Aboth
Il se permettait encore de réprimander l’ignorance et la sottise. Il ne sert point de prêcher l’insensé; « l’homme de la terre (ignorant) ne peut être pieux! ».
Voici un court recueil de ses maximes, conservé par les Pirqé-Aboth. Si toutes les sentences ne sont pas sorties des propres lèvres d’Illel, elles lui ont été du moins prêtées avec vraisemblance et nous servent à connaître sa sagesse :
Beaucoup de chair, beaucoup de vers; Beaucoup-de bien, beaucoup de soin ; Beaucoup de femmes, beaucoup de fascinations ; Beaucoup de famille, beaucoup de souci; Beaucoup de gens, beaucoup de rapines; Beaucoup de Thora, beaucoup de vie; Beaucoup d'assistance [a l’école], beaucoup de sagesse ; Beaucoup de conseils, beaucoup de subiilité pratique; Beaucoup de justice, beaucoup de paix; Qui acquiert un nom excellent, s’acquiert un bien [réel]; Qui acquiert la connaissance de la Thora, s’acquiert une vie éter- [nelle 2,
Mais la grande gloire d’Illel et son principal titre à la reconnaissance des Parouschites, ce fut sa nouvelle méthode exégétique. Les Zaddouqgites n’acceptaient que la loi écrite. À côté de la Thora, leurs adversaires avaient la loi orale; mais cette loi elle-même n’étaitelle pas interdite par la première? et n’était-ce pas une contradiction que d’admettre une autorité à côté de celle de Mosché?
Illel, lui, déclara qu’il fallait distinguer entre le $ens littéral et l’esprit de la Thora. Avec ce principe, on pouvait, sans sortir du livre de Mosché, en tirer à peu près tous les changements que demandaient le cours des temps et les différents états de la vie juive,
%. Aboth, 1, 6.
D'MIbIA AIT 0e
ILLEL ET SCHAMMAÏ. 239
C'était un point de conciliation entre les Zaddougites ou conservateurs, et les Parouschites. Ceux-ci cependant bénificiaient du système d’Illel, qui leur permettait d'innover sans se soustraire à l’autorité de la Thora. La méthode de l’illustre docteur porte le nom de Schéba Middoth (les sept règles)1, parce qu’elle consiste en sept règles ou formules, mises en usage dans la scolastique juive.
Reconnaissant de cette liberté d’interprétation que lui fournissait Illel, le Pharisaïsme le mit presque sur le même rang qu’Ezra.?
Si grande était la réputation d’Illel qu’une question litigieuse ayant surgi dans l’assemblée dirigée par les fils de Bathyra, quelqu'un parla d’avoir recours aux lumières du docteur venu de Babylonie. « Que peutil venir debon de Babel ? » s’écria-t-on de toutes parts. Néanmoins, Illel consulté fit une réponse si sage que l’on fut contraint de l’accepter. La fête de Pessah et du Schabbath tombant en même temps, et les observances de Pessah et du Schabbath étant inconciliables, lesquelles fallait-il choisir? C’est ce que ne savaient pas les fils de Bathyra, malgré toute l'étendue de leurs connaissances, Illel déclara que Pessah primaitle Schabbath; et l’on se soumit à sa décision.3 L’agneau pascal fut immolé, bien que ce fût le jour d’Elohim où tout travail manuel était interdit.
A la suite de cet échec les fils de Bathyra quittèrent la présidence de l’assemblée, à laquelle fut porté Illel, Van 32 avant Jésus-Christ. L’acclamation populaire fut telle qu'Hérodès n’osa s’y opposer. Mais, à côté du nassi Illel, il plaça comme vice-président un de ses amis, l’Essénien Menahem, fort attaché du reste à la Thora, et qui avec son collègue fit fleurir les écoles d’Ierouschalaïm.