ROUTH
pièces. La petite tribu perdit ce jour-là vingt-cinq mille hommes.
A Mizpa (serment) les Israëlites jurèrentnde ne jamais donner leurs filles aux fils de Beniami . Mais ils se prirent à regretter ce serment; à Schilo, devant lahvé, ils disaient avec tristesse : « Une tribu a été retranchée d’Israël ; où prendront-ils des femmes ? » Alors ils s’emparèrent de quatre cents filles d’Iabesch en Guileäd, qui n'avait pris part ni à la lutte ni au serment, et les réservèrent aux Beniaminites. Ils avertirent encore ceux-ci de se cacher dans les vignes de Schilo, pour tomber sur les jeunes filles qui, à la fête solennelle d’Iahvé, sortaient de la ville en dansant ; elles furent surprises au milieu des vignes et conduites en Beniamin.
Ainsi, pendant les années dont le Livre des Schofetim retrace quelques événements, il faut joindre aux luttes contre les Pelischtim et les peuples kenaanites cette terrible guerre ‘intestine qui a du moins l'avantage de montrer de quelle conscience morale Jahvé avait pourvu Israël, son peuple bien-aimé.
Ce fut sans doute au temps de David, quand Iehouda disputait la royauté à Beniamin et Hébron à Guibeä, qu’a été écrit le récit qui fait si peu d’horneur à Beniamin et à Guibeä. Le collecteur du Livre des Juges la mis, avec l’épisode de Laïsch et des Danites, à la fin de son histoire.
Au milieu de ce monde héroïque et tourmenté, parmi les cris de guerre, se fait entendre une douce voix. C’est celle de Routh, la Moabite. Etrangère à la trame historique du récit, cette histoire n’en mérite pas moins qu’on la raconte. Elle peint la plus ravissante figure peut-être qu’ait créée l’art d’Israël.
Le livre où Routh paraît n’a guère pu être écrit qu'après la captivité. La langue hébraïque y est déjà fort altérée; de plus, par les soins qu’il prend de nous retracer les anciennes coutumes, l’auteur a toutes les apparences d’un antiquaire amoureux des temps passés et en recueillant avec soin tous les débris. Il
va jusqu’à donner à Dieu, le vieux nom sémitique de Schaddaï,
Mais voici son histoire, malgré tout aimable et naïve :
Aux jours des schofetim, il y eut une famine dans le pays d’Israël. Un homme de Beth-léhem d’Iehouda, Eli-Mélek (mon Dieu, c’est Molok), se rendit avec sa femme, Noômi (/ agréable), et ses deux fils, Mahelon et Kilion, dans les champs de Moab. La mourut Eli- Mélek, lafssant seuls sa femme et ses deux fils. Ceux-ci épousérent deux Moabites : Mahelon prit Orpha (la chevelure) aux beaux cheveux; et Kilion, Routh (la charmante à voir). Au bout d’environ dix ans, ses deux fils étant morts, Noûmi se prit à regretter les champs d'Israël que, des montagnes de Moab, elle pouvait apercevoir au loin par les claires journées. L’ennemi ne ravageait plus les campagnes d’Iehouda, qui avaient retrouvé leur fécondité. Combien il serait doux de revoir encore Israël, et d’avoir la certitude de reposer SOUS Ses glèbes! Elle engagea ses deux bellesfilles à rester dans le pays de Moab. « Qu’'Iahvé, ajouta-t-elle, vous donne de trouver la joie dans la maison d’un mari! » Mais, tout en larmes, les deux belles-filles s’écrièrent : « Nous retournerons avec toi chez ton peuple. — Pourquoi voulez-vous venir avec moi, mes filles ? Ai-je encore dans mon sein des fils qui vous puissent servir de maris? Quand même cette nuit je serais avec un homme et que je pusse concevoir des fils, voudriez-vous attendre jusqu’à ce qu'ils aient grandi? » Docile, Orpha quitta Noëmi; mais Routh, malgré sa belle-mère, qui lui disait : « Retourne à ton peuple et à tes Elohim, comme ta belle- De En s’obstina à déserter Moab. — « Là où tu iras, j'irai; là où tu t’arrêteras, je m’arrêterai avec toi; ton peuple est mon peuple, et ton Élohim est mon Élohim; là où tu mourras, je mourrai, et, là, je serai ensevelie. » Vaincue par ces touchantes paroles, Noëûmi laissa Routh s’acheminer avec elle. Ensemble, les deux femmes franchirent l’Iardèn, et se dirigèrent