‹ Histoire d'Israel (volume 2)Chapitre 181 sur 244 · II Sam. x1v · texte numérisé non relu

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de Gueschour? Mieux vaudrait pour moi y être encore. Maintenant je veux voir la face du roi. S'il y a en moi de l’'iniquité, qu’il me fasse mourir ! » Après qu’Ioab eut rapporté ces paroles au roi, Abschalom rentra dans la demeure de David, qui, en signe de pardon, l’embrassa.

Cependant ce beau jeune homme continuait d’exercer un grand attrait sur Israël. Pour se faire rendre justice, on venait plus volontiers vers lui que vers le roi et ses serviteurs. Lui-même2 accueillait fort bien tout Israélite, l’écoutait, l’embrassait, le protégeait contre les officiers de justice, de telle sorte qu’en Israël sa popularité grandissait chaque jour, Dans ce pays, où l’apparat exerçait toujours un si grand prestige, il avait un char, des chevaux, avec une garde de cinquante hommes.

D'autre part, David s’affaiblissait visiblement avec l’âge. Dans sa belle demeure de cèdre, avec ses femmes, ce n’était plus le rude chef de bandes de la caverne d’Adoullam.

Israël avait les yeux tournés vers le jeune Abschalom, accueillant, actif, magnifique, d’une taille et d’une beauté royales. Celui-ci crut le moment venu de s’emparer du trône, qui, dans sa pensée, lui revenait du reste légitimement, et qu’une intrigue de femme allait sans doute, à la mort de David, faire passer sur la tête de son plus jeune frère, Schelomo.

« Je voudrais, dit-il un jour à David, aller à Hébron accomplir un vœu que j'ai fait autrefois dans la terre de Gueschour1, — Va en paix!» lui répondit le roi, Alors, se levant, Abschalom prit la route de Hébron. Dans cette ville, où son père avait été sacré, lui-même voulait recevoir l’onction royale. Envoyant des émis- Saires dans tout le territoire d'Israël, il fit dire aux tribus : « Quand vous entendrez le son de la trompette, vous direz : « Abschalom est roi dans Hébron. »

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Deux cents hommes d’Ierouschalaïm suivirent Abschalom dans la vieille Qiriath-Arba. A leur tête se distinguait un Guilanite, fort avisé et audacieux, nommé Abhithofel. Il était grand-père de Bath-Schéba, et n'avait jamais pu pardonner à David d’avoir déshonoré sa petite-fille. À ces premières recrues d’Abschalom, d’autres très nombreuses se joignirent, Israël penchait vers le jeune roi.

Autrefois, David, en apprenant ces événements, se serait jeté à l’improviste sur la bande d’Abschalom; mais, vieux, fatigué, peu sûr d’Iahvé, dont il avait méprisé la loi, il s’écria : « Levons-nous et fuyons. » Ne laissant dans sa demeure que dix de ses femmes, il partit d’Ierouschalaïm avec tous les siens. Les sars et les six cents Gathites, dont il était sans cesse entouré, l’accompagnaient, À TIitthaï, le chef de la légion gathite, il dit, au sortir d’Ierouschalaïm : « Retourne dans ta patrie; moi, je vais je ne sais où; retourne, et reconduis avec toi tes frères.— Vive Iahvé! s’écria le généreux Itthai, et vive le roi mon maître! Là où sera le roi mon maitre, je serai aussi, soit pour vivre, soit pour mourir. » — Itthaï le Gathite passa le Qidron (Cédron) avec le roi. Tout le monde pleurait. David avec sa troupe gagna le désert qui s’étend entre Ierouschalaïm et l’Iardèn. Alors, portant la barque d’alliance, parurent Zadogq, Ebyathar et les lévites. Mais le roi ne voulut exposer ni la barque ni les cohènes aux aventures qu’il allait traverser. « Ramène la barque, dit-il à Zadoq. Si je trouve grâce à ses yeux, lahvé me la fera revoir, elle et l’ohel-moëd. »

Tout en larmes, la tête voilée, les pieds nus, David, laissant s'éloigner la barque d’Iahvé, fit l’ascension de la montée des Oliviers. C’est de cette hauteur que l’on a le panorama le plus complet d’Ierouschalaïm. Une dernière fois, David put embrasser du regard sa ville aimée, Il pria son ami Houschaï, homme avisé, de se rendre auprès d’Abschalom pour tâcher de contre-balancer les conseils perfides d’Ahithofel.

Le frère de Thamar fit son entrée à Ierouschalaïm, où David avait des amis puissants : Zadoq et Ebyathar. La vieille caste sacerdotale était profondément dévouée à la personne du vieux roi.

A Ierouschalaïm était accouru Mephiboschet, rejeton de Schaôul, Il pensait qu’au milieu de ces troubles, le cœur d'Israël reviendrait à la descendance de l'ancien roi.

Tous les biens qu’il avait rendus à Mephiboschet, David les avait fait passer à Siba, intendant des fils d’Ionathan. L’habile Siba était venu à la rencontre de David, chassé d’Ierouschalaïm, et, sur deux ânes, lui avait apporté, pour lui et pour ses gens, deux cents pains, cent gâteaux de raisins secs, cent gâteaux de. fruits, avec du vin. Dans le désert, le roi et sa troupe avaient été fort heureux de trouver le présent de Siba.

Ce qui brisait, en même temps que l’âge, le courage de David, c'était qu’il se croyait, d’après la parole de Nathan, sous la malédiction d’Iahvé. A Bahourim, Schimeï, fils de Guéra, de la famille de Schaôul, se présenta exaspéré, lançant au roi et à sa suite des pierres avec des injures. Rien ne pouvait effrayer Schimeï, « Va-t-en, va-t-en, homme de sang, vaurien, cria-t-il à David; Iahvé fait retomber sur toi tout le sang de la maison de Schaôul que tu as versé, et transmet la royauté à ton fils Abschalom. Te: voilà écrasé de malheurs, parce que tu es un homme de sang. » Abischaï, neveu de David, ayant voulu percer Schimeï, le roi l’arrêta : « Ne vous occupez pas de mes affaires, dit-il, ê vous les fils de Serouya. S'il m’injurie, c’est qu’Iahvé lui a donné cet ordre: « Injurie David ;» et qui peut demander à cet homme raison de sa conduite ? » Pendant longtemps, Schimeï, le Beniaminite, accompagna le roi de ses pierres et de ses malédictions.

David avec sa troupe atteignit Ayéphim, où ils trouvèrent de l’eau pour éteindre leur soif,

Cependant Abschalom s’installait à Ierouschalaïm, Malgré l’habileté d’Ahithofel, il n'allait pas tarder à

être enveloppé de toutes parts par les partisans du vieux roi. De plus, la conscience d’Israël, un instant surprise, ne pouvait manquer de s’éveiller et de condamner le fils rebelle, devant lequel David était contraint de s’enfuir.

Houschaï était arrivé près du jeune roi en criant plus haut que tous les autres : « Vive le roi! vive le roi! » — « Pourquoi n’es-tu pas allé avec ton ami? Jui dit Abschalom étonné 1, — Bon! lui répondit Houschaï; mais celui qu'ont élu lahvé et tout Israël, c’est avec lui que je resterai ; comme j'ai servi ton père, ainsi te servirai-je. » Houschaï allait épier toutes les démarches du jeune roi et les faire connaître à David.

Enivré de sa puissance et obéissant aux suggestions mauvaises d'Ahithofel, Abschalom fit tout ce qui était nécessaire pour détourner de lui le peuple d’Iahvé. Il fit amener sous une tente les femmes de son père et dormit avec elles, devant tout Israël.

Ahithofel comprit que, si David ne disparaissait pas promptement, les tribus pourraient bien lui revenir, et Abschalom voir tomber son pouvoir. éphémère. Il demanda douze mille hommes pour tomber avec eux sur la troupe de David, promettant de frapper le roi. « C’est la vie d’un seul homme qu’il te faut, dit-il à Abschalom, pour que le peuple soit en paix. » Ayant mandé Houschaï, le frère de Thamar en reçut un avis différent : « Tu sais, lui dit Houschaï, que ton père et ses gens sont vaillants et farouches comme l’ourse des champs à laquelle on a enlevé ses petits. Attends, vour les poursuivre, d’avoir réuni autour de toi tout Israël, de Dan à Beer-schéba, une foule nombreuse comme le sable qui est au bord de la mer. » — Le conseil de Houschaï prévalut.

Cependant, craignant encore quelque retour vers l’idée d’Ahithofel, Houschaï envoya vers David,

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pour le prier de se tenir sur ses gardes et de se retirer dans les étroits défilés de Guileäd, au delà de l’Iardèn.

Non loin d’Ierouschalaïm, près de la fontaine du foulon, se tenaient cachés les fils des cohènes, Iehonathan et Ahimaasch. C'était par eux que David recevait les nouvelles que lui transmettait Houschaï. Abschalom faillit surprendre les deux jeunes hommes. Ayant échappé à ses émissaires, ils allèrent engager David à passer l’Iardèn et à s'installer sur les hauteurs de la rive est, là même où s'étaient réfugiés autrefois les restes de la maison de Schaôul. Avant le jour, David avec ses gens franchit le fleuve.

Furieux de voir échapper a ses conseils ce jeune roi, avec lequel il s'était promis de régner, Ahithofel, paraît-il, se retira chez lui, et, dans sa rage, $ s’étrangla. On le ’déposa dans le tombeau de son père. Peut-être aussi entrevoyait-il que la révolte d’Abschalom n’était qu’une équipée à la veille de finir, et que ni lui ni le jeune rebelle n’avaient su fonder, en Israël, un pouvoir durable.

David s'était installé à Mahanaïm. Ayant ramassé les forces dont il pouvait disposer, Abschalom passa l’Iardèn, Ce jeune homme avait maintenant le sentiment parfait de sa situation : il voyait que, si le vieux roi n'était pas immédiatement réduit, il allait reconquérir bientôt tout Israël. A la tête de son armée il avait placé Amascha, le fils d’un Ischmaélite qui avait autrefois connu sa tante Abigaïl, la mère d’Ioab. De cette union illégitime, il semble que fut né cet Amascha.

Avec des vivres abondants et dans une retraite inexpugnable, David n'avait rien à redouter d’Abschalom. Il aurait pu l’attendre dans Mahanaïm ; mais son amour des coups de main lui revenait tout entier. Il comprit, du reste, qu'après sa marche dans la région désolée qui sépare Ierouschalaïm du fleuve, l’armée d’Abschalom devait être exténuée, et qu'il serait avantageux de tomber sur elle avant qu’elle eût pu

passer l’Iardèn et se refaire un peu dans le gras pays d’au delà 1. De la ville sainte à Ieriho, la contrée a l’aspect le plus affreux : ce sont des montagnes nues et escarpées, des ravins profonds avec des rochers ?, C’était bien là, aux frontières de ce district désolé, qu’il fallait surprendre la troupe d'Abschalom.

Comment, du reste, la confiance et les ardeurs de la lutte n’auraient-elles pas reparu dans l’âme de David? En Israël, il s'était produit à la suite des fautes d’Abschalom une réaction marquée en faveur du vieux roi; sans doute, de toutes parts arrivaient à Mahanaïm des témoignages d'affection qui rendaient à David tout son courage. Israël revenant à lui, c’était un signe qu’Iahvé, maître des cœurs, lui revenait aussi. David disposa ses troupes pour l’attaque.

Ioab, Abischaï, Itthaï, le Gathite, les anciens compagnons d’armes qui, sans doute, avaient été désolés de quitter Jerouschalaïm sans combattre, commandaient l’armée du vieux roi. Ils contraignirent David de rester dans Mahanaïm. Malgré la fougue de sa jeunesse qui lui revenait au cœur, le vieux roi consentit à se tenir dans la ville, prêt, du reste, à sortir s’il apprenait que ses bandes avaient plié.

Ses dernières paroles à Ioab, à Abischaï et à Itthaï furent celles-ci : « Oh! épargnez pour moi l'enfant Abschalom ! »

Ioab passa l’Iardèn. Dans un endroit appelé Iaär- Éphraïm (forêt d'Éphraïm), les troupes de David, aguerries et bien conduites, rompirent l’armée épuisée d’Abschalom. Elle se débanda. Par ses cheveux Île beau révolté resta suspendu à un térébinthe, pendant que le mulet qu’il montait poursuivait sa course. Quelqu'un l’ayant appris à loab: « Si tu l’as vu, lui dit l’impitoyable chef, pourquoi ne l’as-tu pas frappé

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