CHUTE.—DÉLUGE.—TABLE ETHNOGRAPHIQUE DE LA GENÈSE. — TOUR DE BABEL
E peuple d’Israël ne date en réalité que de Mosché (Moïse). Avant le prophète, nous avons en face de nous, dans la Basse- Egypte, une foule confuse, composée d’esclaves et d’étrangers venus de tout pays et qui se groupent, pour faire leur exode, autour des descendants d’Iaqob. En imposant à cette masse désordonnée la même discipline civile et religieuse, Mosché crée réellement le peuple d'Israël. Quand cette œuvre merveilleuse est achevée, après quarante années de dur labeur et de tristesse, le prophète conduit ke nouveau peuple devant la Terre promise, et, la lui montrant de la main, semble lui dire : « Voici l’heure de me retirer; je vous ai groupés: Jahvé et moi, nous vous avons tous marqués d’une empreinte grande et profonde qui, jusqu’à la fin des
temps, fera distinguer de tous Je moindre fils de votre race, Ma pensée ‘n’a plus rien à faire, c’est à l'épée d’Ioschoua (le sauveur, Josué) de conquérir ce territoire pour le peuple que j’ai créé. »
L'histoire des Juifs commence avec celle de Mosché. Mais, à ces premières heures, Israël possédait sur ses ancêtres, sur l’origine du monde et sur un grand événement, le déluge, des traditions qu’il faut rapporter et qui ne sont pas inutiles pour le bien connaître.
Voici comment les Hébreux racontaient la naissance de ce globe :
« Au commencement, Elohim créa le cielet la terre. La terre était sans forme et un chaos, les ténèbres étaient sur l’abîme, et l'esprit d'Elohim planait sur les eaux. Elohim dit : « Que soit la lumière ! » et fut la
1. De la bibliothèque de Ninive, M. Smith atiré le récit kaldéen de la création; ce récit devait, d’après l’illustre Anglais, se composer de douze tablettes, L'édition que nous possédons est de l’époque d’Assourbanipal, 670 ans avant Jésus-Christ; mais c’est la copie d’un texte qui a dû être rédigé entre l’an 2000 et l’an 1500. Des douze tablettes, M. Smith n’a recueilli que des fragments. Voici la traduction du premier sur le chaos et la génération des dieux :
« 1. Autrefois le ciel en haut n’était pas nommé (n'existait pas). 2. Et en bas la terre n’était pas nommée. 3. Et l’abime s'étendant au loin fut leur générateur. 4. La mer qui a tout engendté était un chaos. $. Les eaux furent rassemblées alors. 6. C’était une obscurité profonde, sans aucune lueur, un vent d'orage sans repos. 7. Autrefois les dieux n’existaient pas encore. 8. Aucun nom n’était nommé, aucun destin déterminé. 9. Et furent faits les grands dieux. 10. Le dieu Lakmou, le dieu Lakamou existèrent 11, jusqu’à ce qu’ils multiplièrent. 12. Les dieux Assour et Kissour naquirent alors... 13. Un grand nombre de jours et un long temps s’écoula. 14. Le dieu Anou... 1$. Les dieux Assour et... » (Traduction de M. Oppert. — Voir Gôiting. Anzeiger du 11 juillet 1876, p. 870. — George Smith, Chaldean account of Genesis, p. 62-63.
CRÉATION. 3
lumière, Et Élohim vit que la lumière était bonne, et il fit une séparation entre la lumière et les ténèbres. Élohim appela la lumière jour et les ténèbres nuit, Il y
— F,. Lenormant, Guazefle archéologique. — George Smith’s Chaldaïsche Genesis, Uebersetzung von Hermann Delitzsch. Erläuterungen, p. 294 et suiv.)
Les trois tablettes suivantes ne sont pas retrouvées. Selon l’analogie avec la Genèse, dit Smith, elles devaient décrire la création de l’atmosphère ou firmament, de la terre ferme et des plantes.
Un court fragment que cite Smith semble du reste se rap-
porter à cette description :
Lorsque tu fis le fondement de la terre, Tu le nommas le fondement de la terre...
Tu avais fait déja le ciel...
Un autre fragment qu’il place en cet endroit du récit kaldéen paraît aussi, tout mutilé qu'il est, avoir trait à l’établissement de la terre ferme.
Toutefois la cinquième tablette, assez bien conservée, dépeint la formation des luminaires suspendus au ciel, c’est-adire l’œuvre du quatrième jour :
« 2. Les étoiles, leur apparence en forme d'animaux, il ordonna. 3. Pour estimer l’année par l’observation de leurs constellations, 4. il ordonna douze mois (ou signes) d’étoiles en trois séries, $. depuis le jour où l’année commence jusqu’à la fin. 6. Il délimita les positions des astres errants pour paraître dans leur. cours, 7. pour qu'ils ne fissent pas de mal et ne détruisissent personne. 8. Les positions des dieux Bel et Héa, il fixa par lui-même, 9. et il ouvrit les grandes portes, dans l'obscurité. 10. Des portails étaient fermement à droite et à gauche. 11. Dans sa masse (ou chaos inférieur) il fit une ébullition. 12. Le dieu Ourou {la lune) il en fit sortir pour dominer la nuit, 13. pour le faire lumière de la nuit, jusqu’à l’arrivée du jour, 14. pour que le mois ne subit aucune interruption et que sa durée fût réglée. rs. Au commencement du mois, à l’arrivée de la nuit,
eut un soir et un matin qui firent le premier jour. «Elohim dit : « Qu'il y ait un espace au milieu des eaux, et qu’il sépare les eaux d'avec les eaux!» Elohim
16. il montre ses cornes pour briller au ciel. r7. Au septième jour, il (Ourou) commence à devenir un cercle, 18. et s'efforce d’aller jusqu’à l’aurore. 19. Lorsque le dieu
Schamasch (soleil) à l’horizon du ciel à l’est, 20. ... splendidement formé ‘21. et .… en disque fut achevé Schamasch. 22. .… l’aurore doit ramener Schamasch. »
Dans cette cinquième tablette est bien indiquée, comme dans ia Genèse, la formation distincte des étoiles et des grands luminaires, le soleil et la lune. Ils servent, comme dans le récit biblique, à marquer les temps, c’est-à-dire le jour, l’année, le mois,
Ce que contenait la sixième tablette, et ce qui en reste, il est difficile de le déterminer. Selon toute probabilité, elle racontait la création des poissons et des oiseaux.
Quant à la septième tablette, voici la traduction qu’en donne Smith :
1. « Lorsque les dieux dans leur réunion eurent créé... 2. Contents étaient les puissants monstres,., 3. Ils les firent devenir êtres vivants... 4. La bête des champs, le fauve et le reptile de la terre, s. ils les marquèrent pour être des êtres vivants. 6. .,. la bête et le reptile de la ville, ils marquêrent... 7. ... la totalité des reptiles, toute création... 8. ... qui dans l’assemblée de mes familles... 9, ... et le dieu Nein-si-koun les fit être deux... 10. ... l’assemblée des reptiles il fit marcher... »
Le septième jour de la Genèse s'accorde parfaitement avec le récit de la septième tablette babylonienne. Dans les tablettes entières, on retrouverait certainement la formation de l’homme et de # femme.
Tel est le résumé du Chaldean account de M. Smith, en ce qui concerne la création. Vraies dans leurs grandes lignes, les hypothèses et la traduction de Smith sont déparées par bien des erreurs de détail. Le savant anglais est parfois porté à incliner les textes assyriens vers la Bible si chère à son pays.
CRÉATION
fit l’espace et sépara les eaux d’en bas des eaux d’en haut; et il fut ainsi. Elohim appela l’espace ciel. Il y eut un soir et un matin qui firent le deuxième jour.
« Elohim dit : « Que se rassemblent en un même lieu les eaux d’en bas pour qu’apparaisse la partie sèche! » et il fut ainsi. Élohim appela ensuite le sec terre, et mer la réunion des eaux. EÉlohim vit que c'était bien. I1 dit : «Que la terre fasse germer de l’herbe produisant sa semence, l'arbre fruitier donnant son fruit selon son espèce et dans lequel est sa semence! » et il fut ainsi. Elohim vit que c'était bien, Il y eut un soir et un matin, et ce fut le troisième jour.
« Elohim dit : « Qu'il y ait des luminaires dans l’espace du ciel pour qu’on distingue le jour de la nuit, et qu’ils soient les signes des RARE des jours et des années! qu’ils soient comme des lumières dans l’espace céleste pour éclairer la terre! » et il fut ainsi. Elohim fit les deux grands luminaires, le plus grand pour présider au jour, et le plus petit pour piésier à la nuit; il fit aussi les étoiles. Elohim vit que c'était bien. Etil y eut un soir et un matin qui formèrent le quatrième jour.
« Elohim dit : « Que les eaux pullulent d'êtres vivants! que l'oiseau vole vers l’espace céleste ! » Alors Elohim fit les grands poissons et tout être animé rampant que produisent les eaux, selon leur espèce, ainsi que tout être ailé, selon son espèce. Puis Elohim les bénit, disant : « Fructifiez et multipliez-vous, et remplissez les eaux dans la mer, et que l’être ailé se multiplie sur la terre! » Et il y eut un soir et un matin [qui firent] le cinquième jour.
« Elohim dit : «Que la terre produise les êtres animés, selon leur espèce, les grandes bêtes, celles qui rampent et les animaux de la terre selon leur espèce |! » et il fut ainsi. Élohim [les] fit... et vit que c'était bien.
«Elohim dit: «Faisons Adam à notre image et à notre ressemblance; qu’il domine sur les poissons de la mer, sur l'être ailé du ciel, sur les grandes bêtes et sur toute la terre, et sur tout ce qui rampe sur la terre !» Et Élohimfit Adam à son image et à sa ressemblance ; il le créa
mâle et femelle (c’est-à-dire à l’état d’hermaphrodite). Jahvé Elohim ! façonna Adam de la poussière de la terre, et lui mit dans la narine le souffle de vie; et Adam s’anima, Pour l’y placer, Iahvé Elohim planta un jardin appelé Edèn (délices), arrosé par un fleuve qui se divisait en quatre branches. La culture du jardin fut commise aux soins d'Adam. lahvé Elohim fit tomber sur l’Adamandrogvyne un sommeil pendant lequel il lui enleva un côté dont il combla le vide avec de la chair. Avec ce côté il construisit la femme, qu'il fit venir vers Adam ?, »
Quant à l’époque où parut sur la terre le premier homme, la chronologie biblique ne l’indique pas avec certitude.
Sur son berceau, ce que la Genèse appelle Edèn, trois opinions ont cours aujourd’hui. D’après l’une, il devait être situé dans les monts Bélor (Bélourtagh), sur le plateau de Pamir, près de l'Himalaya. C’est du moins un endroit du monde qui répond un peu à la description de l’Edèn que trace la Genèse. Du massif de montagnes dont le plateau de Pamir est le centre s’échappent en effet quatre grands cours d’eau, l’Oxus (Gihon), le haut Indus (Pison), l’'Helmend (Prat), Plaxarte ( Hiddeqel) à.
D'après la seconde hypothèse, c’est dans l’Arménie et la Géorgie actuelles qu’il faut placer l'Édèn biblique. Il y a près du lac de Van (Arissa) quatre rivières, l’Euphrate, le Tigre, le Djihoun ou Araxes , et le Phase. Cette dernière région, autrefois d’une merveilleuse fer-
1. Sur le sens du nom d’Élohim et de celui d'Iahvé, voir pr29 et "130.
2. Gen., 11. La tradition rabbinique a expliqué comme nous ce passage ( Bereschit rabba,sect. 8.). Telle est aussi la tradition générale des peuples. (Voir Gazette archéologique, 1878, p- 131-140, Mansell, Les premiers ëlres vivants.
3. Obry, Du berceau de l'espèce humaine. — F. Lenormant, Essai de commentaire des fragments cosmogoniques de Bérose,