‹ Histoire d'Israel (volume 2)Chapitre 183 sur 244 · IL Sam. XI · texte numérisé non relu

IL Sam. XI

neveu de David, voulait frapper le lâche Beniaminite. « Fils de Serouya, lui cria David, ne me crée pas d’obstacle. Est-ce qu’aujourd’hui doit mourir un homme d'Israël? » Avec serment, il promit à Schimeï de ne lui pas arracher la vie. La clémence, on le sait, faisait partie de la politique habile de David.

Avec ceux qui parurent des premiers auprès de David victorieux, on vit Mephiboschet, le petit-fils de Schaôul. Le rusé Beniaminite félicita le roi de son heureux retour ; sa barbe était longue, ses pieds et ses habits sales; depuis le départ de David, il avait négligé tout soin de sa personne; s’il n’avait pas fait seller son. âne pour rejoindre le roi fugitif, son infirmité, disait-il, en était la cause. Mephiboschet repoussa les calomnies dont il prétendait que Siba l'avait noirci auprès de David, mais toutefois sans convaincre parfaitement le roi de son innocence, À son ancien intendant, le petit-fils de Schaôul n’osa pas réclamer ses biens : sans doute, Siba avait entre les mains des preuves. certaines de la trahison de Mephiboschet.

En même temps qu’il amnistiait ceux qui l’avaient combattu, David récompensait les compagnons de ses jours d’exil. Un riche Guileädite, Barzilaï, accompagna le vieux roi jusqu'a l’Iardèn, où il lui fit ses adieux. C'était un homme généreux, qui, à Mahanaïm, avait, sans compter, fourni des provisions à David et à ses gens. Le roi ne voulait pas le laisser retourner en Guileäd : « Viens avec moi, lui disait-il, j'aurai soin de toi dans Ierouschalaïm. — Quels doivent donc être encore les jours de ma vie, lui répondit Barzilaï, pour qu’a lerouschalaïm je monte avec le roi? J'ai quatre-vingts ans; je ne distingue plus le bon du mauvais; je n’entends plus la voix des chanteurs et des chanteuses;° pourquoi ton serviteur serait-il à charge au roi son maître? Ce ne serait que pour un peu de temps que ton serviteur passerait l’Iardèn avec le roi. Que je parte de mon endroit, là où est le sépulcre de mon père et de ma mère! » À sa place, le vieux Barzilaï proposa Kimeäm, sans doute un de

ses fils, que David accepta. Sur la rive ouest de l’Iardèn, le roi embrassa une dernière fois son vieil ami d’exil, qui reprit le chemin de Mahanaïm.

C’est à ce moment que se dessine visiblement l’antipathie entre Iehouda et le reste des Bené-Israël,. Déjà les noms Israël et Iehouda apparaissent comme deux noms de conflits. Après un moment d’hésitation, les Iehoudites, une fois la première démarche de soumission accomplie, firent tout leur possible pour reprendre leur roi. Jaloux, les Israélites se séparèrent du vieux David; il y eut même un vaurien, Schéba, fils -de Bikri le Beniaminite, qui sonna de la trompette et cria:

Nous n'avons point de part avec David Ni de partage avec le fils d'Ischai1.

« Chacun à ‘sa tente, Israël! » Sur cette provocation, un grand nombre d’Israélites, suivant le rebelle, se retirèrent. Quant aux Iehoudites, en possession complète de leur roi, ils le reconduisirent triomphalement à Ierouschalaïm.

Rentré chez lui, le vieux roi enferma dans une maison spéciale les dix concubines qu'Abschalom avait connues, et qui, jusqu’à leur mort, éloignées de David, et comme des veuves, eurent une existence assez triste.

David, à Ierouschalaïm, ne s’endormit pas. Tout le sang actif et chaud de sa jeunesse lui était revenu, semblait-il, dans les veines. À ses oreilles résonnaient toujours les paroles de Schéba, fils de Bikri, aux Israélites. Sa royauté était, en réalité, enfermée dans les frontières d’Iehouda; et l’unité d’Israël, si chèrement obtenue, se brisait de nouveau. À Amascha, il ordonna de convoquer rapidement les gens d’Iehouda en état de porter les armes. Comme Amascha tardait à venir, David, ne voulant pas laisser aux

Page 1