Josèphe, Ant. jud., XV, vin
Par son goût des belles constructions, il égala, il le faut avouer, Schelomo lui-même. Il sema, dans toute la Judée, des villes et des monuments portant les noms des maîtres de Rome et de leur famille, et dont, a chaque pas, on retrouve encore aujourd’ hui les restes.
A la place de Stratonos-Pyrgos, au bord de la mer, Hérodès bâtit une ville à la fois splendide et forte, Césarée (Qisrin), dont il nomma une des tours Drusus, du nom d’un fils de César. Dans cette cité, il ne craignit même pas d'élever un temple romain. D'une religion peu scrupuleuse, il fit dresser deux colosses, lun représentant Augustus en Jupiter Olympien; l’autre, la ville de Rome en Junon. Elle était si peu juive cette cité nouvelle et tellement consacrée aux maîtres du monde, qu’on l’appela une Petite Rome. Pendant douze ans entiers (23 à 12), Hérodès travailla à y accumuler les merveilles, et, la vingthuitième année de son règne, il en célébral’achèvement par toutes sortes de réjouissances.
Plus tard, cette ville nouvelle devint le siège du gouvernement romain, la rivale d’Ierouschalaïm, etenfin sa maîtresse, Chaque fois que Césarée se réjouissait, Ierouschalaïm pleurait..Parfois Hérodès s’acheminait vers cette riche cité pour y habiter le palais qu’il s’y était fait construire dans la ville haute, et dont les deux ailes portaient les noms de César et d’Agrippa.
Il changea le port voisin de Césarée en une ville particulière qu’il appela Sébastos.
Pour entrer plus avant encore dans les bonnes grâces d’Agrippa, gendre d’Augustus, il donna le nom d’'Agrippia à la nouvelle cité maritime d’Anthédon.
Désireux d’éterniser la mémoire de son père Antipater, il avisa Kapharsaba, lieu de délices arrosé et ombragé, et y éleva Antipatris. À la ville nouvelle était adossé un superbe bois sacré, et une rivière la pressait doucement dans ses contours.
Une citadelle, construite près d’Ieriho, porta le nom de Kypron pour rappeler le souvenir de la mère
d’Hérodès. En mémoire de son frère Phasaël, le roi dressa au nord-est d'Ieriho, Phasaëlis, et, à l’intérieur d’Ierouschalaïm, une tour, Phasaël, égale au beau phare d’Alexandrie 1,
À peu près à deux milles au sud-ouest de la ville de David, Hérodès se bâtit à lui-même la ville d'Hérodium. Sur une colline semblable à une mamelle (Djebel Foureiïdis) et en partie artificielle, il planta son palais avec des tours; sur les flancs du mamelon, et à ses pieds, dans la plaine, se pressèrent de riches habitations. Un aqueduc conduisait des eaux, très probablement d’Etham, dans Hérodium.
Sur cette colline aimée d’Hérodès, et où il allait peut-être quelquefois chercher la paix qui le fuyait dans la ville des haschmonides, on aperçoit encore de grandes terrasses avec des murs de soutènement.
C'était par amour de la gloire qu’il prodiguait ainsi, sur le sol de la Judée, les palais et les cités. Si grande, .dans son âme, était cette passion qu’il voulut dresser partout, même en dehors de ses Etats, des œuvres chargées de rappeler son nom. Véritable monarque des Mille et une Nuits, il semble qu’il ait été. en possession de je ne sais quel talisman qui lui changeait en or-tout ce qu’il voulait.
Toutefois, malgré cette puissance merveilleuse, il dut souvent, pour subvenir à tant de prodigalités, accabler le peuple d'impôts et mettre la main sur les trésors enfermés dans les anciens tombeaux des rois.
, Tripolis et Damesseq lui durent un gymnase; Byblos, des remparts; Zidon, un théâtre, des places, un temple; Laodikéia, un aqueduc; Aschqlon, des thermes, des fontaines et des portiques, Il y avait dans la belle Antiokhéia, la ville voluptueuse des anciens Séleucides, un plateau boueux : Hérodès, à ses frais, le fit paver de marbre et entourer de galeries, Il
1, Josèphe, Ant. jud., XVI, v.
restaura le temple d’Apollo à Rhodes et la flotte des Rhodiens, ainsi que les portiques tombés de Khio. Ce fut lui qui édifia, en mémoire de la bataille d’Actium, Nikopolis, la ville de la victoire. De son argent, il secourut les Lydiens, les Ioniens, ceux de Samos, les + Spartiates même et les Athéniens.
“Comme les jeux olympiques étaient en décadence, il établit des prix afin d’y ramener les lutteurs et d'en . ranimer l'éclat.
Aussi, les Syriens et les Grecs élevaient-ils Hérodès jusqu’au ciel. On rapporte même que César et Agrippa disaient souvent : « Hérodès n'a point un royaume qui réponde à la grandeur de son âme; il mériterait la couronne de Syrie et d'Égypte. »
Aux Etats du roi des Juifs Augustus ajouta la Batanée (Baschan) et le haut pays ou Hauranite (Hauran), la volcanique Trakhonite au nord du Hauran, vraisemblablement aussi l’Iturée, à l’est de l’'Hermon- Libanon (24-23). Ces districts étaient infestés de, bandes qu'Hérodès seul pouvait réduire.
Il lui fallut livrer de nombreux combats contre les indomptables habitants de ces régions, et, pour contenir la Trakhonite, y envoyer trois mille Iduméens. Plus tard, quelque temps avant sa mort, le roi dut en personne s’opposer aux incursions des gens du dernier district. Vieux, n'ayant pas le loisir de donner tout son temps à ce pays, il installa, dans la Batanée, un chef juif, Zamaris, qui, avec cent membres de sa famille et cinq cents hommes armés, avait émigré sur l’'Euphrate. Ce hardi chef de bandes maintint toute la contrée dans l’obéissance à Hérodès. Ses compagnons, se multipliant, bâtirent des bourgs et une ville, Bathyra. Chaque année, ils envoyèrent à Ierouschalaïm l'impôt du temple payé par tous les Juifs de Babylonie.
Grâce à ses flatteries habiles accompagnées de présents, Hérodès avait complètement conquis les bonnes grâces d’Augustus, ce qui lui permit de protéger les
Juifs d’Ionie que l’on accablait de sévices, leur enlevant les bibles et l’argent destiné au trésor sacré d’Ierouschalaïm,. Augustus et Agrippa écrivirent au gouverneur de l'Asie Mineure, Narbonnus Flaccus, d’avoir à traiter comme sacrilèges ceux qui, à l’avenir, continueraient de ne point respecter les coutünies religieuses d’Israël 1.
À ce moment, Hérodès, ami des Romains, put se flatter d’avoir gagné, en même temps que l’admiration des gentils, celle des Juifs de la dispersion. Mais le peuple de Judée ne désarmait point devant lui.
En vain, dans une famine causée par la sécheresse implacable (24) et qui dura deux ans, Hérodès avait-il tout sacrifié, jusqu'aux ornements de ses palais et à .Ses vases précieux, pour amener à Jerouschalaïm des convois de grains; les troupeaux manquant, en vain avait-il acheté de la laine à l’étranger pour en vêtir ses sujets : il ne cessait point, pour cela, d’être à tous un objet d'horreur. C'était toujours le meurtrier des haschmonides et le ravisseur de la liberté juive que l’on considérait dans Hérodès.
Pendant cette famine suivie de la peste, il s'était pourtant montré administrateur habile et prince magnifique. Il avait distribué, avec un ordre admirable, 80,000 kors ou 14,470,000 hectolitres de blé en Judée. Ses soins généreux ne s'étaient pas bornés à ses Etats : comme la Syrie etles provinces voisines mouraient de faim, il leur fit don de 10,000 kors de grains.
Mais, aux yeux du peuple et des Parouschites, Hérodès s'était rendu coupable de crimes irrémissibles que rien n'avait le pouvoir de compenser, N’avait-il pas successivement, après la royauté, déshonoré le sacerdoce et le synhédrion ?
Hananel écarté du grand cohénat, le fils d’Antipater avait établi dans cette place Loschoua, de la race de
1, Josèphe, Ant. jud., XV], vi.
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Phabi; mais, ensorcelé par une belle vierge, une autre Mariamna, fille d’un prêtre, Schimeôün, il éleva celui-ci au souverain pontificat. Roi des Juifs, il put épouser, sans déroger, la fille du grand-prêtre (24). Peut-être aussi avait-il l’intention d’humilier par cette mesure le sacerdoce palestinien.
Ce Schimeôün, venu, dit-on, d’Alexandrie, fut la souche de la grande famille des Boéthusiens, qui formèrent à Jerouschalaim comme une secte nouvelle. Inclinant aux doctrines des Zaddouqgites, ils mettaient au service de leur croyance plus de souplesse que ceux-ci et se défendaient avec toutes les ressources de la sophistique alexandrine. Les querelles religieuses, assoupies depuis quelque temps, se ranimèrent avec les Boéthusiens 1.
Guidé par les Parouschites, le peuple juif portait une haine profonde à sa nouvelle famille de grandsprêtres.
Une circonstance fit éclater ce qui fermentait dans la nation contre Hérodès et ses protégés. Le soupçonneux Iduméen exigea du peuple le serment de fidélité (20). Les Esséniens seuls, que leur règle astreignait à ne jamais jurer, furent exemptés de cette mesure, Du reste, dans l’ouad d’'Engueddi, livrés à la contemplation, comment Hérodès aurait-il pu les craindre ? Six mille Parouschites, considérant le serment comme une violation de la Thora et s’étant refusés
1. Quelques-uns ont voulu rattacher les Boéthusiens à Baithus, disciple d’Alexander de Socho (190 ans avant J.-C.). — Après Schimeün, la famille de Boéthos fournit cinq grands-prêtres, dont deux exercèrent à deux reprises le souverain cohénat : Joazar (4 ans avant J.-C., et l’an 6 de notre ère); Éléasar (3 ans avant J.-C.), tous deux fils de Shimeôn bèn-Boéthos: Schimeün bèn-Boéthos (41 et 44 de notre ère), probablement frère d’Ioazar et d'Éléasar; Elioënaï (43), fils de ce Schimeün, et Ioseph Kabi, frère du précédent.
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à le prêter, se virent condamnés à une forte amende, que paya la femme de Phéroras, frère d’Hérodès.
Entouré d’ennemis, sentant la haine l’envelopper de toutes parts, le dynaste oriental eut un chef de police et des espions. Lui-même, raconte-t-on, absolument comme les khalifes de Bagdad, quand la nuit descendait sur les collines d’Ierouschalaïm, sortait de son palais et parcourait, déguisé, les rues et les carrefours de la ville, se mêlant discrètement aux groupes, attentif aux conversations. Qui était pris à mal parler du roi était noté, puis.enlevé la plupart du temps et mis à mort dans la citadelle d’'Hyrkanion.
Certaines fois cependant, cette vie, empoisonnée par la haine et le soupçon, était amère à Hérodès. Ce fut peut-être pour ramener à lui les sympathies de la nation juive qu’il songea à bâtir un nouveau temple qui ferait oublier celui de Schelomo et le second de Zeroubabel. Sans doute, sa manie des belles constructions et son désir de montrer à Augustus jusqu’à quel point il s’occupait de la nation juive, ne furent point étrangers non plus à son grand dessein.
Le petit sanctuaire de Zeroubabel, péniblement construit, mesquin, âgé de cinq siècles, blessait sa vue quand, de son palais, il contemplait la colline du Moria. Il le fallait abattre. Il fit part de ses plans aux chefs de la nation et s’engagea à ne point renverser le vieux temple que les matériaux pour le nouveau ne fussent tous rassemblés.
Comme sortant de terre, sous l’évocation d’'Hérodès, mille chars apparurent aussitôt traînant au lieu de construction d'énormes pierres de taille, des blocs de marbre. Dix mille hommes se mirent à l’œuvre, les uns travaillant la pierre, les autres le bois.
Le nouveau temple s’éleva rapidement sur la colline et réjouit de loin par sa vue tous ceux qui tournaient les yeux vers Ierouschalaïm.
1, Josèphe, Ant., jud., XV, x1,
Pour comprendre quels principes présidèrent à sa
construction et au milieu de quelles préoccupations architecturales il est né, il importe de mentionner au
moins quelques autres” des monuments de l’art judaïque, actuellement sous nos yeux.
Le fils d’Ioseph bèn-Tobia, retiré entre Heschbon et Ammon, près du délicieux torrent Ouad-es-Syr, s'était fait sur une colline aux énormes rochers, un palais que les voyageurs admirent encore aujourd’hui sous le nom d’Araq-el-Emir. Le principe général du monument est grec, mais il y paraît certaines réminiscences des écoles asiatiques antérieures, comme l'emploi de la voûte en berceau. L’ornementation végétale y est substituée, et c’est un trait juif, à l’ornee mentation animale, contraire à la Thora, À tout cela, Hérodès, pour le nouveau temple, joindra quelques détails romains. De la fusion de tous ces divers éléments résultera un art qui, sans être fort original, aura cependant une certaine physionomie particulière. Oui, il y eut vraiment un art judaïque. Les tombeaux dits d’Abschalom, de Zacharie, des Rois, des Juges, en sont des modèles. Il y faut joindre le tombeau dit de Saint-Jacques, élevé, vers la fin d’Hérodès, pour la famille des benê-Hézir, et celui d'EI- Messaneh. Tous ces monuments nous découvrent, à l’époque d’'Hérodès, quelque chose d’assez semblable à l’art gréco- romain, mais uni à un reste d'influence orientale et à une décoration végétale d’un style à part.
Ces données doivent être appliquées dans la description du nouveau temple. Hérodès agrandit l’enceinte sacrée. Il ne pouvait la prolonger vers le nord, empêché par la tour de Baris, qu’il avait appelée An tonia, et par le fossé qui formait, dès le temps de Pompéius, Ja limite septentrionale du temple. A l’est,
1. On ne peut que renvoyer, pour tout ce qui regarde l’art judaïque et le temple de Jérusalem, à la grande œuvre de M. de Vogüé.
le Qidron, à l’ouest, le Tyropaeon, présentaient un obstacle à toute extension du sanctuaire juif, Ce fut donc vers le sud que le roi dut diriger tous ses plans d’agrandissement; pour obvier à la pente du Moria, il fit élever là une plate-forme artificielle soutenue de hautes terrasses,
Le Haram actuel représente exactement l’espace occupé par le nouveau temple. Au sud de la grande enceinte s’ouvraient deux portes, la Porte Double et la Porte Triple, nommées par les rabbins Portes de Hulda. Quatre portes paraissaient à l’ouest, dont l’une seulement est mentionnée par la Mischna sous le nom de Coponius. Le nord n’avait qu’une entrée appelée Porte de Téri. À lorient, on pénétrait par la Porte de Schoschanna (Suze).
À l’intérieur du mur d’enceinte régnaient des galeries spacieuses, plantées de cèdres et pavées en mosaïque avec des péristyles. De trois côtés, ces galeries étaient doubles ; mais triples au sud, où l’espace était plus considérable. On les connaissait sous le nom de Galeries royales.
Après les galeries s’étendait une cour qui, dans le grec hébraïcisé du temps, s’appelait Zstavaanit (Stoa)1, et où le peuple se rassemblait pour traiter les affaires les plus importantes. Comme les païens ne pouvaient aller que dans cette cour, on la nomma aussi Parvis des gentils. Une inscription grecque et romaine, multipliée sur les barrières qui terminaient le Parvis des gentils, interdisait à ceux-ci de pousser plus avant. Voici le sens de cette inscription en gros caractères et en sept lignes, telle qu’on l’a retrouvée il y a quelques années : ,
« Que nul étranger ne pénètre à l’intérieur de la balustrade et de l’enceinte qui sont autour de l’esplanade du Temple! Qui sy hasarderait serait cause que mort s’ensuivrait? .»
1, Pesahim, 136. = 2. Clermont Ganneau, Revue archéologique de 1872.
Tout l’espace compris dans cette clôture était réputé saint. Au milieu, se dressait le temple intérieur, composé lui-même de plusieurs parties : La cour des femmes ou Azarath-naschim ; la Cour d’Israël ou Axarath-lsraël; la Cour des prêtres ou Azarathcohanim.
Pour se rendre du Parvis des gentils à la Cour des femmes, on gravissait d’abord quatorze marches; après quoi on traversait un palier, le Hel, d’où des escaliers de cinq marches menaient à la Cour intérieure,
On y pénétrait par neuf potes quatre au nord, quatre au midi, une à l’orient, de quarante coudées de hauteur.
À chacun de ses quatre angles, la Cour des femmes avait une salle hypèdre de quarante coudées en carré, servant à un usage particulier : l’une, à conserver les bois détériorés ; la seconde, aux ablutions des lépreux; la troisième, aux provisions d’huile et de vin; la quatrième, aux exercices des Nazirs. Sur les côtés de l’'Axarath - naschim étaient disposées d’autres salles, parmi lesquelles le Gazoghylakion, ou trésor renfermant les produits des différents troncs. Deux petits espaces, entourés d’une balustrade et se faisant vis-à-vis, servaient aux femmes qui venaient prier.
La Cour des femmes était reliée à la Cour d'Israël par la Porte de Nikanor ou Porte belle, merveilleux monument en bronze de Corinthe, et dont vingt hommes pouvaient à peine fermer les battants. Dans l’Azarath-Israël n'étaient admis que les hommes en règle avec les purifications prescrites, Cette cour se terminait par une marche d’une coudée que les prêtres seuls pouvaient gravir.
Au milieu de la Cour des cohènes s’élevaient le temple proprement dit et l’autel des holocaustes. Chacune de ces deux dernières cours était entourée de salles destinées aux usages du culte.
Trois rangées de pierres non polies formaient l’autel
des holocaustes. Sur sa surface supérieure rougissait le feu des sacrifices, et à ses quatre angles paraissaient des espèces de cornes sur lesquelles se pratiquaient les aspersions de sang, les libations d’eau et de vin. Un conduit, placé à l'angle sud-ouest de lautel, recevait ce sang et ces libations, les envoyant, par des cloaques souterrains, dans la vallée du Qidron. Au nord de l'autel, il y avait six rangées de quatre anneaux fixés au sol, où l’on attachait les victimes pour les égorger. Sur six tables de marbre, on déposait les quartiers des holocaustes et les intestins que l’on avait pris soin de laver dans une salle voisine.
A vingt-deux coudées, à l’ouest de l’autel, se dressait le temple assis sur une plate-forme de six coudées de haut, à laquelle on parvenait par un escalier de douze marches, Malgré certains détails qui le devaient mettre en contradiction avec le style grec de l’époque, le nouveau sanctuaire eut la même disposition que celui de Schelomo. Ainsi il conserva le pylone antérieur.
Sa hauteur et sa largeur mesurèrent cent coudées avec une profondeur de vingt. Le Saint et le Saint des Saints, séparés seulement par un voile, eurent une hauteur uniforme de soixante coudées sur une largeur de trente, et une longueur de soixante-cinq. Composés de trente-huit chambres, trois étages, comme dans l’ancien temple, éntouraient le sanctuaire et lui donnaient extérieurement l’aspect d’une basilique. Des terrasses, sur lesquelles on avait planté des pointes dorées pour en écarter les oiseaux, recouvraient tout l'édifice.
Rien ne peut donner une idée du luxe répandu dans le sanctuaire, tout étincelant au soleil avec ses murs de marbre blanc. Pour sa décoration, on avait prodigué l’or, l’argent, les matières les plus précieuses. Le voile de soie, qui dérobait la vue du nouveau Debir, présentait aux yeux l’image du monde entier; ses quatre couleurs, safran, byssus, hyacinthe et pourpre, symbolisaient les quatre éléments : le feu, la
terre, l'air et 14 mer. Pourquoi Hérodès aurait-il reculé devant ces représentations? Depuis longtemps, les sept flammes du chandelier figuraient bien les sept planètes; les douze pains de proposition, les douze signes du zodiaque et les douze mois.
La dédicace du Nouveau Temple effaça, par sa pompe, toute la légendaire dédicace du vieux temple de Schelomo. On immola hécatombes sur hécatombes, et l’on offrit au peuple de grands festins avec les quartiers des victimes.
Le jour solennel tomba précisément vingt ans après qu'Hérodès se fut, de ses mains sanglantes, emparé d’Ierouschalaïm (juin, 18° année de son règne).
Celui qui s’était donné tant de peine à construire le merveilleux édifice du Moria, avait en même temps allumé la torche pour le consumer. Ce fut, en effet, sous la sauvegarde de Rome, c’est-à-dire de l'ennemi, qu'Hérodès plaça le Nouveau Temple. Au-dessus de l'entrée principale, il avait, au grand scandale des pieux Israélites, fixé un aigle d’or, symbole de la puissance romaine. La tour Antonia, qu’il fit relier au temple par un passage souterrain, devint plutôt une menace qu’une protection pour la maison d’Iahvé. C'était de la que, plus tard, les soldats de Titus devaient se rendre maîtres de l’Hiéron.
En attendant, le peuple vit, dans cette forteresse ‘pleine de soldats d’Hérodès, un témoignage de l’inimitié et de la défiance du roi. Voilà donc quel était le fruit de tant de soins et de labeurs : avoir embelli Ierouschalaïm, donné à ce peuple religieux un temple magnifique, et de tout cela ne récolter que la haine!
Une noire tristesse, entretenue par les intrigues et les scènes sanglantes de sa maison, étreignit Hérodès vieillissant, avec des intervalles d’attendrissements singuliers. Cet homme avait des dons étranges : il savait pleurer; ses plus violentes fureurs s’éteignaient, la plupart du temps, dans les larmes,
Croyant à la postérité, il se sentit, plus d’une fois avec terreur, emporté vers elle sur le flot des haines
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et des malédictions de tout un peuple, sans qu’il y eù personne pour le protéger. De quels soins il entoure celui-là seul dont il espère quelque défense auprès de l'avenir, le rhéteur Nicolas de Damas! Jamais l’éloquence ne fut ainsi traitée par la royauté. Quand Nicolas vient de Rome en Palestine, Hérodès l’accueille, non pas seulement comme un ami, mais comme un être supérieur à lui-même: il sollicite ses conseils, qu'il suit toujours, et, en échange, le couvre de riches présents.
Hérodès, dans la dernière partie de son existence, vit la souffrance s’acharner sur lui comme elle ne Vavait peut-être fait sur aucun homme. Schalomé, sa sœur, et Phéroras, son frère, en vinrent même à se tourner contre PER même temps que deux filles, la belle Mariamna‘ui avait laissé deux fils, Alexander et Aristoboulos, qui, instruits sur la mort de leur mère, refusèrent au meurtrier toute affection.
C’étaient eux pourtant, qu’en qualité de descendänts des Haschmonides, Hérodès destinait à lui succéder. Il les avait envoyés à Rome pour gagner les bonnes grâces d’Augustus et s'initier à la vie romaine. Luimême alla jusqu’à entreprendre, pour les voir, le voyage d’Italie. Il unit Alexander à Glaphyra, jeune femme aimante, fille d’Arkhélaos, roi de Cappadoce, et Aristoboulos à Beréniké, fille de Schaloméi. Dans ce dernier mariage, Hérodès semble avoir eu pour objet d’amener l'unité parmi les membres de la famille royale.
Mais rien n’était capable d’apaiser la haine de’ Schalomé et de Phéroras contre tout ce qui leur rappelait la Mariamna Haschmonéenne, Dans le palais d’ Hérod ès, ils se liguèrent contre les deux jeunes princes avec Antipater, le fils aîné du roi et de sa première femme Doris. Celui-ci était un véritable Iduméen, astucieux et pervers.
Entre les fils de Mariamna, téméraires, impru-
2 Ur 1, Josèphe, Antig. jud., XNI, 1.
il. 43
dents, exhalant en public tout leur ressentiment, et leurs ennemis qui les enveloppaient de perfides manœuvres, la partie n’était pas égale.
C'était aux deux jeunes princes, beaux et braves, héritiers d’un sang héroïque, mais inexpérimentés, qu'allait toute la sympathie d’Ierouschalaïm. On les plaignait au milieu des embüches où se débattait leur généreuse jeunesse.
Hérodès, qui avait reçu la visite d’Agrippa, gendre d'Augustus, à Ierouschalaïm, était parti au printemps pour la lui rendre, et l'avait rejoint à Sinope. Pendant son absence, tout s’envenima entre les fils de Mariamna cet les autres parents du roil,
A celui-ci on fit croire, à son retour, que, forts de l'appui d’Arkhélaos, les deux fils de Mariamna se disposaient à partir pour Rome, dans le but de Paccuser, auprès d’Augustus, de la mort de leur mère. Soit pour punir les deux frères, ou bien parce qu’il avait besoin d’avoir auprès de soi un fils aimé sur lequel pût compter sa vieillesse, Hérodès rappela définitivement Antipater dans son palais. Odieux aux fils de Mariamna, mais rusé et habile à caresser toutes les pensées du roi, celui-ci ne fut plus préoccupé que de s'assurer le trône et de perdre les deux princes par toutes sortes d’insinuations et de calomnies. Ceux-ci, du reste, par le peu de soin qu’ils prenaient de retenir leurs paroles, lui fournissaient tous les moyens de lés accuser avec quelque apparence de vérité.
A mesure que ses frères baissaient, Antipater, lui, croissait en honneurs et en influence dans le palais, Son père, préparant de loin la fortune du fils de Doris, le louait sans cesse dans ses lettres à Augustüs. Il l’envoya même à Rome, chargeant Agrippa de le présenter à l’empereur. À partir de ce moment, la prééminence dans la famille royale appartint à Antipater, le plus hypocrite des Iduméens,
D LR 2 ne 4e RÉ 1. Josèphe, Antig. jud., XVI, tn.
Dans ses lettres de Rome à son père, il feignait d’avoir l’âme remplie de sombres pressentiments et de croire la vie du roi menacée. Peu à peu, tant d’insinuations agissaient sur l’esprit d'Hérodès.
Obsédé de soupçons, il prit un jour les deux fils de Mariamna, et, avec eux, s’embarqua pour Rome. Son dessein était d’exposer à Augustus ses griefs contre les princes et peut-être de demander leur morti. L’empereur étant à Aquilée, il l’alla rejoindre dans cette ville, Devant Augustus et son entourage, Hérodès fit un violent réquisitoire contre ses fils, qui fondirent en larmes. Leur douleur si sincère, leur modeste contenance, leur grande beauté, touchèrent l’empereur, tous les assistants et jusqu’à Hérodès lui-même,
Avec autant d’habileté que de sensibilité, Alexander repoussa toutes les accusations de son père. Rien de plus touchant que la fin de cette scène, où le père et les fils s’embrassèrent à la vue de tous les spectateurs attendris,
Après cette réconciliation, Hérodès reprit, avec les fils de Mariamna et Antipater, le chemin de la Palestine, emportant. l’autorisation d’'Augustus de faire son testament comme il l’entendrait.
De retour à Ierouschalaïm, le roi, dans le temple, devant l’assemblée du peuple, raconta son voyage et nomma, pour lui succéder, Antipater, et, aprés celui-ci seulement, Alexander et Aristoboulos. Mais c'était à lui-même personnellement que, durant sa vie, tous les chefs devraient obéir.
Ce malheureux roi, le plus grand peut-être après Schelomo de tous ceux qui régirent Israël, semblait en proie à une divinité vengeresse, Les haines, dans son palais, en vinrent à se compliquer et à se croiser de telle sorte qu’il en fut tout entier enlacé.
La belle et touchante Glaphyra, femme d’Alexander, traitait avec une certaine hauteur sa belle-sœur, la