‹ Histoire d'Israel (volume 2)Chapitre 213 sur 244 · I Rois, xvINI · texte numérisé non relu

I Rois, xvINI

AHAB. 377

le chef de brigands. En opposition aux prêtres de Baal, il se couvre d’habits austères; par-dessus sa tunique il porte une ceinture de cuir; le tout enveloppé d’un manteau de poils noir (sak). Les vœux sévères du naziréat, il les accomplit avecrigueur. Sa longue chevelure, vierge du ciseau, flotte sur ses épaules et ses vêtements, et lui donne un air farouche. Pendant que les prophètes de Baal s’enivraient pour soutenir leurs délires, Eliya, le nazir, ne trempait jamais ses lèvres dans une coupe de vin.

Ce fut en cette tenue et menant cette vie austère qu’il parut tout d’abord dans les montagnes boisées de Guileäd, où il proclama la vérité mosaïque : « Il n’y a pas d’autre Elohim qu’Iahvé, »

Séparé par l’Iardèn d’Izébel et un peu à l’abri de ses violences, le pays de Guileäd comptait encore de nombreux adorateurs d’Iahvé. Là, Eliya put se recruter une troupe de jeunes prophètes (bëñé-nebiim), qui semblent avoir fait, comme leur maître, les vœux du naziréat. Ils ne couchaient pas dans les cités, même dans ces bourgs de Guileäd, tout peuplés de pasteurs, et où la vie était si simple, Comme les ancêtres, ils voulaient ignorer ce que c'est que de reposer entre des murs : ils dormaient sous le ciel bleu ou dans les grottes des montagnes, Ils furent les premiers religieux et les premiers moines du monde israélite. C’est même des montagnes et des rochers de Guileäd que s’est épanchée la vie monastique sur notre Occident. Parmi les plus fervents nebiim rangés sous la conduite d’Éliya le Thesbite, il faut compter Jonadab, fils de Rehab, avec toute sa maison.

De bourg en bourg "conduisant sa troupe de prophètes, Éliya allait provoquer les nabis de Baal et contre eux ameutait le peuple.

Pendant ce temps, Ahab, peu inquiet de l’apparition du Thesbite, continuait l’œuvre de son père Omri : il

Fa LRO, XVIT,

Je 48

bâtissait. Il releva les murs d’Ieriho, qui était alors une ville de Benjamin, |

L'endroit le plus riant de la Palestine, c’est la riche plaine d’Isréel (Dieu a ensemencé), vaste, parée de fleurs au printemps et de belles moissons en été. Là, l’hiver est clément. Aussi Ahab songea-t-il à s’y établir pendant cette saison. Sa femme Izébel dut le pousser à s'élever là une demeure plus voisine de cette mer phénicienne si doucement éclairée, la nuit, par Aschthoreth. Isréel, qui n’éloignait pas trop du centre des tribus, à la lisière est de la grande plaine, fut choisie pour porter la nouvelle résidence royale. C'était sur un plateau peu élevé, se confondant presque avec la plaine.

Ce lieu charmant va prendre un autre caractère ; à tout ce qu’elle touchait la fille d’Itthobaal imprimait la marque tragique. Ce nouveau palais, bâti avec un grand luxe, Ahab voulut l’entourer de jardins. Mais les champs de Naboth l’Isréelite, rapprochés du palais, gênaient beaucoup les plans du roi. Il fit venir Naboth devant lui. « Cède-moi ta vigne, lui dit-il; je t’en donnerai en échange une plus belle; ou bien, si cela te plait mieux, tu auras en argent le prix qu’elle vauti., — Dieu me garde, lui répondit Naboth, de te livrer l'héritage de mes pères! » Furieux, Ahab rentra chez lui et, sans rien manger, se mit au lit, toujours poursuivi par la réponse de Naboth l’Isréelite : « Je ne te livrerai pas l’héritage de mes pères, »

Or, Izébel sa femme approcha de lui pour dormir. « Pourquoi ton esprit est-il irrité, lui dit-elle, et ne: veux-tu pas prendre de nourriture ? » Il lui rapporta les paroles de Naboth. « C’est bien toi, répondit-elle, qui maintenant as la royauté sur Israël! Allons! lèvetoi, mange, sois joyeux, je te donnerai, moi, la vigne de Naboth l’Isréelite, »

Par des lettres marquées du sceau d’Ahab, Izébel en-

1, I Rois, xxI.

AHAB. 379

joignit aux zeqénim et aux notables d’Israël de faire accuser Naboth par deux vauriens du crime de lèsemajesté. Ils devaient lui crier devant le peuple : « Tu as maudit Elohim et le roi!» L'ordre s’accomplit de telle sorte que l’on put envoyer à la reine ce message : « Nabotha été lapidé ; il n’est plus.» — « Lèvetoi, dit alors Izébel à Ahab; va t’emparer de la vigne de Naboth l’Isréelite ; Naboth a vécu.» Sous les doux figuiers d’Isréel, Ahab descendit aussitôt; il avait hâte de prendre possession de la vigne achetée au prix d’un crime. Ainsi le sang innocent arrosait les fondements de la belle maison d’hiver d’Isréel.

Mais Eliya continuait sa mission. Avant qu’eût coulé le sang de Naboth, le rude nabi avait versé à flots celui des amis d’Izébel, Voici comment il avait pu en venir à cette extrémité. Accouru de Guileäd, il avait commencé par se présenter devant Ahab. Dans son beau palais de Schomron, plein de danses, le roi vit approcher, couvert de son sak noir, le rude nabi, Sans crainte, d’une voix ferme, EÉliya s’écria : « Vive Iahvé, l’Elohim d'Israël, devant qui je me tiens ! il n'y aura, dans ces années, ni rosée ni pluie, à moins que ma bouche ne le dise! » Sans doute Ahab, encouragé par la reine, fit au nabi un assez mauvais accueil,

Eliya, que la ferme Izébel semble avoir parfois intimidé, s’enfuit au plus vite de Schomron; il alla se réfugier de l’autre côté de l’Iardèn, dans le val Kerith. Dans ces vallées de l’autre côté, ombragées de lauriers roses, on a placé une partie de la légende d’Eliya. Là, des corbeaux, peut-être des passants, apportaient chaque matin au nabi du pain avec de la viande ; du pain et de la viande ils lui apportaient encore le soir. Eliya, pour se désaltérer, buvait de l’eau du ruisseau 1.

Mais le ciel était de feu, desséchant tout; les pluies

Page 1