‹ Histoire d'Israel (volume 2)Chapitre 216 sur 244 · I ROIS, AIX · texte numérisé non relu

I ROIS, AIX

tions aient té plus faciles entre les nabis et la dynastie d'Omri. Izébel, femme avisée autant que tragique, tint compte, après le drame du Karmel, des dispositions du peuple ; seul, Éliya, qu'aucun tempérament ne pouvait calmer, avait dû s'enfuir. Ses disciples, protégés par le peuple, habitaient le pays, ménagés par Ahab et par Izébel. La reine se résignait pour un temps à l’éclipse de Baal et de son culte. D’un autre côté, n’entendant plus les âpres objurgations d’Eliya, les nabis s’adoucissaient dans leurs rapports avec la maison d'Omri. Installés maintenant à Guilgal, peutêtre à Ieriho et à Beth-el, ils vivent doucement. Il faudra, pour ranimer leur zèle, le souffle ardent d’'Eliya. Un seul, en son absence, Mikayahou (qui est comme Iahvé), semble avoir persisté dans l’opposition à Ahab.

Cependant, dans Ia grotte de l’Horeb, Éliya était tout entier livré à ses réflexions. Il avait combattu pour lahvé. En échange, que recevait-il? L’exil et la faim. Dans son imagination de prophète, de voyant, il adressait ses reproches à Iahvé lui-même; et directe ment l'Elohim d'Israël lui répondit : « Sors, et tiens-toi sur la montagne; Iahvé va passer, » Voici que s’éleva un vent puissant qui brisait les montagnes et fendait les rochers, mais Iahvé ne se montra pas. Après le vent éclata un tremblement de terre, mais dans lequel Iahvé n'était pas davantage. Un feu succéda au tremblement de terre, mais qui, pas plus que lui, ne contenait Iahvé. Après la flamme soufha une douce voix de brise; alors Eliya voila sa face avec son manteau : c'était cette fois Iahvé qui: paraissait.

Sous ces vives images nous sont présentées les pensées d’Éliya. Il s’apercevait sans doute qu'il avait déployé trop de violence dans le service d’Iahvé, et que peut-être son œuvre aurait été plus féconde s’il n'avait pas fait couler le sang. Ce n’est pas dans la tempête que réside Iahvé, mais dans la douce voix de la brise. Tel est sans doute le sens de cette page, qui

AHAB, 387

paraît bien n’avoir eu, dans la pensée même de son auteur, qu’un caractère purement aggadique.

L'âme ardente, avide d’action, d’Eliya ne pouvait supporter la vie solitaire du Sinaï. Ne trouvant rien à dévorer au dehors, la flamme intérieure du nabi le dévorait lui-même. Il cherchait comment il pourrait bien sortir du désert pour exercer de nouveau son action sur Schomron et sur Israël. Malgré la leçon de douceur qu’il s'était faite à lui-même, et malgré tout son désir d’un instant de donner à sa voix le son de la brise, Eliya ne pouvait comprimer son impétueuse nature. Il songea à étreindre et à terrasser cette Izébel, si superbe dans ses palais de Schomron et d’Isréel,

Un jour, il prit son chemin vers le pays d’Aram, Avec ses chevaux, ses chars, à la tête de trente-deux rois, ses vassaux, le puissant roid’Aram, Ben-Hadad II, s'était précipité ‘contre Schomron, devant laquelle il avait mis le siège,

Croyant voir déjà la ville dans ses mains, Ben-Hadad envoya dire à Ahab : « À moi ton argent, ton or, tes femmes et tes fils les plus beaux! » Pressé par l’armée invulnérable des Araméens et par la foule de leurs chars, le roi d'Israël se crut obligé d’accepter les conditions du roi d’Aram. « Je t’appartiens, lui fit-il tristement répondre, moi et tout ce qui est à moi, »

Mais les messagers de Ben-Hadad revinrent avec de nouvelles exigences. « Tu me livreras, en effet, tes femmes, lui envoyait dire le roi d’Aram, ton argent, ton or, avec tes filles et tes fils; mais encore, pas plus tard que demain, mes gens fouilleront ton palais et la maison des tiens, et, dans leurs mains, ils m’apporteront tout ce qu’ils auront trouvé de précieux. »

Le désespoir inspira, à cette heure suprême, Ahab, les zeqénim (anciens) d'Israël et le peuple tout en-

TA ROIS te

tier. « Tu ne l’écouteras pas, » crièrent au roi les zeqénim avec tout le peuple. Les messagers araméens apportèrent à Ben-Hadad un refus de la part du roi d'Israël. Irrité, Aram résolut d’anéantir, autant que possible, jusqu’à la poussière même de Schomron.

Tout Israël et les nabis eux-mêmes, exaltés par l'extrémité à laquelle ils étaient réduits, se préparèrent à une vigoureuse sortie. Un prophète, se levant et montrant à Ahab la multitude des ennemis, lui avait ditqu’Iahvé la livrerait entre ses mains. Avec sept mille deux cent trente-deux hommes, le roi d'Israël fit la sortie contre Ben-Hadad. C'était à l’heure de midi, où l’on repose ordinairement sous les oliviers et les figuiers ; c'était le moment où Ben-Hadad, avec les siens, buvait jusqu’à Pivresse le bon vin de Damesseq ou du Liban. Ce jour-là, son esprit nageait dans la joie. On vint lui apprendre que les Israélites descendaient de Schomron, se dirigeant vers son camp; sans interrompre ses plaisirs, il ordonna de les saisir vivants, qu'ils vinssent pour la paix ou pour la guerre.

Surpris, les Ararméens furent rompus par la bande d’Israélites qui suivaient Ahab. C'est à peine si Ben- Hadad put échapper, grâce à la vitesse de son cheval, Ses beaux chars tombèrent aux mains d’Israël.

Le vieux nabi qui, avant le combat, avait prédit la victoire craignit qu’Israël ne fût aveuglé par la fumée de ce succès inespéré. Pour l’année suivante, il annonça une nouvelle invasion, à laquelle les tribus se devaient laborieusement préparer.

Au printemps suivant, en effet, les flots de l’armée araméenne couvrirent toute la plaine d’Isréel et pénétrèrent jusqu’à Apheq. C'était, semble-t-il, à la fin de l’hiver, au moment même où ‘cessent les pluies et où commence à gémir la voix de la tourterelle. Dans son palais d’Isréel, Ahab était encore retiré. C’est là, et non pas dans Schomron, qui lui a été fatale uñe première fois, que Ben-Hadad tente de s'emparer d’Ahab et de la puissance des Omrides.

AHAB. 3°9

em

« Les Élohim des montagnes sont leurs dieux, avaient dit les vaincus à Ben-Hadad, voilà pourquoi Àls nous ont écrasés; combattons-les dans la plaine, et là nous en triompherons, »

Dans la plaine d’'Apheq, l’armée syrienne se répandit; elle eut le tort de s’y disperser. Les bandes d’Israël, fortement serrées en deux groupes, s’élancèrent comme deux coins dans les rangs ennemis. Que de nobles chevaux, que de beaux attelages de guerre, s’étendirent sanglants et brisés sous les figuiers de la plaine! Aram y perdit toute sa gloire.

Ben-Hadad chercha un refuge derrière les murs d’Apheq. Couverts de sacs, pleins de confiance dans la clémence du roi d'Israël, ses serviteurs allèrent se présenter devant Ahab. « Ton serviteur Ben-Hadad, ‘Jui dirent-ils, est vivant. — S'il vit encore, répondit le roi, il est mon frère, »

Apprenant cette bonne réponse, le roi d’Aram, sur son char, vint trouver Ahab. Il lui promit de rendre les villes enlevées à Omri, et de protéger les marchands israélites sur les marchés de Damesseq. Aramet Israël, ennemis jusqu'ici, se réconcilièrent.

Mais un ben-ha-nebiim (fils des nabis) se permit de protester contre un pareil accord. Ce qui domine chez les nabis, c’est la haine de l’étranger.Celui-ci, du nom de Mikayahou 1, dit à un de ses compagnons, un fils de nabi comme lui : « Frappe-moi; » ce qu’il refusa de faire, « Parce que tu n’as pas voulu écouter la voix d’Iahvé, au sortir d'ici, le lion te frappera. » Près de la, il fut, en effet, déchiré par un lion.

Dans sa préoccupation prophétique, le ben-ha-nebiim dit à un autre homme : « Frappe-moi. » Blessé cette fois à la tête, le nabi couvrit son visage de poussière. Ainsi déguisé, pour n’être pas reconnu, il se présenta sur le chemin du roi. Quand Ahab passa, il entendit sortir de cette forme étrange, tout ensanglantée, une

Page 1