E, Ledrain, La Momie
pv
MOSCHÉ. — L’EXODE.
vanT de poursuivre l’histoire d'Israël, il importe de marquer à quel endroit de l'Egypte répond le pays de Goschèn, où la famille d’Iagob est installée. On peut rapprocher Goschèn de Gosem !, nom de la capitale du 20° nome, au nord-est de l Égypte, sur la frontière méridionale dunome tanitique,
La ville principale de ce dernier était Ramsès-Tanis, dont les vastes débris jonchent le sol près du village moderne de San, sur la rive orientale de la branche tanitique. Elle pouvait recevoir dans son port les plus grands vaisseaux. D’abord elle s'était appelée Tanis ; mais, Ramsès II l’ayant augmentée d’un nouveau quartier, comprenant beaucoup de temples, qui portait le nom de Pi-Ramsès, cette dernière dénomination s’étendit à la ville tout entière. Dans le nouveau quartier, le grand roi Ramsès essaya de faire fleurir le culte de Ra-Harmakhis, d’Ammon, de Ptah et du dieu pasteur Soutekh. A l’orient du nome tanitique s’étendait le nome Setroïtès avec Pi-Toum (la
1. Sur le pays de Gosem, voir, en même temps que le Dictionnaire géographique de M. Brugsch, George Ebers, Ægypten in Bild und Wort, 6e et 7e livraisons.
maison du dieu Toum) pour ville principale. Ces deux districts limitrophes sembient avoir été peuplés par toutes sortes d'étrangers, et ne pas avoir porté beaucoup d’'Egyptiens 1.
C’est à la construction de ces villes que vont contribuer les Hébreux. Quant au nom de cette petite tribu de Pasteurs, perdus au milieu de la grande civilisation égyptienne, si les monuments de la vallée du Nil ne le mentionnaient pas, il n’en faudrait pas être fort étonné. Quelques-uns, dans les Aperiou employés par Sa Majesté à des travaux de construction, ont cru reconnaître les Hébreux ?; mais il est peu probable qu’en réalité il s'agisse d’eux dans le Papyrus de Leyde.
Dans le pays de Goschèn, c’est-à-dire dans le 20® nome, les Israélites, après la mort d'Ioseph et de ses frères, devinrent nombreux et puissants. Un roi qui n’avait pas connu Ioseph (Séti I** ou Ramsès II) en prit ombrage; peut-être craignait-il qu’un jour les Hébreux ne donnassent la main aux tribus asiatiques pour une nouvelle invasion de la terre de Kem. Les Khétas de la Palestine étaient en ce moment même fort menaçants; et, dans une expédition contre eux, Ramsès II lui-même, abandonné par son armée, faillit périr. A construire Pi-Ramsès et Pi-Toum, Ramsès II, le grand roi bâtisseur, condamna les Hébreux, et les” rangea sous la conduite de chefs de corvée, Exerçant la police en Eg gypte, il y avait les Madjaiou (Lybiens), à la tête desquels était un chefs. Ce”fut à
1. Brugsch, Dictionnaire géographique de l’ancienne Égypte, Ge livraison, p. 415-433.
2. Papyrus hiératique de Leyde, 1, 348, pl. 6, 1. $.— Papyrus de Leyde, I, 349: — Chabas, Mélanges égybtologiques; Les Hébreux en Égypte. — Chabas, Recherches pour servir à l’histoire de la x1xe dynastie, p. 99-106.
3. Papyrus Abboth, dans les Select papyri.—Chabas, Vol dans les hypogées; Mélanges égyptologiques, troisième série, t. 1. — Maspero, Une enquêle judiciaire à Thèbes.
MOSCHÉ,. 63
eux que dut être confiée la surveillance des Hébreux. Charrier la pierre, faire de la brique avec du limon et de la paille, telle était la rude occupation des Israélites 1.
En même temps qu’il les employait au nord-est, le Per-aa, pour élever le merveilleux Ramesséum et une partie des beaux temples de Karnak et de Louqgsor, assemblait des captifs d’une autre race dans le midi, à Thèbes, la ville d'Ammon. Là, il dut surtout faire venir les nègres, auxquels il faisait la chasse pour en tirer des ouvriers et des esclaves.
Mais, voyant que plus il écrasait les Hébreux plus ceux- ci multipliaient, Ramsès II, poussé du reste par le peuple égyptien, leur imposa des tâches plus lourdes. En même temps, voici ce qu’il ordonna aux sages-femmes des Hébreux : « Quand un garçon naîtra à une femme israélite, faites-le mourir; si c’est une fille, qu’elle vive!» L’une des sages-femmes à qui s’adressait l’ordre du Per-aa se nommait Schep-Ra (la dignité de Ra), et lautre Pouah. Ces accoucheuses , craignant Elohim, laissèrent vivre les nouveau-nés. L’ayant appris, le Per-aa en fut très irrité. « Les femmes des Hébreux, lui répondirentelles, sont vigoureuses : avant que nous soyons là, elles enfantent. »
Comme Israël continuait à fructifier, le Per-aa porta ce décret: « Tout garçon qui naîtra, jetez-le dans le fleuve; et toute fille, laissez-la vivre. » Ce n'étaient plus seulement les sages-femmes, mais les gouverneurs des villes et les princes héréditaires quiavaient ordre de détruire les Hébreux.
Dans ces circonstances, la fille de Lévi, Iokebed, conçut d’ Amram, son neveu et son mari, et donna naissance à un fils?. Voyant qu’il était beau, elle le cacha pendant trois mois. Comme elle ne pouvait plus
Tux I 2 0x il.
le faire, elle prit une corbeille de jonc qu’elle enduisit de bitume et de poix. Après y avoir déposé son jeune enfant, elle la plaça sur le bord du fleuve, parmi les lotus. La sœur de l’enfant s'établit dans les environs pour savoir ce qui adviendrait,
Voici que la fille du Per-aa descendit dans le fleuve pour $e baigner, laissant ses suivantes se promener sur la rive.
Bien que Thèbes fût sa capitale, Ramsès II, sur ses bonnes barques, avec sa famille, descendait parfois le fleuve vers le nord, Pi-Ramsèés, Pi-Toum et Memphis, plus fraîches que Thèbes, devaient souvent l’attirer, dans Ja saison brûlante, quand l'atmosphère de Kem est pleine de poussière et de feu. Sans doute, au moment où l’enfant d’Amram et d’Iokebed fut exposé, le Per-aa se trouvait dans une ville, au nord de l'Egypte, au milieu des papyrus et des lotus.
La fille du roi, appelée par Josèphe ! Termonthis (T-mer-maut, l’aimée de Maut), apercevant une corbeille fermée, fitvenir une de ses dames d'honneur pour qu’elle s’en emparât. La fille du Per-aa, ayant ouvert la corbeille, voici qu’apparut un petit garçon tout gémissant, Elle en eut compassion et dit: « C’est bien sûr un enfant des Hébreux.» S’approchant, la sœur du nouveau-né dit à la fille du Per-aa: « Faut-il aller chercher une nourrice parmi les femmes des Hébreux pour qu’elle allaite cet enfant? — Va, » lui répondit la fille du Per-aa. Et elle alla querir sa mère, « Prends cet enfant, dit à celle-ci la fille du Per-aa; allaite-le moyennant un salaire. » Et la femme prit l'enfant pour lallaiter. Quand il fut devenu grand, elle le rendit à la fille du Per-aa, qui le traita comme son propre fils et l’appela Mosché (sauvé des eaux). Il y a une ville égyptienne nommée Aïn-Moscha (l’île de Moscha?2); on ne peut
1, Josèphe, Antiquit., 11, 95.