II Sam, 1x
avait été, du reste, profondément blessé de certains reproches d’Ischboschet. « Pourquoi, lui avait dit un jour celui-ci, as-tu couché avec la concubine de mon père? » C'était la belle Rizpa, fille d’Aïga. « Je Vai sauvé des mains de David, lui avait répondu Abner, et voila qu’aujourd’hui tu me fais des reproches au sujet de cette femme. » Il menaça Ischboschet de travailler désormais pour David. En présence de cette colère, le faible prince, effrayé, garda le silence.
Cependant Abner décida les chefs israélites à se rallier à la nouvelle royauté. Il inclina le cœur même des Beniaminites vers David. Après toutes ces négociations, il se rendit à Hébron pour en apprendre au roi le résultat. L’habile fils d’Ischaï lui fit un festin et le reçut avec les plus grands égards, après quoi Abner alla travailler à réunir tout Israël autour du roi de Hébron.
Ioab, revenant d’une expédition, apprit que David avait fort bien traité Abner, et que celui-ci s’en était allé paisiblement après un entretien avec le roi, Il se répandit en plaintes devant David, courut à la poursuite d’Abner, et, l'ayant saisi, le tua d’un coup dans le ventre près de la citerne de la Sirah. Ainsi vengeait-il son frère Azahel, « Que le meurtre retombe sur la tête d’Ioab et de sa famille! s’écria le roi, en apprenant la fin tragique d’Abner. Puisse-t-il y avoir toujours dans la maison d’Ioab des galeux, des lépreux, des perclus, des tués et des mendiants! »
Avec tout le peuple il déchira ses habits et prit le cilice. Derrière le cercueil il marcha au jour des funérailles. Tous firent la lamentation en Israël sur le cercueil d’Abner. Celui-ci fut enterré dans la nouvelle ville royale de Hébron. Sur cette fin rapide et imprévue, le roi poète composa un chant funèbre :
Comme meurt un insensé, Abner devait-il mourir ? Tes mains [ô Abner] n'étaient pas liées ;
Tes pieds n'étaient point chargés de fers;
Comme on meurt devant les assassins, tu es tombé.
Par ce déploiement de respect pour la mémoire d’Abner, David voulait assurément dissiper quelques soupçons qui s'étaient élevés dans les esprits. On devait l’accuser, lui, le rusé et farouche chef de bande, d’avoir fait massacrer un membre de la famille de Schaôul, qui, à la première occasion, aurait bien pu se retourner contre lui.
« Ne savez-vous pas, dit le roi à ses serviteurs, qu’un grand sar (capitaine) est tombé aujourd’hui en Israël ? Qu’Iahvé rende la pareille à ceux qui ont commis ce meurtre! »
Dans Mahanaïm, tout sembla désespéré quand on apprit la mort d’Abneri. Deux chefs de bandes, tous deux de Beniamin, au service d’Ischboschet, l’un nommé Baäna, l’autre Rékab, songèrent alors à conquérir l’amitié de David. Dans la chaleur du jour, quand Ischboschet reposait,ils pénétrèrent dans sa chambre; le roi dormait profondément, étendu sur sa couche. D'un coup qu’ils lui portèrent au ventre, ils le réduisirent à l'impuissance ; puis, coupant sa tête, ils l’apportèrent à David, dans Hébron. « Voici, lui dirent-ils, la tête d’Ischboschet ; Iahvé venge aujourd’hui notre maître, le roi, de Schaôul et de sa race, — Vive Jahvé! Celui qui vint me dire: « Schaôul est mort, » je le fis saisir et tuer à Ziqlag... Des scélérats ont maintenant massacré un homme innocent dans sa maison et sur son lit. Ne leur redemanderai-je pas son sang?» Alors le roi fit couper aux deux traîtres les mains et les pieds, et ordonna qu’on les pendiît près de l’étang de Hébron. Il déposa dans le tombeau d’Abner la tête sanglante d’Ischboschet.
Par cet acte, le fils d’Ischaï acheva de conquérir les tribus d’Israël. Les zeqgénim (anciens) le vinrent trouver à Hébron: «lahvé ta dit:
C'est toi qui seras le pasteur de mon peuple, C’est toi qui seras le chef d'Israël,
1, IL Sam. 1v.
Une seconde fois, solennellement, devant tous les zeqénim du peuple, David reçut l’onction royale à Hébron. Déjà sept ans et six mois il avait, dans cette ville, régné sur Iehouda. Ses vœux étaient comblés: de prince d’une tribu, il devenait roi de tout Israël.
Ce fut sans doute à cette époque triomphante que, prenant son kinnor, David, dans une assemblée, fit entendre ce chant, par lequel il assure Iahvé de toute sa reconnaissance Î :
Tahvë est ma pierre, ma citadelle et mon sauveur'; Élohim est mon rocher où je me réfugie,
Mon bouclier, ma corne de salut,
Mon fort et ma retraite.
O mon salut, de la violence tu m'as sauvé »
J'ai invoqué Tahvé, le glorieux,
Et de mes ennemis il m’a delivré.
M'enveloppaient les flots de la mort,
Les torrents du néant n’effrayaient,
Les liens du Scheôl m’enlaçaient,
Devant moi étaient les filets de la mort.
Dans mon angoisse, j'appelai Iahvé ;
Je criai vers mon Élohim.
Et, de son palais, il à entendu ma voix,
Et ma clameur [est allée] jusqu'à ses oreilles.
La terre s’émut et se troubla,
Les fondements des cieux chancelèrent ;
Ils s'émurent parce que s’allumait sa colère [de Dieu], Et que montait la fumée de ses narines.
Le feu de sa bouche dévorait.
De lui jaillissaient des charbons ardents.
Il inclina les cieux, et descendit.
Une nuée épaisse était sous ses pieds.
Il se mit à cheval sur le Keroub ?, et vola,
1, IL, Sam., xxir et xxrtr, 1-8, 2, Les énormes Keroubim assyriens ont un corps de tau-
On le vit sur les ailes du vent.
Les ténèbres tout autour de lui, il les établit comme sa hutte, Ainsi que les masses d’eau et l’amoncellement des nuages. De l'éclat qui l'entourait jaillissaient des charbons de feu.
Tahvë tonna des cieux,
L'Élevé fit entendre sa voix.
Il envoya des flèches, et les ennemis dispersa, — La foudre, et il les défi,
Les profondeurs de la mer apparurent, —
Et ils furent mis à nu, les fondements de la terre, Devant la voix grondante d’'Iahvé,
Devant le souffle de sa narine.
Des hauteurs, il m'a saisi,
Il m'a retiré des eaux immenses,
Il m'a sauvé de mon vigoureux ennemi,
De mon adversaire qui était plus fort que moi. Ils m'avaient surpris au jour de mon infortune; Mais Tahvé a êté mon appui.
Il m'a donné la liberté,
Il m'a dégagé parce qu'il m'aimait.
Tahvé m'a récompensé comme je le méritais; Selon la pureté de mes mains, il m'a rétribué. En effet, j'ai gardé les voies d’Iahve, ;
Et je n’ai point fait le mal contre mon Élohim; Car tous ses préceptes étaient devant moi,
Et de toutes ses lois je ne m'étais point écarté. J'étais intègre pour lui,
Et je fuyais liniquité,
Tahvé m'a rétribué selon ma justice, Selon ma pureté, qu'il avait devant les yeux.
reau avec des ailes d’aigle et une tête d'homme. C’est sur.un de ces Keroubim, fruit de l’imagination assyrienne, que David, dans son délire poétique, se représente Iahvé parcourant le ciel.
Avec l'homme pieux, tu es [6 Tahvel plein de piété; Avec le héros intègre, tu es intègre ;
Avec le purifié, tu es pur ;
Avec l’homme faux, tu es perfde.
Les gens opprimeés, tu les secours ;
Tes yeux sont sur les gens hautains, que tu abaisses.
O Iahvé, tu es ma lampe.
C'est Tahvé qui illumine mes ténébres.
Avec toi, je me jetle sur les bataillons.
Avec mon Élohim, je franchis le mur.
Pour El (Dieu), intègre est sa voie,
Pure est sa parole.
Il est un bouclier pour tous ceux qui se fient en lui.
Qui est El, si ce n'est Iahvé?
Qui est Zour (rocher), si ce n’est notre Elohim à
El est ma citadelle d'armée.
Il conduit l’homme intègre dans son chemin ; Il rend ses pieds agiles comme les gazelles.
IL m’affermit sur mes hauteurs.
Il apprend à mes mains à combattre;
Et mon bras bande l'arc d’airain.
Tu me donnes ton bouclier de secours,
Et ia clémence me grandit,
Tu dilates ma démarche,
Et ne chancellent pas mes supports.
Je poursuis mes ennemis et les écrase;
Je ne reviens pas avant de les avoir achevés.
Je les achève, je les déchire, et ils ne se relèvent plus;
Et ils s'étendent à mes pieds,
Tu me ceins de force pour la guerre ;
Tu ploies sous moi mes adversaires ;
Mes ennemis, devant moi, tu les chasses,
Ceux qui me déleslent, et je les anéantis.
Ils regardent au loin, mais personne ne les secourt ; Ils implorent Zahvé, mais il ne leur répond pas.
Je les foule aux pieds comme la poussière du sol; Comme la boue des rues, je les broie, je les écrase.
Tu m'as sauvé des haines de mon peuple;
Tu m'as gardé pour que je sois le chef des nations. Un peuple que j'ignorais me sert.
Les fils de l'étranger me font des caresses;
Sur ma seule renommée, ils m’écoulent.
Les fils de l'étranger faiblissent;
Îls se ceignent pour sortir de leurs forts.
Vive Tahvé! et béni soit mon Rocher !
Qu'il soit exalté, mon Élohim, ma roche de salut! L’ET qui na permis de me venger,
Qui a fait descendre les peuples sous moi,
Me tirant du milieu de mes ennemis!
Tu m'as éleve au-dessus de mes adversaires,
Et m'as sauvé des pervers.
Aussi je le louerai, 6 lahvé, parmi les nations ; Et pour ton nom je tiendrai la harpe.
C’est lui, Tahvé, qui augmente les triomphes de son roi, Qui couvre de bienfaits son Messie (oint),
David ef sa race, à jamais.
Tel est, dans son puissant délire, ce poème, que le fils d’Ischaï a dû chanter après avoir été délivré de Schaôul et de sa race, dans les premiers moments de repos.
Bien différente est cette note triomphante de ces accents, où le pessimisme atteint sa plus intense expression, et qu’on fait sortir des lèvres de David:
Au milieu de Lions enflammés, je suis couché, De fils de l’homme, dont les dents sont des lances et des flèches, Et la langue une épée tranchante 1,
Devenu roi de tout Israël, David comprit bien vite que Hébron, tout à fait au sud de la Palestine, ne pou-
R MPSANLYÈE
vait guère être la capitale du nouveau royaume. Les Iebousites occupaient, au milieu de Beniamin, un territoire d’où il avait été impossible aux premiers conquérants hébreux de les chasser. De la haute colline de Zion, entourée de trois côtés par des vallées profondes et de l’autre protégée par un ouvrage fait de main d'homme, ils pouvaient défier toutes les invasions. Zion, par le sud surtout, était inabordable, à cause du mur de rochers qui la couvrait. Enfermés dans cette citadelle, les Iebousites dominaient tout le territoire environnant. Jusque-là, du reste, ils avaient vécu en assez bonne intelligence avec Beniamin et Iehouda. David crut que cette ville forte, entourée du prestige de la conquête, serait pour la royauté nouvelle une belle capitale.
Avant de commencer la lutte, il en demanda aux Iebousites la cession. « Tu n’entreras pas, lui répondirent-ils avec moquerie, dans une place que les aveugles et les boiteux suffiraient à gardert, »
Le roi devait compter sur cette réponse. Aussitôt, malgré les avis des timides, il entreprit le siège de la citadelle. Comme tous les grands capitaines, il savait encourager la valeur : à ceux qui, par le côté inabordable du sud, entreraient les premiers dans la place forte, il promit le titre de sar. Il s’empara de la ville, dont il semble avoir laissé les anciens habitants, à Vest, sur le mont Moria.
Aussitôt la conquête de Zion achevée, David y transporta sa résidence. La colline prit le nom d’Ir-David (ville de David), et la ville tout entière, celui d’Ierouschalaïm. Peut-être ce dernier mot vient-il de ierousch et schalom (possession de paix), avec la désinence du duel, pour en désigner les deux parties, Ir- David et le reste de la cité 2,
En même temps que conquérant, David fut un roi
1. 11 Sam, V, 7e 2. Ewald, Geschichte des Volkes Israël, t, II, p. 384.
bâtisseur. On ne crée une capitale qu’à la condition de lui donner des monuments et d’en faire,au milieu du pays, comme une œuvre d’art. Le fils d'Ischaï se construisit,avec le secours des ouvriers habiles de Phénicie, un beau palais de cèdre. Les héros, ses vieux compagnons d’armes, s’installèrent aussi dans la ville nouvelle, avec leurs familles. L'emplacement qu’ils choisirent s’appela Beth-ha-guibborim (maison des héros).
Telle fut l’origine de cette ville qui devait être pour longtemps une cité sainte. Sans doute, elle était mieux située que Hébron, mais trop éloignée encore du centre de la Palestine. Le choix de ce coin de terre pour capitale, malgré tout le prestige dont l’entoura David, fut malheureux. Au milieu du pays, Schekem avec son territoire fertile, eût été bien préférable; mais les Ephraïmites de Schekem n'auraient pas volontiers accepté parmi eux un roi de la tribu à moitié barbare d’Iehouda,
Le choix d’lerouschalaïm, sur les frontières de Beniamin et d’lehouda, s’imposait donc à David. Sans avoir la fécondité de Schekem, Ierouschalaïm n’était pas cependant dépourvue de toute beauté, Il y a des sources dans ses vallées : la fontaine de Siloä; ' celle d’'En-Roguel, au sud-est; le Guihon, à l’ouest. De trois côtés, elle est environnée de collines. A l’est se dresse le mont des Oliviers, à une hauteur de 2,724 pieds; de ce point élevé on aperçoit tout l’est de la terre promise jusqu’à la Mer-Morte et jusqu'aux montagnes de Guileäd. Entre le mont des Oliviers et la ville s'étend la belle et large vallée du Qidron (Cédron), où l’eau coule dans le torrent, aux temps d'orage. Une colline plus basse apparaît au sud-est d’Ièrouschalaïm, la colline du mauvais conseil; au sud, s’étend la vallée de Hinnom ou de Gué-Hinnom, du nom d’un homme ou d’une famille. (De là est venu le mot de Guéenna ou Géenne). Au sud-ouest surgit