‹ Histoire d'Israel (volume 2)Chapitre 148 sur 244 · ROUTH · texte numérisé non relu

ROUTH

vers Beth-léhem, Leur arrivée fut un événement dans la petite bourgade. « Est-ce là Noûmi? se.disaient les gens, — Ne m'’appelez plus Noûmi, leur répondait-elle, mais Mara (amère), car Schaddaï (le puissant) m’a comblée d’amertume. »

Des champs de Moab, Routh, avec Noûmi, vint à Beth-léhem, au commencement de la moisson des orges.

Routh, pauvre, alla glaner dans les terres de Boaz (en lui est le refuge), suivant les pas des moissonneurs de Beth-léhem. Boaz, parent d’Eli-Mélek, vint voir sa moisson; il dit à celui de ses serviteurs qui la surveillait : « À qui est cette jeune fille? — C’est la jeune Moabite qui a suivi Noômi. » Boaz, allant alors vers la jeune fille, lui recommanda de ne point quitter son champ, de suivre ses servantes, de manger de leur pain, et d’aller, quand elleaurait soif, puiser à boire aux mêmes vases qu’elles, — « On m’a dit, ajoutat-il, tout ce que tu as fait pour ta belle-mère après la mort de ton mari... Qu'Iahvé te récompense ! » Avec Boaz, elle mangea des grains brûlés. Ayant recommandé à ses moissonneurs de laisser tomber pour Routh des épis de leurs gerbes, Boaz partit. Ce jourlà, la glaneuse moabite recueillit un épha d'orge. Quand elle fut rentrée, Noëmi lui apprit leur parenté avec le riche Beth-léhémite : « Cet homme est notre proche, et de nos Goëlim (rédempteurs).» Jusqu’à la fin du coupement des orges, la belle Moabite glana dans les champs de Boaz.

Au moment du foulage des grains dans l’aire, le soir des réjouissances, Routh, bien parfumée, revêtue de ses plus beaux habits, se rendit, d’après les conseils de sa belle-mère, vers les gerbes sur lesquelles Boaz, le cœur content, reposait, Doucement elle se glissa vers lui et s’étendit à ses pieds, Boaz, s’éveillant au milieu de la nuit, fut effrayé de voir une femme ainsi couchée près de lui. Elle le rassura en lui disant : « Je suis Routh, » Boaz lui promit de l’épouser, si un plus proche parent que lui, dont il savait le nom, renon-

çait à son droit, Avec six mesures d’orge, Routh, avant le lever de l'aube, retourna vers Noëmi, « L'homme, lui dit celle-ci, n'aura pas de trêve qu’il n’ait terminé cette affaire aujourd’hui, »

Boaz, en effet, étant allé s'asseoir à la porte de la ville, vit passer le Goël et lui cria : « Détourne- -toi, assieds-toi ici. » La, devant les zeqénim et les assistants, il lui demanda s’il voulait racheter le champ d’Eli-Mélek qu'avait vendu Noômi. Le Goël, apprenant qu’il lui faudrait en même temps épouser Routh pour donner une postérité au défunt, laissa la place à Boaz.

Tout le peuple s'écria ainsi que les zegénim : « Témoins (nous sommes)! Puisse Iahvé faire que cette femme qui entre dans ta maison soit comme Rahel et comme Léa, qui toutes deux ont bâti la maison d'Israël! Fortifie-toi à Ephratha, et fais-toi un nom dans Beth-léhem. Que, grâce à la postérité que te donnera cette enfant, ta maison soit comme celle de Pérez, que Thamar eut d’Iehouda! »

Boaz eut, en effet, de Routh un fils, ce dont Îies femmes de Beth-léhem félicitèrent la vieille Noômi. Prenant l’enfant, celle-ci le plaça sur ses genoux et veilla sur lui. Les autres femmes, amies de Noûmi, appelèrent ce fils Obed (serviteur). Ce fut le père d’Ischaï, père de David.

Ainsi les origines du rude fondateur de la royauté juive ont été, par la postérité israélite, entourées de grâces. C’est dans la plus charmante idylle que naît la race de celui qui créa, par le fer, l’unité a’Israël.

où

Page 1