Jug., vit
Quel ne fut pas l’étonnement d’Ophra, en voyant Guideôn rentrer avec les deux sars de Midian, naguère si redoutés! Malgré leur infortune, ils se tenaient encore debout et fiers devant le fils d’Ioasch. Celui-ci leur ayant posé cette terrible question : « Comment étaient les hommes que vous avez tués au Thabor ? » ils répondirent : « Ces hommes te ressemblaient; ils étaient superbes comme des fils de rois. — C’étaient mes frères, repartit Guideôn, les fils de ma mère. Plût a Dieu que vous les eussiez laissés vivre! Je ne vous tuerais pas. » Alors le jeune héros dit à Iéther (/avantagé), son aîné : « Lève-toi, et tue-les »; mais léther recula devant le meurtre des deux chefs. « Frappe-nous toi-même, » s’écrièrent Zébah et Zalmouna. Et Guideôün les tua de sa propre main; après quoi, il s'empara des amulettes en forme de croissants qui pendaient au cou de leurs chameaux.
La dépouille de Midian apportée à Ophra devait être fort considérable; les sars de ces bandes pillardes et commerçantes en même temps aimaient à se parer d’ornements d’or et de pourpre. Guideôün n'avait pas manqué de prendre ces richesses, ce qui lui avait attiré les plaintes des Ephraïmites, furieux de n’avoir pas eu une assez large part au butin.
A partir de cette heure, le fils d’Ioasch fut le plus populaire des héros. Aucun schofète ne jouit de la même autorité sur Israël. On lui offrit, pour lui et pour sa famille, la royauté, mais il refusa : « Non, je ne dominerai pas sur vous, ni moi ni mon fils; c’est lahvé qui doit dominer sur vous. » Cependant, comme un roi, il eut beaucoup de femmes, et sa résidence d’Ophra semble avoir été un point central pour les tribus.
Dans le butin fait sur Midian, Guideôn avait demandé à chacun un nezem (pendant de nez) et un pendant d'oreille d’or. Sur un tapis, les Benê-Israël avaient apporté ce que voulait le héros. Il en eut la pesanteur de 1,700 sicles. Avec cet or, qu’il fit fondre, il fabriqua un éphod et probablement un mobilier pour le culte. Un
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autel se dressa dans le territoire d’Ophra, présidé sans doute par un cohène de la tribu de Lévi. De préférence à Schilo, les tribus vinrent à Ophra, qui avait aussi son éphod. Par la, Guideôn tint tête à l’orgueil d’Ephraïm. Dans sa course précipitée à la suite de Midian, il avait pu écouter les Éphraïmites ; mais, victorieux, il paraît avoir pris à tâche d’abaisser leur orgueil. Ce que fit Guideôün, à partir de ce moment jusqu’à sa mort, n’est pas connu.
Après lui, illaissa soixante-dix fils. L’un d’eux, par Menasché et les tribus du Nord, fut investi d’une sorte d'autorité. N’était-ce pas l’idée de la royauté qui commençait à poindre en Israël? L’ascendant de Guideün, pendant quarante années, avait habitué les tribus à la domination d’un homme.
Par suite du riche butin en or et en tissus que les Benê-Israël avaient fait sur les Midianites, une grande aisance était entrée dans le pays. Des relations s’établirent entre les tribus du Nord et les marchands Phéniciens, et les cités les plus fortes d'Israël devinrent des marchés où se rendirent les étrangers. Leur sécurité, on l'avait mise sous la sauvegarde de Baal- Berith (le Baal d’alliance), auquel un temple fut élevé.
Ophra, ayant acquis, grâce à la postérité de Guideôn, la prépondérance en Israël, les Ephraïmites la voulurent reprendre en attirant à eux un des fils d’Ierou-Baal. Or, il y avait, dans la principale ville d’Ioseph, Abi-Mélek (mon père, c’est Molok), que Guideün avait eu d’une Schekémite, et chez qui l'ambition s’unissait à la méchanceté 1, Qu’il ait voulu de lui-même abattre ses frères pour saisir la souveraineté, ou bien que les Schekémites l’aient poussé au meurtre, toujours est-il qu’il s’entendit avec eux pour faire disparaître les fils aînés de son père. Schekem l'ayant choisi pour chef, avec l'argent que lui fournit cette ville il leva une bande de vauriens, et fit la guerre à ses frères. On ne connaît
L Jup.,-1x,
pas les incidents de cette lutte. Abi-Mélek, vainqueur, ordonna d’écraser sur une pierre les soixante-neuf fils de Guideün, Tout sanglant, il fut acclamé, après ces meurtres, par les Schekémites.
Mais un des fils de Guideün, Iotham, échappé au massacre, s'enfuit d’Ophra, monta sur le Garizim, près de Schekem, et reprocha à la ville son ingratitude envers la maison de Guideôün. Dans une fable curieuse, il tâcha de détourner d’Abi-Mélek l'affection des Schekémites :
Écoutez-moi, Schekémites,
Et Élohim vous écoutera aussi.
Les arbres allérent un jour pour oindre un roi. Et ils dirent à l'olivier : « Règne sur nous. — Ai-je perdu, répondit l'olivier, ma fertilite, Avec laquelle on honore Élohim et les hommes, Pour que j'aille m'inquiéler des arbres? »
Alors les arbres dirent au figuier :
« Toi, sois notre maître. »
Et le figuier leur répondit.
« N'ai-je donc plus ma douceur et mon fruit exquis, Que j'aille me fatiguer pour les arbres? »
Les arbres dirent alors à la vigne:
« Viens, toi, et règne sur nous. »
Et la vigne leur répondit :
« N'ai-je donc plus mon vin nouveau, Qui réjouit Élobim et les hommes,
Que j'aille me fatiguer pour les arbres? »
Alors tous les arbres dirent au buisson :
« Viens, toi, et règne sur nous. »
Et le buisson repondit aux arbres :
« Si c’est avec sincérité que vous m'oignez rois Venez à mon ombre! elle vous protégera; Sinon, un feu sortira du buisson,
Et il dévorera les cèdres du Libanon.»