Bædeker’s Palestina und Syria, p
Encaissée, dans sa longueur, entre deux chaînes de hautes collines, la Mer-Morte au nord voit s'ouvrir la large vallée de l’Iardèn, et au sud une plaine marécageuse, la Sabka.
Dans les jours voilés, la Mer-Morte mérite son nom. On n’y surprend d’autre bruit que la sourde plainte des eaux. La plupart du temps, les bords sont d’une stérilité désolante, couverts seulement d’une blanche incrustation de sel , que tachent çà et là des plaques de boue noire et des étangs d’eau salée. Quelques troncs d’arbres à baume surgissent par endroits, comme pour ajouter à la tristesse générale, On rencontre aussi le pommier de Sedôm, dont le fruit, fort agréable à l'œil, tombe en poussière sous la main qui le presse.
Mais un jour de soleil l’aspect du lac change: leseaux d’un bleu transparent étincellent, et les collines de Moab revêtent les teintes les plus charmantes. Sur les rives la stérilité partout ne règne pas en maîtresse. La vie abonde dans le Ghor, aux extrémités sud-est et nord du grand lac; au sud-est, le Ghor Safieh a la végétation de la plaine d’Ieriho; là se dressent des tamaris, des doums, des achéirs aux belles fleurs !, Les ruisseaux
de lorient arrivent à la mer à travers une riche verdure, On voit courir çà et là des gazelles, des lièvres, des perdrix, et quelquefois s’avancer gravement des bataillons d’heureuses cigognes ?.
Les principaux affluents de la Mer-Mor te a l’est sont: V'Ouad-Safieh, l'Ouad-Modjib (l'ancien Arnon), entre deux grands "escarpements (30 à 40 mètres) de grès rouge, brun, veiné. Les eaux de l’Arnon, claires, pleines de petits poissons, coulent, en chantant doucement, parmi les cailloux. Les colombes aiment ses bords et les feuillages dont il est voilé, Il se jette
1. De Luynes, Voyage d’exploration à la Mer-Morte, à Petra et sur'la rive gauche du Jourdain, t. II, p. 10. 2. Palmer, The Desert of the Exodus, t. 11, p. 464 et 465,
dans la Mer-Morte à travers une jungle de saules, de roseaux, de tamaris.
Au nord de l’Ouad-Modjib roule le Zerka-Maïn (le torrent aux flots bleus), aussi beau, aussi voilé de feuillages, et, par ses escarpements, aussi grandiose que J’Arnon avec lequel il a beaucoup de ressemblance. Ses eaux chaudes et sulfureuses lui viennent des sources de Callirhoé. À son embouchure le Zerka- Main a 31°,5°.
Tels sont les petits cours d’eau que reçoit la Mer de Sel.
Un plus grand, l’Iardèn, aujourd’hui Esch-Schéria (l’abreuvoir), le seul fleuve en réalité de la Palestine, coule du nord au sud.
C’est à Banias (la ville du dieu Pan), l’ancienne Césarée de Philippe, belle avec son cirque de collines plantées de chênes verts et d’oliviers, que naît l’Iardèn, D'une grotte située au pied d’une énorme muraille de rochers sort le fleuve sacré. Trois sources ont l’honneur de le former : le Nahr-Hasbeya, le Nahr-Leddan et le torrent écumeux qui jaillit de la grotte et porte le nom de Nahr-Hasbani.
A travers les restes du culte de Pan, l’Iardèn commence à rouler sous les platanes et les lauriers ; il s’attarde ensuite dans les marais de l’Ard-el-Huleh, forme le lac de Huleh ou Méroin (l’élevé) et traverse le lac de Kinnereth. Légèrement renflé avec ses eaux bleues qui étincellent au soleil, et où se sont mirées autrefois dix villes célèbres, le lac de Kinnereth (la harpe) est fort beau et résonne harmonieusement sous la brise. Les poissons foisonnent dans ses eaux aimées. Il a vingt kilomètres de long sur dix de large.
1. De Luynes, Voyage d'exploration, t. I, p. 115. — Tristram, The landof Moub, p. 125-127.