‹ Histoire d'Israel (volume 2)Chapitre 238 sur 244 · LA LÉGENDE DU DÉLUGE · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DU DÉLUGE

Deux récits chaldéens du déluge, assez divergents l’un de l’autre, nous ont été conservés, l’un dans les fragments de l’historien gréco-babylonien Bérose, l’autre dans l’épisode d’une épopée assyrienne, dont Georges Smith a découvert des fragments. Nous offrons la traduction de ce morceau, dont le savant anglais a essayé une version, malheureusement trop peu exacte dans les détails; la mutilation du texte rend sur quelques points la tâche difficile. Nous avons mis entre parenthèses les restitutions que nous proposons.

Voici la mise en scène. Un dieu d’ordre inférieur dont nous devons épeler le nom Istubar (mais dont nous ne connaissons pas la véritable prononciation),

1. Istubar, un génie-du feu peut-être, ou aussi simplement un idéogramme qui signifie « le dieu de la grosse lèvre inférieure ».

guerrier et chasseur, s’allie, après plusieurs aventures, avec un autre être divin, Belbirut, pour tuer Khumbaba, dont le nom, sinon le mythe, est conservé dans le Combabus de Lucien. Les hauts faits d’Istubar lui valent l’amour de la déesse Istar (Astarté); elle le persécute de son affection, qu’Istubar répudie avec dédain. La déesse méprisée fait affliger Istubar d’une maladie impure; afin de se débarrasser de ce fléau, il voyage sur son vaisseau, pour voir le dernier roi antédiluvien de Babylone qui, sauvé du déluge par la miséricorde des dieux, jouit d’une vie éternelle dans une Île lointaine, aux confins de la terre. Le roi Adrahasis (Adra-Khasis ou Khasisu-adra, d’où est venu le nom de Xisuthrus que lui donne Bérose) fait alors à Istubar le récit du déluge et de sa propre conservation. Quelque élevé que soit l’intérêt que doit nous inspirer cette narration, elle n’est pas le document où a puisé Bérose, dont l'exposé contient des dates historiques ct

1. Le regrettable Georges Smith a seul jusqu'ici traduit le texte; il est justice de dire que toutes les interprétations publiées, sans exception aucune, sont des versions de son travail anglais, La traduction que je donne ici n’est pas parfaite; il y a dans le monde encore autre chose de revisable que les constitutions, Mais, au moins, elle s’est efforcée, dans la mesure du possible, de rendre aussi fidèlement que faire se peut ce texte difficile et tronqué par-dessus le marché. Il faut rendre cet hommage à Smith qu'après lui, ni en France, ni en Angleterre, ni en Allemagne, aucun assyriologue n’a affronté l'inscription du déluge. Nous devons à la mémoire du jeune savant de ne pas insister sur les objections que nous pourrions soulever contre sa traduction; mais, à part quelques passages que nous indiquerons, toutes les parties de son essai, très souvent inintelligible, nous forcent à regret à ne pas accéder à ses vues. Voici le commencement :

Istubar à lui dit aussi à Hasis-adra, le lointain : « Je suis surchargé avec l'affaire, Hasis-adra,

chronologiques 1, tout comme le passage de la Genèse, qui, sous ce point de vue, offre bien plus de rapprochements avec l'historien babylonien qu'avec le poème dont on va lire la traduction. ;

ONZIÈME TABLETTE DE L'ÉPOPÉE D’ISTUBAR. Ie colonne.

Istubar dit après cela à Adrahasis, le lointain? : « Il faut que je te pose une question, ô Adrahasis. Le nombre de tes années ne change pas : en cela tu [me ressembles.

Et toi-même tu ne changes pas : en cela tu me ressembles. Ta perfection est de rester toujours au même point, (Les faiblesses de l’âge) ne s’amoncellent pas sur ton dos. (Dis moi) comment tu as agi que tu vis ainsi dans la [compagnie des dieux. »

Adrahasis alors dit à Istubar :

« Je veux te révéler, ô Istubar, le mystère de ma [conservation, Et le secret des dieux je te le manifesterai.

Pourquoi tu ne répèles pas à loi de moi,

Et tune répètes pas à toi de moi

Ta cessation ; ton cœur à faire la guerre

Pressée de toi, je viens aprés toi. [placé. » .… Comment tu as fait et dans l'assemblée des dieux vivant tu as

L'anglais n’est pas plus intelligible que le français; c’est la première version anglaise qui a paru dans le Times, et traduite dans le Journal officiel, et que l’auteur n’a jamais revisée.

1. Xisuthrus régna la bagatelle de 64,800 ans la chronologie de Bérose met le déluge en 41,697 avant Jésus-Christ, 39,180 ans ou 653 sosses avant l’époque historique (2,517 av. J.-C.).

2. Ou le sempiternel. Adrahasis est écrit avec deux signes qui signifient « éternellement vivant ».

Il est une ville de Surippak que tu connais et dont [j'étais le prince; La ville est antique, mais (l’impiété contre) les dieux [la remplissait, (Et moi seul étais) le serviteur des grands dieux. (Les dieux voulurent la détruire) Istar (?) et .Anu (Un déluge fut proposé par) Bel-EI (Et lui consentirent) Nebo, Nergal et Ninip!. Mais Kin?, le seigneur de l’abüne, Me révéla leurs intentions (dans un songe).

Il me fit sa révélation, et parla ainsi3 :

« O Surippakite, fils d’Otiartes#, « Toi, fais un vaisseau, et achève-le (vite). « (Un déluge) engloutira la semence des êtres vivants. « Porte la semence des êtres vivants, quels qu’ils soient, « Le navire que tu bâtiras, [sur le navire.

« Un ner (600) d’empans mesurera son étendue, « Un 5008 (60) d’empans sera le compte de sa hauteur [et de sa largeur.

« Sur la surface de l'Océan lance le vaisseau. » Moi, je compris, et je dis à Kin, mon seigneur : « Le vaisseau, dont tu m’as ordonné la construction, « (Comment) pourrais-je le faire moi (seul)?

« Mais les hommes dans la force de l’âge et les vieil- [lards (m’aideront). »

Kin alors ouvrit sa bouche et dit, et parla ainsi à [moi, son serviteur :

1. Cette restitution des lignes, dont la fin seule est réservée, semble être indiquée par la suite du récit. Il est probable que le texte que nous possédons est raccourci; car la méchanceté des hommes, la raison de la colère des dieux, n’est pas suffisamment exposée,

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