‹ Histoire d'Israel (volume 2)Chapitre 184 sur 244 · II Sam., xx · texte numérisé non relu

II Sam., xx

Israélites le temps de s'organiser, envoya Abischaï et Ioab avec les troupes dont il pouvait immédiatement disposer.

Près de Guibeôün, Ioab rencontra Amascha. Se venger d’un rival qui lui avait enlevé le commandement et l'honneur, ce fut la pensée d’Ioab. Avec cette ruse dont les plus braves mêmes ont de la peine à se défaire, parmi les Benê-Israël, Ioab marcha vers son frère. Souriant, plein d’accueil : « Comment va mon frère, lui dit-il? » et, le prenant par la barbe, il l’approcha de lui pour l’embrasser. Plein de sécurité, Amascha se laissait aller aux caresses d’Ioab. Mais tout à coup celui-ci lui enfonça dans le ventre une épée, de telle sorte que les entrailles d’Amascha se répandirent à terre. Un Iehoudite, voyant, au milieu du chemin, noyé dans le sang, le cadavre du sar, le couvrit d’un manteau et le jeta dans les champs.

Après ce drame horrible, on n’en courut pas moins à la poursuite de Schéba. Le fils de Bikri, incapable de tenir, en rase campagne, contre les troupes aguerries d’Ioab et d’Abischaï, s’enferma derrière les murailles d’Abel-Beth-Maaka. Ioab en fit le siège, élevant des retranchements à la hauteur des murs d’Abel. Cependant, un jour, une femme avisée de la ville cria : « Ecoutez, écoutez, dites à [oab d’approcher, pour que je lui parle. » Quand Ioab fut venu, la femme lui dit : « Es-tu Ioab? — Oui. — Alors écoute les paroles de ta servante, — J'écoute. — Tu cherches à faire périr une ville qui est une mère en Israël. Pourquoi détruirais-tu le partage d’Iahvé? — Un homme des montagnes d’Ephraïm a levé la main contre le roi, contre David; livrez-le, et je m’éloignerai de la ville. » Sur ces paroles, la femme rentra dans Abel; des murailles on lança, quelque temps après, dans le camp d’Ioab, la tête sanglante de Schéba, fils de Bikri.

L’épée qui avait coupé la tête de Schéba avait aussi tranché la révolte, En toute sécurité, avec l’horrible témoignage de sa victoire, Ioab reprit la route d’Ierouschalaïm,

Dans toute cette histoire, la ruse et la violence se tiennent par la main et poursuivent leur but avec une invincible ténacité. Tout ce que l’art humain peut déployer pour atteindre un ennemi, les principaux personnages des jours de David le savent parfaitement mettre en jeu.

Quelque temps avant la révolte d’Abschalom, David semble avoir songé à une guerre avec l'Egypte. Ce fut pour cela peut-être qu’il voulut faire le dénombrement de tout Israël. Peut-être aussi, après avoir repris possession de son royaume et l’avoir pacifié, désira-t-il en reconnaître la force 1, Avec les sars de l’armée, le fidèle Ioab parcourut tout Israël. Il passa même l’Iardèn, ‘pour compter les tribus d’au delà. Au nord-ouest, il visita le territoire jusqu'a Zour (Tyr) et à Zidon. Après neuf mois et vingt jours, Ioab et les sars, rentrant à lerouschalaïm, apprirent au vieux roi qu’Israël avait huit cent mille hommes en état de porter les armes, et Iehouda cinq cent mille; quatre millions d'hommes s’agitaient dans les frontières de son royaume.

Sans doute, en accomplissant un tel acte de souveraineté, David crut avoir blessé les droits d’Iahvé, roi d'Israël. 11 en eut du remords. Le nabi Gad, qui semble avoir remplacé Nathan, se présenta devant lui pour lui faire connaître un décret d’Iahvé, « Veux-tu, lui dit-il, sept années de famine pour ta terre, ou pour toi trois mois de fuite devant tes ennemis, ou bien trois jours de peste pour le pays ? Maintenant, vois ce que je dois rapporter à Celui qui m'a envoyé. — Tombons plutôt, répondit David au nabi, entre les mains d’Iahvé, car grande est sa miséricorde; mieux vaut cela que tomber dans les mains de l’homme. » — Alors, du matin au soir, la peste sévit avec fureur : le génie du fléau étendit ses mains sur Ierouschalaïm et sur tout Israël; de Dan à Beer-Schéba, soixante-dix

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mille hommes succombèrent, Emnu, Iahvé cria au génie de la peste : « Retire ta main. »

Cependant David se lamentait, voyant s’entasser tant de victimes de tout âge. Près de l’aire de l’Iébousite Aravna, il offrit à Iahvé des holocaustes et des actions de grâces, Sur le même emplacement, Schelomo, fils de David, devait, quelques années plus tard, ériger le temple.

La dernière vieillesse de David fut pesante. Dans son lit, le vieux roi ne pouvait se réchauffer, malgré les couvertures dont on le chargeaït. On lui amena une vierge de Schounem, la plus ravissante fille d’Israël, pour dormir avec lui et le ranimer un peu par son jeune sangi. Le nom de cette belle enfant était Abischag, David ne la connut jamais.

À côté du vieux roi, ayant conservé sur lui toute son influence, se tenait l’avisée Bath-Schéba (la fille du serment). Le rêve de sa vie était de voir son fils Schelomo régner après David sur les tribus. Par son habileté, elle avait attiré dans son parti tous ceux qui avaient quelque prestige en Israël et la confiance du roi. Le cohène-hagadol Zadoq, le nabi Nathan (différent peut-être du Nathan dont il est question au milieu del’histoire de David), tous les sars qui composaient la garde du roi, Bath-Schéba les avait rangés du parti de son fils. Adonia avait avec lui le cohène Ébyathar et le vieux Ioab, dont l'autorité était depuis longtemps tombée dans le pays.

D'après le droit d’aînesse, respecté en Israël, ce n’était pas à Schelomo que revenait la succession de David; mais, Abschalom étant mort, l’héritier du trône devait être le fils de Hagguith, Adonia (Iahvé est mon maître). Voyant comme Abschalom que les intrigues de Bath-Schéba allaient supprimer son droit, Adonia essaya de se faire reconnaître par les tribus du vivant même de son père. Le vieux David n'avait

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plus guère le sentiment de ce qui se passait autour de lui. Ce n’était pas en réalité contre son père que se dressait Adonia, mais contre Bath-Schéba et Zadoq.

Dormant la nuit près de la belle Abischag de Schounem, et le jour le passant dans une complète somnolence, David était incapable de voir par lui-même ce qui s’agitait dans son palais, livré, comme il arrive vers la fin de tous les règnes, à outes les intriguesi,

Son fils aîné Adonia, fils de Hagguith, essayait, en face de l’active Bath- -Schéba, soutenue par les nabis, de s’entourer déjà d’un prestige royal. Il se fit une suite composée de chars, de cavaliers et de cinquante hommes de pied. C'était un fort beau jeune homme pour lequel le vieux roi avait des complaisances, ct que soutenaient Ioab et le cohène Ébyathar: Mais près de Bath-Schéba et de son fils Schelomo se tenaient Zadoq (le juste), Nathan, le fougueux nabi, et ce qu’il y avait de plus puissant en Iehouda.

Adonia tenta un coup de main. Près de la fontaine de Roguel, il invita ses partisans à un sacrifice et à un banquet à la suite duquel on acclamerait sa royauté. 11 sentait bien que, s’il tardait davantage, l'intrigante Bath-Schéba allait triompher et l’écarter à jamais du trône.

Alors Nathan, le nabi, alla trouver Bath-Schéba, mère de Schelomo, et la pressa de raconter à David ce qui se passait. « Pendant que tu parleras au roi, ajouta-t-il, j’entrerai pour compléter tes discours. » Bath-Schéba pénétra dans la chambre du roi. David était très vieux, et Abischag, la Schounamite, le servait. Voyant son épouse bien-aimée Me et se prosterner devant lui, David lui dit : « Qu’as-tu? — O Adonaï, répondit-elle, tu as juré a 4 servante par Jahvé, ton Élohim, que ’Schelomo, son fils, s’assiérait sur ton trône. Or, voici maintenant qu'Adonia règne,

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