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irrita ta population. Mackintoch était estimé aux Caycs , tant des Haïtiens que des étrangers. On l'admirait d'avoir sauve beaucoup ^de blancs, lors du massacre de 1804. Il avait reçu de cc>s proscrits, échappés à la mort, et réfugies dans les tlôs voisines uuc médaîlie d'or, en reconnaissance de sa belle conduite. Celte médaille doit se trouver dans sa famille.
Les contrebandes et les dilapidations n'étaient poussées à ce degré de scandale que parce qisc l'Empereur en donnait l'exemple. Les dépenses de Mlle. Euphémie Daguille. que le trésor public avait sol dées, s'étaient élevées à mille gourdes par jour depuis l'arrivée de 1 Empereur aux Cayes. Comme Dessalines ne voulait pas ajouter foi à la sincérité du chiffre de ce compte, on lui exhiba la note détaillée de la sortie du trésor de ces différentes sommes, ccrliliéo par le trésorier. Après l'avoir fait lire par Diaquoi, il ordonna de ne «ompter désormais à Mlle. Euphémîe Dagnille que 800 piastres par mois. Dans chaque grandr» viilc, les maîtresses de l'Empereur coulaient presque autant à 1 Etat.
Les opérations de la vérilicalion générale continuaient toujours avec une rare activité. Dessalines , satisfait cringinae , lui annonça qu'il le nommait grand oKIcier de son empire et contrôleur général de toutes les opératiens administratives. Il lui recommanda d'agir sans crainte , et lui promit de le soutenir par ses baïonnettes et ses bouches à feu. Il lui dit de se consoler d'être haï et exécré, car lui , Empereur , il l'était aussi ; de n'avoir aucune inquiétude, qu'il avait donné l'ordre à Wagnac, lorsqu'il aurait terminé ses opérations de- vérification , de l'accompagner avec un escadron , jusqu'au pont de Miragoàne , afin qu'il pût sortir, sans da.M^'or, du département du Sud; et qu'à son arrivée dans l'Ouest, le ginr-tl Yayou enverrait , de Léogane , au devant de lui, un escadron sous les ordres du chef d'escadron Baude.
Ayant reconnu que le chargement forcé des bûlinîcns , en trois espèces de denrées, sucre, café et coton, contrariait le coTnmerce et nuisait, par conséquent, aux intérêts du lise, il ordonna à Inginac de permettre aux navires d^cmbarquer ceux des pro«lr/ns qui pourraient leur convenir. Il dit que c'était Christoplie qui lui avait conseillé de prendre la mesure concernant le chargement des bâtimens en trois espèces do denrées, Boais qu'il voyait à préâ^nt quo c'était pour décrédiler son gouvernement. Boisrond Tonacre qui l'écoutait , s'écria: « Sans doute! car en fait de conspiration, tous les moyens sont bons. »
iuginac fit aussitôt vendre au commerce , pour le gouvernement , 500,000 livres de café qu'il avait réunies au magasin de l'Etat. Dessalines exigea qu'il lui comptât mille ùoublons sur le produit de la vente, et se résolut à quitter les Cayes. 11 lui cn\oya le lendemain la lettre suivante;
286 HISTOIRE d'uaiti.— (1806)
Liberté, Ou la Mort.
Le 8 Septembre 1806..
JACQUES 1.*'% Empereur d* Haïti j au Directeur dê$ Domaûi^i Ingioac.
« Vous vous rendrez k mon bureau aussildt mon départ , è l'effet d'empaqueter tous les papiers de correspondance ^ livres appartenant au générai Geifiard , et vous .me les ferez parvenir à Dessatînes ^ par une occasion sûre.
• Signé , DESSALINES. »
Le môme jour il lui adressa la lettre suivante :
Aussitôt que vous aurez fîni de cempulséi* les eomptes'de l'administration décrotte division, vous vous ferez fournir par Tadministrateur Quen«z un état général des maisons appartenant à TÉiat, lesquelles seront de nouveau, en votre présence, criées et affermées; vous demanderez Texhibilion de tous les titres de propriété relatifs aux maisons qui ont été déjà remises pendant mon séjour en cette ville pour confirmer leurs propriétaires en possession d'icelles, et ceux qui ne lont pas été encore doivent être astreints à votre exs^men , afin de vous assurer des véritables propriétaires qui seront par vous renvoyés également en jouissance de leurs biens, et vous ordonnerez de réunir aux domaines de 1 État les propriétés dont les * titres des réclamans vous paraîtront illégaux, et ensuite vous m'en avii^erez.
J ai ordonné à ladjudant générai .Papalier de vous fournir tou« les moyens nécessaires dans vos opérations , tant en baïonnettes qu'en bouches à (ou , si le cas le requiert.
Je me plais ^ croire, Monsieur, que vous mettrez toute Texactitude que je vous connais dans Texéeution du présent ordre.
Signé, DESSALINES.
Inginac exécutera ces deux ordres avec tant de vigueur qu'il sou* lèvera contre lui l'a nimad version de toute la population des Gajes. Ce furent les dernières instructions qu'il reçut de S. M.
L'Eiiipereur devant partir le lendemain pour le Port au- Prince, în\iia à dîner, au palais, le général Moreç^u , Papalier , Bauregard, Bourdet , colonel de la 13e. , * et Inginac. Papalier avait été touché des témoignages de confiance que lur avait donnés l'Ëmpeieur , de* puis son scjour aux Caycs et s'était entièrement éloigné de ceux
• Oa doit se rappeler que le bourg de Marchand avait pris le nom dt Ikssafznes,
HISTOIRE IX'IÏAITI.— . (1806) 287
qui poussaient à sa ehute. Pendant le repas Tnginac oblint do Dessatines la ^ rftce de Boisrond Canal qui devait êlre envoyé à Murchand pour j être jeté dans les fers, et celle d'un nommé Daniel Thomas, créole des lies du vent qui était emprisonne depuis vingt jours, pour avoir introduit dans le pays deux gazelles r^înfermant des articles contre TEmpercur. Celui ci dit au sujet de I) uiiel Thomas : ja U croyais déjà exécuté ; puisqu'il ne l'a pas été , jo la gracie; mais il quittera Tempire sur le champ; et s'il y revient , il * sera pendu aux vergues du bâtiment qui Ty ramènera. « Comnie il . fi'y avait pas de navire en partance, Daniel demeura aux .Cayes, fut surpris par la révolution qui y éclata contre Dessalines et de«. vint plus tard en Haili fonctionnaire public.
Après le repas Alexis Dupuy, un des secrétaires de rEmpercur,^ qui avait déjà parcouru les papiers de GeiTrard, prit a l'écart Inginac et lui dît: mon cher atni, il y a dans ce cabinet des pièces qiio • v#us êtes chargé d'envoyer à Marchand; vous y trouverez des lettres qui peuvent eomprônaeltre beaucoup de gens; Diaquoi et moi , nous •n avons déjà soustrait plusieurs , et il nous a été impossible de faire davantage, mais j'ai Tespoir que vous^ ferez le reste; faitesmoi la promesse de me pas oublier ce que jo vous dis; vous sauverez la vie à beaucoup de citoyens; Inginac lui donna sa parole qu'il achèverait la belle œuvre qui avait été commencée. Il détruisit eu «flet tous ces papiers. , •
Le 9 septembre. Dessalines partit des Cayes , emportant les malédictions secrètes de presque toute la population, dont il avait froissé .. les intérêts les plus chers. 1 epuis la mort de GefTrard la con^iii ration n'avait plus de chef dans le Sud; mais elle existait toujours dans tous Its esprits; on se comprenait par le regard, par legc's:^'; dix hommes réunis et se déclarant en révolte sur un point (|ucl conque de la campagne pouvaient rallier successivement i.s plus gros bataillons' qui eussent été envoyés contre eux. Il ne (aillait qua déployer un drapeau pour faire courir auX' armes les lljïliens noirs et jaunes, de toutes les conditions, car Tanimosité était égale dans les deui nuances qui forment notre population. Les hommes ({fn, en 1806, étaient déjà en position, aftirment tous que ChrisU)})!;.^ et CeCTrstrd ont été les ^premiers machinateurs de la chute de Dossalines et que Pétion'qui n ignorait pas leur conjuration , et avait même communiqué avec eux verbalement par l'intermédiaire d*agenls •ecrels, avait été longtemps irrésolu et ne s'était prononcé qu'après la prise d'armes du Sud. Rien des années après les évènemens d Oc< lobre 1806, il fut dit que ce furent Geiïrard et Pétion qui avaient organisé la conspiration du Sud, et parce qu'il n'exislait aucune pièce Constatant que Christophe y eut pris part, que celui ci y était demeuré étranger. l\ n'existe aujourd'hui aucune pièce authentique ', pas môme uoe lettre, pouvant servir de pièce à charge contre
288 HISTOIRE d'haIïi.— ( 1806 )
qui que ce soit, * d'une daU anlérieure à la «prise d'armes , (8 Octobre 48UG); et parce que peu de personnes, à Tépoque , aient voulu se comproineiire, en exposant par lettres, leurs projets contre Dessalines, est-ce un motif pour qu'il n'y ait pas eu de conspiration. — Cependant quand le mouvement insurreetionnel éclata il avait été préparé de longue Diain. Mais par qui? Par Christophe et Geffrard qus nous indiquent nos traditions invariables i ce sujet , dans le Sud, TOoesl, TAr* tibonite et le Nord, traditions qui ne datent qus dé 42 ans. Et après la . tijort de Dessalines que voyons- nous? Tous les points ds TEmpire d'Haïti adhèrent à la révolution; et ces adhésions qui ne sont qus des exposés de griefs contre Dessalines sont réunies en une brochure in« titulce Résistance à VOppression; et Christophe qui , après la bataille .du fer Janvier 1807,6e déclare le vengeur de 1 Empereur, traite C(^lui ci eu Octobre i806, dans son adresse à ses frères du Sudelde r Ouest ^ d'hydre dévorant; et cependant il savait , dès la révolte du Port-Salut, avant la mort de TEmpereur , qu'il avait été proclamé par les insurgés chef suprême de TEtat. Si Thisloire exposant fi* dèlemcnt les faiis , ne planait pas, dans sa sévérité, au dessus des pussions des partis qui s'accusent mutuellement selon leurs intérêts du moment , do la chute violente de l'immortel fondateur d'Haïti, il demeurerait donc que cet événement fut un effet sans cause. Car à défaut de pièces authentiques constatant la participation à la soojuration, dès 4805, des Haïtiens tant noirs qus jaunes , pourquoi admetlrait-on celles des versions . qui sont contraires aux traditions de l'immense majorité de la population contemporains de ^ Dessalines, et qui ne sont basées sur aucune pièce officielle anté- * rieure à la prise d'armes. A l'occasion de la conspiration qui t précédé la chute de Dessalines dont Geffrard st Christophe étaient les chefs, nous dirons quil y a des vérités que personne ne conteste^ quoiqu'on n'en puisse fournir des preuves immédiates^ et qu'il est impo$-^ sible de eroire qu'un mensonge absjirde devienne une tradition univiT" selle.
Quand l'Empereur arriva au Petit-Go&ve , dans la province de rOuest, il dit à Lamarre colonel de la 24e demi-brigade: « Lamarre, mon fils, tiens toi prêt à descendre dans le Sud, à la têts ds ton corps , car si les citoyens de cette province ne se soulèvent pas d'après ce que je leur ai fait, ils ne sont pa^s hommes^ » il attei* guit le Port^au Prince, où quelques jours après il reçut une lettre de sa principale maîtresse des Gayes. Quoique cette lettre n'appar* tienne pas à l'histoire, nous la transcrivons parée que tout ce qui concerne Dessalines ne peut que nous intéresser et jeter quelque jour sur son époque. La tête de lettre est imprimée.
* Isirrinac a détruit nnx Caycs en Septembre ^806 > la correspondance dis Gfinard avec CUrisUnlio.
HISTOIRE d'haiti, — (1806) 68à
EÛphémie DâGUILLE ,
 S. M. JACQUES, Empereur premier d'Hàiti et du) f suprême de V armée^ par la grâce de Dieu et la loi œnstitutionneUe de VElat.
Monsieur Inginac étant venu nae prévenir qu'il envoyait auprès de vous un exprès, je mVmpresse d'en profiter pour m'informer d« Tétat de votre sanié. Si les vœux que je ne cesse d'adresser î(u Tràs-Haut , depuis votre départ, soni exaucés, vous devez en jouir d'une bonne.
Je maltendais à recevoir de vas nouvelles lors de votre départ d*Aquin comme vous avez toujours fait; mais j'ai été trompée dans mon attenta; il parait, par la compagnie que vous avez eue, que vous m'oubliez. Quant à moi, je ne pourrai jamais oublier mon cher Empereur ; je suis malade depuis votre départ et m'ennuje beaucoup.
Adieu mon cher, et bien-aimé Empereur ; j'ose espérer que j'aurai la douce satisfaction de recevoir sous peu de vos chères nouvelles ; en attendant recelez mon embrassement. *
Votre très-h^imble^ très aifectionnée et très soumise amie*
(P. M. d'emprunt.) Euphemie DAGUILLE.
P. S. Mes enfants ont beaucoup de regret de votre départ; iU vous assurent de leur respect.
L*Empfreur, qui, au lieu de s'occuper des grands intérêts du pays, ne songeait qu à se livrer aux plaisirs, manda au palais le ehef die bataillon Lys , un des beaux et braves officiers de notre armée. Il avait Tintention de le punir d'avoir fréquenté la maison d'une de ses maîtresses «du Port au Priace. Les amis de Lys le considéraient comme perdu «t l'exhortaient i ne pas aller au gouvernement. Lys s*y rendit résolument , portant sur lui deux pistolets da poche, et bien déterminé à donner la mort à Dessalines s'il levait la main sur lui. Dès qu'il se présenta dans la grande salle du palais devant I Empereur^ celui ci lui dit : « \Cous voici, monsieur Lys, j'avais besoin de vous voir; » en même temps il se promenait à travers la salle, dans une forte agitation. Il retourna vers son trône , se saisit de sa cravache. Aussitôt Lys porta la main sous son habit , prit une altitude noble et fière et regarda l'Empereur avec des yeux de feu. Dessalines posa la cravache sur une table , lui tourna le dos et se mit k marcher. — Vous n'avez rien à me dire. Sire ?t- L'Empereur lui répondit sans le regarder: Yeusj^u-
\cz VOUS retirer. -—Lys st rendit chez ses amis qui ne s'attendaient plus i le revoir. *
Dessalines qui suspectait la fidélité des jeunes gens du Port-au- Prince, les fit presque tous enrôler dan$ la i2e. demi-brigade. ** Pétion toyait avec satisfaction les jeunes gens des villes devenir soldats ; il désirait même les voir en grand nombre se faire labou* reurs au lieu de chercher à avoir des places d^ns les maisons de Hîomnierce. En effet ceux qui portent les armes et cultivent les «erres sont les maîtres^ d'uo pays.
* Le IteUur a dû remarquer que j(« n'ai cit6, des maîtresse? de Dessalînes , que mademdÎBelie Euphémie Daguiile. %n nommant les autres , j'eusse donné des noms ne représentant rien. xMademoiselle Daguille fut non seulement la mattresse tlt l'Empereur, mais un personnage vraiment historique, un cœur généreux, on peut dire presque une héroïne. Elle fît la sampagnt de l'Est en 180S. Souvent -elle s bravé les billes et maintes fois ses mains délicates ont prodigué des soins aux blessés. Elle* a joué un r6ie honorable aux Cayes , pendant les jours qui snt précédé la révolte contre Dessalines.
•• Port-au-Prince, le 26 Septembre ISSÔ, an 3e JH. B. Inginac, dir^teur des domaines de la 2e. division de P Ouest , et présent
aux Cayes.
J'ai reçu , mon cher monsieur Inginac , la vôtre du 16 du courant par laquelle vous m'accusez réception de celle que je vous ai écrite. Je vous donnerai pour nouvelle que nous avons tous été mis dans la ISe. 1(2 brigade, au passage de 8a Majesté ici ; mais nous avons jusqu'à ce jour la faculté de travailler dans nos bureaux et nous ne faisons pas encore dé service. Vous saurez aussi , par la présente, que S. M. a ëenné l'ordre à Mr Ogé de réunir le magasin des denrées ani magasin général Mais je pense qu'il attendra votre retour avant de rien déranger, car n n'a rien changé jusqu'à ce jour. Les flatteurs et les médisans «ont, mon cher Mr. Inginae, toujours jaloux du bien des autres.
J'ai, reçu l'ordre aujourd'hui, de l'administrateur Ogé ^ de faire apporter au bureau, par tous les propriétaires, leurs titres de propriétés, peur la nouvelle révision qui doit se faire par Sa Majesté l'Empereur.
Je n'ai rien de nouveau à vous apprendre pour le moment que notre cadre est . Tuide. Je vous désire une pariaite santé Toute votre âtmille jouit d'une bonne santé et vous assure de ses amitiés, ainsi que ces messieurs. Je vous prie île me croire votre dévoué.
G. EOUX.
LlYRE QUARANTE-DEUXIÈME.
Sommaire. — pestalinti t'efiÀree d'exciter U peaple de l'Ouest contre les ei^ toy^DS dû Sud. — Il nentne Germain Frère génémi de brigade. — Eiécution de lÀiégrand. — Brau trait de Charlotin Marcadieux. — Lea français prennent Ouanaminthe — Gapoix reprend ce bourg »ur eux.— Fermentation dans le Sud.^« B. Inginae détruit la corr&ipondaAce de G^firard aTce Christophe — Il coiitinue les opérations de la Térifleation des titrea de propriété — Une nouTel le conspiraiion a'organiBe tant aux Cayes qu'au Port Salut. — M.elle Euphémie Daguilla •D avertit laginac — Le général Morrau part des Caycs pour le Port Salut , ayec la résolution de déjoua les agitateuis. Il est arrêté à Ga rata par MéceroK qui prend les armes contre* Dessalines. La nouvelle de son arrestation parvient aux Cayps. — Pa palier sVfiorce de ranimer les esprits en faveur de Dessâlines. — Les conjurés des Cay^-s se fornaent en conseil , et neutralisent ses efibrta.— Le colonel Wagnac, <^nvoy«t contre Ips insurgés, est gagné à leur parti. — La nouvelle en parvient aux Cayes — Les conjurés des Cayes . gagneat le colonel Trancisque au parti de l'insurrection. — Papalier est aussi gagné. — Assassinat du jeune Henri. -^^es insurgés de la campagne et ceux de la ville se réunissent aux daatreChemins et fraternisent . — Entrée des insurgés du Port Salut aux Cayes. — La villa des Cayes en entier se soulève contre Dessalines. — Tentatives d'assassinat dirigées centre Inginae. — Parolrs. de Wagnac aux soldats de la garnisoA dfs Cayes — Arrestation du général Guitlnuane i.afieur à Cavaillon. — Il est conduit aux Cayes — Le colond Francisque sou lère J' Anse- à-Teau contra Dessalines. — Gérin se met à la tête de l'insurrection. — Lettre de Gérin à Christophe.— Lettre des insurgés des Cayes à Christophe. — Les treupas partent des Cayes pour le pont de Mirageàao.-— Gérin s'éubiit au poot 4a MiragoàAc.-^
*** «iiiffmiRE d'haiti.— (1806)
Lamarre se ràlHe à P insurrection. —Pétioa et Yayoa s* rallient à rinsijrrrctîon .au. Petit-aoâve.— .Arrestation âe Germain Frère — L'année insurrectionnelJe prend ipQSsessidn du Port-au-PriDce.—Attitude de v Iiristophe ëxins l<^ Nord — -Assassi. jiat de Capoix— Lettre de Christophe à Dessalines.— Assassinat de Guillaume *^Lafleur, de Moreau , de Aoua.— Férou se soulève à Jé.rémie , contre Dessaliieg —Assassinat de B?îzile, de R^é, do Figaro.— Evasion de Lhérisson — Dessali^ nps part de Marchand pour le Portau-Prince. Il traverse St.-Marc — - jVlort de DelpôcHe.— ©essalines expédie, de PArcahaie, au Poit au-Prinre, Thomas et Gédéon — Gédéon se rallie à Tinsurreotion — Assassinat politiqne.de Dessalinet au PontRoujre, près du Portau-Prince.— Christophe proclnRiô CIip/ provisoire 4e 1 Etal d'Haïti.— Portrait de Dcfifialiaea.— Jugement porté sur lui.
Pendant ion dernier séjdtir dans le Sud , au milieu des èncfuèlM qu'il a^ait fait faire pour découvrir tous les ils de la trame qi» eiif lait contre lui , Dessalines n'ayait pas entendu citer le nom de Pé* lion. La confiance qu'il avait en ce général s'en était accrue. Cornmm il lie doutait pas qu'il n'eût bientôt besoin de son courajj^e, ainsi que de son influence sur les troupes et le peuple , il le combla plus que jamais de ses attentions , et se plut à l'appeler en public le Papa an bon cœur. Il s'efforça d'enflammer contre lei^ 'Citoyens du Sud la fureur du peuple et des soldats , en déclarant hautement qu'ils voulaient se détacher de l'unité haïtienne pour mettr# à leur tète le général Rigaud qu ils attendaient. Mais eomme il existait dans l'Ouest beaucoup de sympathie en faveur des gens da Sud, ses paroles ne produisirent aucune impression sur le peuple* Pour témoigner ses bonnes intentions , il éleva à une importanto dignité un citoyen vertueux , Ignace Fresnel , en lui eonfîant li^ okarge de commissaire impérial. Déjà le citoyen Moreau avait été nommé Président du tribunal civil. ^ Il nomma le colonel Germaiii ^rère général de brigade, et le récompensa d'avoir servi toutes set passions. Les cultivateurs du Cul de-Sac qui étaient soumis au travail le plus rude , ne souhaitaient que sa chute. Il partit du Port<^ âu-Prittee et parvint à Marchand. Les mots de sang et de mate»cre sortaient souvent de sa bouche; il paraissait se défier d'un grand nombre de ses anciens amis ; Mentor presque seul possédait toujours, loute sa confiance.
Il y avait dans les cachots de Marchand un haïtien nommé Dafê* grand. Il se tro\ivait sous le coup d'un décret de iSOé portani que tout indigène qui reviendrait en Haïti, après avoir été pris par tin bâtiment étranger serait fusillé on place publique» Dalégraud ^
• Au Port-au-Prnee , Dessalines «yait nommé les citoyens Perdriel , Jeanton , Linard, Médor , Séac Jeanton aîné, juçes ; au Cap, le citoyen Fleury, président du tribunal oivil , Btaubsrt , Petit, Almanzor père , juges: Bonniot , président d|i tribunal de commerce , Jeaa Isaac , juge-de-paix , et Delou , assesseur. Le U août 1801», le général Pétiou ayait installé ^aa Portau FnAce,le tribunal 4ÛviL
HISTOIRE d'haiti.— (1806) S3^
capitaine d'un dt nof corsaires, avait été capturé pDr iin brick de^ guerra français. Ajant trouvé l« moyen de s'évader, il était rentré^ an Haïti, •essaliaes le (it fusiller, parce qu'il n'avait pas fait sauter son bâtiment. Ces rigueurs faisaient gémir la peuple qui lais^ * sait entendre des murmures menaçants. La résistance que Dessali"^ lies rencontrait de tous côtés Tirritait de plus en plus. Un# femme t'était présentée au palais , portant des plaintes contre un officier* général. Dessalines, pour toute réponse , ordgnna de la passer aux verges. Le capitaine , qui était de service au palais , fut au déses-poir d'être contraint d'exterminer sa mère. Cependant l'infortunéeétait déj.i placée entre deux haies de soldats armés de verges lié» officiers de 1 ét»t major général, quoique habitués à d'horribles scènes,,étaient consternés de ce qui allait se passer : le fils exterminer fa^ mère! CharloUn Uarcadieux, qui seul esait prononcer des paroles de vé^ . rite devant Dessalines, se précipita dans la cour du palafs et l'entendit disant aux soldats avec fureur : Exterminez la !— Arrête, monstre, lui cria Gharlotin ! - Serais tu capable de commander la mort d'une fem< me innocente? Tu as mis les choses dans un tel état que bientôt je serai contraint de me faire immoler pour toi.^ Dessalines rentra, dans ses appartemens sans répondre, tharlotin renveja la àialhea*rcuse saine et sauve.
Alors une nouvelle , qui parvint à Marchand , remplit Dessalines d'une fureur difticile ii peindre : les hispane-français venaient de s'emparer de Ouanaminthe. Depuis le mois d'Aoât 1805, ils s'étaicnl préparés à cette agression. Quand ils avaient assailli ce bourg,, Capeix, quoique la seconde division du Nerd lui fât confiée, était absent du chef lieu de son commandement. Que fesait donc Capoix, s'écria l'Empereur? Cette circonstance exploitée par les ennemis de ce général lui nuisit considérablement. Christophe en profita pour porter le dernier coup à son rival. l\ fit parvenir à Dessalines que Capoix au lieu de donner des soins au service public se livrait à Tin* Irigue, s'absentait fréquemment du Fort-Liberté et se transportait à la Grande- Rivière pour y organiser une insurrection contre le gouternement'
Le général Chrif.tophe partit du Cap et s'achemina contre le bourg de Ouanaminthe pour le reprendre sur les français. Mais avant qu'ik y fut arrivé, Capoix qui avait eu le temps de retournée à son poste, s'en était emparé par une attaque prompte et résolue. Quand il y* parvint, il trouva Capoix nageant dans Tivresse d'une victoire. Celuici le reçut assis et le chapeau sur la tête ; cependant Christopheétait son supérieur, en qu«rlité de généralissime des armées dHaîli*. Christophe s'en plaignit amèrement à Dessalines. L'empereur lui envoya l'ordre de surveiller activement les moindres démarches dt^
* C'est ce même Charlotm Marcadieux qui , le 17 octobre 1$06 , se fit aaciii* fier, au Poat-Bouge^ sui le cadavre de DesBalines.
N4 aisToiiiE D'uAiyi.~(1806)
Capoix. A la même époque plusieurs embarcations haïtiennes avaient été capturées par des corsaires français dans les parages des GonaÏTes • Pendant cet intervalle , la plus grande fermentation existait aux Cayes et dans les campagnes environnantes. Inginac continuait ses opérations de vérification avec activité. Jeune, beaU, d'une haute* taille, d'une intelligence rare, il avait dans son attitude toute la fierté
3ue donnent souvent les faveurs du souverain, il parcourut les papiers ont lui avait parlé A. Dupuy. Il trouva beaucoup de lettres de Christophe à Geffiard , par lesquelles le premier censurait amèrement le gouvernement de Dessalines; des lettres de Férou, de Bergerac Triehet, de Vancol adressées à Geffrard, dans le môme esprit que celles de Christophe ; des lettres de GeiTrard à Christophe et à Bruno Blanchet , qui ne laissaient pas douter de Texistence d'une conspiration contre l'Empereur, dès 1805. Après avoir communiqué toutes ces
!)ièces i l'adjudant général Papalier et au citoyen Daublas , il es fit brûler. Obligé de sévir contre les contrebandiers, les dilapidateurs, et se montrant beaucoup trop sévère dans l'examen des titres de propriété , il avait Soulevé contre lui une animadversion générale. On lui adressait des lettres anonymes pleines de menaces, •t les quelques hommes , qui lui portaient un peu d*intérêt , lui disaient de prendre garde aux assassins. Néanmoins il procédait toujours sans crainte à la révision des titres de propriété, ratifiait ceux qui étaient en due forme, et anéantissait eeux qu'il trouvait irréguliers quoiqu'ils eussent été, la plupart, déjà sanctionnés par l'Empereur. L'irritation allait croissante. Beaucoup d'officiers jouissaient chacun de plusieurs propriétés de lElat, sous prétexte que le gou* vernement leur devait des logemens; il loua ces bi«ns et ne laissa à chacun d eux qu'une maison ; ce qui accrut encore la masse des mécontents. Pour ce qui concernait les propriétés rurales, il les affermait en ne laissant qu'une seule à chaque officier supérieur. Quand on demandait l'envoi en possession d un bien, pour s'assurer des droits du réclamant, il consultait les citoyens, les autori* tés,. et même des cultivateurs lorsque c'était une propriété rurale. Ce qu'il y avait de pénible dans sa tâche, c'était de vérifier les titres que l'Empereur avait déj4 ratifiés, mais souvent sans on mûr examen. Tous ceux qui étaient dépossédés se répandaient ea invectives contre lui , se plaignaient de ce qu'il fût seul juge dans une affaire de cette importance , et travaillaient activement à la ruine d'un gouvernement qui les dépouillait ainsi. Sur ces entrefaites, Ters la fin de Septembre, Dessalines envoya aux Cayes, Louis AU manxor pour aider Ingioac dans ses travaux et pour en même temps remplacer l'administrateur des finances Louis Boisquenex. Inginac eut aussi i réprimer des abus qui existaient & Ihl^pital militaire. I^ situation de l'établissement présentait 320 malades pour lesquels oa fmroiasait chaque jour les fonda nécessaires. Cependant quand U )t
HisToifiE d'hàiti.— (t8(ft) S96
\isita on ne put lui montrer dtni les dortoirs (|ue soixante sotJatfv B<auuoup de campagnards propriétaires avaient été dépossédés ; ceux qui ne Tétaient pas s'attendaient i- Tétre. Il y avait d'une part désespoir » de l'autre inquiétude. Aux Cayes presque tou» lésofficiert noirs et de «mileur conspirèrent ^ ils s'abouchèrent avec plusieurs babilans du quartier du Port Salut ^ et il fut convenu que ceux-ci donne*^ raient le sigaal de la révolie dans les premiers jours d'Oetobre et que les troupes qui seraient envoyées contreeux se rallieraient au mouvement, au lieu de le cosibattre. On expédia par mer desémis^ saires dans le Nord , chargés de conférer avec Christophe. Celui-ci dès qu'il reçut les premiers avis du projet d'irisurrecliott songea sérieusement ii se défaire de Capoix son rival le plus dangereux.
Les hommes les plus animés contre Dessalines aux Cayes étaient, WagnaCy Yoitaire, Bauregard, Raeolier, Lafrédinière , Verretet Tapia)]. Lafrcdinière était un blanc qai était devenu haïtien pour avoir pris les armes avec les ladigénes contre les français , ses compatriotes, et dont nous avons déjà parlé en racontant la guerre de Tindépendance. Yerret était aussi un français qui avait servi dans l'ancienne i3e. coloniale , et qui s était rallié^aux indigènes , lors de la prise d'armes de Pélion contre Lecierc en 1802. Il entra plus tard dans Tétat^major de Geffrard, au grade de colonel. A la mort de celui-ci, Dessalines le plaçft auprès de Géria i TAnse à-Yeau. Il était à présent aux Cayes. Les partisans de I Empereur étaient peu nombreux en celle ville , et la massede la population inquiète des menaces que lui avait faites S. Ifv se croyait compromise et ne pensait devoir trouver son salut que dans la réveille. Le général Moreau qui avait remplacé Geffrard était très dévoué au gouvernement; mais il était haï, et sans capacités; il n'était que brave. Devenu petit-maitre depuis l'expulsion des français, il ne s'occupait que de sa toilette et de ses plaisirs. Papaiier n'était pas personnellement hostile à Dassalines , mais il lejugeait capable de faire exterminer les mnocens comme les coupa«< Lies. Beaucoup de nos anciens pensent que si l'on avait été coniraincu , aux Caves , que Dessalines se fût borné à punir les auieurSs 4e la révolte qui va bientôt éclater , elle eût élé étouffée.
Il y avait en ville des réunions , chaque nuit , dans do nombreuses naaisons ; on travaillait l'esprit des troupes dont la iidélilé était déjà ébranlée , on envoyait des émissaires dans les campagnes ; onj correspondait avec le Nord et l'Ouest ; on préparait enfid l'insurrection. Mademoiselle; Euphémio Daguille, l'amie de l'Empereur, invitait Inginac à passer ses soirées chex elle; celui ci s'y rendait régulièrement; elle lui disait qu'il existait une conspiration; que de tous côtés, on parlait de la chute prochaine de l'Empereur j elle l'exhortait k donner aux autorités peu zélées^ une direction contre lo ^mouvement qui] s'organisait on Jui répétant sans cesse que Dessalioes avait placé oa lui toute sa confiapce ot que tov\V
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leui^s dosccndans ; qu'ils ne rêvaient qu'aux moyens de s'enrichir pour se retirer ensuite à Télrangâr. Dessalines répondit : quel remgde à tout ce mal ? J'écraserai les os à tous ces gens là, c'est ce que
, je, suis décidé à faire qu'en pense/ vous, Messieurs? N'ett ce
pcks la terrpur seule qui les contiendra ? Martial Besse et Bazeiais lui dijent, qu'au lieu de mettre toujours en pratique la terreur, ilvaudf^it mieux moraliser le peuple, l'instruire,- le porter à un travail régulier; qu'il vaudrait mieux ne plus enrôler indistinctement tous les jeunes gens qui souvent , dans les casernes , se corrompent par le jeu et les liqueurs Tories. Dessalines soutint que les indigènes no comprendraient rien à toutes ces choses. Alors ceux qui laocompagnaient lui dirent : puisque vous avez formé des soldats qui ont vaincu les héros ù(^s P}'ramides et de Marengo, pourquoi ne formeriez vous pas des citoyens instruits et de moralité. Dessalines, flatté d'entendre vanter SOS f.ilents militaires, promit de réfléchir à ces conseils. II demanda au général Guillaume Lafleur son opinion. Celui ci lui dit: < Je ne contrarierai pas votre manière de voir; mais vos, commères, vos amies^ vos Vaquais s'engraissent, tandis que vos pauvres soldats ont le ventre plai et sont tout nus. » Dessalines demeura fortement frappé decei dernières réflexions ; il déclara qu'au premier Janvier 1807 les abua (-0 tous genres cesseraient; que les fends publics ne seraient plus fol-
. l'iHont donnés aux courtisanes, qu'alors il habillerait l'armée , la p;irt)rait régulièrement et suivrait un tout autre système; il leur laissa euUUïihe qu il avait besoin, avant cette époque, de se défaire de qucfques hommes qui conspiraient et le gênaient. Mais le Destin avait fixé le terme de sa carrière au 17 Octobre 1806. Il rentraau palais satisfait de sa promf^nade.
Néanmoins, persistant dans son système* de vérification des titres de propriété ,• il rendit, quelques jours après, un décret relatif aux testamens et aux autres actes portant donation de biens fonds.
JACOKES !•', Empereur d'Haïti , et chef suprême de Tarmée, par la gi âce de Dieu et la loi constitutionnelle do TÉlat ;
Considérant que les tribunaux ont jusqu'à ce jour homologué îndistinetement tous les testamens qui leur ont été présentés ;
Considérant qu'au mépris de l'ordonnance du sept Février 1804 qui fixe Tépoque qui annulle les ventes , testamens et donations faites par les blancs, ces tribunaux n'ont ^cessé depuis leur installation d'homologuer et insinuer de tels actes , Décrète :
Art. 1er. A Tavenir lorsqu'un testament ou tout autre acte portant donation aura été présenté soit à l'homologation , soit à l*insinuation « le tribunal civil , avant de faire droit , donnera connais- «ance à Tadininistrateur principal de U division, de la demande en
HISTOIRE d'uaiti.— (1806) S83
homolo{{alion dûdit ttstoraent, à Teffet de s'assurer si Tctat n'est pas fondé à réclamer contre ladite demande.
Art. 2e. A lavenîr, aucun notaire ne pourra p$ser des actes portant irenle ou donation, qu'au préalable le vendeur ou le donateur n'ait produit outre set titres de propriété, un certificat de l'admi- DÎstrateur principal de la division qui atteste que ledit donateur ou vendeur est le légitime propriétaire, et que le bien qu'il veut vendre ou donner n'appartient ni en tout ou en partie aux domaines dé lElat.
Art. 3e. Dans aucun cas le tribunal ne pourra homologuer ou insinuer aucun acte portant donation que le requérant en justice n'ait produit le certificat mentionné en l'article précèdent.
Art. 4e. Les dispositions du présent décret s'étendent sur les ac« les même passés entre Haïtiens, etc., etc., etc.
Donné aux Cayes le 1er Septembre 1806, an 3e de Tlndépendance et de notre régne le second.
Signé: DESSALINES.
Par l'Empereur :
Pour le secrétaire général absent ,
Signé: Boisrond TONISÈRE.
Le lendemain (2 septembre), lEmpereur fit publier un décret relatif aux droits d*importalioB et d*exporlation et aux rétributions accordées aux directeurs de douane, capitaines de port, commissaires de marine, trésoriers et interprèles. Le même jour fut publié le tarif des prix annuels et moyens des marchandises importées dans l'empire d'Haïti, et des productions territoriales exportées des ports dudil empire. Ces décrets furent les derniers de l'Empereur.
Dessalines destitua ensuite plusieurs bons fonctionnaires. Il confia provisoirement, au général Moreau, le commandement de la première division du Sud; à l'adjudant-général Papalier, le commandement de l'arrondissement des Cayes, et maintint le colonel Bauregard au commandement de la place. Ces officiers reçurent pour instructions de visiter ou de faire visiter scrupuleusement tous les navires qui entreraient dans un des ports de la première division du Sud, et de trancher la tète au général Rigaud sur le pont du navire qui le ramènerait. Il craignait qu'il ne fut délivré par le peuple ou lês troupes si on lui donnait le temps de débarquer.
Pendant cet intervalle, les opérations de la vérification des comp- |iS administratifs et des titres de propriété continuaient activement.
398 BitTOiRE d'iiaiti. — (18C6)
Pérou tfait remportée sur les français en 1803. Le 8 au lever du soleil^ le général Moreau partit du Port Salut. Meeerou s'était eni« busqué avec les siens derrière de grosses pierres qui bordaient le chemin. Quand Iforeau parvint à Garata , un jeune tronspette qui précédait son escorte découvrit plusieurs létes apparaissant de derrière les rocbers et disparaissant aussitôt. Il cria à Tembuscadc I L'officier qui était à la tôte des cavaliers cSrnmanda résolument au trompette de sonner la charge, et à ses dragons^ sabre au poing. Il fut aussitôt soutenu par les aides-de-camp de Moreau. Celui-ci^ au lieu d'approuv«r sa résoluiioû , ordonna de faire halte. Il pouvait, par une charge vigoureuse ,. disperser le rassemblement; mais il avait Tespoir , en parlant aux insu?gés, de leur im|)oser. Ce lut en vain que les cavuli((r<» qui étaient à ses eûtes , reithortèront à forcer le passage. Il invita les conjurés a s'approcher pour lui parler ; ils sortirent de Tembuscade et rentourèreot. Il leur demanda ce qu^ils voulaient ; ils lui répondirent: Nous réclamons nos droilsl S'apercevant qu'il avait une attitude timide, ils s'approchèrent de lui davantage, enveloppèrent son* escorte, lui déclarèrent qu*il était prisonnier et lui demandèrent ses armes. Au grand étonnemeatdd «es officiers, Moreau s'écria : «Ah! vous m'arrêtez! Que désirez vo»? Lst*re mon sabre, parée qu il est beau? eh bien! le voici. »<II le rcinit ;i Mi^cerou. « Ce sont, sans doute, ces petits faquins des Cayes « qjii no veulent pas être soldats, que j'ai fait enrôler, qui conspi- « rcnt contre moi. » Mecerou lui ota son chapeau galoiiné, leVem» plaça par une coiifure de paille, et lui arrach:i ses épaulcttes. Moreau (Joscendif do cheval, ôta son habit et le foula à ses pieds avec indignation. H voulut alors se défendre; mais il était trop tard : les cavaliers de son escorte avaient pris la fuite, la plupart, vers les Cayes, des qu'il avait rfntis son épce. Il fut aussitôt conduit, pri* sonnier, sur riinbltation Tavernj où campèrent les insurgés. Les échos de 1:1 montagne répétèrent le son lugubre du Lambi , signal de Tinsurrcrtion générale; et la troupe campée à Taverny se grossit considérablement par le bruit du succès qu'elle avait obtenu.
A trois heures de l'après midi du 8 Octobre, la nouvelle de ce qui venait de se passer parvint aux Ca jes ; Papalier en fût consterné. Néanmoins, sans trop y ajouter foi, il réunit un conseil de guerre où il fut décidé que Wagnae serait envoyé à Garata, avec un escadron, pour s'assurer du fait, et, s'il était vrai , délivrer le général Moreau et ramener les insurgés par la persuasion. Bourdet, colonel de la i3.*, fit battre la générale, sans les ordres de Bauregard, commandant de la place. A cinq heures de l'après-midi, les régiments d'infanterie, d'artillerie et un escadron de dragons étaient réunis sur la place d'armes. Papafier t'y rendit avec Inginac et dit aux soldats : c Mes camarades , le général Moreau qui vous a toujours honorableaient comfbandés , % été arré-
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homologalion dudit tastaraent, à leffet de s'assurer si Tctat n'est pas fondé à réclamer contre ladile demande.
Art. 2e. A l'avenir, aucun notaire ne pourra passer des actes perlant irenle ou donation, qu au préalable le vendeur ou le donateur n'ait produit outre ses titres de propriété, un certificat de l'admi- DÎstrateur principal de la division qui atteste que ledit donateur ou vendeur est le légitime propriétaire, et que le bien qu'il veut vendra ou donner n'appartient ni en tout ou en partie aux domaines dé TEtat.
Arl. 3e. Dang aucun cas le tribunal ne pourra homologuer ou insinuer aucun acte portant donation que le requérant en justice n'ait produit le certificat mentionné en l'article précédent.
Art. 4e. Les dispositions du présent décret s'étendent sur les ac« tes même passés entre Haïtiens, etc., etc., e(c.
Donné aux Cayes le 1er Septembre 1806, an 3c de l'Indépendance et de notre régne le second.
Signé: DESSALINES.
Par l'Empereur :
Pour le secrétaire général absent ,
Signé: BoiSROND TONNÈRE.
Le lendemain (2 septembre), l'Empereur fit publier un décret rd« latif aux droits d*importaXioB et d'exportation et aux rétributions accordées aux directeurs de douane, capitaines de port, commissaires de marine, trésoriers et interprètes. Le même jour fut publié le tarif des prix annuels et moyens des marchandises importées dans Tempire d'Haïti, et des productions territoriales exportées des ports dudit empire. Ces décrets furent les derniers de l'Empereur.
Dessalines destitua ensuite plusieurs bons fonctionnaires. Il confia provisoirement, au général Moreau, le commandement de la première division du Sud; à Tadjudant-général Papalier, le commandement de l'arrondissement des Cayes, et maintint le colonel Bauregard au commandement de la place. Ces officiers reçurent pour instructions de ^visiter ou de faire visiter scrupuleusement tous les navires qui entreraient dans un des ports de la première division du Sud, et de trancher la tète au général Rigaud sur le pont du navire qui le ramènerait. Il craignait qu'il ne fut délivré par le peuple ou les troupes si on lui donnait le temps de débarquer.
Pendant cet intervalle, les opérations de la vérification des comptes administratifs et des titres de propriété continuaient activement.
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leui^s dosccndans ; qu'ils ne rêvaient qu'aux moyens de s^enrichî pour se retirer ensuite à rélrangâr. Dessalines répondit : quel reniçde à tout ce mai ? J'écraserai les os à tous ces gens là; c'^st ce que
,je, suis dticidé à faire qu'en pense/ vous, Messieurs? N>st ce
p9s la terr<>ur seule qui les contiendra ? Martial Besse et Bazelais lui di/ent, qu*au lieu de mettre toujours en pratique la terreur, ilvaudf^it mieux nioraliser le peuple, rinstruire.le porter i uo travail régulier; qu'il vaudrait mieux ne plus enrôler indistinctement tous les jeunes gens qui souvent , dans les casernes , se corrompent par le jeu e€ les liqueurs fortes. Dessalines soutint que les indigènes no compren- «Iraient rien à toutes ces cho<3es. Alors ceux qui raccompagnaient lui dirent : puisque vous avez formé des soldats qui ont vaincu les héros ci(^s Pyramides et de Marengo, pourquoi ne formeriez vous pas des ci* loyensi inslruiis et de moralité. Dessalines, flatté d'entendre vanter ses ti^lents militaires, promit de réfléchir à ces conseils. 11 demanda au général Guillaume Lafleur son opinion. Celui ci lui dit: « Je ne contrarierai pas votre manière de voir; mais vos commères, vos amies ^ vos Vaquais s'engraissent, tandis que vos pauvres soldats ont le ventre plat et sont tout nus. > Dessalines demeura fortement frappé de cep dn nières réflexions ; il déclara qu'au premier Janvier 1807 les abus (!(> tous genres cesseraient; que les fends publics ne seraient plus foll'ixent donnés aux courtisanes, qu'alors il habillerait l'armée, la [tarerait régulièrement et suivrait un tout autre système; il leur laissa entendre qu il avait besoin, avant celte époque, de se défaire de qnefques homtnes qui conspiraient et le gênaient. Mais le Destin avait fixé 1« terme de sa carrière au il Octobre 4806. Il rentraau palais satisfait de sa promenade.
Néanmoins, persistant dans son système* de vérification des titrée de propriété ,• il rendit, quelques jours après, un décret relatif aux testamens et aux autres actes portant donation de biens fonds.
JACQUES r', Empereur d'Haïti , et chef suprême de Tarmée, par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelle de l'État ;
Considérant que les tribunaux ont jusqu'à ce jour homologué^ indistinetement tous les teitamens qui leur ont été présentés ;
Considérant qu'au mépris de l'ordonnance du sept Février 4804 qui flxe l'époque qui annuité les ventes , testamens et donations faites par les blancs, ces tribunaux n'ont cessé depuis leur installation d'homologuer et insinuer de tels actes , Décrète :
Art. ier. A l'avenir lorsqu'un testament on tout autre acte portant donation aura été présenté soit à l'homologation » soit à Tin* sinuation , le tribunal civil , avant de faire droit , donnera connaiseance à radministrateur principal de U division , de la demande ea
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homologation dCidit tastaroeot, à Teffet de s'assurer si Totat n'est pas fondé à réclamer contre ladite demande.
Art. 2e. A l'avenir, aucun notaire ne pourra passer des actes portant vente ou donation, qu'au préalable le vendeur ou le donateur n'ait produit outre set titres de propriété, un certificat do Tadmi- DÎstrateur principal de la division qui atteste que ledit donateur ou vendeur est le légitime propriétaire, et que le bien qu'il veut vendre ou donner n'appartient ni an tout ou en partie aux domaines de l'Etat.
Art. 3e. Dans aucun cas le tribunal ne pourra homologuer ou insinuer aucun acte portant donation que le requérant en justice n'ait produit le certificat mentionné en l'article précédent.
Art. 4e. Les dispositions du présent décret s'étendent sur les actes même passés entre Haïtiens, etc., etc., etc.
Donné aux Cayes le 1er Septembre 1806, an 3e de llndépendance et de notre régna le second.
Signé: DESSALINES.
Par l'Empereur :
Pour le secrétaire général absent ,
Signé: Boisrond TONNÈRE.
Le lendemain (2 septembre), l'Empereur fit publier un décret relatif aux droits d*importalioD et d*exportation et aux rétributions accordées aux directeurs de douane, capitaines de port, commissaires de marine, trésoriers et interprèles. Le même jour fut publié le tarif des prix annuels et moyens des marchandises importées dans Tempire d'Haïti, et des productions territoriales exportées des ports dudil empire. Ces décrets furent les derniers de l'Empereur.
Dessalinas destitua ensuite plusieurs bons fonctionnaires. Il confia provisoirement, au général Moreau, le commandement de la première division du Sud; à l'adjudant-général Papalier, le commandement de l'arrondissement des Cayes, et maintint la colonel Bauregard au commandement de la place. Ces officiers reçurent pour instructions de ^visiter ou de faire visiter scrupuleusement tous les navires qui entreraient dans un des ports de la première division du Sud, et da trancher la tèie au général Rigaud sur le pont du navire qui le ramènerait. Il craignait qu'il ne fut délivré par la peuple ou las troupes si on lui donnait le temps de débarquer.
Peadant cet intervalle, les opérations de la vérification des comptas admimstratifs et des titres da propriété continuaient activement.
soi HISTOIRE »'haiti.~(1806)
la ville où le désordre était à ton comble, et les autorités procla- 1 mèrent Tinsurrection. On n'entendait que les cris d*A bas Dessalines; on demandait toujours la tète d'Inginac avec fureur. Celui ci craignant pourses jours se tenait renfermé chez Papalier , dont la demeure avail été jusqu'alors respectée à cause de Testime générale dont jl jouis* sait.
Pendant que les autorités dirigeaient Tinsurrection avec une activité prodigieuse, un piquet de dragons expédié par Wagnac arriva aux Quatre-Cbemios, faubourg des Cayes vers la plaine, avec mission de ftiire connaître à Papalier, que, pour éviter les plus grands malheurs à la ville, on lui proposait une entrevue, ainsi qu'aux principaux citoyens. Il' était quatre heures de Taprés midi. Ce piquet fit rencontre avec un jeune homme de couleur, nommé Henri , secrétaire de Yayou , qui arrivait de Léogane, couvert de poussière, et i bride abattue. Les dragons des Cayes l'arrêtèrent et lui demandèrent ce qu'il y avait de nouveau dans l'Ouest. Il répondit qu'il venait annoncer i Papalier, de la part du général Yayou, que les troupes de l'Ouest allaient marcher contre le Sud. Aussitôt on le traiua violemment chez Papalier. Comme celui ci n'était pas en sa demeure, on coupa la tête au jeune Henri et on la porta à la pointe d'un sabre à travers la rue. Les assassins découvrant Inginac sur la galerie haute de la maison , lui montrèrent la tète de l'envoyé de Yayeu, et lui dirent: Ton tour viendra bientôt. Papalier reritra chez lui un instant après, eut horreur de la scène sanglante
3ui venait de se passer, et renvoya le piquet de dragons en faisant ire à Wagnac qu'il acceptait l'entrevue peur le lendemain , aux Quatre- Chemins. Comme Wagnac avait fait savoir qu'il désirait, avant d'entrer en négociations, s'entretenir avec le colonel Bourdet, celuici se rendit auprès de lui accompagné de la plupart des officiers de la garnison des Cayes, et lui annonça, lui même, qu'il avait accepté l'insurrection; c'était ce que désirait entendre, Wagnac, car il savait que Bourdet exerçait une puissante influence sur la 13e.
Le lendemain, iO Oniobre, Wagnac et les insurgés du Port-Sa« lut , <i^une part , Papalier , Bourdet et les principaux habitans des Cayes , d'autre part , se réunirent aux Quatre-Chemins , et fraternisèrent. Bourdet proposa à rassemblée de se transporter en ville surle champ. Mais les principaux insurgés de la campagne , craignant un piège de Papalier , dont ils n'étaient pas sûrs , ne vouw I lorept pas y consentir. Bourdet leur offrit de demeurer en otage, i
aux Quatre-Chemins, sous la garde de leurs bandes armées. La .franchise qui brillait sur son front dissipa toutes les défiances, et Wagnac accueillit la proposition d'entrer en ville , en disant qu'on n'avait pas besoin d'otage; que pendant quatorze ans on avait fait la guerre pour la liberté, et que c'était encore pour elle qu'on venait ip s'armer. L'assemblée déeida qfl% Wagnac prendrait le eomrnaa*
HISTOIRE d'haiti. — (1806) SOS
dûment de la première division du Sud, et que Papalier conserva* rait celui de Farrondissemeat. Papalier annonça qu'il accueillait toutes ' les mesures qui pourraient faire le bonheur du pays. Entrons aux Gayes, s'écria Wagnac!— Eh quoi! dit le chef d escadron Raco* lierl BOUS oublions Inginac et Almanzor, ces deux sicaires de Dessalines. Papalier fit observer qu'on ne devrait pas songer à verserle sang de qui que ce soit ; qu'on avait besoin de railleries hommes de tous les partis, et que le plus sûr moyen de nuire à la réussite de Tinsurrection, serait d'exercer des réactions. Il fut appfaudi par rassemblée, et les gens du Port Salut et de là plaine des Cayes ayant i leur tète Wa^nac et Racolier , entrèrent en ville , k deux heures de Taprèsmidi.
Pendant Tentrevue des Quatre-Chemins, un des chefs de bataillon de la 13e, Pérou, vint chez Inginac, et lui ordonna de le suivre pour qu'il le rott en lieu de sûreté. Inginac redoutant un assassinat se refusa à lui obéir, malgré plusieurs sovnmations, lui reprochant é- ' nergiquement de s'être chargé d*une mission criminelle. Pérou lui déclara qu'il n'était pas venu , de son propre mouvement , et lui exhiba Tordre qui suit, qu'on lui avait remis au bureau de la place:
t Ordre au* chef de bataillon Pérou de se rendre au logement du « nommé Inginac, à la lAle d'un détachement de grenadiers, de le « prendre, de le conduire vers la Tourterelle, et de lebaîoqnetter. »
Inginac demeura consterné; Pérou, -attendri, versa des larmes et lui donna l'assurance qu'ait ne serait pas son assassin. Il lui laissa pour le garder cinq grenadiers sur lesquels il comptait, et se retira. Vingt minutes après, trente soldats, conduits par le citoyen Ghinon , envahirent la maison. Malgré tes efforts des cinq grenadiers qui étaient demeurés autour d'Inginac, il allait être saisi et baîonneuê; il se disposait i s'ôter la vie d'un coup de pistolet, lorsque Papalier, qui avait appris les dangers qu'il courait, parvint dans l'appartement, éearta les soldats, et déclara qu'il faudrait, pour qu'on ht mourir Inginac, qu'on le sacrifiât d'abonl. Les soldats ^e reii* rèrent. Papalier se rendit dans le sein du conseil des insurgés et obtint qu'on ne fit aucune tentative pour a^racher la vie à Inginac. Cependant celui ci qui avait perdu l'espoir d'être épargné , se fût donné la mort si 1 administrateur Frémont,son ami, n'était venu le rassurer contre tout nouveau péril.
En même temps la maison de M. Ile Eupfaémie Daguille était enva* hie par une foule de forcenés qui voulaient la maltraiter et la livrer à toutes sortes de brutalités. En femme d'esprit elle sut se sous* traire à leurs fureurs en leur servant un magnifique dessert, et ea les égayant par ses chants.
^agnac chargea le capitaine Rousseau de la ile et le citoyen Glaî« ail de se rendre à Aquin auprès du dblonel Vancol pour hâter soa adhésioo à la révolution. Vancol était parti d'Aquin avM Tordre di)^
804 msToiBE d'haîti.— ( 1806 )
général LaQeur de combattra les insurgés. En arrivant à St-Louis, il avait eonfié les troupes qu'il eommandail auchc^rde bataillon Fossé, et avait accéléré sa marche sur les Cayes. Rousseau et Glaisil le renronliérenl sur Thabilalion Bergeaud, et retournèrent avec lui auprès de Wagnac. Vancol , un des «fnciers les plusinfluensduSud, avait déjJÉ gagné les troupes d'Aquin qui le suivaient d« près.
Wagnar réunit sur la plaee d'armes la garnison des Cayes, et dit aux soldats que cette insurrection ne provenait pas de Tambition; que la fyiannie seule de Dessalines l'avait fait naître. Après leur avoir exposé qu'ils n'avaient jamais été payés, depuis la nomination de Dessalines i la dignité d'Empereur, il ajouta que celui-ci couvrait d'or et de pierreries de nombreuses maîtresses, dans chacune des \illes du pays. Eh bien.! désormais vous serez payés, a'écria-til ; domain vous recevrez tout ce qui vous est dû. C'est le général Christophe qui est aujourd'hui ft la tèle du gouvernement; il ne dissipera pas largent qui vous appartient en le prodiguant à •es femmes et^ ses favoris. Vive le général Christophe! Les troupes rf'pétèrent ce cri , et ajoutèrent : vive Wagnac I vive Papalier! Wagnâc mettait en avant le nom de Christopke, parce qu'il avait été initié , dès 180S , à la conspiration de Geffrard.
Le même jour, 10 Octobre, la 17e., en marche d'Aquin sur les Cayes , se prononçait pour le mouvement. Lorsque le général Guillaume Lafleur , commandant de l'arrondissement d'Aquin , avait appris l'insurrection, le 9 Octobre, par la lettre que lui avait adressée Papalier , il avait mis toutes les troupes sous les arnet et avait écrit à Dessalines, tout en lui envoyant la lettre de Papalier , qu'il allait marcher contre les insurgés. Nous venons de voir qu'il avait expédié le colonel Vanool et le chef de bataillon Fossé contre les insurgés avec les compagnies d'élite de la 17e. , et que Vaacol était déjà entré aux Ca^es pour se rallier i Wagnac.
Le 10., dans la matinée, Lafleur atteignit la i7e qui déjà était gagnée contre TEmpereur. Il blâma sévèrement le chef de bataillon Fossé de n'avoir pas plus accéléré sa marche dans une circonstane# ai grave. Fossé lui répondit avec humeur qu'il n'avait pu se h4ter dsLvantage, Une vive altercation s'établit entre le général et le commandant. Lafleur, indigné, dit aux officiers: < 11 parait que vous 4tes aussi des conspirateurs ; c'est sans doute pour cela que vous ne m'avez pas rendu les honneurs militaires quand je suis arrivé. Puisqu'il en est ainsi je vais joindrS* Dessalines. » Alors ua ancien officier de cavalerie nommé Joute Bardet lui dit : Ah ! ton Dessalines; il deit avoir la tète coupée en ce moment; quant à toi, tu •s notre prisonnier.— Vous aussi, s'écria Lafleur! qu'on me donne mon cheval! on s'opposa à ce qu'il s'en retournât. Il s'élança sur sa monture avec fureur et traversa la rivière , prenant le chemin des Cayes. L^ jeunes gens de Cav^ilon , craingant qu'il ne se rendit
BMTOIRE d'hAITI. — (1S69) SOfi
à Aquin, par des chemins de traverse, s' élancèrent k sapoursuiteg ayant à leur tète un nommé Guerrier Haya , le joignirent et le contraignirent & cheminer avec eux. Il arriva aux Cayes avec la ITe.^ escorté par cette jeunesse. Il descendit chez Quenez qui occupait une des maisons bâties sur le rivage de la mer. Tous les chefs de l'insurrection s'y trouvaient réunis. Ils Taccueillirent avec distinction et lui proposèrent aussitôt de se ranger du parti de la révolte. Il leur répondit avec colère: pourquoi a- ton commencé par méconnaître l'autorité des chefs. Je veux, avant de prendre une détermination , me battre avec le chef de bataillon Fossé qui m'a insulté.— Puis s'adressant à Wagnac; je désire, colonel, avoir une entrevue avec vous ; venez me voir ce soir. Lie générai Lafleur , n'ayant pu vaincre sa colère, fil nait^^e des soupçons sur ses intentions ultérieures: les insurgés pensèrent qu'il vouhiit ramener Wagnac i la cause de Dessalines. Il sortit de la miason de Que^nez , et alla librement se choisir une demeure. II demanda, de nouveau, à s'entretenir avec Wagnac; celui ci refusa de le voir. Dans la journée, une compagnie de grenadiers fut envoyée sous sa galerie , à poste fixe. Il erut que ces soldats étaient venus monter la garde pour lui rendre les honneurs dAs à son grade ; mais Tofficier qui comman* dait le détachement avait reçu l'ordre de le retenir prisonnier. Comme Lafleur était un officier très estimé aux Cayes et qu'il avait de l'influence sur les .troupes , les conjurés , ignorant ses intentions, voulaient Tempécher de communiquer avec les citoyens. Ses aides« de-camp et ses guides furent arrêtés et envoyés au camp Gérard où avait été conduit le général Moreau. Lafleur demanda encore, mais en vain , i s'entretenir evec Wagnac.
Le 10 Octobre, on savait i l'Anse à Veau toutes les eirconstancee de rinsurreelion des Cayes. Le général Gérin , ministre de la guerre, retiré sur l'habitation Laval, en convalescence, avait ordonné au général Vaval, commandant de l'arrondissement, de marcher contre les insurgés avec^ une forte division. Il avait en même temps écrit à l'Empereur qu'une révolte de quelques petits propriétaires venait d'éclater dans la plaine et les mornes des Ca}es , que le général Moreau, se rendant à Tiburon , avait été arrêté, et qu'il allait personnellement combattre le mouvement, à la tête des grenadiers et des ehas* seurs de la 15e. et de la 16e.
Le même jour, i une heure de relevée, le colonel Francisque, sortant des Cayes, entra à l'Anse à Veau. Il donna aussitôt une direction contraire i tous les esprits. Il réunit chez lui les sous-officiers de la 15e qu'il commandait. Il leur dépeignit, avec chaleur, leur misérable condition, leurs privations, leur éloignement de leurs foyers;^ il leur représenta qu'ils ne recevaient ni solde, ni ratioAS^
^ Lu 15«. était une «iemi-brij^ade d'Ai][uia alors eo garnison à rABi«-à-V«ati.
SOI HISTOIRE d'h AIT!.— (1806)
ni habilUmens, êi qu'ils étaient obligés de \ivre de rapines, comme s'ils fussani en pays ennemi. Ne seriez*vous pas satisfaits d« re* tourner dans vos familles? N% voudriez-vous pus être au terme de \os privations ? S'apercevant que ses paroles produisaient sur eux une impression favorable, il continua: le général Christophe a levé au Cap Tétindard de la révolte; Aquin , Cavâillon, les Caycs, Tiburon, Jérémie sont en pleine insurrection.^ L'Anse à-Yeau est la seule ville qui soit en retard. Hâtons nous d'imiter nos fi'^res I Bientôt Dessalines sera enseveli dans la plaine de TArtibonite.» Ces Hiots électrisèrent les soldats; ils jurèrent tous de mourir pour la liberté. Le colonel réunit ensuite les officiers, et son langage produisit sur eux le même effet. Il se présenta ensuite au front dd la loe qui avait pris les armes, et le corps en entier cria: mort au tyran! La 46. s , suivant Timpulsion donnée par la 45. e, jeta le eièmt cri. Aussitôt après ce succès, Francisque partit, accompagné de guelqurs offlciers , pour l'habitation Laval, située à une lieue de la ville. Il y parvint à trois heures de I après midi. Il y trouva le minisire de ia guerre et de la marine, à table, au milieu de sa faaiille. Gi'^nérai, lui dit-il, vous savez que la ville d(s Clives est en insurrection! La 45. e et la 46. e viennent de jurer guerre à mort k Dessalines! Partons, et venez vous mettre a leur lèlé* Gérin lui réppndil avec «calme : Vraiment , colonel , je ne conçois pas votre imprudence ; vous ne calculez donc pas les suites .de cette entreprise 1 avez vous oublié les malheurs de la guerre civile sous Rigaud et Toussaint? » Madame Abelle, sœur de Geiïrard, et compagne de Gérin, Técoutail avec des yeux de fou. Depui*^ la mort de son frère, qu'elle croyait, sans raison, avoir été empoisonné, elle nourrissait contre Dessalines une tiaine implacable. Indignée de la réponse de Gérin, elle se leva de table, et lui dit avec énergie : «Général, si vous ne vous sentez pas le courage de prendre les armes contre le tyran, donnez mot votre habit, vos épaulettes et votre épée, 'je me nettrai à la léle de vos troupes.» Gérin ébranlé par ces paroles, s'écria: Eh bien! je veirai si l'on saura mourir avec moi dans la terrible résolution que nous prenons aujourd'hui. Il sortit de le salle, monta à cheval, se rendit en ville, passa les troupes en revue et leur ordonna de se tenir prèles à marcher sur le Port au Prince. Wagnac , sentant que son nom n'était pas assez influent pour qu'il pût se décisirer le chef de l'armée , songea à mettre à la tète de l'insurrection un général capable d'inspirer de la confiance au peuple et aux troupes. Il porta les yeux sur Gérin, ancien divisionnaire, ministre de la guerre et de la marine. Il députa auprès de lui le citoyen Castaing. Celui-ci , en arrivant à l'Anse à Veau , annonça à Gérin qu'il avait été proclamé chef de l'armée insurrectionnelle du Sud»
^ Le Cap Qt s^était pas soulevé. Jéréaxie éiEiit enoots dans is ievoiii
HisTorRE d'haiti.— (1806) 8*7
Gérin accepta cette haute et périlleuse position et expédia aux Cayes, le 12 , dans la matinée , Faubert et David Troy avec mission de faire juger les généraux Moreau et Lafleur, et d'arherainer toutes les troupes sur le Pont deMiragoâne. Le général Vaval, •t Bruni -Leblanc , colonel de la i6e., acceptèrent l'insurreclion avec ardeur.
Gérita adressa h lettre suivante au général Christophe.
A l'Anse à Veau , le 12 Octobre 180C.
^ giniral de divisionp ministre de la guêtre et de la marine ^ au général en chef de l'armée d'Haïti.
Mon cher général , '
Tous les militaires et le peuple vous regardent depuis longtemps comme le successeur au gouvernement dilaïli. La tyrannie qu'exerce sur l'armée et le peuple d'Haïti le génie destructeur de l'Empereur actuel a Tait rompre le frein au peuple de la partie des Cayes. Le 10, dans la plaine, l'inspecteur, le colonel Etienne Mnuor, y 1 tu la lête tranchée,* pour avoir voulu exécuter les ordres qu'il avait de tuer tous les hommes vieux libres , surtout de couleur. Cet ordre donné par l'Empereur^ d abord au général Moreau et à cet inspecteur, ainsi qu'à d'autres, a été déjoué par le colonel de la cavalerie Wagnac, un des bons et braves frères de tout le département. Le général Moreau a été arrêté par le peuple, et les troupes ont demandé leur paie. Je crois que je serai obligé d'en faire de même ici pour éviter la défection des troupes , et les habiller ; leur étal fait pitié ; je vous ai vu gémir sur leur sort.
Comme ministre de la guerre, parla Constitution, je dois faire payer les troupes; mais Sa Maj^'slé ne m'a jamais témoigné le moindre désir de les faire solder. Alors,- honorable général, ne seraitil point de voire dignité de prendre à cœir la cause des troupes et du peuple, et me donner vos ordres; car si les chefs ne montrent pas 4le Téuergie, le pays sera boule\ersé de fond en comble, par les suites des démarches inconsidérées du chef du gouvernement : le renversement de l\ culture, la destruction du commerce étranger, les familles dépouillées de leurs propriétés, jetées dans les rues et les grands cliemins; d'aulres ruinées par des amendes, des confiscations les plus absurdes; vingt mille gourdes par an ne suKisaient, à peine, pour entretenir chacune de ses concubines dont on compte au moins une vingtaine ; les munitions de guerre prodiguées
* Nous avons déjk dit qu'£tienn« Mentor , ayant reçu plus de trente coups de iiabre , avait été laissé pour mort. Il vécut bien des années aprôs.
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dans des saluts insignifians^ dans un pays où Ton doit s'attendre & se voir envahir par Tennemi étranger ; des fortilicalions sans un baril de maïs, qui est une production qu'on peut se procurer sans la moindre dépense, et cela, par une dcliance mal placée et hors d'œuvre, dans un temps où tout le monde n'avait d'autre but que de s'ensevelir sous les ruines de son pays ou de le d<^fendre en homme libre. Mais la liberté, grand Dieu! est un Vain nom dans ce pays, qu'on n'ose plus prononcer ouverlenient, quoiqu'il soit placé à la tôle des actes; mais elle n'exisle que là. On a usurpé les vœu^s des généraux pour une Constitution dont ils ignoraient le prtmier mot^ et qui tî(î leur a été connue qu$ lorsqu'elle fut publiée^ quand on Ta reçue, cl qu'il foule aux 'pieds chaque jour. Si le despote de Constantinople l'eut faite, elle n'aurait pns été plus cruelle; il existe des lois, et l'on fusille , baïonnette des hommes, île nifit , sans jugement.
Enfin, si l'on voulait analyser les maui dont le peuple est opprimé, les bourreaux de France môme en rougiraient; le peuple esl lassé, et nul homme de sentimeiit ne peut [)lus exister sous un pareil gouvernement. On ne meurt qu'une fois, et quiconque je laisse avilir est digne de l'être; je n'y ai jnmais consenti, mais bien de vous reconnaître pour le premier chef de cet empire, jusqu'à ce que le moment heureux de vous le prouver, de vive voix, soit arrivé.
J'ai l'honneur d'être, de V. Exe, le très humble serviteur et ami,
Signé, Et. GÉRIN.
Géiin confia cette lettre à un capitaine de barge, qui appareilla de l'Anse-à Veau.
Pendant cet intervalle les troupes de la garnison des Cayes ee montraient impatientes d'èlre payées. Les feuilles de solde n'étaient pas encore faites. Mais le dimanche i2, les quartiers maîtres les présentèrent; comme elles n'avaient point été dressées d'après les instructions qui avaient été données, on décida qu'elles seraient ' refaites et que la garnison serait payée le lendemain. Le môme jour., 12 , les chefs des insurgés se réunirent chez Papalier pour s'entendre sur les dernières mesures à prendre. L'anarchie était à son comble ; Papalier ne commandait l'arrondissement que de nom, les chefs des premiers insurgés exerçaient toute l'autorité. Il y avait à la réunion Bauregard , Yan'col , Boisquenez , Uacolier, Wagnac, Vol* taire, Sully, et beaucoup d'autres. Le chef d'escadron Racoiier lit observer qu'on ne devrait prendre aucune décisien, sans avoir entendu Mécerou qui avait donné le signal de la révolte. On l'envoya chercher , et il arriva aux Cayes , le môme jour , dans l'après midi. 11 entra presque Ivre dans la salle du conseil. Il voulut iaire une distribution de toutes les fonctions] il parla de nommer^
HISTOIRE p'HAITI.— (1806) 809
»înîstP6 des finances, son cousin Sully que Dessalînes aTaît appelé a la charge de directeur de douane. On lui proposa le grade de colonel qu'il refusa; il sortît de l'assemblée disant qu*il .\oulait être général de division, et annonçant qu'il se rendrait en plaine, et i?iendrait saccager la ville , i la tète des cultivateurs. 11 se livra k tant d'extravagances dans les rues, que les conjuré* décidèrent qu'il serait arrêté. Pdr ses cris, il avait déjà donné Talarme dans toute la ville. L adjudant de place Lacoule le chercha d'abord vaincmcntf enfin on le trouva renfermé dans une grande malle chez son cousin Sully où il s'était réfugié à Tapproehe de la garde. Les soldats pillèrent^ la maison de Sully , et Mécerou fut conduit en prison. AuKsi disparut de la scène le chef de la révolte du Port-Salut.
La pluie, tombant avec abondance, avait transformé les rues en torrents. La ville était devenue presque impraticable , et le 13 dans la matinée, David Troy et Faubert,- sortant de l'Anse à Veau, arrivèrent aux Gayes, porteurs des ord-res de Gérin. Comme Inginac avait fait verser au trésor beaucoup d argent, on put employer la fournée à payer toutes les troupes. Le lendemain , le colonel Bourdet reçut l'ordre de Wagnac de partir pour le Pont de Mirogoâne , la clef du département du Sud, et le colonel Vancol , pour Jérémie. Vancol devait combattre Bazile, colonel de la 18e. s'il refusait de se déclarer contre Dessalines, Le colonel Bourdet fil observer à Wagnac, mais sans succès, que si Bazile résistait, un seul régiment ne pourrait le vaincre, qu'il serait pfus prudent de l'envoyer avee Vancol. D'après les conseils de David Troy et do Fauberi, les autorités adressèrent au général Christophe la pièce suivante : ^
Aux Cayes, le 13 Octobre 1806.
Les Chefs de l'armée du Sud au Général en Chef.
- Ils sont donc connus , ces secrets pleins d'horreurs.
Le général de brigade Moreau et ses adhérans, dignes satellites du tyrr^n, étaient les porteurs de ces ordres écrits pour exterminer la mal- H^uremê classe des anciens libres de toutes couleurs. Dessalines, qui leur doit beaucoup, veut maintenant briser l'instrument dont il s'est en partie servi pour parvenir au faite de sa grandeur; il a réuni aux domaines les propriétés les plus authentiques ; il a fait des leyée% de troupes: il fait faire dos levées d'argent; Tous les cœurs étaient ulcérés, Tindignation était à seh comble. Le peuple en înasse s*est levé ; nous avons tiré Tépét , et nous ne la remettrons dans le fourreau que lorsque vous bous l'ordonnerez.
NotiS ne vous cachons pas, digne général en chef, que nous croyons votre indignation au moins égale à la nôtre; et nous vous procla* fDons avec joie et à Tunanimité ^ le Chef suprême de cette ile ,, sous
310 &I8T0IRB D*HAITi:— (t806)
qudqua dénomination qu'il voug plaise de choisir; tous lescœurt sont à vous; nous jurons devant Dieu, de vous èlre toujours fidèles , de mourir pour la liberté et pour vous.
Nous ignorons quel est votre sort et votre position ; mais nous espérons que vous combattez en ce moment Dessalines. Nous avons appris indirectement (|ue vous vous étiez emparé du trésor du Gap et que vous aviez payé vos troupes; nous venons den f^ire autant; noire trésor des Cciyes s'est trouvé grossi par les exactions et les coniiscalions ordonnées.
Nous ferons mirohor demain des troupes pour le Pont de Mirago&ne en attenJjnt que nous soyons surs des inienlionsdu colonel Lamarre, à qui nou^i avons écrit au Petil-Goâve , et qui certainement ne se Fera pas prier pour partager notre indignation.
Nous avons aussi écrit au général de division Gérin , en ce mo* ment au Petit Trou, pour lui offrir provisoirement les deux divisions du Sud.
Aquin, l'Anse à Veau et Jacmel sont pour nous et pour vous; aousn^ sommes pas encore surs de Jérémie , purcequ'il y a là deux partisans du tyran qui ont du pouvoir et qui pourraient en abuser; cependant nous devons espérer le contraire. Au reste le colonel Vancol marchera demain pour le soumettre, ou le persuader au besoin..
Le général de brigade Môreau , marchant vers le cap Tiburon ^ pour exécuter une nouvelle St. Barihélemy a été arrêté dans la plaine 'i)ar noire parti. Le général Guillaume Lafleur a été aussi arrêté en ville.
Nous altendons, général en chef, vos ordres pour l'ensemble de nos opérations ; soyez noire prolecteur et celui d'Haïti; nous espérons que Dieu bénira la bonne cause.
Nous vous prions , brave général , de ne point mettre du retard dans votre réponse, et d avoir avec nous une correspondance trèsactive, soit par mer, soit par terre, s'il est possible.
Nous avonà Thonneur d*èlre avec un profond respect, général , vos très humbles et très obéissaes subordonnés.
Peur le colonel Wagn\c , commandant Farmée de la première dî- \ vision du Sud, Voltairb ; Beaurecard*, Papalier , Vancol , Ra-
COLIER , L. BOURDET ,* J. RoCUbR , LaCOUR.
Comme les pluies continuaient à tomber avec abondance , les troupes ne purent se mettre en marche que le quinze, la i3e. demibrigade pour le Pont de Miragoâne , et la 17e. pour Jérémie. inginac partit des Cayes avec Papalier. Celui-ci Tavait placé dans son escorte et le protégeait. Il suivit la route de Miragoâne se tenant toujours à côté de Papalier peur n'être pas assaKiné. Quaal
■isT^iBE d'haiti.— (1806) tu
i Alma^pzor , dès Us premiers inajens de la révolte, il s'était embarqué sur un caboteur et s était rendu aux Gonaïves.
Pr^ndanl cet intervalle, les troupes de Léoganejet du Port au-Prince». qui ne se montraient pas acharnées contre Dessalines, se disposaient, à se mettre en marche pour le Sud , sous les ordres du général Pétion.
Le général Gérin, de son côté, après avoir expédié, le 13, le chef d'e:icadron Borgeila commandant de la place d'Aquin, aux Cayes , avec ordre de hâter le départ des troupes de celte ville , sortit de 1 Anse à-Veau avec les 15e et i6e demi*brigades ainsi qu'un escadron de dragons commandé par Jean Langevin et parvint au Pont de MiragoÂne, le même jour, marchant contre les troupes de l'Ou^ est dont les sentimens ne' lui étaient par parfaitement connus.
Il s'établit au pont de Mirago&ne qui traverse Télang de ce nom , limite , au Mord de la presqu'île , des provinces de lOuest et du Sud. Il entoya aussitôt au Petit Goàve auprès du colonel Lamarre, pour le gagner à I insurrection , les citoyens Galice Brouard et Ni« coIjs Brouard. Lamarre, colonel de la 2ie. , était à la tèlede 1800 hommes qui lui obéissaient aveuglement. Quand les deux envoyés, parvinrent au Petit GoÂve, ils annoncèrent, en public, qu'ils s* étaientréfugiés auprès de leurs familles rour ne pas prendre p^rt à ce qui se passait à TAnseà-Veau. Mais» d'un autre côté, ils obtinrent de Lamarre un entretien particulier, et lui exposèrent le but de leur arrivée. Lamarre repoussa leur proposition et. ordonna qu'on forli-> fiAt le pont Chabanne, à Tentrée du Petit Go&ve, vers le Pont de Miragoân^ Il écrivit au général Yayou, commandant de Tarrondissemcnt , qui se tenait à Léogane,*que les troupes du Sud voulaient envahir la province de lOuest. Yayou fit aussitôt connaître à Pétion, commandant de la 2e. division militaire de l'Ouest , ce qu'il venait d'apprendre. Dans ces entrefaites , un vieillard nommé Jérôme se présenta au pont Chabanne et remit a Lamarre uué lettre quefiorgella lui avait adressée à son départ d'Aquin, pour l'Anse à-Veau, lorsqu'il se rendait auprès deGérin. Les elTetsen furent prodigieux. Elle commençait par ces mots : Aux armes! Aux armes ! cher Lamarre! la voix de tes frères t'appelle au secours de la patrif; ! Lamarre se montra tout- & coup ébranlé. Cette lettre lui rappelait ses anciens compagnons d'armes «les plus chers qu il allait combattre, ceux auxquels il avait maintefois «dit qu'il n'avait qu'à se louer de i'Empe* reur, mais que s'il continuait à se livrer à toutes sortes d'excès ^ leur parti serait le sien. Il se résolut à se prononcer pour l'insurrection. La nuit était très- avancée ; vers la pointe du jour du 14, le général Yayou entra au Petit Goftve à la têie des troupes de Léogane, et presque en même temps Gérin 'faisait prisonnier Ëveillard» officier de la 24e, commandant du poste du pont de Miragoâne, el pénétrait au Petit-Goftve» après avoir franchi, au pas de course^ uxk
dit HISTOIRE d'hAITI.-^(U06)
espace dt six lîeues. Lamarre exhorta Yayoti à obtenir une en* trevued^Gérin, et conieilla à celui-ci de faire occuper le fort Liberté, à une petite distance de la ville, où' il' n'y avait qu'une faible gar^ Bison. Gérin s'empara aussitôt de cette position , y établit te deuxième bataillon de la i5e, commandé par Léveillé, et accepta de Yayou Tentrevue que celui «ci lui fit proposer. Bein qu'il exposât avec chaleur à ce général les causes qui Pavaient déterminé à prendre les armes contre Dessalines, il ne put l'entraîner. Yayou lui répondit : Je serais des vôtres , si dans votre parti , les inférieurs avaient su respecter les supérieurs. N*a*t-on pas déjà fait mourir le général Vaval? Gérin ordonna qu'on introduisit Vaval dans la salle. A la vue de celui-ci, Yayou étonné, se montra irrésolu. Néanmoins il fit encore quelques objections , qui furent combattues avec succès, sur la témérité de l'entreprise. Il abandonna le lieu de l'entrevue en déelarant qu'il ne prendrait une résolution qu'après avoir entendu le général Pétien. Au même instant entra au Petit- Goâve, un aide-de camp de l'Empereur, le commandant Delpèche. Il était chargé de pénétrer dans le Sud , de s'assurer de l'impor* tance de la révolte, et d'en faire un rapport à S. H.> Comme l'insurrection avait atteint le Petit Go&ve, il ne put franchir cette ville pour par* venir au pont de Miragoâne ; il reprit la route de Marchand, en toute hâte. Pétion était parti du Port-au-Prince avee les onzième et douzième demi brigades , mar^^hant contre le département du Sud. Germain Frère , emporté par son zèle , avait abandonné son poste de commaidant d'arrondissement pour le suivre. En appre* nant le caractère formidable de la révolte , Pétion avait pris la détermination de se joindre à Tarm'ée du Sud; il se fut bien gardé de laisser derrière lui un homme entreprenant tel que Germain Frère qui se fût opposé à sa rentrée au Port au-Prince et eut défendu cette ville avec vigueur contre le^ insurgés jusqu'à Tarrivée de. Dessalines. ^}uand il parvint à Léogane, il rencontra le général Magloire Ambroise qui , quoique malade , s'y était fait transporter pour l'aboucher avec lui. Il s entretint une heure avec ce général, lui confia qu'il allait se rallier aux insurgés, et lui ordonna de se rendre à Jacmel pour se prononcer contre Dessalines. Continuant sa marche rapide, il prit le devant sur ses troupes, laissa le général Germain Frère au Grand Goive pour y attendre *les lie et 12e, tra* versa le Tapion, le 15 Octobre, à dix heures du matin, et fut neçu avec distinction par le lieutenant Solage qui était à la tète de la première compagnie des grenadiers de l'avant-garde de l'armée ia- SUrrectiennelle. Il découvrit le général YayoU" qui accourait seul au-devant de lui. Yayou l'aborda et lui raconta la eoBversation qu'il avait eue la veille avec Gérin. Pétion lui dit: € C'est bien; ne perdons pas un instant ; acceptons l'insurrection , car Desnlines aéra sur aous, peut«âtre demain, a II entra au Petit Gol<i
ve à midi, frtUrnisa avec les insurgéi et eonsentit à laisser lecom* mandenent en chef de l'armée au général Gérin.* Les troupes insurgées défilèrent aussitôt pour le Porl-au Prince, au pas do course; elles avaient encore dix-sept lieuos a parcourir. Arrivé au Grand- Goâvo, Gérin fut frappé de Tatlitude froide des deux demi brigades deTOuest. Germain Frère, enveloppé par les' corps du Sud feignit d'accepter la révolution : il temporisait pour se prononcer au Portnu Prince en faveur do Dessalines. Gérin fit prendre la droite par les i5e et i6o, plaça au centre les Ile et 12e dont il so déSait, et la 24e à Tarrièro garde. Beaucoup de citoyens armés, des femmes, des enfans suivaient l'armée on ohantant,encréole, à travers les mornes et la plaine : Lo diable a brisé ses chaînes, qu'on prenne Dossalinos ^^^ Mais partout, sur leur passage , ils respectaient les propriétés. L'insur« reclioD était toute militaire, et les cultivateurs abandonnaient fort peu leurs travaux pour courir aux armes. Los insurgés parvenus à Léogane au coueber du soleil, j passèrent la nuit. Le lendemain, 16, à k pointe du jour, les 18o, 16e, lie,* 12e, 21e et 24e demi-brigades, et trois escadrons, do dragons, dix- mille hommes, s'acheminèrent sur lo Port au- Prince et y arrivèrent à quatre heures do Taprèsmidi. Le général Germain Frère qui avait été arrêté en chemin fut jeté en prison. Les troupes du Sud traversèrent aussitôt la \ille et ne s'arrêtèrent qu'au portail St. Joseph. Le commandement de l'arrondissement fut confié à un nommé Dieudonné Chariot, aidede-camp de Pétion ; et le commandant de la place, Bédouct sur lequel on exerça une tentative d'assassinat^ s'évada et se cacha. 6érin plaça en embuscade au Pont- Rouge les 15e et ICe. demi brigades; il établit au portail St. Joseph lés 21e et 24e, et les lie et 12d demeurèrent au centre de la ville, sous les yeux de Pétion.
Les insurgés ne doutant pas du succès de leur entreprise, et effrayant par leur audace l'esprit timoré des habitans du Port-au-Prince, rédigè-rent aussitôt la pièce qui suit , intitulée , Résistance à l'Oppression.
< Une affreuse tyrannie, exercée depuis trop longtemps sur le peuple et l'armée, vient enfin d'exaspérer tous les esprits et les porter, par un' mouvement^ digne du motif qui lo ût naître , à se lever en
• Boisrond Canal et Ta pian étaient arrivéa au Petit-Goâve lo 15 , envoyés par le conseil des conjurés des Cayes , pour s'enquérir des nouvelles do rarmée. Gérin leur remit à Tadressa du colonel Faubert la iettra suivante: Pciit-Goâve , le 15 Octobre 1806.
B4on cher Colonel , Vous saurez qu'après de logères difficultés je suis entré' en aette ville sans btà- 1er une amorce.
J'ai eu le bonheur de joindre le général Pétion, nous nous sommes parfaitement entendns, et nous défiUns, sans perdre de temps, pour le Port-au-Prince. Jus- 3u'à présent le Souverain-Arbitre a dirigé nos pas. Je vous eng^age à vous renire à l'armée où vos conseils me seront utiles.
^ Diable là cassé chaloes ^ quimbé D«ssaline9.
masse pour former une digue puissante contre le* torrent dévastateur qui le menace.
c Un complot, ourdi dans le calme et la réflexion, allait bientôt éclater; les hommes susceptibles de penser, ceux capabif's enfin do faire triompher les sublimes principes de la vraie liberté, dont ils sont les défenseurs, devaient disparaître pour Toujours; une marche rapide vers la subversion totale effrayait dép même Thomme le plus indifférent ; tout semblait annoncer que nous touchions au moment de voir se renouveler ces scènes d'horreurs et de proscriptions, ces eachols, ces gibets, ces bâchers, ces noyades, dont nous étions les tristes et malheureuses victimes sous le gouvernement inique des Roeliambeau, des Uarbois, des Ferrand,des B:;rger, elc, etc.
« Moins touché du bonheur de ses peuples qu'avide k ramasser, le chef du gouvernement fit dépouiller injustement de leurs biens, des milliers de familles qui sont, en ce moment, réduiteS/à la plus affreuse misère, sous le prétexte apparent qu'elles ne pouvaient jus» tiiier de leurs titres de propriété, mais dans le fait pour augmenter ses domaines. N'est-il pas constant qu'après avoir joui depuis iO, 20 , et 30 ans d'un bien on devait en être supposé le véritable propriétaire? Dessalines ne l'ignorait pas; il était persuadé même qn« ces citoyens avaient perdu leurs titres, dans les derniers événomens ; il en profita pour satisfaire sa cupidité. D'autres petiu jiropriHaires furent arrachés inhumainement de^ leurs foyers et renu>yés sur bis habitations d'où ils dépendmcnt^ sans avoir égard ni à leur âge ni à leur sexe. Si des considérations particulières ou d intérêt général pouvaient autoriser celte mesure qui parait avoir été adoptée par les gouvernemens précédens, au moins était- il juste d'accorder une indemnité h ceux sur h^5;quels on l'exerçait.
« Le commerce, source de I abondance et de la prospérité des Etats, languissait, sons cet homme stupidc, dans une apathie, dont les vexations et les horreurs exercées sur les étrangers, ont été les seules causes. Des cargaisons enlevées par la violence , des marchés .aussitôt violés que contractés repons<:aient déjà de nos ports tous les bâûmens ; l'assassinat de Thomas Thual , négociant anglais , connu avantageusement dans le pays par une longue résidence , par unecon* duite irréprochable et par des bienfaits, a exalté l'indignation; et pourquoi ce meurtre? Thomas Thuat était riche ; voilà «on crime I Les uégocians haïtiens ne furent pas mieux traités ; les avantages même qu'on a\ait l'air de vouloir leur accorder, n'avaient été calculés que sur le profit qu'on pourrait en tirer : c'étaient des fermiers que pressuraient des commis avides.
c Toujours entraîné vers ce penchant qui le porte au mal, le chef du gouvernement, dans la dernière tournée qu'il fît, désorganisa Tarmée; sa cruelle avarice suggéra l'idée de faire passer les militaires di'ua corps dans uq autre , afin de les rapprochelr de leur lieur
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naial, pour nêpoînlVoociipcrde l«ur subsistance , quoiqu'il exigeât d'eux un service très assidu. Le soldat était privé de «a paie, de sa subsistance et montrait partout sa nuHité , tandis que le trésor public fournissait , avec profusion , des sommes de *iO»U00 gourdes par an, à chacune de ses concubines , dont on en peut compter au moins une vingtaine, pour soutenir un luxe effréné qui faisait en même temps la honte du gouvernement et insultait à la misère publique.
« L'empire des lois ne fut pas non plus respecté; une constitution faite par ordre de lËmpereur, uniquement pour satisfaire à ses vues dictées par le caprice et l'ignorance , rédigée par ses secri^lairss et publiée au nom des généraux de Tarmée qui n'ont, nen seulement , jamais approuvé ni signé cet acte informe et ridicule , mais encore n'en eurent connaissance que lorsqu'elle fut rendue publique et promulguée. ^ Les lois' réglementaires formées sans plan et sans combinaison et toujours pour satisfaire plutôt à une passion que pour régler les intérêts des citoyens, furent toujours violées et foulées aux pieds par le monarque lui-même ; aucune loi protectrice ne garantissait le peuple contre la barbarie du souverain ; sa volonté suprême entraînait un citoyen au suppHce , sans que ses amis et ses parens n'en pussent connaître les causes. Aucun frein enfin n'arrêtait la férocité de ce tigre altéré du sang de ses semblables ; aucune représc^ntation' ne pouvait rien sur ce cœur barbare , pa$ même U$ sollicitations de sa verttieuse Épous$ , dont nous admirons tous les rares qualités.
« Lesministresdont la constitution (si cet acte peet être qualifié de ce nom ) avait déterminé les fonctions, ne purent jamais les txercer pour te bonheur du peuple ; ^^ leurs plans et leurs représentations furent toujours ridiculisés et rejetés avec mépris; leur zèle pour le bien public en général, et pour celui de l'armée en particulier, fut, par conséquent i>paralysé.
La culture , celte première branche de la fortune publique et
• Il est vrai que plusieurs généraux n'avaieni pas approuvé la Constitution : nnais la plup:trt y avaient apposé leurs sign<iturt'S. Insérée à la g^uz^tte officielle de IS05 •lU porte les noms de tous nos généraux de division et de brigade qui l'ont fait publier avec solennité dans leurs quartiers respectifs. Nous avons rapporté i]u'elle fut fiîte d'une manière très irrégnljèra Feu le général Bonnet qui, à celte époque, était ua de notf militaires distingués et l'un des plus instruits , au grade d'adjudant Ifénéral , m'a dit que qu^)Iqu(?3 généraux seulement n'avai^'nt pas signé la Constitution.
•• Cette dispositîon était en faveur de Gérin , ministre de la guerre et de la marine, à préstnt chif éc de l'armée insurrectionnelle. Cependant le 12 Octobre 1806, annonçant à Christophe sa prise d'armes il lui parle , comme ministre delà guerre et de la marine, par la Constitution. Ce môme Gérin qui, fournissait dra planta Dessalines voulait , en 1809, que St. Domingue, après avoir pris ton ancien nom d'Haïti, fut divisé en quatre Cacicatt unis tculement par un lien fédéral, qu'il y eut à la tète de chacune de ces quatre parties, un cacique jouissant des prérogativct de» cùe^ aborigènes de réjpoque de la découverte de l'Ile par Christophe Colomb.
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particulière , n'otàît point encouragée , %l les ordres du chef net tendaient qu'i faire mutiler les malheureux cullivaiôurs. Etait- il saf^e, enfin, d'arracher ip cette culture des bras t[ni la fructifiaient pour grossir, sans besoin, le nombre des troupes qu'on ne voulait ni payer, ni nourrir, lorsque déjà Tarmée était sur un pied respectable.
€ Tant de rrimfs, tant de forfaits, tant de vexations ne pouvaient rester plus longlemps impunis; le pf uple , ainsi que Tarmée, lassé du jaug odieux qu'on lui imposait , rappelant son courage et son i^nergie, vient enfin, par un mouvement spontané, de le briser. *Oui , nous avons rompu nos fers ! Soldats, vous serez payés et habillés; cullivateurs , vous serez protégés; proprîélatres ^ vous serez' maintenus dam la possession de vos h'cns ; une constitution sage va bientôt fixer les droits et les devoirs de tous.
« En attendant ce moment où il sera possible de rétablir , n^uf déclarons que Tunion , la fraternité et la bonne amitié, étant la base de notre réunion, nous ne déposerons les armes qu'après avoir abattu Tarbre de notre servitude et de notre avilissement , et placé à la tête du gouvernement un homme dont nous admirons depuig longtemps le courage et les vertus , et qui, comme nous, était lob* jnt des humiliations du tjrnn. Le peuple et Tarmée , dont nous sommes les organes , proclament le général Henry Christophe, chef provisoire du gouvernement haïtien , en attendant qj^e la consiitut;on , en lui conférant définitivement ce titre auguste » en ail désU gué la qualification.
« Donné en conseil, à notre qunrtier-géncral du Port-au Prince, le 16 Octobre 1806, ao 3 de rindépendance , et de la vraie liberté le [vremiir.
Signe; Le Ministre de la Guerre et de la Marine, Et. Gérin ; le général commandant la 2e. division de l'Ouest, Pétion ; Yavou , Vaval , jçénéraux de brigade; Tadjuclnnl général , chef d'état-major , Bonnet; Marion, Yerrct, adjudants-généraux; Francris(|«e , Lamarre, Sanglaou , colonels; Boisbianc , Masson , Derenoncourt , chefs de dtvisions; * Desmaratte , Ililaire, Maréchal, J. B. Franc, Clerroont , Quique, Isidor , Romain, Alexis Lemau , Mélellus, Adam, J. Cb» Cadet, Menler , Léveillé , Levëque , Lespérauce , chefs de bataillon; Lys, chef d'artillerie; Dieudonné, eemmandant provisoire du Portau Prince ; Baslien, Baude , Delaunay, Janvier, Chevaher, Jeaa Langevin , chefs d'escadron; Pitre aîné, administrateur; Chervain » commissaire des guerres; Noël, président du tribunal de commerce; Moreau , président du tribunal civil ; Fresnel , comnsissaire du gou* \ernement ; Perdriêl , Jeanton , Linard , Médor , Séae, JeantoQatné^ juges. Suivent un grand nombre de signatures.^^
* Marini intrépides , chefs des divisions de nos bâtimf.os de guerre.
•• La vérjté historique me commande défaire connaUre* qu'on avait porté, avec leur contcntemtnt ; les noms de plusieurs officiers ne si^^haut pas sif aer.
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Presque Ions les signataires de celte pièce qui fut publiée à l'époque-, en proclamant le général Christophe,, chef previsoîre du gouvernement haïtien y avaient déjà Tarrière- pensée de Tabalflre à la pre*» niière occasion favorable. Ils violentaient leurs sentiniens en déclarant solennellement, que depuis longtemps ils admiraient sês vertus; ils éprouvaient plus d'inquiétude à l'idée de Christophe , chef du gouvernement, qu'à -celle de Dessalines contre lequel ils venaient de prendre les armes. Mais ils voulaient réduire TEmpereuraux forces de TArtibonitt) seulement, et le faire .assaillir, en même temps, d'une part, par. les' troupes du Sud et de TOuest, et de Tautre, par .celles du Nord.
Christophe dès les premiers jours d'Octobre avait su qu'une révolte dAt éclater contre Dessalines , dans Tarrondissement des Cayes ; il s'était résolu à faire assassiner , dans le Nord , le seul général qui pût, par son caractère et son influence, contrebalancer sa puissance, après la chute de Dessalines, devenue à ses yeux inévitable. Il ordonna à Capoix de se transporter du Fort Liberté au Cap. Le moment était arrivé pour lui de tout oser pour se défaire de ce général, et, Des.salines succombant , faire tourner les événemens à son profit. Il envoya le général Romain , l'adjudant-général Gérarc^t le général Dartiguenave s'établir en embuscade , avec un bataillen^d'infunterie, aux fossés de Limonade. Dos que le général Capoix , sortant du Fort Liberté, apparut dans le grand chemin, Romain et Gérard accoururent au devant lui, et l'invitèrent avec respect et soumission ' à s'arrêter pour se rafraîchir. Capoix, sans défiance, descendit de voiture et tenait la main à Romain; et au même instant Gérard, aidé de quelques grenadiers qui étaient 'sortis de l'embuscade , se saisit de son épée et lui déclara qu'il était prisonnier. Il ne (ti aucune résistance et dit à Romain : ton maître CIn islophe tsl bien heureux dé ra'avoir pris dans ce piège ;ear, sous peu, je lui aurais fait sentir la vigueur de mon bras ; tinissons-en vile. Il se pliça à cinq pas d'un peloton et reçut la mort, atteint de plusieurs balles. Celait le 8 Octobre, jour de la prise d'armés de Mécerou, a Garata. Concordance de faits dévoiltint les rapports qui existaient entre Christophe et les gens du Sud.
Ainsi finit Capoix un des généraux * haïtiens les plus brilUns. Christophe fit aussitôt répandre au Port-de Paix qu'il était tombé sous les eoups de Dessalines. La 9e. demi brigade de cette ville, toute dévouée à Capoix, se disposa à prendre les armes contre I Empereur. Christophe obtint, par ce crime, le double succès de s'être défait d'un rival fameux et d'avoir indigné contre Dessalines la ville qui renfermait les guerriers les plus intrépides du Nord. Cette perfidie qui se dévoilera l'entraînera jusqu'au bord d'un abîme.
Neuf jours après, Christophe reçut uaâ lettre de l'Empereur dulS
Octobre par laqutlU celui ci lui faisail conipaUrt qu'une révolu venait d'éelater dans le Sud. Christophe ne voulant pas se prononcer avant d'avoir obtenu de plus amples renseignemens sur cjsl événement , lui répondit :
Du 16 Octobre 4806.
A Sa Majesté VEmpênur.
Sire,
Je viens de receveir l'honneur de votre lettre du jour d'hier , par laquelle vous m'informez de Tinsurrection qui vient d'avoir lieu dette le Sud. J'ai appris cet événement avee peine, en ce qu'il obligera votre Majesté à déployer la sévérité de la loi contre les auteurs de cette eatastrophe, qui ne peuvent être que des ambitieux. Je voue réponds de la tranquillité dans le Nord ; mon but et mes efforts ne tendent qu'à faire jouir mes concitoyens de la paix et de la tranquillité. Vous pouvez vous reposer avec confiance sur moi. Je plaine votre Majesté pour It^s grandes fatigues qu'elle va éprouver. Ce ne peuvent être-' que des ennemis de la chose qui cherchent le trouble et la discorde pour vous détourner de vos importantes occupations de faire activer les travaux des fortifications. J'espère que cela n'aura pas de suite.
J'ai l'honneur de vous désirer une parfaite santé ^ et de veus prier. Sire , d'agréer l'assurance de mon profond respect.
Presque teus ceux qni se trouvaient à la tête de Tinsurrectioa avaient écrit des lettres semblables à Dessalines, à la nouvelle de la prise d'armes de Garata.
Pendant cet intervalle il se oommettait aux Cayes plusieurs as8a&sipats. Les autorités se réunirent le 16 pour délibérer sgr le sort des généraux Mereau et Latleur retenus prisonniers. Borgel la , David Troy et Faubert furent invités à assister à la délibération. Borgella dit qu il notait point venu aux Cayes pour prendre part à desassâkssinats , que Gérin iy a.vait envoyé pour conduire les troupes au Pont de Miragoâne , mais qu'il voyait qu'au lieu de voler au devant de Tennemion se livrait à des vengeances particulières. David Troy, de son côté, s'exprima avec tant de chaleur en faveur de Lafleur, le repré* sentant comme un vertueux citoyen , qu'il excita le méeententement de Voltaire et de Racolier. Celui ci officier violent et impitoyable se chargera des plus odieuses exécutions. Borgella, David Troy et Faubert ne pouvant faire dominer la voix de la raison, sertirent de la salle. Le conseil des conjurés , sans avoir entendu les deux généraux , décida qu'ils subiraient la peine capitale. Racolier se transporta auprès
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da Laflaur et lui annonça qu'il allait être conduit au camp Gérard . où .«e trouvait Moraau. Laflaur, convaincu qu'on allait lui dlar la nie y monta à .cheval et partit suivi d'une compagnie de draj^ons. Dès qu'il parvint au carrefour Fonfréde , l^s dragons lui crièrent: balte! générai , halte 1 Lafleur voyant la mort derrière lui , éperonnëF^ son cheval et prend la fuite. Les dragons s'élanctnt à sa poursuite, Racolier à leur tite, l'atteignent devant l'habitation Labaràre, le sabrent , le renversent et lui fendent la tête. Ils abandonnent le cadavre et se dirigent au galop vers le camp Gérard. Un instant après , une femme , accablée par les ans , à laquelle la douleur avait donné la force de suivre de près Lafleur , arrive au lieu de l'assassinat » embrasse le cadavre, creuse une fosse de ses mains trem* blantes î Teudroit où était tombé cet infortuné, et lui donne la sépulture, aidée de quelques âmes charitables de Thabitalion. Cette vieille femme était la mare du général Guillaume Lafleur.
Racolier était arrivé au camp Gérard avec son escadron. Le général Moreau déjeunait quand il entendit le son de la trompette. U demanda i ceux qui l'entouraient quel était ce bruit?— Ce sont les dragons des Ca]fe$ « lui répondit-on. Il se leva de table et dit : mes amis, c'en est fait. Il prit à la hite son habit et son chapeau et attendit le moment fatal avec une profonde résignation. Racolier apparut dans la salle, la figure ardente et les yeux pleins de sang. Il lui dit: général, j'ai reçu l'ordre de vous conduire aux Cayes. — Allons, mon camarade, je suis prêt. Après cette réponse qui exprime que son imfi avait déjà abandonné la terre, Moreau monte à cheval. <}uand il arrive au carrefour Touya, à un quart de lieue de Gôrard, il dit: qioi ! ne sommes nous pas pas bien ici ? — Non , gént^ral , un peu plus loin , lui répondit on. lU parvinrenL sur l'habitohou Pémerlé , et s'arrêtèrent en un endroit boisé , nombre ^i très iftolé, nommé la Ravine. Moreau descendit de cheval et demanda un crayon quon lui donna. Il tira de sa poche du papier , écrivit quelques lignes concernant ses affaires privées et dit au capitaine Moulite Ttiilët : mon camarade, vous êtes homme d'honneur , remettez ce papier à ma femme. Il s accusa ensuite d'avoir exécuté trop rigoureusement les ordres de Dessalines. Gomme les cavaliers se préparaient i faire feu sur lui, il les pria d'attendre encore. Il eonfia quelques paroles pour sa femme i ce même capitaine TulTet. Il s'écria ensuite avec le plus grand sang-froid : mes am«s , tires maintenant.* Les officiers de Tescadron , aucun d'eux ^n'étant attendri, déchargèrent sur lui leurs pistolets presqu'à bout portant. Il reçut la mortavee tout le courage qu'il eut dû montrer à Garata quand le 8 Octobre il fut arrêté par la bande de Mécerou. Les cavaliers se retirèrent sans '
* J'ai eu sous les yeux une note manuscrite de cet assassinat, par un di^a membres du conseil des ssDJurés. Plusieurs vieillards dos Cayes m^ont r^eontô 1% fait à% la Qi^xx^e maaière.
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• même l'avoir «nlerré. Ifadamt \euY6 Geffrard, oubliant Jes tortf qu'il avait eut envers son mari « lui fit donner la sépulture.
Morcau , dès le rommencement de sa carrière militaire, ne s'était jamais fait aimer de ses compagnons. Âpres la chute de Rigaud , J^ou% Toussaint Louverture , quand il devint chef de bataillon , il prit envers ses frères une attitude qui les éloigna de son cerele. Promu au grade de général, sous Dessalines» son ambition n*eut plus de bornes , et pour satisfaire ses passions immodérées d honneurs, il se constitua, dans le département du Sud, Texéeuteur des ordres secrets dus ouverain. La population des Cayes l'avait pris en horreur ; et son caractère , bien plus que son dévouement au chef de TÉtat , l'entratna au dernier supplice , car une foule d'officiers loyalement attachés à l'Empereur, furent épargnés lors de la réaction.
Quant au général Guillaume Lafleur , il avait toujours donné des preuves éclatantes de son grand cœur. Sous Toussaint, après la guerre civile , il rendit aux proscrits des services sans nombre. 11 n'aurait pas été sacrifié quoiqu'il se fût montré' résolu à défendre la cause de Dessalines , si les évènemeus n'avaient pas enehalné sa destinée i celle de Moreau que personne ne \oulait sauver. Lorsqu'on reconnaît qu'on ne peut frapper un coupable sans immoler avec lui un innocent , on absout le coupable pour sauver l'innocent. Dans tous les cas , Moreau n'avait pas un noble cœur » mais il ne méritait pas la mort.
Combien ne doit-on pas déplorer ces affreuses réactions qui lais* sent dans les familles des germes profonds de discorde, et font que le fils est quelquefois victime, un demi siècle après, des fur4eurs que le père a déployées.
David Troy et la plupart des officiers supérieurs des Cayes partirent pour le Port au Prince. Dès la veille , la 13e demi brigade s'était acheminée sur liiragoâne, et la 17e sur Jérémie. La ville des Cayes se trouva* livrée à l'anarchie, iloua, ce marin intrépide, commandant de l'escadre du Sud, qui avait été. arrêté dès les premiers jours de la révolte, fut arraché de son cachot par ses matelots qui le traînèrent, à huit heures du soir, dans les fossés de la ville et regorgèrent.
Pendant que la 17e., sous les ordres du colonel Yaneol, s'acbtt minait sur Jérémie, la révolution contre Dessalines s'y opérait. Dès que le général Pérou qui prenait les eaux, à la Source Chayde, dans les hauteurs de' la Grande-Rivière, avait appris, par une lettre de Papalier, que les autorités des Cayes s'étaient prononcées contre Des« salines et que Gérin , à l'Anse à Veau s'était aussi soulevé , il était rentré à Jérémie. H en prit immédiatement le commandement, et ' chargea le chef de bataillon Bergerac Triehet et le capitaine Henri dei, la i8e, qui avaient loutu sa confiance , de surveiller les démarches de Bazile. Celui-ci tout dévoué i l'Empereur, exerçait une grande
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influence sur la 48e et maiDlenait , depuis plusieurs jours, la \ill0 dans le devoir, la menaçant sans cesse de ses i,900 baïonnettes. Henri tenta plusieurs fois, sans succis, de le gagner au parti des insurgés. D'après les ordres qu'avait donnés le général Férou, la 48e se rangea en bataille, le lendemain, sur la place d'armes pour receveir un mois de solde, des chemises et des pantalons. Férou >to'avait fait distribuer des. carlouéhes qu*è deux compagnies délite, celle du capitaine Déhaj et celle du capitaine Piart, sur lesquelles il pouvait compter. On commença la distribution des pantalons , dea chemisas et de la solde. La plupart des soldats de la 18e refusèrent de recevoir la solde et Ihabillement. Les uns jetaient loin d'eux les chemises et les pantalons, d'autres les faisaient flotter au bout de leurs baïonnettes en signe de dérision. Le colonel Bazile était absent pendant ce désordre qui eut pria un caractère des plus graves, si le capitaine Henri n'était accouru auprès du général Férou et ne lui eut dit : «Général , tout est perdu , si vous ne vous rendez tout de suite sur la place; la 18e refuse de prendre la solde et Ihabillement.» Férou, quoique aaalade, se transporta résolument au champ de mars et monta sur l'autel de la patrie. Il ne pouvait compter que sur 125 hommes, et 1700 baïonnettes hostiles l'entouraient. En mèue temps ceux des officiers qui étaient contre Dessalines, enhardis par sa présence, administraient aux soldats de grands coups do bAton et les cont;*aignaient à reprendre les rangs. Le colonel Bazile arriva sur la place, se mit à la tôte de son corps et prit une attitude pleine de calme. Férou dit aux troupes et à toute la population réunie: «Sur tous les points d Haïti , la nation fatiguée de la tyrannie de Dessalines s'est soulevée contre lui ; Jêromie seule no s'est pas encore proiooeée contre le barbare; que ceux qui sont pour Dessalines sortent des rangs et que ceux qui sont contre lui restent à leur place. > Le régiment auquel Férou imposait demeura immobile. Bazilo , son frère Poigoon , lieutenant, et le capitaine Bonhomme sortirent des rangs. Mais ce dernier revint sur sa détermination, et se remit à la télé de sa compagnie, prétextant qu'il avait mal compris les paroles du général. Férou ordonna aussitôt à la demi brigade de se rendre à ses quartiers; Elle défila sous ses jeux. Les compagnies sur lesquelles il comptait firent le service des postes conjointement avec les citoyens. Le colonel Bazile, le commandant do la place, René, et le capitaine Figaro, commandant du poste militaire do TAnse du Clerc, qui se trouvait à Jérémie, furent arrêtés et retenus prisonniers chez le général Férou. On leur an. nonça ensuite qu'ils seraient envoyés aux Cayes. Bazile fit venir «n notaire et lui dicta son testament. Il fut acheminé sur Tiburon avec ses compagnons d'inforiune , par la Grande- Rivière. Il fut assassiné en route, vers l'Anse-d Hainaut, par des soldats de la 17e des Cayes. René fut tué vers le fort Mafranc, et Figaro, au CoooUer
du bac de Jérémie. Férou confia à Bergerac Trichet le commandeiBeut de la 48o et Tinsurrection contre Dessalines fut proclamée. Lhéris«oa qui avait été chargé de vérifier les titres de propriété dans la Grand'7 Anse, avait soulevé contre lui, à Jérémie, autant de pastronsqu'In* ginac aux Cayes. Thomas Durocher, inspecteur de culture, farracha à la mort, fembarqua à Testas, habitation prés de la ville, -.et l'envoya à Pestel dans un canot. Lhérisson traversa les EtroilSj petilv isthme près de Pestel, ot Atteignit le bourg du Petit Trou où il put se cacher/ Ainsi le pays était soulevé de Tiburon au Port au Prince. Christophe dans le Nord avait une altitude calmé et pleine de ré* serve, et une grande insubordination régnait dans les troupes de l'Artibonite. G^ux des soldats de la4e cantonnée à Marchand, qui étaient natifs de TArcahaie et du Port-au-Prince, songeaient déjà à déserter >. Dessalines était à Marchand quand il avait appris par les lettres de Papalier , de Lafleur, de 'Gérin , de Lamarre, de Yayou ei de Pétion , la nouvelle de la révolte de Méeerou, à.Garata. Il s'était écrié: Je veux que mon cheval marche dans le sang jusqu'à Tiburon.^ Ignorant que Christophe eut été proclamé le chef de l'in* surrection, il lui avait écrit de se tenir prêt à entrer en campagne*! Il avait aussi envoyé Tordre au général Pétion de marcher contre les Cayes à. la tére des troupes de la seconde division de 1 Oi^st. Pour la première fois un frémissement^ de grave inquiétude s'était saisi de son ontourage. Chacun avait le pressentiment qu'il était parvenu au terme de sa carrière. Il coniia le commandement de Marchand au ministre des finances, Vernet, et en partit, le 45 Oc* tobre,. avec une faible escorte, après avoir ordonné aux 1er et 2e bataillons de la 4e demi brigade de le suivre de près. Il se rendait au Port- au Prince où il de\ait établir son quartier général , en y attendant la réunion des troupes de fArtibonile et du Nord. Luimême, quoiqu'il fût dans une violente agitation, paiaiwssail encore -plein de confiance en son étoile. 11 était accompagné des généraux Mentor , Bazelais, de Dupuy , de Boisrond Tonnerre , des colonels Roux , Charlotin Marcadieux et de plusieurs auti^s officiers supérieurs. Quand il arriva à St. Marc, il ordonna au 3e balûillon de la 4e de prendre la route du Port au-Prince. Au sortir de St. Marc, il rencontra au milieu de la route Deipèche, un do ses aidesde* camp, qui était parti du Petit Goâve, pour venir le rejoindre, fuyant rinsurreclion comme nous l'avons vu. Celui-ci l'exhorta à n'entrer au Port au Prince qu'à la tète d'une armée. Sans lui demander aucun renseignement sur ce qu'il avaii laissé derrière lui , il lui dit avec fureur qu'il était un traître, et lui commanda de sortir de sa présenee, lui déclarant qu'il ne voulait plus le voir. Il continua sa route, conduit par une inexorable fatalité. Delpéche. consterné, s'a-
^ Xie point le plus éloigné du département du Sud.
diemina sur St. Marc, y enlra, changea de monture, et guidé pal' une aveugle fidélité, s'élança à la suite de TEmpereur; mais avant qu'il Veut atteint il fut baïonnette vers Lanzac, par des soldats de la 4e qui suivaient la grande route, sous l<>8 ordres du colonel Jeart- Louis Longuevalle. ' En entrant à rArcakaie, Dessalines découvrit vers le Sud une épaisse fum^e. « En ce moment, dit il, moa compère Pétion donne du feu aux névollés » Tiinl ^'^lait grande sa con* iianee en ce général qui déjà avait passé aux in$urg(''s. Il ordonna au colonel Thomas et au ch«r de bataillon Géd^on de partir pour le Portau Prince, et de l'attendre au Pont-Rouge à un demi mille de cette vi!le, avec les «ix compagnies d'élite de la !ie demi brigade qui tenait garnison à TArca^aie. En expédiant ces deux oPricîers, il leur demanda, ainsi qu'au capitaine Nazrrre , s.'ils se sentaient le cœur de marcher dans le sang jusqu'aux Cajes. Ils lui répondirent qu'ils s'efforceraient de ne pas faillir dans ces mares de sang. Il ajoufa que bientôt le département du Sud serait une telle solitude qu'on n'y entendrait mén;e plus le chant du Coq. Thomas cl Gédéon prirent la roule du Ponau Prince, distant de douze lieuts de rAr.cahaie, a trois heures de Taprés midi du 4G. Vers dix heures du soir, lis étaient parvenus à un mille du Ponl Bouge. Un voyageur, qui les. précédait , entra au Port au Prince , et annonça qu'un bataillon de la 3e demi-brigade, formant Ta va ni garde de Dessalines, s avançait, pour entrer en ville. Les généraux Gérin , Vaval el Vayou se traosporlèrenl au$sit<)t à la rencontre do la 3e qui marchait à la débandade, par petits pelotons, à des dislanctis irrégulières les uns des aulres. Le soldât de la 3e, dont Pélion était la boussole, causant le long de la rouie avec les cultivateurs^ savait ce qu'ignoraient ses chefs; mais il hâlait sa marche pour avoir le Jempt de se rendre aux insurgés axant rarri\'ée de I Empereur. Géiin, Yajou et Vaval firent entrer en ville, successivement, Its divers détiithimens qui formaient le bataillon délile, au fur et à m<^^uie qu'ils se pr%sen-< taient au pool. Quand le colonel Thonus el le chef de bataillon- Gédéon y parvinrent à leur tour, ils furent faits prisonui^rs. Ils déclarérenl énergiquemenl à Gérin qu'ils ne prendraient une détermination qu après avoir vu le général Pélion el s'être abouchés avec lui. Gérin leur dit: «Il n'y a pas à balancer; choisissez entre la moi^t ou voire adhésian à la révolution. » On les conduisit auprès de Pélion, au bureau de la division nrvilitaire. Le colonel Thomail qui montra de l'hésitation à se prononcer contre Dessalines fui con-* signé au bureau de ta place ; el le chef de bataillon Gédéon qui accueillit ftanchemenl finsurreetion fut aûssilôl placé à la tète delà 3e que Pétion avait rangée en b:Uaille sur la place Valliére, lui don* nanl un témoignage de sa confiance en ne la désarmant pas^
Gédéon fit savoir à Gértn que TErapereur lui avait ordonné d4 TaUendre au Pont Rouge ; il ajouta qu'il lui avait dil, qu avant d'tn*
sa HISTOIRE d'haiti.— (1806)
trer «u Port-au<»Prince , il voulait U découvrir debout à cê poftle. Sur les instances de Gérin , il se déshabilla et douna son uniforme ^ un officier adjudant major de la 2le de Léofane, de la mAme corpulence que lui. Pour mieux attirer Dessalines dans le piège, Géria plaça cet officier au Pont Rouge, i la tète d'un bataillon de la 15e. Il était miouit.
Au même instant, une députalioi» des cultivateurs de la plaine du Culde-Sac, entra au Port au Prince, et demanda au général Pétioa la mort de Dessalines et de Germain Frère. Elle annonça que les cultivateurs surveilleraient la plaine et laisseraient l'Empereur ignorer^ totalement les mesures qui avaient été prises contre lui au Port au- Prince. Elle se retira comblée de félicitations Les troupes demeurèrent échelonnées le long de la grande route, du portail St. Joseph au Pont.
Le 17 Oclol^re, à cinq heures du matin, TEmpereur partit de TArcahaie avec son état'major seulement, car la 4e qui eût pu Tae* •compagner avait reçu Tordre de rétrograder jusqu'à Montrouis , pour y être habillée. Il rencontra, dans le grand chemin, de nombreux cultivateurs qui . sortaient du Port au Prinee ; il leur de* manda ce qu'il y avait de nouveau en cette ville; ils lui répondirent tous qu'il n*y avait rien d'extraordinaire. Il continua à cheminer, plein de confiance, voyant autour de lui la plaine parfaitement calme ; les arbres qui bordaient la route, les chevaux des laboureurs, les clochers des sucreries, tout paraissait attentif. Quand il parvint à Drouilla^d , habitation, à une lieue deja ville, ou il y avait un atelier considérable, il n'entendit aucun cri qui annonçai Ip révolte. Bientôt il découvrit le Pont Rouge. Il était neuf heures du matin. Il dit à Boisrond Tonnerre : « Ne vois tu pas Gédéon au milieu du € Pont? Combien n'est il pas resclàve delà discipline? Je le ré- « compenserai* » Il était déjà dans renibuscade qui se prolongeait au delà du pont, longeant le côté droit de la route, à une certaine profondeur dans les bois. Le colonel Léger, de son état-major, officier du Sud, lui dit: Mais, sire, je ne cix)is pas me tromper; ce sont des troupes du Sud. — Non, répond r£inpereur,'que seraientelles venues chercher ici !
Au même instant un roulement général de tambours retentit dans les bois qui bordaient la grande route. De^salines I Dessalines! ce cri passe de bouche en bouche avec la rapidité de l'éclair; une sombre inquiétude se saisit du Port au Prince; l'effroi serre la plupart des cœurs; les généraux Gérin, Yayou et Vaval, Tadjudant-général YerretVt plusieurs autres officiers supérieurs, accourent vers le lieu de l'embuscade , les uns à cheval , d'autres à pied. (Jn protond silène* s'établit ensuite; le mouvement de la vie s'était arrêté dans les artères dt la cité.
Dessalines se voit trahi ; il est au milieu des 15e et i6a demi«
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brigades du Sud. Il entend le commnndement d'apprêter les armes^ et les cris de balle Empereur! halle Empereur! Il s'élance, à cheval » au milieu des baïonnettes avec cette intrépidité qu'il a montré dans mille combats. Soldats, s'écrie t-il, ne me reeonnaissez-vous pas? Je suis l'Empereur! Q^e voulez- vous? Qu'êtes-vous venus chercher ici? Il se saisit de sa oanne , qui est supendue à ses côtés, frappe de toutes parts, écarte les baïonnettes dirigées contre lui. IL s'avance toujours à travers les rangs, et les troupes saisies de terreur^ i Vaspect de sa face foudroyante, n'osent tirer sur lui. C'est en Tain que le commandant Antoine Lespérance , chef du premier ba*tailloR de la 15e, crie feu! feu! Les soIJats commencent à se débander. Enfin un sous officier , Duverger , ordonna à un jeune soldat de la 15e, nommé Garât, de tirer. Celui-ci lâche son coup de fusil; l'Empereur, qui n'est pas atteint, continue sa marche avec ardeur. Au même instant , un autre coup de feu part des rangs de la i6e. Au bruit de celle dernière détonnalion, les soldats s'arré* tent , et Dessalines tombe sous une décharge générale de mousqueterie. Il s'écrie : A mon secours , Gharlotin I Le colonel Charlotin Marcadieux se prc^cipite sur lui et le couvre de son corps; mais il expire, la tête Fendue d'un coup de sabre du chef d'escadron Der launay , ofilcier du Sud. Dévouement sublime que Thistoire, dans sa justice toujours infaillible, couronnera éternellement. Dess^lines e&t achevé par trois c()ups de poignard que lui porte le général Yayou ; les deux pistolets du général Vaval ratent sur lui'; il est dépouillé; CD lui coupe Jes doigts; on lui enlève les pierreries qui ernent sa* main ; on ne lui laisse que son caleçon. Yayou ordonne à quelques grenadiers d'enlever le cadavre. Les soldats n'obéirent que contraints par la force de b discipline qui, dans cette affreuse circonstance, régnait néanmoins souveraine dans l'armée : ils disaient que Dessalines avait été un sorcier. Yayou , en le plaçant sur les fusils disposés en brancard , s'écria : Qui dirait que ce petit misérable, H n'y a qu'un quart d heure, faisait trembler toute Haïti l
La plupart des officiers de l'état major de 1 Empereur avaient fui lorsqu'il était tombé. Dessalines mort, aucune arme n'avait été dirigée centre eux. Mentor, un de ses favoris, s'écria : le tyran est abattu, vive la Liberté! vive l'Egalité! On transporte le corps ea Tille; maintes fois on le laisse tomber, et chaque fois, la foule se ruant sur le cadavre, le lapide et le hache à coups de sabre; enfia il est jeté au milieu de .la place du gouverneaaent. La figure n'était plus reconnaissable; le crâne était brisé, les pieds, les mains étaieni; coupés. Des marchands américains, étrangers aux violentes passions du moment , se hftièrent d^acheter, au poids de l'or , plusieurs de ses doigts» Ils attachaient aux reliques du fondateur de notre indépendanee une importance que l'Haïtien ne sentait pas alors, transl^orté d'horribles fureura. Les circonstances de cet évéaement qui ra^«
pellent les Septembrissrdes de la ville de Paris, les Théroignede Méricourt , ne méritenl qu'une profonde réprobation. La chute de Dessalines (^tait devenue inévitable à cause dt^s exv.ès auxquels il se livrait^ à cause de la violation des droits les plus sacrés , et des citoyens, ût des soldats, ses vieux compagnons d'armes, qui Tavaienl porté au faite des grandeurs. Mais après l'avoir abattu » tolérer qu'on se livrât sur
son cadavre à de telles horreurs! L'histoire flétrira toujours ces
9cènes infâmes qui ne doivent être souffertes , en aucune circonstance. La morale, condamne d'*jà bien asses l'assassinat politique exercé sur les êtres même les plus criminels poiir qu'on ne Tâcoompagne pas de circonstances qui font frémir 1 humanité.
Pendant^ que de nombreux enfans, au milieu de gréTnds cris de joie, criblaient de coup<i de pierre les restes informes de DessalinaSi sur la place du gouvernement, une vieille femme folle, nommée Défilée, vint à passer. Elle s'approchade l'attroupement que formaient les enfans, êtres innocents qui se livrent au bien comme au mal, selon rimpuUion qu'on leur donne, et demanda ce que c'était. On lui dit que c'était Dessalines. Ses yeux égarés devinrent calmes tout-à coup; une lueur de raison brilla sur ses traits; elle alla à la course chercher un sac, revint sur la place, y mit ces restes ensanglantés et les transporta au cimetière intérieur de la ville. Le général I^étiou y envoya quelques militaires, qui, pour une modique somme, les enterrèrent. Plusieurs années après, par les soins pieux de Madame Inginac, une tombe fut élevée sur la fosse. On lit aujourd'hui sur cette tombe : « Ci-gtt Dessalines mort à 48 ans. » Pendant bien fies années, à la fête de la Toussaint, une main inconnrue alluma une bougie au pied de la tombe.
Le général Germain Frère fut horiiblement assassiné dans la prison; et une pièce intitulée relation de la campagne haïtienne contre la tyrannie fut publiée. Elle était signée d«. E. Gérin , de Pétion, de Yayou, de Vaval, de Bonnet. Il y était dit : « il y a eu de la part ^ l'ennemi quelques blessés^ et de noire côté un seul homnw de tué. » Gérin, malgré la protestation des révohitioonaires contre ta Constitution de li^05 , continuait à porter le titre de ministre de la guerre et de la marine. C'est à cause de ce titre, qu'après sa prise d'armes contre cette Constitution , il avait pris le commandement en chef de l'armée , à son arrivée au Port au Prince le iO Octobre.
Le dévouement de Gharlolin Marcadieux avait excité nne admiration générale. Le peuple et Tarmée assistèrent à ses funérailles qui furent magnifiques. Pendant la cérémonie funèbre, le général Pér tion, jetant un regard courroucé sur Mentor et Boisrond Tonnère, dit que Chadoiin avait été le seul des favoris de Dessalines qui u'eùt paf cherché à J égarer.
La joie fut presque universelle; les soldats et les citoyens qui rem« ^lissaieet les nies> chantaienti dansaient, buvaient] on s'y pressait^
HigTOiRE D*HAITI.— (1806) ^ 327
en se serrait cordialement h main ; on s'appelait frères. Cependant quelques hommes, quoique heureux de révônemi^nt qui \enait de s'accomplir, éprouvaient de graves inquiétudes. On avait proclamé le général Christophe chef du gouvernement , et beaucoup de citoyens craignaient que son système ne Tôt tout sanglant. L'avrenir sombre présageait de longues guerres intestines , car chacun allait donner de Tessor à son ambition. Pétion, quoiqu'il n'eAt pas pris le commandement de Tarmée révolutionnaire, était Tobjet de l'attention générale. En parcourant le front de la 12e demi-brigade, il entendit les soldats s écrier : Vive le général Pétion ! Il s*arrê(a et dit aux troupes : Ce n'est pas vive le général Pétion que vous devez crier, mais bien, vive le général Christophe.
Jean-Jacques DeSvsalines naquit à la Grande Rivière, département du Nord d Haïti, m 4758. Le système colonial, qu'a détruit notre révolution, si sainte par ses principes, le maintint en servitude jusqu'en 1791. Alors 4ge de trente trois ans, il conquit sa liberté » au travers des torrens de sang et d immenses enjbrasemens, confondu dans les rangs d'une des bandes qui formaient les gros bataillons de Rouckman et de J^annot. Il servit ensuite, sous les ordres de Jean François et de Biassou, et combattit Us planteurs qui luttèrent sans succc^s pendant deyx ans , contre le torrent des bandes héroïques et dévastatrices de la province du Nord, fl avait connu Ogé et Chavannes en 1790, il avait été témoin de la formation de leur attroupement , il les avait entendus proclamer les droits de rbomme, les avait vus lancer le premier coup au colosse colonial , el avait admiré leur généreux dévouement. 11 pleura sur leur triste sort, comme il eut l'occaiion de*^ le dire, plusit^urs fois, quand il devint chef d'Etat; et après leur horrible exécution, il fut maintes fois l'agent; de» contumaces de ce sanglant épisode de notre histoire^ qui, réfugiés dans les bois les plus retirés, communiquaient, par des émissaires, avec les ateliers qu'ils poussaient à la révolte. Plu* sieurs d'eatr eux , retirés au sommet des montagnes , lui donnèrent souvent des instructions , à crlte époque.
Ses instincts le portèrent à abandonner la c^use de S. M. Catho* lique, et à suivre Toussaint Lou%erture, pour se rallier à la République française dont les commissaires avaient proclamé la liberté' générale. Au grade de capitaine , il se fit dès-lors invariablement remarquer par une haino implacable contre le parti colonial. Quand les troupes franches, composées de noirs et d'hommes de couleur, furent organisées, il fut promu au grade de chef de bataillon, en Octobre 1794, par le gouverneur Lavoaux, sur la demande de Tous* saint Louverture,' le même jour que Cler veaux et Maurepas. Ea i795 il devint /colonel de la 4e coloniale, et en 1797, général de brigade. Il combattit les Anglais avec une rare activité, sous lea ordres dt Toussaint^ et contribua puissamment à leur expulsion d%
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^ ^.umes de couleur coururent aux armes , et la guerre
«.tfpendance éclata. Dessalines apparut alors plus glorieux sur
jcéne, et tout changea de face sans retour. La Providence Tavait
Chargé de la mission de fonder Haïti « en renaissant en un seul
faisceau le noir et le jaune. Il arracha du drapeau tricolore la cou^
jeijr blanche» et en rapprochant le rouge et le bleu^ il symbolisa,
à nos yeux, Tallianee de l'africain avec ses descendans. A lui seul
il renfermait dans son cœur TambUion de T Indépendance dont était
animée toute la nation; sen tempérament et son esprit avaient
toute la vigueur nécessaire à ropiniâlre poursuite de son vaste projet:
d'une taille ordinaire , il était brave, intrépide , infatigable , avait de
véritables talens guerriers \ U était en métae trempa impitoyable jst