‹ Histoire d'IsraelChapitre 170 sur 311 · De mundi opificio. — De profugis · texte numérisé non relu

De mundi opificio. — De profugis

Qu'est-ce que la ville de Harran? C’est la métropole des sens. Quand on quitte le puits du serment, c’est nécessairement pour se rendre à la cité des sens. À qui est semblable à Laban, incapable de saisir les choses intelligibles et les idées pures, les sens présentent un refuge ; alors on a le droit de cité dans Harran. Mais Iagob n’est la qu’en passant, comme un étranger qui ne cesse de songer au retour.

Cet exemple suffisant à faire connaître ce qu'était l'allégorisme alexandrin, il est temps d’étudier celui qui a le plus abusé du sens allégorique, et qui est à la fois le plus illustre représentant de l’hellénisme juif.

Philon semble être né entre l’année 30 et l’année 20 avant notre ère, dans la ville d'Alexandrie, d’une famile juive très riche. Son frère Alexander était alabarque, ou chef de la communauté israélite. Indépendant, sans aucun souci, Philon put se livrer à tous ses nobles penchants, ne vivre que par la pensée, ne quitter les philosophes grecs, et particulièrement Platon, que pour la loi et les prophètes.

Pleins pour lui d'admiration, ses contemporains l’égalaient au grand disciple de Socrate : Ou Platon, disaient-ils, philonise, ou Philon platonise. Versé dans la langue grecque, qui lui a servi à composer ses nombreux opuscules, ignora-t-il la langue hébraïque ? On l’a prétendu, mais peut-être sans fondement solide.

Son épouse était fière de lui, et toute pénétrée de sa

1. Pour l’étude de Philon, voir : Graetz, Geschichte der luden, t. II, p. 411-425 ; — Zeller, Die Philosophie der Griechen, 2e édition, 3€ partie, 2€ division, p. 293-297. Le chapitre de M. Zeller sur la philosophie gréco-juive et sur Philon n’est guère qu’une reproduction du travail de M. Graetz. — Article Philon, dans Herzog, par Muller. — On peut lire aussi sur la philosophie de Philon un travail qui, pour être fort ancien, n’en est pas moins important : Eusèbe, Préparation évangéelique, liv. x1, — Dans une note, M. Graetz, t, III, p. 678-683; donne un exposé critique des nombreux opuscules de Philon.

sagesse. Des femmes lui demandait un jour pourquoi elle ne portait pas de parures; elle leur répondit : La vertu est le plus bel ornement de la femme.

L’applaudissement universel dont il était l’objet semble avoir jeté Philon dans une sorte d’ivresse, Sans se départir de sa touchante simplicité de cœur, le philosophe en vint à raconter que souvent son âme était inspirée de Dieu, et percevait, grâce à ce commerce, les vérités cachées à sa raison.

Si l’intel'igence propre de Philon parait dans ses œuvres, elles sont surtout remplies d'idées empruntées aux académiciens, aux D AR aux néo-pythagoriciens. Toutefois, ces pensées n’ont de valeur aux yeux de Philon, que si elles portent, comme marque de vérité, le sceau du législateur divin. Pour savoir si une doctrine philosophique est vraie, le grand alexandrin lacompare avec le Pentateuque. Les sciences générales, la grammaire, la musique, la géométrie, l’éloquence et la dialectique, ne valent que comme servantes de la Sagesse divine, semblables à Agar servant Sara, la princesse 1,

Les belles théories d’Héraclite, de Platon, de Zénon, sontinfailliblement renfermées dans la Thora; et, en effet, Philon lès y trouve au moyen du sens allégorique.

C’est au Pentateuque que se rattachent presque toutes ses spéculations philosophiques. Ce qu’il a écrit sur la Genèse se peut diviser en deux parties : la première, traitant De la création du monde, où Philon se livre a un allégorisme désordonné ; l’autre, s’occupant des trois patriarches dont la vie est comme unenouvelle loi : ici, l’auteur paraît plus sobre que dans la première partie.

Un autre groupe des écrits de Philon commence avec la Vie de Moïse en trois livres, auxquels il faut joindre divers traités concernant la loi : Sur le Décalogue, Sur la Circoncision, Sur les Sacrifices, Sur le Septenaire et les fêtes, Sur l'humanéié.

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