‹ Histoire d'Israel (volume 2)Chapitre 161 sur 244 · TL SA, XIE · texte numérisé non relu

TL SA, XIE

tisserand'. Le géant sortit des rangs ennemiset, se plaçant en face des Israélites, leur lança ce défi : « Ne suis-je pas le Pelischti? et vous les serviteurs de Schaüul ? Choisissez parmi vous un homme qui descende vers moi : s'il peut combattre le Pelischti et qu’il l’abatte, nous serons vos esclaves; mais s’il succombe, c’est vous qui nous servirez, » À ces paroles du Pelischti, une grande terreur paralysa tous les courages en Israël.

Or, un tout jeune homme d’EÉphrata venait d’arriver au camp. Il apportait à ses trois frères, de la part de leur père Ischaï, un épha de grains grillés, avec dix pains. « Ces dix fromages, lui avait encore dit Ischaï, sont pour le sar de mille hommes qui commande à tes frères. » Pendant que le jeune enfant s’entretenait avec ses frères dans le camp, les éclats de voix du géant des Pelischtim parvinrent jusqu’à lui. Schaôul avait promis des richesses, avec sa fille en mariage, à celui qui tuerait Goliath. En l’apprenant, la jeune imagination du Beth-léhémite s’enflamma. Eliab, son frère aîné, un peu jaloux, avait beau lui dire : « Pourquoi es-tu venu et as-tu abandonné ton troupeau? » l’enfant se sentait poussé vers le géant par sa destinée.

I1 demanda la permission de relever son défi au nom d'Israël. En vain Schaôul, à qui l’on présenta l’adolescent, lui dit : « Il est impossible que tu marches contre ce Pelischti; tu n’es qu’un enfant, et lui est un homme de guerre depuis sa jeunesse. — Quand ton serviteur gardait les troupeaux de son père et que le lion ou l’ours emportait une brebis, je l’arrachais à sa gueule. Bien souvent j'ai tué le lion et l’ours ; ainsi ferai-je à cet incirconcis. — Va! lui répondit Schaôul, émerveillé d’un tel courage, et qu’'Iahvé soit avec toi! » Mais, le roi l’ayant couvert d’un casque d’airain et d’une cuirasse : «Je n’ai pas l’habitude de marcher ainsi, » dit le fils d’Ischai. Après avoir quitté l’ar-

1. Dans la légende, le héros des Pelischtim a pris des proportions merveilleuses,

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mure, le jeune homme prit son bâton dans son sac de berger, avec cirq cailloux polis tirés du ruisseau, et, sa fronde à la main, alla au-devant de Goliath.” Superbe, dédaigneux à la vue d’un tel adversaire tout jeune, joli comme une fille, le géant cria : « Suis-je donc un chien pour que tu viennes vers moi avec un bâton ? » Et, par son Elohim, il maudit David. « Viens, ajouta-t-il, que je donne ta chair aux oiseaux du ciel et aux bêtes des champs! » Furieux de la réponse de David, qui jure de lui couper la tête, le Pelischti s’avança pour la lutte. Mais l'enfant, de sa fronde toute frémissante, lança une pierre qui s’enfonça dans le front du géant. Sur le sol Goliath tomba lourdement, la face contre terre; aussitôt, courant vers le géant étendu, David tira du fourreau son épée, avec laquelle il lui put trancher la tête et mettre fin à ses derniers râles.

Les Pelischtim, après la mort imprévue de leur héros, prirent la fuite, poursuivis par Israël jusqu’a Gath et jusqu’à Egron. Leur camp, avec ses richesses, fut la proie des Hébreux.

Quant à David, il fit son entrée, non pas à Ierouschalaïm, comme raconte le texte hébreu (la ville n’appartenait pas encore à Israël), mais sans doute à Guibeä, séjour du roi, portant la tête effrayante du Pelischti.

Tant de bravoure attacha pour toujours au fils d’Ischaï l’âme généreuse d’Ionathan, fils de Schaôul. En signe d’amitié éternelle, le jeune Ionathan donna au jeune David son manteau, ses habits, son épée, son arc et sa ceinture. Le fils d’Ischaï, à la suite de son exploit, acquit dans Israël une grande popularité.

Un récit différent de celui qui retrace la mort du Pelischti nous dépeint toutes les filles d'Israël, après la victoire, venant de toutes parts au devant de Schaôul1, Elles dansaient au son des tambourins et chantaient :

Schaôul a tué ses mille, David ses dix mille.

1, 1 Sam., XVII, 6,

Irrité de cette chanson, qui plaçait David au-dessus de lui pour la vaillance, Schaôul s’écria : « Il ne lui manque plus que la royauté! » A partir de ce moment, quand le jeune berger pinçait du kinnor, loin de se calmer, le roi entrait dans des transports de fureur. Levant sa lance, il s’écriait : « Je veux clouer David au mur, » Il l’éloigna de sa demeure; puis, contraint sans doute de céder aux vœux du peuple, il lui confia le commandement de mille hommes, avec lesquels David fit d’heureuses expéditions. Iahvé était avec le fils d’Ischaï et loin du roi Schaôul,

Désespérant de pouvoir jamais percer le jeune Bethléhémite, protégé par la faveur populaire, et que probablement couvrait la grande ombre de Schemouël, Schaôul lui tendit des pièges. La ruse, à cette époque, est au cœur des Hébreux. Il le voulut mettre aux prises avec les Pelischtim, espérant bien qu’il finirait par succomber dans quelque escarmouche périlleuse. Pour l’encourager, il lui promit sa fille aînée Mérab, dont la voix populaire avait autrefois fait le prix de qui tuerait Goliath. Mais, au moment où Mérab devait être donnée à David, son père lui fit épouser Adriel (Adar est Dieu), le Meholathite.

Cependant le jeune fils d’Ischaï ne paraît pas avoir eu beaucoup de chagrin de la perte de Mérab. Dans la maison de Schaôul, il y avait une autre jeune fille, Mikal. Douce et charmante enfant, elle avait conçu pour le bel Éphratite, pour cet adolescent au visage frais et coloré, qui savait si bien manier la guitare et à la fois les instruments de guerre, la plus vive passion. Sans doute, elle s'entretenait avec son frère Jonathan du berger artiste et guerrier que tous deux aimaient. Dans l’âme de David, l'affection de Mikal avait trouvé un écho, Lui aussi É était attaché à cette généreuse et belle jeune fille.

Schaüul connut cet amour. Il dit à David : « Tu seras mon gendre. » Ayant parlé de sa pauvreté aux serviteurs du roi, ceux-ci le rapportèrent à Schaôül, qui lui fit dire : « Le roi ne tient pas à une dot, mais

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à cent prépuces de Pelischtim. » Schaüul espérait bien exposer David, par cette exigence, à de grands périls.

Mais, pour devenir le gendre du roi et pour gagner cette jeune fille qu’il aimait, le jeune Ephratite se mit a tuer les Pelischtim. Avant le terme fixé, il apporta au roi deux cents prépuces, en échange desquels il eut Mikal.Tendrement aimé de sa jeune femme et d’Ionathan, David fut puissant dans la maison même de Schaôul et fort redoutable à son beau-père,

Parmi le peuple, sa popularité grandit, Nul, comme lui, n’était habile à la tête d’une bande, dans la guerre de ruses et d’escarmouches que l’on était obligé de faire aux Pelischtim., Ceux qui marchaient avec lui faisaient toujours un riche butin. Ne pouvant plus supporter de pareils succès, Schaôul résolut d’en finir avec David ; mais Ionathan, plein d'amitié pour l’Ephratite, obtint de son père qu’il renoncerait à ses projets. Il réconcilia même, pour un temps, Schaüul avec son gendre 1.

Mais, un jour que David, revenu de nouvelles expéditions, lui pinçait du kinnor, le roi, pris d’un accès de fureur, s saisit sa lance. L” Éphratite s'étant dérobé, elle s’enfonça dans la muraille. La guerre devait être désormais implacable entre le beau-père et le gendre. Le lendemain matin, le roi Schaüul envoya des émissaires pour s'emparer de David, Mais, avertie à temps, sa femme Mikal l’avait fait descendre par la fenêtre, À sa place, elle avait mis dans le lit le teraphim, auquel elle donna toute l’apparence d’un homme. « Il est malade», dit-elle de son mari aux émissaires de Schaôul, en leur montrant le teraphim,. Ils s’en retournèrent vers le roi, qui leur commanda de lui amener David, même malade, pour qu’il le tuât. Revenus une seconde fois, ils découvrirent le teraphim couché à la place de David, « Pourquoi m’as-tu trompé, dit Schaôul à Mikal, en faisant partir mon ennemi? » La rusée Israélite répon-

LOMME, EAUX

dit à son père irrité: « Il m’a dit : Fais-moi partir, pour que Je ne te tue pas. »

David alla se réfugier à Rama, près du vieux Schemouël. Là vivait le collège des prophètes, dirigé par le nabi, dans un groupe d’habitations dont le nom était Naïoth (les bâtisses). Sans doute il y avait en cet endroit un autel qui servait d’asile inviolable aux fugitifs. Ce fut dans les bâtisses que logèrent Schemouël et David. On l’apprit à Schaôul, qui, pour saisir son gendre, fit partir des émissaires; mais, en arrivant parmi les prophètes, ils se mirent à chanter comme eux. Ainsi firent ceux que Schaôul, à trois reprises, envoya pour s'emparer de David.

Le roi lui-même se dirigea vers les bâtisses ; mais, chemin faisant, l'esprit d’Elohim l’envahit, et il chanta. Dans l'assemblée des prophètes, à Rama, il chanta encore, devant Schemouël. De là le dicton : « Schaôul est-il aussi parmi les prophètes? » Cependant David ne se laissa pas endormir par les bonnes apparences de Schaôul. Il s'enfuit promptement des Naïoth, où il avait pu, pendant quelque temps, se perfectionner encore dans la musique sacrée et dans le chant des cantiques d’Iahvé 1.

Le collecteur des livres de Schemouël a recueilli un autre trait de la haine de Schaôul contre David: il le joint à ce qui précède, sans même prendre la peine de nouer ensemble les deux récits :

Un jour, David alla trouver Jonathan : « Qu’ai-je fait à ton père, lui dit-il, pour qu’il en veuille à ma vie? Demain c’est la néoménie, et je dois m'’asseoir à sa table; permets-moi de me cacher dans la campagne jusqu’au soir du troisième jour. Si ton père me demande, tu diras: « David est allé à Beth-léhem prendre part à un sacrifice annuel pour toute sa famille, » Toutefois, si j'ai des torts envers le roi, donne-moi la mort toi-même. — Si mon père te veut faire du mal, répon-

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