‹ Histoire d'HaitiChapitre 5 sur 43 · LIVRE QUAAJINTB-UNIÊME · texte numérisé non relu

LIVRE QUAAJINTB-UNIÊME

iUM.

Sonmiirt. Péiîon tombe dans uns diigràee tecrite. — Amutemena au Port an- Prince. — Barbacos. — Fétion insulté par Germain Frère — Pétion croit son exia» leDoe menacée. Mort de Thomas iVlaric Jeanne — Fêle de l'indépendance du ier Janvier 1806. — Causas de la chute do D«ssalines. — Deisalinesau Cap. — ReceptioQ qu'il fait à Pécola Laborie. Mots de Christophe à celle oceasion. — Leure de Pétioa à Jacob Lawis. — Affdirede Bédouet.et de Michel Tendant. — Poutu et Laurora Gabart. Vaval nommé général de brigade et commandant de Nippes. — Mort de Jean Louis François. — Le général Geffrard commande 1rs troupes à ses funéraillea. Révolte de Germain Pico. — Décret de l'empereur sur la navigation. — La célèbre Miranda aborde à Jacmel. — De&salines lui fournit des ani;es et des munitions. — Décret concernant les guildives — ÎVlort de Noblet. — La révolte contre Dessalinea

. est sur le point d'éclater quand la mort surprend Gi ifrard. — Biographie de Geffrard — Dessalinea apprend au Port-au-Prince la mort da Geffrard. — Il fait célébrer un service fimèbro. — Il se rend à Jacmel ; assassinat de Thonjas Thuat. — Il se rend dans !e Sud et fuit brûler les bois de campéche sur son passage. — Il arrive à Jérémie ; disgràoe de Pérou. — Il se rmd aux Cayps, •a passant par Tiburort. — Désordre dans l'adniliist ration — Les papiers particuliers de Geffrard sont saisis. — Dupuy est chargé de leur examen. — Dessalines humilie, ceux qui ont été attachés à Bcffrard. — Il mande aux tayes Inginac et la charge da vérifier las comptes de Padmimstration et ks litres de propriété.-» Ses leUres à Inginac — Il fait détruire les guildives. — Inginac ouvre son bureau de vériffcatian. — Disgrâce de Boisrond Canal. — Opinion de Mentor sur la distrl- H>ution dej terras. — Conversation de Des^a invs avec plusieurs de sfs généraux. —Décret coneernaat las t«3tanefi6. — Morcau nommé commacdoxit de la Ir«. di-

■ifTorRi »*iCAiTi.*^(l505) t59

YÎfion militaire du Sud. — La férificalian den titrei de propriétés continue. — Dépensée de Melle. E. Dagiiillf. — Leures de Drssalin^fi à Irîjrinac — Ingintc détruit la correspondance de Gefirard avec Chiistophc. — DiS5a!ines part des Caycs, »rri?e au Port a^i Prince.— Affaire de Lyi. — Tous les jeunes gens du Porluu- Prince sont enrôlés dans ia 12e.

Le général Pétion était tombé dans une dUgrâce réelle » quoique BOD avouée de l'Empereur , depuis les déplorables circonstances qui avaient amené la mort du capitaine Chancj. Cependant Dessalines avait une si grande confiance en sa loyauté qu'il le jugeait incapable d*entrer dans une conspiration fconlre lui. La vie pleine de simplicité que menait Pétion, «on horreur du, faste et des pompes cérémonieuses, avaient fait naître celte confiance en Dessaiines , qui voyait ses autres généraux démontrer la plus grande ostentation. Lie général Capoix , au lieu de douze guides que lui accordaient les or« donnances , en avait un escadron brillamment vêtu.

Le colonel Germain Frère, faisant ce qu'il croyait qui pût flat- 1er les passions bonnes ou mauvaises de TEmpereur, menait tout en œuvre pour contrarier le général P.élion , lui susciter des em» barras et même le compromettre. Néanmoins la ville du Porl-au« Prince était toujours très-animée ; ses habilans s'adonnaient aux plaisirs de tous genres; comme on s'attendait, à chaque instant, à l'arrivée d'une nouvelle expédition française, et que l'on était déterminé à faire le sacrifice de ce que l'on possédait sur le iiltoral, pour se réfugier dans les montagnes, on .^issipait en folles dépen* ses ce que l'on gagnait. Il y avait presque chaque soir des concerts et des représentations théàliales. On jouait des mélodrames ^ue composaient de jeunes haïtiens , sur les principaux épisodes de notre guerre nationale. De nombreuses salves d'applaudissemens retentissaient dans la salle quand les acteurs disaient les triomphes des armes indigènes. Le colonel Germain Frère assistait le plu$ souvent à ces représentations , h tèle chargée d'un bonnet à poil sur lequel il était écrit en lettres rouges: Hàîii , tombeau dis Français. Les barbacos on parties de plaisir, i la campagne, avaient lieu fréquemment dans les enviroiîs du Port au Prince. Les diflérens cercles qui formaient la société de cette ville, s'y rendaient en cavalcades ou en voitures. Les dames coliVées de véritables madras de Tlnde, revêtues de robes de soie, de pierreries et de riches colliers, se montraient infatigables à la danse. L'or et l'argent étaient apportés avec abondance sur des tables dressées dans de belles allées de manguiers , et les oHicicrs supérieurs jouaient des sommes eon«> tidérables. Les jeunes gens de l'époque portaient de larges habits, des pantalons de nankin très-amples ,» de longs jabots , et des chapeaux à larges bords. Us avaient des bottes à la hussarde garnies de

160 ,KIIT»I&1 »*lflITI.— (i8oa)

petits poignftrdf , «tj dt nombreuses breloques à leurs chaînes de montre.

À un barbtco donné sur les bords de la Grande-Rivière du CuTdeSac, par le colonel Germain Frère» les dames et lescavaliers.se livrèrent aux plaisirs lee plus licencieux. Le général Pétioa qui y avait été invité , se tenait isolé de la foule , assis sous un arbre, auprès de sa compagne, Mademoiselle Joute Lachenais. — Quoi, s'é* cria Germain Frère , armé d'une bouteille de vin rouge ; d'où vient que le général Pétion refuse de prendre part à nos plaisirs?' et,. «ans resped pour le divisionnaire, son supérieur , il s'approcha de «a compagne, et répandit sur* sa robe la liqueur que contenait là bouteille. Pétron p&lit d'indignation , contint sa fureur , monta ausaiiôt en voiture et rentra au Port au Prince. De ce moment il rompit ses relations avec Germain Frère , et ne communiqua avec lui que pour le service public. Il fut contraint néanmoins de dévorer cet affront , car Germain , quoique sous ses ordres , était plus puissant que lui aupi^ès de l'Empereur. Mais quand les troupes prendront les armes contre Dessalines , Pétion , dominant le mouvement insurrectionnel par l'ascendant de ses talens et de son courage, se trouvera sans influence pour sauver Germain Frère.

Il avait pour médecin un blanc français, nommé Pujol, qu'il' avait sauvé du massacre, en 1804. Le bruit se répandit que ce médecin avait reçu Tordre de l'empoisonner. ^ Pétion l'exhorta à fuir le pays', en lui disant qu'on le rendrait responsable de ce bruit ^ et l'en pu« nirait en le faisant périr tôt ou tard. Pujol qui l'aimait ne voulut pas se séparer de lui, el^ refusa de s'embarquer. Mais il fut ensuite mandé i Marchand et contraint de s'y établir.

Pélion s'aperçut que ses moindres démarches étaient surveillées par les agens secrets de Gernain Frère : il paraissait redouter d être victime d'un guet-à-pens. Germain Frère n'envoyait, peur monter It ^arde au bureau de la division militaire, que des soldats disposés à exécuter tous les ordres qu'il eût pu leur donner. Négligeant entièrement les affaires publiques, sous Finfluence d'un profond dégoût, ne faisant aucun eiTort pour neutraliser les excès auxquels se livrait Cermain , Pélion, qui aimait la marine, passait ses journées â faire construire , sous ses yeux , une belle goélette qu'il appela plus tard Ylniien. Souvent il allait passer la nuit à berd d'un petit b&timent qui était toujours mouillé en face de sa maison bâtie sur le rivage de la mer. Se tenant sans cesse sur ses gardes , et ne pouvant con* tenir l'élan que Germain Frère donnait à ses passions, il vofait e*amonceler sur la tète de ce dernier les orages qui devaient le foudroyer.

Ce fut vers cette époque que Thomas Marie-Jeanne t cet ancien eolonel de la 11.* demi^brigade, qui avait été emprisonné en i803 , pour avoir pillé quelques maisons de la rue des Fronts-Ferts , Ion

aiITÔlRI D^HAITI.— (1805) 161

de rentrée de l'armée indigène au Port-au-Priace, tenta inutilenoeni de s'évader. Gernr)ain F>ère le fit conduire vers l'habiiatioi Jonc , dans la plaine du Cul-de Sac , où il fut exécuté. On annonça i Dessalines que Thomas Marie-Jeanne avait formé le projet de soulever Itt cuilivatcurs de la montagne du Grand-Fond.

Peu de jours après ,* deux indigéMes- espagnols , devenus soldats de la V2e. demi-brigade, qui étaient sortis du Portau-IVince, pour aller travailler à la campagne , furent fusillés. Les troupes avaient en %ain foit entendre le cri de grâce. Ces espagnols étaient d'anciens pritoDTiiers, o/)nduiis par aos soldats, en iS05 , de la partie de l'Est , dans l'ancienne partie française. On les avait accuses d'avoir cherché à gagner Sanlo Domingo.

Dans les derniers jours de Décembre 1805 , la plupart des généraux àk l'empire et de nombreux colonels et chefs de bataillon s'étaient réunis à Marchand pour assister à la fè(e de Tlndépendànce du 1*' Janvier iSOG. Le soleil du premier Janvier brilla de tout son éclat. Le troisième anniversaire de l'Indépendance fut célébré avec pompe. Le peuple et l'armée jurèrent avec enthousiasme et •t orgueil de vivre libres et indépendans. Les haines politiques qui divisaient les citoyens furent un moment oubliées en présence de ce sèment solenael , car il formulait Tborreur de toute domination étrangère dont étaient animés tous les cœurs.

Les généraux parliienl de Marchand et se rendirent dans leurs commandemens respectifs, rêvant la plupart aux moyens d'abattre Des* salines. Le méconlenlenient élait devenu tel qu'une révolte sur un point quelconque de rem{)ire devait produire un embrasement général. Ce inéeonlenlement provenait non pas de rétablissement de Tempire» jiiais de la violation des droits des citoyens , droits conracrés dans la constiUilion, du mépris de leur vie et de leurs propriétés dont on disposait arbitrairement, des actes de brutalité auxquels se livraient impunément un grand nombre des lieutenants de l'empereur, des violences exercées sur des femmes respectables, de la conviction fortement éprouvée qu'on était livré totalement à la discrétion du chef du gouvernement el de son entourage. \oilÀ c/s qui poussait i la révolte les hommes de lumières ayant le sentiment de la métaphy- •ique de la liberté. Le peuple des villes et des campagnes, les troupes eussent peut Itre soutenu Dessalines dont la grande gloire militaire les avait enthousiasmés , s'il n'y avait pas eu uae désorganisation générale dans Tadministration. Les cultivateurs subissaient la travail forcé, et il arrivait quelquefois que le quart leur revenant ians les produits ne leur était pas distribué. Les officiers supérieurs influents empêchaient leurs plaintes de parvenir à l'empereur. La* aoldat, de son côté, n'était ni payé, ni habillé, at très irrégulièrement rationné; cependant il était caserne, soumis sévèrement au code pénal militaire i et n'ayant guère la faculté de se livrer à une industrie

•6t ailTOIltl b^HAlTl.-— (lèOi)

pour subvenir i ion entretien. Le peuple, quand il n'est pas lournienté par ces persécutions qui l'atteignent même dans sa vie privée, %i qu'il est l'objet de la sollicitude d'un gouvernement prévoyant sans cesse ses premiers besoins , accepte souvent le despotisme. Mais le joug qu'il portait déjà avec impatience, sous Dessalines, n'était point allégé par une administration intelligente et paterniille. Dessalines, bon capitaine, pendant la guerre, éblouissant les popula* tions par ses victoires, n'avait pas, au sein de la paix, assez de capacités administratives pour les contenter tout en les despotisant. D'une autre part , les orficiers de l'armée du Sud, qui avaient lutté contre lui sous nigaud, et qui ne s'étaient soumis à son autorité, pendant la guerre nationale, que pour sauver la cause delà liberté, proii- Isient de toutes ses fautes pour aigrir contre lui les populations. Les instincts invincibles d'absolutisme do Dessalines, ses foi les dépenses qui ne lui permettaient pas de sévir efficacement contre les prévaricateurs et les contrebandiers , la corruption profonde de beai}coup de ses agens tant civils que militaires, le désordre introduit, à dessein, à force de séductions , dans Tadministration , par les négocia ns étrangers courant après de rapides fortunes, lambition de plusieurs de ses lieulenans qui eiploitaient contre lui tous ses écarts , avaient tfnené cet état de. cboses déplorable qui, en s'écreulant, divisa le pays en deux parts et fit naître une guerre intestine longue et cruelle. L'instruction publique eontinuait à être négligée, a un des voya-» ges de Dessaiines au Cap , les autorités civiles et militaires s'étaient transportées au palais et lui avaient rendu leurs hommages. Pendant qulil était à table, ayant debout derrière lui et le servant ,, son aiciea maître, le vieux Dessaiines, devenu son échanf.on, on lui annonça Ja vite de l'école Laborie. Il se leva et se rendit seul dans la cour du palais eii étaient rangés les élèves, refusa d entendre le discours du directeifr, et le congédia , sans politessse , en lui disant qu'en 1807 , il formerait des jeunes gens de sun établissement un régiment délite qu'il confierait au jeune prince Innocent , son (ils. M' Laborie alla ensuite saluer avec ses élèves le généralissime des armées d Haïti. Christophe lui fit un bel accueil, introduisit dans sa salle tous les élèves, les couvrit de caresses , écouta avec satisfaction iplusieurs petits discourt qu'ils lui adressèrent, et les exhorta à travailler avec ardeur pour devenir un jour d'utiles citoyens. M"^ Laborie, énu de cette réception, lui exprima combien il avait été peu satisfait de l'aceueil qui lui avait été fait par l'empereur. Christophe lui répondit que Dessalines était un barbare n'ayant nulle idée de civilisation et incapa* . ble de régénérer une nation , qu'il n'était qu'un soldat brutal , na trouvant de bonheur qu'au milieu des baïonnettes, plus propre i étouffer les lumières qu'à las propager. Le général Christophe alla , dans rsprès-midi , au palais impérial. Il y eut une grande agitation : un aide»de-camp de Tempereur avait osé dira au généralissime , que

■XiTtlftt »'HAlTT.~(lt09) IIS

t*il donnait tant de loint à Tédificâiion de la Ferrièrê » c'était pour •n fairt un rempart contre Kjautorilé da S. M. Christophe le frapp» lau milieu du palais. Dessaiines intervint ^ voulut, à ton tour , battre^ le général Chrislophe de son jonc. Ses offtcîers qui l'enloarèrent calmèrent sa fureur.

L'Empereur, vers la fin de Janvier, envoya le ministre des finances et de^r intérieur, en tournée .dans l'Ouest. Jacob Lewis, négociant améri* eain,>qui faisait des fournitures à l'Etat, éprouvait alors de grandes dif«» ficultés à l'occasion du paiemeat des munitions qu'il avait livrées^ Le mi« nistre des finances lui objectait que les cafés emmagasinés étaient des* Unes à solder des marchandises qu'avait apportées , pour le compte du gouvernemeni, un navire américain mouillé dans le port de St. Marc* Lewis répliquait qu'il avait conclu son marché avec le général Pétion agissant pour le gouvernement , longtemps avant larrivée du navire et qu'on lui devait la préférence du remboursement. Virnet qui avait rsfu l'ordre de Dessalines de ne payer aucun compte avant celui du bâtiment américain , persista dans son refus. Lewis fut obligé d'attendre; mais il fit des reproohes à Pétion , parut vouloir le ren* dre responsable d'un retard auquel cependant ce général était en* fièrement étranger.

Féiion lui adressa la lettre suivante , pleine de noblesse.

c Port-au Prince , le 20 Janyier il09* • L$ giniraï PETJON à Jacob Levoit , négociant amiriiain. '

c Je suis on ne peut plus peiné, Monsieur , des entraves que "VOUS éprouvez pour obtenir le paiement de ce qui vous est dû ici par TEtat. Si j'avsis moi même les moyens de payer cette dette , j'aurais eu , je vous le jure , la plus grande satisfaction i le faire t et si j'éprouve un regret, dans cette circonstance, c'est de n'avoir pas été mis à même par la fortune , d'effectuer , en mon particulier, la liquidation de la somme qui vous est due. Néanmoins, je irous offre. Monsieur, ce qu'il est en mon pouvoir de faire^ pour vous dé* domnager uo peu , et je vous prie instamment de ne pas refuser : cest d'accepter^ la récolle de café qui me revient 4*UQ^ habitation que J*ai dans l'arrondissement de Jacmel. Vous pourrez donc eniroyer un bAtiment en cet endroit pour recevoir cette denrée que j'ai déjà ordonné de tenir i vetre disposition.

• L'attachement que je porte i mon pays est le motif qui me détermine à yous faire cette oflre , et la haute estime que j'ai pour 10US| monsieur, y a beaueoup contribué*

€ J*ai Iboaneur de vous saluer,

5 € p|;tioj«. »

if4 KifTfimi »'maiti.— (1SM)

Cette lettre fait honneur au général Pétion, surtout à une époque de grande eorrapl|ion. L'antiquité ne nous offre pas de plus beaux exraiples de désietéi essement palriolique. Avant le retour de Vernet à l'Artibonife le colonel Gf»i main' Frère l'invita à passer une journée sur Ihabftation Santo, sucrerie de la plaine du Cul-de^Sac. Il lui fit servir, avec le 'aft*, un sucre'qui avait eu le temps d'être fabriqué, d'une heure après minuit à si\ heures du maliu. Les cannes qui Taviiient fourni n'avaif^nl été coupées qu'à une heure du matin. Tant étaient prodigieux les résultats du travail forcé auquel étaient assujettis les cultivateurs» Le mécontentement de la nation allait croissant par la désorgani* talion q^i pénétrait de plus en plus dans les administrations. I>'uo« auire part, la plupart des grands de Tempire , qui avaient en vain sollicité des tilres de distinction et des cordons, abandonnaient S. M. <(ui se privait d'un fort appui en ne voulant pas créer une aristocratie. Il n'existait entre le peuple et l'empereur aucune classe intermédiaire. Mentor lui disait souvent qu'il était tel que Pharamond, le premier de tous les guerriers , 1 élu d'un peuple d hommes libres. La. gloire de Dessalines, que les feux de la guerre pouvaient relever en la surdoraot, se ternissait au sein de la paix.' Boisrond Tonnera l'excitait sans cesse contre ses principaux lieutenans. il n'aimait ni Christophe, ni Gtlîrard, ni Pélion , et il répétait souvent que ce dernier jouait le rùle de Sixte Quint. A cette époque , Pélion, souffrant de doulcgrs rhumatismales , se montrait rarement en public. Boisrond Tonnère n'hésiuit pas ji perdre, dans l'esprit de l'empereur, n'importe quel citoyen qu'il soupçonnait de conspirer. Si les talens pouvaient absoudre de l'immoralité , il mériterait dimmorteiles eouronnes : il a puissamm'ent contribué à notre glorieuse émancipation par ses écrits étincelanls d'énergie révolutionnaire.

La rivalité qui existait entre les deux castes noire et jaune formant la nation haîlienne , se témoignait par une foule de petits faits , malgré les elïorts qu'avait déployés Dcssalines pour 1 anéantir : Tempereur arvait parfaitement compris qu'en entretenant les animosités de castes, il ruinerait la nationahté haïtienne. Il venait de faire enaprisonner le colonel Giles Bambara qui avait tenu des propos de castes, dans les mornes du Petît-Go«^ve. Giles mourut dans les cachots. Une discussion avait eu lieu , au Port au Prince, dans les galeries de l'Eglise, entre deux officiers noirs, Michel Tendant et Bastien. . Chervain , homme de couleur, ainsi que Bédouet, hemme de cou* leur , avait été présent à la scène. On prétendit qu'il eût dit à BA* dbuet: allons nous en; cela ne nous regarde pas; ne mettons pas le doigt entre l'arbre et Técorce. Miehel lendaut dénonça Bédouet, commandant de la place, d'avoir entendu ce propos et de n'avoir pas fait punir Chervain. Dessalines manda, à Marchand , Bédouet et Michel Tendant. Dès que ce dernier se présenta devant l'empereur^ il se jeta i $u pieds lui demandant justice, les larmee aux yeux»

■iiT^ifti d'iaiti -— (1IC6) 195

Itesfalines !• rck^a et ordonna de conduire Bëdouet au cachot, au Sort de La Fin du Monde. Rédouet qui n'avait point été entendu éclata énergiqucment contre Tordre de l'empereur. Il déclara que Chervain n*a\ail rinn dit, en sa présence , et que S. M. devrait asses connaître ses sentimens pour ne pas le condamner sans Ta voir écouté,

3uè depuis quelque temps elle éloignait d'elle ses vieux compagnons 'armes, ceux qui avaient été à ses côtés, dans les bois , dans les mon* tagnes, pendant les dangers de la guerre de l'indépendance, pourse placer sous l'influence de vils flatteurs qu'on ne voyait sur la scène

' que depuis l'expulsion des français. Montrant du doigt les hommes

qui étaient auprès de Dessalincs, il dit : de tous ceux qui vous entourent , je n'ai vu avec vous , pendant la guerre , que les Bazelais , les Roux , les Diaquoi , les Charlolin ; que les français vien- ^toent encore nous attaquer , ou que le peuple se soulève , vous noua trouverez toujours ii vos côtés, tandis que vos flatteurs vous abandonneront.— Oessahnet que ces paroles avaient irrité davantage le fit

jjk traîner au caohot. L'impératrice a-vait été témoin de cette scène.

- Pendant un mois que Rédouet demeura en prison , elle lui envoya-

\ chaque jour une abondanie et délicate nourriture. Elle finit par

obtenir sa grâce en disant à S. M. que les paroles qu^elle avait en* tendues étaient des vérités dont elle dût profiter. Rédouet fut renvoyé au commandement de la place du Port au Prince, et Miohel Tendant , de lieutenant , fut fait chef de bataillon dans la 12e demibrigade. Quoique Dessalines inspirât une grande terreur, ses vieux compagnons d'armes lui parlaient avec audace et' contenaient souvent ses fureurs par la fiericde leur attitude. Luhin Hudicourt, par son énergie, avait été réintégré dans son grade d'oflicior supérieur. A celte époque, Inginac, directeur des domaines de I Ouest, contre lequel une fem* me porta des plaintes, faillit tomber en di^gtâce. Il avait r.efuséde la mettre en possession d'un bien qu'elle réclamail sans ôtre munie d'aucun titre. Elle avait invectivé contre lui, et il Tavail chassée de sa présence en la trarlant de Messaline. Elle sciait rendue à Marchand, •t s'était plainte à Tempereur d'avoir été appelée une Dessalines. Le directeur des domaines, mandé à Marchand, fut contraint d*abandionner ses bureaux, et de s'y transporter en hâte. S'il ne fut pas plongé dans les cachots, c*est que le général Bazelais parvint à faire comprendre à Dessa^ines ce que l'on entendait par une Meêsaline. En nème temps, un administrateur, accusé de prévarications , avait été appelé à la capitale pour rendre ses comptes. Dessalines lui ordonna, en présence de son état-major , de calculer, sous ses yeux, à haute et intelligible voix. L'administrateur obtint , â la fin déplu* sieurs colonnes successives , des zéros et retint des unités. Dessa* Unes, rinlerrompant , s'écria : je ne m'étonne pas que vous ayez été dénoncé , puisqu'en ma présence vous osez tout retenir , et n% Jauger k TEtal que des zéros.--- L'administrateur retourna dans sei

S66 «fSTôiRs d'haiti.~(1816)

foyers sain et sauf ; m«U il fut deslitué peu de temps sprès* L'empereur sortit de la salle où il se trouvait , attiré dans la cour do palais, par les menaces que se faisaient deux offitiers qui se querellaient, Poulu , ancfen oriicier de Rigaud , et Laurore Gabart , capitaine dans la 'i.* demi brigade. Il leur commanda de se bat(re sous ses yeux* Us se placèrent à vingt cinq pas Tun de Tautre , et vidèrent leur différend au pistolet; ils usèrent «ne douzaine do cartouches chacun, et le cembat continua jusqu'à ce que l'un des deux succombât. Quand Poutu reçut le eoup mortel , tourna sur lui-même et tomba. Dessalines y jouissant de ce barbare spectacle , s'écria: quelle bell« pirouette 1 — Bigot, ancien officier du Sud, nouvellement revenu dans le pays, eut le courage de dire, en présence de Dessalines qui était très hostile à Rigaud, « que celait ainsi que mourait un rigaudin. • f

Dessalines nomma général de brigade le chef de bataillon Va val , de la 15e. d'Aquin, et lui conda' le commandement de Nippes , sous les ordres de Jran Louis François. Fancisque qui était ^depuis long-iemp) colonel de la 158. , vit Vaval , son chef de bataillon, devenir son supérieur en grade. Il se plaignit amèrement de ce passeilroit, et toute la 15e. partagea son mécontentement. 4 l'époqu* on • prélendit que celte injustice avait été exercée envers Francisqut parc e qu'il était homme de couleur. Le général Guillaume LaOeur, commandant de Tarrendissement d'Aquin , quoique dévoué à Dessalines, jugea sa conduite, en cette circonstance, très impolitique. L'empereur n'avait fait ce pnsse-droità Francisque que parce qu'il n'avait nulle confiance en sa fuiélité.

Il ne tard;» pas à apprendre la mort du général de division Jean Louis François, commandant de la seconde division du Sud. Jean* - Lfi. François fut regretlj de tous les citoyens de sa province. C'était un homme du plus noble caractère; quand la mort le surprit, il n'avait détnontré aucune disposition hostile à Togard de Dessalmes, qu'il n*estimait pas. Cependant il ne conspira jamais contre Tempe* reur qui hii lémeignait toutes sortes de confiance. Ancien officier de Rigaud, il avait combattu, sous ce général, le parti colonial, les anglais et Toussaint Louverture. Il se souleva, au haut du Cap, contre les français, en 4S02 , quand le général Pétioh déploya le drapeau de Tindépendance; il était alors officier supérieur dans la i3e. demi-brigade coloniale. Il devint colonel quand le général GeflTrard pénétra dans le département du Sud , à la l6te de ce corps; et en 1803, au camp Gérard, pendant la guerre de l'indépendance , Dessalines le noinma général de brigade , le même jour qu'il ^donna ce grade à Gérin, à Uoreau ou Cocoherne, k Férou. Nous avons vu qu'il devint divisionnaire sous Tempire. Le général Gef« frard. apprenant sa mort, sa transporta i l'Anse* à-^au , et commanda les troupes qui lui rendirent les honneuri funèbres. Son corps fut

•nlerré »u pi«d de Tarbre de U* liberté de TAnsc i Veau. Les agilateiirs répandirent que Dessalines Tavait fait ompoiRonner : il était mort des -suites de nombreuses blessures quWI avait reçues; presque dans chaque combat, il avait clé atteint de la balle.

Presque aussitôt après la mort de J.'Fj.* François, le général Geffrard étouffa une révolte avec une grande énergie. Le méconlenttmont qui régnait dans les montagnes, s'était ténroigné par une prise d*armes. Un laboureur, Germain Pico, occupait une petite propriété dans le^voi* tinage du fort de» Plalons ; il se résolut ik se soulever contre Des» salines quoiqu'il fût entièrement étranger au mouvement insurrectionnel que préparait le général Gtffrard. Il se fit plusieurs centaines de partisans , et attendit, pour s'emparer du fort des Platons , qu'une occasion favorable se présentât. Peu de semaines après, il y eut une fête sur une*des habitations du voisinage. Le fort était occupé par une compagnie de la 17c demi brigade. La plupart des soldats Tabandonnèrent et allèrent à la fête. Pendant qu'ils dansaient et chantaient avec les cultivatrices, Germain Pico, à la tète d'une bande de paysans, se précipita dans le fort, et s'en rendit maUre. Il contraignit à la fuite ceux des soldats qui se présentèrent pour reprendre la position. Dès que celte nouvelle parvint aux Caycs, le générai Moreau écrivit au général GefTrard qui était encore il r Anse à Veau, pour la lui annoncer, et s'achemina sur lee Platons, a la tôte des 13e et 17e demi-brigades. Il parvint au pied du morne sur I habitation Leprètre , le lendemain au coucher du •oleil. Il fit faire halte à la brigade pour y paser la nuit, et remit l'attaque au lendemain matin. Pendant que les soldats mettaient leurs armes en faisceaux, 4e général Geffrard , sortant de l'Anse à- Veau, apparut avec son état major sur l'habitation. Il blâma se- Térencnl le général Uoreau d'avoir compromis le suuccs de l'expédition en suspendant sa marche^, et lui fit observer que, pendant la nuit, Germain Pico pourrait al3andonner le fort, après en avoir enlevé toutes les munitions. 11 fil remettre les troupes en bataille et les divisa en trois colonnes. Le colonel Bourdet reçut l'ordre de tourner le fort, an passant par l'habitation Titon, à la tôte de la 13e, le colonel \ancol de Tassaillir du eôté^ opposé, à la tète de la 17e. Le général Geffrard , en personne , s'avança , à la tête de la cavalerie par la grande route. Quand il parvint près du fort ^ il fut accueilli par un coup de canon à mitraille. Pico , le voyant néanmoins s'avancer audacieui ement , abandonna les remparts avec tous les siens et gagna les bois. Les soldats des ISe et 17e, en pénétrant dans le fort , trouvèrent , hors des magasins et disposées pour être enlevées, plus de cent caisses de poudre. Plusieurs colonnes de tro.upes furent lancées à la poursuite de Germain Pico. Quelques jours après , il eut la tête Hmtnchée par un montagnard , Dommé Biaise, vieil officitîr africain.

168 HISTOIRE D'HATTI.«-(lt09)

Geifrard s*4tiit hâté d'étouffer cêttis révolte parce qu'elle avait éclaté en dehors de son influence, et que Thomme qui en avait été le chef, s'il avait réussi, eût méconnu son autorité aussi bien que celle de Tempcreur.

Après cet événement Tinflueice de Geffrard prit une plus forte consistance. Il se prépara i prendre les armes contre Dessalines. La plupart des autorités des Cayeslui étaient aveuglement dévouées et on se proposait d'arrfiter Tempereur à sa première tournée .dans le Sud.

Si Dessalines n*^^ venait pas, Geffrard devait, en prenant les armes» donner aux autres points de l'empire le signal de l'insurrection. Vénéré des troupes et du peuple du Sud, il se faisait rendre aux Gajes Us honneurs qui n'étaient dus qu'au chef de TEiat. Christophe agissait de même, au Cap, comme n^ns l'avons vu. Geifrard en visitant le fort des Platons qu'il avait fait construire, disait quelquefois aux soldats : bientôt nous verrons si l'empereur sait encore faire la guerre. Le dérèglement qui existait alors dans les mœurs, Tavait aussi atteint. Quoique marié, il entretenait plusieurs maîtresses, qui rivalisaient <l«!bl*3stc avec celles de Dei^salines. Les habitans des Cayes donnaient <le^ concerts et dos bals presque chaque soir, et y déployaient le phis grand luxe. Les concubines de l'empereur, ainsi que celles de («îi^riird, n'allaient en promenade qu'en cavalcades ou en voilures, tfccoi ifes d'olficiers de tous grades. Mademoiselle Euplirmie Daguille portail SOS dépenses (|ue le trésorier des Cayes élail obligé de solder 7\ des chidVcs très éioéi. Elle se fAUfi'ii appeler l'Amie de l'empereur ; ses lèlcs de Icllres, imprimées aux frais de l'Etat, por* taienl : »

Liberté, ou la Mort.

Empire d'Ilajli.

Aux Cayes le ...«

Jlu;>?iéiiit0 DAGUILLE , Amie de Sa Majesté JACQUES, Empereur d'Uayli.

On appelait aussi les amies du général Geflrard , Ies« concubines de ce dernier.

Sur le rapport du ministre de la guerre et de la marine, Tem-^ pereur avait rendu un décret sur la navigation, le ier Février 1806. Gérin qui l'avait fait, et dont les connaissances maritimes étaient aussi bornées que la petite baie qui s'étend entre Pestel et les Caymites , n'y avait guère stipule que des dispositions concernant les pécheurs, leurs filets, les caboteurs, formulant en articles ce qui se passait chaque jour sous ses jeux , le long du rivage. Ce* pendant il avait étendu ses vues sur quelques dispositions vraiment uti«

VIgTOIltE D*HAITI.— (1806) 169

!ei. L'article 6 portait : « Tous ^apitain^s et offîcieri qui seront par nous brevetés à l'avenir , seront astreints à subir un examen préalable el admis à prouver qu'ils ont servi en qualité d'officier' marinier sur les bâtimens de l'Etat pendant six mois au moins, ou •ur un autre b&timent de quinze hommes d'équipage au moins , •t cela pendant six moir dans chaque grade , en tout dix-huit mois de service, comme efficier marinier, sous lieutenant et lieutenant, avant que d'être reçus capitaines. •

L'article 7 était ainsi com^ : « Les f xamens et réceptions seront faits par un comité de marine, qui sera tenu en présence du corn* missaire des guerres et de la marine, composé des deux plus anciens capitaines de la marine militaire, d'un capitaine d'artillerie, d'un chef de mouvement deg ports, d'un maître de mathématiqjies ou d'hydrographie et qui poseront des questions de théorie et de pratique, sur la manœuvt^e , au candidat, sur le mouillage , l'appareillage, le canorï)iage et quelques notions sur le pilotage "et It vrariation de la boussole. Si les examinateurs ne trouvent pas le candidat suffisamment instruit , ils le renverront à un autre jour avec dés instructions par écrit ; dans le cas que les réponses fussent satisfaisantes aux questions, elles seront envoyées au ministre de la marine qui sollicitera le brevet de moi; il en sera à peu prés de même pour les capitaines de cabotage.

Les articles 20, 21 et 22 étaient conçus ainsi qu'il suit:

Art. 20. Les enrôlemens pour l'armée navale se feront par lapri$$0^ •t le temps du service des marins ne se sera point limité.

Art. 21. La manœuvre des bâtimens exigeant une ponctuelle obéis« aance et toute la eélérité dans les mouvemens, le commandant ne aouflTrira point de réplique; tout subordonné qui aura hésité d'obiic, €t par le défaut d'exécution aura compromis la sûreté des b&limens ou des personnes sera, puni d'un châtiment exemplaire, (passé à la bouline) et jugé d'après le code , si le délit l'exige.

Art. 22. Tout article du code pénal militaire est, applicable sut marins comme aux troupes de terre.

Pendant que l'Empereur , froissant beaucoup d'intérfiis , se livrait à Sfs moindres caprices , il apprit l'arrivée, i Jacmel du célèbre Miranda , qui se dirigeait vers la Côte-Ferme pour la sôu* lever contre l'Espagne. Il envoya l'ordre au général Uagloire Ambroise de lui faire l'accueil le plus distingué, de lui fournir des armes el des munitions , et de lui permettre de recruter de jeunes haïtiens. Il lui (it parvenir le conseil, s'il voulait réussir, de mettre en pratique, dans la province de Venezuela, les moyens violents qui avaient amené le triomphe des armes indigènes , moyens terribles et efficaces qu'oo ne voit employer, dans l'histoire, que lorsque raristocratie , résis* tant avec opiniâtreté aux plus justes réclamatiens , porte les peu*

•TO miToïKft »'iiiiTi.— (1806)

plet au désespoir. * Les indéfltsndans de Ja Nouvelle Grenade n'avaient pas assez souffert pour sentir le besoin d'une révolution radicale. Après la trahison de Dumouriez , Miranda , un de ses lieutenants les plus distingués, avait été ar rôle , jugé et absous. Plus tard il Tut réintégré en prison , et à la fin de 1797 il fut mis en liberté ; mais il reçut Tordre de quitter le territoire français. Il pas* sa en Angleterre où il prépara son expédition contre les colonies espagnoles. Il se rendit ensuite aux Etats-Unis où il se procura trois navires armés , entre autres une corvette de 30 canons. Il était venu à Jacmel pour organiser ses équipages, accompagné de 200 jeunes américains. Il partit d'Haïti dans les premiers jours de Mars , et se reodit à la GOle Ferme. Dd nombreux haïtiens , qui avaient accepté Jes périls de cette expédition lointaine , s*y distin* guérenl la plupart. ^

Dessalines recevait à Marchand des dénonciations, de tous côtés, principalement contre les oOiciers du département du Sud. Le chef d'eseadron Borgella, commandant de la place d'Aquin, avait été dénonce par Boisrond Tonnère d'avoir favorisé la fuite de plusieurs blancs pendant le massacre de i804. BorgelTa avait hautement applaudi à la conduite du général Jean Louis François qui avait arraché k la mort presque tous eeux de Tarrondissamenl d'Aquin. Dans le même quartier, le citoyen Frémont, administrateur, s était aussi 'distingué , en cette circonstance, par une belle action. Voyant des soldats conduire à la mort un petit blanc de dix ans, il l'avait retiré de leurs mains eh leur donnant vingt gourdes , et l'avait en« •uite clandestinement embarqué. Borgella se rendit à Marchand , dans le courant d'Avril. GéiTrard, son ami, lui avait recommandé de tout nier avec audace devant l'empereur. Depuis quelque temps, Dessalines se laissait dominer par toute la violence de son caractère. Il n'y avait plus dans Tompire Tombre d'gne administration ; Ton voyait de toutes parts des prévaricateurs' qui, sans honte, le* vaient la tôte , et, à certains intervalles, des exéculiens. Une douzaine de ces Polonais qui avaient été épargnés et qui étaient etnployés à l'arsenal de Marchand, craignant d'être sacrifiés tôt ou tard, s'évadèrent pour atteindre la partie de l'Est. Ils lurent arrêtés et Dessalines les ht périr tant par le fouet que par le sabre. Leur exécution émut la plupart des habitans de Marchand. * L'empereur leur avait fait>ippli(|U€;r , avec son inflexibilité ordinaire, les peines établies par les lois qui régissaient lempire , car s'ils avaient atteint la partie espagnole, ils eussent grossi le nombre des ennemis de la patrie. L'empereur, très agité , se promenait dans ses galeries. David Troy , qui de chef de bataillon avait été fait soldat dans la 4.*'

• DcMaline* lui avait fait dire : '' boulé eails , coupé iites. " ( Itic«ndif2 lottt , et co'jpcz les tOlcs.)

aisTdiEK d'hàiîi.^ (ItOC) 971

demi -brigade, était' de faction à une dea portes du palais. Bessalinea appela Borgella , et Boisrond Tosnèrt s'avança au-devant de ce dernier et lui tendit la main ; Borgella lui refusa la sienne avec indîgnatibn. David-Troy, en présence de Dessalines, applaudit au mouirement de Borgella.— Est il vrai, commandant, aue vous ayez sauvé des blancs?— Non, sire. — Cependant d'après les rapports que j'ai reçus... — Non, sire.— On t'a faussement accusé , car si tu en avais sauvé , tu n'aurais pas refusé la main à Boisrond Tonnére ; tu n'igno** ras pas que c'est lui qui t'a dénoncé ; retire toi , et sois bon citoyen.— Boisrond Tonnère demeura humilié.

Le secrétaire du général Pétion , Boyer , était en ce momertt à Marchand. Il y était venu pour assisler aux noces de son frère, le citoyen Souverain. Il était descendu chez Pujol , l'ancien médecin de Pétion. ^u milieu d'une belle nuit, couché dans le m6« me lit que Pujol , il entendit frapper à la porte de la chambre qu'il occupait: on appelait le médecin pour, donner des soins à un malade. Pujol se leva et alla ouvrir la porte. Dès qu'il se présenta dans la rue, il ittt assailli par p'.usiciirs hommes et tué à coups d'é« pée. f Un des assassins dit, en se retirant : « tu ne me demanderas plus le doublon que je le devais. » Le cadavre fut trouvé, le lendemain , étendu contre la porte. * On ne connut jamais les coupables. *

Dessalines et son entourage dont la conduite était si scandaleuse, s'efforçaient cependant de mettre un frein aux passions du peuple. Pour Tempècher de se livrer aux excès des liqueurs fortes , rEnpereur se résolut Jk faire démolir la plupart des guiU dives , du moins celles qui n'appartenaient pas à TEiat. Dans le Sud, particulièrement, on consommait immodérément lo tafia dont la propriété est d'énerver l'homme et de l'abruiir. L'em* reur rendit lo décret suivant :

Liberté, Ou la MorL

Page 1