‹ Histoire d'Israel (volume 2)Chapitre 214 sur 244 · I Rois, xvit · texte numérisé non relu

I Rois, xvit

de l’automne ne tombant pas, comme à l'ordinaire, le Kerith cessa de couler. Mourant de soif, le prophète prit son chemin vers le pays des Zidonites.

Il atteignit Zarptha (Sarepta), ville phénicienne. A l’entrée du bourg se présenta devant lui une veuve, PO femme, qui ramassait du bois mort. Brüûlé jusqu’au fond des entrailles par l’ardent soleil de Phénicie, épuisé, Éliya dit à la veuve : « Donne-moi un peu d’eau dans ce vase, pour que je boive. » Comme elle allait lui querir de l’eau, il la. rappela en lui disant : « Apporte-moi aussi, dans la main, un morceau de pain. — Vive Iahvé, ton Elohim! lui répondit la femme phénicienne, dévote de Baal et d’Aschthoreth, je n’en ai plus de cuit; il me reste encore de farine plein la paume de ma main, avec un peu d’huile; je vais ramasser deux morceaux de bois, afin d’apprêter pour moi et pour mon fils ce qui nous reste; après quoi, nous mourrons, »

Toutefois, ayant bien voulu préparer pour Éliya un gâteau avec sa farine et son huile, la femme de Zarptha put défier l’horrible famine; car, à partir de ce moment, ni sa farine ni son huile ne diminuèrent, bien qu’elle s’en servit abondamment pour sa nourriture et pour celle de son fils.

Mais voici que l'enfant de la veuve.tomba malade, et tellement empira le mal qu’il en mourut. Etait-ce la présence d’Éliya, homme d’'Élohim, qui avait attiré le malheur sur sa maison ? La femme désolée et injuste fit semblant de le croire. Quant au nabi, prenant le cadavre, il l’étendit sur son propre lit, et trois fois se coucha sur lui, en jetant à Jahvé cette invocation : « Jahvé, mon Elohim, ramène au milieu de l’enfant son âme, et qu’il vive ! » Alors le cadavre se ranima, et à la mère Eliya put reconduire l’enfant en lui disant : « Vois ! il vit, ton fils! — Je sais maintenant, s’écria la mère toute joyeuse, que tu es un homme d’'Élokim, et que la parole d’Iahvé, qui est sur tes lèvres, est vérité, »

Durant trois ans, à la fin de l’automne, on atten-

AHAB, 381

dit en vain des nuages au ciel; le ciel n’envoyait qu’une flamme implacable. À Schomron, et jusque dans la riante Isréel, les troupeaux eux-mêmes tombaient comme les arbres et les fleurs, sous les flèches ardentes de Baal.

Le roi Ahab vit approcher l’heure où il serait contraint d’abattre les chevaux de ses attelages, ses mulets et son bétail, qui ne trouvaient plus de nourriture dans les champs et plus d’eau dans les abreuvoirs. Avec son majordome Obadiya (le serviteur d’Iahvé), le roi parcourut le pays, cherchant des fontaines et de l’herbe pour ses troupeaux réduits à la dernière extrémité 1,

Éliya, dans le chemin, parut tout à coup devant le majordome. Obadiya réalisait son nom: c'était un pieux Israélite, aimant Iahvé, et ayant autrefois caché dans les cavernes cent prophètes que poursuivaient ‘ les fureurs d’Izébel. Apercevant le nabi, il tomba sur la face en s’écriant : « Est-ce toi, mon maître Éliya? — C'est moi, répondit le nabi; va! ct dis à ton maître : Voici Éliya.» Obadiya hésitait à se charger de ce message : l'esprit d’Elohim ne pourrait-il pas transporter le nabi dans un autre district? Que ferait Ahab, ne le trouvant pas? Dans sa colère, ne tueraitil pas Obadiya? Le majordome fit part à Éliya de ces réflexions peu rassurantes. Mais, pour dissiper de telles craintes, le nabi fit le serment d’Iahvé: «Par la vie d’Iahvé Zebaoth, devant qui je me tiens ! je me présenterai aujourd’hui devant Ahab. »

Alors, prévenu, le roi vint au-devant du nabi; en lapercevant, malgré ses bonnes résolutions, il laissa éclater toute sa fureur : « Te voilà donc, fléau d’Israël!» Comme l’œil étrange d’Izébel n’était pas là fixé sur lui, et qu’il n'avait qu'Ahab en sa présence, le nabi fit bonne contenance. « Ce n’est pas à moi, criait-il, qu’il faut attribuer les malheurs d'Israël, mais à toi

Page 1