II Sam., vi
On la plaça sur un char que conduisirent les deux fils d’Abinadab, sans doute cohènes (prêtres), Ouzza et Ahio.
Ce que l’on sait du culte égyptien et des rites sémitiques paraît dans cette fête. David et tout Israël dansaient aux sons des kinnors, des flûtes, des tambourins, des fifres et des cymbales. À Gorèn-Näkon, Ouzza porta la main, pour la soutenir, sur la barque d'alliance, qui penchait. Mais, au lieu même, Elohim, irrité de cet acte sacrilège, le frappa de mort, Sans doute, le chariot, perdant son équilibre, atteignit, d’une façon malheureuse, le fils d’Abinadab. Effrayé de cette barque d’alliance si fatale à Ouzza, David ne la voulut point chez lui, mais la fit déposer chez Obed-Edom (serviteur d’'Edom), le Gathite. Quelque temps après, voyant que, depuis la présence d’Iahvé, la maison d’Obed-Edom florissait, le roi fit enfin transporter la barque d’alliance dans Ir-David.
Il y eut, à cette occasion, des sacrifices nombreux. Pendant le trajet, à tous les six pas, on immolait, devant Élohim, un taureau et un veau gras. Tout retentissait de chants, de cris de joie et des éclats des trompettes. David, dans un véritable délire (la musique le remuait toujours vivement), dansait devant la barque d’alliance, revêtu, comme les cohènes, de l'éphod de lin. A l’entrée dans Ir-David, sa femme Mikal l’aperçut, dansant, couvert de l’éphod. Elle en eut honte. Comparant ironiquement la tunique blanche à une chemise, elle l’aborda en ces termes : « Comme il s'est honoré aujourd’hui, le roi d'Israël, se montrant en chemise à ses servantes et à ses serviteurs, tout de même qu’un vaurien! — Je l'ai fait, lui répondit David, devant Iahvé, qui m’a choisi de préférence à ton père et à toute ta maison. » Jusqu'à sa mort, Mikal n’eut plus d’enfants.
Dans Ir-David, le roi, pour l'arrivée de la barque d’alliance, avait fait distribuer un gâteau de pain, un autre de raisins secs et de la viande à chaque fils ou fille d'Israël.
Jerouschalaïm va désormais remplacer ue et la tribu d’Iehouda celle d’Éphraïm, C’est ce qu’a chanté, dans un psaume merveilleux, un poète iehoudite d’une époque postérieure, quand Éphraïm, sans doute, essayait de reprendre la prépondérance religieuse et politique :
Ils (les Éphraïmites) indignérent Zahvé par leurs bämoth, Et par leurs sculptures excitérent sa jalousie, Élohim l'apprit, et s'irrita ;
Il prit Israël en dégoût,
Et délaissa l'habitation de Schilo,
La tente où il résidait parmi les hommes.
Il livra la puissance d'Israël à la captivité
Et sa gloire aux mains de l'ennemi,
La flamme dévora la jeunesse d'Israël,
Et pour ses vierges ne résonna plus l’épithalame. Ses cohènes tombérent sous l’épée.
Après ce lugubre tableau de la désolation d’Israël à la mort d’Eli, le poète nous représente Iahvé rétablissant enfin son peuple, mais choisissant désormais Iehouda, au lieu d’Éphraïm,pour tenir la tête des tribus :
Voici que les veuves sèchent leurs larmes; Comme d'un sommeil se réveille Adonaï, Comme un héros dont la voix relentit dans le vin. Il frappe ses ennemis, qui fuient;
D'une honte éternelle, il les couvre.
Mais il a en dégoût l'ohel (la tente) d’Ioseph, Et na plus pour élue la tribu d'Éphraïm:
Son élue, c’est la tribu d'Iehouda;
C’est la montagne de Zion qu'il aime.
Il a choisi David, son serviteur, .
L’a tiré du milieu de son troupeau;
Il l’a amené d’aupres de ses brebis,
mu
Pour étre le pasteur d’Tagob, son peuple, Et d'Israël, sa possession 1...
Dans ce chant lyrique, d’une sévère beauté, est bien caractérisée la nouvelle période qui commence pour Israël, lehouda remplace Ephraïm et jouit sous David de son triomphe, en attendant que la tribu dépossédée, mais jamais complètement soumise, prenne l'épée pour redemander le premier rang dans Israël. Les Psaumes souvent éclairent vivement les chroniques et nous découvrent les causes des faits qui y sont relatés, C’est de là que partent les échappées lumineuses, la philosophie de l’histoire d’Israël?.
Après avoir fait d’Iehouda, par ses victoires et par la création de la ville sainte, la première des tribus, David eut encore une visée ambitieuse. Dans ses relations avec Hiram, l’ancien berger beth-léhémite s'était initié sans doute à la vie phénicienne. Les habiles ouvriers de Hiram lui avaient bâti une belle maison de cèdre?, Mais comment pouvait-il avoir une résidence aussi splendide et laisser sous une simple tente Ja barque d'alliance d’Élohim? Sans doute, les artistes de Tyr et de Zidon lui parlèrent des beaux temples de leur pays, de celui d’Adonis a Byblos, où lon venait en pèlerinage de tous les coins du Liban et de la Phénicie. Ne devait-l pas dresser aussi à Ierouschalaïm, sa ville nouvelle, une construction grandiose, un temple à Iahvé, vers lequel s’achemineraient, chaque année, toutes les tribus ?
«Vois donc! dit un jour le roi à Nathan, le nabi de l’école de Schemouël et l’héritier de son influence : je suis dans une maison de cèdre, et dans une tente réside la barque d’Elohim,. » Le lendemain, Nathan vint faire part au roi d’un songe dans lequel, pendant la nuit, Elohim lui avait signifié sa volonté : « C’est
1, Ps EXX VIN, 2. 11 Sam., vu.
ton fils, faisait dire au roi Jahvé-Zebaoth, qui bâtira une demeure en mon nom, et j’afiermirai le trône de sa royauté pour toujours. »
En apprenant ce qu'Elohim promettait à sa race, David, si préoccupé de l'avenir des siens, comme tous les Sémites, et de voir son nom refleurir toujours dans sa postérité, se prosterna devant lahvé. « Ainsi, « par ta bénédiction, lui dit-il à la fin de sa longue prière, la race de ton serviteur sera bénie à jamais!»
Autour de la barque d'alliance, se groupa le sacerdoce, qui apporta dans Ierouschalaïm toute la force dont il disposait. Ebyathar, le fidèle compagnon de David, fut grand cohène pour la barque d'alliance déposée dans Zion. À cette époque, paraissent deux grands prêtres, Ebyathar dans lerouschalaïm et Zadoq
à Guibeôn. Prudent, modéré, le roi ne voulut pas Fra Zadoq, institué par Schaüul et honoré des tribus du nord.
David était l'élève de Schemouël et des prophètes; comme eux et comme quelques-uns de ses contemporains, Azaph, Héman et Iedouthoun, il composa des psaumes. Ce fut un beau moment de floraison pour la poésie lyrique en Israël. Bien des kinnors résonnèrent devant Iahvé. Grâce à David, la forme de culte établie par Schemouël eut un fondement solide, Tout tendait à supprimer les chœurs dansants de jeunes filles sur les collines vineuses, à ne plus s’enivrer de joie, en plein air, les jours de fête d’Iahvé. Dans l'enceinte d’une ville, on vint prier et chanter, en attendant que le temple s’élevât et que disparussent tous les bâmoth (hauts lieux). Israël, en conquérant son unité, essaye de prendre une physionomie religieuse particulière et de faire mourir en lui le vieil esprit sémitique. Malgré les longues protestations sur les hauteurs et sous lesarbres verts, lerouschalaïm finira par devenir le siège du culte pur rendu à lahvé,
Dans cette ville. David, en même temps qu’un nouveau culte religieux, voulut établir un nouvel état social fondé sur la justice. Il est incontestable qu’il fit ou pro-
mulgua un certain nombre des lois renfermées dans le code mosaïque. Dans tous les cas, il eut souci de les faire observer par le peuple. Juste autant que glorieux, David resta pour Israël le type du roi Ierouschalaïm, grâce à lui, devint aussi la cité idéale où le culte pur d’Elohim et la justice ont trouvé, sur la terre, comme leur sanctuaire, Peu de temps après David, un poète lyrique a exprimé ce qui était dans toutes les âmes :
Je me suis réjoui de ce qu’on m'a dit :
« Dans la maison d’Tahvué nous irons. » Nos pieds se tiendront debout
Dans tes portes, 0 Terouschalaim, Terouschalaïim, 6 toi qui es bâtie Comme une ville où tout est joint,
O toi vers qui montent les tribus,
Les tribus d’'Iahueé,
Selon la loi d'Israël,
Pour louer le nom d’Iahve;
Car là sont les sièges du jugement, Les sièges pour la maison de David,
« Demandez la paix d'Terouschalaim.
Qu'ils prospèrent, tous tes amis [6 cité] !
Que soient la paix dans ton enceinte
Et la félicité dans tes palais !
A cause de mes frères et de mes amis,
Je demanderai pour toi la paix;
À cause de la maison d’'Iahvé,
Je poursuivrai ton bonheur (6 Ierouschalaïm) !, »
Pourquoi un si grand homme, fondateur de l’unité d’Israël, se laissa-t-il aller aux plaisirs? Après les rudes labeurs de la jeunesse, arrivé à l’âge mür, David ne refusa presque rien à son cœur. II multiplia
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le nombre de ses concubines, de ses fils et de ses filles. A Ierouschalaïim lui naquirent Schammouä, Schobab, Nathan, Schelomo, Ibehar, Elischouä, Népheg, lafia, Élischama, Eliada et Éliphélet.
Cependant cette polygamie effrénée, en opposition avec le mosaïsme, n’avait pas encore énervé la nature impétueuse de David. Peu à peu son ardeur guerrière s’éteindra au milieu des ue et, dans la révolte d’Abschalom, le fils d’Ischaï n’aura fout d’abord que des gémissements.
Il n’en est pas encore arrivé à cet état d'épuisement moral, Les Pelischtim le trouvèrent debout, prêt à les frapper. Inquiets de cette ville. nouvelle et puissante où David enfermait la force d’Israël, ils essayèrent d’en troubler le repos et vinrent.camper dans la plaine des Rephaïm. C’est probablement la riche campagne appelée El-Bekaah par les Arabes et s'étendant entre lerouschalaïm et Beth-léhem.
On n’en était plus aux jours des Juges, où les Pelischtim, parfaitement organisés, tombaient tout à coup sur les villages hébreux sans défense, David avait une armée régulière à leur opposer,
Sur les tribus il avait établi une loi de recrutement, Chacune devait fournir, pour la guerre, un nombre déterminé d'hommes âgés de vingt ans et au-dessus. Le sopher (ou scribe) avait pour mission de tenir un rôle de tous les Israélites en état de porter les armes. Ce fut à Schaïscha que le roi confia tout d’abord l’important emploi de sopher.
À la tête de l’armée, au-dessus des chefs secondaires, il avait placé un commandant qui pertait le titre de Sar ha-zaba (sar de l’armée). L’habile Ioab garda jusqu’à la fin cette haute fonction 1,
Autour du roi David, profondément dévouée à sa personne, il y avait une sorte de garde royale. Les trente guibborim ou héros d’Israël, choisis parmi les