LS ET
et toi, Adonaï, tu ne le sais pas. Il immole des bœufs, des veaux gras, de nombreuses brebis; il à convoqué tous les fils du roi avec Ebyathar, le cohène, et Ioab, le sar d'armée, oubliant Schelomo, ton serviteur. Sur toi sont tous les yeux d’Israël; on attend que tu proclames celui qui, après toi, s’assiéra sur le trône, ô seigneur roi. Sinon, quand tu reposeras avec tes pères, Ô seigneur roi, nous serions, moi et mon fils Schelomo, traités comme des pervers. »
Pendant qu’elle parlait encore avec le roi, Nathan, le nabi, entra. On dit au roi : « Voici Nathan, le nabi. » Il se présenta en effet devant David, se prosterna sur sa face, et dit: « Est-il vrai, seigneur roi, que tu aies dit : « Adonia régnera après moi, et il s’assiéra sur mon trône? » En effet, il a aujourd’hui immolé des bœufs, des veaux gras et des brebis en grand nombre; il a invité tous les fils du roi, les sars de l’armée et Ebyathar, le cohène; et voici qu'eux tous mangent, boivent, et disent : « Vive le roi Adonia! » Mais il n’a convié ni moi, ton serviteur, ni Zadog, le cohène, ni Benayahou, fils d’Ioiada, ni Schelomo, ton serviteur, Est-ce par ordre de mon seigneur que cela se passe? et n’as-tu pas fait savoir à ton serviteur qui montera sur le trône après mon seigneur le roi? — Appelle-moi Bath-Schéba, » répondit David. La reine, étant rentrée, le vieux roi l’assura que Schelomo serait roi. Sur son ordre, Benayahou, avec la garde, Zadoq, le cohène, et le prophète Nathan se groupèrent autour de Schelomo, monté sur la mule du roi, et avec lui descendirent jusqu’au Guihon. Là, devant tout le peuple, Zadoq répandit la corne d’huile sur la tête du fils de Bath-Schéba. « Vive le roi Schelomo ! » cria la multitude. Après quoi, la foule remonta dans Ierouschalaïm, accompagnant le nouveau roi de ses clameurs, mêlées au son des flûtes.
Adonia, au milieu de son festin, entendit, ainsi que ses conviés, tout le tumulte. « Pourquoi cet émoi de la ville? » demanda le vieux Ioab? Alors survint Ionathan, le fils du cohène Ebyathar. « Notre maître,
le roi David, dit-il à Adonia, a fait proclamer Schelomo, qui s’est assis sur le trône: ; puis, les gens du roi sont venus saluer le roi David, disant: « Qu’Élohim fasse prospérer le nom de Schelomo plus que ton nom! et qu’il élève son trône au-dessus de ton trône! » Alors le vieux roi, s’étant incliné sur sa couche, a prononcé la bénédiction : « Béni soit lahvé, l’Elohim d'Israël, qui a voulu qu’aujourd’hui tu sois assis sur mon trône et que mes yeux le voient! »
Après avoir entendu le récit d’Ionathan, les conviés d’Adonia se dispersèrent, Lui-même alla saisir les coins de l’autel, ne les voulant quitter qu'après que Schelomo lui aurait assuré la vie. On l’apprit à celui-ci : « Voici, lui dit-on, qu'Adonia a peur du roi, et qu’il tient le coin de l'autel en répétant : « Qu’aujourd’hui le roi Schelomo me jure qu’il ne fera pas mourir son serviteur par le glaive ! » Schelomo, ayant pardonné à Adonia, reçut son prosternement; après quoi, il lui dit: « Va-t’en dans ta maison. »
Mais voici qu’approcha le temps de mourir pour David1. « J’entre, dit-il à son fils Schelomo, dans le chemin universel. Prends de la force, et sois un homme. Garde les observances d’Iahvé, ton Élohim. Marche dans ses chemins en conservant ses rites, ses ordres, ses lois et ses prescriptions, tels qu’ils sont écrits dans la Thora de Mosché... Tu sais ce que m’a fait Ioab, fils de Serouya : ce qu’il a fait aux deux sars d'armée d’Israël, à Abner, fils de Ner,et à Amascha, fils d’Iéther, qu’il a massacrés, faisant couler le sang de la guerre en pleine paix... Agis selon ta sagesse, et ne laisse pas sa vieillesse descendre en paix dans le Scheôl... Près de toi aussi est Schimeï, fils de Guéra et petit-fils d’Iemint, de Bahourim. Il m’a horriblement outragé quand j'allais en exil à Mahanaïm... Ne le considère pas comme innocent... Ses cheveux
1, À Rois, 11,
blancs, fais-les descendre tout ensanglantés dans le Scheül. »
Après quoi, David se coucha avec ses pères et fut enterré dans Ir-David. Quarante ans il avait régné, sept ans à Hébron et trente-trois à Ierouschalaïm.
ai
SCHELOMO (SALOMON), 978-1017.
NE fois en pleine possession du pouvoir, Schelomo commença par se délivrer de ses ennemis et de ceux de son père. Adonia, fils de Hagguith et de David, fit demander pour lui la jeune Schounamite Abischag. Née dans la charmante vallée sise aux pieds du petit Hermon, toutembaumée du parfum des figuiers et des grenadiers, Abischag, la plus belle fille d'Israël, portait dans toute sa personne quelque chose de la grâce de son pays. N’ayant pu avoir le trône de David, Adonia, pour se distraire de son chagrin, s’était tourné vers cette belle enfant, qui est devenue dans le Cantique le type de la fiancée fraîche et tendre.
Pourquoi, en dédommagement de la royauté, ne lui donnerait-on pas la vierge de Schounem ? sans doute, Schelomo n’y voyait pas d’inconvénient; mais il crut avoir trouvé une bonne occasion de se défaire d’un rival, dont les prétentions au trône pouvaient un jour renaître, et autour duquel se rallierait peut-être a race éternelle des mécontents, qui ne devaient pas manquer en Israël.
Bath-Schéba, chargée de porter les désirs d’Adonia, se présenta devant Schelomo, Celui-ci, l’apercecevant alla au-devant d’elle, se prosterna et la fit
SCHELOMO, 323
asseoir sur un siège à sa droite. « Je viens te faire une légère demande, lui dit Bath-Schéba; ne détourne pas ta face. — Demande, ma mère! je ne détournerai pas ma face de toi. — Eh bien! qu’Abischag, la Schounamite, devienne la femme de ton frère Adonia ! » À ces mots, entrant dans une fureur sans doute feinte, le roi, qui, plus tard, ne devait rien refuser à ses sens, jura que ce jour-là même serait le dernier d’Adonia.
Schelomo avait auprès de lui, tout dévoué à sa personne comme à celle de David, une sorte de chef de janissaires, Benayahou. Ce fut lui qui plongea lépée dans le sein d’Adonia.
Sans doute la belle Abischag fit la lamentation sur le jeune prince. Habituée au palais de David, elle avait dû rêver pour époux un fils de roi, avec lequel elle serait allée parfois, après les douces pluies, contempler le printemps sous les figuiers et les grenadiers de Schounem. ,
Il était plus difficile de faire périr Ebyathar, le cohène, ami d’Adonia, qu’un fils de David. Autrefois le peuple l'avait vu apportant dans Ierouschalaïm la barque d’Iahvé. C'était un grand personnage religieux, dont le souvenir se rattachait à la fondation glorieuse de la nouvelle ville. Aussi, pour ne pas exciter un sentiment d’horreur en répandant le sang du cohène, Schelomo se contenta-t-il de l’exiler dans ses champs d’Anathoth et d'établir Zadoq en sa place. Pour expliquer cette mesure, le roi sage dut même rappeler l’anathème porté autrefois par Iahvé contre la maison d’Eli, d’où descendait Ebyathar.
Le meurtre d’Ioab, qui s'était rangé du parti d’Adonia, ne présentait pas les mêmes difficultés que celui d’'Ebyathar. Le vieux chef de la première armée disciplinée qu’ait eue Israël, le compagnon de David, voyant le sort d’Adonia, averti sans doute des desseins de Schelomo contre lui-même, se réfugia dans la tente d’Iahvé et saisit les coins de l’autel. On Vapprit au roi, qui n’en donna pas moins cet ordre à -Benayahou : « Va, et tue-le. » L'exécuteur des
hautes œuvres de Schelomo, ayant engagé en vain Ioab à quitter l’autel, n’osa pas le frapper et recula devant la sainteté du lieu. Il revint demander au roi ce quil fallait faire. Impitoyable, Schelomo lui répondit : « Fais selon qu’il va été dit; frappe-le et l’ensevelis. » Comme de l'exil d'Ébyathar, le roi, habile et subtil, essaya de donner la raison de l'assassinat d’Ioab, accompli malgré toutes les lois divines et humaines. S’il avait fait tuer le vieux chef dans la tente même d’[ahvé, c'était pour écarter de la maison de David le sang de deux hommes justes : Abner, fils de Ner, et Amascha, fils d’Iéther, qu’'Ioab avait versé. « Que le sang de ces héros, s’écria Schelomo dans une feinte indignation, retombe sur [oab et sur sa postérité à jamais! Mais qu’à David, à sa race, à sa maison, à son trône, Iahvé donne la paix pour toujours! y Dans tous” les cas, c'était un ami d’Adonia qui venait de tomber sous le glaive.
Schimeï, le Beniaminite, qui avait poursuivi de ses insultes David fuyant devant Abschalom, s'était amendé. Il avait pris tous les dehors de la soumission, mais devait garder dans son âme une haine sourde contre la maison royale. Sans doute, dans les derniers jours du vieux roi, il s'était, par opposition, jeté dans le parti d’Adonia, cherchant à y attirer les Beniaminites, nombreux à Ierouschalaïm, C'était un adversaire redoutable, passionné, ennemi de la maison de David, portant toujours dans son cœur le deuil de la belle famille de Schaôul. Il se rappelait avec amertume la cour de Schaüul à Guibeä, les jeunes filles de Beniamin dansant avec des bracelets aux bras et au cou, et des robes de pourpre. De tout cet éclat la petite tribu était désormais privée. Schimeï ne s’en pouvait consoler.
Cette nature ardente et en même temps souple, Schelomo la redoutait. Dans la crainte que Schimeï wallât soulever contre son pouvoir les tribus du Nord, toujours disposées à se révolter contre la domination d’Ichouda, le roi le menaça de le tuer s'il sor-
SCHELOMO, 325$
tait d’Ierouschalaïm; il lui était interdit de franchir le Qidron. Trois ans, le Beniaminite observa cette défense et vécut dans la maison qu’il s'était construite à Ierouschalaïm; mais, sans doute, après ce laps de temps, se croyant oublié du roi, dompté lui-même par l'éclat de la maison de David et ne songeant plus à la rébellion, il se laissa entrainer hors des limites de la ville. On lui apprit que deux de ses esclaves s'étaient sauvés dans la ville philistine de Gath, auprès d’Akisch. Il courut les réclamer. Pourquoi, hélas! donnait-il au roi subtil, auteur de tant de paraboles, un motif dese défaire d’un ancien ennemi?
Schelomo fit, devant lui, comparaître Schimeï : « Pourquoi, lui dit-il, n’as-tu pas gardé le serment d’Iahvé? Rappelle-toi tout le mal, dont ton cœur a conscience, que tu as fait à David mon père. IJahvé fait retomber ta malice sur ta tête, tandis que Schelomo est béni et le trône de David affermi devant Iahvé pour toujours. » Alors, sur les ordres du roi, Benayhou sortit et massacra le Beniaminite Schimeï. C'était un dur Juif, dont on considéra la mort comme un bonheur pour la maison de David. « Il (Schimeï) expira, et la royauté fut affermie dans la main de Schelomo, »
Délivré de tous ses ennemis, en pleine possession du trône de David, Schelomo put vaquer aux œuvres de la paix. Après le fondateur de dynastie, Israël, comme il arrive d'ordinaire, eut le roi bâtisseur. Ce que David avait créé avec son épée, Schelomo prit à tâche de l’embellir,
Pour donner de l’éclat à son trône, pour s’initier davantage peut-être à la civilisation la plus grandiose et la plus raffinée, le roi juif épousa la fille du roi d'Egypte (Psinakhès ou Psousennès II, XXI° dynastie). Comme dot, elle apportait au roi d'Israël, Guézer, conquise par l'Egypte sur les Pelischtim !. La fiancée fit à
1, M, Clermont -Ganneau a retrouvé l'emplacement de
Icrouschalaïm une entrée triomphale, Jamais on n’avait vu semblables fêtes. Dans le Cantique, où domine Pimage d’Abischag Ja Schounamite, semblent paraître cependant quelques souvenirs du mariage de Schelomo avec la belle Eg gyptienne, Sur un litcharmant, tout brillant d’or, d’argent et de pourpre tyrienne, la fille de Psousennès pénétra avec Schelomo dans Ierouschalaïm,. Tout tressaillant de joie, le roi était ceint du diadème. Autour des fiancés se tenaient soixante guibborim (héros d'Israël). Les filles de la ville, émues et curieuses, regardaient passer le cortègel, La bien-aimée, avec son visage d’un rouge un peu sombre comme les visages égyptiens, était belle cependant. Elle avait cet attrait irrésistible qui appartient aux compatriotes de Cléopâtre?. Droite et noble, son nez avait toute la majesté de la tour de David, Ses lèvres, semblables à deux bandelettes de pourpre, avaient la douceur d’un rayon de miel; et ses yeux, la tendresse des yeux de la colombe. Blanches étaient ses dents, quand elle souriait, comme des brebis sortant du bain. Elle avait répandu sur elle de si doux parfums que l’odeur qui s’échappait de sa personne ressemblait à celle qu’exhale un jardin de grenadiers en fleur.
Avec elle, la fille de Psousennès amenait les beaux chars d'Egypte, traïnés par des chevaux ardents, Ces superbes attelages étaient une nouveauté en Israël.
Cette princesse, qu’il aima, Schelomo l’introduisit dans son harem, où eile tint toujours la première place. Un psaume, chanté plus tard, nous garde comme un reflet de la beauté de la fille égyptienne, et marque bien la place qu’elle occupait dans le cœur et dans le palais de Schelomo :
Guëzer. Voir La Palestine inconnue. Les ruines portent le nom de Tell el-Djéser., — 1 Rois, 111.