‹ Histoire d'IsraelChapitre 195 sur 311 · II PR · texte numérisé non relu

II PR

amena sur la Judée les Parthes de Bazaphornès, commandés par Pacorus. L'histoire menteuse l’accuse d’avoir promis aux étrangers mille talents et cinq cents jeunes filles choisies parmi les plus belles du pays. Malgré le courage d'Hérodès, Pacorus le culbuta près du Karmel, et l’obligea de s’enfermer dans Ierouschalaïm, au milieu d’un peuple ennemi.

Phasaël, sur la foi de Pacorus, s’étant confié aux Parthes avec Hyrkanos, fut chargé de chaînes. Moins confiant, Hérodès, la nuit, quitta précipitamment la ville avec sa mère, sa sœur, Alexandra fille de Hyrkanos, la ravissante Mariamna sa fiancée, et Alexander, fils d’Aristoboulos. Ioseph, frère d'Hérodès et huit cents hommes protégèrent cette fuite périlleuse,

Après avoir chargé, sur le chemin, des détachements parthes, la petite troupe gagna, au prix de mille dangers, la forteresse de Massada. Laissant dans cette citadelle, à la garde d’Ioseph et de ses huit cents serviteurs, la tête chérie de Mariamna et celle des autres femmes, le fils d’Antipater prit sa route vers Pétra. À

Grâce aux luttes civiles des Romains, la Judée, sous Antigonos, aurait pu reprendre son indépendance, Du reste, Octavius regardait l’Orient avec indifférence. Antonius ne Je considérait que comme un lieu de plaisir, de parades, et de guerres plus retentissantes que difficiles à conduire, Et de quoi était-il capable, tout enlacé et énervé dans les bras de la plus redoutable des charmeuses, Kléopatra ?

Rien n’était plus favorable que cet état de choses à Antigonos, doué du génie d’entreprise de son aïeul. Les montagnards de la Galilée tenaient pour lui. Ses partisans avaient changé Sepphoris en une place de guerre. Mais Antigonos n'avait rien de Ja sagesse et de l’à propos qui sont la marque distinctive de l’homme d'Etat et du capitaine.

Au lieu d’unir entre eux les deux points incandescents de la Palestine, la Galilée du nord et la Judée du sud, il se dispersa dans une foule de petites entreprises. Il

n'avait autre chose au cœur que la soif de la vengeance et la haine d'Hérodès.

Rien d’heureux n'apparaît pendant son règne de trois ans et demi, bien que les chefs romains, partisans d'Hérodès, se neutralisant mutuellement, lui laissassent la plupart du temps le champ libre. Dans la première année (40-30), Antigonos w’eut pas d’autre ennemi à combattre que le plus jeune frère d’'Hérodès, Ioseph, cnfermé avec huit cents hommes dans la forteresse de Massada.

Il ne sut pas même s'attacher les personnages influents de la nation juive. Quoique blessés par l’impudence d'Hérodès, Schemaïa et Abtalion, chefs du synhédrion, étaient contre Antigonos, et avec eux les Parouschites desquels dépendait le peuple. D'où provenait l’antipathie qu’inspirait aux docteurs le dernier des haschmonides? Etait-ce jalousie des dépositaires de la Loi contre le dépositaire de la puissance royale? S'il est difficile de l’affirmer, certains indices, cependant, permettent peut-être d’en avoir le soupçon.

Un jour de Kippour, le peuple, après le service divin, se mit à accompagner, selon sa coutume, jusqu’à sa demeure, le roi grand-prêtre. Mais, chemin faisant, la foule se rangea tout à coup autour des synhédristes Schemaïa et Abtalion, et, délaissant Antigonos, leur fit une escorte d’honneuri. Irrité, le roi témoigna ses sentiments aux deux docteurs, en leur adressant une salutation ironique, que, de leur côté, ils rendirent à Antigonos,

Cette division entre de tels hommes m'était pas pour avancer les affaires de l'Etat juif ni de la royauté des haschmonides.

Hérodès ne ressemblait en rien à son rival. Habile ct tenace, il savait contraindre la fortune à lui sourire de nouveau, quand elle l’avait abandonné. Après sa

1, Yoma, 71 b,

fuite nocturne d’Ierouschalaïm, il se trouva dans une situation telle, qu’il eut un moment l’idée de se suicider.

Mais bientôt sa souple et forte nature reprit le dessus. Sa première pensée fut d’aller chercher un refuge près du roi des Nabatéens, Malikou 1, son parent et son allié. Pressé par les Parthes, celui-ci fit signifier au fugitif de ne pas avoir à fouler son territoire. Les chefs arabes, familiers de Malikou, dans la crainte qu'Hérodès ne leur vint réclamer ce:que leur avait autrefois confié Antipater, durent, au moins autant que les Parthes, pousser le roi à fermer son pays au fugitif. Celui-ci trainait avec lui le jeune fils de Phasaël, âgé de sept ans?.

Après avoir traversé, dénué de tout, le désert judéoiduméen, le fils d’ Antipater tenta de ‘gagner l'Egypte. Réfléchissant un peu tard qu’Hérodès, dans le casoüil rétablirait sa fortune, lui pourrait devenir dangereux, Malikou essayaen vain de le rappeler, Celui-ci avait, dans ses actes, pour qualité maîtresse, la rapidité. Le Rhinocoloura (El-Arisch) franchi, il avait vite atteint Pélusium, où il contraignit, par les magistrats de la ville, un vaisseau à destination d'Alexandrie de le prendre a son bord.

Là, Kléopatra, dans la ville étrange, le voulut enchaîner par ses charmes, et lui proposa même le commandement de ses armées. Mais tout le désir d'Hé-

CR

1. Le roi Malikou n’est pas inconnu dans l’épigraphie nabatéenne. Un autel de basalte noir, donné par M. Waddington au musée du Louvre, est daté de l’an II du roi Malikou. Il provient’ de Bosra (Vogué, Inscriptions sémitiques, p. 103). Mais il est probable que ce n’est pas le Malikou II contemporain d'Hérode, mais Malikou III, contemporain de Vespasien, Les monnaies nabatéennes du nom de Malikou et de sa sœur et épouse Séqailath, sont également de ce troisième Malikou.

‘ Josèphe, Ant. jud., XIV, XIV,

rodès était pour la couronne de Judée. Sur un vaisseau, il partit pour Rome, Jeté à Rhodes par une tempête qui lui avait enlevé tous ses bagages, il y rencontra deux amis, Sappinas et Ptolémaios, et, malgré toutes ses pertes, trouva encore moyen de soulager la misère de la ville ruinée par la terrible guerre de Cassius.

Il quitta Rhodes sur une trirème qui le débarqua à Brundisium. À peine entré dans Rome, il alla trouver Antonius; et, avec la souple éloquence qu’il semble avoir héritée de son père Antipater, il lui raconta ses malheurs. Peut-être l’intéressa-t-il par ce récit. Mais, à coup sûr, il acheva de le gagner en lui représentant Antigonos comme l’allié des Parthes, et, par là même, l’ennemi des Romains.

De concert avec Octavius, qui n’avait point oublié, de son côté, les services rendus en Égypte, a son père adoptif, César, par le père d’Hérodès, Antonius présenta celui-ci au sénat. Un décret, rendu a l’unanimité, proclama Antigonos ennemi de Rome, et Hérodès roi de Judée (hiver de l’an 40). En sept jours, le fils de J’'Iduméen avait obtenu cet heureux résultat. C'était la deuxième fois que Rome ruinait la nation juive, en lui imposant un étranger ou un demi-juif d’Idumée. Bien entendu, la Judée dut payer tribut à ceux qui disposaient d’elle aussi librement.

Le jour que, contrairement même à son attente, il fut proclamé roi, Hérodès, entre Octavius et Antonius, accompagné des consuls et des premiers de la république, monta au Capitole. Il s’assit ensuite à un de ces fabuleux festins qu’Antonius, le Romain asiatique, savait servir à ses invités.

Au comble de ses rêves, Hérodès laissa bientôt Rome pour aller prendre possession de sa nouvelle royauté. Débarqué à Ptolémaïs, il vit accourir à lui des amis et des mercenaires, ce qui lui permit de commencer une guerre de partisans.

Page 1