‹ Histoire d'Israel (volume 2)Chapitre 140 sur 244 · ABI-MÉLEK · texte numérisé non relu

ABI-MÉLEK

serviteurs qui portait ses armes, il luicria: « Tire ton épée et achève-moi, pour qu’on ne puisse dire : Une femme l’a tué.» Son serviteur le perça, et il mourut.

Abi-Méiek est une expression assez parfaite de cette époque sauvage et passionnée. D’après certains mots du Livre des Jug'es, on peut croire que son rôle ne se borna pas à écraser ses frères sur la pierre et à brûler les Schekémites. I1 paraît avoir défendu les frontières d’Israël. Mais, par sa tyrannie, iln en détruisit pas moins l’œuvre de son père Guideën : grâce à lui, les deux tribus sœurs, Éphraïm et Menasché, se scindèrent, et par là même s’affaibiirent.

Après Abi-Mélek, son cousin Thola, fils de Poua, de la tribu d’Issakar, hérita du pouvoir. Il fixa sa résidence à Schamir, en la montagne d’ Éphraim, où il fut enseveli, sans laisser aucun souvenir de ses actes. Tout ce que l’on raconte de lui, c’est que, pendant vingttrois ans, il gouverna les tribus du Nord et les protégea contre les invasions.

Pendant que, après la mort de Guideôn, les tribus de ce côté de l’Iardèn s’affaiblissent, celles de l’autre côté reculent leurs frontières. Guideôn les avait délivrées de leurs redoutables voisins de l’Est, les Midianites. Profitant de la défaite de Midian, Guileäd s'était étendu à l’est, et avait soumis le territoire qui va jusqu’à la haute "montagne du Hauran. À la tête de Guileäd apparaît laïr (il luira), avec ses trente fils, qui, comme les personnages distingués d'Israël, montaient sur trente Anons. À cette famille appartenaient trente qirioth ou bourgs !, Dans le pays conquis par laïr et les Menaschites de l’autre côté, on comptait, d’Orguel au Djebel-Hauran, soixante villes fortes construites en basalte. Depuis, ces villes se nommèrent Havoth-laïr (bourgs d’Iaïr), Sur ce héros, qui fut enterré à Qamon, en Guileäd, le récit biblique n’est pas prodigue de détails.

Malgré ces victoires, les épreuves des tribus ne

1 Jug.; Xe

sont pas finies. Si, de l’autre côté de l’Iardèn, les Midianites sont réduits pour un temps à la terreur et à l’impuissance, Ammon et Moab sont toujours debout.

Les Ammonitesavaient pour ville principale Rabbath- Ammon, dans une contrée fertile et protégée par des collines ; au sud-est de la cité s’étendait un grand étang qu’alimentait un petit ruisseau. L'installation d’Ammon était fort belle. À cette époque, ils avaient un roi guerrier rêvant d’agrandir son territoire ; ses voisins les plus accessibles étaient Gad et Reôubèn. Pour les attaquer, le roi voulut cependant mettre en avantune raison décisive. Il prétendit que, trois siècles auparavant, le territoire occupé par les deux tribus avait appartenu aux Ammonites: c'était son bien qu’il venait réclamer. Il commença par faire le siège des villes ouvertes, laissant de côté, pour le moment, les villes fortes. Poussant jusqu’au nord, le roi d’Ammon atteignit le pays des Guileädites et menaça Mizpa. Il se permit même de faire une incursion heureuse dans le territoire d’'Ephraïm, de Beniamin et d’Iehouda.

En même temps qu'Ammon opprime les tribus de Vautre côté et menace trois tribus de l’intérieur, les Pelischtim mettent sous leur dépendance les Benê-Israël de leur voisinage. Ephraïm, soit égoïsme, soit faiblesse, après la lutte contre Abi-Mélek, refusa de passer l’Iardèn pour défendre Guileäd.

Mais deux sauveurs se levèrent en même temps dans Israël: Iphtah (il ouvrira, Jephté) et Schimschon (le soleil, Samson). Ce sont bien les deux types les plus étranges que présente l’histoire d'Israël. Nous ne sommes plus en face d’Othniel ou de Guideün, hommes pacifiques dans leur maison, terribles seulement quand l'amour d’Israël s'empare d’eux et les précipite contre l’ennemi. Iphtah et Schimschon sont des natures vigoureuses, à moitié sauvages, des aventuriers vivant en dépit des lois et des coutumes, et employant leurs forces autant pour le mal que pour le bien. Leur hardiesse dépasse toute imagination. Avec

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tous ces traits communs, ces deux héros diffèrent cependant profondément l’un de l’autre. Iphtah se présente à l'ennemi avec des bandes organisées, et triomphe par la guerre ouverte. Quoique doué d’une vigueur et d’une audace prodigieuses, Schimschon, au contraire, n'engage pas de bataille, mais accable les ennemis par ruse et par surprise.

Iphtah était né de Guileäd et d’une courtisane 1, À la mort de son père, ses frères l'ayant chassé, il s'était retiré dans le pays de Tob, où, avec quelques hommes déterminés, il vivait de brigandages, détroussant les caravanes marchandes de Midianites, d’Ischmaélites, de Kédorènes. Partout était répandue la terreur de son nom.

Les Guileädites crurent qu'un homme aussi terrible pourrait en imposer aux Ammonites et en même temps relever le courage d'Israël. Quand les sars de Guileäd, reunis dans l’angoisse commune, se demandèrent : « Qui donc entamera la lutte contre les Béné-Ammon ? » un seul nom, celui d’Iphtah, sortit de toutes les lèvres. À la condition qu’il serait leur chef même après la guerre, Iphtah, oubliant l'outrage que lui avaient fait ses compatriotes, ne refusa pas de les commander. Mais leur engagement de le prendre pour chef, il le leur fit jurer devant l’autel de Mizpa.

Avant d’engager les hostilités, il envoya vers le roi d’Ammon pour lui demander quelle était la cause de sa prise d'armes contre Israël. Le roi ayant réclamé le pays qui s'étend de l’Arnon jusqu’à l’Iabboq et à l’Iardèn, déclarant qu’autrefois les Israélites l'avaient enlevé à ses pères, Iphtah lui fit répondre que rien n'avait été pris aux Ammonites, avec lesquels Israël avait toujours vécu en bonne intelligence. Ses propositions ayant été rejetées, le chef de bandes déclara la guerre aux Ammonites. Pour la soutenir, il choisit des

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hommes jeunes et déterminés ; avec eux, il poussa linvasion du pays d'Ammon jusqu’à Minith, non loin de Heschbon, et jusqu'à Abel des vignobles, près de Rabba, la grande cité. Vingt villes devinrent sa proie. En un instant, Ammon fut écrasé,

Après ces triomphes, les Ephraïmites en voulurent à Iphtah, comme autrefois à Guideün, d’avoir vaincu sans eux. D’un caractère moins endurant que le schofète d’Ophra, Iphtah reçut mal les plaintes d'Éphraïm, qui alla jusqu’à passer l’Iardèn, près de la ville de Zaphon!i (probablement Amateh actuelle, non loin d’'Ouad-Radjib), et, par son attitude menaçante, essaya de faire rentrer dans la soumission les Guileädites. Les gens d’Ephraïm parlaient même de brûler la maison d’Iphtah. Mais le hardi chef de bandes punit leur arrogance et leur barra le gué de l’Iardèn, par lequel ils pouvaient rentrer dans leur pays. La, se tenaient des postes qui massacrèrent les fuyards d’Ephraïm. On reconnaissait leur origine à un mot: schiboleth (Vépi), que, de l’autre côté du fleuve, on prononçait avec le son sch, et, de ce côté, siboleth?.

Cependant, au milieu de tous ses triomphes, Iphtah avait éprouvé une grande douleur. Sa fille, une douce enfant, une des Israélites les mieux faites pour jouer le rôle de la bien-aimée, avait été victime de la victoire sur Ammon. Avant de partir avec sa troupe de jeunes hommes, où se trouvait peut-être le fiancé de sa fille, Iphtah avait promis à Iahvé, s’il était victorieux, de lui vouer la première personne de sa maison qui paraîtrait au-devant de lui. Revenant à Mizpa, il aperçut sa fille unique, qui accourait joyeuse au son des tambourins et des flûtes. 11 déchira ses vêtements dans sa douleur. « Fais-moi selon ce que tu as promis,

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