lecture de la Conslîlution au peuple et à rarméc. Le chef d'escadron Diarjuoi lut ensuite, d*unevoix forte, le code pénal n)ili-. taire. Apres une srd\e do tous les forts de MarchanJ, S. M. par l'organe do Doisrond ïonnère, prononça le discours suivant.
Peuple d'Haïti ,
Los orngos polilîqucs qui ont grondé sur colle terre scmLlaicnl en n\oir c\}!é pour j-^niais le règne dos lois et leur douce intlucnce. Aux lcm[uV<^s poiili(|ues un* instant de calme a suivi, et \ous avez voulu (pï»î le n pDS (h'S guerriers fut honoré» des veilles du législateur. En incme tcsupiv que vos bias victorieux fertilisaient ce sol imbibé d'une rosée siihUaire et cxpialoire , vos regards se sont tournés vers une consliluliou qui assied vos droits sur des bases invariables, et vous fait prt'ulre plaro au ranc( d('S naîions civilisées.
S'il allait rrseivé aux généraux (|ui ont guidé vos clTorls contre la tyrannie d être appelés un jour à l'honneur insigne de consacrer votre existence ci\i!e, morale et politique, par une constitution appropriée à vos mœurs, vos usages et votre caractère, le ciel destinait votre ancien ami, votre père, votre libérateur, votre empereur enfin, ati bo.'dieur it (ini de pré.sidor à la proclamation d'un pacte aussi saint.
Qu'il est beau ce jour où je vois triompher les lois, la libmté, et riudcpendance , en ces lieux où naguères, étendu sur un lit. de douleur, ma voix mourante ralliait encore vos bandes dispersées contre les entreprises des tyrans, en ces lieux où l'aspect d'une monlagne jadis aride et stérile a fait place comme par enchantement aux merveilles de l'art et aux productions de la nature, en ces lieux qu'un génie protecteur a créé le palladium de celte môme constitution ,• le boulevard de vos droits, l'écueil et le tombeau de vos ennemrs.
Honneur aux généraux dont la plume n'a. pas dédaigné de stipuler les intérêts du peuple, après les a\oir conquis à la pointe de Tépée.
Gloire au peuple qui a senti que tout privilège injuste, toute prérogative injurieuse , toute prééminence fondée sur dos préjugés liu-
*. Ces deux baraillous étaient composés cle soldais blanrg allemande et po- Ionai« qui avaient éié sauvée, lors du muasacre gô* cral dcd fiançais, en I8d4.
218 nisToniE d'iiaïti.— (1805)
mains disparaissent au nfioment ou se croisenf les baïonneUes , et qui, après avoir fail la noble épreuve de celle vérilé, se soumel luimôme au frein des lois et de la discipline.
Je jure de respeclcr el de faire respecter la consliluHon dans foule son inlégrilé; je jure de soutenir la liberlé et rindépeDdaoee, et de forcer nos ennemis à les recoonaflrc ou de m'ensevelir sous les décombres de mes forteresses, dont les saluls répétés viennent de confirmer mon serment; c'est le premier que ma bouche ait prononcé, que mon cœur ait volontairement consenti , de|)uifi que je parcours le cercle des vicissitudes dans lequ» I m'ont lancé les mou- \cmcns révolutionnaires; ce serment est mon arrêt. Ce serment esi la mort pour quiconque oserait frapper d'une main sacrilège l'édîfice du bonheur public.
Vive la Gonslitution ! vive la liberté ! vive Tlndcpendance I
Le général Baz«lais , chef de l'étal major général, prononça ensuite un discours dans lequel, « après avoir rappelé au peuple les
* circonstances qui avaient précédé el suivi l'indépendance du pays, it il Texhorta à apprécier le bonheur de voir un gouvernement ré-
* gulier succéder à l'incerlitude de sa posilion politique , surtout » avant que ses ennemis aient pu faire cncord de nouvtîlles tenta- » tives pour ensevelir la liberlé. il exhorta le peuple à se soumet* » tre aux lois el à se consacrer au maintien de la Constitution , » et il termina en jurant une haine éternelle aux Français qui » aspireront encore à gouverner Haïti 11 s'éeria : haine h l'esclavage! » haine a. mort aux perturbateurs du repos public , aux ennemis de » l'union et de b fraternité! Haine et exierminalron à quiconque » méronnallrait l'autorité sacrée de notre Jo.an-Jaequcs 1er. , Eni- > pcrcur ! Obéissance, soumis^iion et fidélité à l'immortel Desssii- » nés! Respect cl vénération à son auguste épouse I Impératrice !»
Après la cérémonie, S. M. I. fut accompagnée au palais par les aulontés civiles cl militaires. Il y eut un splendidif repas où furent portés les toasts suivans : par l'Empereur: « A la Constitution, à la liberté, h lifidépendance d Haïti ! » Par le général Gabartt'c A riCntperour! » Par le général Cangé: « A son auguste épouse llmpéralrice ! » Par le général Bazelais : t A la lamille impériale! » Par l'adjudant-général Boisrond Tonnère: • A l'union, à la .fraternité , à runi(|uê dénomination sous laquelle serolit désormais connus les haïtiens, celle de noirs! » Par le chef d'escadroa Diaquoi: « Aux généraux qui oot eu l'honneur de consacrer les droits et les devons du ciloycn ! * Par le secrélaire^général Chanlatte 1 t Aux Etats-Unis d Amérique el aux nations neutres qui entretiennent avec celle lie des relations commerciales ! » Par tous les convives: « A la Constitution, à la hberté, à l'indépendance, aux succèa désarmes d'il aïii , aux autorités constituées! • Eniio
HISTOIRE D'il AIT!.— (1805) 819
par TEoiperdur : « Aiix armées d'Haïti , depuis le simple soldat jusqu'au premier chef. » ♦ .
Le reste de la journée et la nuit qui suivit , il y eut de grandes réjouissances.
La Constitution fut publiée dans tputes les autres villos de TEm* pire avec la plus grande solennité; et le 27 Juin 1805, elle fut insérée au journal ofncieL Elle commençait par la déclaration suivante des généraux :
€ Nous, H. Christophe, Clervaux, Vernet , Oabarl, Pélîon , Ceffrard, Toussaint Brave, Raphaël, Lalondrie, Romain, Capoix , Magny , Cangé, Daut, Magloire Ambroise, Yayou, Jean-Louis François, Géria , Moreau, Pérou, BazeUis , Marlial Bosse ,
€ Tant en notre nom particulier quen celui du peuple d'Haîli, qui nous a légalemeol constitués les organes (idoles* et les inlorprètes de sa volonté, en présence de TEire Suprême de>ant qui les mortels sont égaux, et qui n'a répandu tant d'espèces de cr<»a turcs difTérentes sur la surface du globe qu'aux (ins de manir^:sler sa gloire et sa puissance par la diversité de ses œuvres,
« En face de la nature entière dont nous avons été si injustement et depuis si longtemps réprouvés,
« Déclarons que la teneur do la présente Constitution est l'ex*
{>ressioD libre , spontanée et invariable de nos cœurs , et de la voonté générale de nos constituants.
c La soumettons à la sanction de S. MT l'Empereur , Jacques Dessalines , notre libérateur , pour recevoir sa prompte et entière exécution. »
Ses principales dispositions étaient les suivantes :
Le peuple haïtien se forme en Etat libre, souverain et indépendant sous le nom d'Empire d'Haïti, i/eschivage est à jamais aboli. Les citoyens d'Iiaïti étant frères, Tégalité aux yeux de la loi est établie. — La loi est une pour tous, soit qu'elle punisse soit qu'elle protège. — La loi n'a point d'eifct rétroactif.— La propriété est sacrée et inviolable. — Nul n'est digne d'ôtre haïtien s'il n'est bon père, bon fils , boa époux et surtout bon soldat. — Les pères et mères n'ont point la faculté de déshériter leurs enfans. Tout citoyen doit posséder un art mécanique. Aucun blane , quelle que soit sa nation , ne pourra mettre le pied sur le terni toire d'Haïti à titre de maître «u de propriétaire. (Art. 12).
L'article précédent ne pourra produire aucun effet, tant a l'égard des femmes blanches qui sont naturalisées haïtiennes par le gouvernement, qu'à l'égard des enfans nés et à naître d'elles;^^ sont aussi
♦ Gozeite du Cap. (1805).
*♦ Ces femmes blanches s^ont celles qui avaient é<é miraculeusement snii- ▼écs du masflacie. Quand ^ quelques mois opiès les journées d'A* vril 1804 f elles se sont montrées , Dessalines ordonna de les respecter et de
218 msToniE d'iiaiti. — (1805)
miins disparaissent au moment où se croîsenf les b3^ / ^^
qtii, après îivoii' fuit la noble épreuve de cette véfilf ^ /tiens
même au frein des lois et de la discipline. <^V^ ♦batioii
Je jure de respeclcr et de faire respccler la c'/ ^ ^ttagé an
son intégrité; je jure de soutenir la liberté <^-/^/^ andée pap.
forcer nos ennemis à les reconnaître ou d^-^ f /idcpendans
combres de mes forteresses, dont les sal^'"^^ f emperfîijrou
lîrmer mon serment; c'est le premip ^'^ -^ ' . I. LVnjpire
nonce, que mon cœur ait volontai''^^ f^ ^ontît^ à un pie.
parcours le cercle des vicissitude, j^ jT * ^e chfrîf î5!]p»èmo
\cmens révolutionnaires; ce s** ^ t ,r .v et cbeT sîjj>réme
la mort pour quiconque q%p 'J ^^ /'., ibéraleur d^-^o^cxm
fiée du bonheur public. . / ^ J "' j son auguste épo^ls^^
Vive la Constitution ' ' .' ^ s est sacrée et inviola^
6 M. 1 Impératrice, dont
Le général Baz*^' a litre de princesse douai-
suite un discou^ , ci non héré(iilaire. L'empereur dé-
1» circonstance ^^„is aucun cas il ne pourra former des corps
» il Texho»- /v/Mgiés. Tout successeur da 1 Empereur qui s'é-
* gulier ' ^.„/ ^[j^^^.jpes consacrés par la Constitution sera en élni de
» aifai>' ///^'V^ /^'y^ société. En conséquerice les conseillers d'étal s'as*
D lî' r^'^Jre ^^^^^^^ l'effet de prononcer sa destitution et de pourvoir à son
» f!llif}l^'^^^^\l^i pur celqi d'entre eux qui en aura été le plus digne;
,^ipplffrri^iï\t que ledit successeur voulût s'opposer à rexéculion
ff, ^ .^'mesure autorisée par là loi , les généraux conseillers d'Eiat
(1^ ^' un appel au peuple et à l'armée qui tout de suite leur prî^ie-
Z^'^/'^ofi) forte et assistance pour maintenir la liberté.
''^^'^n.ijjxîrenr lait sceller et' promulguer les lois, nomme et révoque,
è sn volonté, tous les fonctionnaires civils et militaires. L'empereur
dirige les recettes et dépenses do l'Etat, surveille la fabrication des
inonnaies ; ir/i seul en ordonne l'émission, en fixe le poids et le type.
A lui seul est léservé le pouvoir de faire la paix ou la guerre, d'en-
[retenir des relations politiques et de contracter au dehors. S. M.
seule a le droit d'absoudre un coupable ou de commuer sa peine.
L'empereur ne fera jamais aucune entreprise dans la vue de faire des
conquêtes, ni de troubler la paix et le régime intérieur des colonies
étrangères. Tout acte public sera fait en ces termes : t L'Empereur
1" d'U3Ïii et chef suprême de Tarmée, par la grâce de Dieu et la loi
constitutionnelle de l'Etat. *
Les généraux de division et de brigade sont membres nés du conseil d'état et le composent. Il y aura dans l'empire deux ministres,
les cnns'ulérer cotnrre h.iîiiennes. Quant aux Polonais et aux AiUmands noug avop.s vu qu'ils a^nieni éié épu^^nés, quoiqu'ils eussent servi dans lea rangs français contre les arméca indigèuee.
IHSTOIRE d'h AIT!.— (1805) 221
iiînîslre des finances et de Tînléneur, le ministre de la guerre
n secrélaire d'état. Les articles 40, 41, 42, À^ concernaient
tributions des ministres.- Le secrétaire-d'étal est chargé de
ssion, de rcorcgîstremenl et de Tenvoi des lois, arrôtés, pro-
ns et instructions de l'empereur. Il travaille directement
^ oereur pour les relations étrangères, correspond habiluel-
^, ^c les ministres, reçoit de ceux ci les re<|uôlcs , pétitions
emandes qu'il soumet A l'Empereur, de môme que les
î lui sont proposées par les tribunaux.
IX ministres les jugements et les pièces sur lesquels
tatdé. '
norter atteinte au droit qu'a chaque individu de se -^ liable par des arbitres à son choix. I! y aura un
'^haqiip commune, et six lribun;tux dans [Empire au Cap, au Port de Paix , aux Cayes, à l'Anse- I- Prince. L'empereur dêlormine leur organisa- ^iiiure, leur compétence et le. secrélaire formant le rcs» .« <ie cliacun. La loi n'admet point do religion dominante. La liberté des cuhes est toicrée. L'Elat ne pourvoit à Tentrelicn d'au. cun cuUe, ni d'aucun ministre. Dans chaque division militaire, il y aura une administration principale sous la surveillance du ministre des finances. A l'empereur et i\ l'impératrice appartiennent le choix, le trditi'menl et l'entretien des personnes qui composent leur cour. Les crimes de haute trahison, les délits commis par les ministres et les généraux seront jugés par un conseil spécial nommé et présidé par Ûempereur. Nul ne pourra ôlre jugé sans avoir été légalement entendu. La maison de tout citoyen est un asyle inviolable. Toute propriété qui aura ci devant appartenu à un blanc français est in* contestablement et de droit confisquée au profit de l'Eiat. Dans chaque division militaire une école publique sera établie pour l'instruction de la jeunesse.
Les couleurs nationales seront noire et rouge.— -Dans chaque division militaire un tribunal de commerce sera formé dont les membres seront choisis par l'Empereur et tirés de la cUsse des citoyens. — Le gouvernement assure sûreté et protection aux nations neutres et amies qui viendront entretenir avec cette lie des rapports conun^îrciaux , à charge par elles de sa conformer aux règlemens et coutumes de ce pays. H y aura des fêtes nationales pour célébrer l'indépendaace, la fête do l'Empereur et de son auguste épouse, celle de TAagriculture et de la Constiution. Au premi«r coup de canon d'alarme , les villes disparaissent et la nation est debout.
Les généraux « mettaient sous la sauvegarde des magistrats, des » pires et mères de famille, des eitoyens et de l'armée le pacte ex- » plicite et solennel de% droits sacrés de Thonime et des devoirs » eu citpj^en j le recommandaionl à leurs navaix, et en faisaient
218 nisToniE d'iiaiti. — (1805)
mains disparaissent au moment où se croîsentT les baïonnettes , et qui, oprès avoir fait la noble épreuve de cette vérité, se soumet lui* môme au frein des lois et de la discipline.
Je jure de respeclcr et de faire respecter la conslitution dans toute son intégrité; je jure de soutenir la liberté et rindépendance, et de forcer nos ennemis à les reconnaître ou de m*enseveiir sous les décombres de mes forteresses, dont les saluts répétés viennent de confirmer mon serment; c'est le premier que ma bouche ait prononcé, que mon cœur ait volontairement consenti , depuis que je parcours le cercle des vicissitudes dans lequ 1 m'ont lance les mou- \cmcns révolutionnaires; ce serment est mon arrôt. Ce serment est la mort pour quiconque oserait frapper d'une main sacrilège l'édîiice du bonheur public.
Vive la Constitution ! vive la liberté ! vive Tlndépendance I
Le général Bazdals , chef de Tétat major général, prononça ensuiic un discours dans lequel, « après avoir rappelé au peuple les » circonstances qui avaient précédé et suivi rindépendancu du pays, » il Texhorta a apprécier le bonheur de voir un gouvernement ré- » gulier succéder à rincerlitqde de sa position politique, surtout » avant que ses ennemis aient pu faire encore de nouvtîlles tenta- D tives pour «nsevelir la liberté. Il exhorta le peuple à se soumet- » tre aux lois et à se consacrer au maintien de la Constitution , » et il termina en jurant une haine éternelle aux Français qui » aspireront encore à gouverner Haïti II l'éeria : haine à l'esclavage! » haine à. mort aux perturbateurs du repos public ^ aux «nhcaiis de » l'union et delà fraternité! Haine et extermination k quiconque » mcconHallrait l'aulorilé sacrée de noire Joan-Jaeques 1er. , Em- > perour ! Obéissance, soumissîion et (idéliié à l'immortel Dessali- » nés! Respect et vénération h son auguste épouse I Impératrice !•
Apres la cérémonie, S. M. I. fut accompagnée au palais par les autoiilés civiles et militaires. H y eut un splendide* repas où fuirent portés les toasts suivans : par l'Empereur: « A la Constitution, à la liberté, à riodépendance d Huïii ! » Par le général Gabart: « A TEn^pereur! » Par le général Cangé; « A son auguste épouse rimpératriee ! » Par le général Bazelais : c A la lamitle impériale! * Par l'adjudant-général Boisrond Tonnère: « A l'union, à la .fraternité , à runi(|uê dénomination sous laquelle serol^t désormais connus les haïtiens, celle de noirs! * Par le chef d'escadroa Diaquoi : « Aux généraux qui o«t eu l'honneur de con^^acrer les droits et les devoirs du citoyen! • Par le secrétaire-général Clian- Jatte": « Aux Etals-Unis d'Amérique et aux nations neutres qui entretiennent avec cette Ile des relations commerciales ! » Par tous les convives: « A la Constitution, à la hberté, à l'indépendance, aux succès désarmes d'Uaiti , aux autorités constituées! » Enlio
HISTOIRE D'iIAITr.— (1805) 819
par TEmpergur : « Aiix armées d'Haïli , depuis le simple soldat jusqu'au premier chef. » * .
Le i*esle de la journée et la nuit qui suivit , il y eut de grandes réjouissances.
La Consliiution fut publiée dans toutes les autres \illos de TEmpire avec la plus grande solennilé ; el le 27 Juin 4805, elio fut insérée au journal officiel. Elle commençait par la déclaration suivante des généraux :
« Nous, H. Christophe, Clervaux, Vernet , Gabart, Pélîon , Ccffrard, Toussaint Brave, Raphaël, Lalondrie, Romain, Capoix , Magny , Caogé, Daut, Magloire Ambroise, Yayou, Jean-Louis François, Géria , Moreau, Pérou, BazeUis , Martial Bosse ,
€ Tant en notre nom particulier quen celui du ^peuple d'Haïti, qui nous a légalemcut constitués les organes lidcles* et les int(Tprctes de sa volonté, en présence de TEtre Suprême de\ant qui les mortels sont égaux, el qui n'a répandu tant d'espèces de cr^alurcs différentes sur la surface du globe qu'aux iins de manifester sa gloire et sa puissance par la diversité de ses œuvres,
€ En face de la nature entière dont nous avons été si injustement et depuis si longtemps réprouvés,
« Déclarons que la teneur de la présente Constitution est l'ex* pression libre , spontanée et invariable de nos cœurs , et de la vo' lonté générale de nos constituants.
€ La soumettons à la sanction de S. MT l'Empereur , Jacques Detsalines, notre libérateur, pour recevoir sa prompte et entière exécution. »
Ses principales dispositions étaient les suivantes :
Le peuple haïtien se forme en Etat libre, souverain et indépendant sous le nom d'Empire d'Haïti, i/escbvage est à jamais aboli. Les citoyens d'Haïti étant frères, l'égalité aux yeux de la loi est établie. — La loi est une pour tous, soit qu'elle punisse soit qu'elle protège. — La loi n'a point d'elfel rétroactif.— La propriété est sacrée et inviolable.— Nul n'est digne d'ôtre haïtien s'il n'est bon père, bon fils , boa époux el surtout bon soldat. — Les pères et mères n'ont point la faculté de déshériter leurs enfans. Tout citoyen doit posséder un art mécanique. Aucun blane , quelle que soit sa nation , ne pourra mettre le pied sur le temiloire d'Haïti à tilre de maître «u de propriétaire. (Art. 42).
L'article précédent ne pourra produire aucun ciïet, tant à l'égard des femmes blanches qui sont naturalisées haïtiennes par le gouvernement, qu'à l'égard des enfans nés et à naître d'elles;^^ sont aussi
♦ Quzette du Cap. (1805).
*♦ Ces femmes blanches î^oni celles qui avaient été miraculeusement snnvécs du massacre. Quand ^ quelques mois np^ès les journées d'A' vril 1804 f elles se sont montrées ^ Desealioes ordonna de les respecter el de
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du' parti colonial. Il u-en garda pas moins, à Tégardde Tempercur, l'atlilude du sujet le plu9 dévoué. Il ambilionnait la dignité de généralissime des armées de Tempire, quoique Giervaux fût le plus 'aocten des généraux , celui auquel celle dignité dut appartenir. Ce libéralisme , qu'affectait Christophe qui passait pour un homme de sang, depuis la guerre civile de 4799 et de 4800, ne trompait ni Pétion ni Geffrard. Quant à Capoix, tout en paraissant indifférent à ce qui se passait autour de lui, il surveillait la conduite du général Christophe, son ennemi personnel, dont les paroles ne tendaient qu'à le perdre dans Tesprit de l'empereur. Parce qu'il blâmait le gouvernement dont les caisses étaient pleines, de ne pas solder les troupes, il ne conspirait pas cependant. Les maltresses et lesfavo* ris • de Dessalines étaient comblés de ses largesses , et les vieux soU dais de la guerre de l'Iudépendance étaient sans paie et presque nus. Ils avaient élé habillés lors de la campagne de TEst; mais depuis leur retour , ils étaient déguenillés. Christophe se (aisait rendre compie des démarches et des paroles de Capoix par l'administraumy du Port-de Paix. La conduite de celui-ci souleva contre l.ii Vanimadversion publique.
Quant k Dessaiines, il était encore aimé des populations ;^ dans les villes , on recherchait avec empressement ses faveurs , el comme on avait respo*r qu'il inslituerait une noblesse, on s'efforçait de lui plaire pour obtenir un titre de distinction; cependant il repoussait toujours 1 idée de créer des ordres dans TElat. Les généraux Pélion, Geffrard, 1'% rou , Jean-Louis François résistaient à l'élan qu'on prenait de tous côtés, vers une monarchie héréditaire; ils ne déguisaient pas leur républicanisme, et déploraiem Tambition de ceux qui voulaient devenir nobles.
Ce fut à cette époque , que revint en Haili le colonel Faubert , un des anciens lieutenans du général Riguud. Il s'était réfugié à l'étranger après le triomphe deToussainu Lonverture. Il se transporta à Marchand pour rendre ses hommages à l'empereur. Dessa* lines raccueillit avec beaucoup de distinction. 11 se m.ontra frappé de la petitesse de taille de Paubert qu'il voyait pour la première fois, e{ dont il avait éprouvé l'intrépidité en 4799 et en 1800, au Grand Goàve, à Thausin, et au Petit Go&ve, pendant la guerre civile. II lui dit, en lui montrant du doigt une des portes les plus élevées de son palais : par la renommée de votre valeur , je vous croyais de cette hauteur.
On se rappelle qu'au quartier-général de Gaillard , les secrétaires de Dessalines avaient fait, à la hâte, une Constitution qui devaii lui être présentée aussitôt après son entrée i Sto. Domingo. Après la campagne , Boi$rond Tonnère et Chanlatte en rédigèrent une nouvelle sur l'invitation de Dessalines. Le 20 Mai 1805, l'empereur l'approuva , et la confia à un officier supérieur , chargé de la faire signeri
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le mînîslre des finances cl de Tiniérieur, le ministre de la guerre et un secrétaire d'étal. Les articles 40, 41, 42, A^ concernaient les attributions des ministres.- F^e sécrétai re-d*élnl est chargé de rirapression, de rcnrcgistremenl et de l'envoi des lois, arrêtés, pro- .clamations et instructions de l'empereur. Il travnille directement avec l'empereur pour les relations étrangères, correspond habituellement avec les ministres, reçoit de ceux ci les re(jucles , pétitions et autres demandes quil soumet à l'Empereur, de raômc que les questions qui lui sont proposées par, les tribunaux.
Il envoie aux ministres les jugements et les pièces sur lesquels Tempercur a statcié. ^
Nul ne peut porter atteinte au droit qu'a chaque indiviJu de se faire juger à l'amiable par des arbitres à son ohoix. Il y aura un juge de paix dans chaqi|p commune, et six tribunaux 'lans 1 Empire d'Haïii, à Si Marc, au Cap, au Port de Paix , aux Cayes, à l'Anseà- Veau et au Port-au-Prince. L'empereur détermine lour organisation, leur nombre, leur compétence et le. secrétaire formant le rcs* sort de chacun. La loi n'admet point de religion dominante. La liberté des culles est tolérée. L'Elal ne pourvoit à Tentrelion d'au. cun cuite, ni d'aucun ministre. Dans ehaqde division militaire, il y aura une administration principale sous la surveillance du ministre des finances. A l'empereur cl à l'impératrice appartiennent le choix, le traiti'ment et l'entretien des personnes qui composent leur cour. Les crimes de haute trahison, les délits commis par les ministres et les généraux seront jugés par un conseil spécial nommé et présidé par Ûempereur. Nul ne pourra être jugé sans avoir été légalement entendu. La maison de tout citoyen est un asyle inviolable. Toute propriété qui aura ci devant appartenu à un blanc français est in* contestablement et de droit confisquée au profit de l^Etat. Dans chaque division militaire une école publique sera établie pour Tins- . truction de la jeunesse.
Les couleurs nationales seront noire cl rouge.— -Dans chaque division, militaire un tribunal de commerce sera formé dont les membresseront choisis par l'Empereur et tirés de la cUsse des citoyens— Le gouvernement assure sûreté et proteciion aux nations neutres et amies qui viendront entretenir avec cette tie des rapports commerciaux , à charge par elles de sa conformer aux règlemens et coutumes de ce pays. Il y aura des fêtes nationales pour célébrer l'indépendaace, la fête do l'Empereur et de son auguste épouse, celle de l'A- .griculture et de la Constiution. An premier coup de canon d'alarme , les villes disparaissent et la nation est debout.
Les généraux t mettaient sous la sauvegarde des magistrats, des » pères et uères de famille, des eitoyei:^ et de l'armée le pacte ex- 9 plicite et solennel de% droits sacrés de Thomme et des devoirs 9 ëa citpyMj le recommandaiont à leurs neveux, et en faisaient
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du' parti colonial. Il iren garda pas moins, à Tégard de Tempercur, Vatlilude du sujet le piu9 dévoué. Il ambitionnait la dignité d% généraKssime des armées de Teropire, quoique Clervaux f6t U phi9 ancien des généraux, celui auquel cette dignité dut appartenir. Ce libéralisme , qu'affectait Christophe qui passait pour un homme de sang, depuis la guerre civile de 4799 et de 4800, ne trompait ni Pétion ni Geffrard. Quant à Capoix, tout en paraissant indifférent à ce qui se passait autour de lui, il surveillait la conduite du général Christophe, son ennemi personnel, dont les paroles no tendaient qu'à le perdre dans l'esprit de l'empereur. Purée qu'il blâmait le gouvernement dont les caisses étaient pleines, de ne pas solder les troupes , il ne conspirait pas cependant. Les maltresses et les favoris de Dessalines étaient comblés de ses largesses , et les vieux aoU dats de la guerre de Tiudépendance étaient sans paie et presque nus. lU avaient élé habillés lors de la campagne de TEst; mais depuis leur retour , ils étaient déguenillés. Christophe se (aisait rendre compte des démarches et des paroles de Gapoix par TadrainistmtfMir du Port-de Paix. La conduite de celui-ci souleva contre l.ii Tanimadversion publique.
Quant à Dessalines, il était çncore aimé des populations ^ dans les villes , on recherchait avec empressement ses faveurs , et comme on avait respo*r qu'il instituerait une noblesse, on s'efforçait de lui plaire pour obtenir un titre de distinction; cependant il repoussait toujours 1 idée de créer des ordres dans TEtat. Les généraux Pélion, Geffrard, Ff:rou , Jean-Louis François résistaient à l'élan qu'on prenait de tous côtés, vers use monarchie héréditaire; ils ne déguisaient pas leur républicanisme, et déploraietfl l'ambition de ceux qui voulaient devenir nobles.
Ce fut à cette époque , que revint en Haïti le colonel Faubert , un des anciens lieulenans du général Rtgaud. Il s'était réfugié à l'étranger après le triomphe de Toussaint- Lonverture. Il se transporta à Marchand pour rendre ses hommages à l'empereur. Dessalines l'accueillit avec beaucoup de distinction. Il se montra frappé de la petitesse de taille de Paubert qu'il voyait pour la première fois, ci dont il avait éprouvé l'intrépidité en 1799 et en 1800, au Grand Goâve, à Thausin, et au Petit Goftve, pendant la guerre civile. II lui dit, en lui montrant du doigt une des portes les plus élevées de son palais : par la renommée de votre valeur , je vous croyais de cette hauteur.
On se rappelle qu'au quartier-général de Gaillard , les secrétaires de Dessalines avaient fait, à la hâte, une Constitution qui devait lui être présentée aussitôt après son entrée i Sto. Domingo. Après la campagne , Boisrond Tonnère et Ghanlatte en rédigèrent une dou« velle sur l'invitation de Dessalines. Le 20 Mai 1805, l'empereur l'approuva , et la confia à un officier supérieur , chargé de la faire si^er^
HISTOIRE d'haiti.— (1805) SIS
dans chaque quartier, paHes généranx dé division et de brigade de Tcmpire, membres du conseil d'Etat. En attendant qu'elle fulrapr portée à Marchand , sanctionnée par tous les généraux, Dessaline* rendit plusieurs lois, et le principe qui domina dans chacune d'elle»^ fut l'expression de sa volonté absolue. Son conseil privé, sout sa présidence, Ht, le 28 Moi <80o, le code pénal militaire pour toutes le» troupes de Tempire. Les peines établies par ce codé , rigoureusement appliquées, devaient maintenir dans Tarmée une discipline de fer. La désertion à Tennemi était punie dé mort; et le militaire en fac-^ lion ou en védetle, qui abandonnait son poste, sans avoir rempli sn consigne, était aussi puni de mort. La désertion à Tintérieut était punie d'un an do prison, et de deiu ans, si le soldlit désertait avec arines et bagages. Le citoyen qui ne rejoignait parson corps ^ après en avoir reçu Tordre , était considéré comme déserteur, était passé aux \erges et puni de six mois de prison. Les embaucheurs, les espions de Tennemi, les étrangers surpris à lever des plans de nos camps, quartiers, fortifications, étaient condamnés à la peine^ capitale. Tout militaire convaineu do pillage, dincendie, de meurtre exercé fiur un citoyen non armé était fusillé. Le- viol com»mis par un militaire ou tout autre individu attaché à l'armée , était puni de dix ans de fer, si le viol avait été commis sur une fille* âgée de moins de quatorze ans; et de cinq ans, s'il avait été eem> mis sur une personne plus âgée. Si la fille eu la femme violée était morte des excès commis sur sa personne, le coupable était eondamné à In peine capitale. Le vol et Tinfidélité dans. la gestion et manutention* étaient punis de la dégradation et de Temprisonnement . Le militaire qui ne se rendait pas à son poste, lorsque la générale était battue, était puni d^un lïiois de |)r{son pour la première fois, dei trois mois « pour la seconde, et pour la troisième fois était passé aux verges; presque tous les autres cas d*insubordination emportaient la peine capitale; Tout militaire qui était. convaincu d'avoir frappé du b&lou son subordonné était puni de deux ans de prison , à moins (|ue ce ne fut pour maintenir dans les rangs ceux qui cherchaient à fuir devant Tennemi. L'exécution, des jugemens àmor-t avait lieu, en place publique, par quatre sergens, quatre caporaux et quatre fusiliers. Le 28 Mai^. l'Empereur rendit une loi sur les enlans nés hors mariage. Daprès celte loi la recherche dé la paternité non avouée fiit défendue; l'enfant reconnu par sa mère avait la Aiculté de prouver contre elle sa filiation ; les enfans nés hors mariage étaient légitimés par le mariage subséquent de leur père et dfe* leur mère, et un père engagémême dans les liens du mariage pouvait reconnaître un enfant na« turel né pendant le cours dudit mariage; les droits de successibilité des enfans naturels reconnus étajent les mêmes que ceux des enfans légitimes; Tépoux avait le droit dedésavouer f'enfant adultérin qui, dans ce cas, n'héritait que de sa mère* Celte loi du 28 Mai 1805 sui>
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du' parti colonial. Il iven garda pas moins, à Tégardde Tempercur, Vatlilude du sujet le piu9 dévoué. Il ambitionnait la dignité de généralissime des armées de l'empire, quoique Clervaux fAt le plus 'ancien des généraux, celui auquel cette dignité dut appartenir. Ce libéralisme , qu'affectait Christophe qui passait pour un homme de sang, depuis la guerre civile de 4799 et de 4800, ne trompait ni Pélion ni Geffrard. Quant à Ctipoix, tout en paraissant indifférent à ce qui se passait autour de lui, il surveillait la conduite du général Christophe, son ennemi personnel, dont les paroles ne tendaient qu'à le perdre dans l'esprit de l'empereur. Purée qu'il blâmait le gouvernement dont les caisses étaient pleines, de ne pas solder les troupes , il ne conspirait pas cependant. Les maltresses et les favoris de Dessalines étaient comblés de ses largesses , et les vieux aoU dais de la guerre de riudépendance étaient sans paie et presque nus. lU avaient élé habillés lors de la campagne de TEst; mais depuis leur retour , ils étaient déguenillés. Christophe se faisait rendre compte des démarches et des paroles de Gapoix par l'administra* htir du Port- de Paix. La conduite de celui-ci souleva contre l.ii Tanimadversion publique.
Quant k Dessalines, il était çncore aimé des populations ; dans les villes , on recherchait avec empressement ses faveurs , et comme on avait respoîrqu*il instituerait une noblesse, on s'efforçait de lui plaire pour obtenir un titre de distinction; cependant il repoussait toujours 1 idée de créer des ordres dans TEtat. Les généraux Pélion, Geffrard, Imtou, Jean-Louis François résistaient à l'élan qu'on prenait de tous côtés, vers une monarchie héréditaire; ils ne déguisaient pas leur républicanisme , et déploraietfl Tambilion de ceux qui voulaient devenir nobles.
Ce fut à cette époque , que revint en Haïti le colonel Faubert , un des anciens lieutenans du général Rigaud. Il s'était réfugié à l'étranger après le triomphe de Toussaint. Lonverture. Il se transporta à Marchand pour rendre ses hommages à l'empereur. Dessalines raccueillit avec beaucoup de distinction. Il se montra frappé de la petitesse de taille de Paubert qu'il voyait pour la première fois, e( dont il avait éprouvé l'intrépidité en 4799 et en 1800, au Grand Goâve, à Thausin, et au Petit Go4ve, pendant la guerre civile. II lui dit, en lui montrant du doigt uue des portes les plus élevées de son palais : par la renommée de votre valeur , je vous croyais de cette hauteur.
On se rappelle qu'au quartier- général de Gaillard , les secrétaires de Dessalines avaient fait, à la hâte, une Constitution qui devait lui être présentée aussitôt après son entrée è Sto. Domingo. Après la campagne , Boisrond Tonnère et Ghanlatte en rédigèrent une nouvelle eur l'invitation de Dessalines. Le 90 Mai i805 , l'empereur l'approuTa , et la confia à un officier supérieur , chargé de la faire signery
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dans chaque quartier, papJes généraux dé division et de brigade de l'empire, membres du conseil d'Etat. En attendant qu'elle fulrapr portée à Marchand, sanctionnée par tous les généraux, Dessalinefr rendit plusieurs lois, et le principe qui domina dans chacune d'elles^ fut Texpiession de sa volonté absolue. Son conseil privé, sous sa présidence, (it, le 28 Mai 1805, le code pénal militaire pour toutes les troupes de Tcmpire. Les peines établies par ce codé, rigoureusement appliquées, devaient maintenir dans Tarmée une discipline de fer. La désertion à Tennemi était punie dé mort; et le militaire en fac-^ tion ou en védetle, qui abandonnait son poste, sans avoir rempli sa consigne, était aussi puni de mort. La désertion à rintérieu» était punie d'un an do prison, et de deux ans, si le soldât désertaft avec armes et bagages. Le citoyen qui ne rejoignait par son corps ^ après en avoir reçu Tordre , était considéré comme déserteur, étais passé aux \erges et puni de six mois de prison. Les embaucheurs, les espions de lenneun, les étrangers surpris à lever des plans de nos camps, quartiers, forlifications, étaient condamnés à la peine^ capitale. Tout militaire convaincu do pillage, d*incendie, de meurtre exercé sur un citoyen non armé était fusillé. L^ viol com»mis par un militaire ou tout autre individu attaché à l'armée , était puni de rlix ans de (er, si le viol avait été commis sur une filleâgée de moins de quatorze ans; et de cinq ans» s'il avait été cem* mis sur une personne plus âgée. Si la fille eu la fifmme violée était morte des excès commis sur sa personne, le coupable était eondamné à In peine capitale. Le vol et Tinfidélité dans la gestion et manutentioi^ étaient punis de la dégradation et de Temprisonnement . te militaire qui ne se rendait pas a son poste, lorsque la générale était battue, étaik puni d^un rtiois de prison pour la première fois, dei trois mois , pour la seconde, et pour la troisième fois était passé aux verges; presque tous les autres cas d'insubordination emportaient la peine capitale; Tout militaire qui était. convaincu d'avoir frappé du bâtou son subordonné était puni de deux ans de prison , à moins (|ue ce ne fut pour maintenir dans les rangs ceux qui cherctiaient à fuir devant Tennemi. L'exécution des jugemens à mor4 avait lieu, en place publique, par quatre scrgcns, quatre caporaux et quatre fusiliers. Le 28 Mai\. l'Empereur rendit une loi sur les eolans nés hors mariage. D'après cette loi la recherche de la paternité non avouée fût défendue; l'enfant reconnu par sa mère avait la feculté de prouver contre elle sa filiation; les enfans nés hors mariage étaient légitimés par le mariage subséquent de leur père et de* leur mère, et un père engagé même dans les liens du mariage pouvait reconnaître un enfant na« turel né pendant le cours dudit mariage; les droits de successibilitô des enfans naturels reconnus étajent les mêmes que ceux des enfans légitimes; Tépoux avait le droit dedésarouer t'enfant adultérin qui, dans ce cas, n'iiéritait que de sa mère* Cette loi du 28 Mai 1805 sut
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du' parli colonial. Il iren garda pas moins, à T égard de Vempercur, l'atlilude du sujet le piu9 dévoué. Il ambilioiinait la dignité de généralissime des armées de leropire, quoique Glervaux f6t le plus ancien des généraux, celui auquel celte dignité dut apparienir. Ce libéralisme , qu'affectait Christophe qui passait pour un homme de sang, depuis la guerre civile de 4799 et de 4800, ne trompait ni Pétion ni Geffrard. Quant à Capoix, tout en paraissant indifférent à ce qui se passait autour de lui, il surveillait la conduite du général Christophe, son ennemi personnel, dont les paroles ne tendaient qu'à le perdre dans l'esprit de l'empereur. Purée qu'il blâmait le gouvernement dont les caisses étaient pleines, de ne pas solder les troupes, il ne conspirait pas cependant. Les maltresses et lesfavo* ris de Dessalines étaient comblés de ses largesses, et les vieux soldats de la guerre de riudépendance étaient sans paie et presque nus. lU avaient été habillés lors de la campagne de TEst; mais depuis leur retour , ils étaient déguenillés. Christophe se faisait rendre compte des démarches et des paroles de Capoix par l'administratf:ur du For t-de Paix. La conduite de celui-ci souleva contre Là Tanimad version publique.
Quant à Dessalines, il était çncore aimé des populations } dans les villes , on recherchait avec empressement ses faveurs , et comme on avait Tespoîr qu'il instituerait une noblesse, on s'efforçait de lui plaire pour obtenir un titre de distinction; cependant il repoussait toujours I idée de créer des ordres dans TEtat. Les généraux Pétion, Geffrard, luTou , Jean^Louis François résistaient à l'élan qu'on prenait de tous côtés, vers use monarchie héréditaire; ils ne déguisaient pas leur républicanisme , et dôploraieffl l'ambition de ceux qui voulaient devenir nobles.
Ce fut à cette époque , que revint en Haïti le colonel Faubert , un des anciens lieutenans du général Riguud. Il s'était réfugié à l'étranger après le triomphe de Toussaint- Lonverture. Il se transporta à Marchand pour rendre ses hommages à l'empereur. Dessalines l'accueillit avec beaucoup de distinction. 11 se montra frappé de la petitesse de faille de Paubert qu'il voyait pour la première fois, €i dont il avait éprouvé l'intrépidité en 1799 eteniSOO, au Grand Goâve, à Thausin, et au Petit Go4ve, pendant la guerre civile. II lui dit, en lui montrant du doigt une des portes les plus élevées de son palais : par la renommée de votre valeur , je vous croyais de cette hauteur.
On se rappelle qu'au quartier-général de Gaillard , les secrétaires de Dessalines avaient fait, à la hâte, une Constitution qui devait lui être présentée aussitôt après son entrée i Sto. Domingo. Après la campagne , Boisrond Tonnère et Chanlatte en rédigèrent une nouvelle sur l'invitation de Dessalines. Le SO Mai i805, l'empereur l'approuva^ et la confia à un officier supérieur , chargé de la faire signer^
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dans chaque quartier, paires généraux dé division et de brigade de Fcmpire, membres du conseil d'Etat. En attendant qu'elle fulrapr portée à Marchand, sanctionnée par tous les généraux, Dessahnefr rendit plusieurs lois , et le principe qui domina dans chacune d'elles^ fut l'expression de sa volonté absolue. Son conseil privé, sous sa présidence, (il, le 26 Mai <80o, le code pénal militaire pour toutes les troupes de Tempire. Les peines établies par ce codé , rigoureusement appliquées, devaient maintenir dans Tarmée une disciplirie de fer. La désertion à Tennemi était punie dé mort; et le militaire en fac«lion ou en vedette, qui abandonnait son poste, sans avoir rempli sa consigne , était aussi puni de mort. La désertion à Tintérieui était punie d'un aa de prison, et de deujc ans, si le soldât dëserlail avec armes et bagages. Le citoyen qui ne rejoignait par son corps ^ après en avoir reçu l'ordre , était considéré comme déserteur, étais passé aux \erges et puni de sîx mois de prison. Les embaucheurs, les espions de l'ennemi, les étrangers surpris à lever des pians de nos camps, quartiers, fortifications, étaient condamnés à la. peine^ capitale. Tout militaire convaincu de pillage, d*incendie, de meurtre exercé sur un citoyen non armé était fusillé. Le- viol com>mis par un militaire ou tout autre individu attaché à l'armée , était puni de dix ans de fer, si le viol avait été commis sur une fille âgée de moins de quatorze ans; et de cinq ans, s'il avait été cem* mis sur une personne plus Agée. Si la Hlle eu la fifmme violée était morte des excès commis sur sa personne, le coupable était condamné à la peine capitale. Le vol et Tinfidélité dans. la gestion et manutention* étaient punis de la dégradation et de Temprisonnement . te militaire qui ne se rendait pas a son poste, lorsq^ue la générale était battue, étail puni d^un itiois de prison pour la première fois, dei trois mois « pour la seconde, et pour la troisième fois était passé aux verges; presque, tous les autres cas d^insubordination emportaient la peine capitale; Tout militaire qui était. convaincu d'avoir frappé du b&tou son subordonné était puni de deux ans de prison , à moins (|ue ce ne fut pour maintenir dans les rangs ceux qui cherctiaient à fiiir devant l'ennemi. L'exécution, des jugemens à mort avait lieu, en place publique, par quatre sergons, quatre caporaux et quatre fusiliers. Le 28 Mai\. l'Empereur rendit une loi sur les eolans nés hors mariage. D après cette loi la recherche de la paternité non avouée fût défendue; l'enfant reconnu par sa mère avait la feculté de prouver contre êWk sa filiation ; les enfans nés hors mariage étaient légitimés par le mariage subséquent de leur père et d<5'leur mère, et un père engagé même dans les liens du mariage pouvait reconnaître un enfant nalurel né pendant le cours dudit mariage; les droits de successibilitô des enfans naturels reconnus ctajent les mêmes que ceux des enfans légitimes; l'époux avait le droit dedésaTouer l'enfant adultérin qui, dans ce cas, n'héritait que de sa mère. Cette loi du 28 Mai 1805 sui.
iS2 HISTOIRE D'flAITt.— (1805)
Dans l'aprés midi du môme jotir , les forts de la ville du Cap .annoncèrent, chaeun par une salve, la lële de l'empereur qui devait être célébrée le lendc^main. Les barges armées répétèrent ce salut. Le 25 Juillet , jour de la saint Jacques , les autorités civiles et militaires se réunirent à l'hôtel du générni Christophe , pour se rendre au palais impérial. Elles devaient former le corié^^^e de S. M. qui avait annoncé , la vcilld , qu'elle assisterait à Tofiice divin. Mais Dessalines, qui, depuis son entrée au Cap, exprimait à ses 'favoris intimes , combien il était mécontent du faste que déploj^ait Christophe, prétexta une indisposition pour ne pas se rendre à Téglise. 11 craignait que pendant la cérémonie , Christophe ne fût, même en sa présence, Tobjet de Tatlention publique Le général Christophe se rendit à Téglise, accompagné des autorités de la villa, et se tint à côté du trône de Tcnipereur qui -était dressé près du grand autel. Après la cérémonie, le cortège se rendit au palais impérial. Dessaiincs accueillit tous les fonctionnaires avec une noble politesse » et écouta avec le plus grand calme le discours suivant que lui adressa le général Christophe :
« Sire , .
« La fête de votre majesté revient sous les p1i>s heureux auspices. Ce jour si 'cher voit, dans toute retendue de Tempire , .tous les cœurs haïtiens portés vers leur vengeur et leur libérateur , lui payer ce tribut d'éloges, de respect, d'amour et de reconnaissante qui est dû à la véritable vertu , au cœur paternel de votre majesté qui donne , tous les jours , à son peuple , des marques de sa sollicitude, et qui consacre, pour son bonheur et sa félicité; les travaux, les veilles , les fatigues , et tous les immenses devoirs qu'entraîne Tart de gouverner. Aussi, au-dedans de vos états, les fruits de la plus touchante concorde, de l'aimable fraternité, de la douce égalité qui règne , forment le gage |)récieux de la prospérité et de la durée de votre empire.
c Grâces immortelles vous soient rendues, Jacques le bien aimé, père du peuple. La postérité vous confirmera ces titres chers et sacrés, que vos contemporains se plaisent à vous donner! quc'IeDifu tout puissant , proteeteur de notre cause sacrée , daigne répandre sur vos jours ses saintes bénédictions, ainsi que sur ceux de sa majesté 1 impératrice et de toute votre auguste famille, et qu'il vous conserve longtemps à la tendresse de voire armée et du peuple , votre seconde famille.
c Je me félicite d'être auprès de votre majesté Técho de la voix publique , et je profite de la solennité de ce Jour pour renouveler à votre majesté impériale les assurances du plus profond respect , du plus sincère attachement et de la parfaite soumission dont je suis pénétré, a
S. M. répondit à son excellence le général Christophe : * Que le
\œii de son cœur 9^vait toujours été la prospérité de son peuple *,
U que son bonheur serait la plus douce récompense deses veilles
l qu*il n'y avait que le mérite et les services rendus à la cause
iblique par son excllence le général Christophe qui pussent éga-
lesiime et lamiiié de S. M. et la confiance entière qu'elle
tait en lui.^ »
l'administrateur principal de la division du Nord , Rou^nage jeune, prononça ensuite le discours suivant , au nom du corps administratif:
9 Sire,
« Nos cœurs éprouvent une bien douce satisfaction , en ce jour qui est lanniversaire de votre auguste fête, en vous témoignant le bonheur que nous éprouvons de vous posséder au milieu de nous. Grâces soient rendues à la Divinité de nous avoir conserve un héros dont les jours nous sent si précieux ! Vou^ éles le vrai fondateur et le sauveur de notre liberté et de notre immortelle indépendance; vous qui avez tout sacrifié pour notre patrie , a(}n de- la soustraire à la tyrannie sous laquelle on voulait la reploager. Après nous avoir donné Tindcpcndance, vous ne cosse? de travailler à la défense de notre liberté , et de consacre r entièrement votre temps à la prospérité et à la gloire de votre empire.
« Déjà nous voyons, pour chacun de nous, l'aurore du bonheur; perniettez donc, eo reconnaissance des bienfaits dont vous nous avez comblét et des servi'!es (|ue vous avez rendus à notre chère patrie, de présenter à votre majesté «nos hommages respectueux ; permettez nous de vous prier d'agréer, en ce jour mémorable, Tassurance sincère de notre gratitude et des sentimens d'attachement, de fidélité et de dévouement que nos cœurs renflement pour vous. Puisse le ciel couronner d'un succès complet toutes vos entreprises , protéger votre personne sacrée, ainsi que celle de notre digne impératrice,' qui est netre idole, et assurer la prospérité de votre auguste famille; qu'il eoùduise i leur (in les travaux que vous ne cessez d'entreprendre pour la félicité publique qui fait votre sollicitude continuelle. Tels sont les vœux que nous ni) cessons d'adresser pour votre gloire, et dont l'accomplissement peut seul assurer notre bonheur. » •
S. M. en répondant à Tadministrateur exprima aux officiers civils combien était grande la bienveillance qu'il leur portait.
S. M. salua les* fonctionnaires qui étaient réunis autour de lui , et se retira dans ses appartements particuliers , au milieu des cris de vive l'Empereur !
* Gazette du €ap.
232 ru^
D»'»- *' .raf""''*' „*fe<fen8 une vaste pièce
ann ^^ ^r^r w ^^^ ^^ g^He ^j^ recepiion,
va- ,.. ^^'^.,rsereP''Z-,re. H les conduisit dan9
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av^/f ^'^^^ /;f f^f^^ igiration, les nëgocians étrangers assistaienl au
^^'^'^ploy^^ ^ t'ies ioasls suivants furent portés : Par Temp^reurr
l%1ieh i "^f 5 ifi, dépendance d'Haïti! Par le général Chrislo-
'IgLib^f^^ ^^ar, «^ * notre auguste Impératrice! Par le général"
phe ' ^ '^'^^énérai Christophe et à tous les générabi de Tarmée !
pgzfl»'^: V'J.irénérùl Mentor: aux Etats Unis el aux négocians amé-
par /'^^'•'"v^-j Je noire indépendance! Par une députation spéciale
jicsiif^Sf * ^ aiûéricain : aux Peuples libres de Tunivcrs, et à la du ^'^'"ly^n du Gouvernement et de l'Indépendance d'Haïti. Le ^^"l'n'^lfii termine^ p^v plusieurs couplels en harmonie avec la circons-
pro'
• se termina p^v plusieurs coupieis en narmonie avec la circons- ^^*^'"(Tue chanta Chanialte, le secrétaire-général. Le repa» s'était *^'^{on«é jusqu'au commencement de la nuit. Le palais fut magnif^^ueweni illuminé de feux aux couleurs diverses. De. nombreusea iames V arrivèrent, accompagnées des oHiciers de l'état-major de l'empereur et de celui du général Christophe. Un orchestre composé de nomi)rcux jeunes gens du Cop que Christophe enthousiasmait par l'éclat de son imagination fit retentir les apparlemens d'une musique )iarnu>nieuse ai brillante, et S. M. l'empereur ouvrit le bal par un rond de carabinier. Nos jexines iilles excitèrent la plus vive admiration des. étrangers par leur beauté, leurs grâces et leur mise élégante. L'empereur qui aimait la danse avec passion, s'y livrait aveo une sorte de délire ; il louait la main gauehe dans son gilet et sautait sur ua pied. Le général Christophe , qui ne prenait point part aux plaisirs delà danseuse tenait isolé, grave, portant un habit bleu de ciel garni d or, et ayant une altitude belle et fière. Pas un des généraux n'é* tait aussi brillant que lui. H promenait sur toute la société bondissante des regards sévères. Tout-à coup Tempereur fit un saut ^ el s'étendit ensuite presque par terre, aux genoux de sa danseuse. La musique répétait le- refrein : L'empereur vint voir Couloute danser. * Çessalines , dont les yeux élincelaient , était ivre de plaisir. Christoplie dit assez* haut pour être entendu d'un général qui se tenait prés de lui : Voyez Sa Majesté ! N'esl-il pas honteux que nous ayons à notre
• Cauloute était une des jnattresseg de l'Empereur, jeune femme do J6rémie,sur laquelle le peuple avait composé ua carabioier.
tâte un tel sauteur ? Ces paroles qui furent entendues de quelques favoris de l'empereur lui furent rapportées après le bal. p<^jù, à la fêle de l'Indépendance du 1/' Janvier 1805, à Marchand, Chrisiophe avait dit à Pétion , les mêmes paroles, sur Dessalines. Celui ci contenant sa Tureur s'écria : Je n'ignore pas les propos de M. Christophe, il croit sans doute que sa Ferricre peut le mettre à Tabri de mes coups I Eh bien! je le couvrirai d'honneurs, je le laisserai grandir ! qu'il se soulè\e ! mon bras sera assez long pour l'atteindre partout.
Dessalines témoigna à Capoix tontes sortes de bienveillance , et parut avoir oublié les rapports qui lui avaient clé fails conW*e lui. 11 I exhorta a abattre Christophe en lui tendant un piège. Capoix, qiioi(]ue ennemi f ersonnel de Chri5lophe se refusa à coïKmetlre un* crim<^. Dès lors l'empereur résolut sa perte, et le livra qé^ haine îisj|»ls('abl(3 do Chrisloi>he contre laquelle il l'avait un peii^rotégé j<!S({u'alors. Quelques hommes scélérats conseillèrent à Dessaiines, mais sans succès, de faire empoisonner Christophe par le médecin Justamorit, français (|ui aVait été sauvé du massacre , en 1804.
Les élrangiîrs qui se trouvaient au Cap avaient été flattés de Taccucil qu'ils avaient reçu au palais impérial; (Taprès les ordres de Dessalines , ils avaient été entourés de toutes sortes de considérations. Du reste les anglais n'applaudissaient pas seuls à noire indépendance ; les américains qui avaient des relations avec notre Ife la fêtaient aussi, même dans leur pays. Ecoutons la ga7ette d'Haïti de cette époque : < Parmi les hommes qu'attirent sur nos rivages les précieuses denrées de notre fertile territoire, il en est que l'intérêt seul ne gouverne pas entièrement, et qui ne sont pas étrangers au cri de la nature et à celui du droit des gens, en même temps qu*iU cherchent à obtenir un gain licite que tout honnête négociant a droit d'espérer d'un commerce équitable. Messieurs Jacob Lewis, Samuel J. Ogden et Washington Norton, écuycrs, principalement intéressés dans l'armement du convoi américain parti du Port-<au* Prince, et arrivé à NewYork le 18 Mai dernier , ont donné à bord du navire llndostan, a l'occasion de l'heureuse arrivée de ce convoi, un diner de plus de cent personnes parmi Wquelles se trouvaient l'honorable Rufus. K.iug, le juge Livingston , le général Stevans, le général Morton, Mr. Woodworth , procureur général de l'Etat, Mr. Itiken, procureur du district, et plusieurs des magistrats de la ville. Plusieurs toasts portés pendant le repas , au bruit du canon , font voir que la cause de la liberté de tous les hommes et particulièrement celle de l'indépendanee de notre pays, trouve encore des partisans dans la classe des hommes vraiment éclairés, et qu'un esprit de vertige et d'anciens préjugés n'ont pas entièrement aveuglés sur le sort de leurs semblables. On ne sera peut être pas fâché de troiiver ici les vœux de cette compagnie respectable pour notre gouver-
ncment. Voici les f oasis, ainsi, que la gazette de New-York les a rapportés : A la Liberté, ce beau présent du Ciel aux hommes! dans quelques lieux qu'il se^ trouve des hommes , puissent-ils jovir de sa douce présence!
c Au gouvernement d'Hdïii fondé sur les seules bases légitimes de toute autorité , le choix du peuple! Puisse-til être aussi durable que ses intentions sont pures. » >
On ne devrait pas s étoaner , qu'à cette époque, les américains fissent des vœux pour la prospérité agricole d Haïti , et parussent admirer nos institutions. Depuis l'évacuation dés troupes françaises, ils faisaient, conjointement avec les anglais., pres(|ue tout le commerce d'Ili^ïli. Sous les ca|iitain(>s généraux Leclercot Rochambeau, ils avaient été privés fies avantages dont ils jouissaient sous Toussaint Louvertu- •re; et ^4802 à décembre 1803, ils avaient toujours souh.iité la chute dMa domination française. Depuis la proclanution de l'indépendance d Haïti ils avaient été replacés chez nous dans leurs anciennes prérogatives. Ce n'était pas véri'ablement la philantropic qui les portail k cette bienveillance, k notre ég'^rd , en 1805; c'était l'intérêt, car ils maintenaient alors, comme aujourd'hui , dans la servitude ou la dégradation , les noirs et les hommes de couleur de l'Union.
Jacob Lewis et la plupart des antres convives avaient des relations commerciales avec nous et avaient obtenu toutes nos commandes de munitions ; par des démenstratiosis d'admiration , ils voulaient con« tinuer à se faire bien venir de Dessalines qui faisait leur fortune. Dans leur pays ils étaient sans entrailles pour les noirs elles hommes de couleur, et en réclamant sous le président Boyer , le soido d'un compte que devait à Jacob Lewis le gouvernement de 1804, ils traitèrent de monstre et de barbare, Dessalines dont le système était pour eux en 1S05, un modèle d'administration. Néanmoins quels <]u'aienl. été les molifs des américains pour nous donner des louanges en 1805 , nous devons nous féliciter des égards qu'ils nous témoignaient alors, sans être tenus de les approfondir. Mais aujourd'hui que nous sommes plus avancés ea civiliftalion , que notre organisation est meilleure, ils ne font entendre leur voix que pour nous condamner, quoiqu'ils entretiennent toujours avec nous des relations commerciales assez actives. L'humanité gémit on voyant la marche ascendante des piéjugés américains à l'égard de notre race, préjugés barbares, maintenant en 1848, au sein d'une république qui pratique la démoeratie la plus large ; un système d'esclavage beaucoup plus dur que celui de l'antiquité et unicfuement basé sur Tépiderme.
« Dans les temples protestans d'Amérique , dit M. Roger d^i Beau- "voir, vous verrez encore les noirs» à l'heure qu'il est, parqués dans un endroit à part.» •
.' ' Gepeadant nous no Uevons pas oublier les. noblos efforts que font
HISTOIRE d'iiaitt, — (180S) 8S7
les quakers américains pour parvenir à Tabolition de la servitude dans les états méridionaux de l'Union, eflbrls encouragés et soutenus de quelques hommes d'élite qui siègent au congrès.
Dessaiines reconnaissant combien était puissante l'influence dont jouissait au Cap le général Christophe se résolut à flatter son ambition et à l'intéresser à son gouvefhement en le comblant de ses plus hautes faveurs. Christophe les acceptera pour travailler avec plus de sécurité. à la ruine de Tempereur. Dessalinos qui avait le génie de la guerre, n'avait nulle idée d'administration, et depuis la paix, au lieu de s'entourer d'hommes de moralité et d'expérience, il se laissait gouverner par ses passions qu'incitaient encore quelques hommes immoraux. Il était devenu , depuis qu'il ne doutait plus de l'existence d'une conspiration , d'un carac^ 1ère totalement absolu , et la moindre contrariété l'irritait jusqu'à la fureur. L'adjudant général Mc^ntor qui s'étudiait toujours à se tenir à ses côtés, s'efforçait d'atteindre à une haute position. Il ne ces^ï^it néanmoins de répéter que toute son ambition ne consistait qu'à demeurer auprès de la personne de S. M. Les hommes de l'époque ont cru, pendant longtemps, qu'il avait été un agent secret du gouvernement français, travaillant à susciter la guerre civile dans l'empire. Il était parvenu k inspirer à Dessalines des inquiétudes relativement à la fi lélité des hommes de couleur. Il lui disait toutes les fois qu'il en trouvait l'occasion, que ces derniers ne rêvaient qu'aux moyens de détruire rindépendance d'ilaïii pour livrer le pays aux blancs leurs pères. D'une autre part, il exprimait» quelques hommes de couleur que Dessalines était un ignorant , un affreux tyran , ne cherchant que l'occasion de dévorer ceux qui lui étaient supérieurs en connaissances. Comme il savait que David Troy ne pouvait qu'être très-hostile à l'empereur , il lui dii un jour , en le rencontrant dans une rue: « est-ce qu'un ignorant tel que Dessalines est fait pour nous commander; des hommes tels que nous devraient Atreà la tète du gouvernement; j'organise un parti contre l'empereur; sois des nôtres , tu acquerras une haute position quand j'aurai réussi ; je veux que Bessalines commette tant d'injustices que le peuple soit obligé de se soulever contre lui.» David Troy qui connaissait sa poiTidio, et qui , de son côté, travaillait les esprits eontre Dessalines , en faveur de GetTrard tout en mettant en avant le nom de Christophe , lui répondit: « Si \ogs avez une liste des personnes entrées dans votre conspiration , n'y portez pas mon nom ; je suis convaincu que vous ne réussirez pas. ^e la manière que se eonduit Dessalines, sous l'infliftence de vos conseils , vous parviendrez à le faire succomber; mais sa chute entraînera votre mort; vous n'êtes qu'un Martiniquaîê n'ayant pas même fait la révolution dans ce pays ; vous n'y avez pas de racines; vous n'êtes point connu des troupes et des inomagoardsi voue n'eiercezsur çui^ aucune inCLu^nçe* » David TrQy
238 HISTOIRE d'haiti.— (1S05)
se sépara de lui , en lui disant qu'il n'était point hostile à Tempereur.
Juste Cbanlatte et Boisrond Tonncre s'efTorçaient de neutraliser l'influence qu'acquérait i\ la cour radjuJant-gént^Ml M#?nlor ; maîs^ ils étaient , eux aussi , animés de mauvaises passions; ils étaient peu propres à faire entrer Dessalines dans la voie de la légalité. Le chef de l'état m»jor général , Bazelais , accablé sons le poids des fatigues ^ qu il airail supportées pendant la guerre civile et celle de rindépendarioe, se montrait dégoûté de la vie, et ne s'occupait que de ses devoirs militaires.
Il existait alors dans Tempire deux partis qui agissaient sourdement et activement. Celui de Christophe auquel se ralliaient dans le Sud, en se servant de son nom, pour réussir, mais avec l'arrière pensée de le combattre, les Geifrard, les. Férou , les Wagnacet.la plupart des officiers sous leurs ordres ; et celui de Tempereur dont les officiers les plus dévoués étaient les Gabart;, les Bazelais, les Charlotin , les Boisrond Tonnere, les Chanlatte , les Diaquoi, les Yernet , dans 1 Artibanile ; dans le Sud , les Bazile , les Moreau ou Cocoherne; les Guill:)umo Ladour , et les Lbérisson, directeur des domaines, et dans fOuest , Lamarre, colonel de la 2Je. du Petit-Goave, Germain frère , commandant de l'arrondissement du Port au Prince , et Inginac, directeur des domaines.
Dans le département du Nord les frèrs Roumagc, Rouan^z jeune, et les autres principaux citoyens du Cap étaient dévoués à Chris^ tophe. Capoix , au Port de- Paix , se tenait isolé, en garde et contre l'empereur et contre Christophe; au Port-au Prince, le général Pétion, peu attaci)é à Dessalines, mais n'ayant nulle confiance. en Christophe, ne voulait pas se prononcer; du reste il ne s'était pas encore abouché av*»c GelTnrd , cl ignorait Ici véritables dispositions de celuici à l'égard de Christophe. Boisrond Tonncre et Chanlatte dont l'existence était liée pour ainsi dire à celle de l'empereur ,. et qui étaient disposés à sacrifier leurs jours pou.r sa conservation , surtout Boisrond, étaient si corrompus qu'ils travaillaient à la perte de S. ~ M., en voulant la servir, par les violentes mesures qu'ils lui faisaient prendre. Moreau avait exaspéré Geflrard par l'opiniâtreté de ses dénonciations, qui étaient favorablement accueillies. Il l'accusait auprès de Dessalines d'être un ami des blancs, d'en avoir beaucoup sau\é, de négliger son devoir, de laisser décroître les produits en négligeant la culture , de tolérer la licence dans les troupes.. Geffrard , au contraire, était un ofticier de la plusgrande sévérité; il s'cfforçëiil de réprimer les abus; il est vrai que lors du massacre des blanches , il en avait sauvé beaucoup; il se justifiait en disant qu'il avait pris les armes contre les soldats de la France, mais non contre des femmes et des enfans. Une sédition venait d'éclater parmi les troupes do la garnison des Cayes; il l'avait énergiquem^eiU réprimée ,
histoihe d'haiti. — (1805) 239
quoiqu'il ne fàt pas parlisan du système par lequel on passait aux verges le soldat. Un grenadier de la 13e. deroi-brigade des Gaycs B\ait été condamné à recevoir une centaine de coups de verges; les compagnies d^élite de la 17e, autre corps de la garnison, s'ameutèrent, et ^voulurent s'opposer à Texécution. Elles méconnurent, et même menacèrent leurs officiers. GefTrard , apprenant qu'il. y avait sédition dans les troupes, se présenta sur la place d'armes, imposa aux soldats par son attitude et son langage énergique, fit passer aux verges le militaire coupable, sous ses yeux , fit incarcérer les principaux agitateurs, et rétablit le prestfge de la discipline.
Dessalines jusqu'au milieu de 1805 avait été juste et équitable en-
' iFcrs ses lieulenans ; il avait fait de vrais efforts pour éteindre toute «spèce de préjugés de castes, pour établir une parfaite union entre riiomme de couleur et le noir. Il avait même fait fusiller plusieurs individus qui avaient cherché à exciter le noir contre Thomme de couleur. Mais depuis qu'il avait appris qu'on tramait contre son autorité, il avait totalement changé de conduite, et la malveillance trouvait accès auprès de sa personne. Ne mettant plus aucun frein à ses passions, il voyageait suivi d histrions, de danseurs, de musiciens et même de courtisanes. Danseur infatigable, dès qu'il arrivait en un endroit il donnait un bal, Sous Toussaint Louverture^ pour plaire au gouverneur-général, chacun s'approchait de la sainte-
• table; sous Dessalines on se faisait une gloire de bien danser. L'empereur se livrant à des plaisirs scandaleux oublia qu'il était let:her<le l'Etat. La plus grande immoralité régnait autour de lui. D'une gatlô par fois grotesque, il disait aux dames qui fréquentaient la cour, combien il admirait soit leur beauté, soit leur laideur. A son exempie les officiers de son élat major entrorenaient des concubines dans chacune des villes de l'empire, et le général Geffrard qui condamnait sa conduite, se livrait aussi , aux fayes , à ce dérèglement de mœurs. Comme les enfants naturels jouissaient des mêmes droits civils que les enftins légitimes, les citoyens ne se mariaient pas la plupart. En ne prenant pas eh considération l'esprit de la loi qui doit toujours ôîrc interprété en faveur de la morale, l'enfiànt adultérin même pouvait èlre reconnu par l'auteur de ses jour^. Crpoîi-" dant sans lo mariage il n'y a pas de'fumille^ et sans fumille pas do société. Le général Christophe qui, lorsqu'il devint roi, proscrivit le cojicubinagc , co.ndamnait dès lors ce dérèglement de mœurs. Quand l'empereur entrait dans-une ville, les femrftes honnêtes étaient dans de graves inquiétudes, car leur vertu était menacée non-seulement par lui, mais encore par les officiers de son étal major. Beaucoup de mères de famille^ tenaient leurs filles renfermées pour les soustraire aux regards de ceu^x qui étaient assez puissants pour les posséder , impunément , par la violence.
Les lioupeSi quant i 1 habillement^ étaient dans un élat pito^ablej
elles avaient été \êtues avant rcxpédilîon de l'Est, comnoe nous l'avons déjà dit; mais, à présent, elles élaienl presque nues. L'empereur ne donnait Cjuel(|ue soin qu'à la 4e demi-brigade qui avait son CRnionnement à Marchand. Cependant le ministre des finances avait employé des sommes considérables à des acquisitions de drap et de toile pour l'bahillemenl de l'armée. Mais les administrations étaient livrées à une sorte do pillage, et l'empereur, plongé dans les |>laisirs, négligeait de réprimer efficacement ces désordres (|ui se commettaient d'une manière scandaleuse. Il eût falki, pour les faire cesser, qu'il n'eût pris aucune part atx diliipidalions. Quand il passait les troupes en revue, il leur disait: « Vous rivalisez de nudité avec le«^ bouteilles.» Le soldai humilié de ces affronts dévorait son indignation. Quand on se rappelle que Dessalines avait été simple grenadier, qu'il avait vécu de l'existence du soldat, qu'il était parvenu à sa haute dignité. CD passant par tous les grades, on est vivement surpris du peu de sollicitude qu'il portait à l'armée. Essentiellement homme de guerre, il avait toujours eu des entrailles pour le soldat; il savait que les troupes sont humiliées d'être négligées, qu'elles ont droit de se plaindre quand elles ne sont ni vêtues, ni payées, parce qu'elles versent leur sang pour la pairie , et que la gloire qu'^llrs acquièrent rejaillit en entier sur leur chef; il savait que lorsqu'elles soulTrent, elles deviennent accessibles aux suggestions des agitateurs de tous genres; cependant en 4805, il fermait Toreille aux plaintes de l'armée, ^t la narguait même de sa Budilé. Ceux des hommes de lépoque qui existent encore , et qui lui ont été dévoués jusqu'au dernier moment , assurent que ses favoris , voulant la perdre , le poussaient à dessein dans une fausse voie , et le portaient à ne pas habilkr les troupes afin qu'elles se soulevassent. Mais la nation, «•n général, jugonii, à celle époque, qu'il était ébloui par la toute puissance, et qu'il était séduit, par les douceurs de la paix auxquelles il se livrait sans aucune préoccupation des intérêts généraux. Comme il se passionnait pour toutes les choses qu'il aimait, il mettait aux plaisirs la même ardeur qu'il avait déployée pendant h guerre. Heureusement pour la génération qui vécut seus soa gouvernement, il était sobre, car s'il s'était livré aux liqueurs fortes, ses violents instincts Feussent porté à des excès abominables; la passion qui le dominait était celle des femmes; accessible à la générosité , il pardonnait facilement , et ceux qui avaient été l'objet* de sa clémence n'avaient plus à redouter d'être de nouveau poursuivis. Dans son essni sur les causes de la révolution et des guerres civiles d'IIaïli, publié à Sans Souci en 4819, sous les yeux de Christophe, devenu roi, Vastey s'exprime ainsi qu'il suit relativement à l'époque de Dessalines ; * «Un désordre général eut lieu dans l'empire; les fi-
* Nous savons que Vastey était le chtf des bureaux de Vernel ministre des fi- Bauces, eu 1604, 1805 et 180(5, 8ou5 Dessaliûes,
rffSTOIRE D'HAttt.— (180S)
fiafnces désorganisées, les trmipe» sans paye et sans hablllemeni^ la vérificalioD des titres de propriété poussée à l'extrême, sans un juste examen ; la corruption des gens qui occupaient les fonctions le^ plus éminentes, un mécontentement général qui se manifestait sourdement dans le peuple et les troupes menaçaient FEtat d'une ^subversion prochaine.
« toufes ces calamités étaient encore envenimées et aggravées par les complices de Pétion , les partisans des français qui ai^rivaient de tous côtés, et se rendaient dans TOuest et le Sud pour prélu« der au grand drame qui devait avoir lieu.^ Dans ce débordement de mœurs corrompues, le général en chef Christophe cherchait, en vain , à y opposer une digue; il avait maintenu, autant qu'il était en son pouvoir, plus d'ordre et de régularité dans l'administra* tion, et la discipline parmi les troupes. Sa conduite privée, ses mœurs régulières avaient fait tourner tous les ngards vers lui] il était l'espoir des gens de bien et des pères de famille. L'Erape* reur n'apportait aucun remède à ces maux; il les ignorait complètement, il était aveuglé par sa prospérité et par les flatteurs, ses alentours , qui lui cachaient les gémissemens du peuple; ces vils flatteurs, ces hommes corrompus et médians ne s'occupaient que de futilité, de danses, de bagatelles , d'intrigues de femmes; ils étaient bien éloignés de vouloir lui donner des conseils salutaires qui pouvaient lui faire ouvrir les yeux sur sa situation , et le sauver du péril qui le menaçait , et consolider son gouvernement; l'empereur se jetait lui-même dans le piège que lui tendaient ses ennemis , qui l'entraînaient h négliger ses devoirs et à commettre des actions indignes de lui, pour lui faire perdre l'amour et la vénération du peuple, et être immolé ensuite avec plus de facilité.» Les lieutenans de l'empereur, par les violences auxquelles ils se livraient, faisaient naître dans le peuple on véritable mécontentement» Ainsi que sous Toussaint Louverture, le laboureur était maintenu au travail sous la verge et le bâton, et le citoyen qui ne le dénonçait pas à Tautorité, lorsqu'il était parvenu à sa connaissance qu'il s'était réfugié en ville, était condaiAné à douze gourdes d'amende. Le commandant de la place du Port au-Prince, le colonel Bedouet, ne le cédait pas , en sévérité , à Germain-Frère. Mademoiselle Miss , d'une famille respectable, fut accusée d'avoir donné asile aune eullivatrice. Elle fut mandée au bureau de la place , condamnée
• Vastey écTirait sous Pinfldenee de Christophe qui , en 1807 , après avoir échoué devant ie Port-au- Prince , anuvé par !ps généraux Yayou et Pétiçn , sopro« clama le vengeur de Dassalines Cependant il avait sanctionné, en 1806, comme général en chef, tous les actes qui avaient été publiés au Port-au-Prince, contre Dessa* Unes ; mais alors il n'était pas encore en lutte avec Pétien , qu'il représenta , dôt que commençai ]a guerre civile , aux populations du Nord et de i' A^rtibonlte ^ comme un ambitieux , ua traStre,
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el passée aux verges , parce qu'elle ne put pas , tout de suite, compter douze gourdes d'amende. Cet acte de rigueur lit éclater la plus violente indignation. Quand le peuple rugira contre Dessalines, Bédouet n'échappera à la mort qu'en se cachant.
S. M. l'empereur était toujours au Cap. Les autorités de cette ville l'y retenaient en lui donnant chaque jour de nouvelles fêtes. P^r une ordonnance du 26 Juillet, Dessalines nemma Christophe , général en chef de l'armée d'Haïti , dignité que celui ci ambitionnait de* puis longtemps, André Vernet, ministre des finances et de Tinté* rieur , et Etienne Eiie Gérin , ministre de la guerre et de la marine. Vernet etGérift avaient déjà été nommés ministrët, le premier depuis 4804 , et le second, aussitôt après la publication de la constitution. Par une ordonnance du 28 Juillet, les départements du Nord, de l'Ouest, et du Sud, fur<snt partagés chacun en deux divisions. La première division du Nord fut confiée au général Paul Romain , devenu divisionnaire; elle renfermait les arrondissemens du Port-de-Paix et de la Marmelade; la seconde division comprenait les arrondissemens du Cap et de Ouanaoïinthe ; elle fut confiée au général Fran-* çois Capoix. L'empereur voulait détruire la grande influence que ses lieutenans exerçaient dans tout l'empire. Il aifaiblissait leur puissance en subdivisant les proviaces quf leur étaient confiées et en leur opposant des officiers sur la fidélité desquels il croyait pouvoir compter. Actuellement Tauloriléde Christophe , devenu généralissime des armées d'Heîtî, répandue sur tous les généraux de Tempire , s'affaiblissait d'autant plus qu't'lie s'étendait et agis* sait moin« directement sur un quartier. Capoix enlevé aux habita ns du Port-dc Paix sur lesquels il avait une puissante influence , fut obligé de se tenir au chef lieu de la seconde division du Nord, sous les yeux de Christophe. La i^'' division de l'Ouest , confiée au général Louis Gabart , qui possédait toute la confiance de l'empereur, comprit les arrondissemens des Gonaîves et de Dessalines, capitale de l'empire. * Le général Pétion conserva le commal^dement de la seconde division de l'Ouest , comprenant les arrondissemens du Port-au- Prinoe et de Jacmel. L'autorité du général GefTrard fut restreinte au commsndemcnt en chef de la première division du Sud com« prenant' les arrondissemens d'Aquin et des Cayes. La seconde division du Sud comprenant les arrondissemens de J'Anse à-Veau et de Jérémie, fut confiée au général Jean Louis François, assez dévoué & l'empereur , quoique celui oi sa lût efforcé, mais saas succès, de répandre le trouble dans sa famille.
On apprit au Cap qu'un navire américain la iLoumana avait appareillé, sortant d'un de nos ports, sans avoir payé les droits d'exportation.
* Nous avoDi déjà vu que Marchand, fondé par r£mpcreur| avait reçu 1# Aoxadd Desialiaes et éuùt devenu la capitale d'Haïti
BlSTorRE u^iAiti.'-T(160d) as
De$salines, à celle occasion , décrcla , le fer. Août ISÔS, i tU le « départ furtif de la Loux$ianay que tout capitaine étranger ,à soti « arrivée dans un des ports de l'tle, serait tenu de faire cautionner son « bâtiment par une maison de commerce haïtienne ou américaine, « expressément commissionnée ad /toc , à laquelle jl confierait le dépôt « de la vente des marchandises par lui importées ; sinon le bâtiment « et les marchandises seraient confisques. » Le 30 Aofit , l'empereur rendit un décret déiei minant le tarif des frais de justice, les taxes des notaires et officiers de l'état cisil ; le tarif des droits curiaux , le tarif des frais d'impression ^ le prix des écoles et pensions particulières. Chaque enfant externe qui apprenait seulement à lire et â écrire payait 4 liv. 2s. 6 d. par mois; celui qui apprenait à lire, à écrire etc. par mois , 8 lit. 5s. 0 d ; chaque enfant pensionnaire, logé, nourri , apprenant à lire et à écrire , par an, 825 livres. Les instituteurs de l'Etat n'étaient point compris dans ce règlement.
Il apprit que des négocians , intéressant à leurs spéculations des commandans militaires, recevaient toujours à leur consignation les navires les plus importans par leur chargement, au détriment de leurs collègues et au mépris des arrêtés du ministre des'finances. Pour mettre fin à ces abus scandaleux , il décréta, le six Septembre, que chaque consignataire serait saisi à tour de rôle, et suivant l'ordre du numéro de sa patente , de la vente et ,de la responsabilité des marchandises des bâlimens étrangers. Nul négociant, dé quelque nature que fût sa réclamation , ne pouvait pi^étendre à une quantité de navirts excédant le nombre de ceux reçus par les autres consiguataires. Avant la publication de ce décret , d'après les ordres de l'empereur aux administrateurs, ce système de consignation existait comme nous l'avons vu. Presque tous ks actes de celte époque ne faisaient que sanctionner ce qui était déjà mis en pratique , d'après les instructions , souvent verbales , de l'empereur.
Les lois et les décrets rendus par Dessalines étaient habituellement discutés par son conseil privé, composé de Juste Chanlalle, secrétaire-général, tenant presque toujours la plume, de Mentor, de Boisrond Tonnère, de Diaquoi , d'Alexis Dupuy. Quand Dessali-^ nés se trouvait à Marchand, le conseil se composait, outre ses secrétaires, de Jean-Jacques Chareron, administrateur à St. Marc, homme de probité et de capacité, de Louis Auguste Daumec, procureur général impérial, de Jepn-Bapliste , juge, et chef de la justice à St. Marc, homme vertueux, mais sans énergie. Quand il était au Cap, il adjoignait au conseil, toujours composé de ses secrétaires, le général Christophe , le citoyen Charrier, les frères Roumage, César Thélémaque et Beaubert.' Dessalincs, qui présidait toujours le conseil, se ftiisait lire les anciens règlemens concernant la loi qu'il voulait rendre ; quand il désirait apporter un changement aux anciennes dispositions, il exposait son opinion et disait; « G^ scruU
mieux ainsi, qu'en pensez-vous, messieurs? » On était presque toujours de son opinion. Cependant sa manière de voir était quelquefois combattue. Alors il se montrait mécontent, et disait: j'entends qu'il en soit comme je veux ; écrivez , monsieur le secrétaire -général. Juste Ghanlatte s'empressait de rendre sa peqsée et de lui en donner lecture. Quand là loi qu'il voulait décréter n'avait aucun rapport avec colles qui avaient existé, il exposait clairement sa pensée, en langage créole, et demandait aux membres du conseil leurs opinions. Ils lui répondaient: très bieni très bien! et la loi était votée. Les séances du conseil duraient une hôure, une heure et demie, quel* qucfois deux heures.
Dessalines partit du Cap, et retourna à TArtibonite, laissant Christophe et Capoix dans une complète mésintelligence,* l'un surveillant rau(re. Capoix alors à Laxavon, commandant la seconde division du Nord, entretenait des agons dans la partie espagnole et s'efforçait d'y susciter des révoltes en faveur d'Haïti. Mais les populations hispano-indigènes demeuraient fulëles aux français. La lettre suivante de Capoix , adressée à Christophe, nous fait connaître quels étaient les renseignemens qu'on avait alors, dans l'ancienne partie française, sur la province de St. Yague.
François CAPOIX,
Général de division^ commandant la deuxième division du Nord , À Son Excellence le général en chef de l'armée d'HaUi.
Monseigneur ,
D'après les rapports du général Brave, j'ai l'honneur de vous annoncer qu'il y a ici un espagnol, sortant de Moek, qui déjà était avec nous. 11 a déclaré qu'il s'était sauvé d'ici en allant à la maraude; et comme il ne fut pas bien traité dans la partie de St. Yague, il est revenu se rendre à nous, et a déclaré que les noirs n'y ont pas beau jeu, tant esclaves que libres, et^ qu'on les prend toujours pour les envoyer à Sto. Domingo. Le général Brave lui a fait des questions sur les français; il a répondu qu'il n'y en a pas du tout à St. Yague, et que les espagnols seuls habitent cet endroit. Il a déclaré aussi que tous les espagnols des haltes sont à se réunir pour former une cavalerie, dans le but de venir prendre leurs camarades qui sont ici, à Laxavpn avec nous, et qu'ils sont à achever un fort à St. Yague même où il y a déjà six pièces de canon en fer. Cet espagnol se .nomme Juste Capéyant ; on le retient en prison en attendant de nouveaux ordres de vous.
Mon général , rien de plus qui soit digne de votre attention. J'ai l'honneur d'être avec respect.
F. CAPOIX,. .
HISTOIRE d'H AIT!.— (1805) 145
L'empereur partît de Marchand et vînt au Port-au-Princea^ncson élat-major, accompagné de Vernet, ministre des finances. Le plus grand désordre régnait toujours dans l'administration. Dessalines, ne sachant pas lire, s'en rapportait au ministre des finances qui lui-même était gouverné par Vasley , le chef de ses bureaux. Le ministre des finances et de rinlérieur était dans l'obligation de parcourir, chaque année, les principaux quartiers de l'empire, pour vérifier les comptes des administrateurs. Du Port au Prince il sa rendit a Léogane. \as* tey trouva très-irrégulièrement tenus les comptes ^> l'administra^ teur de cette ville. Il était descendu chtr celui ci qui l'avait accueilli avec distinction. Au sortir d'un bain qui lui avait été préparé, il trouva sur sa table un rouleau de doublons, il fit au ministre des finances un rapport favorable k l'administrateur. Yernet continua sa tournée. Des enriployés dont les comptes étaient parfaiteroent en règle, mais qui avaient négligé de faire à Yastey quelques, gratifications furent destitués peu de temps après. La plupart des agens de Dessalioes , ne cherchant qu'à satisfaire leurs intérêts , lui créaient , de tous côtés, de nombreux ennemis. Mais si un souverain recueille toute la gloire qu'acquièrent ses sujets, il est, d'une autre part, responsable des maux qu'ils endurent. Dessalines disait de Vernet : « mon pauvre compère ne s'occupe qu'à faire de bons déjeu* ners et sa partie de bête; il s'en rapporte à Vastey dont la bourse se remplit chaque jour.» Et il ne prenait néanmoins à l'égard de Vastey qu'il aimait aucune mesure de rigueur.
Pendant son dernier séjour dans le Nord , il avait acquis la con* \iotion que son ennemi le plus redoutable était Christophe que «néanmoins il ménageait , ne pouvant l'abattre sans en venir à une lutte, car la garnison et les citoyens du Cap eussent soutenu celui ci dans sa résistance. D'une autre part, il ne doutait pas que Geffrard ne prtt les armes dans le Sad, si Christophe se soulevait dans le Nord. Avait d'agir contre ces deux généraux auxquels eependanl il ne refusait pas ses faveurs, il songea à s'assurer de la fidélité du général Pétion dont l'induence était immense sur Us populations de l'Ouest tant des villes que des campagnes, et dont la loyauté généralement con^nue lui inspirait quelque confiance. En s'attachant Pétion , il se rendait maître de l'opinion de l'Ouest , et pouvait contenir le Sud. Ce résultat obtenu , il lui devenait facile, soutenu du peuple et des troupes de l'Artibonite, d'assaillir Christophe et de le terrasser. Il résolut d'attacher Pétion à sa destinée par les liens, du sang. Il témoigna de la froideur à Mentor qui l'obsédait de perfides conseils , et parla , de nouveau , de l'union étroite qui dâA exister entre le noir et le jaune. Il avait une demoiselle, la princesse Célimène, jeune et gracieuse, dont l'éducation avait été soignée depuis sous, le gouvernement de Toussaint Louverture. C'était une des personnes les plus accomplies de l'époque. Il se résolut à la
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marier au général Pclîon, et en fil part à l'impératrice qui en éprouva une vive satisfaciion. Il partit de Marchand plein de cède idée cfui lui souriait; le long de la route il fut gai, bienveillant; jamais son entourage ne Tavait vu sous de plus agréables influences. Quand ij parvint au Port»au Prince, il fil au général Pélion qui s'était Iransporté au devant de lui. au portail St-Joseph, un accueil plein d'af. hbilité. Dans la soirée qui suivit soq arrivée, il donna un grand bal, et fit illuminer toute la ville. Le lendemain, les autorités civiles et militaires, selon l'usage, se réunirent pour le saluer, dans la grande salle de réception.
L'empereur fit entrer dans ses appartemens particuliers le général Pélion et plusieurs de ses favoris les plus intimes, après les avoir accueillis avec une noble politesse. Il leur parla de l'union étroite du noir et du jaune, comme chose essentielle au bonheur de Tera* pire ; il ajouta qu'il souhaitait que le peuple haïtien devint bronzé par la fusion des deux races noire et jaune. Il annonça qu'il favoriserait cette fusion par des alliances dans sa propre famille, et qu'il aurait l'intenlion de donner au général Pélion la main de la princesse Célimène, sa fille. Tous les regards se portèrent sur Pétion que ces paroles avaient profondément déconcerté. Il demeura consterné. Tout dans son attitude annonçait qu'il n'accueillait pas le projet de S. M. Il répondit qu'il n'aimait pas le mariage. Dessalines l'exhorta à réfléchir sur ce qu'il venait d'entendre, et lui dit que le bonheur du pays en dépendait. iPsortit de la salle, la physionomie sombre , croyant avoir deviné que Pélion ne voulait pas entrer dans sa famille. Son projet était patriotique et en harmonie avec sa conduite passée.
Pélion fit celte réponse à l'empereur , dut*il encourir toute sa disgrâce, parce que l'un de ses aides-de«camp, le capitaine Chancy, lui avait déjà avoué que la princesse Célimène, éperdument éprise de lui, s'était laissée succomber à ses séductions.
•Pélion retourna è son hôtel, accompagné des officiers de son étatmajor. Il paraissait plein de préoccupation. Ceux de ses amis aux* quels il confia ce qui venait de se passer dans les appartemens de 1 empereur, blâmèrent la réponse qu'il avait laite. 11 leur dit qu'il avait bien saisi la pensée de Dessalines qui eut voulu, par cette union, symboliser l'alliance étroite du noir et du jaune , mais qu'il n'aimait pas le mariage. Il trompait ses amis , de même qu'il avait présenté i l'empereur un faux prétexte; il ne voulait pas divulguer le secret que lui avait confié Chancy , secret dont nous verrons bientôt le triste éclat. *
Du reste cette proposition de mariage demeura alors inconnue à
* Quelqnesuns de nos vieillards asstirent que Pétloo 8'apercevant que Dessaliaas se psriiit , ae vjuliit pit lier sa destiaôt) à la siaane.
nisToiBC D'flAin.«>^(lSOf) - 147
la généralité des citoyens; eUe ne sortît pas du cercle des intimes du général Pélion ; et Tempereur , de son côté, n'en parla |amais publiquement.
PéLion en déclarant à Dessalinei qu'il n'aimait pas Te mariage Tui avait cependant exprimé un sentiment q^u'ii éprouvait profondément. Malgré les instances de ses meilleurs amis, il' ne vouku jamaiss'unir aune femme par les liens légitimes. Il mourut sans même avoir reconnu une enfant conçue sous son toit avant ses-derniers momens. La belle figure de cette jeune personne qui a grandi sous les yeux de la population contemporaine de Pélion , reproduisait tous les traits^ de ce généraU
^ Dessalines qui était entré au^ Portau Prince , sous de si bonnes influences^ était redevenu sombre et agjté^ il se montrait très pré« occupé de la correspondance qui existait entre (brislophe et Geffrard. II disait qu'on travaillait ] de toutes parts , i sa ruine , qu'on ne le secondait pas , que chacun s'eiîorçait d'obtenir des richesses, par n'importe quel moyen, qiie l'empire ressemblait à une ville prise d'assaut et livrée au pillage ; que ceux qui auraient dû le sou^ tenir ^ le trahissaient et le rendaient odieux aux populations ; mais^ qu'heureusement pour Haïti et pour lui y Dieu Favait doué de courage et lui avait donné des baïonnettes. Il se plaignait de ce que les biens qui avaient appartenu aux blaneset qui auraient dû entrer dans les domaines , devinssent la propriété de nombreux, particuliersqui, dès avant la- révolution, avaient un bien-ètre. «On trouve,. disait-iJ » des prolecteurs ^ des complaisans , pour se faire mettre en possession de ces biens! n'est ce pas voler impunément? £h bieni de même que je fais fusiller ceux qui volent des poules, des denrées et des bestiaux, je ferai mourir ceux qui permettent , 'par com^ plakance , qu'on se mette en possession, des. bi^ns de lÉiat. Qu'on ne pense pas que le tienne on vain langage, car sur ma foi de Jean- Jacques ,^ c'est ^se cfue je ferai.» La veille de son départ pour Marchand il s'exprima énergiquement en présence des généraux Bazelais, Martial Besse , Mentor, du confunandant de Tarrondissemeut Germain frère, du commandant de la place Bédouet, de l'administrateur Ogé et du directeur des domaines Lnginac, réunis au palais y contre ceux des habilans des villes qui- mettaient tout en œuvre pour s'emparer des biens des coions sacrifié» en 1804. «Nousavons fait la guerre pour les autres, dit il;, avant notre prise d'armes contre Leclerc , les hommes de couleur , fils de blancs , ne recueillaient point les successions de leurs pères ;. comment se fait- il, depuis que nous avons^ chassé les colons , que leurs enfans* réclament leurs biens ; les noire , dont les pères sont en Afrique , n'auront donc rien ; j'ai su qu'il n'y a pas dans tout le Sud cent habitations ou maisons séquestrées , et cependant j'en ai fait disparaître toutes les familles de colons. Ahl messieurs ». si ceU
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doit eondnuer ainsi , les affaires iront fort mal. On ne se contente pas de dilapider l'Etat , on conspire , on veut se soulever contre œoi; mais qu'on prenne les armes et on le paiera cher ; est-ce qu'on aurait déjà oublié la guerre civile sous Toussaint et Rigaud ? J'ai, dans chaque localité, des gens sur lesquels je puis compter; tant pis pour les insensés qui s'agiteront. » Il était plein de colère, il dit au directeur des domaines: « Sans doute il n'y a phis de biens domaniaux dans la 2e. division militaire de l'Ouest; d'après vos rap« ports de complaisance, les Vaste;,^ les Blanehet auront mis en possession des biens de l'Etat les fils des colons au préjudice de mes pauvres noirs. Prenex garde à ;vous ! nègres et mulâtres , nous nvons tous combattu contre les, blancs ; lea biens que nous avons conquis en versant notre sang , appartiennent à nous tous; j entends qu'ils soient partagés avec équité. » Inginac voulut répondre; mais I>essalines ^m imposa silence, ^.'empereur toujout^ agité annonça qu'il ne tarderait pas à s'occuper dune révision gé* Bérale de toutes Jes mises en possession qui avaient été délivrées. 11 annonça à fnginac qu'il l'enverrait à, Jacmel avec mandat de vérifier les titres de propriété, et de punir les contrebandiers et Its prévaricateurs. 11 lui remit plusieurs lettres dans lesquelles on aecaaait l'administrateur y le directeur de la douane, le trésorier de jacmel d'avoir transigé avee leur devoir , et beaucoup de citoyens davoir obtenu, par la complaisance des autorités, des mises en possession. Il confia à Inrginac une lettre à l'adresse do Magloire Ambroise, commandant de l'arrondissement de Jacmel, et lui ordonna de partir.
Le lendemain l'empereur prit la route de la province du Sud, disant hautement qu'il ne tarderait pas à sévir contre les agitateurs.
Ce fut à cette époque que le général Gaburt mourut à St. Marei^le 90 Octobre 1805. L'empereur fut profondément affligé de celte perte, fîabart et Clervaux , tous les deux hommes de eoulciur , avaient été ses premiers compagnons d'armes. D'après le dire de nos vieillards , Gabârt était brave comme jamais homme ne Ip fut. Par sa mort })essalines perdit un de ses bras; Gabart s'était identifié à ses moeurs, à son caractère, à son système; son existence était qn reflet de celle de l'empereur; c'était, pour ainsi dire , la mftme âme animant deux corps. Ses restes furent déposés dans l'église de St. Marc, et son pœur transporté à Marchand, fut enterré au fort Culbutez. Dessalines fit graver sur sa tombe Tinscription suivante : «Ci«git Louis Gabart, géné<
< rai de division, conseiller d'état, commandant en chef la V^ division € de l'Ouest, chef lieu de l'empire d'Haïti, né le 28 Octobre 1776,
< dans la paroisse de St. Martin du Dondon, département du Nord, « décédé à St. Marc, département de l'Ouest, le 30 Octobre 1805, f 3e année de l'Indépendance d'Haïti, et la première du règne glof rieux de Jacques L*'
« Tant qu'il vécut il consacra ses momens à la liberlé de son pays, et mérita le titre d'ami de son souverain. »
« Soldat, situ aimes la gloire, repose un instant tes regarda « sur sa tombe, et plains celui qui fut .un héros avant d'avoir atteint « Tâge ^ù les grands hommes se font même doviner. » Gabàrt était âgé dé vingt neuf ans.
Madame Marie Elisabeth, mère de S. M. l'impératrice, mourut à !'Arlibonîte, à l'âge de 50 ans, le 2 Novembre 1805. Ses funérailles eurenl lieu à Dessalinesville , le lendemain, avec la plus grande solennité.
Le général de division Pétion avait, dans son état major , un jeune? officier instruit, d'une haute taille, bien fait, élégant, ayant une noble figure , qu'il affectionnait beaucoup. C'était le capitaine Chancy , âgé de 23 ans, dont nous venons de parler, neveu de Toussaint Louverlure, celui que nous avons vu figurer dans les rangs subalternes, à l'arrivée de l'armée française. Dès 1802 , la princesse Célimène aimait avec paatsîon le capitaine Chancy. Celui-ci , qui répondait à son amour , l'appelait sa liancée à la cour de Toussaint Louverture, et disait souvent à Dessalines qu'il deviendrait un jour son gendre. Dessairncs était alors très flatté des attentions que portail à sa fille le neveu du gouvernenr. Mais depuis qu'il était devenu empereur, il s'était prononce contre ce mariage, en déclarant que son sang ne se môlerail jamais avec celui de Toussaint Louverture. Chancy avait l'habitude de se rendre à Marchand toutes les fois que le général Potion y expédiait des dépèches. Ses voyages, du Port-au-Prince à la capitale, devinrent plus fréquents ; il renoua clandestinement ses liaisons avec la fille de l'empereur et les rendit si étroites que le bruit circula que la princesse était devenue enceinte. Ce bruit parcourut la province de l'Artibonite, et parvint aux oreilles de Dessalines qui, après avoir traversé l'Ouest et le Sud, était revenue Marchand. M se sentit ou^ tragé; il n'eut jamais pensé qu'un de ses sujets eut méprisé la mort 0U point de porter le déshonneur dans sa famille. Il se renferma dans son palais , tellement exaspéré que la plupart de ses amis les plus iiViimes n'osèrent l'approcher. Il formait mille projets de vengeance; tantôt il voulait faire périr sa fille, tantôt il voulait mander à Marchand le capitaine Chancy , et le livrer, sous ses yeux, au dernier supplice. P.endant qu'il était en proie à ces cruelles et douloureuses pensées. Mentor auquel n'échappa jamais l'occasion de le porter au mal, pour le perdre, s'approcha de lui et lui dit : «Sire, je ressens toute votre douleur! Cet affront ne peut être lavé que dans le sang; un mulâtre seul pouvait concevoir l'affreuse idée de jeter le déshonneur dans la famille de yotre Majesté. Jamais un de vos sujets noirs n'eût covumis un tel crime!» Dessalines fit entendre un profond soupir; le mot de mulâtre sortit de sa bouche, avec aigreur, pour la ^reo^ière fois , depuis la pr^clamatiOa de l'indépendance. Sagesl >
250 msTOiREf d'haiti.— (180^
citoyen Ténéré dans le quartier de TArtibonite, qni lui avait sauTé la TJe « à Tépoque des français, se rendit au palais» et s'efforça de le calmer: Sire, nous partageons tous vos douleurs; mais l'offense que Votre Majesté a reçue n'est pas irréparable. Dessalines se leva et voulut le chasser de sa présence. Pardon, sire, continua Sagest, non elle n'est pas irréparable ! La souveraineté que vous exercez vous permet ce que ne pourraient faire la plupart des pères de Tamille dans une pareille circonstance : donnez la main de la princesse^ au capitaine Ghancy. — Il ne l'épousera pas, s'écria Dessalines plein de fureur. Peu de jours après, il envoya en mission, au Port-au-Prince, le colonel Daran, de son état-major, avec ^une compagnie de dragons, commandée par Prophète.
Daran et Prophète laissèrent les dragons à la Source Matelas, dis-^ tante de sept lieues du Port au Prince et entrèrent seuls en celte ville. Germain Frère manda aussitôt le capitaine Ghancy au bureau de Tarrondissement. Il annonça au jeune oflicier qu'il serait envoyé à Marchand auprès de S. M.; mais qu'en^attendant -son départ, il serait emprisonné. Daran et Prophète le conduisirent à la geôle el le firent mettre au cachot. Dès que le général Pétion apprit qu'il avait été incarcéré, il lui envoya ses propres pistolets de poche dans une botte & manger, et lui fit dire que , l'empereur persistant à ne pas lui accorder la main de sa fille, il ne lui restait plus qu'à se donner la morX. Dans la nuit qui suivit , des dragons qui étaient de service à la geôle, accoururent au cachot du prisonnier , au bruit d'une détonnation. Ghancy s'était ôté la vie d'un coup de pistolet. Pétion, après en avoir averti Germain Frère, fit transporter le cadavre près de sa demeure, dans une maison rue américaine, pour lui rendre les honneurs funèbres. Le corps demeura exposé , pendant toute la nuit. Dos dames el beaucoup de jeunes filles firent des prières et chantèrent des cantiques jusqu'au jour. Des malintentionnés firent circuler le bruit qu on vou* lait massacrer les hommes de couleur. De jeunes militaires qui aimaient Pétion, en grand nombre, noirs et jaunes, qui savaisnt que les jours de ce général, seuls, pouvaient être exposés, se réunirent chez lui , et y demeurèrent jusqu'à ce qu'on eût donné la sépulture à Ghancy. En séduisant la fille de l'empereur , cet infortuné jeune homme s'était précipité, de son propre mouvement, au devant de la mort. Dès lors Dessalines commença i se montrer sourdement hostile à Pétion, quoiqu'il eût enfin compris le refus qu'avait fait ce général de la main de sa fille; d'une autre part, il s'établit entre lui et Mentor une si grande intimité que celui-ci partagea son lit. On a beaucoup^ accusé Dessalines d'avoir conçu le projet d'égor- ^ ger la population de couleur. Gelte accusation n'est fondée sur aucun fait ; elle est en outre vietorieusement combattue « par tous les actes de sa nie. Dessalines , en 1805 et en i806 ,
HISTOIRE d'haiti.— (1803) 25f
devait être convaincu de Timpossibilité de la réalisation d'un tel projet. Les hommes de couleur qui commandaient des arrondisse* mens , des divisions militaires , et de nombreux régimens , exerçaient sur les troupes et les cultivateurs une influence incontestable qu'ils s'étaient acquise pendant la guerre contre les français; ils étaient assez puissans pour contrarier tout ce qui pouvait être lente contre eux. Dessalines n'eût pu réussir A accomplir leur destruction , s il en avait conçu l'idée. Dans le Sud et dans l'Ouest , Geffrard , Férou , Gérin et Pétion étaient aimés et respectés du peuple; presque loulrs les administrations étaient dirigées par des hommes de couleur ; Vernet était aux finances et à l'intérieur , Gérin à la guerre et à la marine ; Boisrond Tonnère , Chanlatte , Chareron , Uazcl.ûs , Dupuj , Charlolin , les principaux ortieiers de son état major , étaient hommes de couleur, et un septième de la plupart des corps éiait composé de mulâtres qui vivaient fraternellement avec les noirs à Qôié desquels ils n'avaient cessé de combattre les blancs. Dessalines savait que les hommes de couleur du Sud, soutenus des masses noires de ce département , en 1790 et 4800 , eussent vaincu Toussaint, s'ils avaient eu à leur tète un chef plus habile que' le général Rigaud. Ce qui surtout ne pouvait permettre de rôver à ces immolations infructueuses, c'était la crainte alors grave d'une nouvelle invasion française. Dessalines sentait profondément que la patrie a\ait besoin des bras de tous sesenfans. D'une autre part, le général Ferrand avait poussé ses avant-postes presque jusqu au Mirebalais, vers le Sud , et jusqu'aux environs de Ouanaminthe, dans le Nord , et faisait fréquemment des excursions sur les terres de l'empire. Il n'attendait que de nouvelles forces pour entreprendre la conquête de l'ancienne partie française, et si la guerre civile avait éclaté parmi les haïtiens, il les eût attaques résolument et eût obtenu des succès. * Dessalines se défiant d'un grand nombre d'of^ fioiers, noirs et couleur, qui contrariaient, de tout leur pouvoir, le système alors établi par lequel il n'y avait qu'un chef absolu et des troupeaux de sujets embrigadés et aveuglement obéissans, s'efforçait de se défaire d'eux , sans cependant songer à entreprendre l'extermination de toute une caste. Les généraux qui , de leur cdté, travaillaient à la ruine de l'empereur, pour rallier , a leur parti, les hommes éclairés et humains noirs et jaunes, faisaient propager que Dessalines voulaient massacrer les mulâtres. Celui-ci ne comprenant pas qu'à toutes les paroles qui sortent de la bouche d'un Chef dEtat, le vulgaire attache une haute importance, semblait confirmer ce qui se disait par des propos contre tel ou tel mulAtre. Dessalines avait, au contraire, toujours exercé de l'humanité ^à l'égard de
* Ferrand se disposait à nous attaquer en 1808, prndant la guerre civile rn4re Christophe et Pétion , quani les indigèncs-espagLols se soulevèrent cooire lu FrajKe.
253 HISTOIRE p*nAlTi,~(1805)
Hiomme jaune; soas Toussaint il le favorisa autant qu'il fut en sod pouvoir. Les désordres aflreux «i insupporiabies introduits dans Tadministralion générale , par son peu de capacité comme Chef d*Ëtat, la cupidité insatiable de ses agens, et non la crainte du massacre des hemmes de couleur , ont fait naître Tinsurrection qui Ta abattu.
Dans différents quartiers de l'Ile , particulièrement dans le Sud , ceux qui voulaient hâter la chute de l'empereur inquiétaient les populsions par toutes sortes d'alarmes. Les autorités du Sud^ qui, en général , étaient hostiles à Dessalines, les entretenaient en leur donnant, à dessein , trop d'importance. Geffrard , Firou , et la plupart des autres anciens lieulenaitH de Rigaud , nourrissaient contre DetfSalines une animosilé implacable qui datait de la guerre civile. Tantôt des femmes prétendaient avoir entendu de gens , qu'elles ne connaissaient jamaiSy que les noirs dussent massacrer les jaunes; tantôt de» étrangers même qui avaient intérêt au bouleversement du pa^s répandaient ces bruits. Le colonel de la 18e. demi-brigade de ié* témie, Bazile Dukcroite, qui avait la réputation, dans la Grand'Anse, d'être tout dévoué à Dessalines, était l'objet de la haine, de la malveillance et des persécutions de ceux qui mettaient tout en œuvre pour culbuter Tenipereur. La lettre suivante fait connaître les mojiens que, dès le mois de Juin 1805, on employait pour agiter le pays.
Jérémie 22 Juin 1805.
Le chef de brigade BaziU , commandant la 18* à S. M. J. JACQUES 1.*^
< Je ne puis taire plus longtemps à votre majesté tes propos destructeurs qu'on se piait à répandre pour ternir mon honneur et me perdre , surtout , depuis mon retour du Nord.
< Le général Férou, étant malade et voulant aller prendre les eaux, me confia le commandement de l'arrondissement de la Grand'Anse, en son absence; et j'ai mis le plus grand soin à maintenir l'ordre et la tranquillité publique. Dernièrement , à l'arrivée du général GeiTrard, mon 1er bataillon reçut l'ordre, de même que moi, d'aller prendre garnison à Tiburon. J'avais déjà donné connaissance au général Férou que, me trouvant malade, j'étais dans la nécessité d'aller changer d'air à la campagne , ce qu'il avait approuvé. Quelques jours après le départ du général GcfTrard, étant sur mon habitation pour changer d'air , de faux bruits coururent dans la ville que je devais y entrer pendant la nuit, à la tête de trois colonnes, pour égorger tous les hommes de couleur. Le bruit courait qu'ils avaient été égorgés dans le Nord, et que j'avais mission de porter le même coup ici. Le citoyen Groquignole qui répandait ce bruit ^ répondit à la
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tœur èe Tadmiaistrateur Cas qui le Bollicitait d*en parler à son frère, qu'il ne pouvait Ten prévenir parce qu'il serait mal vu de sa couleur. J'ai été provenu de ce que je viens de vous dire par un officier de couleur de ma demi brigade, lequel apercevant ce mouvement, se rendit, pendant la nuit , auprès de moi , pour me prévenir que les hommes de couleur en ville , étant très inquiets, s'étaient réunis armés dans une maison. Le lendemain je me rendis f^n ville auprès du commandant de la place, lui demandai des nouvelles; il me répondit qu'il n'y avait rien d'extraordinaire. Je lui ai demandé alors quel sujet avait porté les homraes de couleur à se réunir et à passer la nuit en armes. Il tpe répondit qu'il ne savait rien de tout cela. Alors jo me rendis chez l'administrateur Gas où je trouvai le commandant Thomas Durocher qui me demanda ce que je faisais sur ma ferme. Je lui répondis : vous ne devez pas ignorer que c'est pour cause de maladie. «Eh bien 1 roc répondit-il, je vous engage à rentrer en ville, car de mauvais bruits se répandent sur votre compte. » Je me suis empressé d'en avertir le général Férou qui était en tournée afin qu'il revint en ville pour rétablir la tranquillité. Le lendemain le citoyen Laforest, nouvellement arrivé d'Europe, est venu m'avouer que, depuis trois jours , les hommes de couleur avaient été dans les plus vives alarmes, i cause de ce que Ton m'tvait attribué, et dont on voyait fclors le contraire. Vous verrez que ces bruits, dont (|uelque9 négociants, les employés d'administration et le chef de bataillon Nicolas Régnier avaient connaissance, tandis que les autres chefs de bniaillon et officiers du corps n'en savaient rien, n'étaient que des culom nies contre moi pour me perdre dans voire esprit et dans celui des autres chefs. Aussi je demande à Voire Majeslé la grâce do me retirer du Sud où je s&rai victime et de m'appeler dans le Nord. Je oe puis pas non plus vous taire que le ciloyen Bergerac Trichet, ti devant administrateur principal de cette commune, venant des Cayes, a rapporté au général Férou que le général Magloire et l'administrateur de Jacmcl ne pouvant rendre leurs comptes, ont mis le feu a l'adniinislraiiou , et que l'adjudant général Papallier lui avait dit que, s'il lui fallait rendre ses comptes, il en ferait de même aux Cayes, et qu'il se réfugierait à Jérémie pour faire résistance, et qu'il av^it demandé à lui Bergerac quel était l'homme qui pourrait le plus lui nuire dans SCS projets à Jérémie, et qu'il lui avait répondu que c'était le colonel Bazile, et que tout de suite ladjudantgénéral Papallier avait dit qu'il serait facile de s'en déjaire en lui faisant sauter la tète. Le général Férou a répondu qu'il saurait empêcher les intrigans d'entrer dans son arrondissement pour troubler l'ordre, et en rendrait ^compte à son supérieur. Il m'a tput de suite fait ap« peler pour me raconter tout cela, en me disant que si on lui demande de ses officiers supérieurs aux Cayes^ il ne les enverra point^ et vous &ia connaître son metiL
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t Je serai toujours avec fidclUé et le plus profond respect , jusqu*à la mort.f
On voit pnr celle lettre alors toute confidentielle combi<«ti Dessalines songeait peu à un massacre dMiommes de couleur; car ce qui tourmente le plus Bozile faussement accusé de vouloir commettre ce crime , c'est la crainte d'êlre perda dans Tesprit de Tempereur et des gens de bien.
Le directeur des domaines de TOuest , B. Inginac était arrivé à Jacmel , accompagné de deux de ses eroploj'és Flon et Toulmé. Il avait pour instructions de vérifier les aomptas de Tadmiaistration et les mises en possession des biens qui avaient appartenu aux colons sacrifiés ou proscrits. Après un examen sévère , il trouva les deux tiers des mis«s en possession tout à fait irriguliers ; il en fit aussitôt son rapport à Dessalinet. Il s'adjoignit une commission de vérification qu'il composa du général Magloire Ambroise, de Tadjudant générai Lacroix, du chef de bataillon Gabriel Raimond. Il vérifia fa caisse du citoyen Fabre, trésorier partieulier , vieillard générale* ment estimé à Jacmel. Fabrc avait prêté Targent de b caisse publique à plusieurs négocians qui trafiquaient avec St. Thomas. Inginac, voulant le tirer du plus grand embarras , prolongea , à dessein , son opération, pendant plusieurs jours, afin de lui procurer le temps de réunir assez de fonds pour combler le déficit. Il vérifia ensuite los comptes de toutes les administrations.' Les autorités de Jacmel dénoncèrent'à Dessalines, qu'au lieu de sévir contre les dilapidateurs, le directeur des domaines les favorisait. L'empereur croyant Inginac incapable de trahir son devoir n'ajouta pas Toi à ce rapport.
Apprenant que plusieurs maisons de commerce frustrait à TEtat la plupart de ses droits d importation et d'exportation, Inginac se transporta à la douane, plaça des garnisaires à bord des navires déjà ohaigés el se fit remettre un état fidèle des denrées qui avaient été embarquées. Sur sa demande , on lui coniia les livres de la douane et particulièrement ceux de pesage. Le chiiTre des produits embarqués fut trouvé beaucoup plus élevé que ci^lui porté sur les registres de la douane. Inginac fit confisquer au profil de lEiat la différence qui existait entre les deux chiffres. Il y avait en rade, entre autres navires, un trois mâts le Ch$sap^ck^ et deux bricks YOrion^ et le Déeatur , à la consignation d'un négociant, Thomas Thuat , anglais européen, établi à Jacmel depuis trente ans, homme obscur, devenu riche par la contrebande depuis 1804, et considéré comme ha'ûien. En chargeant ces trois bâtimens , Thomas Thuat avait enlevé à l'Etat une somme de 24,000 piastres. Inginac établit saisie sur Jes'navi ros it ne les laissa appareiller qu'après que Thomas Thuat eut payé les 24,000 de droit qu'il avait frustrées, et une somme pareille à titre d'ameode. Tbuat versa au trésor public ^S^OQO piastres^ £a mom«
temps le feu prit au magasin de l'Etat et le coosuma. Il fut dit, à répoque, que les administrateurs avaient porté sur leurs livres, comme existant en magasin , des denrées dont ils avaient disposé, et qu'ils avaient eux-mêmes incendié le magasin de TElat pour ne pas rendre leurs comptes.
Dans la plupart des ports ouverts au grand commerce, les négoeians étrangers, en corrompant les agens de douane, Faisaient débarquer, par contrebande, la plus grande partie des marchandises C[U ils importaient. Ils exportaient les denrées par le même moyen. Us faisaient de rapides fortunes, et suscitaient toutes sortes d'embarras à ceux des agens du gouvernement qui refusaient de transiger avec eux. Ces derniers étaient sans cesse on lutte avec la corruption que les étrangers répandaient de toutes parts, et succombaient quelquefois sous leurs attaques réitérées par de fausses dénonciations.
Le système par lequel les navires, qui arrivaient dans nos ports , étaient consignés par ordre de numéros , produisait dans le com« merce le plus violent mécontentement. Les négoeians que cesys^ lèmc contrariait s'en plaignaient amèrement et communiquaient au peuple leurs dispositions hostiles. L'obligation de charger les navires en trois espèces de denrées , eafé , sucre et coton , nuisait aussi aux opérations commerciales. Pour l'expédition des navires qui ne pouvaient appareiller que chargés de ces trois espèces de denrées, Tad* ministralion éprouvait les plus grandes difficultés. Au Port-au-Prince, Tadministraleur principal Ogé était assailli de réclamations auxqueU les il n'osait faire droit quoiqu'elles fussent souvent fondées; il eu perdait la raison; il craignait Dessalines, disait il , comme le tonnerre. Le général Pétibn se prononçait hautement contre ces sortes démesures qui ne pouvaient que ruiner le commerce.* Le navire le Turnboule, capitaine Webster, occasionna un grand scandale avant de quitter le port. N'ayant besoin que d'un chargement de café , et contraint d'embarquer du suere et du coton , il vendit sur le Avarf, à raison de deux gourdes, le sucre qu'il avait acheté quatre gourdes, et se délit de la plus grande partie de son coton en le jetant à la mer.
Du Port-au-Prince on adressait des pétitions à Tempereur et on lui demandait avec instances l'abrogation des décrets qui régissaient lé commerce. En les recevant Dessalines entrait en fureur et disait qu'il avait des baïonnettes et qu'il saurait faire exéauter ses arrêtés, qu'il lancerait ses grenadiers sur ceux qui ne s'y soumettraient pas. Bazelais et Charlolin lui exposaient en vain qu'il était injustede contraindre le commerce à acheter ce dont il n'avait pas besoin. Au . milieu de. ses plaintes et ses emportemens il disait que la corruption atteignait même la classe des laboureurs. Alors quelques employés ciui n'appartenaient pas à son entourage l'exhortèrent à donner des «oins à l'Mucatioa morale al religieuse du peupUy afin qu'il ncpiXt
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• être séduit par le langage des mauvais citoyens. Il leur répondit qu'ils élaîent dans Terreur ; que les indigènes ne pouvaient être bien dirigés que par la crainte des chAlimens, et de la mort surtout; qu'il ne (es conduirait que par ces moyens, et que sa morale était la baïonnette. Jusle Chanlatte , Boisrond Tonnère et Cangé applau* dirent à son langsge.
Le cœur et l'esprit des masses n'étaient pas cultivés; on n'employait à leur égard que la force; au lieu d'administrer, au lieu de porter le peuple au travail par l'éducation religieuse qui lui Tait comprendre ses devoirs , on mettait en pratique la contrainte^ Presque tous les généraux, dans leurs lettres à l'empereur, lui demandaient TempUi des moyens les plus rigoureux. C'était un reste du système ' de la servitude , alers que le blanc confondait Tesclave avec le bétail. Christophe et Pélion découvraient ce qu'il y avait de vicieuK dans cet ordre de choses; plus tard le premier, tout en contraignant violemment, il est vrai, le peuple au travail, instituera des académies; le second, morcellera les terres de TEtat , conquises sur les colons, les concédera au peuple, foadera un lycée et de nombreuses écolos nationales.
Mentor qui avait fini par éprouver ce qu'il y avait de chimérique dans ses projets ambitieux , s'était rallié au parti du général Christophe en lequel il reconnaissait un grand avenir. Quand il entendait Dessalines se prononcer contre l'éducation du peuple , il disait à l'écart à ceux qui parlaient d'améliorations morales et intellectuelles': ne voyez vous pas que Dessalines est un barbare, un tyran abominable? Il est loit\ de penser comme le général Christophe qui , à sa place, Qdi apprécié vos observations et vous en aurait su gré.
En ordonnant de fermer, dans l'empire, les loges de francs-maçons, Dessalincs souleva contre lui l'indignation d'un grand nombre d'hommes de quelcjud instruction. Cependant les maçons se réunissaient secrètement et se livraient^ leurs travaux. Parmi ceux du Port au Prince , on distinguait des hommes qui presque tous ont joué plus tard, en Haïti , des râles supérieurs : les citoyens Auguste Nau , B. Inginac, Sabourin, Noël Piron , Dieudonné , Almanzor, Antoine Gérin, Monnier, Perdriel, Fresnel , Jean Pierre Boyer , Jean Thézan, J.° F.' Lespinasse. Ils se réunissaient habituellement, en passant par des portes dérobées, dans une maison en face du Ré« scrvoir, près de la Terrasse. Pour n'être pas dénoncés à Dessalines, ils avaient soin d inviter à leurs banquets .quelques profanes influens, le colonel Germain Frère, commandant de l'arrondissement , le chef .de bataillon Bédouet, commandant de la place, un aide de"- camp de Pétioi^, nommé Dormans, le colonel Desirade , le lieutenant-colonel Apollon, Moreau négociant. Quant au général Pétion qui ne voulut jacnais se (aire initier au secret des signes maçonniques , puremeni <soiiventioniiels , il n'ignorait pas leurs réunions et les tolérait con^
aiiT«iRB b!hâiti.~(180I) KT
trairement aux instructions qu'il avait reçues. Dessalines avai^ en blirreur la franc-maçonnerie ; il ne Youldit pas conrprendre ce qu'il y a de sublime dans cette institution dont le but est de rendre les hom-^ mes toeilleur^ en établissant parmi eux la plus étroite fraternité. Il confondait les maçons avec les Ytudoux, (ou sorciers de nos campagnes) qu'il faisait fusiller quand on les arrftait.. Après son entrée au Port au-Prince, en i803, à la tète de Tarmée indigène, ayant appris qu'il y avait une loge où se n^nnissaient des francs maçons, il avait aussitôt ordonné au chef de. bataillon Bédouet d'aller briser leur tempU, & la tète d'une compagnie de grenadiers. Ce qui avait été se* ^ércment eiécuté. Il s'imaginait que les francs maçons ne sa réu- Bissaient que pour conspirer contre lui. Leur société , parce qu*alle était mystérieuse I lui inspirait toutes sortes de déûances.