‹ Histoire d'Israel (volume 2)Chapitre 149 sur 244 · LES JUGES, ÉLI ET SCHEMOUEL. — PRÉPARATION A LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

LES JUGES, ÉLI ET SCHEMOUEL. — PRÉPARATION A LA ROYAUTÉ

Es héros d’Israël sont morts; Iphtah le Guiléadite et Schimschon ne ressusciteront pas. Aux hommes prodigieux succèdent les juges; après les rudes chefs de bandes, voici la figure paternelle d’Eli.

Il était cohène et en possession d’un pouvoir régulier, du moins sur les tribus du sud et du centre de la Palestine. Plus énergique est Schemouël, qui lui succède dans le gouvernement; mais ce n’est pas un guerrier comme les vieux schofetim, c’est un nabi (prophète), dont la vigueur purement civique se déploie en apostrophes véhémentes contre Schaôul (Saül) et ceux qui veulent établir la royauté en Israël. Cependant, entraîné lui-même par la nation et par le cours inévitable des choses humaines, il est obligé d'oindre un roi de ses propres mains. Les tribus se rapprochant, et l'unité d’Israël, après la dispersion fatale qui suivit la mort d’Ioschoua, étant sur le point de se reconstituer, il faut à cette masse un chef unique, pour achever d’en relier les parties encore mal jointes. Les judicatures organisées d’Eli et de Schemouël conduisirent, du reste, insensiblement Israël de l'époque héroïque des guibborim à la royauté.

Au merveilleux Livre des Juges succèdent les deux

Livres de Samuel, qui racontent l’histoire des Juifs depuis la judicature d’Eli jusqu'à l'extrême vieillesse de David. Ils ont bien le caractère d’une collection. Un auteur inconnu, postérieur sans doute à la captivité, a réuni sur Eli, Schemouël, Schaôul et David, différentes chroniques, écrites, pour la plupart, par des contemporains, Selon toute probabilité, les écoles de nabis (prophètes) enregistraient les événements à mesure qu’ils se produisaient, C’est sans doute de ces récits officiels, mais d’une vie si intense, que le collecteur inconnu des deux Livres de Samuel a tiré son œuvre presque entière. Il n’est pas difficile de distinguer les unes des autres les différentes pièces de la collection. La plupart du temps, elles apparaissent comme des pierres détachées que l’on n’a pas pris le temps de cimenter entre elles. De là il arrive souvent que le même fait se trouve répété plusieurs fois avec des nuances variées. Parfois encore l’ordre chronologique est rompu : à un récit le collecteur en fait succéder un autre, dont quelques événements sont antérieurs à ceux qui terminent la chronique précédente. Aussi est-il souvent impossible de savoir à quelle époque de Schaôaul, et surtout de David, appartient tel ou tel fait 1, Autant qu’il est permis, nous essayerons cependant de donner un récit suivi de cette époque, où Israël vit son dernier juge et son premier roi.

Rien n’est vivant comme les types si divers qui nous vont apparaître. Eli, pacifique et pieux; Schemouël, l’austère et bouillonnant nabi; Schaôul, quiessaya vainement d’être roi, et qui perdit la tête devant les résistances intrépides de Schemouël; David, audacieux et en même temps avisé, seul capable de fonder la royauté en Israël et de rendre au peuple hébreu son unité, perdue depuis la mort de Mosché : tels sont les person-

1. Kurzgefasstes exegehscnes Handbuch zum Alten Testament. Vierte Lieferung, Die Bücher Samuels erklärt, von Dr Otto Thenius.

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nages qui occupent les premières places dans les Livres de Samuel.

Le plus âgé d’entre eux, Eli (lélevé), en même temps qu’il présidait à Schilo au culte d’Iahvé, gouvernait les tribus du Sud. C'était un homme pieux, animé d’un grand esprit de justice. Mais, en face des Pelischtim, l’amour d’Iahvé et de la loi ne suffisait pas : il aurait encore fallu à Israël des héros comme Othniel, Iphtah ou Schimschon.

Du reste, si Eli était vertueux et, par son caractère, imposait à tous la vénération, ses fils, Hophni (le frappeur) et Pinéhas (la bouche d’airain), travaillaient à détourner de lui la confiance et l’amour des tribus. C'étaient des vauriens sans respect pour Iahvé, se moquant des rites et vexant de toutes manières les Israélites qui se rendaient en pèlerinage à Schilo. Ils envoyaient le valet s'emparer de la chair des sacrifices, avant qu’elle eût été offerte à Iahvé. Avec de longues fourchettes il la retirait des chaudières sacrées. La viande des victimes ne fumait plus vers l’Élohim d’Israël. Avec les femmes employées au service de l’Ohel- Moëd les deux frères entretenaient des relations scandaleuses. « Pourquoi agissez - vous ainsi? » leur disait Eli. Mais ils n’écoutaient pas la faible voix de leur père.

À contenir ces natures sauvages et rapaces, un vieillard comme Eli était impuissant. Il aurait fallu, pour les dompter, comme pour faire face aux périls du dehors, une volonté jeune et énergique. :

Un prophète se présente un jour chez Eli; c'était un de ces hommes qui, à côté du sacerdoce, exerçaient en Israël un ministère influent : au peuple, comme aux grands, ils rappelaient sans ménagement la Joi de Mosché et surtout le respect de la justice. La plupart du temps, ils semblent être l’écho de la conscience populaire, et toujours se posent en interprètes d’Iahvé. « Pourquoi estimes-tu tes fils

TE Same Ir,

plus que moi? dit le nabi au grand prêtre... J'avais déclaré que ta famille et celle de ton père serviraient en ma présence à tout jamais, mais voici ce que dit Jahvé : Loin de moi! .. Va! il viendra des jours où je couperai ta semence et celle de ta famille, de sorte qu’il n’y aura plus de vieillard dans ta maison... Et ce qui arrivera à tes deux fils, Hophni et Pinéhas, te servira de signe : dans un seul jour ils mourront tous deux. »

Dans l’histoire d'Israël, il y a peu de moments aussi tristes que ceux du vieil Éli. Iahvé semble lui-même avoir abandonné son peuple, Les nabis, qui, en tout temps, consolent au nom d’Iahvé l’affliction d’Israël, se taisaient aux jours d’Eli. Un seul parle, mais pour prédire les plus terribles catastrophes.

Cependant, malgré tant de préoccupations intérieures , Eli dut songer à combattre les Pelischtim, qui faisaient en Éphr aïm, en Dan et en Beniamin, de terribles incursions. La lutte eut lieu vraisemblablement dans la belle plaine d’Isréel où fleurissent encore chaque année les anémones, les tulipes avec les roses et les lis. Sur une colline, Eben-ha-ézer (la pierre du secours), campaient les Israélites, et dans la plaine, près d’'Apheq, les Pelischtim 1. S’étant hasardés hors de leurs campements, les Benê-Israël perdirent quatre mille hommes. Défaits, mais non pas abattus, ils firent amener à Eben-ha-ézer la barque d'alliance d’Iahvé-Zebaoth. Quand elle vint avec Hophni et Pinéhas, un grand cri retentit parmi les Hébreux, qui alla jusqu'aux oreilles des Pelischtim. Ceux-ci, ayant appris la cause de cette clameur, s’écrièrent : « Malheur à nous! Qui nous sauvera de la main de ce puissant Élohim? Courage! soyez des hommes, Pelischtim, ne devenez pas esclaves des Hébreux! » Le combat s’étant engagé, les Israélites » malgré la barque d’alliance, laissèrent dans la riche plaine d’Isréel mille et trente hommes, parmi lesquels Hophni et Pinéhas.

1, 1 Sam., 1v.

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La barque d’alliance, dans laquelle gisait toute la force d'Israël, tomba aux mains des Pelischtim.

Les vêtements déchirés, la tête couverte de poussière, un Beniaminite, échappé au massacre, accourut a Schilo. Eli, âgé alors de quatre- vingt- dix-huit ans, était assis sur un siège élevé, d’où il regardait, plein d'attente, le chemin. Son cœur tremblait pour la barque d’alz liance. Comme des lamentations s’élevaient de la ville, le vieux prêtre demanda : « Que signifie ce tumulte? » Alors le Beniaminite vint pour lui annoncer le résultat de la fatale journée. « Comment l’affaire s’est-elle passée, mon fils? — Israël a pris la fuite devant les Pelischtim. Tes deux fils sont morts, Hophni et Pinéhas, et la barque d’Elohim est prise. » A la mention de la barque d’Elohim, Eli tomba de son siège à la renverse, et se brisa la nuque, et mourut, car il était vieux et pesant. Pendant quarante ans il avait jugé Israël.

La femme de Pinéhas, qui était grosse, en apprenant toutes ces tragiques nouvelles, accoucha avant terme. Mourante, devant les femmes qui l’entouraient, elle nomma son nouveau-né Ikabod (où est la gloire à, «car c'en est fait, disait-elle, de la gloire d’Israël. » Elle ajouta : « C’en est fait de la gloire d’Israël, puisque la barque d’Élohim est prise. »

Cette barque d'alliance, dont Israël pleure la perte plus que celle de tous ses fils, les Pelischtim la transportèrent à Aschdod, dans le temple de Dagon, et la placèrent près de l’image du dieu-poisson!. Le lendemain, on trouva Dagon gisant, la face contre terre, devant la barque d’Iahvé. Les Pelischtim reinirent leur dieu à sa place. Le matin suivant, Dagon était encore étendu devant la barque d’Iahvé, sa tête humaine et ses deux mains détachées du corps. Jahvé envoya aux gens d’Aschdod des pustules qui les désolèrent. Aschdod transporta la barque d’alliance à Gath, qui, frappée à son tour, la fit passer à Égron. Mais,

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