Josèphe, Antig. jud., XVIII, vi
Le vieux César était allé cacher loin de Rome son long corps maigre et voûté, sa figure pleine d’ulcères et de médicaments.
Il avait choisi pour abriter à la fois ses ruines et ses dernières voluptés, une île peu éloignée du cap Surrentium, garantie des froids de l’hiver par une montagne, et l'été, caressée par la brise marine et nageant toute parfumée au milieu des flots. De là, on apercevait le plus beau des golfes. Dans Caprée, Tibérius s'était fait construire douze villas qu’il habitait tour à tour!, Ce fut en ce lieu enchanté qu’Agrippa vint trouver le soupçonneux vieillard, si semblable par le caractère à son grand-père Hérodès.
Antonia, belle-sœur de Tibérius et ancienne amie de Bérénikë, prêta au juif trois cents talents qui lui firent retrouver la faveur de César. À partir de ce moment, Agrippa cultiva fort l'amitié du jeune Caius. Un jour qu’ils se promenaient tous deux dans un char, il lui échappa de dire : « Je prie Dieu que Tibérius laisse au plus vite le trône à Caïus qui en est plus digne. »
L’aurige Eutykhos, qui conduisait le char, rapporta ce propos, de telle sorte qu'Agrippa fut jeté dans les fers où il resta six mois, jusqu’à la mort de Tibérius (oct. 36 à mars 37).
À peine sur le trône, Caïus lui donna une chaîne d’or, le diadème royal, le titre de roi et ce quicomposait autrefois la tétrarkhie de Philippos, y ajoutant un morceau dela tétrarkhie de Lysanias,au nord-est de Damesseq ?. En même temps le Sénat romain lui décernait le titre de préteur (37).
Voyant son frère revenir roi et ami de César, la sœur d’Agrippa, Hérodiade, en conçut une violente ja-
1, Tacite, Annales, IV, 67.
2. Renan, Dynastie des Lysanias, dans Mémoires de l’Académie des inscriptions et belles-letires, XXNI, t. II, p. 50 et suiv. — Josèphe, Autig. jud., XVIII, vit, 10.
lousie, elle, la femme du simple tétrarque Antipas, Aussi DOUSSA- -t-elle son époux à entreprendre le voyage de Rome. Malgré son désir de repos, Antipas dut se soumettre aux obsessions féminines d'Hérodiade, Ce fut aux eaux chaudes de Baïes, sous le doux ciel de la Campanie, qu’il put rencontrer Caïus. Mais l’empereur, prévenu par des lettres d’Agrippa 1°, lui donnant l'exil au lieu de la royauté, lui intima l’ordre d’aller s’enfermer avec sa femme à Lugdunum, dans les Gaules, où il termina son existence (39). Ainsi le dernier fils d'Hérodès le Grand et sa petite-fille moururent Sur la terre étrangère Î.
" Agrippa I‘ put ajouter la tétrarkhie d’Antipas à son vaste État juif.
Toutefois la bienveillance de Caïus pour les Israélites fut de courte durée. La manie de ce fou à tête laurée, c'était de poser en égal de tous les dieux du monde, et d'être adoré dans tous les temples. Non seulement dans les Proseukhèns d'Alexandrie, mais encore dans le temple d’Ierouschalaïm, il voulut placer son image.
À cet effet, il remplaça dans le gouvernement de Syrie le trop doux Vitellius par Pétronius, ordonnant à celui-ci d’entrer en Judée avec des légions romaines. A la tête de deux légions, le nouveau gouverneur gagna Ptolémaïs, où il attendit, pour commencer l'invasion, que les pluies d’hiver eussent fait place au printemps. Les Juifs, à la fois suppliants et énergiques, le vinrent trouver. Pour observer encore l’état des esprits, Pétronius se rendit à Tibérias. Peut-être espérait-il aussi d'obtenir du roi Agrippa I°* qu’il calmât l’effervessence des Iehoudites.
A Tibérias, pendant quarante jours, affluèrent des milliers de Juifs, qui se roulaient parterre, implorant la mort, présentant leurs cols au glaive. Tous les laboureurs, bien que ce fût le temps des semailles, avaient abandonné leurs champs, et, devant le gouverneur, se