‹ Histoire d'Israel (volume 2)Chapitre 145 sur 244 · Guérin, Description de la Palestine; Judée, t, M, p · texte numérisé non relu

Guérin, Description de la Palestine; Judée, t, M, p

rayon de miel, que les abeilles y avaient déposé. Prenant le miel, il en offrit à son père et à sa mère, mais sans leur révéler de quel endroit il l’avait tiré.

À Thimnatha, les divertissements des noces durèrent sept jours. On y dansa, sans doute, au son des flûtes, des castagnettes et des tambourins; les harpes ou kianors s’y durent faire entendre, Chez les Sémites, il y a des artistes et des poètes que les écoles n’ont pas formés : dans les bourgs et les gorges les plus sauvages peuvent résonner des notes touchantes. On dansa et l’on fit entendre les instruments de musique aux noces de Schimschon.

Trente jeunes Pelischtim y avaient été convoqués par les parents de la fiancée. Le Danite, heureux de prendre au piège des Pelischtim, leur proposa une énigme, qu’il avait dû méditer dans les vignes de Thimnatha :

De celui qui mange est sorti ce qui se mange, Et du fort est sortie la douceur.

S'ils ne découvraient pas le sens de l’énigme pendant les sept jours des noces, les jeunes gens devraient donner à Schimschon trente tuniques et trente manteaux; mais s'ils parvenaient à le découvrir, ce serait à Schimschon de leur faire le même présent. Le septième jour, les jeunes gens, n'ayant encore pu deviner je mot de l’énigme, menacèrent Ja femme de Schimschon de brûler sa maison si elle ne le leur révélait, Après avoir longtemps résisté aux caresses fallacieuses et aux larmes de sa femme, Schimschon finit par lui livrer son secret, qui passa bien vite aux jeunes Pelischtim. Avant le coucher du soleil, ils dirent à Schimschon : « Qu’y a-t-il de plus doux que le miel et de plus fort que le lion? — Si vous n’aviez pas labouré avec ma génisse, leur cria-t-il, vous n’auriez pas pénétré mon énigme. »

Pour leur donner les trente vêtements, il eut recours à un moyen fort simple : il alla tuer trente hommes

d’Aschgelon, dont il prit la dépouille, Il se vengeait

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sur les Pelischtim mêmes du manque de bonne foi des gens de sa noce,

Mécontent, sans doute, de sa femme, il s’en alla ensuite seul à Zora, dans la maison de son père.

Mais l’amour dont cette jeune fille l’avait frappé était si fort, qu’il reprit bientôt la route de Thimnatha; il y entra à l’approche de la moisson, avec un chevreaù dont il voulait faire cadeau à sa femme. Mais il eut la douleur de la voir unie à un autre homme, On l'avait, en son absence, mariée avec le jeune paranymphe de la noce. Schimschon lia trois cents chacals deux par deux, et, leur ayant attaché à la queue des flambeaux, les lâcha dans les vignes et les moissons des Pelischtim. La riche Scheféla, dont on allait couper les orges, flamba de toutes parts. Pour se venger, les Pelischtim brûlèrent la femme de Schimschon et son beau-père. Alors le rude Danite n’épargna rien pour les en punir.

Mais les hommes d’Iehouda, pressés par les Pelischtim, lièrent Schimschon pour le leür livrer. De la grotte d’Etham, où il s'était réfugié, ils l’amenèrent ainsi à Léhi, où campaient les Pelischtim. Aux mains des ennemis, le Danite brisa, comme du lin brûlé, les deux cordes neuves dont il était serré, et, avec une mâchoire d’âne, tua mille Pelischtim.

Tout joyeux de cet exploit et d’avoir assommé ceux qui le voulaient tuer, il se permit un jeu de mots :

Avec la mächoire d’un hamor (âne), j'ai frappé un hamor (troupe), Avec la mâchoire d’un âne, j'ai frappé mille hommes,

Après cette explosion de bonne humeur, il jeta Ja mâchoire d’âne et appela cet endroit Ramath-Léhi (le jet de la mâchoire). Malgré tout, la soif le dévorait, « Mourrai-je maintenant de soif? dit-il à Iahvé;

1, Jug., xv. — Les chacals abondent encore dans cette contrée, et la nuit on y entend leurs aboiements funèbres,

et tomberai-je entre les mains des incirconcis? » De la mâchoire jaillit alors une fontaine, qui reçut le nom d’Aïn-Hagaré (fontaine de celui qui invoque). On la montrait encore à Léhi, au temps où écrivait l’auteur du Livre des Juges.

Ardent à la volupté, Schimschon allait voir une courtisane de Gaza 1. Une nuit qu’il était avec elle, on l’annonça aux habitants de la ville, qui en fermèrent toutes les portes. C’étaient probablement de larges et massives portes à deux battants, en bois bardé de fer, comme on en voit encore aujourd’hui en Palestine. Vers le milieu de la nuit, Schimschon quitta la fille de Gaza. Il dut sourire en voyant les précautions que l’on avait prises pour l’empêcher de sortir. Arrachant une des énormes portes de Gaza, il la mit sur ses épaules, et gravit sous ce fardeau une élévation voisine de la ville, d’où il nargua sans doute le lendemain les Gazites, qui s'étaient dit, le soir : « Jusqu’au crépuscule du matin, et nous le tuerons. » Ce ne peut être, en effet, près de Hébron, fort éloighé de Gaza, et qui ne paraît nulle part dans la légende de Schimschon, que le Danite transporta, comme le voudrait le texte hébreu, la porte de la ville philistine.

Echappé à ce danger, Schimschon, dans l'existence de qui la femme joue un rôle si considérable et si pernicieux, va se livrer de lui-même à d’autres périls.

Dans le Nahal-Soreq (vallée des raisins), dont les vignes étaient renommées en Palestine, presque au pied de Zora, le rude Schimschon s'était épris d’une prostituée, Dalila (la chérie). De Zora le géant se rendait au Val Soreq, où la courtisane l’enivrait de ses caresses et le faisait doucement dormir, comme un enfant, sur ses genoux.

Les Pelischtim ayant eu connaissance de la passion de Schimschon, montèrent vers Dalila et lui dirent : « Tâche de découvrir en quoi réside sa force, nous

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te donnerons chacun onze cents pièces d’argent. » Dalila dit à Schimschon : « Apprends-moi ce qui fait ta force et avec quoi il faut te lier pour te dompter. — Si on me lie avec sept nerfs encore frais, je deviendrai faible et tout semblable à un autre homme. » Les chefs des Pelischtim envoyèrent à Dalila sept nerfs encore frais, avec lesquels elle lia Schimschon, assoupi sur ses genoux. Les Pelischtim se tenaient à côté. Elle cria : « Les Pelischtim sont là, Schimschon! » Réveillé en sursaut, il brisa ses liens, qui ne firent pas plus de résistance que le lin brûlé. « Voilà que tu tes moqué de moi; dis-moi maintenant avec quoi on peut te lier. — Si l’on m'attache avec des cordes neuves qui n’ont pas encore servi, je serai faible comme un autre homme, » Alors Dalila, l’ayant lié avec des cordes neuves et endormi sur son sein, s’écria : « Voici les Pelischtim! » Schimschon brisa ses liens comme un fil. « Jusques à quand te joueras-tu de moi en me disant des mensonges? Avec quoi peut-on t’attacher? — On me réduira en attachant les sept touffles de ma chevelure avec l’étoffe qui est sur le métier du tisserand. » Elle le fit, puis s’écria : « Les Pelischtim sont là, Schimschon ! » Se dressant, il secoua sa tête et enleva la cheville du tissage avec l’étoffe. « Comment peux-tu dire : « Jet’aime », puisque ton cœur n’est pas avec moi? Voilà trois fois déjà que tu me trompes et que tu refuses de me révéler où gît ta force colossale. »

Importuné par Dalila, son âme fut triste jusqu’à la mort. Il finit par lui révéler son secret : « Le rasoir n’est pas monté sur ma tête, car, depuis le ventre de ma mère, je suis un nazir d’EÉlohim; qu'on me rase, ma force m’abandonnera, je serai faible et comme un autre homme. » Voyant que cette fois elle était enfin en possession du secret de Schimschon, elle fit appeler les chefs des Pelischtim : « Montez maintenant, leut fit-elle dire; car il m’a tout découvert, » Ils vinrent avec de l’argent dans les mains,

Dalila, la perfide, endormit encore le nazir sur ses

genoux, et, ayant fait venir un homme qui lui rasa les sept toufles de sa chevelure, elle lui enleva toute sa force : « Voiciles Pelischtim, Schimschon! » s’écriat-elle. Réveillé tout à coup, Schimschon, affaibli, devint la proie des Pelischtim, qui lui crevèrent les yeux.

Amené à Gaza, il y fut condamné à tourner la meule et à écraser le grain. On ne connaît guère encore aujourd’hui, en Palestine, que les moulins à bras des jours de Schimschon. À une œuvre de femmes et d'enfants, les Pelischtim appliquèrent le héros d'Israël.

Cependant, avec le temps, les cheveux du nazir repoussèrent, et avec eux sa force surhumaine revint. Un jour de fête de Dagon, les Pelischtim, joyeux, dirent : « Appelez Schimschon, qu'il nous fasse rire! » Et l’on fit sortir Schimschon de la prison. Il parut, conduit par un enfant. C'était dans le temple de Dagon.

On mit le vigoureux aveugle entre deux colonnes. Il amusa la nombreuse assistance par sa musique et par ses danses. La maison était pleine d'hommes et de femmes, parmi lesquels les seranim (chefs) des Pelischtim. Sur le gag (toit) ou estrade, il y avait trois mille hommes et femmes contemplant les jeux du Danite. Ce devait être un temple en plein air. Schimschon dit à l'enfant qui le guidait : « Laisse-moi toucher les colonnes sur lesquelles la maison repose, pour que je m’appuie sur elles. » Après avoir invoqué Iahvé, Schimschon étendit ses mains vers les deux colonnes; il appuyait sur l’une sa main droite, sur l’autre sa main gauche. Il s’écria : « Que je périsse avec les Pelischtim ! » Et il inclina, dans sa force, les deux colonnes, et l'édifice tomba sur les chefs des Pelischtim et sur tout le peuple. 11 en périt plus, dans cette journée, que Schimschon n’en avait tué pendant toute sa vie.

Ses frères descendirent, enlevèrent son corps et l’ensevelirent dans le sépuicre de leur père Manoah, entre Zora et Eschtaol 1, ville de la plaine (Scheféla)

1. Guérin, Descr. de la Palestine; Judée, t, 111, p. 324-326.

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d’Iehouda, peut-être Aschoua actuelle. I] semblerait que ce soit à Khirbet-Aselin, à l’ombre des vieux figuiers, qu’il faille chercher l'endroit où a été couché le géant. Il avait été schofète en Israël pendant vingt ans.

On voit, par ce dernier trait, que le titre de schofète est donné à ceux qui, sans avoir aucune autorité légale, ont montré de l’héroïsme dans les combats d'Israël contre les peuples voisins.

C’est pendant la période racontée par le Livre des Juges que les Danites se dirigent vers le nord et s’établissent dans un territoire qui relevait de Zidon. Cinq explorateurs, partis de Zora et d’Eschtaol, avaient aperçu Laïsch (le lion), ville phénicienne 1, Ils étaient revenus en disant : « Montons, car nous avons vu un pays qui est très-riche. » Laïsch, sans défiance, ne pouvant recevoir aucun secours de Zidon, fut enlevée par six cents hommes de Dan, qui la brülèrent après avoir passé ses habitants au fil de l’épée. Sur ses ruines, on bâtit une autre ville, qui s’appela Dan.

Se rendant à Laïsch, et passant par la montagne d’Éphraïm, les Danites avaient trouvé, dans la maison de Mika (qui est comme Iahvé), un lévite avec un éphod et des teraphim dont il était le prêtre. Ils amenèrent ces objets avec le lévite, dans leur ville nouvelle. Peut-être les teraphim, qui semblent attachés au foyer, étaient-ils les images des ancêtres, devant lesquelles, suivant la coutume égyntienne, on faisait, à certains jours, des offrandes. Ils semblent, dans tous les cas, avoir tenu la place de dieux lares. La beauté des teraphim de Mika, qui était fort riche, poussa sans doute les Danites à s’en emparer. De plus, pour se soustraire à l'influence de Schilo et d’Ephraïm, chaque tribu désirait son éphod et, dans son territoire, un lieu central pour le culte. Le lévite de Mika, transporté à Laïsch, s'appelait Ionathan (Iahvé a

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