TOUR DE BABEL
truite en bâtissant la tour à sept étages de Borsippa, appelée, dans l'inscription qu’a retrouvée M. Oppert, Temple des sept lumières. Sans doute le sar (le roi) y avait voulu rétablir le culte du soleil, de la lune et des cinq planètes, auxquelles les jours de la semaine babylonienne étaient consacrés. Ainsi, d’après la tradition, c'était pour y installer le sabéisme que les hommes primitifs avaient construit la tour, puisque c’est d’eux qu’elle semble avoir pris le nom de Temple des sept lumières.
1. Voici, d’après M. F. Lenormant, la traduction de la fameuse inscription de Borsippa : « Le temple des sept lumières de la terre, le monument des souvenirs de Borsippa, a été construit par le roi le plus antique; il lui avait donné 42 me. sures agraires [de superficie], mais il n’en avait pas élevé le faîte. Depuis les jours du déluge (ou les jours éloignés) on Vavait abandonné sans entretenir ses déversoirs d'eaux [pluviales] ; aussi les pluies et la tempête avaient dispersé la construction en briques crues; les revêtements en briques cuites s'étaient fendus; la brique crue des massifs s'était éboulée en formant des collines. » (F. Lenormant, Essai de commen-
dire; p.032, 352.)
PRÈS avoir rapporté les traditions sur l’origine des choses, sur le déluge, sur la dispersion des peuples et sur la tour fa R de Babel, communes presque toutes aux P Le Hébreux et aux Babyloniens, la Genèse MSN ne se préoccupe plus que de l’histoire particulière d’Israël. La race juive, laissant l’univers de côté, ne songe plus désormais qu’à elle-même. Ses traditions ont alors pour objet les trois grands ancêtres, Abraham, Izehaq (Isaac) et Iagob (Jacob). Abram (le père élevé, le grand ancêtre) était né à Our-Kasdim (la ville des Kaldéens), sur l’emplacement de laquelle s’élève aujourd’hui Moughéir (la bituminée), située à moitié chemin, entre Babylone et l'embouchure du Schat-el-Arabf, Les ruines de l’ancienne
1. Pour Goldziher, Abraham (le père élevé), c’est le soleil qui séjourne dans les hauteurs du ciel(p. 153). Cependant la plupart des Allemands, dans les commencements de l’histoire d'Israël, trouvent, plutôt que le mythe solaire, le mythe ethnographique, historique ou moral. D'après Seinecke, par exemple, Abraham, c’est Israël, et sa vie, l’histoire du peuple hébreu. Lot se séparant de son oncle marque le schisme des tribus. (Geschichte des Volkes Israel, p. 145.)
Our n’ont pas été couvertes par la ville actuelle ; elles occupent un espace d’un kilomètre de longueur sur sept hectomètres environ de largeur, La sont les restes d’un temple superbe élevé autrefois au dieu-lune, Sin, par le roi Ourkham, et que put contempler Abram?, Dans cette ville, où s’écoula son enfance et une partie de sa jeunesse, Îe grand ancêtre put apprendre 2 à construire des maisons solides avec de la brique, à écrire sur l'argile et à examiner le cours des astres. Malgré la riche nature qui entourait Our-Kasdim, où le froment poussait en abondance, et où le palmier, qui supplée à tout, se dressait de toutes parts3, le père d'Abram, Thérah (celui qui stationne), partit un jour avec ses fils, le grand ancêtre et Nahor, déjà mariés. Son troisième fils, Harran (l’homme de la montagne), était mort, laissant un enfant, Lot (celui qui cache), qui tiendra, plus tard , sa place dans l’histoire d’'Abram. Entraînant avec eux leurs troupeaux, ils s’avancèrent par petites journées jusqu’à Harran, à huit lieues environ à l’est de Damesseq. Dans cette terre arrosée, dans ce paradis, les émigrants retrouvèrent la fertilité de la vieille Our-Kasdim.
Mais, sur l’ordre de Dieu, Abram quitta plus tard Harran, avec sa femme, son neveu, Lot, et ses troupeaux #, Il s’achemina vers le sud, et s'arrêta un peuavant Iébous, à Schekem (le dos, Sichem), posée sur le dos
1. Ménant, Babylone et la Chaldée, p. 71-73. Il reproduit sur une carte les ruines de Moughéir, d’après le plan de J. E. Taylor.
2. Sur les briques de l'étage inférieur du temple de Sin, on lit : « Ourkham, roi du pays d’Our, a construit le temple de Sin » (W. A. J. I, pl. 1, n° r, 1, 2). Le culte du dieulune fut très florissant à Our-Kasdim; un grand nombre de rois de cette ville ont, dans leur nom, celui de Sin. (Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. 1, p. 261.)