fut évidemment une peste qui sévit parmi les troupeaux de Mizraïm. |
Comme rien n’ouvrait les yeux du roi, Iahvé répandit sur les hommes une maladie de la peau, fréquente en Egypte, et qui couvre le corps de pustules {. Ce fut la sixième plaie.
Après ce fléau, une grêle terrible tomba, tuant les animaux, fauchant l’herbe, abattant le lin et l’orge, ne laissant que le froment et l’épeautre, qui étaient moins avancés. Seul le pays de Goschèn fut épargné. On était alors au commencement de l’année, en mars ou avril, le premier mois de la saison de Scha.
Après cet orage effrayant, mais inutile, lahvé amena les sauterelles dans les frontières de Mizraïm ?. A l’appel de Mosché, elles accoururent, poussées par le vent d’est, Un vent d’ouest, après une nouvelle promesse du Per-aa, les emporta pour les noyer dans la Grande- Verte (Mer-Rouge). C’est un phénomène connu en Mizraïm que l’arrivée des sauterelles. Elles viennent en bataillons denses, dont rien ne peut enrayer la marche, et qui voilent même le soleil. Sur leur route, elles dévorent tout, ne laissant après elles que le désert.
Ce fléau disparu, des ténèbres s’étendirent sur Mizraïm, pendant trois jours. Aujourd’hui encore, à certains moments, le schamsin, dont le sirocco de nos côtes de la Méditerranée n’est que le prolongement affaibli, soulevant des masses de sable et les entraînant avec lui, plonge l'Egypte dans une mer de poussière fine et brûlante, et dans une complète obscurité. À la voix d’Aharon et de Mosché, le souffle enflammé envahit Mizraïm, la terre de Goschèn exceptée. Chacun ne vit plus son compagnon. Pendant trois jours, les gens de Kem, privés du soleil adoré, assistèrent au
1. C’est une maladie connue dans les papyrus médicaux, et entre autres dans le Papyros Ebers.
D'AERS
MOSCHÉ. — L'EXODE. À :
triomphe de Typhon sur Osiris. Ainsi sévit le ténébreux schamsin.
En quel espace de temps parurent ces merveilles ? Nous l’ignorons. Peut-être, pendant une année tout entière, Mosché et Aharon durent-ils effrayer le Pèr-aa et son peuple,
Iahvé, voyant que Sa Majesté restait insensible, fit, par Mosché, ordonner à Israël de célébrer, le 14° jour du premier mois, la fête du renouvellement de l'année, le Rosch haschanna, avec un cérémonial tout particulier. Pendant la nuit, chaque famille des Hébreux devait manger, debout, les reins ceints, le bâton à la main, avec des pains non levés et des herbes amères, un agneau rôtil, Ce fut désormais pour Israël la fête de Pessar (passage, Pâques).
A cette panégyrie on attacha le souvenir de la sortie d'Égypte, de façon à en presque effacer la pensée primitive. Chez tous les peuples de l'Orient, et chez les Egyptiens en particulier, on retrouve la panégyrie du commencement de l’année que célébraient les Israélites. Ceux-ci joignirent, dans la suite, à la nuit de Pessar, sept jours où l’on ne devait manger que des pains sans levain; la fête prenait le 14° jour au soir pour se terminer le soir du 21°.
Mosché commanda aux Hébreux detremper, en la nuit solennelle, un bouquet d’ézob (hysope) dans le sang de l’agneau, et d’en teindre leurs portes. Le matin, toutes les maisons portant cette marque se réveillèrent comme elles s'étaient couchées la veille. Mais ce fut une grande désolation parmi les Egyptiens, dont les premiers nés avaient tous été frappés, pendant la nuit, ainsi que les premiers nés de leurs troupeaux.
Avec leurs pains sans levain, avec des vases d’or et d’argent, des bagues, des colliers, des pendants d’oreilles d’or, les Israélites purent cette fois quitter Miz-
OR A XUT.
raïm épouvanté, Ils partirent de Ramsès et de Pi-Toum pour Soukkoth, au nombre de six cent mille, sans compter les femmes et les enfants, Leurs troupeaux de bœufs, d’ânes, de brebis et de gazelles étaient du voyage. La masse des étrangers et des esclaves, rassemblés dans la Basse-Egypte, fit en réalité son exode avec les descendants d’Iaqob.
Avec eux, ils emmenaient encore, couverte de ses bandelettes, la momie illustre d’Ioseph, pour qu’elle pût reposer en paix dans la terre de Kenaan. Le doux Ioseph était destiné a dormir dans la belle vallée de Schekem, aux murmures des sources et au chant des oiseaux, sous l’ombre douce des oliviers. Lui-même, qui, enfant, avait aimé cette belle vallée, où s’écoula une partie de sa vie de pasteur, l’avait désignée en mourant, pour qu'on en fit sa sépulture. Là, on montre encore aujourd’hui un tombeau qui porte son nom1. Dans tous les cas, si la personne même d’Ioseph ne dort pas en cet endroit, Ioseph, c’est-àdire sa tribu, y est bien couchée. Elle est la, dans ces grottes creusées au flanc de VÉbal, nécropole de l'antique Sichem.
Israël avait habité Mizraïm pendant quatre cent trente ans (?).
Regrettant de les avoir laissés partir, les Egyptiens envoyèrent des chars à leur poursuite 2. Ils les atteignirent vers Pi-hahiroth (l'entrée aux gouffres), devant le sanctuaire du dieu Baal-Zéphon (le Baal de Zéphon). Mais, grâce à un vent d’est violent, que déchaïîna Iahvé et qui souleva les flots de la mer, les Hébreux purent gagner le désert. S’acharnant à leur poursuite, les cavaliers égyptiens, montés sur leurs chars, furent engloutis dans les eaux du golfe de Suez. Mosché et les enfants d’Israël enton-
1. Joseph's Tomb in Sechem, by Danalson, dans Transactions of the Society of biblical Archæology, vol. II, part. 1. 2. Ex.\ xt.
MOSCHÉ.—L'EXODE. 73
nèrent, après cet événement, un chant à Iahvé; ils dirent :
Je chanterai [un hymne] à Tahvé, parce qu’il est grand;
Le cheval et son cavalier, il à enfoncé dans les eaux.
Ma force et mon chant, c’est Iah (Dieu), et il est mon salut.
Il est mon El, et je le glorifierai,
L'Élohim de mon pére, et je l’exalterai.
Tahvé est un homme de guerre, Tahvé est son nom.
Les chars du Per-aa et son armée, il a fait descendre dans les eaux. L’élite de ses chars à trois hommes sont submergés dans la mer de Les profondeurs les ont couverts. [Souph.
Ils sont descendus dans les abimes comme une pierre.
Ta droite, Iahvué, est magnifique dans sa force,
Ta droite, lahvé, brise l'ennemi.
Par la grandeur de ta majesté, tu détruis tes adversaires,
Tu lances ta fureur, et elle les dévore comme la paille.
Au souffle de tes narines (colère) se sont amoncelées les eaux, Comme un mur se sont tenus les courants,
Les abimes se sont figés au cœur de la mer.
Il avait dit, l'ennemi : « Je poursuivrai, j'atteimdrai ;
Je partagerai les dépouilles; mon désir sera comblé ;
Je tirerai ma khopesch!; ma main le dépossédera. »
Tu as souffié avec ton haleine, la mer les a ensevelis.
Ils ont plongé comme le plomb dans les eaux puissantes.
Qui est comme toi parmi les élohim, Iahvé?
Qui est comme toi merveilleux en sainteté,
Terrible à louer, faisant des prodiges ?
Tu as incliné ta droite, la terre les à engloutis.
Tu guides dans ta bonté ce peuple, que tu as sauvé,
Tu le guides dans ta force vers ta demeure sainte (Kenaan.) Les peuples l’apprennent, ils tremblent.
La crainte saisit les habitants du pays philistin ;
S’effrayent également les grands d’Édom;
Les vaillants de Moab sont pris de tremblement;