Josèphe, Anlig. jud., XVI, vu
gligé pour dissiper tous les doutes dans l'esprit d'Hérodès. Il y eut de nouvelles questions infligées à des gens qui succombérent au milieu des tourments, sans rien avouer. Enfin, l’un dit qu’Alexander avait du poison d’Aschgqlon qu’il destinait au roi.
Fut-ce par esprit de vengeance, pour écraser son ennemie et celle de sa mère Mariamna, ou seulement pour obtenir une audience du roi ? Quoi qu’il en soit, le jeune prince, dans une lettre, se déclara, en effet, coupable d’un complot qu’il avait ourdi avec Phéroras, Ptolémaios, Sabinios et l’incestueuse Schalomé.
Après la lecture de cette lettre, le vieil Hérodès fut pris d’affreuses terreurs. Sans cesse, son esprit malade créait des ombres qui se promenaient devant lui, graves ou furieuses. C’étaient des hallucinations, tout un peuple de fantômes dont il s’environnait lui-même. Certaines fois, on le surprenait poussant des cris, ou bien se débattant contre des ennemis invisibles qui ne le quittaient ni le jour ni la nuit,
Le beau soleil, se levant vers le mont des Oliviers et frappant de ses rayons les pointes dorées du temple, n'avait pas le pouvoir de dissiper les horribles cauchemars d'Hérodès,
Apprenant la noire folie du roi des Juifs et inquiet sur le sort de son gendre et de sa fille, Arkhélaos accourut à Ierouschalaïm. Pour apaiser Hérodès, 11 feignit d’entrer dans toutes ses appréhensions. Habile, etiraitant comme un enfant ce pauvre fou de roi, Arkhélaos vint à bout d’endormir ses soupçons, et, après avoir pacifié la famille royale, reprit le chemin de la Cappadoce. Dans l’excès de sa reconnaissance, Hérodès le voulut accompagner jusqu’à Antiokhéia, l’appelant le meilleur de ses amis.
Après quoi, il prit encore le chemin de Rome, espérant peut-être que son ami Augustus lui procurerait aussi un adoucissement à ses maux.
1, Josèphe, Antig. jud., XVI, 1x.
A son retour, il dut lutter contre Oboda, roi des Arabes, qui, sur les avis de Syllœus, recueillait les brigands de la Trakhonite. Avec l’assentiment des Romains Volumnius et Saturninus, le roi des Juifs se jeta sur les Arabes et les écrasa dans leur pays même. Syllœus, parti pour Rome, raconta, d’une certaine manière, les faits à Augustus, se gardant bien de lui révéler qu'Oboda avait provoqué Hérodès en accueillant les ennemis de celui-ci et en refusant de restituer cinquante talents qu’il devait au roi des Juifs. A la mort d'Oboda, Syllœus, toujours à Rome, essaya d'obtenir la couronne d'Arabie,
L’habile rhéteur Nicolas de Damas rétablit auprès de l’empereur les affaires d’'Hérodès et défit celles de lambitieux Nabatéen.
Heureux à Rome, le roi de Judée redevint, dans sa maison, le jouet du perfide Antipater.
Une sorte de chevalier d'industrie, ami de ce dernier, le Lacédemonien Euryklès, ayant accusé les deux jeunes princes, reçut du roi cinquante talents, Après avoir aussi obtenu des présents d’Arkhélaos à qui il se présenta comme l’ami du jeune Alexander, Euryklès regagna Lacédémone, d’où ses escroqueries multipliées le firent exiler.
Ce Grec avait eu le pouvoir de raviver les soupçons et les tourments de l’infortuné Hérodès, Mis à la question, deux beaux cavaliers, Jucundus et Tyrannus, confidents des deux frères, pour échapper aux bourreaux et sous la pression des souffrances, s’écrièrent qu’Alexander avait eu le projet de tuer le roi dans une chasse,
On infligea la torture au commandant de la forteresse d’Alexandrion, dont le fils en vint à montrer une prétendue lettre d’Alexander où celui-ci implorait un refuge dans le château-fort, A l’instigation d’Antipater, Diophante, le scribe royal, fort habile, avait tracé cette lettre et parfaitement imité l’écriture du fils de Mariamna. Comment Hérodès vieillissant, soupçonneux, aurait-il pu éviter ce piège? N’avait-il pas,
sous les yeux, cette fois, un témoignage irrésistible? 1.
Mis au secret, les deux jeunes princes étaient irrémissiblement condamnés. À cette heure suprême, nous apparaît une douce tête tout en larmes, la belle Cappadocienne Glaphyra, enlaçant dans une dernière étreinte le jeune homme, son époux, cet Alexander, héritier de la beauté des Haschmonides, charmant comme sa mère Mariamna et son oncle Aristoboulos.
Sur la permission d’Augustus, Hérodès rassembla, pour juger ses fils, un tribunal à Béryte. Cent cinquante membres, parmi lesquels des Romains, composaient l’assemblée,
Sans qu’ils fussent amenés pour lui répondre, Hérodès déroula contre ses fils, avec fureur, toutes les accusations d’Antipater, si bien que le tribunal accorda au roi le pouvoir de punir de mort les coupables ?,
En vain l’adroit Nicolas de Damas, l'ami sincère d’Hérodès, le rencontrant à Tyr, lui recommanda-t-il de se borner a exiler les deux princes. Telle n’était point la pensée d’Hérodès.
En songeant à ce dernier sang des Haschmonides qu’allait répandre létranger, Ierouschalaïm pleurait, mais en silence. Seul, un vieux soldat, Téron, eut le courage de se présenter devant Hérodès et de lui exposer, avec une franchise toute militaire, la grande pitié qui était au cœur de tous; mais il paya cher son audace. On trouva, pour accuser, le barbier du roi. Condamné à mort, il fut livré, lui, son fils, son délateur lui-même et trois cents ‘chefs de soldats, a la populace, qui les massacra à coups de pierres et de bâtons.
Aristoboulos et Alexander, conduits à Sébaste, subirent le supplice de la strangulation. La nuit qui suivit leur mort, on transporta leurs cadavres à Alexandrion.
Délivrée des fils de Mariamna, l’ambition d’Anti-
1, Josèphe, Antig. jud., XVI, x.
2, 1bid., XVI, xt.
pater n’était pas encore sans inquiétude. Ces jeunes princes n’avaient-ils pas laissé de beaux enfants pour lesquels le vieil Hérodès semblait avoir quelque penchant? Il y avait là, dans le palais, couverts de l’affection du vieux roi et du peuple, deux fils d’Alexander, trois fils et deux filles d’Aristoboulos. Le mobile et capricieux vieillard ne pouvait-il pas un beau jour refaire son testament en leur faveur? Pour être sûr du trône, il en fallait à tout prix chasser Hérodès par la morti.
Dans ce but, Antipater s’unit secrètement avec Phéroras, dont la femme, la belle-mère et la belle-sœur semblent avoir été les agents les plus actifs du complot. Sans doute inquiètes du caractère sombre et soupçonneux du vieux roi, ses huit femmes et sa neuvième femme, le mignon Carus, se joignirent, paraît-il, à l'entourage de Phéroras.
L’œil vigilant de cet aspic Schalomé discerna quelque chose de ce qui se passait dans le palais et qui était dirigé aussi bien contre elle que contre Hérodès. Elle commença par rapporter à son frère que les Parouschites, amis de la femme de Phéroras, avaient promis à la descendance de celle-ci la couronne de Judée.
Dans sa fureur, le vieux roi immola les principaux Parouschites, l’'eunuque Bagoas et son propre mignon, Carus ?. Mais en vain Hérodès interdit-il aux femmes, parentes de Phéroras, d’avoir entre elles aucun rapport; elles ne cessèrent pas de tenir de secrets conciliabules. On prétend même que, sous le couvert de sa mère Doris, Antipater entrétenait un commerce intime avec la femme de Phéroras.
Au moment où tant de conjurations féminines allaient porter leur fruit, le fils aîné d’Hérodès jugea prudent d’entreprendre le voyage de Rome, où il se fit appeler par ses amis,