Sur Taxo, M. Carrière (Revue de théologie chrétienne
Il est encore plus important peut-être de bien déterminer la date du Livre de Hénokh que celle de l’Assomption. Si cette apocalypse est en effet de l’époque des Makkabées, sa doctrine messianique nous marquera quelle était la foi des Juifs, dans le temps qui précéda le christianisme.
M. Philippi, orthodoxe, considère le livre de Hénokh comme chrétien d’un bout à l’autre. M. Hilgenfeld, suivi par M. Colani, attribue à un gnostique chrétien la partie la plus messianique de Hénokh. Sans méconnaître son origine juive, le savant Volkmar place la composition du livre vers l’an 132 de notre ère, et suppose qu’il a été fatalement coloré par la doctrine chrétienne.
Ceux qui admettent une date antérieure confessent qu’il y a eu plus tard des interpolations de phrases chrétiennes 1.
On n’a point, de copie grecque du Livre de Hénokh. Un petit nombre seulement de fragments grecs ont été découverts dans la Chronographie de Georges Syncelle, moine byzantin de la fin du vif siècle. En 1773, Bruce, le célèbre voyageur, apporta d’Abyssinie trois copies éthiopiennes de Hénokh. L'une d’elles, fort belle, est à la Bibliothèque nationale. Bruce garda la seconde, comprenant plusieurs livres de l’ Écriture, et où Hénokh précédait immédiatement le Livre de Job, ce qui est sa place dans le canon abyssin. La troisième fut déposée à la Bodléienne. Depuis lors on a retrouvé plusieurs manuscrits du même livre en Abyssinie.
3° sér., t. VI, 1868) a émis une idée assez ingénieuse, Tous les ennuis que caise T'axo aux critiques proviendraient de la maladresse de celui qui a d’abord traduit l'original araméen. Celui-ci portait : Il y aura un homme de la tribu de Lévy « qui promulguera une ordonnance, » ou bien « qui dressera l’étendard ». De igassim takso.
1. Beitrage zur Erklarung des Buch Henoch nach äthiopischen . Text, dans Zeitschrift der deutschen morginländischen Gesell-
schaft, XIV, 1860.
Ces trésors devaient rester longtemps oubliés dans les bibliothèques. En 1800, Silvestre de Sacy, dans le Magasin encyclopédique (ann. vi, tom. I, p. 382), publia d’après le manuscrit de Paris une notice du Livre ae Hénokh, avec une version latine des trois premiers cnapitres, des chapitres vi à xvr, des chapitres xxi1 a XXXII.
La première édition complète de Hénokh parut en forme de version anglaise, par les soins de Laurence, en 1821. Le docteur Hoffmann, d’Iéna, fut le premier qui attira sur le travail de Laurence l'attention des savants allemands {, Il traduisit en allemand les trente-cinq premiers chapitres de la version anglaise, et les enrichit d’une introduction et d’un commentaire.
Gfôrer traduisit l’anglais en latin pour ses Anciens prophètes apocryphes ?.
Dillmann publia le texte éthiopien en 18$1 et une version allemande avec introduction et commentaire en 1853 3.
Sur ce livre, si précieux pour la connaissance de Vidée messianique, trois questions se présentent : 1° Est-il d’un seul auteur et préservé dans son intégrité? 2° Est-il substantiellement d’un même auteur, mais çà et là corrompu par des interpolations postérieures ? 3° Est-ce une série de pièces de différentes mains réunies par un compilateur ?
M. Philippi répond affirmativement à la première question#, M. Dillmann, après s’être rangé parmi ceux qui voyaient dans le livre de Hénokh l’œuvre interpolée d’un seul auteur, est venu plus tard au senti-
1. Das Buch Henoch in vo'lstindiger Ubersetzung..., von Andreas Gottlieb Hoffmann. léna, 1833.