BÉNÉDICTION ET MORT DE MOSCHÉ
Tel fut, avant /a Bénédiction, le dernier chant de Mosché.
Il pouvait se coucher dans son sépulcre mystérieux, le vieux nabi; son rude labeur était achevé : de cette foule confuse et mauvaise d’étrangers et d’esclaves réunis dans le Delta, il avait fait, avec l’aide d’Iahvé, un peuple choisi. Au milieu de cette masse, il avait mis, comme un levain précieux, l’idée du Dieu unique et la conscience d’une grande œuvre religieuse à accomplir. Avec cela le peuple élu aura peut-être ses heures de défaillance, il ne se corrompra jamais complètement et ne manquera pas sa destinée. Le pays à la lisière duquel le prophète le conduit sera éternellement une terre sainte, et sur ses montagnes, d’où la lumière descend, les peuples auront à jamais les yeux fixés.
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DESCRIPTION DE LA TERRE PROMISE. — LA CONQUÈÊTE. — LE PARTAGE. — MORT D’IOSCHOUA.
our bien comprendre la conquête de Kenaan et le partage de cette terre par les tribus, il importe de décrire la Palestine et son climat.
Le pays où les Hébreux vont s'installer 1 avait pour limites : à l’ouest, la Méditerranée ou Iäm (la mer); au nord, Tyr, la chaîne méridionale du Libanon, Damas; à l’est, le désert; au sud, une ligne qui de la Mer-Morte, en suivant le torrent de Mizraïm, allait jusqu’à la Méditerranée,
La longueur ordinaire des jours, en Palestine, est de douze heures; seulement les jours les plus chauds et les plus froides nuits d’hiver comptent deux heures de plus qu’en temps ordinaire. La transition du jour à la nuit et de la nuit au jour est rapide. Les ombres enveloppent la terre subitement.
Il n’y a guère que deux temps dans l’année, la pluie et la sécheresse, Au commencement de l'automne, tombent des pluies abondantes, si régulières que, si elles manquent, la population est inquiète. Les jours pluvieux alternent avec les jours de soleil, Les pluies torrentielles sont précédées et suivies d’éclairs et de
tonnerre, et parfois se cristallisent en flocons de neige ou en grêle. Vers la fin de la saison humide, la pluie, comme pour prendre congé, tombe plus richement et compense parfois le peu d’abondance avec laquelle elle est tombée au commencement de l'automne 1. Ce qui amène sur le pays de Kenaan (le déprimé) ces pluies régulières, c'est le Libanon, au nord, et, à l’ouest, la Méditerranée. La neige du Libanon, fondue pendant les chaleurs de l'été, remplit en automne l’atmosphère d'humidité et forme les nuages. D'un autre côté, les vents qui soufflent de la mer, en la même saison, poussent les nuées vers Je sud.
Pendant la sécheresse d'été, depuis le commencement de mai jusqu’à la fin d’octobre,on chercherait en vain un nuage au ciel, Cependant rien ne dépérit. La riche rosée compense la pluie et aux nuits donne un peu de fraîcheur; pendant le jour, le vent du nord, qui vient de la mer,rend la chaleur plus supportable. Rarement se lève le vent d’est (Kadim, Sal-Aphot), qui roule une poussière dont les habits et les corps s’imprègnent tout entiers; mais il s’en faut qu’il soit destructeur comme le Samoun africain.
La température, en Palestine, n’est pas partout la même. La plus haute température observée par Barclay pour Jérusalem est de 33 degrés; la plus basse, de 3,3; la moyenne, de 17. Presque chaque hiver la neige paraît à Jérusalem ?.
Avant tout, la terre d’Israël est une terre montagneuse, Il y a au nord deux belles chaînes de montagnes, séparées par une profonde vallée : le Libanon, dont la plus haute pointe a plus de trois mille mètres (Dhor-el-Khedif) dans la région des neiges; et l’Hermon (Anti-Libanon), presque aussi élevé à son plus haut sommet (El-Scheik).
Le Libanon n’a jamais appartenu à Israël; il était
1, Grætz, Geschichte der Juden, t. 1, p.74 et 75. 2. Robinson, Phys, Geography, s. 296.
en la possession des Phéniciens et des Araméens. Mais souvent les Hébreux en ont exploité les cèdres et la poésie. Le Talmud lui-même, si sec, se laisse attendrir par la grâce du Libanon. « Au temps messianique, dit-il, les jeunes gens répandront un parfum comme le Libanonf.»
Plus près d'Israël est l'Hermon avec son étincelante tête neigeuse. Du pied de sa pente escarpée au sud, il touche les frontières d’Israël.Le Talmudappelle le grand Hermon « mont de neige » : « Les femmes ammonites et moabites avaient établi des boutiques de parfums, depuis Beth-Hayeschimoth jusqu’au mont de neige, pour initier les Israélites aux raffinements du luxe 2, »
Les rejetons du Libanon et de l'Hermon forment le système orographique de la Palestine.
C’est du Libanon que naissent les montagnes du nord (de Naphtüâli, plus tard de Galilée), dont le plus haut sommet a quatre mille pieds. Ces hauteurs, par une pente insensible, descendent jusqu'à une plaine fertile, Isréel (Dieu l’a ensemencée), qui n’est élevée que de cinq cents pieds environ au-dessus du niveau de la mer. Elle forme un triangle irrégulier, qui a environ sept lieues de long du nord au sud, et de deux à cinq de l’est à l’ouest. De cette plaine part toute une série de collines, parmi lesquelles il faut nommer : à l’est, le Thabor (d'environ six cents mètres), dont la pointe s’aperçoit de loin, parce qu'aucune montagne ne la voile; au delà, le mont Moreh, aujourd’hui El-Duhy (six cents mètres), qui semble s’appuyer au Thabor; la montagne de Guilboa (sept cents mètres environ), sur laquelle David pria la rosée de ne plus tomber; à l’ouest de la grande plaine, le Karmel (six cents mètres), tout couronné
1. Talm. de Bab., Berakhoth, 43 b. — Neubauer, Géographie du Talmud, p. 39.
2. Siphré, sect. Balak, édit. Friedmann, p.476. — Neubauer, p. 39.
d'arbres et formant une ligne qui va rejoindre la mer. Isréel, d’où s’élancent toutes ces collines, sépare le pays en deux parties inégales : au nord, la petite Galilée ; au sud, tout le reste de la Terre promise,
Fermée au nord-est par les montagnes de Guilboa et à l’ouest par les collines du Karmel, au sud Isréel voit le sol s'élever insensiblement. Ce haut pays aboutit à des sommets qui ont près de sept cents mètres. C’est ce que la Bible appelle la montagne d’Éphraïm, qui commence dans la plaine d’Isréel et va presque jusqu'à Jérusalem t, De Jérusalem à Hébron, toujours en s’avançant vers le sud, le pays s'élève à une hauteur de mille mètres, C’est ce qu’on nomme la montagne d’Iehouda. Puis le terrain se met à descendre insensiblement, si bien que la cité autrefois frontière de Beer-Schéba n’est plus guère qu’à deux cents mètres de hauteur. De là s’élanceencore la montagne de Paran, mais qui jamais n’a été du territoire d'Israël. La montagne d’Ephraïm, comme celle d’Iehouda, va de l’est à l’ouest, De sa naissance à la mer s’étend la plaine de Scharon : au nord, elle touche le Karmelet va jusqu’au désert du sud. Si fertile est-elle, qu’au temps de la moisson l’homme et le cheval y disparaissent au milieu des grands blés. A l’est, la montagne d’Ephraïm décline vers l’Iardèn.
Quelques groupes d’Ephraïm et d’Iehouda ont une signification particulière: les deux sommets entre lesquels gisait Schekem, le Garizim et l'Ébal étaient, Vun, la montagne de ‘la bénédiction, l’autre, celle du jurement.
Telle est la configuration de la Palestine.
Du nord au midi, le pays est divisé en trois zones: la large zone de montagnes occupe le milieu; à l’ouest s'étend la Scheféla ou bas pays jusqu’à la mer; des
1. C’est probablement la montagne d’Éphraïm que le Talmud nomme mont royal, har Hamélek, Mischna, Schebrih, 1x, 2 — Neubauer, p. 41.
plaines (Khikhar, Arabat) vont à l’est, depuis les montagnes jusqu’à l’Iardèn. Dans la Scheféla, le climat est doux; il est âpre dans la montagne au temps des pluies et tempéré pendant la chaleur; Ja plus grande partie de l’année, les ardeurs du soleil sont intolérables dans la vallée de l’Iardèn.
Au delà du fleuve où étaient installés Gad et Reüubèn avec la demi-tribu de Menasché, c’est l'Hermon qui envoie des montagnes et des collines. D’abord, il décline rapidement jusqu’à une vallée profonde, qui était autrefois une des plus fertiles de tout le pays. Avec ses bois, elle présente encore un aspect pittoresque. A cause de la fertilité de ce coin de terre, les Kenaanites l'avaient consacré à leur dieu Baal-Gad, Baal-Hermon. Plus tard on y éleva un temple à Pan (Panéas). Des rochers et des gorges qui dominent cette vallée s’échappent des sources bondissant des rochers comme des chutes d’eau et donnant naissance à l’Iardèn. Tel est le « pays de l’Hermon » (Ps. LxxIr, 7).
De là court une ligne étroite de montagnes, parallèle à l’Iardèn et interrompue seulement par deux gorges. Déjà, dans ce pays, que nous avons décrit, sont installées les tribus de Gad, de Reôüubèn et de Menasché.
Si belles et en même temps si bienfaisantes par leurs eaux étaient les montagnes de la Palestine, qu’on les avait divinisées. Et même, quand on ne les adorait pas, on choisissait leurssommets pour y offrir des sacrifices. Le peuple hébreu, sous les rois mêmes, après la construction du temple, ne peut se détacher des bamoth (hauts lieux).
Vers deux mers peuvent rouler les torrents et les fleuves de Kenaan, la Méditerranée et la Mer-Morte,
Aucun cours d’eau considérable ne se jette dans la Méditerranée. Un seul, célèbre, non par la puissance de ses eaux, mais par sa place dans l’histoire, le Qischon, descendant du Thabor, mérite d’être mentionné. Arrosant Meguiddo et la grande plaine d’Isréel, caressant au nord les pieds du Karmel, il a roulé les cadavres de l’armée de Sissera et ceux des prophètes de Baal.
La Mer-Morte a plus d’affluents dans le territoire des tribus que la mer occidentale. Mais elle-même doit être décrite avant les fleuves qu’elle reçoit. Dans l’antiquité hébraïque, elle s’appela Mer de Sel (Iäm hamélah) ou Mer désolée (Iäm hâarâbà) ; chez les écrivains grecs, lac Asphaltite ou Mer-Morte.
Elle a environ vingt-cinq lieues de long sur près de quatre lieues dans sa plus grande largeur, de l’'Ouad- Modjib à la rive ouest; vers la péninsule nommée Lischan (langue), ses eaux ne forment qu’un étroit ruban, Son niveau est de 394 mètres au-dessous de la Méditerranée.
La pesanteur spécifique de ses eaux n’est pas partout la même : près de l’embouchure de l’Iardèn, elle est moins considérable que vers le sud. En moyenne, l’eau de la Mer-Morte contient 2$ pour cent de matières fermes, dont la moitié se compose de chlornatrium. Le chlormagnésium, qui s'y rencontre aussi en notable quantité, donne à l’eau de ce grand lac un goût amer et repoussant, Le chlorcalcium la rend huileuse au toucher. Elle contient encore un certain nombre d’autres matières, mais en plus petites doses. Son point d’ébullition est 1050, Chaque jour l’Iardèn apporte à la Mer de Sel environ six millions de tonnes; comme l’écoulement est insensible, en vingtquatre heures doit s'évaporer cetteénorme masse d’eau f.
Le fond de la Mer-Morte, de 6 mètres à peine à certains endroits du sud, atteint aunord jusqu’à $30 mètres. Au nord, il se forme d’un mélange de vase blanche et de cristaux de sel; on ne rencontre au sud que de la vase.
Les eaux sont fort limpides, mais ne recèlent aucun être vivant. Cependant l’air que l’on y respire est sa- : lubre : l’expédition dont faisait partie le duc de Luynes a pu passer, sans malaise, vingt et un jours sur le lac Asphailtite.