LIVRE QUARANTE-TROISIÈME
BoMmaire. Génn veut péa^'^trer dans le Nord \ la tète de l'armée inaurrectloûnelJe; Pélion s'y oppose, craignant d'allumer la guerre civile. — Leitrea de Pétioa et de Gérin à C^ûstephe — Lettre de Pétion à Mme Drsiabnos. — Lea-troupea de l'Ouest tt du sW sont soldées au Port-au-Prince.»— Adressa de l'armée d'Haïti à Christophe — L'adjudant-général Bonnet est envoyé au Cap pour annoncer à Christophe qu'il a été proslamé chef proviso re d'Kaîii. — Arrestation (f(e Bois* rond Tonaère et de Mentor. — Leur assassinat — Les nouvelles àe la chute de Dessalines parvirnnent à C hristophe. — Il déplore la chute de l'Empereur aaprèa , des amis de ce dernier, et l'appreuve auprès de ses ennemis. — LKtre de Christophe à l'Impératrice. — Adhésion de Christophe à la révolution eontre Dessalinca par un acte solennel. — Bonnet arrive au Cap — Sa première entrevue avec Christophe, à la Ferûère. — Sa conduite honorable au Cap.'— Il remplit sa mission. — Il revient au Port-au-Prince , après avoir eouru de grands dangers. — Influenee de Pétion sur les troupKS — Adrrsse de Christophe au peuple et à l'armée. — Christophe s'efforce de répanrlre la division parmi ks généraux de l'Ouest et du Sud. — Ses lettres à Yayou. — Celui-ci les eommuni';ue à Pétion — Troubles à Léogane. — Violent emportement de Lamarre contre le général Yayou. — Arrestation de Lamarre. — Il est condamné à quatre ans de prison et à être dégradé. — Exécution du chef de bataitlon duique de la 24e — Pétion vipnt à Léogane. — 11" y rétablit l'ordre — Assassinat du colonel Dieudonné Chariot. — Circulaire aux généraux coneernant la réunion des assemblées électorales et la»convocatioa de rassemblée constituante — La mésintelligente entre Pétion et Christophe commence.— De nombreux soldats des troupes de l'Artibonite désortent et se rendent au Port au-Prince. — Pioclamation de Christophe adressée aux puissances neutres. — Il envoie le général Darliguenave dans le Sud , comme son représtniant.— lostructious qu'il lui donne. — JPétioa s'oppose à ce que Dartiguenave pénètre dans
le Sud. — Mort du général Férou — Sa biographie.-.— Rigufurs qa'ex^rce Christophe pour maintenir l'ordre dane i'Ariibonite. — Les émissaires de l'Ouest at da Sud cherchent à susciter des révoltas dans le Nord et TArtibonite. — Lettre sévère de Christophe à Pétioa. — Sa proclamation aux troupes. — Réponse sévère de Pélien. — La constituante se réunit au Port au-Prince, — Noms des députés. — I^ République fSt proclamée. — L'assemblée charge une commission de redigf'r^un projet de constitution — Elle entend la lecture de ce projet — Principales dispositions de la constitution consacrées en appréhension du despotisme de Christophe— La constitution est votée. — Protestation de la majorité aes députés du ^ordet de TArtibonite contre la constitution — La censtituante nomme le général Christophe, président d'Haïti. — Elle n)mnri« les sénateurs. — Christophe se détermine à marcher contre le Port-au-Prince.r-H met hbrs la loi Pétion, Bonn»t, Boyer , les deux frèies Blanchet , Daumec , Lys , Caneaux — Il arrive à St.- Marc— Le général BazeUis part de PArcahaie, arrive au Port-au-Prince, et annonce l'approche des troupes du Nord — Pé.ion marche, contre Christophe. — Bataille de Sibert. Péiion est vaincu. — Mort héroïque de Comilien Coutard. — Btlle conduite de Yayou. — Il contient Christophe au p.ed des remparts du Port-au-Prince — Pétion rentre en cette ville. — Il y rétablit la. confiance. — Christophe assiège le Port au- Prince. — Gérin arrive du Sud au secours de cette ville — Christophe en lève le siège — Soulèvement dos cultivateurs drt la Grand Anse suscité par Thomas Durocher et Bergentc Trichtt — La ville de Jérémie est attaquée par les révoltés qui sont repoussé* — L" ch"f de bataillon Goman de la 19e se met à la léte de la révolte de la Grand'Anse. .
Pendant que la muliitiute nageait dans Tivresse de la joie , Tes généraux se réunissaient au Palais du gouvernement et.décidaient qu'il fatiaity pour attacher !es révolutionnaires à leur œuvre, faire parmi eux des promolioNS. Il fut résolu que le colonel Wagnac serait confirmé dans le grade de général , te chef de bataillon Gédéen dans celui de colonel tt qu'une foule d'autres officiers monteraient en grade. Le fougueux Géria qui aVaitdirigé le mouvement insurrectionnel propos^u conseil de marcher sur Dessalines-ville, pour en enkver quatorze millions de piastres «que l^'Empereur , prétendi^it on, y avait réunies. Il n'y avait pas trois, millions. Rien du reste n'eut pu résister à l'impétuosité des douz# mille hommes de troupes massées au Port au Priuee , surtont dans Tétat de désorganisation où se trouvait alors TArtibonite , en fermeniation avant mAoïe qu'on y eut appris la mort de Dessalinea. Il faudra toute la cruelle éaergie de Christophe pour la contenir et l'isoler de l'esprit rivolutionnaire. Mais Pétion , froid , adroit « qui déjà songeait à se saisir du pouvoir , fut d'un avis contraire , et son opinion piévalut. C'était le plus sûr moyen d'ét«indre l'influence de Gérin qui ne pouvait briller que par des entreprises audacieuses. Il exposa que la guerre civile éclaterait si^ les troupes de l'Artibonite s'opposaient au déplacement de cette somme, que Christophe, proclamé ch|f de l'Etat , avait seul le droit de donner les ordres relatifs aux finances.
Le conseil décida que les généraux Péti#n et Gérin , annonceraient,, par lettres, au général Christophe j l'événemjent qui venait de s'accomplîr«
HISTOIRE d'haiti. — (1806) ^ 3SS
Le lendemain le général Pétion adressa la lettre suivante à Christophe •
▲u quartier-général du Port au Prince , le 18 Ocloltfe 1800. '
l£ Général de Division PÉTION. commandant en chef la deuxième
division de' V Ouest,
A S. E. U Général en Chef de V armée d'Haïti , Henry. CHRISTOPHE.
Général,
€ Eehappés aux coups destructeurs que les agens d'un gouvernemeni ingrat et barbare frappaient sur les habilans de ce pays , nous avions cru devofr confier les meyens. de notre restauration entre les mains d'un homsae qui , par ses dangers personnels et sa propre eipérience, aurait pu avec sagesse, fixer encore le bonheur parmi nous , lorsqu'abusani de noire patience , il força nos volontés , en couvrant sa tète de l'éclat do diadème ; nous pûmes penser qu'au faite des grandeurs et de la puissance, il aurait recennu que son pouvoir était Touvrage de nos mains et le prix de notre courage; il paraissait même s'en être pénétré, et nous espérions qu'à l'abri des lois, lous aurions pu jouir , dans un état paisible, de tous les sacrifices que nous n'avions cessé de faire depuis si longtemps. Quel en a été le résultat^ Général? ii peine a til senti son autorité affercaie qu'il a oublié tous ses devoirs , et qu'au mépris des droits sacrés d'un peuple 4ibre, il a cru qu'il n'y avait ^e véritable jouissance que celle exercée duns le pouvoir le plus despotique et la tyrannie la plus prononcée; nos cœurs ont longtemps gémi, et nous n'avoDS employé que la soumission et la docilité pour le ramener aux principes de justice et de modération avec lesquels il avait promis de nous gouverner. Son dernier^ voyage dans la partie du Sud a enfin dévoilé ses projets, même aux yeux des moins clairvoyans, et nous a prouvé qu'il ne nous restait d'autres moyens de conservation pour nous mâtn#s et pour nous opposer aux attaques do l'ennemi extérieur, que do nous leyei^en masse, si nous voulions éviter une destruction prochaine et résolue. Ce mouvement spontané, l'élan de nos cœurs opprimés , a produit un effet aussi prompt que celui de l'éelair. Dans peu de jours les deux divisions du Sud ont été debout; rien ne devait arrêter cette irruption puisqu'elle était un mouvement aussi juste que sacré, celui des droits des citoyens impunément violés. Nous avons joint nos armes à celles do DOS frères du Sud, pénétrés des mêmes sentimens qu'eux, et l'armée, s'est portée au Port au- Prince dans l'élat le plus admirable et la plus exacte discipline , en respectant les -propriétés ^ sans que le
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travail de Tagrieullure ait été dérangé d'un seul moment, ni q(i« le sang ait éi% versé.
c La Providence, qui est infinie dans ses décrets, s'est plu à se manifeste]^ dans une au«si juste. cause, en conduisant notre oppresseur au sort qui Tattendait , et lui a fait trouver le châtiment de ses crimes au pie<l des remparts d'une ville qu*il venait , avetf de3 forcer, pour inonder du sarrg de ses semblables, puisque, pour nous servir de ses dernières expressions , il voulait régner dans le sang.
< Nous n'aurions pas achevé notre ouvrage , 'général , si nous n'avions été pénétrés, qu'il existait un chef fait pour commander à l'armée avee toute la latitude du pouvoir dont il n'avait eu jus* qu'à ce jour que le nom. C'est au nom de toute cette armée, toujours lidéle, obéiisailte , disciplinée, que nous vous prions, gêné' rai , dâ prendre les rônes du gouvernement , et de nous faire jouir de la plénitude de nos droits^ de la liberté, pour laquelle nous ayons si longtemps com-)altu., et d'ôtre le dépositaire de nos lois auxquelles nous jurons d'obéir, puisqu'elles seront justes.
< J'ai l'honneur de vous saluer avec un respectueux attachements