‹ Histoire d'Israel (volume 2)Chapitre 48 sur 244 · Brugsch, Dictionnaire géographique de l’ancienne É gypte · texte numérisé non relu

Brugsch, Dictionnaire géographique de l’ancienne É gypte

MOSCHÉ. cs

toutefois rapprocher ce nom que de mou, eau,et de sché, bassin.

L'enfant fut élevé dans les grands et splendides palais de Thèbes, et probablement, en été, au nord-est de V'Égypte, dans le voisinage de ses frères. Il dut s'initier aux arts près des grands architectes qui bâtissaient le Ramesséum, et à la littérature près des scribes illustres de cette époque. Sans doute, il connut Pentaour, dont le poème épique, qui chante Ramsès II, est écrit sur les murs de Louqgsor,de Karnak et d’Abydosi, et dont le nom ne le cède pas aux plus grands. La civilisation et l’art égyptiens étaient alors en plein épanouissement, Le sacerdoce de Mizraïim, avec son organisation et ses fêtes, les livres sacrés, entre autres le Livre des Morts, les hymnes religieux, la morale souvent si élevée qu’ils renferment, Mosché, par son éducation, fut à même de tout connaître. Les rouages administratifs, si compliqués dans le pays des Per-aa, il en put voir de près le fonctionnement.

Cependant il ne se laissa pas absorber par le milieu où le hasard l’avait jeté. Il l’étudia avec soin, mais sans en être ébloui au point d’oublier sa race, la petite tribu de Pasteurs, qui peinait sous le bâton des Madijaiou. Parvenu à l’âge d'homme, il fut pris de Dhnleur persan les souffrances de ses frères. Un jour qu’un Egyptien frappait en sa présence un Hébreu, Mosché, après s’être assuré que personne ne le voyait, assomma lEgyptien et le cacha dans le sable.

Deux jours après, il vit une rixe entre deux Hébreux et dit au plus méchant : « Pourquoi frappes-tu ton compagnon? — Qui ta établi sar (chef), lui répondit l’homme, et juge sur moi? Crois-tu me tuer comme tu as tué l’Égyptien? » Mosché pensa : « Sans doute le fait est connu. » En effet, le Per-aa, l’ayant

1. Le poème de Pentaour se trouve encore au Papyrus Sallier, ru, etau Papyrus Raïfé, Il a été traduit par M. de Rougé, Recueil de monuments, 1, 1.

appris, voulut faire mourir Mosché, Mais celui-ci prit la fuite et gagna le désert.

Il s’arrêta dans un ouad (oasis) qu’habitait une branche des Midianites, les Qénites. Là était un puits où l’on menait les troupeaux. Les sept filles d’Ithro (abondance, Jéthro), prêtre de Midian, ayant puisé de l’eau à la citerne et rempli les abreuvoirs, firent approcher leurs brebis et leurs gazelles. Maïs des pasteurs les repoussèrent, Alors, se dressant, Mosché força les bergers à laisser boire les troupeaux de La fille du prêtre. Déjà l’une de ces jeunes Arabes, Ziphora (l’oiseau), avait parlé ason cœur. C’est pour sa beauté qu’il lutte contre les pasteurs midianites.

De retour à la tente, les jeunes sœurs racontèrent à leur père ce qui s'était passé. « Où est l’homme? dit le prêtre à ses filles, et pourquoi l’avez-vous laissé? Appelez-le pour qu’il mange notre pain. »

Qui visite aujourd’hui le désert y rencontre encore des Ithro et des Ziphora, hospitaliers et doux; là encore ce sont la plupart du temps les femmes, enveloppées de leurs étranges manteaux bleus, qui mènent paître les troupeaux, comme les filles du prêtre; aux hommes la vie paresseuse : on les voit assis fumant leur pipe et savourant leur café. Aux jours d’Ithro, ce que Mosché rencontra dans la tente du prêtre génite, ce dut être, à la place du café, la bonne bière fermentée hakot, qui venait d'Égypte, et qui était capable d'amener cet état de rêve, plein de visions flottantes, indécises, si nécessaire pour rompre de temps à autre la monotonie du désert.

Mosché s'établit près du prêtre arabe, qui lui donna en mariage la jeune Ziphora, charmante et légère comme l'oiseau, de laquelle il eut un fils, Guerschom (colon je suis Va). Dans le désert, Mosché mena la vie de berger, allant avec les troupeaux d’un ouad dans un autre, depuis le Nedjeb jusqu’au sud du Sinaï,

Ce pays semble avoir été le refuge des hommes poursuivis par la colère ou la justice du Per-aa. C'était là que s'était enfui, sous la xr1° dynastie, Se-neh (fils du

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sycomore, ou de la terre du sycomore, c’est-à-dire l'Égypte), dont les aventures sont racontées dans un papyrus de Berlin {.

En rapportsfréquentsavec des hommes de Mizraïm, les Arabes devaient connaître tous les principaux événements qui intéressaient la vallée du Nil. Sans doute, Mosché, au milieu de sa nouvelle vie, dans ses promenades à travers le désert, apprit la mort du grand roi. Ramsès II (fils du soleil) était entré dans l’hémisphère inférieur. Sur la tête de Ménephtah, son fils, avait passé l’urœus avec le bonnet de la Haute- Égypte et celui de la Basse-Ég gypte.

Les Israélites continuaient de gémir sous le joug. Mais Iahvé se souvint de son peuple, ét, un jour que Mosché paissait aux pieds de l’Horeb le troupeau de son beau-père Ithro, il eut une vision ?, D’un buisson ardent qui ne se consumait pas sortait la voix d’Iahvé. Elle disait : « Va! je t'envoie vers le Per-aa, dans le dessein de tirer mon peuple de Mizraïm, — Mais si les fils d'Israël me demandent: « Quel est le nom de celui qui t'envoie? » que leur répondrai-je? — Je suis celui qui suis (Iahvé) ; aussi tu leur diras : « Tahvé m'envoie vers vous. » Comme Mosché s’excusait sur sa difficulté de parler, Iahvé l’assura qu’il aurait près de lui, pour y suppléer, l’éloquence d’Aharon, son frère, Il attacha une vertu merveilleuse à son bâton de pasteur.

Muni de ce bâton, comme d’un talisman, Mosché, avec sa femme et ses filles, prit, sur des ânes, le chemin de Mizraïm. Arrêté sur la route par une indisposition, il fit, pendant la nuit, circoncire un de ses fils par sa femme Ziphora $. Aharon, prévenu par

1. Papyrus de Berlin, n° 1. — Chabas, Les Papyrus hiératiques de Berlin. — Maspero, Histoire ancienne des peuples de POrient, p. 108-111.

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Jahvé, vint à la rencontre de son frère, prit connaissance de sa mission, et disposa Israël à recevoir le messager d'Elohim.

Tous les deux allèrent trouver le Per-aa, alors dans une ville de la Basse-Egypte, le priant de permettre au peuple de se rendre dans le désert, à trois journées des frontières égyptiennes, pour y célébrer une panégyrie à Ilahvé. Non content de leur refuser cette requête, le Per-aa enjoignit encore aux scribes établis sur les Hébreux d’exiger d’eux qu’ils livrassent le même nombre de briques qu’autrefois, mais avec la charge de se procurer eux-mêmes la paille qui entrait dans leur composition. Les scribes furent battus par le peuple exaspéré, qui, dans ce nouvel accroissement de souffrances, murmura aussi contre Mosché. Celui-ci avait alors quatre-vingts ans, et son frère Aharon quatre-vingt-trois.

Sur un nouvel ordre d’Iahvé, ils se rendirent encore devant le Per-aa. Aux supplications de Mosché, son ami, avec qui sans doute il avait passé les jours d’enfance et de jeunesse, parmi les splendeurs des palais de Ramsès II, Ménephtah opposa la plus ferme insensibilité Mosché dit à son frère: «Jette ton bâton. » Aharon jeta son bâton, qui se changea en serpent ?. Les sages et les charmeurs, que le Per-aa fit venir, métamorphosèrent de même leurs bâtons par des formules magiques. Mais le serpent d’Aharon engloutit tous les autres, ce qui n’apporta aucune conviction au Per-aa. Peut-être quelques serpents apprivoisés, comme on en voit dans la vallée du Nil, avaient-ils été préalablement enfermés dans les bâtons creux des charmeurs égyptiens ?

Mosché et Aharon, étendant leurs bâtons sur les eaux, les changèrent en sang. Il y a une époque de l’année, on le sait, au commencement de l’inondation, en juillet,

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où le Nil a des eaux sanglantes; les Arabes l’appellent alors le Nil rouge 1. Mais les enchanteurs égyptiens ayant obtenu le même résultat que les deuxHébreux, le Per-aa resta dans les mêmes dispositions envers Israël.

Sur l’ordre d’Iahvé, Mosché dit à Aharon d'étendre encore son bâton sur les eaux, qui aussitôt foisonnèrent de grenouilles?; le pays en fut rempli; elles allaient même dans le palais et jusque sur le lit du roi. Les enchanteurs opérèrent le même prodige, mais ne purent faire disparaître les grenouilles. Ces animaux avec les crapauds sont parfois innombrables en Egypte, lorsque commence l’inondation, mais jamais au point de remplir, comme ici, toutes les maisons. Sur la promesse du roi de laisser partir le peuple, Mosché fit cesser le troisième fléau. Mais, une fois délivré, le Per-aa oublia sa parole.

Aharon étendit une autre fois son bâton; et la poussière se changea en moustiques, qui dévoraient les hommes et les animaux. À certaines heures, en Mizraïm, les moustiques formaient des nuées épaisses, Le Per-aa, pour s’en garantir, avait dans son palais un grand fonctionnaire décoré du titre de porte-chassemouches, dont celui-ci s’enorgueillissait sur sa stèle funéraire.

Pour presser davantage le roi, de son bâton étendu, Aharon amena encore des insectes de diverses espèces. Le Per-aa alors accorda trois jours aux Israélites pour aller dans le désert accomplir, en toute sécurité, les sacrifices qui étaient en abomination aux Égyptiens. Aussitôt, à la prière de Mosché, les insectes disparurent jusqu” au dernier.

Mais le Per-aa, délivré, ne respecta pas sa parole.Iahvé le châtia en faisant périr le bétail des Egyptiens à, Ce

1. Sur l’inondation du Nil voir Osburn, The Monumental History of Egypt, t. I, p. 9-14.

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