Josèphe. Ant. jud., XIX, xv
Le plus riche juif d’Antiokhéia, Saramalla, lui four nit de l’argent pour faire la campagne. Le dessein d’Hérodès était de dégager Massada où était bloqué son frère Ioseph. Grâce à une pluie imprévue, la garnison de la ville, mourant de soif, avait pu se reprendre à la vie, et tenir tête jusque-là aux assiégeants.
Mais, auparavant, il était nécessaire de s’emparer d’Ioppé et de réduire la Galilée. C’est ce que fit Hérodès. Il essaya d’exciter le zèle de Ventidius, général romain, et de son lieutenant Silon qu’avaient paralysés jusque-là les présents d’Antigonos; s’il n’en tira pas des secours très puissants, du moins il les empêcha d’entretenir une sorte de complicité avec le haschmonide.
Massada ne tarda pas être délivrée des bandes d’Antigonos qui, chassé lui-même de partout, fut réduit à s’enfermer dans Ierouschalaïm. Le nombre de ses partisans diminuait. On accourait de toutes parts vers Hérodès, que favorisait la fortune, et qui se présentait comme l’ami de Rome.
Silon, malgré ses répugnances, dut le suivre devant la ville sainte. Au peuple de la cité, Hérodès adressa une proclamation pour l’engager à se ranger sous son obéissance, promettant l’oubli, même aux plus compromis des partisans d’Antigonos. Celui-ci, de son côté, fit sa proclamation aux soldats romains. Si on le voulait précipiter du trône, disait-il, n’avait-on pas. du moins pour le remplacer, au lieu d’un édomite, quelques membres de la famille des rois-prêtres ?
Silon tenta de provoquer un soulèvement parmi ses propres troupes, et de leur faire quitter le siège d’Ierouschalaïm. En effet, les soldats se plaignirent de manquer de tout dans cette campagne ravagée. Mais, à force d’audace et d’habileté, Hérodès sut lesretenir, Il leur rappela qu’il était l’élu d’Octavius, d’Antonius et du sénat romain, et leur promit de combler leur camp de provisions de toutes sortes. Par un de ses amis qu’il avait à Schomron, il fit venir un eonvoi de blé, de vin, d’huile et de bestiaux, par la route d’Ieriho.
Apprenant qu’Antigonos songeait à enlever leconvoi, Hérodès partit avec dix cohortes, cinq romaines et cinq juives, suivies d’une foule de mercenaires. Après avoir pillé la ville d’Ieriho, amie d’Antigonos, les soldats d’'Hérodès rentrèrent au camp, chargés de butin et de vivres. ;
L'hiver survenu, les troupes romaines prirent leurs quartiers en Idumée, en Galilée, à Schomron. Antigonos, à prix d’argent, obtint de Silon qu’il séjournerait dans la belle et grasse Lydda, d’où il espérait que les soldats romains se décideraient difficilement à partir pour une nouvelle campagne.
Mais Hérodès, pendant la mauvaise saison, ne se reposa pas. N’avait-il point à réduire Sepphoris, la ville la plus dévouée à Antigonos? Il y pénétra au milieu d’un tourbillon de neige qui tombait sur la cité.
Dans des cavernes, creusées près d’Arbéla, s'étaient réfugiés des Juifs que Josèphe traite de bandits, mais qui n'étaient que d’énergiques partisans d’Antigonos. Aujourd’hui encore, on aperçoit les excavations où ils se cachaient dans les collines d’Ouad-el-Amman, au nord-ouest de Magdala, pays de l’immortelle pécheresse, et non loin du village d’Irbil. Là, sur ces. hauteurs, les défenseurs de la nationalité juive tinrent en échec pendant longtemps une aile de cavalerie et trois cohortes d'infanterie. A la fin, Hérodès se porta en personne vers Arbéla ; et, dans une bataille terrible où il eut même son aile gauche rompue, il parvint, non sans peine, avec son aile droite qu’il commandait lui-même, à mettre en fuite ces courageux partisans. Ils se dispersèrent de l’autre côté de l'Iardèn. |
Cependant, les rochers de la Galilée ne se dépeuplèrent pas tout à fait de hardis patriotes capables de causer des inquiétudes au fils de l’Iduméen.
Pour les atteindre, Hérodès eut recours à un moyen aussi audacieux qu’ingénieux. Il plaça dans des caisses de bois des soldats qui descendirent le
long de la colline, s’arrêtant à l’entrée des cavernes. Avec des crochets de fer, ils en saisissaient les habitants qu’ils précipitaient dans l’abîme, ou bien ils jetaient des brandons dans les grottes et avec eux l'incendie.
À ceux qui voulurent se rendre Hérodès promit la vie sauve.
Un vieillard, enfermé avec sa femme et ses sept fils, étouffait au milieu des flammes et de la fumée. Prenant l’un après l’autre chacun des siens, il les égorgea, puis les lança dans le précipice. La bouche pleine de cris de fureur et d’imprécations contre Hérodès, il alla, spectacle terrible! les rejoindre au fond de V'abîme.
Après cette expédition, la Galilée était encore loin d’être soumise. Hérodès, partant pour Schomron avec six cents chevaux et trois mille archers, laissa ses forces du nord aux mains de Ptolémaios. Celui-ci fut tué dans la lutte contre les insurgés, qui s’établirent dans des marais et sur des hauteurs inexpugnables.
Revenant sur ses pas, Hérodès comprima, dans les flammes et le sang, la nouvelle insurrection et frappa les boufgs coupables, ou suspects, d’une contribution de cent talents.
Pressé au sud et au nord, Hérodès, pour obtenir sur son rival le triomphe suprême, avait maintenant besoin de l’appui des Romains. Antigonos n'ayant pu fournir jusqu’à la fin aux provisions de Silon, l’Iduméen avait chargé son propre frère, Phéroras, d’y pourvoir. Le chef des forces romaines en Syrie, Ventidius, vainqueur des Parthes, détacha, sur l’ordre d’Antonius, Makhaeras avec deux légions et mille cavaliers pour soutenir les projets d'Hérodès. Gagné d’abord à prix d’argent, puis repoussé par Antigonos, Makhaeras se mit à massacrer des Juifs, sur son chemin, sans distinguer les partisans d’'Hérodès de ceux d’Antigonos. Mais le fils d’Antipater, l'ayant menacé de tout aller révéler à Antonius, le lieutenant
romain s’amenda. Vaincu par ses supplications, l’Iduméen le plaça devant Ierouschalaïm qu’investissait son frère Joseph. Mais celui-ci, pendant qu'Hérodès allait seconder Antonius dans une expédition contre les Parthes, eut l’imprudence de s’aventurer jusqu’à leriho. Surpris par Antigonos, il fut tuéet son armée anéantie. Le haschmonide, pour se venger des fils d’Antipater, coupa la tête au cadavre et s’en fit un trophée.
En même temps, les partisans de Galilée, dont toute l'audace était revenue, jetaient les Hérodiens dans le lac de Kinnereth. Mais, accourant de Samosate, Hérodès écrasa des bandes qu’Antigonos avait dirigées, sous la conduite de Pappos, vers Schomron, et se présenta devant Ierouschalaïm. 11 choisit ce moment pour aller à Schomron épouser sa belle fiancée, Mariamna.
Avec une nombreuse armée de cent mille hommes environ, composée d’archers romains, de cavaliers, d’auxiliaires syriens, Sossius, à son tour, envahit la Judée, et, malgré l’hiver qui se prolongeait, vint rejoindre les troupes de siège d’Hérodès. Il ‘établit son camp au nord, en face de l’Hiéron, à l'endroit même où vingt ans auparavant Pompéius s'était installé 1, N
Les Romains, aidés d’Hérodès, élevèrent trois aggeres, comblèrent les fossés, et, avec leurs machines de guerre, se mirent à battre en brèche les murs de la ville, La pluie cessant, la belle saison favorisa leurs travaux d’attaque.
Dans l’intérieur de la ville sainte bouillonnait le plus ardent patriotisme. Il y avait des Qannaïtes (zélotes) annonçant au peuple un miracle qui le délivrerait des Romains et de l’odieux fils d’Antipater. En attendant le secours du ciel, les assiégés ne s’abandonnaient pas eux-mêmes. Sorties furieuses, muraille nouvelle bâtie derrière celle qui tombait, ils ne négli-