Rois, xxI
des tours et des villes murées, Aux troupes il donna une forte organisation. Il mit à leur tête Adna et sous lui quatre sars, qui commandaient l’armée, divisée en quatre fractions. C’étaient Iohanan, Amassia, fils de Zikri, Eliada et Iozabad.
Sur le nombre de l’armée rétablie par Ioschaphat, il est difficile de s’en rapporter aux chiffres exagérés des Chroniques. Cette armée, terreur des voisins, servait à attirer des tributaires à Ierouschalaïm et à grandir la puissance d’Ioschaphat.
Sans doute, il rêva une réconciliation entre [sraël et Iehouda, espérant, par l’union de son fils avec Athalia, préparer celle des deux territoires. Rétablir le royaume de David et de Schelomo, telle paraît avoîr été sa chimère. C’est dans ce dessein qu’il consentit à suivre Ahab dans son expédition contre Ramoth- Guileäd, occupée par le roi d’'Aram.
Dans le temps même des noces d’Ioram avec Athalia, Ioschaphat se rendit à Schomron. Quel événement pour la ville d'Omri! le roi d’Iehouda, paraissant dans ses murs! le dévot d’Iahvé, visitant la tragique Izébel!
Quand les jeunes filles amenèrent, le soir, Athalia la grande dans la chambre de ce pale Ioram, le joug du pauvre jeune homme commença. Fougueuse, implacable, portant dans ses veines le sang mêlé d'Israël et de Tyr, Athalia admettait encore moins que sa mère des obstacles à ses caprices. Où est la douce bienaimée du Cantique, la femme tendre et voilée, aperçue dans le jardin des noix? Il n’y a rien des yeux de la colombe dans l’œil d’Athalia, qui devait bien vite foudroyer le débile Ioram, À la politique fut sacrifié cet enfant,
Mais, avant de conclure une alliance pour l’expédition contre Ramoth-Guileäd, Ioschaphat voulut consulter les nabis.
Près de la porte de Schomron, chacun sur un trône, tous deux revêtus des habits royaux, siégèrent Ioschaphat et Ahab. Les faux nabis, qu’aimait le roi d'Israël, parce que toujours ils lui prédisaient des événements
IOSCHAPHAT. — AHAB. 393
heureux, passèrent successivement devant les deux princes, leur chantant l'issue de l'expédition contre Ramoth-Guileäd, L'un, portant un instrument à vanner le ua leur annonça qu ils vanneraient Aram jusqu’à ce qu’il n’en restât plus rien. « Monte à Ramoth- Guileäd, disaient-ils tous, et sois heureux ; Iahvé la livrera aux mains du roi. »
Cependant, peu confiant dans ces nabis, Ioschaphat avait mandé Mikayahou. Celui-ci répéta ironiquement la prophétie unanime des nabis : « Monte, et sois heureux; Iahvé la livrera aux mains du roi. » Mais bientôt il s’écria : « Je vois tout Israël dispersé sur les montagnes, comme un troupeau sans pasteur. Que chacun retourne en paix chez soi! dit Iahvé. Pourquoi tromper Ahab, le faire monter à Ramoth- Guiléad pour qu’il y tombe P »
Furieux, les nabis optimistes témoignèrent toute la violence de leur colère. Zidqia frappa Mikayahou sur la joue. Quant à Ahab, il ordonna que le nabi de malheur fût remis aux mains d’A mon, le sar de la ville, pour être nourri au pain d’angoisse et à l’eau jusqu’à son retour.
Malgré tout, la prédiction de Mikayahou s'était enfoncée comme une flèche dans l’esprit d’Ahab. Il se rendit, plein de sombres pressentiments, devant Ramoth-Guileäd. La, il se déguisa, laissant le roi Ioschaphat avec ses habits. Par là peut-être espérait-il donner le change à la mort. Le roi d’Aram avait aux trente-deux sars de ses chariots signifié cet ordre: « Ne vous occupez dans l’attaque de personne, soit petit, soit grand, si ce n’est du seul roi d'Israël.» Apercevant Ioschaphat, les sars des chariots se dirent : « Voilà le roi d’Israël! » et se précipitèrent sur lui; mais bientôt ils eurent reconnu leur erreur.
Ce fut une flèche lancée au hasard qui atteignit Ahab. Malgré le sang qui coulait, le roi d’Israël ne cessa pas de se tenir debout sur son char. Hors des rangs, mais en vue de l’armée, il faisait bonne contenance devant la mort. Son char était inondé de sang.
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Ce fut vers le soir de ce combat furieux qu’il succomba. Izébel avait communiqué à ce faible roi quelque chose de son âme invincible, ce qui lui avait permis de bien mourir. :
Sa mort fut le signal de la déroute, Un cri traversa tout le camp; tous criaient : « Chacun dans son pays!» . Le soleil, en ce moment, dorait de ses derniers et calmes rayons les sommets boisés de Guileäd,
Tout sanglant, le cadavre d’Ahab put être rapporté à Schomron. Avant de l’ensevelir, on le lava dans les eaux d’un réservoir qui s’étendait près de la ville. En cet instant, on vit des chiens haletants lécher le sang qui tombait du char royal, et dans le réservoir des prostituées se livrer aux douceurs du bain.
Les nabis enveloppèrent et les derniers moments d’Ahab et la halte de son cadavre, près du réservoir de Schomron, de je ne sais quel voile tragique et sombre. Ils remplirent de la dernière scène surtout les imaginations populaires. Longtemps le peuple entendit les chiens non pas seulement léchant quelques gouttes de sang échappées du char, mais lampant les flots rouges qui coulaient du corps d’Ahab; il vit les prostituées les plus vulgaires, les zexonoth, secouant leurs souillures dans les eaux mêmes qui servaient à purifier le cadavre royal. *
Ahab laissait le trône à son fils Ahazia (Ochosias, 900-889), qui, sous la direction sans doute d’Izébel, continua la kananisation du pays. Plus que jamais les aschéras se dressèrent sur le sol d'Israël avec le culte de Baal, Mais le règne du nouveau roi fut court, et ne lui laissa guère le temps de rien entreprendre.
Etant tombé un jour par le treillis de sa fenêtre, il en ressentit de très violentes douleurs qui l’étendirent sur sa couche, Il envoya alors consulter Baal-Zeboub (le dieu-mouche) d’Egron, qui avait, dans cette ville, un oracle célèbre. Mais, chemin faisant, ses messagers virent se lever tout à coup un homme qui leur cria : « Retournez, et dites au roi: «Est-ce que l’on est sans Elohim en Israël, pour que l’on envoie consulter Baal-
IOSCHAPHAT.,— AHAZIA, IORAM, 395$
Zeboub, l’EÉlohim d'Égron? C’est pourquoi le lit dans lequel tu es monté, tu n’en descendras pas, car tu vas mourir 1, »
Les messagers, revenant sur leurs pas, rapportèrent au roi ce propos. « À quoi ressemblait, dit Ahazia, l’homme qui s’est posé devant vous et vous a tenu un
tel langage ? — C'était, lui répondirent-ils, un homme couvert de poils, et les reins pressés par une ceinture de cuir. — Alors, c’est Éliya, le Thesbite, »
Le malade envoya, pour s'emparer du nabi qui avait regagné le Karmel, un sar de cinquante hommes avec ses gens, « Homme d’ Élohim, dit le sar au nabi assis sur un des sommets du Karmel, le roi l’ordonne, descends. » Mais, à la prière d’ Éliya, le feu du ciel dévora le chef avec ses cinquante hommes. Un deuxième sar avec ses gens eut le même sort. Plus avisé, un troisième sar de cinquante hommes, dépêché par Ahazia, fléchit le genou devant Eliya, lui demandant grâce pour sa vie. Il ne fut dévoré par le feu, ni lui, ni ses gens.
Enbardi par la peur qu’il inspirait et par un messager “RE Éliya descendit les douces pentes du Karmel et s’en alla trouver Ahazia lui-même, Devant le lit où le roi souffrait, le nabi lui répéta sa prédiction terrible : « Parce que tu as envoyé consulter Baal-Zeboub, l'Élohim d’Égron, la couche où tu gis, tu n’en descendras pas, mais tu mourras. »
Aussi expira-t-il bientôt dans son palais de Schomron ; jeune victime qui nous apparaît entre ces deux tragiques figures : Izébel et Eliya, et qui mourut sans laisser d’enfants.
Son frère Ioram le remplaça dans la conduite des tribus (899-887).
Vers cette époque paraît aussi avoir disparu de la scène Eliya le nabi. A Guilgal, à Beth-el et à leriho vivaient dans l’austérité ses écoles de jeunes prophètes ;