Gen., xXXVIL
1AQOB, — IOSEPH. 45
dans la solitude des pâturages. Ses rapports indisposèrent ses frères contre lui. De plus, il était en particulière affection auprès d’Iagob, qui lui fit cadeau d’une belle robe peinte, comme en portaient quelquefois les Asiatiques ct comme on en voit sur les compatriotes d’Ioseph dans les antiques peintures de Beni-Hassan (xn° dynastie 1). La colère et la jalousie de ses frères étaient fort allumées contre lui.
Il commit en outre l’imprudence de leur raconter un songe qu’il avait eu : « Nous faisions des gerbes au milieu d’un champ, et voici que ma gerbe se leva, se tint droite, et vos gerbes se mirent autour et se prosternèrent devant elle. — Penses-tu régner sur nous? » lui dirent ses frères avec dépit.
Il eut un nouveau songe dont il fit part à toute la maison : « J'ai fait encore un songe: voilà que le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi. — Est-ce que nous viendrons, moi, ta mère et tes frères, pour nous courber devant toi jusqu’à terre? » lui répliqua le vieux Iagob.
La fureur de ses frères contre lui fut portée à son comble par tous ces récits de songes. Les fils d’Iaqgob ayant mené paître les troupeaux dans la riche vallée de Schekem, leur père envoya Ioseph chercher de leurs nouvelles, De Schekem, d’où ils étaient déja sortis, il courut les rejoindre à Dothaïn Nhaiiment à l'endroit où gisent les ruines nommées Tell-Douthan).
En apercevant de loin leur frère, les fils d’Iagob se dirent l’un à l’autre : « Voici le maître de songes qui vient; tuons-le, nous dirons qu’une bête féroce l’a dévoré. » Reôubèn, l'aîné, voulant sauver son jeune frère, s’opposa à ce qu’il y eût effusion de sang, mais fit jeter Ioseph dans un puits desséché d’où il avait l'intention de le tirer en secret. Pendant qu'ils pre-
1. Champollion, Monuments d'Égypte et de Nubie, notices descriptives, t, IT, p. 411, 412. — Lepsius, Denkmäler Æthiobiens, Abth. 11, t IV, x, Blatt 131 et 133,
naient leur repas, les frères d’Ioseph virent passer uné caravane d’Ischmaélites qui descendaïent vers l'Egypte avec des chameaux chargés de parfums. Dans les peintures de Beni- Hassan, on voit arriver en Égypte, avec leurs ânes, trente-sept Asiatiques apportant du mesdjem pour les dames de maison. Ces Ischmaélites allaient aussi vendre des aromates aux femmes égyptiennes. Sur l'avis d’Iehouda, on céda Ioseph à la caravane moyennant vingt pièces d’argent. Ce fut en l’absence de Reôubèn que l’on conclut ce marché.
Pour cacher leur crime à Iaqob, les frères teignirent dans le sang d’un bouc la belle robe peinte d’Ioseph et l’envoyèrent avec ces paroles : «Voici ce que nous:avons trouvé ; vois donc si c’est la tunique de ton fils. » Il s’écria É « C’est elle; une bête féroce a dévoré mon fils; Ioseph a été déchiré. » Ses enfants essayérent de le consoler : mais il ne voulut pas l’être, et dit: « C’est en larmes que je descendrai avec mon fils dans le Scheôl (lieu souterrain où sont les morts). » Ainsi son père le pleurait.
Les Ischmaélites ou Midianites vendirent Ioseph à Pe-dou-phra (mot égyptien, celui qui est voué au dieu Ra, Putiphar), un des sars du Per-aat,
Dans les environs de Beth-léhem, à Adoullam, Iehouda avait une fois aperçu la fille de Schoua (l’opulent), le Kenaanite, et l’avait épousée. De ce mariage étaient nés trois fils, Ére (le nu), Onan (la force virile d’elle) et Schéla (ce qui est à elle) 2, Au premier avait été unie la belle Thamar (le palmier); mais, mauvais aux yeux d’Iahvé, il mourut jeune, sans
1. Sur un cône funéraire de la Bibliothèque nationale, j'ai lu cette légende, qui porte un cartouche de la xvrr1€ dynastie : « Le préposé à la maison, le préposé aux troupeaux de Raaa-Kheper-Ka (Tothmès ler, xvine dynastie), le scribe Pedou-Ra, véridique. »