Hénokh, xxu
3. Hénokh, xcvinr, 3 et cIv, 2-4 4. Oracula sibyllina, 111, 77, 97.
Le IV° Livre d'Egra trace le plus effrayant tableau du grand jugement. La terre rejettera ceux qui dormaient en elle; et des retraites cachées les esprits sortiront. Pour le Tr ès-Haut, assis sur son trône, pas d’acception de personne 1 ; ; pas de dissimulation possible devant lui! Tout ce qui est caché apparaîtra. Découvrant au peuple des ressuscités l’abîme infernal d’un côté, de l’autre, le délicieux paradis, le Très-Haut s’écrie : « Voyez, et comprenez quel est celui que vous avez nié et dont vous avez méprisé les ordres. Voyez devant moi la joie de la béatitude et le feu inextinguible. »
Bien peu, au jugement, seront sauvés. Les maudits sont comparés aux vagues innombrables, et les bénis à une petite goutte. Encore ces derniers sont-ils sauvés par une élection arbitraire.
Foulé aux pieds, traqué par les nations, Israël en a tiré une vengeance formidable. Il a posé sur la poitrine du monde cet affreux cauchemar de l'éternel abîme embrasé qui pèse encore sur nous, et dont la conscience humaine, malgré tous ses prodigieux efforts, ne vient pas à bout de se délivrer.
KYANTI
ÉRODÈS avait beau se présenter, par ses fiançailles avec Mariamna, comme le représentant des Haschmonides, la faveur populaire ne lui venait pas.
Les véritables Haschmonides, pour les Iehoudites, ce n’étaient pas les fils d’Aniipater, mais Antigonos et Hyrkanos. Le premier était’ soutenu par Ptolémaios de Khalkis, son beau-frère, par Fabius qu’il avait acheté, et par Marion, tyran de Zour. Sûr de ces amitiés, il entama la lutte contre Ja race des Edomites. Mais Hérodès, après avoir repris trois forteresses galiléennes, dont s'était d’abord emparé Marion, se précipita sur Antigonos, qu’il écrasa et chassa des frontières de la Judée.
Si abaissé était le peuple des Iehoudites et si adorateur du succès, qu’à son entrée dans Ierouschalaïm, Hérodès vit les couronnes pleuvoir sur sa tête,
Dans la faiblesse et dans l’adulation générales se signalait le pauvre Hyrkanos.
Une révolution s'était accomplie dans les destinées de Rome. A Philippes, Antonius et Octavius avaient triomphé de Cassius et du vieux parti républicain. Après la victoire, l’habile Octavius s'était dirigé vers Rome, laissant son allié d’un jour, Antonius, prendre le chemin de l’Asie.
Celui-ci, à peine débarqué en Bythinie, vit approcher
de Jui une ambassade juive se plaignant des deux Édomites qui retenaient la réalité du pouvoir, n’en abandonnant que l’apparence au haschmonide Hyrkanos. Mais que faisait à Antonius la justice de leur cause auprès de l’argent que lui envoyait Hérodès?
Toute sa bienveillance fut acquise aux fils d’Antipater.
A Éphèse, Antonius reçut encore une ambassade de Hyrkanos et des Iehoudites lui apportant une couronne d’or, et lui demandant en même temps justice pour les Juifs spoliés et jetés en servitude par Cassius. D’après Josèphe, le Romain aurait favorablement écouté les prières des Iehouditesi,
Le lourd Antonius se laissait peu à peu gagner par le plus voluptueux des climats. En Cilicie, il vit les yeux brillants, le visage de Kléopatra, cette charmeuse qui captivera tout, hors le dur Edomite Hérodès.
Il n’y a pas de beauté plus piquante et, disons-le, plus violente que celle de ces sangs mêlés. Il se dégageait de cette figure grecque à la fois et égyptienne, de ces grands yeux ouverts, si calmes et si sûrs d’eux-mêmes, comme un poison qui pénétrait et brûlait instantanément tous les cœurs.
Du premier coup, d’un seul regard, Kléopatra, la dévote d'Hathor, ensorcela le fort Romain Antonius.
Aussi n’avait-il guère sa présence d'esprit quand, à Daphné, la ville riante, vinrent à lui cent des principaux Iehondites pour accuser encore Hérodès. Celui-ci fut défendu, devant Hyrkanos lui-même, par un jeune homme, Massala. Après avoir pris l’avis de Hyrkanos, Antonius confia à Phasaël et à Hérodès le gouvernement des Iehoudites.
Ce qui l’avait incliné vers cette mesure, c’étaient sans
1. Toutes les pièces rapportées par Josèphe, les lettres de Marcus Antonius à Hyrkanos et aux magistrats de re à ceux de Zidon, d’Antioche et d’Arvad. Antig. jud., 1. XIV, ch. xir.
doute, plus que l’éloquence de Massala et le conseil de Hyrkanos, les présents du fils d’Antipater. N’avait-il pas besoin d’or et d'objets charmants pour en couvrir la belle Kléopatra ?
En même temps, Antonius fit jeter en prison quinze Iehoudites, adversaires d’'Hérodès, et, sans l’intervention de celui-ci, il allait les livrer au supplice. L’habile Edomite attendait le moment où il pourrait sans . crainte donner cours à ses instincts de cruauté ; jusque-là il se faisait clément et doux pour gagner la nation juive. ;
Cependant on le sent déjà agité par une fièvre singulière, par cette soif de sang qui lui en fera verser des flots jusque dans sa propre famille. C’est déjà un Tibère, le Tibère des Juifs, mais plus terrible que celui de Rome, parce qu’il court dans ses artères une flamme plus violente qu’exaspère le soleil d'Orient.
Rien n’arrêtait chez les Iehoudites la manie d’envoyer à Antonius des ambassades : comme le Romain devait se rendre à Zour, un mille environ s’acheminèrent vers cette ville, pour y porter encore contre Hérodès les plaintes de leur nation. Mais qu’importaient à Antonius leurs réclamations légitimes ? Hérodès et Phasaël, le chargeant d’or et d’argent, étaient fatalement pour lui les seuls dignes de présider à la nation juive. A l’Archonte de Zour, Antonius avait ordonné de massacrer l'ambassade d’Iehoudites si elle demandait un changement dans les affaires de la Judée.
Avant de pénétrer dans la vieille ville maritime, les Juifs s’arrêtèrent à ses portes, dans un endroit sablonneux, où Hérodès lui-même les vint supplier de ne pas pousser plus loin leur voyage. Sur leur refus, les Romains, l’épée à la main, se précipitèrent sur eux, en tuèrent une partie; d’autres furent blessés; d’autres jetés en prison, où Antonius les fit égorger 1. Cependant, désireux de reprendre Ja couronne, Antigonos